OUSMANE SONKO, UN AN APRÈS
Le chef de Pastef fête son premier anniversaire à la primature en gardant la posture combative qui l'a propulsé au pouvoir. Portrait d'un Premier ministre clivant, entre accusations d'autoritarisme et dévotion quasi-religieuse de ses partisans

(SenePlus) - Cela fait tout juste un an qu'Ousmane Sonko occupe le poste de Premier ministre du Sénégal. Selon Jeune Afrique, qui dresse son portrait à l'occasion de cet anniversaire, l'ancien opposant n'a rien perdu de son intransigeance et continue de former "un duo efficace" avec le président Bassirou Diomaye Faye.
Le 24 mars 2024 restera gravé dans l'histoire politique du Sénégal. Ce soir-là, comme le rapporte Jeune Afrique, Ousmane Sonko découvre sur l'écran de son ordinateur que son protégé Bassirou Diomaye Faye vient d'être élu président de la République. "Bon. C'est plié", lâche-t-il simplement avant de l'appeler pour le féliciter.
Le magazine nous plonge dans l'atmosphère de cette soirée historique : "Rentré de Ziguinchor, où il a voté, Ousmane Sonko n'a pas encore rejoint le QG de la coalition 'Diomaye président', à l'hôtel Azalaï. C'est depuis son domicile de Keur Gorgui qu'il apprend la nouvelle." Malgré l'euphorie ambiante, l'ambiance est teintée d'une certaine gravité. Un proche confie au journal : "C'est difficile d'extérioriser cette joie. Comme lorsqu'on franchit la ligne d'arrivée après une longue course. Le bonheur de la victoire est atténué par la douleur et l'épuisement. Beaucoup de gens sont morts avant d'en arriver là."
Dix jours plus tard, Bassirou Diomaye Faye prend ses fonctions et nomme immédiatement Ousmane Sonko Premier ministre. "Ce sera la toute première décision du nouveau président, mais elle a été actée entre les deux hommes bien avant leur victoire", précise JA.
Un an après, le Premier ministre a imposé son style à la tête du gouvernement. D'après le magazine, "dans un pays autrefois marqué par l'hyper-présidentialisme, le chef des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (Pastef) n'est pas venu faire de la figuration."
Son bureau situé "au neuvième étage du building administratif Mamadou Dia, situé en face du palais présidentiel", est toujours le dernier éclairé tard dans la nuit. Jeune Afrique décrit un chef de gouvernement qui centralise tous les dossiers : "Au sein du gouvernement, tout passe par lui. Tous les audits, lancés depuis avril 2024 arrivent sur son bureau. Idem pour les projets prioritaires des ministères, dont les budgets sont systématiquement réévalués à la primature par une task force dédiée."
Sonko a également imposé une politique de rigueur dans l'administration. "Dans les ministères et dans l'administration, le Premier ministre veut aussi une rationalisation des dépenses : véhicules, carburants, avantages...", rapporte le journal, qui cite l'un de ses conseillers : "On parle de rationalisation, mais à la primature, c'est l'austérité." Cette politique se traduit concrètement : "Ousmane Sonko n'hésite pas à annuler les déplacements de ministres lorsqu'il les juge superflus, et à limiter la taille des délégations à 3 ou 4 personnes."
Si le tandem Sonko-Diomaye continue de fonctionner harmonieusement, c'est grâce à une répartition des rôles bien établie. Selon Jeune Afrique, Ousmane Sonko est "omniprésent sur la scène nationale" et "de toutes les batailles", qu'il s'agisse de "fustiger la présence militaire française dans le pays" ou d'"accuser l'administration précédente d'avoir maquillé les comptes publics et dissimulé une dette de 7 milliards de dollars."
"D'une actualité à l'autre, c'est lui qui prend les coups et la lumière des projecteurs", observe le magazine, qui cite Ousmane Barro, conseiller spécial du président : "Jamais un Premier ministre n'a mis un président de la République aussi à l'aise."
Cette complémentarité n'empêche pas Ousmane Sonko de conserver son caractère bien trempé. Jeune Afrique rapporte que "là où ses adversaires et certains observateurs le disent 'têtu', 'immature', 'incapable d'écouter ses conseillers', ses proches décrivent un Premier ministre 'fonceur', voire 'bagarreur'." Il reste "tranchant" selon ses proches, "même avec nous !", précise un cadre du Pastef. Pour le conseiller du président, "il est comme ça, on ne va pas le changer", tandis qu'Ayib Daffé, président du groupe parlementaire Pastef, défend : "Ce n'est pas parce qu'il est devenu Premier ministre qu'il doit s'embourgeoiser ou diluer son discours."
Derrière cette première année marquée par les audits et la dénonciation de la gestion précédente, Ousmane Sonko doit désormais faire face à d'importants défis économiques. Dans ce contexte difficile, le magazine observe que "la multiplication des audits a rendu les investisseurs frileux et ralenti l'économie." Un constat partagé par l'opposition, notamment par le député Thierno Alassane Sall, qui déclare à Jeune Afrique : "Vu l'euphorie qui a suivi leur élection, ils auraient dû adopter ces mesures dès le début. Les Sénégalais auraient pu y adhérer. À présent, il est trop tard. Ils sont devenus otages de leur démagogie."
Mais comme le souligne Jeune Afrique, "accuser l'ancien chef de l'État ne suffit plus : il faudra désormais que le Premier ministre prouve aux Sénégalais que la souveraineté nationale et la transparence, dont il a fait la colonne vertébrale de son programme, peuvent leur permettre de vivre mieux."
Malgré ces défis, l'entourage du Premier ministre reste confiant. Ousmane Barro, conseiller du président, confie : "Il y a encore beaucoup d'audits en cours. Quand ce sera terminé, on aura une idée de l'ampleur du problème. Le Sénégal a créé des riches sans pour autant créer de la richesse. Nous voulons mettre fin à cette économie de rente et au banditisme d'État."
Et pour expliquer la popularité intacte d'Ousmane Sonko auprès de ses partisans, un proche livre à Jeune Afrique cette confidence révélatrice : "Les gens pensent qu'on est des fanatiques, parce qu'ils ne comprennent pas : il n'est pas un leader politique comme les autres. Ce qu'il fait, ce n'est pas pour le pays, c'est un acte de dévotion envers Dieu. C'est pour ça que ses partisans l'appellent Mou sell mi [le saint, en wolof]."