LE COUT DU DIAGNOSTIC MEDICAL, UN OBSTACLE POUR ACCEDER A LA GRATUITE DE LA CHIMIOTHERAPIE !
Le Gouvernement a rendu gratuite la chimiothérapie pour les malades du cancer. Sauf que beaucoup de malades peinent encore à bénéficier de cette gratuité à cause des obstacles liées à la pose diagnostic

Le Gouvernement a rendu gratuite la chimiothérapie pour les malades du cancer. Sauf que beaucoup de malades peinent encore à bénéficier de cette gratuité à cause des obstacles liées à la pose diagnostic. D’où le cri du coeur de la présidente de l’Association Cancer du Sein Sénégal (AC2S), Mme Mame Diarra Guèye Kébé, qui invite le chef de l’Etat à rendre cette pause aussi gratuite.
Franchement alarmants ! Selon des chiffres de 2018 du Centre international de Recherche des cancers donnés par Dr Tambo Bathily, cancérologue médical en région parisienne, au cours d’une émission sur Tv5 monde, dans le continent africain, 168 00 nouveaux cas de cancer du sein ont été diagnostiqués cette année-là parmi lesquels 74 000 décès.
Dans le même temps, au niveau mondial, 2 millions de cancers du sein étaient enregistrés dont plus de 600 000 décès. La mortalité de cette maladie reste très élevée. Au Sénégal, le cancer du sein est le plus fréquent au niveau des femmes avec environ 1700 cas par an. Mais depuis deux ans maintenant, le Gouvernement a instauré la gratuité de la chimiothérapie pour les femmes souffrant des cancers du sein ou du col de l’utérus. Malheureusement, le retard pris souvent dans la pose diagnostic donne le temps aux tumeurs cancéreuses d’évoluer.
D’où cet appel du secrétaire général de la Ligue sénégalaise contre le cancer, Mansour Niang. «Les femmes ne doivent pas attendre d’avoir des signes pour aller se faire consulter. Il faut, dès l’âge de 20 ans, commencer l’auto examen des seins pour qu’en cas de changement du sein avec des rougeurs, une masse ou des ganglions, pouvoir aller voir son médecin». Une recommandation qui en dit long sur l’importance de prévenir les cancers qui plongent les malades dans des situations hyper stressantes avant, pendant et même après la pose de diagnostic. Une sorte d’inspection, pour ne pas dire d’examen, qui constitue aujourd’hui le noeud de la guerre des patientes cancéreuses et leurs familles contre ce terrible mal tueur. «Quand on soupçonne le cancer dans une personne, on lui demande d’aller faire une mammographie à 30 000 francs.
Après confirmation, elle va devoir faire le scanner à 140 000 francs, puis la biopsie à 25 000 francs et un bilan sanguin qui coûte pas moins de 100 000 francs avant de faire une échographie du coeur». Un montant exorbitant qui frôle les 400 000 francs et qui, selon la présidente de l’Association Cancer du Sein Sénégal, Mme Mame Diarra Guèye Kébé, demeure une barrière pour une meilleure prise en charge des malades du cancer. Or, comme elle le dit, il faut un passage, une sorte de porte d’entrée pour accéder à cette gratuité. C’est ce diagnostic médical pour trouver la maladie que beaucoup de malades du cancer, notamment les femmes pour ce qui est du cancer du sein, n’arrivent pas à franchir. «La bonne dame dont le mari est ouvrier ou mareyeur ou elle qui vend sur une petite table des fruits et légumes, vous pensez qu’elle a 400 000 pour payer cette pose de diagnostic ?
Evidemment, elle n’a pas cette somme et elle ne peut pas se payer ce diagnostic. Le traitement c’est gratuit, d’accord. Mais au début, si la malade n’a rien en poche, mais elle ne pourra jamais y accéder. C’est un gros problème !» soupire la présidente d’AC2S. D’où son cri du coeur à l’endroit des autorités, notamment du président de la République du Sénégal pour que le diagnostic aussi soit gratuit. Or, selon Dr Bathily, ce diagnostic est d’autant plus important dans la prise en charge du cancer du sein qu’»il ne faut pas louper le code. Il faut un diagnostic rapide, tout de suite détecter la maladie et la traiter très tôt. Parce que si on traite très tôt, 9 femmes sur 10 vont être guéries de leur cancer». C’est pour dire que la détection précoce de la maladie peut donner des chances de guérir 90 % des patients (9 malades sur 10).
L’importance de la détection précoce réitérée !
Chaque année, durant tout le mois d’octobre, il y a des campagnes de dépistage du cancer du sein dans le cadre d’une campagne dénommée « Octobre rose » durant laquelle des équipes médicales sont mobilisées. Mais le plus simple, c’est la détection précoce de la maladie par le biais de l’autopalpation du sein pour trouver un nodule, une boule. «Mais attention, toutes les boules ne sont pas des cancers. Ce n’est donc pas la peine de s’alarmer si on en trouve une. Il y a beaucoup de boules qui ne sont pas cancéreuses. Par contre quand celle qu’on trouve est dure, douloureuse et que le sein coule, il faut consulter son médecin», a insisté le médecin selon qui, si on commence par la détection précoce, on fera un grand pas en avant dans la prise en charge des cancers. Cette détection précoce constitue donc la première phase avant la mammographie, le dépistage donc pour détecter «les cancers qui sont indolents, qui ne sont pas visibles» pour qu’ils puissent être diagnostiqués précocement et traités très tôt.
D’après les explications du Dr Bathily, avec les différentes possibilités thérapeutiques, «tout dépend du stade du cancer, et plus la taille du cancer est petite, plus on fait un accès à la chirurgie. Auparavant, on faisait l’ablation totale des seins mais actuellement, avec la radiothérapie, on conserve le sein et on retire juste la boule infectée. Il y a par contre les cancers inflammatoires de plus de 5 centimètres. Avec ces types de cancer, on préfère refroidir le cancer, diminuer l’inflammation avec la chimiothérapie avant de faire l’opération. Mais au stade 4 de la maladie où malheureusement le cancer s’est généralisé, on fait des traiments de confort pour réduire la charge tumorale». Dans tous les cas, il faut noter que la règle principale après une autopalpation des seins, c’est d’ «aller se faire consulter chez un chirurgien gynécologue».
Avec le cancer, d’après le cancérologue médical, «on peut être traité correctement, mais tout est centré dans les grandes villes comme au Sénégal où il y a des centres, mais il reste beaucoup à faire. Il en va de même pour les ressources humaines de qualité qu’il s’agisse des infirmiers, des oncologues, des chirurgiens spécialistes...» explique le cancérologue. Selon Dr Bathily, le cancer est une maladie dont on ne connait pas encore les causes mais qui a des facteurs favorisants qui peuvent être liés à la survenue des règles précocement, à une ménopause tardive chez des femmes qui n’ont jamais accouché, à l’alcool, à l’obésité...