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5 avril 2025
Diaspora
DEMBA BA, UN HOMME DE CONVICTION CONTRE LE RACISME DANS LE FOOTBALL
Seul directeur sportif noir en Ligue 1 et Ligue 2, l'ancien international des Lions de la Téranga évoque les obstacles rencontrés et sa détermination à être jugé sur ses compétences plutôt que sur sa couleur de peau
(SenePlus) - Dans une interview accordée au Parisien, Demba Ba, actuel directeur du football de l'US Dunkerque, s'est exprimé sur sa lutte contre le racisme dans le football, tout en évoquant ses convictions profondes et ses valeurs. L'ancien attaquant de Chelsea, qui affronte le PSG ce mardi en demi-finale de la Coupe de France, a partagé sa vision sur ce fléau qui touche encore le monde du football.
Demba Ba a été au cœur d'un événement historique en décembre 2020, lorsqu'il a incité les joueurs à quitter le terrain lors d'un match de Ligue des Champions entre Istanbul Basaksehir et le PSG, après que le quatrième arbitre roumain ait tenu des propos considérés comme racistes envers Pierre Webo. « C'était la première fois qu'on arrêtait un match pour des propos racistes et discriminatoires », rappelle-t-il dans l'interview, tout en regrettant que « malheureusement, cinq ans après, les choses n'ont pas bougé ».
Interrogé sur la décision de l'UEFA qui avait estimé que l'incident n'avait pas de caractère raciste, Demba Ba souligne un paradoxe : « Le quatrième arbitre n'a pas fait de bêtise mais il a été suspendu six mois... C'est paradoxal quand même ! » Pour lui, le combat contre la discrimination doit être celui de tous : « Je n'ai pas décidé d'être noir ou sénégalais. Quand on nous attaque, on est obligé de réagir. »
Le directeur sportif de 39 ans, né à Sèvres, préconise l'éducation comme remède principal contre le racisme : « L'éducation ! J'ai espoir de voir les choses changer un jour même si je ne vois pas comment le racisme pourrait disparaître complètement. Mais au moins diminuer. » Il précise que cette éducation doit commencer dès le plus jeune âge, impliquant à la fois les parents, le monde du sport et l'Éducation nationale.
Polyglotte parlant cinq langues et père de quatre enfants, Demba Ba insiste sur l'importance des valeurs transmises : « C'est à ce moment qu'on crée des croyances dont celles qu'il n'y a pas de race supérieure. [...] Le plus important, c'est ce que tu as au fond de ton cœur. »
Seul directeur sportif noir en Ligue 1 et Ligue 2, Demba Ba évoque les difficultés de représentation des personnes racisées aux postes de direction dans le football français. « Avant de venir à Dunkerque, un club hésitait entre deux directeurs sportifs et être noir n'a pas joué en ma faveur », confie-t-il, ajoutant avec détermination : « Si je dois être trois fois meilleur, je le serai. Je m'efforce d'être compétent tous les jours pour ne pas qu'on me ramène au fait que je suis noir. »
Concernant ses propres choix de recrutement, il affirme ne pas pratiquer de discrimination positive : « Je ne vais pas choisir quelqu'un en fonction de ses origines ou sa couleur de peau. Peu importe qui tu es. Si tu es bon et que je vois que tu es bon, on avance. »
Questionné sur les incidents racistes visant Vinicius Jr du Real Madrid, Demba Ba appelle à faire preuve d'empathie : « Il faut se mettre à la place du joueur pour savoir ce qu'il vit, comment il intériorise, il interprète. » Il ajoute : « Même si un joueur a un mauvais comportement sur un terrain de foot, tu ne peux pas te venger en tenant des propos racistes. »
Quant aux campagnes de sensibilisation comme celle menée récemment par la LFP, il reste convaincu que seule l'éducation pourra résoudre le problème à la racine : « Cela fait combien de temps qu'il existe des campagnes ? Le problème de fond reste l'éducation. Comment je vais éduquer un gamin et lui montrer qu'il n'y a pas de différence entre le blanc, le noir, le jaune, le marron... »
Musulman pratiquant, Demba Ba s'est également exprimé sur la récente polémique concernant l'interdiction du port du voile dans le sport. Il prône avant tout le dialogue et la tolérance : « Allons les uns vers les autres et asseyons-nous autour d'une table, communiquons et apprenons à nous connaître. »
S'appuyant sur sa propre expérience internationale, ayant joué dans sept pays différents, il témoigne : « J'ai réussi à me connecter avec les autres sans changer qui je suis. Donc, ça veut dire qu'il y a possibilité de le faire. »
COMMENT LE CALENDRIER A CRÉÉ LE POISSON D'AVRIL
Entre un prince évadé à la nage, une symbolique chrétienne ou une référence aux pêcheurs bredouilles, plusieurs théories tentent d'expliquer l'emblème de nos plaisanteries printanières
(SenePlus) - Un calendrier modifié, des faux cadeaux et un poisson mystérieux. Tels sont les ingrédients qui composent l'une des traditions les plus populaires en France : le poisson d'avril. Selon Le Monde, cette coutume de faire des plaisanteries le premier jour d'avril trouverait son origine dans un changement majeur de calendrier survenu au XVIe siècle.
Jusqu'en 1564, l'année débutait officiellement le 25 mars en France, date correspondant à l'Annonciation chrétienne. Mais cette année-là, le roi Charles IX, par l'édit de Roussillon, décida de faire commencer l'année au 1er janvier, suivant une logique déjà adoptée par Charles Quint et qui sera "généralisée dans le reste du monde chrétien par le pape Grégoire XV en 1622", rapporte Le Monde.
Ce changement bouleversa une tradition bien ancrée : celle de s'offrir des présents pour célébrer le nouvel an, entre le 25 mars et le 1er avril. Plutôt que d'abandonner cette coutume, les Français la maintinrent "pour rire", transformant progressivement ces échanges en "faux présents, puis des canulars et des blagues pour marquer ce 'faux' nouvel an".
Quant à l'association avec le poisson, son origine reste plus incertaine. Le Monde évoque plusieurs hypothèses répertoriées par le grammairien Pierre-Marie Quitard dans son "Dictionnaire des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française" de 1842.
Une première piste renvoie à un prince de Lorraine qui se serait échappé de sa prison en traversant la Meurthe à la nage un 1er avril. Une autre fait référence au début de la saison de pêche en avril, période où les poissons étaient "peu nombreux et difficiles à attraper". Le "poisson d'avril" symboliserait ainsi "la coutume d'attraper des gens simples et crédules en leur offrant un appât qui leur échappe comme le poisson, en avril, échappe aux pêcheurs".
Une dernière hypothèse, attribuée au grammairien Fleury de Bellingen, établit un lien avec la passion du Christ, renvoyé "d'Anne à Caïphe, de Caïphe à Pilate, de Pilate à Hérode, et d'Hérode à Pilate". Les représentations médiévales auraient remplacé Jésus par un poisson, symbole des premiers chrétiens, pour éviter tout blasphème.
Tradition principalement française, le poisson d'avril existe également à l'étranger, notamment dans les pays anglo-saxons où il est appelé "april fool's day" (jour des fous d'avril), en référence à la fête médiévale des fous qui se déroulait fin mars.
AU MALI, UN PASSEPORT SOUVERAINISTE... MADE IN FRANCE
Les documents censés marquer l'indépendance du Mali face à l'ancienne puissance coloniale sont produits par Idemia, une entreprise parisienne avec laquelle les autorités de Bamako nourrissent des contentieux
(SenePlus) - C'est bien une société française qui fabrique les nouveaux passeports "souverainistes" de l'Alliance des États du Sahel (AES). Selon Jeune Afrique, malgré les tensions diplomatiques entre Paris et Bamako, Idemia, entreprise française, continue de produire "12.000 à 16.000 pièces mensuelles" de ces documents censés symboliser l'émancipation vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale.
L'ironie est d'autant plus frappante que cette collaboration perdure en dépit de multiples contentieux. Le magazine panafricain rappelle qu'en juin 2022, la justice malienne avait convoqué Jean-Yves Le Drian, ancien ministre français des Affaires étrangères, pour "atteinte aux biens publics" concernant l'attribution du marché à Idemia (alors Oberthur) en 2015.
Plus récemment encore, les autorités maliennes accusaient cette même société d'avoir "pris en otage" le fichier biométrique des citoyens maliens, avant d'affirmer avoir récupéré ces données grâce à de jeunes hackers. Pourtant, comme le révèle JA, le contrat avec Idemia "n'ayant pas été dénoncé, sa validité est maintenue jusqu'à son échéance prévue fin 2025."
Lancés "en grande pompe" le 29 janvier dernier, ces passeports ne permettent toujours pas de voyager dans l'espace Schengen. D'après les informations recueillies par Jeune Afrique, ce blocage est dû au retard des autorités maliennes dans la transmission des exemplaires témoins aux chancelleries. Les spécimens n'ont été remis aux missions diplomatiques que le 10 mars.
La validation par les autorités françaises devrait être finalisée mi-avril pour le Mali, tandis que "le Niger et le Burkina Faso, les démarches n'ont pas encore été enclenchées par leur gouvernement respectif."
Pendant ce temps, les relations diplomatiques entre Paris et Bamako restent "glaciales". L'ambassade française fonctionne en "mode dégradé" depuis l'expulsion de son ambassadeur en 2022, et l'attribution de visas aux Maliens a drastiquement chuté.
LE DRAME DU CIMETIÈRE BÉTOIRE
À la merci des vagues de l’océan qui bouillonnent d’écumes, ce cimetière centenaire sur la corniche ouest, patrimoine classé, sombre dans le dédale de l’oubli et du délabrement
Ouvert dans le dernier quart du 20e siècle et fermé en 1973, le cimetière « Bétoire » (Abattoirs) de Dakar est ce sanctuaire où reposent l’histoire et la mémoire du Sénégal. À la merci des vagues de l’océan qui bouillonnent d’écumes, ce cimetière centenaire sur la corniche ouest, patrimoine classé, sombre dans le dédale de l’oubli et du délabrement.
Appelé cimetière musulman de Dakar, de la Gueule-Tapée ou cimetière des « Abattoirs » municipaux, ce lieu est là où repose la mémoire du Sénégal.
Le cimetière « Bétoire », perché sur la corniche de Soumbédioune, face à l’immensité de l’Atlantique, est un lieu où le silence s’impose avec la majesté d’un testament du temps. Là, les vagues murmurent des secrets anciens, et les pierres tombales, tapies dans l’ombre de la mer, semblent raconter des histoires oubliées, des vies effacées par le flot du quotidien, mais qui n’ont jamais cessé de hanter ce rivage suspendu entre l’éternité et l’instant. Ici, on n’entend que le murmure du silence mêlé du couinement des passereaux et le ressac des vagues.
Histoire, mémoire…
« Bétoire », ce nom qui évoque un réservoir ou un lieu d’accumulation, est le reflet d’un autre temps. Ce cimetière est une sorte de pont suspendu entre le monde des vivants et celui des disparus, un lieu où la mémoire se cristallise et les âmes, bercées par le souffle salé de l’océan, semblent flotter éternellement, à mi-chemin entre les vagues et les étoiles. Né au crépuscule du XXe siècle, sous le regard implacable du colonialisme, il se dresse, au fil des ans, tel un témoin solitaire de l’histoire de Dakar. Autour de lui, les bruits de la ville se mêlent aux brises marines, mais rien ne trouble ici la paix immobile des défunts. L’odeur du sel et de l’embrun se mêle à celle de la terre et de la pierre, comme si le cimetière absorbait lentement l’écho des vies qui l’ont peuplé.
En parcourant les allées du cimetière « Bétoire », on se trouve face à un monde disparate, mais étrangement harmonieux, où se croisent les croyances, les espoirs et les rites des habitants de cette capitale cosmopolite qu’est Dakar. Les tombes musulmanes, de toutes obédiences confrériques et traditionnelles, comme des fragments de cultures, se serrent les unes contre les autres. Les stèles de pierre, modestes ou ornementées, déploient leurs symboles, des versets coraniques gravés dans la pierre, formant une mosaïque presque irréelle, où l’on perçoit à la fois la beauté de la diversité et la fragilité de la vie humaine.
Le sable sous les pieds est une mer en miniature, mouvante et insaisissable, qui recouvre les traces du temps, tout en conservant intacte la mémoire des morts. Ceux qui ont fait le Sénégal dorment dans cette nécropole. À l’entrée, se dresse un mausolée auréolé par des arabesques, du fer forgé peint en vert que la brise a terni, une porte cadenassée. C’est ici que repose le premier Président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Me Lamine Gueye, rappelé à Dieu en 1968. Il n’est pas le seul dignitaire de cette époque inhumé dans ce cimetière, on trouve aussi, entre autres, les sépultures de l’érudit de la confrérie khadriya Cherif Tourrad surnommé « la bénédiction de Dakar », de Thierno Mountaga Daha Tall exhumé quelques temps après pour être inhumé à Louga, de docteur Abass Ndao, de Djaraf Falla Paye et Pédre Diop. Entre les couloirs du cimetière, on peut lire sur les épitaphes des tombeaux d’hommes célèbres comme Omar Blondin Diop, Moustapha Lô, Abdoulaye Sadji, ceux-là que l’oubli ne peut enterrer. C’est dans ce cimetière aussi que reposent 201 soldats de la Guerre d’Algérie. Blaise Diagne, ancien maire de Dakar et Sous-secrétaire d’État aux Colonies dans le gouvernement français y est également inhumé. Sa tombe, séparée par un mur des autres sépultures, se trouve à côté de l’entrée du cimetière. Tandis que sa mère Gnagna Preira est enterrée dans le cimetière…
La mer, horizon infini qui « mange » le cimetière
La dernière personne à être inhumée à « Bétoire » est un inconnu, qui tentait de rejoindre l’Europe par émigration clandestine, il y a quelques années. Son corps a été retrouvé sur les larges de la plage. Ce lieu, suspendu entre l’histoire et l’éternité, reste un sanctuaire de paix, une mémoire vivante qui invite à une méditation silencieuse sur le sens de notre passage sur cette terre. Les grands oiseaux qui surplombent le cimetière semblent être les seuls témoins des lieux. Leurs ailes étendues comme des ombres flottantes, perchés sur les arbres dénudés, leurs plumes sombres semblent absorber la lumière. Leur présence est à la fois menaçante et solennelle, comme si ces créatures étaient les gardiennes d’un royaume où le temps ne se mesure plus.
Le cimetière des abattoirs municipaux est un lieu où la terre semble se fondre dans la mer. La brise qui s’élève de l’océan effleure les tombes comme une caresse, apportant avec elle le souvenir des âmes disparues, mais aussi des promesses d’un ailleurs, d’une éternité au-delà des frontières visibles. L’horizon, vaste et démesuré, se perd dans les brumes maritimes, comme une invitation à se perdre soi-même dans la contemplation de l’infini. Les vagues, qui se brisent contre les falaises de Soumbédioune, viennent effacer les frontières entre le vivant et le mort, entre ce qui a été et ce qui demeure.
Un sanctuaire menacé d’oubli et de ruine
Dans ce lieu d’oubli et de mémoire, les défunts ne sont jamais tout à fait partis. Ils flottent dans la mer, dans le sable. Cependant, ce patrimoine classé cède sous le poids de l’avancée de la mer. Les tombes les plus proches de l’onde sont engloutis. Leurs contours se confondent avec le fracas des vagues. Certaines se sont affaissées, d’autres se sont effondrées sous l’assaut constant des marées. Les pierres brisées, les stèles inclinées comme des spectres fatigués, paraissent prêtes à se dissoudre dans l’écume. Des fragments d’ossements émergent des sables mouvants comme des reliques oubliées.
À travers les décennies, « Bétoire » a vu passer l’histoire de Dakar, de l’époque coloniale à l’indépendance, des luttes sociales aux moments de réconciliation. Le cimetière a accueilli les corps de ceux qui ont marqué la ville, des travailleurs, des artistes, des intellectuels, des soldats et des simples citoyens. Pourtant, malgré son ancienneté et la profondeur de ses racines, « Bétoire » est menacé. L’urbanisation galopante de la ville de Dakar, le béton qui envahit progressivement les bords de la mer, met en péril ce sanctuaire de mémoire. Mais rien, ni le vent, ni l’océan, ni la progression du monde, ne pourra effacer la profonde empreinte que « Bétoire » a laissée sur Dakar. Le cimetière « Bétoire », avec ses tombes émouvantes, est un lieu paradoxal, à la fois terriblement vivant et d’une silencieuse immensité. Toujours ouvert aux visiteurs, il est un livre dont chaque page est écrite par le vent, un espace où le temps semble s’effacer, où le passé se fond dans le présent et où la mer, éternelle et vaste, est l’écho de l’histoire de Dakar.
TRUMP OUVRE LES PORTES AUX RÉFUGIÉS BLANCS AFRIKANERS
Donald Trump, qui a drastiquement réduit l'accueil de réfugiés aux États-Unis, crée une exception pour les fermiers blancs sud-africains. Une enquête du New York Times révèle les coulisses de cette "Mission Afrique du Sud"
(SenePlus) - Le président américain Donald Trump, qui a drastiquement réduit l'accueil de réfugiés depuis son arrivée au pouvoir, fait une exception notable pour les fermiers blancs d'Afrique du Sud, révèle une enquête du New York Times.
Selon des documents obtenus par le quotidien américain, l'administration Trump a lancé un programme baptisé "Mission Afrique du Sud" spécifiquement conçu pour faciliter l'accueil des Afrikaners blancs aux États-Unis. Le contraste est saisissant avec la politique générale d'immigration de la Maison Blanche, qui a "effectivement interdit l'entrée d'autres réfugiés — dont environ 20 000 personnes de pays comme l'Afghanistan, le Congo et la Syrie qui étaient prêtes à voyager aux États-Unis avant que M. Trump ne prenne ses fonctions", rapporte le quotidien américain.
"Phase Un" du programme est déjà en cours d'exécution : "Les États-Unis ont déployé plusieurs équipes pour convertir des espaces de bureaux commerciaux à Pretoria, la capitale de l'Afrique du Sud, en centres de réfugiés ad hoc", indiquent les documents. Ces équipes examinent "plus de 8 200 demandes exprimant un intérêt pour la réinstallation aux États-Unis et ont déjà identifié 100 Afrikaners qui pourraient être approuvés pour le statut de réfugié", avec une attention particulière portée aux "fermiers blancs afrikaners".
Cette politique suscite de vives critiques. "Il n'y a pas de sous-texte et rien de subtil dans la façon dont la politique d'immigration et de réfugiés de cette administration a des connotations raciales et racistes évidentes", déclare Vanessa Cárdenas, directrice exécutive d'America's Voice, citée par le NYT. "Alors qu'ils cherchent à réserver un traitement spécial aux Afrikaners, ils veulent simultanément nous faire croire que les nouveaux arrivants principalement noirs et bruns sont dangereux malgré leurs vérifications d'antécédents et toutes les preuves du contraire."
L'initiative américaine s'inscrit dans un débat tendu en Afrique du Sud, où "certains membres de la minorité blanche afrikaner ont lancé une campagne suggérant qu'ils sont les véritables victimes dans l'Afrique du Sud post-apartheid", explique le journal. Une affirmation contestée par les statistiques officielles : "Il y a eu des meurtres de fermiers blancs, au centre des griefs afrikaners, mais les statistiques policières montrent qu'ils ne sont pas plus vulnérables aux crimes violents que d'autres dans le pays."
Le Département d'État américain a justifié sa démarche en affirmant qu'il se concentrait sur la réinstallation des Afrikaners qui ont été "victimes de discrimination raciale injuste". L'agence a confirmé avoir commencé à interviewer des candidats et précisé qu'ils devront passer "des vérifications d'antécédents et de sécurité rigoureuses".
Pourtant, cette décision de mobiliser des ressources pour les Afrikaners qui entament à peine le processus de demande d'asile, tout en bloquant les demandes des réfugiés d'autres pays déjà approuvés, "risque de bouleverser un programme américain de réfugiés qui a été le fondement du rôle des États-Unis pour les personnes vulnérables", selon des responsables de la réinstallation cités par le New York Times.
"Le gouvernement a clairement la capacité de traiter les demandes quand il le veut", a déclaré Melissa Keaney, avocate principale pour le Projet d'assistance internationale aux réfugiés, représentant des plaignants qui tentent de relancer le traitement des demandes d'asile.
Les préoccupations de Trump concernant les Afrikaners ne sont pas nouvelles. Comme le rappelle le New York Times, il a "accusé le gouvernement sud-africain de confisquer les terres des Afrikaners blancs, soutenant une théorie du complot de longue date sur les mauvais traitements infligés aux Sud-Africains blancs à l'ère post-apartheid." Elon Musk, né en Afrique du Sud mais qui n'est pas d'origine afrikaner, a également faussement affirmé que "des fermiers blancs en Afrique du Sud étaient tués chaque jour".
La réalité est bien différente : "les blancs possèdent la moitié des terres d'Afrique du Sud tout en ne représentant que 7 % de la population du pays", précise le journal américain.
Le contraste est frappant avec la situation d'autres réfugiés, comme Zumbe Baruti, un réfugié congolais vivant en Caroline du Sud. "Ces Africains blancs sont autorisés à entrer aux États-Unis, mais les Africains noirs se voient refuser l'entrée aux États-Unis," a-t-il déclaré en swahili, qualifiant cette politique de "discrimination".
Ayant fui les violences ethniques en République démocratique du Congo enfant, Baruti a obtenu le statut de réfugié en 2023, mais sa femme et ses trois enfants n'ont pas encore passé les contrôles de sécurité. Entré aux États-Unis il y a deux ans, il s'est concentré sur la recherche d'un emploi, l'épargne et la demande immédiate pour que sa famille le rejoigne. On lui avait alors dit que sa famille le rejoindrait probablement dans deux ans.
Aujourd'hui, face aux nouvelles orientations de la politique migratoire américaine, ses espoirs s'amenuisent : "Concernant ma famille, l'espoir a diminué", confie-t-il au quotidien new-yorkais.
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L'HÉRITAGE BRÛLANT DE FRANTZ FANON
Décédé prématurément à 36 ans, il a inspiré des mouvements de libération dans le monde entier, mais reste largement ignoré en France, pays qui peine encore à affronter son passé colonial
Frantz Fanon, psychiatre, philosophe et militant anticolonialiste, a marqué l'histoire intellectuelle du XXe siècle par ses analyses percutantes sur les effets psychologiques et sociaux du colonialisme. Né en 1925 à Fort-de-France en Martinique, alors colonie française, Fanon a construit une pensée révolutionnaire qui continue d'inspirer les mouvements antiracistes à travers le monde. Portrait d'un homme dont le parcours fulgurant mérite d'être mieux connu en France.
Le jeune Fanon grandit dans une famille noire relativement aisée, baigné dans les idéaux républicains français. Sa première rupture intervient pendant la Seconde Guerre mondiale lorsqu'il devient "dissident" contre le régime de Vichy qui contrôle alors la Martinique. À seulement 18 ans, il rejoint les Forces Françaises Libres, convaincu de se battre pour la liberté et l'égalité.
Cependant, son expérience dans l'armée française devient un véritable catalyseur de sa conscience politique. Confronté à la ségrégation au sein même des forces armées et témoin des inégalités flagrantes entre soldats français et "indigènes" en Algérie, Fanon commence à remettre en question le discours colonial. Dans une lettre poignante à ses parents, il écrit : "Je me suis trompé. Rien ici, rien qui justifie cette subite décision de me faire défenseur des intérêts du fermier quand lui-même s'en fout."
Après la guerre, Fanon étudie la médecine et se spécialise en psychiatrie. En 1953, il prend la direction d'un service à l'hôpital psychiatrique de Blida en Algérie. Face aux conditions désastreuses dans lesquelles sont maintenus les patients algériens, souvent attachés à des arbres ou enfermés dans des camisoles, Fanon entreprend une véritable révolution.
Il développe une approche thérapeutique novatrice, adaptée culturellement aux patients nord-africains, comprenant que les méthodes occidentales ne peuvent être appliquées sans tenir compte du contexte culturel. Il organise des ateliers, des fêtes traditionnelles, fait appel à des conteurs et à du personnel soignant algérien. Pour Fanon, la psychiatrie doit être politique car les troubles mentaux sont aussi le produit d'un système colonial oppressif.
En pleine guerre d'Algérie, Fanon devient témoin des tortures et exactions commises par l'armée française. Il soigne discrètement les combattants du FLN et même, paradoxalement, des tortionnaires français devenus fous à force d'infliger des souffrances. Cette expérience le conduit à s'engager pleinement dans la lutte pour l'indépendance algérienne.
En 1956, il démissionne de son poste à Blida, renonce à sa nationalité française et rejoint officiellement le FLN. Installé en Tunisie, il devient rédacteur en chef du journal El Moudjahid et diplomate itinérant pour la cause algérienne, parcourant l'Afrique pour sensibiliser à la lutte du peuple algérien et promouvoir une solidarité panafricaine.
La contribution intellectuelle de Fanon se cristallise dans deux ouvrages fondamentaux. Dans "Peau noire, masques blancs" (1952), il analyse les effets psychologiques du colonialisme sur les personnes noires, expliquant comment elles adoptent un "masque blanc" pour survivre dans une société dominée par les Blancs, au prix d'une aliénation profonde.
Son dernier livre, "Les Damnés de la terre" (1961), écrit en quelques mois alors qu'il se savait condamné par la leucémie, constitue son testament politique. Il y développe une théorie de la décolonisation qui va bien au-delà de l'indépendance politique. Pour Fanon, une véritable décolonisation implique une transformation radicale des structures économiques et sociales. Il y analyse la violence coloniale et la contre-violence qu'elle engendre, tout en mettant en garde contre le risque de voir les anciennes élites coloniales simplement remplacées par une bourgeoisie nationale corrompue.
Frantz Fanon s'éteint à seulement 36 ans, le 6 décembre 1961, quelques mois avant l'indépendance de l'Algérie. Son influence s'est rapidement étendue bien au-delà des frontières françaises, inspirant les Black Panthers aux États-Unis, les mouvements de libération en Afrique et en Amérique latine, et jusqu'aux militants palestiniens.
Pourtant, en France, Fanon reste relativement méconnu du grand public. Sa pensée, jugée trop révolutionnaire et contestataire, n'est pas enseignée dans les programmes scolaires, contrairement à d'autres figures antiracistes comme Martin Luther King ou Gandhi. Ce paradoxe témoigne de la difficulté persistante de la France à affronter son passé colonial.
L'IMAM DE KOLDA MET EN GARDE CONTRE LE FLÉAU DES ACCUSATIONS GRATUITES
Thierno Alassane Tall a insisté sur l'importance de la responsabilité dans la prise de décision, exhortant les fidèles à toujours mettre en avant leur créateur
L’imam de la grande mosquée de Kolda (Sud), Thierno Alassane Tall, a invité, lundi, les musulmans à promouvoir la paix et œuvrer pour la cohésion sociale et la concorde nationale, tout en s’en efforçant d’agir avec responsabilité.
”Nous venons de sortir du mois béni [de ramadan]. Nous devons promouvoir la paix, travailler pour la cohésion sociale entre communautés de toutes religions confondues, gage de la stabilité sociale et la cohésion’’, a-t-il exhorté, dans son serment à l’occasion de la prière de l’Aid-el-Fitr, la fête marquant la fin du mois du jeûne musulman.
Selon lui, ‘’chaque personne, homme ou femme, ayant des responsabilités et/ou qui dirige des institutions, doit mettre en avant son créateur sur toute prise de décision”.
Le guide religieux a en outre exhorté les fidèles à éviter les calomnies et les accusations gratuites, notamment à travers les réseaux sociaux. ”Il faut suivre les recommandations divines, et chaque musulman doit éviter l’individualisme, les calomnies et accusations gratuites portées sur des gens. En somme, éviter de juger les autres, surtout à travers les réseaux sociaux. Nous devons promouvoir l’esprit de solidarité et de partage”, a souligné l’imam Thierno Alassane Tall.
Le gouverneur de la région de Kolda, Moustapha Ndiaye, a saisi l’occasion pour féliciter la Ouma islamique et saluer l’esprit de cohésion sociale ayant marqué tout le mois béni de ramadan.
”Nous venons de procéder à la prière qui marque la fin du jeûne à Kolda dans la cohésion sociale, et je félicite toute la Ouma islamique. Nous avons également entendu le message de l’imam à travers son sermon axé sur deux points essentiels, à savoir la promotion de la culture de la paix, la cohésion sociale, la concorde nationale, et surtout, le sens des responsabilités pour chacun d’entre nous”, a indiqué le gouverneur de la région de Kolda.
A Kolda, la grande majorité des fidèles ont célébré la fête de la korité ce lundi.
Pour l’essentiel, les sermons ont été axés sur la paix et la cohésion sociale au Sénégal et en particulier dans la région de Kolda, frontalière à trois pays de la sous-région : Gambie, Guinée Bissau et République de Guinée.
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CINQ ANS D'AVEUGLEMENT VOLONTAIRE
Alors que le pays découvre une dette de 7 milliards de dollars cachée par l'ancien régime, l'économiste Demba Moussa Dembélé pointe la responsabilité d'un FMI qui n'aurait rien vu... ou aurait choisi de ne rien voir
L'affaire de la dette cachée sénégalaise de 7 milliards de dollars secoue actuellement le pays, mais au-delà de la responsabilité de l'ancien président Macky Sall, c'est le rôle du Fonds Monétaire International qui est sévèrement remis en question par des experts financiers africains.
Demba Moussa Dembélé, économiste reconnu et directeur du Forum africain des alternatives, ne mâche pas ses mots concernant la responsabilité de l'institution internationale. "Comment se fait-il que pendant 5 ans une telle fraude ait échappé à la vigilance du FMI et de la Banque mondiale qui ont des représentants résidents au Sénégal depuis de nombreuses années?", s'interroge-t-il.
Pour l'économiste, membre du conseil du Forum social africain à Dakar, le constat est accablant : avec tous les moyens dont dispose le FMI, travaillant étroitement avec tous les ministères clés et ayant accès à l'ensemble des données économiques du pays, il est impensable que l'institution n'ait rien détecté pendant cinq années consécutives.
"Si pendant 5 ans ces institutions avec tous les moyens dont elles disposent n'ont pas été capables de détecter des fraudes [...], ça veut dire que quand même il y a un problème avec la façon dont ils gouvernent l'économie mondiale", affirme-t-il.
Dembélé évoque une possible complicité délibérée, motivée par des considérations géopolitiques : "Le régime de Macky Sall était un des chouchou de l'Occident et comme nous sommes dans une région où le souverainisme avec ce qui se passe dans les pays du Sahel inquiète l'Occident [...], le Sénégal comme la Côte d'Ivoire d'ailleurs réputé stable et démocratique, il fallait les épargner."
Le chef de la mission du FMI a d'ailleurs récemment commencé à reconnaître une forme de "responsabilité partagée" dans cette affaire, selon Dembélé, qui y voit un aveu partiel de complicité.
La situation place désormais le nouveau gouvernement sénégalais dans une position délicate. Le FMI exige que le déficit budgétaire, actuellement proche de 12%, soit ramené à 3-4% d'ici 2027, ce qui impliquerait des mesures d'austérité drastiques : réduction des subventions énergétiques, gel des recrutements dans la fonction publique, et restructuration des agences gouvernementales.
"Ce sera la croix et la bannière", prévient l'économiste, qui s'inquiète de voir le peuple sénégalais, non responsable de ces dérives, en payer le prix. Selon lui, les nouvelles autorités, notamment le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, tentent de préserver la population en concentrant les efforts sur la réduction des dépenses étatiques.
Cette affaire révèle les failles profondes de la gouvernance financière internationale appliquée à l'Afrique. Demba Moussa Dembélé souligne que ces institutions internationales "existent surtout à cause de l'Afrique" et que "si l'Afrique n'avait pas de programme avec la Banque mondiale et le FMI, la moitié de leur staff serait licencié".
Alors que l'opinion publique sénégalaise réclame des comptes aux responsables de cette situation, y compris à l'ancien président Macky Sall qui vit désormais au Maroc, le débat s'élargit aux responsabilités des institutions internationales censées surveiller et garantir la stabilité financière mondiale.
Cette crise de confiance envers le FMI n'est pas sans rappeler celle qui a suivi la crise financière mondiale de 2008, où l'institution avait également été prise au dépourvu malgré ses prétentions à anticiper les risques systémiques.
TRUMP AMBITIONNE L'IMPENSABLE, BRIGUER UN TROISIÈME MANDAT
À 78 ans, le président américain affirme que "beaucoup de gens veulent" qu'il poursuive au-delà de 2029, malgré l'impossibilité constitutionnelle d'une telle ambition sans une improbable révision du 22ᵉ amendement
(SenePlus) - Selon des informations rapportées par le journal Le Monde avec l'AFP, le président américain Donald Trump a clairement exprimé son intention d'envisager un troisième mandat présidentiel, et ce malgré l'interdiction formelle inscrite dans la Constitution américaine.
Dans une interview téléphonique accordée à la chaîne NBC et rendue publique ce dimanche 30 mars, Donald Trump a affirmé avec assurance qu'il ne plaisantait pas lorsqu'il évoque cette possibilité. « Je ne blague pas », a-t-il déclaré sans équivoque, ajoutant : « Il existe des méthodes pour faire ça. » Le président américain a également assuré que « beaucoup de gens veulent [qu'il le] fasse », tout en précisant qu'il était actuellement « bien trop tôt pour y penser ».
Interrogé sur les moyens qui permettraient de contourner cette interdiction constitutionnelle, Donald Trump a évoqué un scénario particulier. Lorsque NBC lui a demandé si le vice-président J.D. Vance pourrait se présenter à l'élection présidentielle pour ensuite lui céder sa place, le président a répondu que c'était « une » méthode possible, en précisant qu'il « en existait d'autres ».
Cette déclaration s'inscrit dans une continuité de propos similaires tenus par le président américain. Le Monde rappelle qu'en janvier dernier, Trump avait déjà indiqué qu'il ne « savait pas » s'il lui était interdit de se présenter à nouveau à la présidentielle. Selon le New York Times, il aurait également confié à des élus républicains : « J'imagine que je ne me présenterai pas à nouveau à moins que vous ne disiez : "Il est si bon que nous devons trouver un moyen." »
Le principal obstacle à cette ambition présidentielle se trouve dans le 22ᵉ amendement de la Constitution américaine, ratifié en 1951, qui stipule clairement que « personne ne peut être élu plus de deux fois au poste de président ». Donald Trump, âgé de 78 ans, a déjà exercé un premier mandat entre 2017 et 2021, et vient d'entamer son second.
Face à cette limitation, des tentatives législatives ont été amorcées. Le Monde rapporte qu'un élu républicain du Tennessee a déposé en janvier une proposition de révision constitutionnelle visant à modifier le texte pour passer de « deux fois » à « trois fois ». Cependant, cette initiative semble vouée à l'échec.
Modifier la Constitution américaine représente un défi considérable. Le processus exige « de réunir une majorité des deux tiers au Congrès, que les républicains sont loin d'avoir, avant une ratification par au moins 38 États américains, elle aussi très improbable », explique Le Monde.
Ce n'est pas la première fois que le président américain fait des déclarations controversées concernant son avenir politique. Lors d'un rassemblement de chrétiens conservateurs, il avait notamment suggéré qu'ils n'auraient « plus besoin de voter » s'il remportait l'élection, des propos qui avaient suscité de vives réactions. Paradoxalement, Donald Trump a également laissé entendre que la campagne qui l'a reconduit à la Maison Blanche serait sa dernière.
LES CHEMINS SINUEUX DU TEXTE CORANIQUE
Alors que les musulmans célèbrent l'Aïd el-Fitr, l'islamologue François Déroche retrace l'histoire mouvementée de la compilation du Coran, entre crainte de perdre la parole divine et luttes d'influence entre les différentes sensibilités de l'islam
(SenePlus) - Alors que les musulmans du monde entier célèbrent l'Aïd el-Fitr ce 30 mars, marquant la fin du mois de Ramadan, l'histoire de la composition du livre sacré de l'islam reste méconnue du grand public. François Déroche, éminent islamologue, révèle dans Le Monde les complexités historiques de la mise par écrit du Coran.
De la révélation orale aux premiers manuscrits, la formation du texte coranique s'est étendue sur plusieurs siècles, loin de l'idée d'une transmission linéaire et uniforme souvent présentée.
Comme le souligne François Déroche, la tradition musulmane considère le Coran comme « la Parole de Dieu, telle que révélée à Mahomet à partir de l'an 610 par l'intermédiaire de l'ange Gabriel ». Le terme même de "Coran" signifie "récitation", rappelant la nature originellement orale de ce texte sacré.
À la mort du Prophète en 632, « les sources arabes s'accordent pour affirmer qu'il n'existe pas [...] de texte continu de la Révélation sous forme d'un livre », précise l'islamologue. Cette absence s'explique logiquement : « il semblait ainsi impossible de clore un message en continuelle mutation, du fait de la venue de nouvelles révélations qui prenaient éventuellement place au milieu d'autres, plus anciennes. »
Néanmoins, certains passages auraient été consignés par écrit du vivant même de Mahomet. Selon Le Monde, « la tradition musulmane est même unanime pour faire remonter les débuts de la transmission écrite à l'époque même de la prédication de Mahomet », certains fidèles prenant l'initiative de noter des révélations, tandis que le Prophète en dictait à des « scribes de la Révélation ».
C'est après la mort du Prophète que l'urgence d'une mise par écrit se fait sentir. Selon le récit traditionnel rapporté par François Déroche, la bataille d'Aqraba (début 633) aurait joué un rôle déterminant : « plusieurs des musulmans qui connaissent par cœur le Coran y périssent, ce qui fait alors craindre à Omar [...], l'un des compagnons de Mahomet et futur calife, que le texte ne vienne à disparaître. »
Omar convainc donc le calife Abou Bakr de faire transcrire l'ensemble des révélations. Cette mission est confiée à Zayd ibn Thabit, « l'un des scribes de Mahomet, [qui] connaît le Coran par cœur et sait écrire non seulement l'arabe, mais aussi le syriaque ». Pour accomplir cette tâche, Zayd s'appuie sur des supports variés où des passages ont été notés (« tessons, pierres plates, omoplates de chameau, pétioles de palme »), ainsi que sur la mémoire des contemporains du Prophète.
Mais cette première compilation n'empêche pas l'apparition de divergences dans la récitation du texte. Sous le règne du calife Othman (644-656), ces différences deviennent préoccupantes. Hudhayfa, commandant militaire, alerte le calife vers 650, lui demandant d'agir pour éviter que « les membres [de la communauté] ne soient, sur le Livre, dans un désaccord similaire à celui des juifs et des chrétiens ».
Othman confie alors à Zayd et à une commission la mission d'établir une recension officielle du texte coranique. Des copies sont ensuite envoyées dans les grandes villes de l'empire « pour servir de base à la transmission écrite ultérieure ». Le calife ordonne également la destruction de tous les autres documents écrits, une décision qui aura des conséquences durables sur notre connaissance des premières versions du texte.
François Déroche souligne toutefois que ce récit traditionnel répond davantage à « des préoccupations religieuses » qu'à une démarche historique objective. Plusieurs contradictions apparaissent à l'examen des sources : « le but fixé par Omar ne coïncide pas avec le résultat de l'opération », « des textes de la tradition elle-même permettent de douter du fait qu'un nombre important de musulmans connaissant le Coran par cœur aient trouvé la mort à Aqraba ».
Par ailleurs, d'autres traditions musulmanes contestent ce scénario. D'après Le Monde, « plusieurs sources anciennes indiquent ainsi que la recension établie par Ibn Masud comportait quelques sourates en moins que la vulgate othmanienne, alors que celle d'Ubayy en comptait deux supplémentaires. »
Plus significatif encore, « du côté des musulmans chiites, des traités mettent même en cause l'intégrité du texte tel que nous le connaissons aujourd'hui et assurent que des parties ont été supprimées ou modifiées » jusqu'au Xe siècle.
L'analyse des plus anciens manuscrits vient confirmer cette diversité textuelle. L'islamologue rappelle que l'écriture arabe de l'époque « ne permet pas de prendre des notes sans ambiguïté ». Surtout, la découverte d'un palimpseste de la seconde moitié du VIIe siècle dans la grande mosquée de Sanaa au Yémen dans les années 1970 prouve que « la destruction des recueils concurrents n'a pas été complète ». Ce fragment archéologique crucial « confirme l'existence, d'une part, d'un texte coranique différent et, de l'autre, de variations dans l'ordre des sourates. »