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5 avril 2025
Diaspora
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
DE LA DÉCOLONISATION DE LA PENSÉE CRITIQUE AU RÉCIT AFRICAIN
EXCLUSIF SENEPLUS - Son essai, riche en références et en analyses, pose les bases d'une méthodologie qui intègre l'histoire, la cosmogonie et l'oralité comme pierres angulaires d'une lecture authentique de la littérature africaine
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
L’essai littéraire, dans son acceptation traditionnelle, est un texte qui, par ses arguments, cherche à convaincre le lecteur. Pour cela, l’auteur utilise différents procédés qui enrichissent une réflexion, sans viser à divertir, et propose une vision nouvelle sur une problématique donnée, en structurant son propos et en l’appuyant d’exemples significatifs.
Cette démarche est véritablement à l'œuvre dans l’essai de Mamadou Kalidou Ba qui porte un titre enrichi de plusieurs paradigmes : Décoloniser la critique littéraire africaine - Nouvelles perspectives théoriques et critiques - Approche ontologique du texte africain.
Cette proposition est éminemment pertinente pour parvenir à une analyse approfondie et juste du texte littéraire africain, avec des entrées d'études qui tiennent compte des symboles et de l’imaginaire littéraires de la littérature africaine.
En effet, Mamadou Kalidou Ba, spécialiste de l’analyse littéraire africaine, s’attache à démontrer combien les référents culturels, l’empreinte sociale, les enjeux sociétaux et symboliques doivent être au centre de la critique littéraire, si l’on veut restituer, dans sa complexité, l’imaginaire littéraire africain qui s’inspire d’un réel historique, tout autant que de ses représentations structurelles.
Même si Mamadou Kalidou Ba prend le soin de préciser qu’il ne s’agit pas de circonscrire l’espace littéraire africain dans un carcan identitaire, il convient toutefois d’en faire un portrait qui prend sa source dans des archétypes qui sont définis par une expérience cognitive africaine.
Comme le souligne Aimé Césaire, cité par l’auteur dans son essai, la conception littéraire, au-delà de son universalité, est travaillée par ce qui est fondamental, ce sur quoi tout le reste s’édifie et peut s’édifier : le noyau dur et irréductible ; ce qui donne à un homme, à une culture, à une civilisation sa tournure propre, son style et son irréductible singularité.[1]
En effet, malgré ses déplacements géographiques liés à la migration choisie ou celle plus tragique de la traite et de l’esclavage, l’anthropologie africaine et ses spécificités possèdent un ancrage qui s’inscrit dans son parcours ontologique.
De plus, Mamadou Kalidou Ba souligne la mise en demeure idéologique qui incarne un négationnisme culturel, imposé par l’esclavage, la période coloniale et postcoloniale comme autant de simulacres d’un impérialisme de la pensée.
Et c’est ce qu’aujourd’hui les chercheurs, les intellectuels et les écrivains africains doivent non seulement combattre mais également transformer en essais qui relèvent d’une véritable analyse anthropologique et sociologique qui s’occupent, dans un mouvement pluriel, de la trajectoire africaine dans son histoire et dans son imaginaire.
Ainsi à travers son étude, Mamadou Kalidou Ba pose plusieurs problématiques pour recouvrir un nouveau paysage dans la critique littéraire africaine.
Il s’agit tout d’abord de se débarrasser de l’utilisation des logiques occidentales qui ne convoquent que des réflexions ethniques ou tribales, asservies à un phantasme irréel, qui sont des impasses culturelles et humaines. Il ne faut pas oublier l’impact de toutes les ruptures épistémologiques liées à l’imposition de langues et de croyances exogènes qui a perduré pendant plusieurs siècles.
En réalité, l’imaginaire africain possède des savoirs pluriels qui prennent leur racine dans un multilinguisme étonnant et créateur de récits et dans un passé à la didactique orale. De plus, la cosmogonie qui oeuvre dans la narration africaine est celle qui finalement est aux origines de la création du monde et de celle des humains. Cette empreinte culturelle puissante constitue un assemblage littéraire singulier qui métamorphose la mise en récit, la temporalité, l’imaginaire et la personnification de l’univers africain.
La critique littéraire moderne doit donc se situer à cette intersection, celle de l’intertextualité fondatrice et des spécificités ontologiques de la pensée africaine.
Tout comme, il faut retenir que la création littéraire africaine puise dans tous ses totems pour parvenir à des caractéristiques narratives originales qui s’entendent à la lumière d’une critique qui accepte toutes les tensions ne cherchant qu’à rompre avec l’ignorance.
Cette nouvelle ontologie de la critique littéraire africaine est une révélation indispensable à la poursuite de notre propre récit. Ainsi, l’histoire, la cosmogonie, les langues africaines, la culture de l’oralité deviennent des angles d’analyse, en somme à valeur pédagogique, pour éclairer les sources natives de la critique littéraire africaine.
Ainsi, l’essai, éminemment scientifique, historique et engagé, de Mamadou Kalidou Ba devient un ouvrage incontournable de la pensée critique littéraire africaine. Argumenté, illustré et référencé, il devient un opus indispensable à tous ceux qui travaillent sur la formation de la création littéraire et à ses analyses théoriques et méthodologiques. Cet ouvrage, qui pose une première pierre à notre pyramide métaphysique de la critique littéraire africaine, en appelle d’autres qui pourront encore embrasser toute la production littéraire africaine contemporaine.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
[1] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 1955, p. 89.
Prières, dons aux plus pauvres, nouveaux vêtements et repas festifs : l'Aïd-el-Fitr, qui conclut le mois de Ramadan ce 30 mars, constitue un moment essentiel de la spiritualité et du vivre-ensemble pour la communauté musulmane
(SenePlus) - Ce dimanche 30 mars 2025, les musulmans de France célèbrent l'Aïd-el-Fitr, marquant la fin du mois sacré du Ramadan. Cette journée festive, caractérisée par des prières collectives, des échanges de vœux et de cadeaux, représente un moment important du calendrier islamique, comme le rapporte le journal Le Monde.
Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a annoncé dans un communiqué du 25 mars que, « conformément aux données scientifiques », la date de l'Aïd-el-Fitr était fixée au dimanche 30 mars 2025.
La Grande Mosquée de Paris a confirmé cette date après la traditionnelle "Nuit du doute", durant laquelle a lieu l'observation de la Lune. Le recteur de l'institution avait d'ailleurs souligné sur X l'importance de cette tradition en déclarant qu'« ignorer cette nuit sous prétexte que la technologie moderne nous permet des calculs précis serait comme négliger l'appel à la prière simplement parce que nous avons des montres ou des appareils connectés ».
Le Monde précise également que "l'Arabie saoudite, terre des lieux saints de l'islam, a également annoncé lundi que l'Aïd-el-Fitr débuterait mercredi, de même que le Qatar et les Emirats arabes unis", illustrant ainsi les différences d'observation selon les pays.
Le journal explique que la date de l'Aïd-el-Fitr recule d'environ dix jours chaque année dans notre calendrier grégorien, car elle est déterminée selon le calendrier de l'hégire, qui ne compte que 354 ou 355 jours par an. Selon ce calendrier, qui débute avec le départ du prophète Mahomet de La Mecque en 622 de l'ère chrétienne, nous sommes actuellement en l'an 1446.
Cette fête marque la fin du mois de Ramadan qui avait commencé le 28 février 2025. Comme le détaille Le Monde, la journée est "marquée par une prière à la mosquée, mais aussi des échanges de vœux, de pâtisseries, de thé et de petits cadeaux".
Le quotidien ajoute que "traditionnellement, les croyants revêtent de nouveaux vêtements, s'offrent des présents et s'acquittent d'une aumône, la zakat al-fitr, destinée aux pauvres". Cette aumône obligatoire varie selon les instances religieuses : la Grande Mosquée la fixe à 7 euros par personne, tandis que le CFCM recommande 9 euros. Le média Saphir News, cité par Le Monde, rappelle que "le Ditib, instance qui représente les musulmans turcs, a réévalué le montant de la zakat de 10 à 15 euros en 2024".
Le Monde précise également la distinction importante entre l'Aïd-el-Fitr et l'Aïd-el-Kébir. L'Aïd-el-Fitr est également appelée Aïd-el-Séghir, signifiant "petite fête", par opposition à l'Aïd-el-Kébir (ou Aïd-el-Adha), la "grande fête".
Cette dernière commémore le sacrifice relaté dans le Coran et l'Ancien Testament, où Abraham, sur le point de sacrifier son fils par obéissance divine, voit l'enfant remplacé par un bélier grâce à l'intervention d'un ange. Pour marquer cet événement, les musulmans pratiquent un abattage rituel de mouton, contrairement à l'Aïd-el-Fitr où cette pratique n'a pas lieu.
Seules la prière et la formule de vœux ("Aïd Moubarak", ou "joyeuse fête") sont communes aux deux célébrations.
En France, contrairement à d'autres pays à majorité musulmane, cette journée n'est pas fériée, rappelle Le Monde, bien qu'elle constitue l'une des fêtes les plus importantes pour les fidèles de l'islam.
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UNE HOMONYMIE AUX CONSÉQUENCES TRAGIQUES
Le corps d'Ibrahima Traoré, décédé en France, a été confondu avec celui d'un autre défunt et inhumé à Dakar. Sa famille, sans nouvelles depuis plus de deux semaines, témoigne de son désarroi face au silence des autorités
La famille Traoré vit un véritable cauchemar depuis plus de deux semaines. Selon leur témoignage, le corps d'Ibrahima Traoré, décédé le 2 mars dernier d'un arrêt cardiaque au Centre Hospitalier de Corbeil-Essonnes, a été confondu avec celui d'un autre défunt et envoyé par erreur au Sénégal où il aurait été inhumé.
"Il est où mon mari ? Il est où Ibrahim Traoré ?" Ces questions déchirantes, Fatumata Traoré les répète depuis que sa famille a découvert avec stupeur l'absence du corps de son époux lors de la toilette mortuaire prévue avant l'inhumation. La scène décrite par les proches est traumatisante : ils se sont retrouvés face à un corps qui n'était manifestement pas celui d'Ibrahima.
"Mon père faisait 1,85m, il était chauve," explique l'une des enfants du défunt. "On nous montre un homme avec les cheveux afro, qui ne ressemble pas du tout à ça." Face à cette découverte, la confusion a rapidement fait place à la colère et à l'incompréhension.
Selon les explications fournies par l'établissement hospitalier, une erreur d'identification aurait été commise, possiblement en raison d'une homonymie partielle. Les deux défunts portaient le nom de Traoré. Le corps d'Ibrahima aurait ainsi été envoyé à Dakar le 7 mars et y serait enterré depuis, loin de sa terre natale du Mali où il souhaitait reposer, près de sa mère à Sikasso.
"Ils nous ont détruit, ils ont détruit ma famille," témoigne sa fille. Plus de deux semaines après cette terrible méprise, la famille n'a toujours aucune nouvelle concernant le rapatriement du corps, malgré une lettre du Centre Hospitalier Sud-Francilien reconnaissant l'erreur et promettant "de tout mettre en œuvre pour organiser un rapatriement rapide".
"Comment peut-on faire notre deuil ?" s'interroge un autre membre de la famille. "Je n'arrive même plus à dormir." Pour Fatumata, son épouse depuis 40 ans, la douleur est double : "La mort nous a vraiment séparés, mais une autre douleur s'y ajoute : la perte du corps."
Face à cette situation exceptionnelle et dramatique, la famille exige désormais un test ADN pour confirmer l'identité du corps enterré à Dakar. Elle a également engagé un avocat pour porter plainte contre l'hôpital, la morgue et la société de pompes funèbres impliquées dans cette affaire.
"C'est trop, même dans un film, même dans une série, jamais, jamais je n'ai entendu ça. Improbable," la fille du défunt.
DES DEMANDEURS D'ASILE AUX ETATS-UNIS, PIÉGÉS AU PANAMA
Des camps dans la jungle aux abris précaires de Panama City, CNN a suivi le parcours de ces migrants pris au piège d'un imbroglio diplomatique. Expulsés des USA sans documentation selon leurs avocats, leur avenir s'écrit désormais dans l'incertitude
(SenePlus) - Selon un reportage de CNN, des dizaines de migrants se retrouvent dans une situation de limbes administratifs au Panama après avoir été expulsés des États-Unis sans possibilité de retourner dans leurs pays d'origine où ils craignent pour leur vie.
D'après l'enquête du média américain, cette situation découle directement du "plan d'expulsion massive de l'administration Trump", qui a exercé des pressions sur des pays d'Amérique latine comme le Panama pour qu'ils acceptent ces migrants. Les personnes concernées viennent notamment du Cameroun, d'Afghanistan, de Russie, de Chine et d'Éthiopie.
Une femme identifiée sous le pseudonyme d'Ambo, originaire du Cameroun, témoigne avoir quitté son pays "en raison de problèmes politiques". Elle explique à CNN : "C'est soit je serai condamnée, soit je passerai le reste de ma vie en prison." Comme beaucoup d'autres, elle est arrivée à la frontière américano-mexicaine le 23 janvier, espérant pouvoir demander l'asile.
La chaîne américaine rapporte comment ces migrants ont été embarqués dans un avion par les autorités américaines, pensant être transférés vers un autre centre d'immigration aux États-Unis. Ce n'est qu'à l'atterrissage qu'ils ont découvert leur destination réelle.
"Nous leur demandions pourquoi ils nous amenaient au Panama. Pourquoi sommes-nous au Panama ?", raconte Ambo à CNN, évoquant la confusion et le désarroi des personnes déportées.
Selon les informations recueillies par CNN, à leur arrivée, les migrants ont d'abord été conduits dans un hôtel de Panama City sous haute surveillance, avec un accès très limité aux communications extérieures. Ambo espérait encore qu'une solution soit trouvée : "Peut-être que l'immigration des États-Unis est venue au Panama pour écouter nos histoires, pourquoi nous sommes allés là-bas", avant de voir son "optimisme anéanti".
Plus tard, comme le précise le reportage, plus d'une centaine de ces migrants ont été transférés dans un camp isolé dans la jungle, loin des ressources de la capitale. Artemis Hazm Sada, une Iranienne qui a fui son pays après avoir changé de religion, décrit des conditions de vie déplorables : "La nourriture était vraiment dégoûtante. Les toilettes étaient très sales, sans intimité, sans porte. L'eau, même quand vous prenez une douche, provoque des démangeaisons."
Les avocats défendant ces migrants affirment que leurs droits ont été violés à chaque étape du processus. CNN rapporte leur position : "Quand ils sont arrivés en Amérique, et quand ils sont arrivés au Panama, ils n'ont jamais été autorisés à parler à un officiel qui voulait qu'un avocat entende leur histoire et leur situation. Et donc, même s'ils prétendent tous être des demandeurs d'asile, ils n'ont jamais eu le droit d'être entendus."
Début mars, le gouvernement panaméen a libéré les migrants du camp de la jungle, mais leur a délivré des permis temporaires pour trouver un autre endroit où aller, sous peine d'expulsion du Panama. Selon CNN, ces permis de 30 jours, qui expirent début avril, sont prolongeables jusqu'à 90 jours.
"Je ne pense pas pouvoir rester au Panama, mais maintenant la question est : où vais-je aller ?", confie Ambo, exprimant l'incertitude qui plane sur son avenir et celui des autres migrants.
Interrogé sur le sort de ces personnes après l'expiration des 90 jours, un responsable du ministère panaméen de la Sécurité n'a pas catégoriquement exclu des retours forcés, indiquant que "chaque cas sera examiné individuellement", rapporte CNN.
Le média américain précise avoir contacté le Service des douanes et de la protection des frontières américain (CBP) et l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) concernant ces vols d'expulsion. Selon CNN, le CBP a affirmé que "ces migrants ont été légalement traités et expulsés, et ont reçu la documentation appropriée dans une langue qu'ils comprennent". Cependant, les avocats des migrants au Panama "nient que les migrants aient reçu une quelconque documentation", souligne le reportage.
Pour ces personnes comme Salam, une Éthiopienne qui a confié à CNN ne plus avoir de famille dans son pays car "ils sont déjà morts", ou Artemis qui risque "une longue peine de prison, ou à la fin, la mort" en Iran pour avoir changé de religion, le retour dans leur pays d'origine équivaut à une condamnation à mort.
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LA NATION REND HOMMAGE À ME KHOUREYCHI BA
La communauté judiciaire, politique et religieuse s'est rassemblée samedi à l'hôpital Principal de Dakar pour honorer la mémoire de l'avocat décédé le 26 mars à Istanbul. Il a marqué l'histoire judiciaire du pays par son engagement indéfectible
Autorités politiques, judiciaires, religieuses, confrères, parents et amis ont pris part, samedi, à l’hôpital Principal de Dakar, à la cérémonie de levée du corps de Me Khoureychi Ba, saluant un avocat d’une ‘’grande dignité’’, qui défendait ‘’la veuve éplorée’’, ‘’l’orphelin esseulé’’ et des ‘’clients plus célèbres’’.
Me Cheikh Khoureychi Ba, figure emblématique du Barreau sénégalais, est décédé, mercredi 26 mars, à Istanbul, en Turquie, des suites d’une maladie, à l’âge de 69 ans.
Il a fait partie du pool des avocats de Pastef, alors dans l’opposition, et qui luttait contre des affaires juridico-politiques ayant donné lieu à de graves crises au Sénégal entre 2021 et 2024. Avec ses confrères Bamba Cissé et Ciré Clédor Ly, il faisait partie des ‘’avocats du peuple PASTEF’’, qualificatif donné par les militants du parti fondé par l’actuel Premier ministre, Ousmane Sonko, et le président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
Mes Ciré Clédor Ly, Said Larifou (Comores), Juan Branco (France) étaient présents à la cérémonie de levée du corps aux côtés d’autres membres de la famille judiciaire.
Le Premier ministre Ousmane Sonko a rendu hommage à un homme d’une ‘’grande dignité’’, qui était au service de son prochain. Il rappelé la présence de Me Ba aux côtés des militants de son parti Pastef. Selon lui, Me Khoureychi Ba faisait partie de ceux qui ‘’sont toujours présents pour tout le monde’’.
Au nom du président de la République, il a présenté les condoléances du gouvernement et de la nation à la famille du défunt.
L’avocat Me Ousseynou Fall a relevé que son confrère était un avocat d’une ‘’’grande dignité’’, qui incarnait ‘’la compétence, le courage et la culture’’.
Me Cheikh Khoureychi Ba, selon lui, incarnait ‘’l’avocat au vrai sens du mot’’, celui qui ‘’est appelé au secours et ne demande rien en retour’’. Il avait toutes les qualités requises chez un avocat, ‘’la dignité, la probité, l’honneur, le courage et l’humilité’’, a-t-il dit.
Selon le Bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Cheikh Khoureychi Ba, ‘’c’est plusieurs vies menées au travers de combats multiformes dans sa quête de vérité et de justice’’.
”Il est bien réducteur de ramener la dimension exceptionnelle de l’homme à l’aune d’un de ses clients les plus célèbres. Toute ton œuvre, ton sacerdoce t’ont conduit à fréquenter la veuve éplorée, l’orphelin esseulé, l’étranger en errance et angoissé, les caves surpeuplées pour répondre à l’appel de la justice’’, a-t-il déclaré dans son éloge funèbre.
Cette cérémonie de levée du corps était ‘’un moment émouvant, d’une très grande tristesse’’, selon Me Ciré Clédor Ly, soulignant que le nombre de personnes présentes ‘’témoigne de la dimension de l’homme’’.
Me Cheikh Khoureychi Ba était ‘’un homme d’une grande spiritualité’’, ‘’un avocat qui excellait dans son art, la plaidoirie à l’écrit comme à l’oral’’, a dit son confrère.
Me Ciré Clédor Ly a rappelé que Me Cheikh Khoureychi Ba ‘’a mené des combats très jeune’’ pour la défense des libertés et de la démocratie au Sénégal, soulignant qu’’’il n’y a jamais eu de changement ou d’alternance sans qu’il y ait l’empreinte de Khoureychi Ba’’.
‘’C’était une personne inconnue de ce pays (…). Cet homme avait aussi une dimension internationale’’, a-t-il dit, rappelant qu’il a défendu des hommes et des femmes en Afrique et même en Europe. Selon lui, ‘’peu de personnes savaient qu’il était malade, mais il a tenu jusqu’au bout’’.
DOUMBOUYA GRACIE DADIS
Condamné pour sa responsabilité dans l'un des massacres les plus sanglants de l'histoire récente de Guinée, l'ancien chef de la junte retrouve sa liberté pour "raison de santé", tandis que les blessures des victimes du 28 septembre 2009 demeurent béantes
(SenePlus) - Dans un développement inattendu qui secoue la scène politique guinéenne, le chef de la junte au pouvoir, le général Mamadi Doumbouya, a accordé une grâce présidentielle à l'ancien dictateur Moussa Dadis Camara. Cette décision, annoncée par décret vendredi 28 mars et diffusée à la télévision nationale guinéenne, intervient moins d'un an après la condamnation historique de l'ex-chef d'État pour sa responsabilité dans l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire récente du pays.
Selon les informations rapportées par RFI, le porte-parole de la présidence guinéenne, le général Amara Camara, a lu le décret présidentiel lors d'une intervention télévisée vendredi soir : « Sur proposition du garde des Sceaux, ministre de la Justice, une grâce présidentielle est accordée à M. Moussa Dadis Camara pour raison de santé ». Cette justification médicale étonne, car comme le souligne RFI, « la fragilité de son état de santé n'avait jamais été évoquée jusqu'à présent ».
Moussa Dadis Camara purgeait une peine de 20 ans de réclusion pour crimes contre l'humanité, prononcée le 31 juillet 2024. Sa condamnation avait été saluée comme un pas important dans la lutte contre l'impunité en Afrique.
Pour comprendre l'ampleur de cette décision, il faut revenir aux événements du 28 septembre 2009. Ce jour-là, un rassemblement pacifique de l'opposition guinéenne au grand stade de Conakry s'est transformé en bain de sang. D'après RFI, citant un rapport d'une commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU, « au moins 156 personnes avaient été tuées par balle, au couteau, à la machette ou à la baïonnette et des centaines d'autres blessées ». Le même rapport précise qu'« au moins 109 femmes avaient également été violées ».
Moussa Dadis Camara, qui dirigeait la Guinée entre 2008 et 2009, a été reconnu coupable « sur la base de la responsabilité du supérieur hiérarchique » et pour « son intention de réprimer la manifestation », selon les termes du président du tribunal rapportés par RFI. Il avait également été condamné pour avoir manqué à son devoir de sanctions contre les auteurs du massacre.
L'ancien chef du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement) avait quitté la Guinée en 2010 après une tentative d'assassinat, vivant en exil au Burkina Faso pendant 13 ans. Il est revenu volontairement en Guinée en 2022 pour assister à son procès, au cours duquel il « répondait d'une litanie de crimes d'assassinats, violences sexuelles, actes de torture, enlèvements et séquestrations ». Il encourait initialement la réclusion à perpétuité mais a finalement été condamné à 20 ans de prison.
Cette grâce intervient dans un contexte particulier. RFI rapporte que « cette semaine, huit mois après ce verdict qualifié d'historique par certaines ONG de défense des droits de l'homme, les autorités guinéennes ont également publié un décret annonçant la prise en charge des frais d'indemnisation des victimes du massacre du 28 septembre 2009 ». Mais la réalité sur le terrain reste amère : « À ce jour, les 400 parties civiles attendent toujours réparation », précise la source.
Ce développement soulève des questions importantes sur l'engagement de la junte militaire actuelle envers la justice transitionnelle et le respect des décisions judiciaires dans un pays qui tente encore de panser les plaies de son passé récent.
La libération de Moussa Dadis Camara marque un nouveau chapitre controversé dans l'histoire politique tumultueuse de la Guinée, alors que le pays reste sous gouvernance militaire après le coup d'État de septembre 2021 qui a porté le général Mamadi Doumbouya au pouvoir.
par Seydou Barham Diouf et Ahmeth Fall Thioune
ABDOURAHMANE THIAM, BÂTISSEUR DE L’AUTONOMIE
EXCUSIF SENEPLUS - Doté d'une vision audacieuse et d'une passion indéfectible pour l'enseignement et la recherche, il a su guider le département de sciences politiques de l'Ucad avec une sagesse et une détermination exemplaires
Seydou Barham Diouf et Ahmeth Fall Thioune |
Publication 28/03/2025
Dans le paysage académique des sciences politiques, certaines personnalités se démarquent non seulement par leur savoir, mais surtout par leur capacité à inspirer et à transformer. Le Professeur Abdourahmane Thiam incarne cette rare combinaison de qualités qui définit un véritable leader. Doté d'une vision audacieuse et d'une passion indéfectible pour l'enseignement et la recherche, il a su guider le département de sciences politiques de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec une sagesse et une détermination exemplaires.
Sa pédagogie innovante, associée à une écoute attentive des préoccupations des étudiants, a créé un climat académique propice à l'épanouissement intellectuel. Le Professeur Thiam se distingue également par sa capacité à établir des liens solides entre théorie et pratique, encourageant les étudiants à se confronter aux réalités du monde contemporain. Sa rigueur académique est accompagnée d'une empathie profonde, ce qui lui permet d'être non seulement un enseignant respecté, mais aussi un mentor engagé pour les étudiants du département.
Par-delà les murs académiques,
L’histoire des institutions académiques est souvent marquée par des figures qui, par leur engagement, leur vision et leur détermination, façonnent leur devenir. Le département de Sciences Politiques de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) a connu, au cours des dernières années, une transformation remarquable sous la direction du Professeur Abdourahmane Thiam. «L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde », disait Nelson Mandela. Cette maxime résume bien à elle seule son impact sur des générations d’étudiants au sein de ce département. Elu en 2020, à un moment charnière où le département de sciences politiques venait juste d’acquérir son autonomie, il a su, en quelques années seulement, poser les bases d’une structure académique solide et pérenne.
Pour la consolidation d’une autonomie affirmée !
L’autonomisation du Département de Sciences Politiques par rapport à celui des Sciences Juridiques n’était pas une simple réorganisation administrative. Il s’agissait d’un processus complexe, impliquant des défis structurels, académiques et organisationnels. Un département nouvellement autonome doit se doter de sa propre gouvernance, structurer son offre pédagogique, renforcer son corps professoral et créer des espaces d’échange et d’apprentissage adaptés aux besoins des étudiants.
Tel un architecte minutieux, le Professeur Thiam a su poser les pierres angulaires d’une institution en quête d’indépendance. Sous son magistère, le Département a connu une métamorphose sans précédent. En cinq ans seulement, le nombre d’étudiants s’est vu exploser. Là où on comptait des centaines d’étudiants pour tout le département, on en compte aujourd’hui des milliers. N’est-ce pas là un véritable signe éclatant de l’aspiration collective vers l'excellence et la pertinence d’une discipline en parfaite évolution dans un univers où elle est presque méconnue.
S’inspirant des grands penseurs tels que Pierre Bourdieu, qui affirmait que « chaque institution est une œuvre collective », le Professeur Thiam a su mobiliser l’intelligence collective. Son engagement envers le développement des ressources humaines a été notable. Le recrutement de plusieurs professeurs assistants a enrichi l'équipe pédagogique, permettant une diversité de perspectives et un renforcement des compétences académiques. Chaque nouveau membre de cette équipe a contribué à cette symphonie d'idées, insufflant ainsi un nouvel élan propice à l’épanouissement intellectuel au département.
Vers une effervescence intellectuelle !
« La plus grande réussite d'un leader est de créer un avenir qui perdure au-delà de lui », disait Nelson Mandela. Le Professeur Abdourahmane Thiam a incarné cet idéal avec une détermination exemplaire. Son mandat n'a pas seulement été marqué par une gestion administrative, mais par une véritable vision stratégique pour le département de science politique, une vision qui non seulement a transformé le paysage académique, mais a également posé les bases d'un avenir prometteur pour les générations futures.
Sous l'impulsion du Professeur Thiam, chaque maquette de cours, de la licence 1 au Master 2, a été rigoureusement révisée et enrichie, reflétant l'évolution des sciences politiques et les enjeux contemporains. De nouveaux programmes de Master ont été conçus avec une attention particulière, visant à offrir des parcours diversifiés et adaptés aux besoins du marché du travail. Et le nombre de mémoires soutenus au cours de ce mandat a considérablement augmenté. Cela témoigne d'une dynamique de recherche revitalisée au sein du département. Cette évolution n'est pas anecdotique ; elle marque un tournant décisif dans la culture de production de savoir.
Cette effervescence intellectuelle a ouvert de nouvelles voies pour la réflexion critique. Le département ne se contente pas de former des étudiants passifs ; il engendre des penseurs, des innovateurs, des dirigeants qui sont prêts à relever les défis d'une société en pleine mutation. En cultivant un esprit d'analyse et d'évaluation critique, le département, à sa tête le Professeur THIAM, a su préparer ses étudiants à devenir des acteurs éclairés, capables de naviguer dans un monde complexe et interconnecté.
Et la mémoire du chapiteau…
Debout devant le parking de la faculté depuis 2020, le chapiteau n’a accueilli d’étudiants que pendant une courte durée avant d’être réduit en cendres lors des douloureux évènements de juin 2023. Un coup dur ! Mais un jalon marquant le mandat du Professeur Thiam a été la reconstruction du chapiteau en si peu de temps. Grâce à son leadership éclairé, cet espace de vie et d’échanges d’idées est aujourd’hui complètement réhabilité et pourra accueillir encore des étudiants à la prochaine rentrée. Quel bonheur de se retrouver sous le toit de ce bâtiment, symbole de résilience et d’une détermination collective à transcender les défis.
Jokanjaal Professeur !
Diriger, c’est anticiper, orienter et bâtir. Mais diriger un département naissant, c’est aussi poser les fondations d’une institution, tracer des sillons durables et affronter l’incertitude avec détermination. Le Professeur Abdourahmane Thiam l’a fait durant tout son mandat, avec engagement et rigueur, en tant que chef du Département de Science Politique de la FSJP de l’Ucad. Aujourd’hui, alors qu’il passe le flambeau au Professeur Boubacar Kante, il laisse derrière lui un département totalement métamorphosé, avec des réalisations, visibles et palpables, qui ne sont que la face émergée de l’iceberg. Derrière elles, il y a eu des heures de travail, des négociations, des combats parfois silencieux pour faire avancer le département et lui donner sa pleine autonomie.
Une nouvelle page s’ouvre aujourd’hui avec l’arrivée du Professeur Boubacar Kanté à la tête du département, il est alors essentiel pour nous, étudiants de ce coin de la fac, de rendre hommage à celui qui a posé les jalons de cette ascension. Jokanjaal, Professeur Abdourahmane Thiam ! Merci pour votre engagement, votre dévouement et votre vision. Soyez assuré que votre contribution à ce département reste gravée en lettres d’or dans l’histoire de la faculté des sciences juridiques et politiques de l'Ucad.
Les auteurs sont étudiants en deuxième année de Master en Science Politique à l’Ucad.
LE DRAGON CHINOIS S'EMPARE DU MARCHÉ SÉNÉGALAIS
En 2024, la Chine a détrôné la France comme premier partenaire commercial du Sénégal, avec des importations atteignant 848,242 milliards FCFA (+8,3%), tandis que celles en provenance de la France ont chuté à 725,252 milliards FCFA (-17%)
Le paysage du commerce extérieur du Sénégal a connu un changement significatif en 2024, avec la Chine supplantant la France en tant que premier fournisseur du pays. Selon les données publiées par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), les importations en provenance de la Chine ont enregistré une hausse de 8,3 %, atteignant un montant de 848,242 milliards FCFA (soit environ 1,3 milliard d’euros). Parallèlement, celles en provenance de la France ont connu une baisse de 17 %, s’établissant à 725,252 milliards FCFA (environ 1,1 milliard d’euros).
Un nouveau classement des partenaires commerciaux
Ce basculement place désormais la France en deuxième position des principaux partenaires commerciaux du Sénégal. Elle est suivie par la Russie, les Émirats arabes unis et la Belgique, qui occupent respectivement les 3e, 4e et 5e places avec des importations s’élevant à 578,966 milliards FCFA, 408,962 milliards FCFA et 397,632 milliards FCFA.
D’autres pays renforcent également leur présence dans le classement des dix premiers fournisseurs du Sénégal : l’Inde (329,816 milliards FCFA), le Nigeria (314,782 milliards FCFA) et la Turquie (238,935 milliards FCFA) occupent respectivement les 6e, 7e et 8e positions. Le Nicaragua et les États-Unis ferment le top 10 avec des importations estimées à 229,696 milliards FCFA et 198,234 milliards FCFA.
Ensemble, ces dix pays représentent 60 % des importations du Sénégal en 2024, pour un volume total de 4 270 milliards FCFA.
Un recul du déficit commercial
Dans le même temps, le Sénégal a enregistré une baisse de son déficit commercial, qui s’établit à 3 252,3 milliards FCFA en 2024, soit une diminution de 731,06 milliards FCFA par rapport à l’année précédente (3 983,4 milliards FCFA en 2023). Cette amélioration s’explique en partie par une légère diminution des importations, qui ont reculé de 0,6 % pour atteindre un total de 7 161,4 milliards FCFA.
Ces performances illustrent l’évolution des dynamiques commerciales du Sénégal, marquées par la montée en puissance de nouveaux partenaires et la diversification des sources d’approvisionnement du pays.
DERRIÈRE LA DETTE CACHÉE
Face à la polémique suscitée par le débat autour de la dette cachée, ‘’EnQuête’’ a sollicité l'avis de plusieurs experts pour en déterminer les contours et la portée de cette notion technique qui ne renvoie pas forcément à des qualifications pénales
Face à la polémique suscitée par le débat autour de la dette cachée, ‘’EnQuête’’ a sollicité l'avis de plusieurs experts pour en déterminer les contours et la portée de cette notion technique qui ne renvoie pas forcément à des qualifications pénales.
“Ne tombons dans aucune diversion. La confirmation du FMI de la dette cachée par le régime de Macky Sall de 2019 à 2024 doit faire l’objet de tous les lives, post Facebook, tweets, débats dans les groupes WhatsApp, conférences et thé-débats dans les coordinations et cellules”. Le peuple, poursuit Amadou Ba, doit définitivement comprendre les enjeux et conséquences de cette confirmation. Le député, juriste de surcroit, ne s'en limite pas.
Pour lui, l'argent de ce peuple “a été volé et qu’il faut tout récupérer”. La justice, peste-t-il, “doit maintenant immédiatement s’activer pour identifier les responsables”.
Le verdict d'Amadou Ba est sans équivoque. Le Premier ministre Ousmane Sonko, selon lui, avait raison. Les opposants avaient tort. Il en résulte la déduction suivante : premièrement, “il est urgent de criminaliser le détournement de deniers du peuple pour empêcher la récidive. Deuxièmement, il estime que “tout le peuple doit être patient et se mobiliser derrière le gouvernement pour redresser le pays. Tous les contrefeux, faux débats et diversions de l’opposition et de leurs sbires médiatiques ne doivent plus faire l’actualité”, décrète le porteur de la loi portant interprétation de l'amnistie.
Nos tentatives d'entrer en contact avec lui pour plus de clarifications sont restées vaines.
Ce qui est clair, c'est que, comme lui, ils sont nombreux, les observateurs, à confondre ou à faire l'amalgame entre “dettes cachées” et malversations. Ce, malgré les précisions diplomatiques du chef de la délégation du Fonds monétaire international qui a effectué une mission au Sénégal ces derniers jours.
Sur RFI, la journaliste lui a demandé : “Des sources parlent de sept milliards de dollars qui auraient été détournés. Vous confirmez ?” À cette question, le chef de la délégation, M. Gemayel, avait répondu sans hésiter : “25 % du PIB, c'est à peu près 6-7 milliards de dollars. Je ne dirais pas détourné ; c'est un endettement qui n'a pas été dévoilé. Et donc le stock de la dette a été sous-estimé de 6-7 milliards de dollars à peu près.” À la journaliste qui demande si l’on peut parler de mensonge par rapport à ce qui est arrivé, le fonctionnaire du FMI s'est voulu bien plus mesuré. “Il y a une sous-estimation”, rétorque-t-il net, avant d'expliquer : “Donc, une partie de la dette qui a été cachée. Ce qui a permis aux autorités de s'endetter plus sur les marchés, de donner un signal plus positif aux marchés financiers et aussi de pouvoir s'endetter à des taux plus favorables que ce que ces taux auraient été, si la dette était plus élevée.”
Selon certaines estimations, la dette cachée a atteint 1 000 milliards de dollars au niveau mondial
‘’EnQuête’’ a essayé d'en savoir plus sur les dettes cachées. Qu'est-ce que c'est ? Quelles en sont les implications ? Dette cachée renvoie-t-elle forcément à une malversation ?
D'abord, dans le blog du FMI, dans un article rédigé avec la contribution de Kika Alex Okoh - agent au Département juridique du FMI - la définition suivante est donnée à cette notion qui défraie la chronique : “La dette cachée est un emprunt dont un État est redevable, mais qui n’est pas divulgué à ses citoyens ou aux autres créanciers.” Cette dette, par nature, renchérit la cadre du FMI, “est souvent exclue du bilan comptable public, mais elle est bien réelle et atteint 1 000 milliards de dollars au niveau mondial”, informe la source qui renvoie au rapport “Hidden Debt Revelations” (en français Révélations sur la dette cachée) 2022-2023.
Ce qu'il faut comprendre par dette cachée
Qu'en pensent les experts ? Plusieurs économistes ont été interpellés par ‘’EnQuête’’ pour mieux cerner cette notion de dette cachée. Pour Dr Ndongo Samba Sylla, chercheur très respecté pour ses nombreux travaux scientifiques, il faudrait comprendre par dette cachée “des dettes contractées sans autorisation parlementaire et qui n'ont pas été reportées comme faisant partie de la dette publique officielle”.
Pour sa part, le professeur Malick Sané de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar donne la définition suivante : “Je ne pense pas qu'il y ait une définition consacrée, mais on peut comprendre par-là toute dette qui n'a pas été officiellement déclarée.” Rappelant que souvent, la notion est mise entre guillemets, il est revenu sur le fait que cette dette n'est pas totalement cachée. “Ce n'est pas pour rien qu'on le met souvent entre guillemets. Entre guillemets parce qu'il y a quand même des traces. Mais comme c'est consigné quelque part de manière plus ou moins officieuse, on dit que c'est caché. Mais on connait qui sont les créanciers, on connait les montants’’.
Alors, dette cachée vaut-elle forcément malversations ? Le professeur est catégorique : “Pas du tout. Ça ne rime pas du tout avec malversations. En tout cas pas de manière systématique.”
Dans le même sillage, le professeur Mounirou Ndiaye est d'avis qu'une dette ne peut pas être cachée. “Il y a toujours une institution financière ou un partenaire qui accorde cette dette et elle fait toujours l'objet d'une écriture. Maintenant, pour ce que l'on appelle communément dette cachée, il y en a deux catégories. Il y a, d'une part, des dettes qui ne figurent pas dans les documents budgétaires. D'autre part, les dettes qui sont expressément dissimulées par l'État pour éviter que la signature internationale soit ternie ou que sa crédibilité soit entamée” a-t-il détaillé.
Pour le cas de nos États, souligne-t-il, les deux catégories existent. “Il y a le cas des lettres de confort et les lettres de garantie qui permettent de financer des choses sous la garantie ou sous la responsabilité de l'État, sans pour autant que ces dettes transparaissent dans les documents budgétaires. Il y a également cette volonté de dissimuler, une tendance débridée à l'endettement qui pousse à vouloir dissimuler une partie de la dette pour continuer à bénéficier de meilleures conditions”, précise le spécialiste.
Mais, alors que le Pr. Sané indique que cela ne rime pas forcément avec détournement, le Pr. Mounirou Ndiaye semble un peu plus nuancé. À la question de savoir si dette cachée renvoie forcément à vol ou autre acte de malversation, voici sa réponse : “Je pense qu'on peut nuancer. Parce que dans certains cas, on peut se demander valablement où est passé l'argent ? Parce que de l'argent a été emprunté pour des projets et on ne voit pas que ces projets ont été réalisés. Il revient à la justice d'en déterminer les tenants et aboutissants, et de situer les responsabilités. Le parquet financier est en train de travailler dans ce sens.”
Dette cachée ne rime pas forcément avec vol ou détournement
Depuis quelques jours, le cas du Sénégal défraie la chronique. Chacun y allant de son commentaire. Ce qui nous pousse à demander si la pratique est rare ou fréquente à l'échelle internationale. Selon le Dr Ndongo Samba Sylla, “les dettes cachées existent dans les pays où les contrôles démocratiques sont défaillants”. L'économiste donne l'exemple du Mozambique, avec le scandale emblématique des Tuna bonds. “Cependant, la pratique consistant à maquiller les comptes du gouvernement pour les présenter à leur avantage est assez répandue (les dettes cachées étant un exemple extrême et illégal)”, souligne le spécialiste.
À la question de savoir dans quelle catégorie il rangerait l'exemple du Sénégal, il rétorque : “C'est un mélange des deux. La dette contractée auprès du système bancaire sans autorisation du Parlement est un cas clair de violation de la loi.” Sur les prêts projets financés sur ressources extérieures, il est moins tranché. “J'imagine qu'il faut entrer dans les détails. Mais c'est sans doute plus difficile de gruger les chiffres qui concernent la dette extérieure auprès des partenaires bilatéraux et multilatéraux occidentaux”, a-t-il précisé.
Pour sa part, le Professeur Sané estime que la pratique de la dissimulation est assez fréquente à travers le monde. “C'est sûr que dans les États, il y a toujours des choses qu'on ne dit pas officiellement. Quand vous traitez avec des institutions comme le FMI qui sont très contraignantes, parfois, on peut être tenté de ne pas tout déclarer. Même dans les entreprises, il y a des choses qu'on ne déclare pas. Vous embellissez votre bilan en sachant qu'il y a des éléments que vous gérez en toute discrétion. Et l'émissaire du FMI l'a clairement dit. Il a dit que ce n'est pas une première. C'est aussi ça la réalité”, souligne le Dr Malick Sané.
Il faut rappeler que lors de la conférence de presse du gouvernement ayant suivi la publication du rapport de la Cour des comptes, le ministre de la Justice avait précisé ce qui suit à propos des menaces de poursuites : “L'exploitation du rapport a permis de relever, qu'en dehors des taux anormalement élevés de la dette, des manquements graves, qui pourraient revêtir diverses qualifications pénales : du faux en écriture, faux en informatique, détournement de deniers publics, escroquerie portant sur des deniers publics, blanchiment d'argent et enrichissement illicite, complicité et recel de ces chefs”, avait-il clamé.
À ceux qui voulaient plus de détails, il avait dit que les éléments en sa possession ne lui permettent pas d'en dire plus et qu'une enquête serait ouverte pour situer toutes les responsabilités.
Récemment à l'Assemblée nationale, à ceux qui réclamaient des poursuites contre l'ancien président, il avait précisé que le rapport ne mentionne pas le délit de haute trahison, seul chef pour lequel un chef d'État peut être poursuivi. “Je ne vais pas entrer dans des considérations que je ne maitrise pas. Nous sommes dans une dynamique d'enquête et rien n'est exclu” s'était-il limité à préciser.
Interpellé sur la question sur RFI, l'émissaire du FMI avait laissé entendre que cette question relevait exclusivement de la compétence des autorités judiciaires du Sénégal. “Il faut laisser la justice suivre son cours. Cela permettra de déterminer si ces faits ont eu lieu ou non”, avait-il précisé, tout en reconnaissant l'existence de “manquements graves”.
Le verdict
En résumé, à propos de la dette cachée, il faut retenir qu'il n'y a pas de définition consacrée. Mais les différentes définitions données par le FMI et les experts se recoupent par rapport au critère de la dissimulation.
Pour le Dr Ndongo Samba Sylla, il s'agit de “dettes contractées sans autorisation parlementaire et qui n'ont pas été reportées comme faisant partie de la dette publique officielle”. Pour le Pr. Sané, “il faut plutôt mettre des guillemets à dette cachée. Parce que la dette n'est pas totalement cachée ; il y a des traces. On connait les créanciers, on connait les montants. C'est juste que la dette ne fait pas l'objet d'une déclaration officielle”.
Cela rejoint les déclarations de Mounirou Ndiaye qui estime que dettes cachées, ça n'existe pas, puisque les dettes en question figurent forcément dans des écritures. “Maintenant, s'empresse-t-il d'ajouter, pour ce que l'on appelle communément dette cachée, il y en a deux catégories. Il y a, d'une part, des dettes qui ne figurent pas dans les documents budgétaires. D'autre part, les dettes qui sont expressément dissimulées par l'État pour éviter que la signature internationale soit ternie ou que sa crédibilité soit entamée”.
Par rapport à la confusion dette publique-malversation, il faut noter qu'il y a des cas où la dette cachée peut effectivement déboucher sur des qualifications pénales, si elle a permis de commettre des actes délictuels. Ce qui n'est pas forcément le cas, selon la plupart de nos interlocuteurs.
FADIGA, 76 ANS D'ISOLEMENT
Malgré son intégration comme quartier de Kédougou, ce village souffre d'un manque criant d'infrastructures de base. La pénurie d'eau constitue le problème le plus aigu, avec une borne-fontaine pour ses 1200 habitants
Le village de reclassement social de Fadiga, dans la commune de Kédougou (sud-est), souffre aujourd’hui de plusieurs maux, dont le manque d’infrastructures sociales de base, près de 76 ans après sa création en 1949, pour accueillir les populations atteintes de la lèpre, une maladie tropicale négligée.
Au départ, une partie de la population du village Fadiga, devenu un quartier de la commune de Kédougou, vivait de manière isolée à Woumbaré. Cette localité est située sur la route de Fongolimbi, à une quinzaine de kilomètres environ de la ville de Kédougou.
A Woumbaré où Alamouta Cissokho était le chef de village, les populations atteintes de la lèpre, en plus d’être isolées, étaient dépourvues de moyens de défense face aux attaques des hyènes.
Malgré leur handicap physique, elles ont élaboré des stratégies de lutte contre ce phénomène qui perdurait. Elles ont ainsi incendié leurs cases afin de pousser les autorités à prendre des décisions urgentes et adéquates à propos de leur situation.
Après cet évènement, ces populations furent déplacées de Woumbaré pour être installées sur un site du quartier Fadiga, à cheval entre l’aérodrome et la ville de Kédougou.
Deux versions pour expliquer l’origine du nom Fadiga
Selon la première version, Fadiga viendrait de “ifandinkha”, ce qui signifie en mandingue ‘’ta propre tombe’’. Cette appellation n’est pas fortuite, indique Boubacar Traoré, un notable du village. Elle fait référence à la souffrance que les personnes atteintes de la lèpre ont vécue à Woumbaré, leur premier site d’accueil, dit-il.
‘’Elles étaient laissées à la merci des hyènes dans un endroit sans aucune mesure de protection contre ces fauves et les autres prédateurs’’, fait-il savoir.
La seconde version, renseigne le notable Traoré, serait liée à leur recasement à plusieurs reprises vers d’autres sites. ‘’Fadiga, leur dernier site de recasement, est pour elles l’endroit où elles finiront leur dernier jour’’, dit-il.
Bambo Dramé, un autre notable du village de Fadiga, opte pour la deuxième version ‘’Fakhadiya’’ signifie en mandingue ‘’mourir facilement sans gêner personne’’, tente-t-il d’expliquer l’origine du village Fadiga.
‘’Les morts étaient enterrés hors du village et les défunts n’avaient pas droit aux rituels religieux, à savoir le lavage et la prière mortuaires, l’utilisation de linceul et l’inhumation’’, a-t-il rapporté.
Il indique que l’ancien chef de village de Fadiga, Nouhoun Sylla, a mis un terme à cette pratique, suite au décès de son frère à l’époque.
”Il a mobilisé la population du village pour dire non à cette injustice humaine. Depuis ce jour, les morts sont enterrés à Fadiga sans l’aide des habitants de Kédougou’’, a-t-il raconté.
Sur le plan démographique, le village de Fadiga a commencé à évoluer dans le temps, note pour sa part, le notable Djiguiba. Selon lui, 4 ans (1953) après sa création, le village de reclassement social ne comptait que 9 personnes atteintes de la lèpre.
Des maisons construites en briques de banco ou en dur, les rues au sol rouge : telle est la carte postale de ce village devenu un quartier de la ville de Kédougou en 2008.
La localité fait face à la route nationale (RN7) qui mène vers le département de Salémata. Pour y accéder, il faut passer par une petite descente qui conduit à la grande mosquée et à la place publique du village.
En ce samedi, il règne un calme dans ce quartier où la majorité des habitants parlent le mandingue. Dans les maisons, sauf le bruit des enfants jouant au football vient perturber ce silence.
Le manque d’infrastructures sociale de base déploré
Le quartier de Fadiga est confronté à d’énormes difficultés parmi lesquelles le manque de l’eau et d’infrastructures sociales de base.
La vente de charbon de bois était l’activité principale des habitants du village. Mais depuis l’interdiction de cette activité par les autorités locales, il n’y a pas de mesures d’accompagnement en leur faveur, déplore Boubacar Traore, un jeune.
Doura Keita, un habitant, déplore aussi le manque de mesures d’accompagnement depuis que Fadiga est devenu un quartier de la commune de Kédougou en 2008. ‘’Vraiment nos femmes sont fatiguées et nos enfants ne travaillent pas jusqu’à présent’’, dénonce-t-il.
Debout au milieu des périmètres maraîchers du village, les femmes observent l’horizon avec enthousiasme. Ici, les récoltes de choux, d’oignon, des feuilles d’oignon ou de salade sont prometteuses. Les populations vivent grâce au maraîchage qui se développe à un rythme effréné.
Selon Doura Keita, les femmes de Fadiga n’ont jamais bénéficié d’accompagnement technique et financier.
‘’Les femmes de Fadiga surtout celles qui travaillent au niveau du jardin n’ont pas bénéficié d’appuis économiques et sociaux de l’Etat du Sénégal. Pour conserver les légumes qu’elles vendent au marché, c’est un problème’’, a-t-il fustigé.
Il a invité l’Etat et les collectivités territoriales à prendre en charge la formation des jeunes, surtout des femmes du village de reclassement social de Fadiga.
‘’Nous voulons que les autorités nous aident avec des bons de formation pour insérer nos jeunes et on a constaté que beaucoup d’entre eux ne travaillent pas, malgré toutes les opportunités de la région de Kédougou’’, a-t-il dit.
Toutes les maisons impactées par la pénurie d’eau
Depuis 2008, la population fait face à un problème d’approvisionnement en eau potable. Le groupe ‘’Yellitare’’ de la famille Sall a installé une pompe solaire pour alimenter le village en liquide précieux.
Sur place, le visiteur est frappé par cette longue file de récipients, de baignoires qui attendent d’être remplies sous les yeux de leurs propriétaires, des hommes et des femmes, venus s’approvisionner en eau à l’unique borne fontaine du quartier.
‘’Le problème de l’eau se pose avec acuité à Fadiga et sincèrement nous sommes fatigués et surtout nos femmes. Elles sont complètement fatiguées et depuis de nombreuses années, elles font la queue pour avoir de l’eau’’, déplore Boubacar Traoré.
Ces derniers jours, c’est pratiquement tout le village qui fait face à cette pénurie en eau, parce que la pompe solaire ne peut pas satisfaire tout le monde, selon Traoré.
Selon la première version, Fadiga viendrait de “ifandinkha”, ce qui signifie en mandingue ‘’ta propre tombe’’. Cette appellation n’est pas fortuite, indique Boubacar Traoré, un notable du village. Elle fait référence à la souffrance que les personnes atteintes de la lèpre ont vécue à Woumbaré, leur premier site d’accueil, dit-il.
‘’Elles étaient laissées à la merci des hyènes, dans un endroit sans aucune mesure de protection contre ces fauves et les autres prédateurs’’, explique-t-il.
La seconde version, renseigne le notable, serait liée à leur recasement à plusieurs reprises sur d’autres sites. ‘’Fadiga, leur dernier site de recasement, est pour elles l’endroit où elles finiront leur dernier jour’’, dit-il.
Bambo Dramé, un autre notable du village de Fadiga, penchse pour la deuxième version, celle de ‘’Fakhadiya’’ qui signifie en mandingue ‘’mourir facilement sans gêner personne’’.
‘’Les morts étaient enterrés hors du village et les défunts n’avaient pas droit aux rituels religieux, à savoir le lavage et la prière mortuaires, l’utilisation de linceul et l’inhumation’’, raconte-t-il.
Il indique que l’ancien chef de village de Fadiga, Nouhoun Sylla, a mis un terme à cette pratique, suite au décès de son frère à l’époque.
”Il a mobilisé la population du village pour dire non à cette injustice humaine. Depuis ce jour, les morts sont enterrés à Fadiga sans l’aide des habitants de Kédougou’’, confie-t-il.
Sur le plan démographique, le village de Fadiga a commencé à évoluer dans le temps, indique Djiguiba, un de ses notables. Selon lui, quatre ans (1953) après sa création, le village de reclassement social ne comptait que neuf personnes atteintes de la lèpre.
Des maisons construites avec des briques en banco ou en dur, des rues au sol rouge : tel est le décor qu’offre ce village devenu un quartier de la ville de Kédougou, en 2008.
La localité fait face à la route nationale (RN7) qui mène vers le département de Salémata. Pour y accéder, il faut emprunter une petite descente menant à la grande mosquée et à la place publique du village.
En ce samedi, il règne un calme dans ce quartier où la majorité des habitants parlent le mandingue. Dans les maisons, seul le bruit des enfants jouant au football vient perturber ce silence.
Manque d’infrastructures sociale de base
Le quartier de Fadiga est confronté à d’énormes difficultés, parmi lesquelles le manque d’eau et d’infrastructures sociales de base.
La vente de charbon de bois était l’activité principale des habitants du village. Mais, depuis l’interdiction de cette activité par les autorités locales, il n’y a pas de mesures d’accompagnement en leur faveur, déplore Boubacar Traoré, un jeune.
Doura Keita, un habitant, déplore aussi le manque de mesures d’accompagnement depuis que Fadiga est devenu un quartier de la commune de Kédougou, en 2008. ‘’Vraiment nos femmes sont fatiguées et nos enfants ne travaillent pas jusqu’à présent’’, dénonce-t-il.
Debout au milieu des périmètres maraîchers du village, les femmes contemplent l’horizon, l’air visiblement enthousiastes. Ici, les récoltes de choux, d’oignon, de feuilles d’oignon ou de salade sont prometteuses. Les populations vivent grâce au maraîchage qui se développe à un rythme effréné.
Selon Doura Keita, les femmes de Fadiga n’ont jamais bénéficié d’accompagnement technique et financier.
‘’Les femmes de Fadiga, surtout celles qui travaillent au niveau du jardin, n’ont pas bénéficié d’appuis économiques et sociaux de l’Etat du Sénégal. Pour conserver les légumes qu’elles vendent au marché, c’est un problème’’, déplore-t-il.
Il invite l’Etat et les collectivités territoriales à prendre en charge la formation des jeunes, surtout des femmes du village de reclassement social de Fadiga.
‘’Nous voulons que les autorités nous aident avec des bons de formation pour insérer nos jeunes et on a constaté que beaucoup d’entre eux ne travaillent pas, malgré toutes les opportunités de la région de Kédougou’’, dit-il.
Toutes les maisons impactées par la pénurie d’eau
Depuis 2008, la population fait face à un problème d’approvisionnement en eau potable. Le groupe ‘’Yéllitaré’’ a installé une pompe solaire pour alimenter le village en liquide précieux.
Sur place, le visiteur est frappé par un long alignement de récipients qui attendent d’être remplis sous les yeux de leurs propriétaires, des hommes et des femmes, venus s’approvisionner en eau à l’unique borne-fontaine du quartier.
‘’Le problème de l’eau se pose avec acuité à Fadiga et sincèrement nous sommes fatigués, et surtout, nos femmes. Elles sont complètement fatiguées. Et depuis de nombreuses années, elles font la queue pour avoir de l’eau’’, déplore Boubacar Traoré.
Ces derniers jours, c’est pratiquement tout le village qui fait face à cette pénurie d’eau, car la pompe solaire ne peut pas satisfaire les besoins en eau de tout le quartier, explique-t-il.
‘’Vous avez vu les charrettes chargées des bidons de 20 litres ainsi que les femmes qui viennent avec des seaux et des baignoires vers un seul robinet. C’est pour vous dire le problème que nous vivons pendant des années, et les gens ne s’occupent plus de savoir si l’eau est potable ou pas’’, martèle-t-il.
En ce samedi, c’est la ruée vers le robinet public à cause du manque d’eau en cette période de forte chaleur, coïncidant avec le mois de ramadan. Dans cet espace communément appelé robinet ‘’Sall Sall’’, Mamita Camara attend patiemment, pour espérer remplir ses bassines.
Elle s’est réveillée sans la moindre goutte d’eau à domicile. Un foulard blanc sur la tête, un pagne autour des reins assorti d’un t-shirt blanc, la dame d’une trentaine d’année a fini par s’habituer à cette situation.
‘’La situation a toujours été comme ça et je ne pense pas que le problème de l’eau sera réglé à Fadiga’’, dit-elle sur un ton de désespoir.
Le maraîchage, principale activité des femmes
A Fadiga, 130 femmes regroupées autour de quatre groupements féminins issus des familles victimes de la lèpre, ont emblavé deux ha de périmètres maraîchers. Elles cultivent de la salade, de l’oignon, des carottes et d’autres légumes.
‘‘Nous avons un grand rendement, parce que c’est nous qui approvisionnons tous les jours une partie du marché central de Kédougou en légumes frais. Et nous mangeons l’autre partie, parce que nos maris ne travaillent plus. Ils s’activaient dans la vente du charbon, maintenant cette activité a été interdite’’, lance Mamy Camara, rencontrée dans le jardin maraîcher de Fadiga.
Elle déplore le manque d’eau et d’espace arable au niveau du jardin maraîcher des femmes de Fadiga.
‘’Notre grand problème ici, c’est l’eau. Pour arroser nos plantes, il faut que tu te réveilles à 5h du matin, car à midi les puits sont à sec. Nous voulons travailler, mais on n’a pas d’eau et d’espace pour cultiver’’, déplore-t-elle.
Mamy Camara plaide pour un financement en faveur du groupement afin que les femmes du village puissent agrandir leur périmètre maraîcher.
‘’On n’a jamais eu de financement ni bénéficié d’actions des autorités locales de Kédougou et on se débrouille avec les moyens du bord. Pourtant, on doit en bénéficier comme tout le monde, parce que nous faisons partie de la société’’, revendique-t-elle.
Pourtant, la direction générale de l’action sociale a initié un vaste programme d’accompagnement de ces populations victimes de lèpre, selon Mamadou Saliou Sall, directeur régional de l’action sociale de Kédougou.
‘’Nous les avons regroupées en association des personnes vivant avec la lèpre du village de reclassement de Fadiga. Et c’est une association très dynamique et très organisée qui, aujourd’hui, est en train de travailler pour améliorer les conditions de vie des populations victimes de la lèpre’’, assure-t-il.
Mamadou Saliou Sall ajoute que l’Etat du Sénégal a initié également le Programme pour l’autonomisation des personnes atteintes de lèpre et familles (PAPALF).
‘’Il s’agit de fonds qui sont destinés à subventionner des activités génératrices de revenus au profit des populations de Fadiga. On finance des petits commerces tels que l’aviculture et l’élevage’’, a-t-il détaillé.
Il signale que l’école élémentaire de Fadiga a bénéficié également de fournitures scolaires dans le cadre du programme PAPALF.
‘’Nous avons construit deux salles de classe au niveau de l’école élémentaire et réhabilité la case des tout-petits de Fadiga avec notre partenaire, la DAHW [l’association allemande de lutte contre la lèpre et la tuberculose]. Et nous choisissions chaque année des jeunes adolescents de Fadiga pour les inscrire dans les écoles de formation de métiers et de réinsertion’’, indique-t-il.
Il signale aussi que son service a initié un plateau de soins médicaux pour les personnes vivant avec la lèpre.
‘’Des gens ont été bien formés et sont en train de les accompagner sur place. Maintenant, quand le cas devient grave et nécessite une évacuation au niveau de l’hôpital régional, là aussi nous avons mis en place des fonds pour accompagner ces malades qui ont besoin des soins coûteux’’, poursuit-il.
Il précise que tous les lépreux du village de reclassement social de Fadiga sont bénéficiaires de la carte d’égalité des chances.
‘’L’avantage de cette carte, au-delà de l’identification, elle permet au bénéficiaire d’avoir la bourse de sécurité familiale. Et aussi d’être enrôlé pour la couverture maladie universelle, et cela va leur permettre d’accéder très facilement aux soins de santé’’, indique-t-il.
Le village compte aujourd’hui 1200 personnes, selon les statistiques de la Direction régionale de l’action sociale de Kédougou. Elle dit avoir recensé 54 personnes vivant avec la lèpre à Fadiga.
‘’Au total, 54 personnes vivant avec la lèpre se trouvent dans 48 ménages à Fadiga. (…), mais il se trouve que les enfants ne sont pas atteints de la maladie de la lèpre’’, explique-t-il.
Le directeur régional de l’action sociale de Kédougou invite les collectivités territoriales de Kédougou à appuyer le village de Fadiga pour la construction d’habitations et dans la fourniture d’eau et d’électricité.