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3 avril 2025
International
par Ndongo Samba Sylla
LE MYTHE DU DÉFICIT PUBLIC
Il est contreproductif de considérer les déficits publics comme un signal de mauvaise gestion. L’attention devrait être plutôt portée sur l’impact distributif et macroéconomique de la dépense publique : qui en bénéficie ?
La médiatisation exceptionnelle du rapport de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques du Sénégal entre 2019 et le premier trimestre 2024 a nourri des débats souvent partisans mais salutaires. Cependant, ceux-ci sont intervenus pour l’essentiel dans un cadre théorique problématique pour ne pas dire réducteur et totalement inapproprié. Ce qu’il convient ici de corriger. Car il faudrait éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. S’il est légitime de lutter contre la gabegie, la corruption, la non-transparence ainsi que l’inefficacité et l’inéquité de la dépense publique, il est en revanche contreproductif de considérer les déficits publics en tant que tels comme un signal de mauvaise gestion. Dans le cas des pays où les urgences sociales et économiques sont nombreuses, le déficit public est une situation normale et souhaitable.
Les origines des critères plafonnant le déficit et la dette publics
Le déficit public est la différence entre la dépense du gouvernement et ses revenus (fiscaux, non-fiscaux et aides extérieures). Sur le plan comptable, un déficit public implique que la dépense du gouvernement a été supérieure à ses revenus. La dette publique à un moment donné (en février 2025 par exemple) représente le cumul des déficits publics passés.
Au Sénégal, comme ailleurs, un déficit public et une dette publique faibles relativement au PIB sont souvent interprétés comme des indicateurs de bonne santé financière et de qualité de la gestion du gouvernement. Ce point de vue est trompeur mais s’explique aisément. Copiant de manière mimétique et irréfléchie la zone euro, les institutions communautaires en Afrique de l’Ouest, comme l’UEMOA et la CEDEAO, ont défini des « critères de convergence » parmi lesquels des objectifs à ne pas dépasser en matière de déficit et de dette publics.
Un déficit public supérieur à 3 % du PIB est considéré comme une mauvaise chose tandis qu’une dette publique supérieure à 70 % du PIB annoncerait des problèmes de solvabilité. Ces chiffres sacrosaints sont pris pour argent comptant par la plupart des commentateurs qui interrogent rarement leur pertinence.
La prétendue règle des 3 % de déficit public à ne pas dépasser a été inventée de toutes pièces au début des années 1980 en France sous la présidence de Mitterrand en vue de justifier des politiques d’austérité. Avoir ce chiffre magique à portée conférait une caution de scientificité aux coupes budgétaires prévues. Les créateurs de ce ratio de « 3 % » le qualifient de « chimère » qui ne doit son existence qu’à la commande politique et non à la théorie et aux faits économiques. Ce ratio s’est internationalisé avec la naissance de l’euro en 1999. Pour prévenir toute démarche de solidarité budgétaire avec les autres pays membres de la zone euro, l’Allemagne avait imposé les critères arbitraires de 3 % de déficit public et de 60 % de dette publique. L’UEMOA et la CEDEAO les ont peu ou prou repris. Autrement dit, des critères européens motivés par l’absence de solidarité ont été importés et posés comme les fondements voire les préalables de l’unification monétaire africaine !
Les ratios de dette publique/PIB (de 60 ou 70 %) sont tout aussi arbitraires. Les économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient soutenu qu’au-delà d’un certain niveau ce ratio emportait de lourdes conséquences négatives. Leur travail a été discrédité, du fait notamment d’erreurs dans le traitement des données. Des travaux du FMI ont montré qu’il n’y a aucun fondement empirique au point de vue selon lequel des niveaux de dette publique élevés porteraient nécessairement atteinte à la croissance économique. Tout ceci ne saurait surprendre.
En effet, la dette publique est un stock alors que le PIB est un flux. Il est illégitime de mesurer la solvabilité d’un État de cette manière. La dette publique est payée sur plusieurs années voire décennies alors que le PIB mesure la production marchande sur une année. C’est comme si un travailleur contractait un prêt sur vingt ans (stock) et sa solvabilité était mesurée par sa banque seulement sur la base du revenu de l’année en cours (flux).
De plus, ce ratio ne distingue pas la dette en monnaie nationale de la dette en monnaie étrangère. Les gouvernements souverains sur le plan monétaire – ceux qui ne s’endettent que dans leur propre monnaie et opère en changes flottants – n’ont pas de contrainte de solvabilité. Ainsi, le gouvernement japonais, avec un ratio de dette publique de 229 % (en 2023), ne peut faire défaut sur sa dette : celle-ci est largement détenue par sa propre banque centrale et, de toute manière, le service de la dette publique japonaise est payé dès que le parlement valide le budget. Par contre, les pays qui ont une souveraineté monétaire moins importante – notamment parce qu’ils se sont endettés en monnaie étrangère - peuvent faire défaut à tout moment. Les gouvernements de pays comme l’Argentine ou le Pérou ont fait défaut avec des ratios de dette publique de l’ordre de 30 % du PIB.
À tout déficit public correspond un surplus au bénéfice du secteur privé
Outre que le ratio dette/PIB n’a pratiquement aucune pertinence analytique, il faut souligner l’interprétation erronée qui est souvent faite du déficit public.
Un déficit budgétaire – voire une situation chronique de déficit budgétaire – n’a rien d’alarmant si les dépenses publiques ont été faites dans un cadre de transparence avec une ambition développementaliste. Au contraire, c’est une situation souvent normale et désirable pour la plupart des pays. Les seuls gouvernements qui peuvent se permettre d’avoir des surplus budgétaires sans nuire à leurs économies sont ceux qui généralement obtiennent des surplus extérieurs importants (comme l’Arabie Saoudite et la Chine). Mais même pour les pays qui ont des excédents commerciaux élevés, le déficit budgétaire est souvent de mise.
L’hystérie au sujet des déficits publics procède en partie d’une erreur d’omission : partout où un déficit est enregistré, un surplus équivalent existe qui le compense. Il en est toujours ainsi dans la comptabilité en parties doubles.
Un déficit public de 3 % du PIB correspond à un surplus pour le secteur non-gouvernemental (ménages, entreprises et « reste du monde ») de 3 % du PIB. Réciproquement, quand le gouvernement a un surplus de 3 % du PIB, le secteur non-gouvernemental enregistre un déficit de 3 %. En effet, le déficit public est l’une des sources des profits des entreprises, comme le montre l’équation de (Michal) Kalecki (du nom de l’économiste polonais éponyme). Tout le monde peut comprendre intuitivement que lorsque l’État dépense pour les entreprises plus qu’il ne les taxe, il contribue à augmenter leur richesse financière nette.
Quand les gens critiquent les déficits publics ou cherchent à les plafonner, ils critiquent ou cherchent à plafonner également, sans s’en rendre compte, le surplus financier que le gouvernement crée pour le secteur privé dans son ensemble. Ceux qui sont opposés aux déficits publics soutiennent implicitement que l’État ne doit pas contribuer à augmenter la richesse financière du secteur privé ! Ainsi, sans que cela ne choque personne, l’UEMOA, à travers ses critères de convergence, décrète arbitrairement qu’il n’est pas souhaitable que ses États membres contribuent à plus de 3 % du PIB à la richesse financière nette de leur secteur privé ! Plus concrètement, si un pays comme le Sénégal devait avoir régulièrement des déficits de l’ordre de 5 % permettant aux entreprises privées de prospérer et de créer des emplois en masse, cette stratégie économique devrait être découragée selon les règles de l’UEMOA. Car, dans la logique institutionnelle et macroéconomique de l’UEMOA (et de la CEDEAO), respecter les équilibres comptables afin de satisfaire les intérêts des créanciers a la priorité sur la nécessité de transformer les économies africaines et de générer des emplois décents.
Ce principe de gestion des finances publiques, que le néolibéralisme a remis au goût du jour, est colonial par excellence. C’est celui qu’appliquaient les administrations coloniales. Raison pour laquelle leur contribution à la richesse financière du secteur privé « indigène » était presque nulle : elles ne dépensaient que ce qu’elles percevaient comme impôts et taxes prélevés sur les populations et les recettes d’exportation. D’où le sous-développement constaté dans la plupart des ex-colonies.
Soulignons que la plupart des grandes crises du capitalisme depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à celle de 2007-2008 ont été précédées d’épisodes de surplus budgétaires dans les pays économiquement dominants tels les États-Unis. En effet, un surplus budgétaire implique un déficit du secteur privé, c’est-à-dire une baisse de l’épargne privée et une hausse de l’endettement des ménages et des entreprises qui progressivement devient insoutenable. Ce qui débouche sur des défauts de paiement suscitant à leur tour panique et crise financières.
Au lieu de parler de « déficit », vu que le mot évoque généralement des représentations négatives, il serait plus juste et plus approprié de parler de « dépense nette du gouvernement » voire de « surplus financier net créé par le gouvernement ».
En changeant le langage, la perspective serait donc modifiée. Au lieu de s’épancher sur l’existence du déficit public, l’attention devrait être plutôt portée sur l’impact distributif et macroéconomique de la dépense publique : qui en bénéficie ? quelles sont ses conséquences sur l’inflation, la dette et l’équilibre extérieurs.
Les surplus budgétaires sont irresponsables dans le cas des pays pauvres
En somme, retenons que le déficit budgétaire est quelque chose de normal et de souhaitable dans la plupart des cas car c’est la richesse financière nette que le gouvernement crée pour le secteur non-gouvernemental. Le but de l’État ne doit pas être d’ « épargner » car cela reviendrait à mettre le secteur privé dans la zone rouge (en situation de déficit, ce qui n’est pas souhaitable). En fait, devant des besoins insatisfaits en termes d’infrastructures de santé, d’éducation, de protection sociale, etc., c’est irresponsable de couper dans la dépense publique pour respecter des critères comptables totalement arbitraires. La gestion bonne et responsable pour un gouvernement consiste à faire les dépenses nécessaires pour atteindre les objectifs de développement économique et d’équité plutôt qu’à se conformer à des équilibres comptables sans fondement.
Si l’Afrique demeure aujourd’hui pauvre, c’est parce que depuis la période coloniale elle continue de subir des politiques qui soit compressent le niveau de dépense permettant d’accélérer son développement soit l’oriente pour répondre aux intérêts extérieurs et ceux des classes dirigeantes.
Dans un prochain article en complément de celui-ci, nous établirons deux faits contre-intuitifs dans le cas des gouvernements qui disposent de leur propre monnaie : quoique nécessaires et importants à de nombreux égards, les impôts et taxes ne jouent aucun rôle de financement ; le déficit en monnaie nationale ne pose aucun problème de « financement » car la dépense publique « s’autofinance » elle-même, si le gouvernement prend les mesures légales appropriées. La vision selon laquelle les banques et investisseurs (étrangers) peuvent financer le gouvernement dans sa propre monnaie est un mythe bien commode !
À suivre...
RDC-RWANDA, DERRIÈRE LE MIROIR DÉFORMANT
Boubacar Boris Diop démonte le mythe d'un Rwanda impérialiste et appelle la RDC à une introspection nécessaire. Pour lui, la solution passe par la reconnaissance des Congolais rwandophones et le désarmement des FDLR
(SenePlus) - Dans la seconde partie du récent entretien accordé au site d'information Impact.sn, l'écrivain et intellectuel sénégalais Boubacar Boris Diop propose une analyse sans concession de la crise qui secoue l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), appelant à dépasser les lectures manichéennes du conflit pour en comprendre les véritables ressorts.
L'auteur de "Murambi, le livre des ossements" questionne d'emblée l'image d'un Rwanda impérialiste qui se serait répandue dans l'opinion publique. "Si on se réfère aux luttes révolutionnaires du temps de la guerre froide, il serait question dans un tel cas de figure d'une impitoyable superpuissance ravageant tout sur son passage", déclare-t-il, avant de souligner le déséquilibre flagrant des forces en présence : "La seule RDC a une superficie de plus de 2.344.858 kilomètres carrés contre 26.338 pour le Rwanda et une population de 105 millions d'habitants contre environ 15 millions pour le Rwanda."
Pour illustrer l'absurdité de cette thèse, il cite l'auteur américain Phillip Gourevitch qui ironisait en 1998 : "Prêter au Rwanda l'intention d'envahir le Zaïre, cela revient d'une certaine façon à dire que le Liechtenstein s'apprête à envahir l'Allemagne ou la France."
Pour l'écrivain sénégalais, la chute récente de Goma et Bukavu, si elle est embarrassante, devrait inciter à "une saine introspection" sur l'état de la RDC. Il invite notamment à s'interroger sur "l'incroyable déliquescence de l'État congolais" et la "corruption endémique" qui mine le pays. Boubacar Boris Diop établit un parallèle saisissant avec le Rwanda, décrivant "un pays bien organisé où une lutte efficace contre la corruption permet aussi de réduire la pauvreté", sous la direction d'un président Kagame qu'il décrit comme intègre et déterminé.
Le romancier, observateur attentif de la région des Grands Lacs depuis trois décennies, souligne l'importance cruciale de comprendre le contexte historique, particulièrement le génocide de 1994. Citant un récent discours de Paul Kagame concernant les violences contre les Congolais rwandophones, il rapporte : "Nous avons vécu les pires souffrances en 1994 et personne n'a voulu venir à notre secours."
Selon l'intellectuel sénégalais, cette dimension historique est indispensable pour comprendre les enjeux actuels : "Si on veut analyser ce qui se passe actuellement dans le Kivu sans prendre en compte le génocide, plus précisément la période allant du 1er novembre 1959 au 4 juillet 1994, on a toutes les chances de passer à côté."
L'écrivain évoque la transformation remarquable du Rwanda post-génocide, tout en s'interrogeant sur les implications d'une possible "opération amnésie" trop réussie auprès des jeunes générations. "Il y a un équilibre à trouver entre l'amnésie réparatrice et l'obsession mémorielle", note-t-il, tout en reconnaissant la complexité de cette démarche.
Face aux tensions actuelles, l'écrivain plaide pour une solution négociée, rappelant que "c'est trop facile d'appeler aux armes quand on ne court personnellement aucun risque." Il met en garde contre les risques d'une déstabilisation prolongée de la région dans un contexte international incertain, particulièrement face à la montée en puissance de figures comme Trump. Citant Cheikh Anta Diop, il rappelle : "L'Afrique doit, ne serait-ce que par égoïsme lucide, basculer sur la pente de son destin fédéral."
Boubacar Boris Diop trace les contours d'une possible résolution du conflit. Il appelle Kinshasa à "reconnaître la citoyenneté pleine et entière des Congolais rwandophones et à désarmer les FDLR." Pour l'écrivain, il est "impossible de comprendre qu'un pays aussi gigantesque, doté de tant d'atouts, en soit réduit à appeler à son secours le Burundi pour le protéger du Rwanda." Une situation qui, selon lui, reste "le cœur du problème" et nécessite une réponse politique courageuse pour sortir de l'impasse actuelle.
LE PAPE FRANÇOIS DANS UN ÉTAT CRITIQUE
Le souverain pontife de 88 ans lutte contre une grave crise respiratoire qui nécessite une oxygénation à haut débit, après une semaine d'hospitalisation pour une pneumonie complexe
(SenePlus) - Le Vatican a annoncé samedi une détérioration préoccupante de l'état de santé du pape François, hospitalisé depuis une semaine. Selon les informations rapportées par Associated Press, le souverain pontife de 88 ans traverse une phase critique après avoir subi "une crise respiratoire asthmatique de longue durée" nécessitant l'administration d'oxygène à haut débit.
D'après le communiqué du Vatican, le pape a également dû recevoir des transfusions sanguines en raison d'une faible numération plaquettaire, associée à une anémie. "Le Saint-Père reste conscient et a passé la journée dans un fauteuil, bien qu'avec plus de douleurs que la veille. Pour le moment, le pronostic est réservé", précise le bulletin médical.
L'équipe médicale du Gemelli, l'hôpital où le pape est soigné depuis le 14 février, fait face à une situation délicate. Le Dr Sergio Alfieri, chef du service de médecine et chirurgie, a souligné lors d'une conférence de presse vendredi la principale menace qui pèse sur le pontife : le risque de septicémie. "Une septicémie, avec ses problèmes respiratoires et son âge, serait vraiment difficile à surmonter", a-t-il averti, ajoutant que le pape "sait qu'il est en danger" et a demandé que cette information soit transmise.
Le diagnostic initial révèle une situation médicale complexe. Les médecins ont d'abord identifié une infection respiratoire d'origine virale, bactérienne et fongique, suivie d'une pneumonie touchant les deux poumons. Le traitement prescrit comprend un "repos absolu" et une combinaison de cortisone et d'antibiotiques, accompagnée d'oxygène selon les besoins.
Cette crise de santé survient dans un contexte particulier pour l'Église catholique, en pleine Année sainte. Comme le rapporte Associated Press, le Vatican s'est efforcé de calmer les spéculations concernant une éventuelle démission du pape. Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican, a qualifié ces rumeurs d'"inutiles" dans un entretien au Corriere della Sera, soulignant que la priorité était la santé du pape, sa guérison et son retour au Vatican.
Pour la deuxième semaine consécutive, le pape ne pourra pas assurer sa traditionnelle bénédiction dominicale. Cette absence forcée intervient alors que des diacres du monde entier se rassemblent au Vatican pour leur week-end spécial de l'Année sainte, un événement majeur qui n'a lieu que tous les vingt-cinq ans dans l'histoire de l'Église catholique.
MOODY'S DÉGRADE LA NOTE DU SÉNÉGAL
L'agence de notation fait chuter à B3 la note souveraine du pays, soit six niveaux sous la catégorie investissement. Cette décision, doublée d'une perspective négative, fait suite à la publication de l'audit accablant de la Cour des comptes
(SenePlus) - D'après les informations rapportées par l'agence Bloomberg, l'agence de notation Moody's Investors Service vient d'abaisser significativement la note de crédit du Sénégal, une décision motivée par les révélations de la Cour des comptes sur l'état réel des finances publiques sous la présidence de Macky Sall.
Selon le communiqué de Moody's cité par Bloomberg, la note de crédit à long terme en devises étrangères du pays a été abaissée de deux crans pour atteindre B3, soit six niveaux en dessous de la catégorie "investissement". Plus inquiétant encore, la perspective a été fixée à "négative" après avoir été placée sous surveillance en vue d'une possible dégradation.
Cette décision intervient dans un contexte politique particulier, alors que le nouveau président Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir en avril dernier, a commandé un audit approfondi des finances nationales. Les résultats de cette investigation ont mis en lumière une augmentation constante de l'endettement durant les cinq années du dernier mandat de Macky Sall.
Les chiffres révélés sont alarmants : "Le ratio dette/PIB a bondi à 99,7% en 2023, contre 65,6% en 2019", rapporte Bloomberg citant les conclusions de la Cour des comptes publiées le 12 février. Plus préoccupant encore, le déficit budgétaire a été réévalué à "12,3% du PIB en 2023, contre 4,9% initialement annoncé par l'administration précédente".
Dans son évaluation, citée par Bloomberg, Moody's pointe explicitement les graves défaillances de gouvernance : "La dégradation est motivée par des indicateurs budgétaires substantiellement plus faibles révélés par la Cour des comptes du Sénégal. L'ampleur et la nature des écarts limitent significativement la marge de manœuvre budgétaire du Sénégal et contribuent à des besoins de financement élevés, tout en indiquant des déficiences matérielles passées en matière de gouvernance."
Cette dégradation de la note souveraine pourrait avoir des répercussions importantes sur la capacité du Sénégal à lever des fonds sur les marchés internationaux et à attirer les investissements étrangers, alors même que le pays fait face à des défis économiques majeurs.
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FELWINE SARR, UNE VOIX QUI TRANSCENDE LES FRONTIÈRES
L'écrivain-économiste engagé, porte la voix d'une Afrique en quête de justice et de reconnaissance. Entre restitution d'œuvres d'art spoliées et combat pour la démocratie au Sénégal, il dessine les contours d'un nouveau dialogue entre les continents
Par un froid hivernal à Montréal, Felwine Sarr, figure majeure de la pensée africaine contemporaine, rencontre ses lecteurs pour parler de son dernier roman écrit à Colobane. L'écrivain sénégalais, qui explore les thèmes de l'amour et de la résistance, incarne une nouvelle génération d'intellectuels africains engagés sur plusieurs fronts.
La France l'a choisi comme expert pour un projet d'envergure historique : la restitution des œuvres d'art et objets culturels africains spoliés pendant la période coloniale. Cette mission s'inscrit dans une démarche plus large de reconstruction mémorielle, permettant au continent africain de retrouver les pièces manquantes de son patrimoine historique.
Dans son pays natal, le Sénégal, Sarr s'est distingué par son engagement contre l'autoritarisme. Après trois années marquées par des tensions démocratiques et des violences sociales, il témoigne de la résilience de la démocratie sénégalaise. En tant qu'économiste, il porte un regard critique sur les déséquilibres du commerce mondial, plaidant pour une fonte profonde des règles qui désavantagent les nations africaines.
Face aux défis contemporains qu'il qualifie de "temps crépusculaires", notamment la tragédie qui se déroule à Gaza, Sarr refuse de céder au cynisme. Pour lui, l'art et la création littéraire constituant des remparts essentiels contre la déshumanisation croissante de notre époque.
Dans les bibliothèques où il rencontre son public, Sarr démontre sa vision de l'amour, un concept qu'il préfère incarner plutôt que définir. Ces échanges, empreints d'une authentique générosité, illustrent sa conviction que la littérature peut maintenir vivante la flamme de notre humanité commune.
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ECO-CFA, LA MONNAIE COLONIALE QUI NE VEUT PAS MOURIR
Le franc CFA devait disparaître en 2015. Puis en 2025. Maintenant on parle de 2030, voire 2035. Pendant que l'ECO, censé le remplacer, s'enlise dans des reports, cette monnaie héritée de la colonisation continue de régir le quotidien de 15 pays africains
En Afrique de l'Ouest, l'histoire monétaire s'écrit toujours à l'encre du franc CFA. Cette monnaie, vestige de l'ère coloniale, continue de régir les échanges de 15 pays d'Afrique subsaharienne, divisés en deux zones distinctes : l'UEMOA et la CEMAC. Particularité troublante : bien que portant le même nom, ces deux francs CFA ne sont pas interchangeables entre eux.
L'ECO, annoncé comme le successeur du franc CFA, accumule les reports. D'abord prévu pour 2015, puis 2025, son lancement pourrait désormais glisser jusqu'en 2030, voire 2035. Cette valse des dates alimente les doutes sur la réelle volonté de changement.
Les chiffres sont éloquents : d'après une enquête menée en 2024, plus de 90% des Africains jugent le franc CFA néfaste pour leur économie. La parité fixe avec l'euro, présentée comme un gage de stabilité, agit en réalité comme un frein aux exportations tout en favorisant les importations. Cette situation pénalise le développement des industries locales.
Les obstacles techniques à la mise en place de l'ECO s'accumulent. L'harmonisation des politiques financières entre les pays membres reste incomplète. Les structures institutionnelles nécessaires tardent à se mettre en place. Le rôle futur de la France dans ce nouveau système monétaire continue de susciter des débats.
Face à ces défis, des économistes africains proposent des solutions pragmatiques. Parmi elles, l'arrimage de la future monnaie à un panier de devises incluant le dollar et le yuan, plutôt qu'à l'euro seul. Ces experts soulignent que le continent dispose des compétences techniques nécessaires pour gérer sa propre monnaie. Reste à transformer cette capacité en réalité politique.
LES ASSISES NATIONALES PROPOSENT UNE TRANSITION DE CINQ ANS AU NIGER
Les assises nationales au Niger ont proposé jeudi 20 février 2025, au terme de leurs travaux. "une durée de cinq ans renouvelables" pour conduire la transition en cours depuis le coup d'Etat de 2023 ...
Les assises nationales au Niger ont proposé jeudi 20 février 2025, au terme de leurs travaux. "une durée de cinq ans renouvelables" pour conduire la transition en cours depuis le coup d'Etat de 2023, et la "possibilité" pour les dirigeants du régime militaire de se présenter aux prochaines élections...
L'évènement a eu lieu en présence du chef du régime militaire du Niger, le général Abdourahamane Tiani (photo), qui devra valider cette proposition et a salué un "nouveau départ" pour le pays. Les assises ont réuni du 15 au 19 février 716 participants civils et militaires pour notamment fixer la durée de la transition...
Mamoudou Harouna Djingarey, qui a présidé les assises, a mentionné "la possibilité" pour les "dirigeants des organes" de la transition "de se présenter aux futures élections".
Les conclusions des travaux proposent par ailleurs de conférer le "titre de président de la république" au général de brigade Tiani et de "l’élever au grade de général d’armée" en raison de son "leadership" dans la conquête de "la souveraineté" du Niger, ancienne colonie française. Elles proposent également "une amnistie pour les auteurs du coup d’Etat du 26 juillet 2023" qui a chassé le président civil élu Mohamed Bazoum.
L’ONU APPORTE UN SOUTIEN DE PLUS DE 150 000 DOLLARS AU FESPACO
Le système des Nations Unies au Burkina Faso a annoncé aujourd’hui un appui financier de 98,25 millions de francs CFA (156 400 dollars) à la 29e édition du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), qui débute samedi.
Le système des Nations Unies au Burkina Faso a annoncé aujourd’hui un appui financier de 98,25 millions de francs CFA (156 400 dollars) à la 29e édition du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), qui débute samedi.
La contribution des Nations Unies au Fespaco, pour un montant de près de 156 000 dollars, comprend notamment un prix officiel au Palmarès d’une valeur de près de 20 millions de FCFA, a précisé l’organisation dans un communiqué parvenu à APA. Le festival, qui se tiendra du 22 février au 1er mars, a pour thème « Cinémas d’Afrique et identités culturelles ».
« Le FESPACO est bien plus qu’un festival de cinéma : c’est une vitrine exceptionnelle du talent africain et un puissant vecteur de transformation sociale », a souligné Carol Flore-Smereczniack, Coordonnatrice Résidente du Système des Nations Unies au Burkina Faso et Coordonnatrice humanitaire.
Cette édition, qui a pour invité d’honneur le Tchad représenté par son président, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, arrivé à Ouagadougou vendredi, mettra l’accent sur le rôle du cinéma dans la valorisation des identités africaines, la promotion du dialogue interculturel et le renforcement de la cohésion sociale. Un thème qui, selon l’ONU, « résonne avec les valeurs fondamentales des Nations Unies, en particulier la promotion de la diversité culturelle, le respect des droits humains et l’importance du vivre-ensemble ».
Pour la Coordonnatrice Résidente, le FESPACO 2025 représente une « opportunité unique » de valoriser le potentiel du cinéma africain et son rôle dans la préservation des identités culturelles du continent.
Un tract, parmi d’autres aussi immondes rédigés en français ou en langues nationales, circule au Burkina Faso et dont voici le texte transcrit à la lettre : «Opération 0 peulhs activé. Aucun peulh ne doit survivre. C’est eux les terro. Ouvrez l’œil».
On ne prêterait pas une grande attention à un tel pamphlet, si ignoble soit-il, si l’histoire récente ne nous avait pas appris, en restant dans le cadre africain, que c’était ainsi qu’avait commencé, il y a un peu plus de trente ans, une tragédie qui allait aboutir à l’extermination, souvent à la machette, d’un million de personnes, hommes femmes et enfants, dont le seul tort était d’appartenir à un « groupe ethnique » créé ex nihilo par la colonisation belge.
On lui aurait donné moins d’importance s’il n’était pas l’œuvre d’activistes ou de mouvements qui se réclament de la junte militaire qui gouverne le Burkina Faso et s’il n’était pas diffusé via les réseaux sociaux, devenus la première source d’information dans nos pays, dont on sait pertinemment, qu’ils sont sous le contrôle de l’Etat, surtout dans un pays où la plupart des libertés ont été suspendues…
C’est une tendance générale qui fait que, depuis quelques années, prospèrent dans le monde, des mouvements qui souvent à visages découverts, désignent les brebis galeuses, les boucs émissaires sur lesquels ils font porter tous leurs malheurs. En Europe et en Amérique du Nord leurs cibles principales ce sont les immigrés, les Noirs ou les Musulmans et leurs soupçons portent même sur ceux qui ont perdu toute attache avec leur pays d’origine, ou plutôt celui de leurs parents, et qu’on a pris l’habitude de désigner par l’affreux terme de « non souchiens ».
Sans soulever l’indignation de ce que l’on appelle « la communauté internationale », Donald Trump a pu ainsi interdire ou restreindre, l’accès du territoire américain aux ressortissants des pays musulmans, ce qui constitue une discrimination injustifiable. Son homme en Europe, Viktor Orban, a exprimé sans détours son opposition à toute immigration non européenne, au nom de la « pureté » de la « race » hongroise, tandis qu’ en Italie comme en Allemagne ou en France … les tenants de la « ré-émigration » occupent les médias…Dans tous ces pays on ne parle encore que d’exclusion, mais un jour viendra où à la chasse à l’étranger y sera considérée comme une opération de salut public. La différence entre ce qui se passe dans ces pays et ce que nous vivons c’est que chez eux, l’ennemi c’est l’étranger, alors que dans certains pays africains il est à l’intérieur même des frontières, c’est notre voisin, celui avec lequel nous avons conclu, après l’indépendance, le pacte du « commun vouloir de vie commune ».
A cette différence, s’ajoute une autre : au Nord, ce genre d’incident est généralement rapporté par la presse, ce qui oblige les gouvernants à procéder à des sanctions, alors que dans nos pays, c’est un thème tabou, ignoré par les autorités politiques et même religieuses. C’est un peu comme si nous avions honte de notre diversité ethnique ou culturelle, alors que nos Etats sont tous des créations artificielles et que les frontières héritées de la colonisation déchirent les peuples et les cultures !
Nous devons nous inquiéter de la stigmatisation d’une composante nationale, souvent la même, au Burkina Faso ou au Mali notamment, parce qu’elle obéit aux mêmes ressorts que celle qui sévit dans les pays du Nord. Lorsqu’un Maghrébin commet un crime ou un délit dans un pays comme la France, même s’il y est né, c’est toute la composante maghrébine de l’Hexagone, qui compte plusieurs millions de personnes, qui est stigmatisée ou qui est sommée de se justifier. Mohamed Merah rend tous les « Arabes » mauvais, alors que Zinedine Zidane ne les rend pas parfaits ! Un Français dont les parents sont originaires d’Algérie a avoué, à sa grande honte, qu’à chaque fois qu’un crime monstrueux est commis en France, il pense non pas à la victime mais au coupable, en priant qu’il ne soit pas Maghrébin.
Au Mali et au Burkina Faso, il a suffi qu’un des chefs des djihadistes soit connu comme un peul et prêche dans sa langue pour que les millions de personnes qui s’expriment dans cette langue fassent l’objet de suspicions, soient mis à l’index et que des centaines, peut-être des milliers d’entre eux, soient exécutés par des groupements d’autodéfense, voire par l’armée nationale ! Amadou Koufa qui s’est arrogé le titre « d’émir » de la katiba Macina, ancien membre de Ansar Dine et désormais affidé au GSIM, est certes djihadiste et peul, mais les thèmes principaux de ses prêches sont la « réislamisation » du pays, par la création d’une République islamique, et non la mise en place d’un état peul, et la nécessité d’une une « révolution sociale », telle qu’il l’entend. Ses cibles préférées ce sont les « aristocrates », les familles maraboutiques, l’armée et les forces étrangères, qu’elles soient françaises ou russes. Ce qu’il fait, ce qu’il dit, quelle que soit leur monstruosité, n’engage que lui, et pas ceux qui, par peur de représailles ou parce que l’Etat n’assure pas leur défense, obéissent à son diktat Je me souviens d’un conte de mon enfance qui disait que le malheur s’en vient en balançant sa queue dans tous les sens et que personne n’était à l’abri de ses coups. Ce qui se passe chez nos voisins nous concerne parce qu’il leur fait courir le risque d’une guerre civile, qui est la pire des guerres et la plus contagieuse, à l’image du massacre perpétré le 23 mars 2019 dans le village peul de Ogossagou, au Mali, qui a fait plus de 150 victimes, exécutées par leurs voisins aux cotés desquels elles vivaient depuis des siècles. Ce n’était pas le premier et les peuls n’étaient pas les seules victimes de ces règlements de comptes, mais c’était alors le massacre de populations civiles le plus meurtrier depuis le déclenchement de la guerre du Mali en 2012. Avec la prolifération de fake news et l’avènement de l’Intelligence Artificielle, qui peut faire dire et faire ce qu’on veut, ce genre de crimes pourrait devenir un fléau national.
Méfions-nous des signes avant-coureurs de ces dérives, comme les paroles de ce ministre qui conteste l’identité nationale de Tidjane Thiam, petit neveu du premier président de la Cote d’Ivoire et dont deux frères ont été ministres de cette République, sur la seule base de son patronyme, oubliant par la même occasion que le débat sur « l’ivoirité » avait conduit son pays au bord du gouffre. Méfions-nous de ce politicien sénégalais qui, aux dernières élections législatives, avait bâti toute sa campagne sur le rejet de l’étranger. Et il a été élu, ce qui n’a rien d’étonnant, car avec Donald Trump nous avons appris que quelquefois, en politique, la c.… ça marche !
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VASTE RÉFORME ADMINISTRATIVE ANNONCÉE POUR JUIN
Fini les berlines de luxe. Sonko a annoncé ce vendredi une centralisation des achats publics et une fusion massive des agences d'État. Un audit complet de la fonction publique sera réalisé d'ici avril, suivi d'une révision des grilles salariales
Lors de la séance de questions-réponses à l'Assemblée nationale ce vendredi 21 février 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko a dévoilé un plan ambitieux de restructuration de l'administration sénégalaise. Au cœur de cette réforme : la fusion des agences aux missions similaires et une rationalisation drastique des dépenses publiques.
D'ici juin 2025, plusieurs entités seront fusionnées, notamment dans les secteurs de la microfinance, des énergies renouvelables et de la formation professionnelle. Le chef du gouvernement a notamment annoncé le regroupement du Fonds d'impulsion de la microfinance, du Fonds national de la microfinance et du Fonds d'appui à l'économie sociale et solidaire.
Dans le cadre de la maîtrise des dépenses de personnel, un audit complet de la fonction publique sera réalisé avant fin avril 2025. Une interface numérique entre les systèmes de paie et de budget sera déployée pour assurer un suivi en temps réel des dépenses de personnel.
Le plan prévoit également un gel des recrutements dans la fonction publique, à l'exception des secteurs jugés prioritaires : santé, éducation, défense et sécurité. Les nouvelles embauches dans le secteur parapublic seront désormais soumises à l'autorisation directe du Premier ministre.
Pour réduire le train de vie de l'État, la centralisation des achats publics sera systématisée, touchant particulièrement la flotte de véhicules administratifs, dont le standing sera revu à la baisse. Le Premier ministre a souligné que ces mesures s'accompagneront de dispositions pour préserver les intérêts des travailleurs concernés par ces restructurations.