L'ÉTAT EST DANS SON ROLE DE PREVENTION
Invité de l’émission Objection de la radio Sudfm, Momar Thiam est formel sur la procédure de reddition des comptes et sur la loi d’amnistie, il souligne que la majorité des Sénégalais veut que les responsabilités soient situées

Selon l’ancien membre du Pôle de communication de la présidence de la République sous le régime libéral du Président Abdoulaye Wade, Momar Thiam, la procédure de reddition des comptes initiée par le nouveau régime à travers le Pool judiciaire financier « est une exigence démocratique ». Invité de l’émission Objection de la radio Sudfm hier, dimanche 16 mars, Momar Thiam qui est par ailleurs docteur en communication politique a précisé au sujet des mesures d’interdiction de sortie du territoire national contre certains responsables de l’ancien régime du président Macky Sall que l'État est dans son rôle de prévention du bon fonctionnement de la procédure de reddition des comptes.
L ’ancien membre du Pôle de communication de la présidence de la République sous le régime libéral du Président Abdoulaye Wade est formel en déclarant que « la reddition des comptes est une exigence démocratique ». Invité de l’émission Objection de la radio Sudfm hier, dimanche 16 mars, Momar Thiam par ailleurs docteur en communication politique a précisé au sujet des mesures d’interdiction de sortie du territoire national contre certains responsables de l’ancien régime que l'État est dans son rôle de prévention du bon fonctionnement de la procédure de reddition des comptes en cours au niveau du nouveau Pole judiciaire financier. S’exprimant sur le cas spécifique du beau-frère de l’ancien président de la République, Mansour Faye, qui a été refoulé à deux reprises à l’aéroport international Blaise Diagne alors qu’il voulait embarquer à destination de la Mecque via Paris, l’expert en communication politique et directeur de l’école HEIC de Dakar, estimant que le temps de la justice n'est pas le temps de l'opinion dans sa majorité encore moins celui des médias, a indiqué que même si ce dernier n’est pas officiellement visé par une procédure judiciaire qui lui interdit de quitter le territoire, la puissance publique peut s'exercer sur lui.
Pour justifier sa position, Momar Thiam rappelle que Mansour Faye est non seulement « un acteur politique majeur » mais aussi « fait partie de ceux qui étaient là à gérer le pouvoir de 2012 à 2024. « Il a eu à gérer des deniers publics et même au-delà parce qu'on se souvient malheureusement de la période de COVID. Et tout ça lui incombe à partir du moment où il était ministre en charge de ces questions-là. Donc forcément, ce n'est pas que l'État soupçonne mais vous êtes l'acteur principal qui peut éclairer la lanterne de la justice et audelà des Sénégalais sur cette question-là », a-t-il lancé au sujet de l’actuel maire de Saint-Louis avant d’ajouter. « Sous ce rapport, l'État, de par sa puissance publique, s'arroge le droit de dire, Ecoutez, vous, vous ne pouvez pas vous déplacer par le biais de mesures conservatoires. Ce sont des mesures conservatoires ».
Poursuivant son propos, l’expert en communication a également tenu à souligner que Mansour Faye, malgré le tapage médiatique autour de lui, n’est pas un cas isolé dans le cadre des interdictions de sortie du territoire national. À cet égard, il estime que si l’on parle de lui, c’est peut-être parce qu’il est le beau-frère du président de la République et le frère de l’ancienne Première dame. Car, a-t-il tenu à faire remarquer, « d'autres responsables de l’ancien régime ont également été interdits de sortie du territoire national, comme l'ancien directeur général de Petrosen Trading et Services, et pourtant, cela n'avait pas suscité autant de bruit, hormis la déclaration qu’il avait faite. Il est toujours là et s’est lui-même mis à la disposition de la justice pour que cette question soit éclaircie. D’autres cas ont également été révélés par la presse sans provoquer de polémique. »
Ainsi pour revenir sur le bienfondé de cette mesure d’interdiction de sortie du territoire national, Momar Thiam rappelle le cas de « responsables de l’ancien régime qui sont indexés par l'opinion dans sa grande majorité et par les tenants du pouvoir en place mais qui ont pu quitter le territoire national bien avant même l’entrée en fonction du nouveau pouvoir. « Je veux parler de l'ancien directeur de la poste. D’ailleurs, je viens d'apprendre qu'il est passé par Ziguinchor pour aller à Bissau et de là-bas, il a pris l'avion pour aller au Canada. Pour toutes ces questions-là, l'État est dans son rôle de prévention. La prévention de l'État, ce n’est pas uniquement à destination des citoyens, c'est aussi à destination de ceux qui ont eu à gérer des deniers publics et qui doivent être à la disposition de la justice parce qu'il y a peut-être des instructions en cours qui font qu’on ne peut pas les laisser partir. L'État est donc dans son rôle. Il fait de la prévention. Mieux vaut prévenir que guérir. Sans que cela ne puisse un peu déroger la liberté de circulation ».
CONTROVERSE AUTOUR DE LA LOI D’AMNISTIE : «La majorité des Sénégalais veut que les responsabilités soient situées»
Interpellé par ailleurs sur la controverse autour de la loi d’amnistie, avec le député Thierno Alassane Sall qui a déposé une proposition de loi portant abrogation pure et simple de cette dite loi rejetée par le bureau de l’Assemblée nationale au profit de celle d’Amadou Ba qui a proposé une loi d’interprétation, Dr Momar Thiam ‘est voulu explicite. « La proposition de Thierno Alassane Sall était en droite ligne de ce qui a été promis par ceux qui étaient hier dans l’opposition et aujourd’hui qui ont les rênes du pouvoir. On a vu que le débat a finalement glissé vers une proposition de réforme partielle ou d’interprétation. Forcément, certains y voient des velléités de protéger les uns pour exposer les autres », a-t-il indiqué avant de faire remarquer. « Compte tenu de la gravité de la situation avec les émeutes qu’il y a eu, le nombre de morts, plus de 80, et la destruction des biens, il faudrait, à mon sens, que le mot partiel soit évité ».
DIALOGUE TRIPARTITE ETAT-PATRONAT-SYNDICATS : «Il faut tout faire que cette rencontre ne soit pas une opération de communication de plus»
Par ailleurs, interpellé sur la rencontre organisée par le gouvernement avec les partenaires sociaux le 27 février dernier dans le but de signer un pacte de stabilité social le 1er mai prochain, l’expert en communication politique se félicitant de cette initiative déclare : « Le gouvernement a posé un pas assez important, à mon avis, avec cette rencontre initiée avec les syndicats et certaines franches de la société. Je trouvais quand même que c'est une opération de communication, de débat et de dialogue et d'échange assez fructueuse ». Poursuivant son analyse, il invite dans la foulée les autorités à tout faire pour que cette rencontre ne soit pas une opération de communication de plus. « Il faudrait qu'au travers de cela et les rapports qui en sortent, qu'on mette en place un dispositif opérationnel et que cela vienne s'ajouter aux propositions de la société civile pour essayer de trouver un motus operandi, trouver un terrain d'entente pour établir une paix durable pour le bien quand même de la collectivité ». En effet, soulignant que beaucoup de Sénégalais sont obligés, aujourd'hui même pour faire leur « ndogou » (rupture du jeûne), de tendre la main, Momar Thiam relève qu’ « Il faut qu'on se parle parce qu'on est une société démocratique. Il faut qu'on communique entre nous pour essayer d'aplanir certaines questions. Que l'État fasse preuve de plus de souplesse et que les Sénégalais puissent comprendre qu'on est dans une période de transition qui est assez dure parce que tout simplement, comme le disent les tenants du pouvoir d'aujourd'hui, ils ont trouvé une situation désastreuse. Mais pour que cette situation-là soit rétablie et qu'on mette le pays sur les rails, il y a des sacrifices à faire. Et comme j'ai l'habitude de dire, ces sacrifices doivent commencer par le sommet de l'État jusqu'aux députés, en passant par les directeurs de sociétés publiques pour pouvoir quand même donner des gages de responsabilité et d'acceptabilité aux Sénégalais »