VIDEOLE RECIT APOCALYPTIQUE DU PRESIDENT DES SENEGALAIS A MAYOTTE
La voix encore marquée par cette nuit cauchemardesque du samedi 14 au dimanche 15 décembre, lorsque Mayotte a été balayée par le cyclone Chido, Yacouba Diakité fait le récit glaçant d’une semaine en enfer dont il ne voit toujours pas la fin.

Son traumatisme se mêle à l’insécurité ambiante et à la putréfaction des corps ensevelis sous les décombres. La voix encore marquée par cette nuit cauchemardesque du samedi 14 au dimanche 15 décembre, lorsque Mayotte a été balayée par le cyclone Chido, Yacouba Diakité fait le récit glaçant d’une semaine en enfer dont il ne voit toujours pas la fin.
« C’était une nuit comme les autres. À 2 h 15 du matin, des pluies soutenues ont commencé à s’abattre sur Mayotte », raconte, au téléphone, Yacouba Diakité, président de l’association des Sénégalais de Mayotte, arrivé en octobre 2017 dans ce département français de l’océan Indien. Âgé de 49 ans, ce Sénégalais, également titulaire de la nationalité française, ne s’est pas immédiatement inquiété. « On s’est dit que ce n’était rien de grave », reconnaît-il. Mais au petit matin, la situation a empiré.
« À 7 heures, le vent s’est levé, et les éléments se sont déchaînés. Les branches se brisaient, les arbres se déracinaient. Devant ma maison, deux cocotiers sont tombés. Mon plafond s’est envolé. L’électricité a été coupée. Dehors, de nombreuses maisons ont été balayées. Quand je suis sorti, c’était le chaos total. Les scènes apocalyptiques se succédaient alors que les vents ont soufflé sans relâche pendant trois heures. C’était comme dans un film catastrophe. Les vents continuaient à souffler à 250 km/h. Puis, avec les bourrasques, la vitesse a atteint 340 km/h. Rien ne résistait. La tour de l’aéroport s’est effondrée. Un morceau de béton de 1,5 mètre s’est détaché de la maison de mon voisin pour venir s’encastrer chez moi. On aurait dit une sculpture », raconte-t-il d’une voix calme, presque irréelle.
Un traumatisme collectif
Après ce cataclysme, tout est à reconstruire. « Les gens sont traumatisés. Nos enfants ne sont épargnés. Mes jumeaux de 7 ans, accompagnés par mon épouse, sont repartis en France. Nous sommes dans une situation de survie à Mayotte », poursuit Yacouba Diakité. « Nous, Sénégalais de naissance ou d’origine, avons toujours été stigmatisés parce que nous venons d’Afrique. À Mayotte, nous avons été victimes de racisme : « Sales Africains, retournez chez vous. » Maintenant que la situation est difficile, ces mêmes personnes nous pointent du doigt et exigent que nous quittions leur territoire. Tout le monde est à bout de nerfs. »
L’insécurité s’est considérablement aggravée sur cette île de 374 km². Bien que la population officielle soit estimée à 350 000 habitants, en réalité, elle dépasserait les 500 000. « Les cambriolages se multiplient. Des jeunes en situation précaire s’introduisent chez les gens pour voler ce qu’ils peuvent. Les agressions sont fréquentes. Nous avons besoin de l’aide des autorités sénégalaises pour nous écouter, nous soutenir et nous rapatrier », insiste-t-il.
Un appel à l’aide
Actuellement, 300 Sénégalais vivent à Mayotte, parmi lesquels des enseignants, des travailleurs de la marine marchande, du génie civil, et des médecins, ainsi que des binationaux employés dans la fonction publique française. « Quarante et un d’entre nous demandent à être secourus et rapatriés au Sénégal », affirme Yacouba Diakité.
« Nous avons créé un groupe WhatsApp pour échanger des nouvelles. Après le passage du cyclone, nous avons vérifié que tout le monde allait bien. Heureusement, aucun Sénégalais n’a perdu la vie, alhamdoulilah. Nous nous rendons dans des zones moins touchées pour accéder à Internet et rassurer nos familles au Sénégal. » Yacouba Diakité conclut avec une urgence palpable : « Ce n’est pas dans une semaine ou un mois que nous avons besoin d’aide, c’est maintenant. L’insécurité et des maladies comme le choléra nous menacent. »
Mayotte dépend des représentations diplomatiques et consulaires sénégalaises de Paris. Depuis le départ, en septembre dernier, d’Amadou Diallo, Mme Sawaré assure l’intérim au Consulat du Sénégal à Paris. « Je l’ai contactée, et elle m’a dit qu’elle en parlerait aux autorités compétentes », explique-t-il sobrement.