LE JEU DANGEREUX DE MALICK SALL
Après l’Untj, le ministre a reçu le Syndicat des Travailleurs en Education spécialisée (Syntes). Curieusement, le garde des Sceaux peine à accorder une oreille attentive au Sytjust qui paralyse depuis un mois le fonctionnement de la Justice

Après l’Untj, le ministre de la Justice a reçu hier le Syndicat des Travailleurs en Education spécialisée (Syntes) de son ministère. Curieusement, le garde des Sceaux peine à accorder une oreille attentive au Sytjust qui paralyse depuis un mois le fonctionnement de la Justice par des grèves incessantes.
«Au lieu de renouer le fil du dialogue avec le Syndicat des Travailleurs de la Justice (Sytjust) qui paralyse le système judiciaire par des grèves récurrentes pendant trois semaines d’affilée, il n’a pas trouvé mieux que d’inviter un petit groupe dissident de travailleurs de la Justice qui ne fait même pas la grève, qu’il a rencontré.
Cette démarche apparemment inspirée de tactiques directement sorties des manuels désuets d’un machiavélisme suranné semble dénoter d’un esprit belliciste qui supporte mal la critique d’un Syndicat qui ne demande légitimement que l’exécution de décrets signés par le président de la République, et la mise en œuvre d’un protocole d’accord dûment paraphé par la République du Sénégal », s’était s’insurgé il y a quelques jours le Sytjust qui fustigeait ainsi l’entretien qu’avait accordé le garde des Sceaux à l’Union Nationale des Travailleurs de la Justice (Untj).
C’est une fuite en avant, d’après le Sytjust qui démontre clairement que Monsieur Malick Sall mise sur un clivage imaginaire entre les travailleurs pour arriver à ses fins qui ne sont autres que la remise en cause des acquis des travailleurs de la Justice.
Toutefois, ces interpellations semblent tomber dans l’oreille d’un sourd et ce, nonobstant tout ce qui a été dit à son sujet. En effet, alors qu’il continue toujours d’ignorer les membres du Sytjust en faisant fi de leurs revendications, le garde des Sceaux a encore reçu hier le Syndicat des Travailleurs en Education spécialisée (Syntes) de son ministère. «Le garde des Sceaux a reçu le Syntes à sa demande, à l’effet de passer en revue la situation qui prévaut dans le secteur.
Le ministre de la Justice a apporté toutes les informations nécessaires et a conforté le syndicat sur certaines revendications légitimes, notamment en ce qui concerne le fonds commun, l’indemnité de judicature et la prise en charge des vacataires», d’après le communiqué qui renseigne : «Le ministre a indiqué que son ambition est de renforcer les acquis des travailleurs et a réitéré ses bonnes dispositions à instaurer un climat apaisé avec tous les partenaires sociaux.»
Force est de constater que cette propension de Me Malick Sall à discuter avec les syndicats de la justice exclut de facto le Sytjust qui est dans un bras de fer notoire avec lui. La question, c’est pourquoi le ministre refuse de dialoguer avec le syndicat? D’autant que le président de la République Macky Sall a demandé, lors du Conseil des ministres du 17 juin 2020, de veiller à l’instauration d’un dialogue social permanent et à la stabilité, avec toutes les composantes et acteurs de la justice.
Mais non seulement Me Malick Sall fait fi de toutes les grèves qui ont émaillé ces derniers jours le secteur de la justice, mais le Sytjust dénonce «la tentative de faire taire le syndicat par la stratégie de l’érosion du mouvement et par l’épuisement découlant de la souffrance d’attendre».
Et comme l’avait révélé «L’As» il y a deux jours, Me Aya Boun Malick Diop, secrétaire général du Sytjust, est dans le collimateur de l’administration. Il risque purement et simplement la radiation et un dossier pour abondon de poste était en train d’être confectionné par les services du garde des Sceaux. Même si le principal concerné se dit nullement ébranlé et parle de diversion, une tentative de museler le syndicat est difficilement réfutable.
Et les esquives non élucidées de Me Malick Sall hérissent plus d’un et risquent de constituer un point d’achoppement à la pacification du secteur de la justice, d’autant que le Sytjust commence à avoir le soutien des syndicats des autres corps. Ce qui est incompréhensible aussi, c’est le mutisme du président de la République alors que le Sytjust est en grève depuis des semaines. Le chef de l’Eat est le seul à pouvoir arbitrer ce bras de fer entre le ministre et ses travailleurs qui a fini par polluer le fonctionnement du secteur de la Justice.