PARI DIFFICILE !

Pour la Der du président Lamine Diack, à la tête de l’Association internationale des Fédérations d’athlétisme (IAAF), l’instance fédérale sénégalaise voudrait lui offrir un meeting digne de son rang. Pour ce, la FSA entend organiser un meeting de référence, qui restera à jamais gravé dans les annales de l’athlétisme sénégalais, le 23 mai, au stade Léopold Sédar Senghor. Non seulement pour rendre un vibrant hommage à Lamine Diack, mais aussi pour clouer le bec à tous les pays d’Afrique qui salivent à l’idée de récupérer ce deuxième meeting World Challenge de l’IAAF sur le continent, après celui de Rabat.
Convenez en tous, qu’il s’agit là, d’une ambition plus que louable de la part de la Fédération sénégalaise. Toutefois, la grosse équation reste la faisabilité. A deux semaines du meeting, relever un tel challenge aux allures des douze travaux d’Hercule, semble loufoque voire chimérique. D’ailleurs, Dakar ne sent pas le meeting. Ni du point de vue de l’affichage, encore moins dans les chaumières pour déclencher de l’engouement. Comme les années précédentes, le pilotage à vue, a encore pris le dessus sur une étude sérieuse et un plan de marketing et de communication pour rendre le meeting de Dakar, suffisamment bancable pour attirer les annonceurs, mécènes et autres sponsors.
Et dire que depuis 2013, la FSA et autres autorités municipales avaient annoncé les couleurs. Mieux, la date du 14 juin 2014 avait même été retenue d’un commun accord avec le ministre des Sports d’alors Mbagnick Ndiaye. «Nous avons dès à présent une date. Le ministre des Sports, (Mbagnick Ndiaye, Ndlr) a pris l'engagement de nous appuyer. Le maire de Dakar, (Ababacar Khalifa Sall, Ndlr) a promis de multiplier la subvention de la mairie par 3 (de 90 millions, elle devrait passer à 270 millions, F. Cfa, Ndlr)», avait déclaré, le visage rayonnant d’enthousiasme, Momar Mbaye, président de la FSA.
Pour réussir un tel pari, le maire des Parcelles assainies, Moussa Sy, avait lui aussi affiché toute sa volonté d’apporter son soutien. «Nous n’avons eu que deux mois pour préparer le meeting cette année (2013, Ndlr). Mais pour 2014, nous allons commencer dès le mois d’octobre. Parce que notre objectif, c’est d’atteindre 40.000 voire 50.000 spectateurs. C’est une obligation pour la Fédération, pour les Collectivités Locales afin de rendre un vibrant hommage au président Lamine Diack pour son avant-dernière année à la tête de l’IAAF. Il le mérite pour tout ce qu’il a fait pour son pays. C’est un grand commis de l’Etat et du sport», avait soutenu l’ancien député libéral.
Mais le premier coup de Jarnac, qui sera administré aux férus de l’athlétisme, c’est la fermeture du stade Léopold Sédar Senghor pour les besoins d’une réhabilitation qui n’en était pas une. Après les inondations en 2012, le meeting connaitra, en l’espace de deux ans, une autre «année blanche», synonyme d’une mauvaise publicité pour son rayonnement.
Et ce n’est pas cette année, que les choses vont changer. Sur un budget de 345 millions, seulement (alors que Rabat pèse 1,5 milliard), il est difficile d’assurer qu’il sera bouclé. Quid de la présence des vedettes africaines voire mondiales? Il est quasi certain que Dakar ne verra pas Ahouré, Wilfred Koffi, Blessing Okagbare, Laetitia Bambara entre autres.
Et ce n’est pas Amy Sène (marteau) encore moins Amadou Diouf qui vont faire vibrer Léopold Sédar Senghor, comme Amy Mbacké Thiam l’avait fait, jadis, face à Fatou Bintou Fall ou encore… Mamadou Kassé Hann en 2013, en sauvant l’honneur du Sénégal.
Marrakech avait déjà fini de mettre à nu, les problèmes auxquels l’athlétisme sénégalais est confronté. Depuis 1979, date des premières joutes africaines à Dakar, jamais notre pays n’a connu une pareille hécatombe. Mais depuis, aucun diagnostic n’a été fait pour situer les responsabilités afin de mieux corriger. Comme si de rien n’était, on continue, la tête baissée, à s’enfoncer dans des ténèbres, en tuant à petits feux, la première discipline olympique du monde. La seule d’ailleurs qui nous a valu une médaille olympique en 1988 avec El Hadji Amadou Dia Bâ.
Ce n’est pas en rendant hommage ce 23 mai à Lamine Diack que notre athlétisme verra le bout du tunnel. Loin de là ! C’est à se demander si le président de l’IAAF en a d’ailleurs besoin. Sa si longue marche de Rebeuss à Monaco est déjà inscrite, à jamais, en lettres d’or, dans les annales du sport mondial. L’Afrique lui a rendu un hommage à Addis-Abeba au début du mois de mars dernier. Le Sénégal ou plutôt, la FSA entend le faire ce 23 mai. Reste à savoir si elle sera capable de relever un tel pari.