DES MILITAIRES A L’ECOLE DU PATRIMOINE

Comment protéger les biens culturels en cas de conflit armé ? Un atelier régional de formation civilo-militaire se tient depuis hier à Dakar, pour trois jours. Organisée par le ministère des Forces armées, en collaboration avec l’Unesco, la rencontre vise à renforcer les capacités des acteurs civils et militaires dans la préservation du patrimoine culturel.
La culture ne devrait jamais être une cible. Militaires et professionnels du patrimoine de 8 pays d’Afrique sont en formation à Dakar, pour 3 jours, pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Organisée par le ministère des Forces armées, en collaboration avec l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), cette rencontre, qui a débuté hier au Cercle Mess des officiers Colonel Emmanuel Gomis, a pour objectif de renforcer les capacités des acteurs civils et militaires dans la préservation du patrimoine culturel, afin de transmettre aux générations futures un héritage intact. «Je peux vous assurer que militaires et professionnels du patrimoine sont tous unis pour un même objectif, transmettre aux générations futures un héritage intact. Car il ne s’agit pas seulement de protéger des objets, mais de préserver l’expression d’une identité et d’une histoire», a expliqué le Général d’Armée Birame Diop, ministre des Forces armées. Il a ajouté : «La protection des biens culturels est plus qu’un impératif juridique, c’est un impératif moral. En agissant ainsi, nous continuons non seulement à enrichir notre propre présent, mais aussi à façonner un avenir plus respectueux de la diversité culturelle à travers le monde.»
Evidemment, les biens culturels, qu’ils soient matériels ou immatériels, ne sont pas de simples témoins passifs de l’histoire. Ils constituent des éléments essentiels de l’identité collective. Pourtant, comme l’a souligné Dimitri Sanga, directeur du Bureau régional de l’Unesco à Dakar, ces trésors sont souvent pris pour cibles. «En ciblant le patrimoine, les forces de déconstruction cherchent à effacer des mémoires collectives, à fracturer les sociétés et à fragiliser l’ensemble de l’humanité», a-t-il déclaré. Dimitri Sanga a salué les initiatives nationales et régionales qui ont vu le jour pour renforcer les cadres juridiques et développer des mécanismes de prévention et de sensibilisation. «Cet atelier de trois jours s’inscrit parfaitement dans cet élan conçu comme une plateforme d’échanges et de renforcement de capacités qui constitue une opportunité unique de conjuguer le savoir civil et militaire pour une protection plus efficace et plus durable des biens culturels», a-t-il dit, précisant que l’Afrique de l’Ouest, qui a souvent fait face à des destructions, a toutefois montré sa résilience.
Venu présider cette cérémonie d’ouverture, le ministre des Forces armées, Birame Diop, a rappelé l’importance de cette problématique pour l’Afrique, et particulièrement pour la sous-région ouest-africaine. «Les ravages infligés aux patrimoines culturels durant la Seconde Guerre mondiale ont mis en évidence la fragilité et la valeur inestimable de ces biens communs de l’humanité», a-t-il déclaré, ajoutant que les conflits actuels continuent de causer des pertes irréparables. Il a évoqué les destructions survenues à Tombouctou en 2012, où des mausolées et des manuscrits anciens ont été méthodiquement détruits. «Ces actes de vandalisme ne sont pas seulement des crimes contre la culture, mais aussi des attaques contre l’identité même des peuples. Ils visent à effacer les traces du passé, à semer la discorde et entraver le développement de nos sociétés», a-t-il fait savoir.
Durant cet atelier, les participants étudieront en profondeur la Convention de La Haye de 1954, qui impose aux Etats de prendre des mesures dès le temps de paix pour protéger les biens culturels. Des panels de discussions, des exercices praties et des visites de terrain permettront d’élaborer des stratégies concrètes et adaptées aux contextes locaux. «Ce séminaire intensif a été conçu pour vous dispenser des connaissances théoriques et des savoir-faire pratiques requis pour mener à bien vos actions en faveur de la sauvegarde du patrimoine. Je vous exhorte donc à profiter pleinement de cette opportunité unique de renforcer vos capacités et celles des structures que vous représentez», a lancé le Général Birame Diop à l’endroit des participants venus du Mali, de la Mauritanie, de la Gambie, du Tchad, du Nigeria et du Burkina Faso.