JUSTINE MANGA, PREMIÈRE FEMME MAIRE DE NYASSIA
Son élection alimente toujours des débats à Ziguinchor où leadership politique féminin peine encore à s’affirmer. Mais cela ne surprend guère tous ceux qui ont suivi la trajectoire de cette battante

Justine Manga est une femme pas comme les autres. Elle est l’une des deux femmes, avec la Secrétaire d’Etat Victorine Ndèye, qui ont remporté les élections municipales de leurs localités, dans le département de Ziguinchor, lors des dernières consultations. Ce qui a fait d’elle maire de la commune de Nyassia, située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Ziguinchor.
Abordant l’élection sous la bannière de la coalition UCS-mboolo, dirigée par Abdoulaye Baldé, cette dame, née dans le petit village de Katouré qui a longtemps subi les affres du conflit casamançais, a ainsi mis fin au règne sans partage des hommes à la tête de cette commune en devenant la première mairesse. Son élection alimente toujours des débats à Ziguinchor où leadership politique féminin peine encore à s’affirmer. Mais son élection ne surprend guère tous ceux qui ont suivi la trajectoire de cette battante qui s’est battue énormément pour l’émancipation et l’autonomisation de la femme casamançaise particulièrement et sénégalaise en général. Elle a fait très tôt de choisir de s’investir en zone rurale pour émerger ensemble avec ses sœurs villageoises, malgré un BTS en commerce international qu’elle a acquis à Dakar.
Cette quadragénaire, qui occupait déjà le poste de deuxième adjointe au maire de l’équipe municipale sortante, a cru en son destin et a visé visant plus haut lors des dernières locales et elle a eu gain de cause en s’imposant devant tous ses adversaires et notamment face au maire sortant Mamadou Diallo qui était le candidat de la mouvance présidentielle et non moins protégé de Benoît Sambou, le président du CNDT. Mais se hisser là où elle est aujourd’hui, la collaboratrice de Abdoulaye Baldé, qui est originaire d’une région (la Casamance) où les femmes sont souvent reléguées au second plan dans les instances de décision politique à cause peut-être des traditions, a dû parcourir un chemin souvent semé d’embûches en se forgeant dans les organisations féminines qui ont beaucoup pesé dans la balance pour son élection. Après l’obtention de son Brevet de Technicien Supérieur (BTS) en commerce international au lycée technique Maurice Delafosse de Dakar, elle a pris le risque de revenir au bercail au lieu de tenter sa chance à Dakar où il est plus facile de s’insérer. Elle s’engage à servir les femmes de sa localité.
Un retour à succès au bercail :
‘’J’avais décidé de revenir dans ma région et particulièrement dans ma commune rurale de Nyassia, pour servir les femmes de mon terroir, de mon département et de ma région. Abandonner tout à Dakar et rentrer au bercail, pour une fille qui a un certain niveau d’études à l’époque, ça n’a pas du tout été facile. Au moment où les autres filles qui avaient le même cursus rêvaient de travailler dans la capitale ou d’émigrer, moi, mon ambition était de venir servir et je ne l’ai jamais regretté. Beaucoup de gens n’ont pas compris mon choix. Certains dont des membres de ma famille s’étaient même fâchés contre moi. Mais moi je savais déjà ce que je faisais’’, a -t-elle confiée à la presse, après son sacre, précisant que c’est à la fin des années 2 000 qu’elle est retournée au bercail et a commencé de s’investir dans les organisations de promotion féminine en apportant son expertise à ses mamans et sœurs du Bayotte (une contrée de l’arrondissement de Nyassia). Elle souligne que son ambition, c’est permettre à ces femmes d’atteindre l’autonomisation et surtout de sonner pour l’éveil des consciences pour un leadership féminin fort, dans cette zone où les orientations sont exclusivement décidées par les hommes. Elle commence, alors, par gérer l’épargne commune des femmes afin que ces dernières puissent obtenir des prêts pour développer de petites activités génératrices de revenus. Chemin faisant, elle est élue après secrétaire générale de la Fédération des femmes de la commune de Nyassia avant d’être cooptée par l’Organisation non gouvernementale Usoforal, dirigée par une autre battante en l’occurrence Seynabou Male Cissé qui œuvre beaucoup pour le retour de la paix en Casamance pour diriger un projet d’autonomisation des femmes dans sa zone de Nyassia. Une mission qu’elle a remplie avec une totale satisfaction, relève Fatou Diallo Guèye, responsable genre de cette organisation, ‘’Je me disais qu’il était hors de question que j’échoue. J’avais les compétences requises et j’y ai mis toutes mes forces pour arriver à ce résultat’’, se réjouit aujourd’hui la nouvelle mairesse de Nyassia qui révèle que parallèlement à ce challenge, elle poursuivait sa carrière politique qu’elle avait commencée au sein de l’UJT, lorsqu’elle était étudiante à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Et la domination de l’arène politique de sa contrée par les hommes ne la décourage pas poussée qu’elle est par son envie débordante de faire germer un leadership féminin politiquement inexistant dans le Bayotte. Et les prouesses qu’elle n’a cessé d’accumuler dans ce rude combat pour l’autonomisation des femmes du Bayotte et, audelà, de toute la région de Ziguinchor, ont fini par lui donner un leadership et une légitimité qui l’ont poussée à revoir ses ambitions à la hausse. Autrement, elle s’est dit du poste d’adjointe elle peut devenir maire titulaire. Ayant bénéficié d’un fort soutien des femmes de la contrée et des autres communautés de la contrée qui croyaient en ses capacités managériales, elle a été portée à la tête de la mairie de Nyassia le 23 janvier dernier, devenant ainsi la première femme mairesse de la commune de Nyassia. Elle peut aujourd’hui se glorifier d’être aujourd’hui d’être la première femme de la commune de Nyassia et aussi l’une des premières femmes élues à la tête d’une collectivité territoriale de la Casamance naturelle.
À rappeler qu’elle a émigré, entre temps, du Pds à l’UCS de Abdoulaye Baldé avec qui elle compte poursuivre le compagnonnage. Visera -t-elle quelque chose lors des législatives de juillet prochain ? Si telle est son ambition, elle va falloir en découdre encore avec les hommes qui sûrement chercheront toujours à se tailler la part du lion. Mais l’ardeur des hommes ne fait pas peur apparemment à Justine Manga qui s’est donnée pour mission de se battre toujours se battre pour franchir tous les obstacles afin d’émanciper la femme.