VERS UN PACTE DE DÉFENSE KINSHASA–WASHINGTON FINANCÉ PAR LES MINERAIS ?
Les États-Unis se disent disposés à envisager des partenariats autour des ressources minières avec la RDC, alors que le pays, sous pression du M23, multiplie les tentatives de rapprochement envers l'administration de Donald Trump

Les États-Unis se disent disposés à envisager des partenariats autour des ressources minières avec la RDC, alors que le pays, sous pression du M23, multiplie les tentatives de rapprochement envers l'administration de Donald Trump.
Dans une déclaration transmise dimanche 9 mars 2025 à Reuters, le département d'État américain a confirmé que Washington est "ouvert à explorer des partenariats dans le secteur des minéraux critiques" avec la République démocratique du Congo (RDC). L'annonce survient 24 heures après que le Financial Times a révélé l'existence de discussions exploratoires entre les deux pays dans le cadre d'un accord potentiel visant à donner aux États-Unis l'accès aux précieuses ressources congolaises.
"Les partenariats avec les entreprises américaines renforceront les économies des États-Unis et de la RDC, créeront des emplois hautement qualifiés et intégreront le pays dans les chaînes de valeur régionales et mondiales", a indiqué le magazine britannique, citant un porte-parole du Département d'État.
Selon cet officiel américain, un tel partenariat s'alignerait sur l'agenda "America First" (l'Amérique d'abord) de l'administration Trump. Si l'État congolais se garde d'évoquer pour l'heure publiquement le sujet, les tractations se déroulent en coulisses à cet effet.
Un intense lobbying
Plusieurs hauts responsables américains ont reçu, le mois dernier, une lettre sollicitant l'appui de Washington en échange de l'accès des entreprises américaines aux richesses du sous-sol congolais.
"En tant que premier fournisseur mondial de cobalt et producteur majeur de lithium, de tantale et d'uranium, les ressources de la RDC sont essentielles à la compétitivité industrielle et à la sécurité nationale des États-Unis", écrit dans un des documents le lobbyiste Aaron Poynton du Conseil d'affaires Afrique-États-Unis au nom de Pierre Kanda Kalambayi, président de la Commission de défense, sécurité et protection des frontières du Sénat congolais, au secrétaire d'État Marco Rubio.
Le texte, daté du 21 février 2025, demande l'implication américaine dans l'équipement et la formation des forces armées de la RDC ainsi que le remplacement des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, jugées "inefficaces", par une coopération sécuritaire directe entre les États-Unis et la RDC.
Une rencontre du président congolais Félix Tshisekedi avec son homologue américain Donald Trump à Washington est également requise. L'auteur mentionne la situation dans l'Est de la RDC comme du "conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale", avec près de 15 millions de morts.
Une menace à l'Est
Il évoque notamment, sans mentionner le M23, la prise de contrôle, le 22 janvier 2025, de 10 % du territoire congolais par des forces hostiles, visant les gisements minéraux les plus riches.
"Si cette instabilité n'est pas contrôlée, elle pourrait déstabiliser les chaînes d'approvisionnement mondiales, augmentant la volatilité pour les fabricants et les industries de défense américaines", insiste le texte, alors que les rebelles ont désormais pris le contrôle de Goma et de Bukavu, deux des plus grandes villes du pays.
Cette crise préoccupe l'administration américaine, qui a récemment appelé au respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la RDC. D'après le média américain Semafor, Donald Trump s'apprêterait à nommer Massad Boulos, dont le fils est marié à sa fille, au poste d'envoyé spécial pour la région des Grands Lacs.
Un accord sur les minerais congolais permettrait aux États-Unis de se positionner dans une région dominée par la Chine.