RIGUEUR ET COHÉSION, LE QUOTIDIEN DES ARTILLEURS SÉNÉGALAIS
Réveil à l'aube, entraînement physique intense et discipline militaire forge l'esprit des soldats du bataillon d'artillerie, ces spécialistes du feu dont l'emblème, le dragon "Ninki Nanka", symbolise puissance et précision

Niché entre la plage de la Voile d’Or et les cimetières de Bel-Air, le camp général Mountaga Diallo semble à la fois veiller sur l’histoire et scruter l’horizon. Dos tourné à l’océan Atlantique, ce bastion stratégique de l’armée sénégalaise abrite le quartier du bataillon d’artillerie, une unité dite de réserve générale vouée au soutien exclusif des autres formations.
C’est dans ce cadre à la fois stratégique et martial que notre immersion a eu lieu, à la découverte d’une unité peu connue mais essentielle, dont la devise claque comme une promesse : ’’En tout temps, et en tous lieux’’.
A six heures, le froid matinal colle encore aux feuillages et aux visages. À l’entrée du camp, une silhouette imposante attire l’attention et le regard du visiteur. Il s’agit d’une pièce d’artillerie, la célèbre batterie de 155 mm, fièrement dressée comme une sentinelle, le canon tendu vers le ciel.
Un symbole fort pour une unité qui, à l’image du ”Ninki Nanka”, le dragon cracheur de feu qui leur sert d’emblème, se veut redoutable, invisible et décisive.
C’est l’adjudant Diallo de la DIRPA qui accueille l’équipe de l’Agence de presse sénégalaise. Après les formalités d’usage auprès du chef de poste, nous entamons, guidés par un soldat, une marche à travers un chemin sinueux bordé d’arbres.
Derrière le feuillage, apparaissent les bâtiments du quartier général : le poste de commandement, les dortoirs, et, plus loin, la messe, point névralgique de la vie communautaire.
‘’Jusqu’au dernier obus, nous combattrons’’
La messe, où nous rejoignent le commandant de bataillon et notre guide du jour, le lieutenant Seck, est un lieu chargé de symboles. ‘’Jusqu’au dernier obus, nous combattons’’ ; ‘’Couronnes de fer éternelles, nous poserons sur les tombes’’ ; ‘’Rideau de fer aux amis, rideau de feu aux ennemis ; ‘’La famille dans les airs, terreur et désarroi sur terre’’, lit-on sur les murs. Des citations qui témoignent de l’esprit de corps et de la détermination inébranlable des artilleurs
Le lieutenant Seck, jeune officier à la moustache fine et au regard déterminé, nous salue avec courtoisie et nous présente le programme du jour. Soudain, le clairon retentit, direction la place d’armes pour la levée des couleurs.
Un moment solennel, empreint de discipline et de respect, où chaque soldat, raide comme un piquet, fixe le drapeau montant au rythme de l’hymne national.
Rigueur physique et esprit de cohésion
L’ambiance change rapidement. Les cordialités cèdent la place au sport. Après un échauffement minutieux, le bataillon entame un parcours de quatre kilomètres à travers le camp, rythmé par des chants militaires. En tête du peloton, les voix résonnent : Fatigué ? Sergent fatigué ? Jamais ! Jamais, sergent fatigué ! Jamais !
La course se termine, symboliquement, au pied de la batterie 155. Des exercices de renforcement musculaire prennent le relais. Les visages transpirent, mais les esprits restent soudés. L’artilleur, avant d’être un technicien du feu, est un soldat complet, forgé dans l’endurance et la précision.
Nous poursuivons notre visite sur le terrain de volley, où s’entraîne l’équipe finaliste du tournoi militaire 2024. ‘’C’est la plus redoutée’’, glisse avec un sourire notre guide, fier de ses hommes.
Le terrain fait face au parcours du combattant. Là, quelques soldats franchissent avec agilité les obstacles qui simulent les conditions extrêmes du champ de bataille. Chaque épreuve franchie est un pas de plus vers la maîtrise de soi, une répétition silencieuse de ce qui pourrait, un jour, être réel.
La salle d’honneur et des traditions : mémoire vivante d’un bataillon de feu
En quittant le terrain de volley, le lieutenant Seck nous conduit vers un autre espace emblématique du camp, la salle d’honneur et des traditions du bataillon d’artillerie. Là, nous attend Pape Malick Sané, maréchal des logis(mdl)-chef et conservateur passionné de ce sanctuaire chargé de mémoire.
Ici, chaque photo, chaque insigne, chaque pièce exposée raconte une part de l’histoire, parfois méconnue, de cette unité mythique. Devant nous, un pan de mur est couvert de portraits dont certains en noir et blanc.
‘’Là, nous avons quelques photos de nos anciens, des anciens artilleurs. Ici, nos attributs esthétiques d’armes : l’insigne de corps, la patte de col, l’équipement de bras… (…)’’, dévoile-t-il à ses hôtes.
Pape Malick Sané entame alors un récit passionnant, retraçant les grandes étapes de l’unité, avec en sourdine, l’hymne des artilleurs joué par un baffle posé au coin de la salle.
Le Mdl-chef s’arrête devant une vieille photo. ‘’Il s’agit du colonel Pierre Faye du nom du premier chef de corps du bataillon. C’est ici que nous sommes en ce moment. Le bataillon porte ce nom en son hommage’’, explique-t-il.
Au centre de la salle trône une maquette du ”Ninki Nanka”, le fameux dragon cracheur de feu.
Il montre ensuite un canon exposé à l’intérieur. ‘’Celui-là, c’est un 105 SM2, un canon historique. Pendant [le conflit] en Casamance, en 1997, c’était le seul canon utilisé sur le terrain. Il est chargé d’histoire pour nous’’.
Deux filières, un même souffle
Sur un autre panneau, les missions du bataillon sont exposées. A ce propos, Pape Malick Sané précise que ce bataillon est composé de deux filières principales : sol-sol et sol-air.
‘’Les artilleurs sol-sol visent les cibles terrestres. Ceux du sol-air, ce sont les spécialistes de la lutte anti-aérienne. On les appelle les canonniers. Mais avant toute chose, il y a le renseignement. Si le renseignement est bon, la mission est réussie. Ça, c’est notre vérité’’, dit-il.
Il s’arrête ensuite devant un tableau soigneusement mis à jour. ‘’Là, ce sont tous les chefs de corps du bataillon, depuis sa création’’, nous lance-t-il, désignant deux figures majeures, le Chef d’état-major général actuel des armées, le général Mbaye Cissé, et le général de division Mountaga Diallo, dont le camp porte son nom.
Puis, il désigne un étendard dans une vitrine, le premier drapeau, reçu le 1er février 1977, représentant la reconnaissance officielle du bataillon comme unité à part entière.
Dans un coin de la salle, un mannequin arbore la tenue de cérémonie du canonnier. Des trophées sportifs sont aussi alignés sur une étagère. ‘’On ne fait pas que tirer au canon, hein !”, lance-t-il avec un clin d’œil. ‘’On sait aussi courir, jouer, gagner.’’
Après ces mots, on repart avec la certitude que derrière chaque manœuvre d’artillerie, chaque salve tirée, chaque entraînement, se trouvent des hommes et des femmes qui portent un héritage vivant. Un bataillon qui, fidèle à sa devise, veille en tout temps, et en tous lieux.
Le maniement des armes, tout une discipline
A quelques dizaines de mètres non loin, le regard ferme, la voix assurée, l’adjudant Emile Junior Sène, instructeur armement, donne des cours à la salle ”Ninki Nanka”. A ses côtés, le maréchal des logis Nouha Diémé, de la Batterie LRM (Lance-roquettes multiples).
Autour de lui, les visages se figent, l’attention est totale. Dans cette salle immense, le silence pèse plus que l’arme elle-même. Le Mdl Diémé poursuit son enseignement, les mains posées sur un fusil M16.
‘’Le M16 est une arme de précision, une extension de votre volonté sur le champ de bataille. Il ne s’agit pas seulement de tirer. Il s’agit de savoir pourquoi et comment tirer. Vous devez comprendre chaque pièce, chaque ressort, chaque cran de sûreté’’, lance-t-il à l’endroit des auditeurs
Il énumère les parties : le boîtier de culasse, la poignée pistolet, le canon, le levier d’armement, la hausse réglable, la bretelle, le chargeur. Les élèves prennent note, les traits tirés mais l’esprit en alerte.
L’adjudant Emile Junior Sène prend la relève et martèle : ‘’Le maniement des armes, ce n’est pas un rituel, c’est une discipline. Quand vous montez cette arme, quand vous la démontez, quand vous la nettoyez, c’est votre vie que vous préparez. Et celle de vos frères d’armes. Vous devez être capable de tirer juste, de tirer vite, et surtout de tirer quand il faut.’’
Les soldats en formation, exténués mais droits, acquiescent en silence. Dans leurs yeux, une même certitude, celle que cette arme, ils devront un jour s’en servir. Et ce jour-là, aucun doute ne devra venir troubler leur doigt sur la détente.
Historique et montée en puissance du 1er Bataillon d’artillerie
Ce récit nous est conté par l’adjudant-chef Babacar Ndour, retrouvé en pleine séance de formation à la salle des cadres
‘’Le 1er Bataillon d’Artillerie, véritable réserve générale, est né de la Compagnie d’armes lourdes. Il a été créé en septembre 1969, initialement équipé de canons de 105 mm, de 40 mm, de mortiers de 81 mm, et de groupes armés de mitrailleuses 12,7 mm’’, nous confie-t-il
Implanté d’abord au camp Lat Dior, le bataillon a connu plusieurs délocalisations : camp Arsenal en décembre 1969, camp Fédéro en mai 1970, puis camp des Mamelles en juin 1975.
Depuis sa création, le bataillon a été commandé par 20 chefs de corps. Le premier étant le lieutenant-colonel Pierre Faye, et le plus récent est le chef d’escadron Mohamed Moustapha Seck, en poste depuis juillet 2024.
Il a rappelé que ‘’le 1er bataillon d’artillerie a été de toutes les grandes opérations nationales dont dernièrement au Nord-Sindian en février 2022, dans la zone militaire numéro 5’’.
‘’Sur le plan international, le bataillon a participé à presque toutes les opérations extérieures : Congo-Zaïre (1978), Sud-Liban (1978), Fodé-Kaba (Gambie, 1981), Tempête du désert (Arabie Saoudite, 1990), Liberia (1992), et récemment, Gambie et Guinée-Bissau’’.
Dans le cadre des accords de défense de la CEDEAO, le bataillon constitue aujourd’hui l’artillerie de la force sous-régionale. Il a aussi contribué à des missions de l’Union africaine et de l’ONU, renseigne Babacar Ndour
Il a indiqué que la montée en puissance s’illustre par la création d’un deuxième bataillon à Louga.
A terme, ‘’chaque bataillon comptera cinq unités, ‘’une Batterie de commandement et de service (BCS), une batterie de 155 mm TF1 (acquis en 2017), une batterie de LRM (lance-roquettes multiples), une batterie de 105 mm LG1 (remplaçant la 105 HM2), et des systèmes sol-air’’, a-t-il ajouté.
‘’Les TF1 ont révolutionné les capacités opérationnelles avec une mise en batterie rapide, une portée de 24 km, étendue à 28 km avec kit RTC, tandis que le LRM offre une portée de 20 km. La 105 LG1, plus mobile et moderne, est parachutable et héliportable, avec une portée de 11 à 17 km’’, précise l’adjudant-chef.
En ce qui concerne la composante sol-air, il a indiqué que ‘’les anciens canons de 40 mm ont été progressivement remplacés, d’abord par des canons de 20 mm, ensuite les obus de 45 mm en 2000, et enfin, les missiles QW2 en 2023, mieux adaptés aux menaces modernes’’.
A la manœuvre du feu : rencontre avec la batterie 105
Alors que la matinée touche à sa fin, le lieutenant Seck nous propose un détour par la zone de stationnement des pièces d’artillerie. Là, trône l’imposante batterie 105, véritable pièce maîtresse du dispositif feu du bataillon. Près de l’un des canons, un groupe de soldats s’affaire dans un ballet rigoureux, répétant les gestes appris des centaines de fois.
Le chef de pièce, un sous-officier à la posture droite et au regard perçant, accepte de nous parler et partager avec passion la noblesse de sa fonction :
‘’Être chef de pièce, ce n’est pas juste commander un canon. C’est veiller à ce que chaque mouvement, chaque commande, chaque projectile soit exécuté avec rigueur et sécurité. Le 105 mm est une arme redoutable, mais elle ne pardonne pas l’erreur. Chaque tir, chaque réglage d’élévation, chaque orientation azimutale, doit être parfait”, tient-il à préciser.
Il pose la main sur la culasse, comme s’il saluait un compagnon fidèle. ‘’La batterie 105 est une arme très robuste. Elle a fait ses preuves sur tous les terrains. Quand elle parle, elle impose le silence. Sa portée, sa précision, sa cadence de feu en font une pièce d’appui incontournable’’, signale-t-il.
Le chef de pièce évoque aussi le lien fort entre les hommes de l’équipe ‘’Une batterie, c’est une famille”.
‘’Chacun joue un rôle, pointeur, chargeur, chef de pièce, conducteur (…) mais quand on est en position, il n’y a plus de grades. Il y a une seule chose qui compte : l’efficacité. Le tir doit partir, dans les temps, avec la précision d’une horloge suisse’’, dit-il, les yeux brillant de fierté.
Dans le souffle du dragon : déploiement tactique de la batterie LMR
Le soleil s’est levé haut dans le ciel de Bel Air lorsque nous rejoignons un vaste terrain dégagé situé à la lisière du camp. Là, trois impressionnants véhicules d’artillerie se tiennent prêts : Bouniack, Guilles et Niafena, les redoutables LRM (Lance-roquettes multiples).
La scène est réglée au millimètre. Un soldat en treillis impeccable s’avance vers nous. Il se présente d’un ton calme mais assuré. ‘’Je suis le chef de pièce LRM. LRM, c’est Lance-roquettes multiples. C’est un système d’origine ukrainienne. Il se compose de deux grandes parties : la partie automobile et la partie artillerie’’, explique-t-il.
Devant nous, l’engin dévoile ses lignes robustes, ses 40 tubes disposés en quatre rangées désordonnées, un désordre savamment orchestré.
‘’Les tubes ne sont pas numérotés de façon linéaire. C’est voulu. Cette disposition pêle-mêle assure la stabilité de l’engin pendant le tir. Le tube central, le numéro 28, est notre point de référence pour la précision’’, souligne le soldat.
Il poursuit, pointant tour à tour chaque membre de son équipe :’’Chaque pièce est servie par quatre personnels : un chef de pièce, un pointeur, un conducteur et un servant collimateur. Le pointeur est mon adjoint, le conducteur manœuvre le véhicule et déclenche le tir, tandis que le collimateur est responsable de l’alignement optique’’
A quelques mètres, l’exercice démarre. Les engins, précédés par une équipe de reconnaissance, se mettent en position selon un plan d’implantation précis. Les gestes sont rapides, coordonnés, presque chorégraphiés.
‘’Une fois la reconnaissance faite, l’équipe de topographie installe la position de batterie, oriente les pièces, et prépare la zone”, explique le chef de batterie, qui nous rejoint.
‘’C’est cette planification qui permet la rapidité et la précision. Une fois les pièces orientées, le poste de tir (PT) transmet les éléments à chaque chef de pièce. Et là, tout s’enchaîne : affichage, synchronisation (…) et le feu.’’, précise-t-il.
‘’On est réputés pour être rapides. C’est vrai. Mais cette efficacité vient du travail de l’ombre. De la reconnaissance, de la coordination, et surtout, de la confiance entre nous’’, fait-il valoir.
Incursion au pas de tir
Dans le même sillage, nous avons été conviés à une séance exceptionnelle sur le pas de tir, ce territoire sacré où le bruit des détonations se mêle à la concentration absolue des hommes en uniforme.
Là, les éléments du GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) s’exercent aux côtés de quelques canonniers du bataillon. L’atmosphère est tendue mais fraternelle, chacun concentré sur sa cible, sur sa respiration, sur son tir.
Après leurs enchaînements rigoureux, ils nous invitent à nous essayer à l’exercice. Mais pas avant une mise en condition sérieuse.
L’un des formateurs nous explique patiemment les différentes composantes de l’arme, le chargeur, le canon, l’organe de visée, puis les règles strictes de sécurité à savoir ”ne jamais pointer une arme chargée, doigt hors de la queue de détente jusqu’au dernier moment, toujours vérifier l’état de l’arme’’.
Ensuite viennent les bases du tir, ‘’position du corps, alignement des organes de visée, contrôle de la respiration, pression progressive sur la détente.’’
Puis, à notre tour. Je prends position, les genoux un peu fléchis, les bras tendus mais fermes. Premier tir. Puis un second. La tension monte, le bruit sec du tir me claque dans les oreilles. Résultat ? Quatre tirs sur cinq dans le corps de la cible. Petite satisfaction intérieure.
Mais la palme revient à ma collègue. D’un calme olympien, elle ajuste ses tirs et… trois impacts nets dans la tête du mannequin. Silence dans le groupe. Puis un cri, mi-blagueur, mi-sincère : ‘’Shoot head !’’, s’exclame un des soldats. Elle n’en revient pas. Nous non plus. Un des gendarmes lui dit dans le dos : ‘’toi, on t’emmène en mission !’’.
C’est dans cette ambiance à la fois électrique et bon enfant que nous avons quitté le pas de tir, direction la dernière étape de la journée.
Neutralisation d’une menace aérienne
L’adrénaline coulait encore dans nos veines lorsque fut entamée la dernière manœuvre de notre immersion. Elle était exécutée par l’unité sol-air, mettant en exergue des pick-up équipés de lance-missiles de type QW2.
Cette arme de dernière génération, récemment intégrée à l’arsenal, est dotée d’une caméra thermique avec vision nocturne. Redoutable et précise, elle est capable d’identifier et de traquer tout type d’aéronef en fonction de la chaleur qu’il dégage, assurant ainsi une défense antiaérienne efficace, même dans les conditions les plus obscures.
Dans le cadre de cet exercice tactique, l’unité sol-air a simulé une riposte à une attaque aérienne en remplaçant l’avion hostile par un drone, reproduisant fidèlement un scénario de menace asymétrique moderne. L’objectif est de démontrer la réactivité et l’efficacité du système de défense antiaérienne face à des cibles de petite taille et à basse altitude.
Le dispositif repose sur un pick-up équipé du lance-missiles QW2. Dès la détection du drone identifié grâce à la caméra thermique embarquée, le système entre en phase d’alerte. Le signal thermique du drone, bien que faible comparé à celui d’un avion de chasse, est suffisamment capté par la technologie du QW2.
La procédure s’enclenche avec l’acquisition de la cible, puis le verrouillage automatique. Une fois le feu autorisé, le missile est tiré avec une grande précision. La simulation se conclut par la destruction du drone, symbolisée par une explosion en altitude.
Cet exercice, exécuté en présence du sergent-chef à la retraite, Gana Ndour, souligne la capacité de l’unité sol-air à s’adapter aux menaces contemporaines, notamment les drones qui deviennent de plus en plus courants dans les théâtres d’opération modernes. Il met aussi en lumière la montée en puissance technologique du bataillon d’artillerie, capable désormais d’assurer une couverture anti-aérienne efficace en toute autonomie.
Témoignage du sergent-chef à la retraite, Gana Sène,
Grand de taille, toujours robuste, en veste de cuir et lunettes claires, le sergent-chef Gana Sène impressionne par sa prestance autant que par sa mémoire intacte des faits de guerre. A la retraite aujourd’hui, c’est avec émotion qu’il accepte de revenir sur son parcours et la place capitale de l’artillerie dans les grandes opérations de l’armée sénégalaise.
Incorporé dans l’armée le 1er septembre 1981, il suit sa formation à Dakar Bango avant d’être affecté au bataillon d’artillerie en 1982. Il y restera 37 ans, jusqu’à sa retraite en 2017. Durant cette période, il a servi dans toutes les unités du bataillon : artillerie sol-sol, artillerie sol-air, batterie de commandement et de service.
Gana Sène explique avec clarté le rôle stratégique de l’artillerie dans les opérations de grande envergure.
A travers ses récits, on comprend la complexité technique de l’artillerie, la topographie de précision, calculs balistiques, coordination millimétrée avec les unités au sol. ’’Il faut être très fort en topographie. Pour appuyer un ami à 20 kilomètres sans le voir, il faut avoir la tête sur les épaules, être lucide, compétent, méthodique’’, souligne-t-il.
Il raconte également les évolutions du métier, du calcul manuel des coordonnées à l’aide des sinus, cosinus et logarithmes, à l’usage d’ordinateurs modernes avec logiciels de tir qui donnent en quelques clics les éléments initiaux, les charges, les corrections balistiques.
Mais au-delà de la technique, ce sont les opérations marquantes qui restent gravées dans sa mémoire, autant de fronts où l’artillerie a joué un rôle décisif. En Casamance, au Libéria contre les milices de Charles Taylor, ou en Guinée-Bissau, lors d’un épisode resté célèbre.
‘’Les rebelles avaient placé leur base à 11,4 km, pensant que nos 105 ne pouvaient pas les atteindre (portée 11,1 km). Ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’une batterie de 155 mm venait d’arriver. Quand elle a ouvert le feu, ils ont cru que c’était la France. La presse parlait des “bateaux français” qui bombardaient. Mais non, c’était l’artillerie sénégalaise.’’, raconte-t-il ironiquement.
L’artilleur à la retraite termine avec une touche de fierté et de transmission. ‘’Ce que je faisais à l’époque avec des cartes, des calculs, des tables de tir, les jeunes aujourd’hui le font avec un logiciel. Mais il faut toujours l’esprit, le métier, la précision. C’est ça l’artillerie’’, martèle ainsi l’ancien canonnier.