«LE CONSOMMATEUR DE DROGUE EST UNE VICTIME…»
Faut-il traquer le consommateur de drogue ? De plus en plus, la réponse à cette question est négative, car plusieurs acteurs de la Société civile réclament même la dépénalisation de la consommation de stupéfiants

Faut-il changer la législation actuelle sur la consommation de drogue ? En tout cas, la répression qui frappe les consommateurs n’a rien réglé alors qu’ils sont victimes d’un système qui les maintient dans la dépendance. Le Conseil national de lutte contre le Sida demande la validation du nouveau Code de la drogue.
Faut-il traquer le consommateur de drogue ? De plus en plus, la réponse à cette question est négative, car plusieurs acteurs de la Société civile réclament même la dépénalisation de la consommation de stupéfiants. Chez nous, elle est même criminalisée…, montrant les efforts à faire pour assouplir une législation répressive.
Pour un environnement social et juridique favorable aux consommateurs de drogue, l’Association sénégalaise pour la réduction des risques infectieux chez les consommateurs de drogue injectable (Asrdr), en partenariat avec le Cnls et Cild, mène régulièrement sur le terrain, des interventions de Réduction des risques liés à l’usage de la drogue (Rdr) afin de faciliter l’accès aux soins de prévention et de traitement aux consommateurs. Secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls), Dr Safiétou Thiam réitère son engagement à soutenir l’Asrdr et tous les acteurs qui travaillent dans ce projet. Selon elle, le délinquant n’est pas le consommateur de drogue. «Le consommateur de drogue est d’abord une victime qu’il faut soutenir et aider à sortir de la drogue. Et ensuite, une victime qu’il faut aider à se réinsérer et à reprendre ses activités normales», a-t-elle déclaré hier, lors d’un panel sur la politique de lutte contre les drogues au Sénégal. A l’en croire, les con¬sommateurs de drogue font partie de ces populations prioritaires pour le programme du Cnls. Elle propose, à cet effet, après l’atelier de partage sur les différents points de vue sanitaires, sociologiques, que les experts procédent à une validation du nouveau Code de la drogue.
C’est un combat que mène la Commission ouest-africaine sur les drogues et la Fondation Kofi Annan, qui ont toujours recommandé la dépénalisation des délits liés à la consommation de drogue. Pour les deux structures, la «prohibition, les politiques actuelles de lutte contre les drogues ont échoué». Il faut avoir le courage de changer en mettant sur pied des politiques plus humaines et plus coordonnées. Car «les usagers de la drogue méritent notre assistance et non notre punition», soutiennent-elles.
Aujourd’hui, la consommation de la drogue est plus une question de santé publique que de sécurité, car des centaines de milliers de personnes meurent de maladies liées à la drogue. De plus, l’environnement est marqué par un manque de structures de traitement pour les usagers de la drogue. Cela augmente le risque d’alimenter la propagation des infections. Un rapport mondial de l’Onudc, datant de 2013, estimait que 11,8% des usagers de drogues injectables en Afrique vivaient avec le Vih.
Au Sénégal, le taux de prévalence des usagers de la drogue était de 9,1% contre moins de 1% pour le reste de la population.