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6 avril 2025
Diaspora
par Jean Pierre Corréa
NDEER EN ACTIONS, POUR QUE LE 8 MARS NE SOIT PAS UNE FOLKLORIQUE SAINT VALENTIN
Il serait temps que l’on parle d’autre chose que de parité et d’égalité, et qu’on exige enfin du respect pour ce genre qui est avant tout celui de nos mères, de nos sœurs et de nos filles
Il est à redouter qu’encore cette année, le 8 mars soit une nouvelle fois une occasion ratée de remettre au milieu du village, la problématique récurrente des « Droits de la Femme », que l’on se plaît à célébrer au Sénégal sous le vocable forcément réducteur de « Journée de la Femme », fêtée avec le folklore qui sied aux traditionnelles gaudrioles avec lesquelles nous savons si bien dérouler notre sens aiguisé du futile et du vaporeux. Même sous des auspices proclamés de « Ruptures », nous n’échapperons pas aux cérémonies bruyantes et dissipées durant lesquelles des femmes de toutes organisations, drivées par le convenu et inévitable ministère de la Femme, sapées dans un dress-code grégaire et désuet, vont faire assaut des discours habituels vantant et relatant d’exceptionnels parcours de femmes, qui servent d’arbres à cacher la forêt dense qui enveloppe les tourments et les drames que vivent souvent la majorité d’entre elles.
Dans l’expression de mon métier, je plante ça et là, quelques « marronniers », et le 8 mars en fait partie, sauf qu’il me semble plus pertinent de proclamer mon amour pour les femmes, la veille, c’est-à-dire le 7 mars, date qui depuis 2015 marque Talaatay Ndeer, référence à la dignité conquise de haute lutte par ces femmes qui ont illuminé le sens aigu de la rébellion des Sénégalais, et que l’Association Ndeer en Actions a choisi pour célébrer les Femmes, en pointant ces faiblesses sociétales, qui comme des « cailloux dans nos babouches », nous empêchent d’avancer avec hardiesse et élégance sur les chemins qui balisent nos aspirations égalitaires.
Les engagements intelligents et dynamiques ayant pour vertus de s’agréger, la directrice du laboratoire genre de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), le professeur Fatou Sow Sarr diffuse cette conviction et accentue le plaidoyer pour l’intégration dans le calendrier républicain de la date du 7 mars pour célébrer la journée de la femme sénégalaise. Si la date du 8 mars est retenue, depuis 1977, à l’échelle internationale, en référence à la lutte des femmes ouvrières, elle estime « qu’il est temps pour le Sénégal de célébrer ces « Linguères » qui se sont immolées le 7 mars 1820 pour sauver l’honneur de leur patrie, et de consacrer la date du 7 mars au temps de la réflexion pour revisiter l’histoire des femmes de Talaatay Ndeer et faire du 8 mars un moment des festivités. Il est vrai que le brouhaha des tamas peut ne pas être propice à l’expression porteuse de changements audacieux et…urgents.
Hom-Deff : cela ne s’invente pas !
Loin des célébrations festives organisées par toutes sortes d’associations et groupements féminins, souvent issus d’entreprises ou d’institutions, cette date du 7 mars est épinglée dans le calendrier national par une association dénommée Ndeer en Actions, au sein de laquelle, c’est à souligner, des hommes et des femmes défendent, animés par leurs convictions, les principes qui sous-tendent la quête d’un certain égalitarisme entre hommes et femmes pour faire rimer femmes et démocratie. C’est d’ailleurs une singulière particularité de Ndeer en Actions, que d’accueillir en son sein l’Association des Hommes pour la Défense des Droits des Femmes et des Filles, Hom-Deff, comme pour dire « l’homme fait », ça ne s’invente pas, tout en décernant des « Diplômes de Reconnaissance » chaque année à des hommes qui ont par leurs actes, contribué à faire avancer la cause des femmes et des jeunes filles.
Mame Binta Cissé incarne dans un enthousiasme entraînant Ndeer en Actions. MBC est politique, d’essence et de nature. Parce que son environnement a toujours été politique, dans son sens premier et le plus noble, celui rattaché à la racine « polis » qui évoque la cité et donc ses citoyens.
Mame Binta Cissé est conquérante, au sens où elle aborde les problématiques qui lui tiennent à cœur, avec le goût du combat, et l’objectif de la victoire, à travers les résolutions des problèmes.
Les cercles de femmes, n’ont plus de secrets pour cette dame de Rufisque qui a toujours mis un point d'honneur à participer ou organiser la journée internationale des femmes, créant en outre l'association « Ndeer en actions » en 2015, avec pour mission de faire du 7 mars une journée nationale des femmes commémorant Talaatay Ndeer.
En 2022, les réflexions portaient sur le comportement que devraient avoir les jeunes filles en milieu scolaire sur internet pour éviter les dérives et promouvoir l’égalité, en 2024 sur le rôle des hommes dans l’émancipation des jeunes filles et l’autonomisation des femmes en milieu urbain.
La session de réflexion de 2025, inspirée du principe qu’il faut « continuer le début et que ce n’est qu’un combat », proposait en ce mois de Ramadan un thème d’une grande acuité : « Femmes et Islam. Quelles réformes pour le Code de la Famille ? ».
Qu’il se soit agi de Madame Sophie Cissé, modératrice, ou d’Alassane Niang, spécialiste en Charia et législation islamique, ou d’El Hadj Mbaye Bassine, Imam de la Mosquée de Keury Souf, tous ont évoqué la Sacralité de la Femme en Islam, et précisé sa place de choix, que certains ont choisi justement de ne pas voir… Il est vrai que notre particularité, réside dans le fait que les Sénégalais, souvent, ne comprennent pas…ce qu’ils savent.
Les acquis ne sont jamais définitifs et requièrent pour être pérennes, vigilance, sagacité et…convictions citoyennes.
Alors, que ce soit le 7 ou le 8 mars, ce qui est en jeu n’a rien à voir avec « la Fête des Femmes », mais avec « Le Droit des Femmes », lequel dans ce monde où le masculinisme à la Trump et à la Poutine pousse à chahuter certaines avancées acquises de haute lutte, nécessite vision, élégance, combativité et convictions.
Des activistes et universitaires appellent à la révision du code de la famille au Sénégal. Il semble exister une unanimité sur la nécessité de réformer le code de la famille. Mais conservateurs et progressistes ne s'entendent pas sur comment réformer ni sur quoi réformer. Selon le présent code de la famille au Sénégal, qui a pris un peu de poussières, seul un homme peut être reconnu comme chef de famille, décidant de quasiment tout. De l'endroit où vit la famille, à comment ou quand établir des documents administratifs à ses enfants, l'homme est le chef suprême de la famille. Ces réticences racontent quelque chose qui ressemble à une forme de régression.
« Touches pas à mon voile » !
La plateforme nationale des femmes musulmanes "Ndeyi Askann Wi" a pris des positions fermes contre l’agenda du genre et les politiques qu’elles jugent contraires aux valeurs traditionnelles sénégalaises.
Face à ce qu’elles considèrent comme une « propagande déguisée », alternant les termes « violences faites aux femmes » et « violences basées sur le genre », les membres de la plateforme dénoncent une tentative de normalisation des idéologies qu’elles rejettent. Selon elles, ces concepts sont utilisés de manière intentionnelle pour créer des amalgames et faire passer des idées contraires aux normes morales et religieuses du Sénégal.
« Nous refusons la féminisation de la famille », ont-elles déclaré, rappelant que pour elles, la quintessence de la cellule familiale réside dans l’union entre un homme et une femme, conformément aux valeurs islamiques et humaines universelles.
La ministre de la Famille et des Solidarités a été directement interpellée, à la limite de la menace : « Si vous choisissez l’agenda du genre, nous n’hésiterons pas à vous faire face ».
C’est la grande force du patriarcat et de notre société sexiste, qui est de réussir à diviser l’humanité en deux moitiés, puis de morceler l’une des deux moitiés en plein de petits groupes pour être sûr que les choses ne changent pas. Diviser pour mieux régner, en somme, et cibler l’influence des lobbies féministes et des organisations internationales, accusées d’imposer des idéologies étrangères au Sénégal.
Chronique du viol ordinaire
S’il existe un domaine où il est plus indiqué d’être de Ndeer du 7 mars, plutôt que de la bamboula du 8 mars, c’est assurément celui du grand danger, et du grand mépris que notre société sexiste et patriarcale destine et inflige à nos jeunes filles, nos très jeunes filles, violées dans une indifférence coupable, par des tontons, des « édukateurs » ou des précepteurs religieux, sans véritables châtiments, malgré l’adoption de la loi criminalisant le viol et la pédophilie. Malgré ces mesures draconiennes, les viols, les uns plus odieux que les autres, font légion dans le pays.
L'Association des juristes sénégalaises (AJS) rapporte que "sur 331 victimes de viol recensées en 2022, 43% avaient entre 4 et 14 ans". Plus inquiétant encore, selon un rapport de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) cité par le journal du soir, le Centre de guidance infantile et familiale de Dakar a comptabilisé "97 cas de viols ou d'incestes sur mineures et 21 cas de viols suivis de grossesse, avec une moyenne d'âge de 11 ans" sur la seule période 2016-2017 dans la région de Dakar.
Face à ce drame, les nouvelles autorités sénégalaises, élues en mars, restent muettes. Malgré la signature du protocole de Maputo en 2004, qui prévoit l'autorisation de l'avortement dans les cas extrêmes, aucun gouvernement n'a osé légiférer sur la question, craignant les pressions religieuses.
Malgré tout ce pouvoir des hommes, il serait temps que l’on parle d’autre chose que de parité et d’égalité, et qu’on exige enfin du respect pour ce genre qui est avant tout celui de nos mères, de nos sœurs et de nos filles. Quel que soit le niveau de pouvoir des hommes qui détruisent l’avenir de ces jeunes filles, quels que soient la beauté d’une jeune fille et l’attrait de ses atours, il faut que les hommes du Sénégal sachent que : « Un HOMME ça s’empêche ». Et comment « ça s’empêche » ? En calmant sa braguette en pensant à sa mère, à sa sœur, à sa fille. Tout simplement.
Le 8 mars c’est tous les jours qu’il faut le célébrer en faisant du respect absolu des femmes, de leur liberté et de leur dignité un enjeu essentiel de civilisation. Le Professeur Fatou Sow nous enseigne que « Cela permettra de reconstituer l’histoire de nos sociétés traditionnelles, qui a été construite par des femmes. A travers cette approche, il sera possible de restaurer des valeurs qui sont nôtres et de booster l’estime de soi des femmes et leur obligation à participer à la construction du pays ».
Et surtout, cela nous éviterait de vivre comme des bêtes.
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LE PATRON DU TRÉSOR SORT DU SILENCE
Amadou Tidiane Gaye a levé le voile sur l'intrusion qui a ciblé les systèmes informatiques de son administration. Si des ordinateurs et téléphones portables ont bien disparu, le haut fonctionnaire affirme que les données critiques restent intactes
Le mystère qui entourait l'intrusion dans les locaux du Trésor public sénégalais vient d'être partiellement levé. Face aux caméras de la RTS vendredi 7 mars 2025, le directeur général de la comptabilité publique et du Trésor, Amadou Tidiane Gaye, a livré sa version des faits concernant cet incident qui alimente les rumeurs depuis plusieurs jours.
"C'est une intrusion dans les locaux de la direction de l'informatique du Trésor qui est un bâtiment annexe au bâtiment principal situé à l'avenue Pompidou", a précisé d'emblée M. Gaye. L'incident s'est produit "exactement la nuit du dimanche", selon ses déclarations.
Le haut fonctionnaire a confirmé qu'il s'agissait bien d'un vol ciblant "des ordinateurs portables et des téléphones portables". Toutefois, il s'est voulu rassurant quant aux conséquences de cette effraction : "Les données financières et comptables du Trésor public ont été préservées et sauvegardées. Il n'y a eu aucune interruption dans l'exercice du service public au niveau du Trésor."
Face aux interrogations sur un possible lien avec la récente publication du rapport de la Cour des comptes, le directeur général s'est montré prudent : "On ne peut pas faire le lien a priori", a-t-il indiqué, précisant que "l'enquête en cours permettra de savoir exactement les motivations de ceux qui ont commis cet acte."
M. Gaye a également évoqué brièvement "l'affaire Tabaski", concernant une inspectrice du Trésor, tout en refusant de s'étendre sur ce dossier distinct "en cours de procédure judiciaire".
Pour rassurer les usagers, le responsable a détaillé les mesures de sécurité en place : "Nous avons mis en place un dispositif de sécurité qui concerne d'abord l'intégrité des données et la continuité du service avec ce que nous appelons un plan de continuité de l'activité." Il a ajouté que le Trésor dispose "d'un dispositif de sauvegarde permanente des données financières et comptables."
Une enquête de la police scientifique est actuellement en cours pour déterminer l'ampleur exacte du préjudice et identifier les auteurs de cette intrusion.
FUKUYAMA ALERTE SUR MUSK ET LE DÉCLIN DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE
Le chercheur de Stanford décrit comment le rachat de Twitter participait d'une stratégie pour acquérir de l'influence politique. Cette transformation de X en "mégaphone MAGA" illustre, selon lui, une menace fondamentale pour la démocratie américaine
(SenePlus) - Dans un article publié en janvier 2025, Francis Fukuyama, chercheur émérite à l'Institut Freeman Spogli de l'Université Stanford, dresse un parallèle inquiétant entre Silvio Berlusconi et Elon Musk, qu'il qualifie d'"oligarque américain fait maison".
Fukuyama commence par rappeler son blog de 2021 intitulé "Silvio Berlusconi et le déclin de la civilisation occidentale", dans lequel il argumentait que l'ancien Premier ministre italien serait considéré par les historiens futurs comme "le principal méchant" responsable de l'effondrement de la civilisation occidentale.
"Berlusconi était l'inventeur de la forme moderne d'oligarchie, dans laquelle un individu riche utilise son argent pour accéder au pouvoir politique par l'achat de médias, puis utilise sa fonction politique pour protéger ses intérêts économiques", écrit Fukuyama.
Cette stratégie, qui a empêché l'Italie de réformer ses institutions après la Guerre froide, a ensuite été adoptée par des oligarques dans toute l'Europe de l'Est et l'ancienne Union soviétique, comme Igor Kolomoisky et Rinat Akhmetov en Ukraine, ou Andrej Babiš en République tchèque. "Ces oligarques ont menacé la démocratie de manière fondamentale, en exerçant une influence politique excessive et en favorisant la corruption", souligne l'auteur.
Musk : le Berlusconi américain
"Eh bien, devinez quoi, nous avons maintenant notre propre oligarque américain dans le moule de Berlusconi : Elon Musk", affirme Fukuyama. Il explique que l'achat de Twitter (devenu X) pour 44 milliards de dollars n'était pas motivé par des raisons économiques ou par la défense de la liberté d'expression comme Musk le prétendait.
"Il voulait acheter de l'influence politique, ce qu'il a fait en abondance. X est passé d'une plateforme légèrement à gauche du centre à un mégaphone MAGA, que Musk utilise plusieurs fois par jour pour diffuser ses opinions politiques", écrit le chercheur.
Fukuyama souligne que cette influence médiatique, conjuguée aux 250 millions de dollars que Musk a donnés à la campagne de Trump, a largement contribué à l'élection de ce dernier. En retour, Trump lui a offert des rôles politiques comme co-directeur du DOGE et conseiller polyvalent, créant d'énormes conflits d'intérêts étant donné l'importance du gouvernement fédéral pour Tesla et SpaceX.
Un partenariat fragile
Le politologue prédit que le partenariat Trump-Musk n'est pas "fait au paradis". "Deux egos aussi importants auraient du mal à partager la vedette, et il y a des preuves que Trump se lasse déjà de la présence de Musk à Mar-a-Lago", note-t-il.
Si Musk suivait véritablement le chemin de Berlusconi, il chercherait à entrer lui-même en politique. "Il ferait un successeur bien plus plausible à Trump que n'importe lequel des enfants de Trump", estime Fukuyama, tout en rappelant que le président élu a déjà souligné que Musk ne peut pas briguer la présidence puisqu'il n'est pas né aux États-Unis. "Mais il y a beaucoup d'autres fonctions publiques auxquelles il pourrait aspirer, et je ne l'exclurais pas de la politique américaine même s'il est éjecté de l'orbite de Trump."
Les médias sociaux comme acteurs politiques
Fukuyama s'inquiète des implications à long terme de cette situation. "Les médias sociaux remplacent rapidement les médias traditionnels comme principale source d'information pour les Américains. Personne ne devrait prétendre qu'ils sont des places publiques neutres ; ce sont des acteurs politiques qui peuvent influencer l'issue des élections."
Le problème fondamental, selon lui, est qu'ils sont "trop grands et trop puissants". Contrairement aux trois grands réseaux de télévision d'antan, dont l'influence politique était limitée par la FCC et des normes de neutralité médiatique, "aucune contrainte de ce type n'existe aujourd'hui pour les grandes plateformes en ligne".
Fukuyama conclut en plaidant pour une réduction de ce pouvoir par la prolifération de "middlewares" qui supprimeraient essentiellement leur pouvoir éditorial. Il rappelle qu'en 2020, son groupe d'étude à Stanford avait comparé les grandes plateformes internet à "une arme chargée posée sur la table devant nous", en espérant qu'aucun mauvais acteur ne s'en emparerait. "Ce scénario est celui qui s'est maintenant déroulé avec Twitter et Elon Musk. Réduire l'échelle et le pouvoir des plateformes reste donc très important, mais la réforme est bloquée car la plateforme brandit maintenant une très grosse arme."
AXIAN PRÉPARE SON OFFENSIVE CONTRE ORANGE ET WAVE
Le groupe malgache, qui a pris le contrôle total de l'opérateur Yas (ex-Free Sénégal), prépare des acquisitions stratégiques. La bataille pour conquérir le marché sénégalais des services financiers mobiles s'annonce féroce
(SenePlus) - Face à la concurrence sur le marché sénégalais des services financiers mobiles, le groupe malgache Axian Télécom met en place une stratégie ambitieuse pour redresser ses activités fintech dans le pays. Selon Jeune Afrique, l'entreprise dirigée par Hassanein Hiridjee cherche à se démarquer par des acquisitions stratégiques et des services ciblés pour s'imposer face aux géants du secteur.
Présent dans cinq pays africains sous les marques Yas pour les services télécoms et Mixx by Yas pour les activités fintech, Axian Télécom a l'intention de poursuivre son expansion. D'après JA, alors que ses opérations à Madagascar, aux Comores, en Tanzanie et au Togo sont majoritairement rentables, le groupe dirigé depuis août 2024 par Hassan Jaber concentre désormais ses efforts sur le redressement de ses activités financières au Sénégal.
Le marché sénégalais est actuellement dominé par deux acteurs majeurs : Orange, via sa filiale locale Sonatel, et la start-up américaine Wave. Face à cette concurrence, Axian prépare une nouvelle offensive. Comme l'explique à Aau magazine Erwan Gelebart, responsable Open Innovation & fintech du groupe Axian, rencontré à Barcelone lors du Mobile World Congress : « Un bilan a été établi, une nouvelle stratégie a été mise en place et de nouveaux services sont à développer ».
Présent au Sénégal depuis 2019 où il détenait 40% de Free Sénégal, le groupe malgache a renforcé sa présence en 2023 en acquérant 40% supplémentaires, prenant ainsi le contrôle de l'opérateur. Rebaptisé Yas, celui-ci propose désormais divers services financiers via son application Mixx by Yas et se trouve actuellement en phase de réinvestissement.
« En parallèle à nos opérations grand public, nous travaillons à une offre dédiée aux TPE avec des services adaptés à leurs besoins », précise Erwan Gelebart à Jeune Afrique, soulignant l'importance des très petites entreprises dans l'économie africaine.
Conscient de la difficulté à concurrencer directement Orange et Wave sur le mobile money traditionnel, Axian mise sur d'autres produits financiers et services pour percer sur le marché sénégalais. Dans cette optique, JA rapporte que la branche fintech du groupe malgache travaille sur une nouvelle transaction lui permettant de consolider ses opérations en Afrique de l'Ouest francophone, particulièrement au Sénégal.
Selon Erwan Gelebart, Axian recherche « les start-up avec un chiffre d'affaires de quelques millions de dollars, proches du seuil de rentabilité et dont les fondamentaux économiques sont solides ». L'investissement prévu serait de « quelques dizaines de millions de dollars », avec actuellement trois dossiers à l'étude.
La branche fintech du groupe mise notamment sur le segment BtoB avec son service FlexPay, destiné aux entreprises structurées pour simplifier leurs opérations financières avec employés, fournisseurs et partenaires.
Un autre axe important de développement est la carte Mastercard prépayée, rattachée au portefeuille électronique des clients de Mixx by Yas. Ce service, selon Jeune Afrique, permet de réaliser des achats en ligne, de voyager et d'effectuer des transactions dans plus de 210 pays à travers le monde.
« La carte Mastercard a été un gros pari et les premiers résultats sont encourageants », affirme Erwan Gelebart. « L'un de nos enjeux pour 2025 est de réussir à changer de dimension sur l'adoption de l'application », ajoute-t-il, évoquant des campagnes ciblées, des promotions et des offres de cashback pour atteindre cet objectif.
En parallèle, Axian travaille également à renforcer la gouvernance de sa branche fintech, notamment via l'arrivée d'administrateurs indépendants, et à structurer ses équipes pour soutenir cette croissance.
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LES ENNEMIS DE L'ÉGALITÉ AU POUVOIR
Edwy Plenel évoque les connexions entre le régime de Poutine, l'administration Trump et l'extrême droite européenne. Il rappelle les crimes coloniaux commis par la France dont l'héritage pèse encore sur le présent
Dans une interview percutante accordée à TV5 Monde ce jeudi 6 mars 2025, Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, a dressé un tableau sombre des défis géopolitiques actuels, établissant des liens entre les crises en Ukraine, à Gaza, et la montée de l'extrême droite mondiale.
"Monsieur Poutine c'est monsieur Trump", a affirmé Plenel, dénonçant l'émergence d'un "pacte des oligarques" et d'un "capitalisme mafieux à la face du monde". Le journaliste a qualifié le président russe de "mafieux", dirigeant "un régime criminel" qui menace "non seulement son propre peuple mais les libertés du monde".
Concernant la réponse européenne au conflit ukrainien, le cofondateur de Mediapart s'est montré particulièrement critique: "Ce qu'a dit monsieur Macron hier, c'est à la fois trop tard et trop peu". Selon lui, l'Europe aurait dû "mettre le paquet" dès le début de l'agression russe contre l'Ukraine, "un peuple souverain agressé par un impérialisme".
Plenel a également dénoncé l'application à "géométrie variable" du droit international, soulignant le paradoxe d'une défense des principes en Ukraine tout en soutenant "inconditionnellement monsieur Netanyahou dans sa guerre de vengeance avec ses crimes de guerre" à Gaza.
L'interview a pris une dimension particulière lorsque le journaliste a établi des liens entre ces conflits et les dynamiques politiques intérieures: "Monsieur Poutine et monsieur Trump, c'est l'extrême droite européenne, c'est Orban, c'est nos extrêmes droites", a-t-il déclaré, évoquant une "droite trumpisée" en France qui "parle comme l'extrême droite".
La France face à son passé colonial
Évoquant son livre "Palestine notre blessure", Plenel a développé une analyse qui replace le conflit israélo-palestinien dans la continuité du colonialisme européen. Il n'a pas hésité à aborder frontalement l'histoire coloniale française, rappelant que "la France avait commis en Algérie des dizaines de milliers de crimes".
"Le laboratoire des crimes européens a été la colonisation", a-t-il affirmé avec force, en élargissant son propos aux autres territoires colonisés par la France. "C'est le cas des Kanaks", a-t-il précisé, mentionnant également la pratique consistant à couper les têtes des colonisés et à les conserver.
Le journaliste a évoqué des épisodes particulièrement violents de l'histoire coloniale, citant notamment le cas d'un responsable français qui aurait préconisé "d'exterminer tous" les habitants au-dessus de sept ans dans certaines situations, allant jusqu'à utiliser "des chiens mangeurs d'esclaves" importés de Cuba.
Sur la situation actuelle du débat public, Plenel a dénoncé les tentatives de censure visant ceux qui rappellent ces faits historiques, évoquant le cas récent de son confrère Jean-Michel Aphatie, "banni pour quelques jours d'une antenne de radio privée pour avoir simplement fait le propre du métier de journaliste, c'est-à-dire énoncer des vérités de fait".
Face à ces défis multiples et à ces héritages douloureux, Edwy Plenel a lancé un appel solennel: "Nous sommes dans un moment où il faut être au-dessus de nous-même. Nous avons rendez-vous avec notre humanité."
par Ibou Fall
L’ABÉCÉDAIRE DU CATASTROPHISME
Lorsque l’on parvient à vendre la haine à une faune en colère, il faut bien lui justifier le pourquoi du comment par qui, n’est-ce pas ? Le catastrophisme a simplement changé de camp, servant désormais d'excuse à ceux qui promettaient la lune hier
Lorsque l’on parvient à vendre la haine à une faune en colère, il faut bien lui justifier le pourquoi du comment par qui, n’est-ce pas ? Le catastrophisme se présente comme l’explication logique au misérabilisme que l’actuel régime distille depuis une dizaine d’années, depuis les réseaux sociaux incendiaires jusqu’aux meetings exaltés d’une opposition définitivement va-t-en-guerre…
L’ennemi du peuple : le régime de Macky Sall, qui ne s’encombre pas de scrupule. La preuve par les embastillements de Khalifa Sall et Karim Wade, tous deux coupables de juste lorgner le fauteuil présidentiel. Si ce n’était que ça : ce gang non seulement verse le sang des Sénégalais, mais il pille le pays, comme dirait l’autre, «il arrose son couscous de leur sueur».
Passons sur ce qui relève de la gnognotte : les partages écœurants de terres à coups de lotissements sauvages, l’avion présidentiel qui fait la navette entre Dakar et La Mecque pour que la Camorra puisse aller y déposer son sac de péchés…
Bref, le train de vie agaçant de ces épicuriens qui nous gouvernent alors… Les scandales à milliards se suivent sans se ressembler, entre les six mille milliards Cfa de Aliou Sall, qui vend notre pétrole avant même le premier forage (devenant de la sorte le débiteur de chaque Sénégalais à hauteur de quatre cent mille francs), et les vingt-neuf milliards de Mame Mbaye Niang, s’intercalent les mille milliards du fonds Covid et les quatre-vingt-quatorze milliards de Mamour Diallo et Tahirou Sarr…
Et quand l’héroïque peuple se rebiffe pour sauver son «Projet», ça le canarde comme un tir aux pigeons de kermesse : cinquante-et-un Sénégalais meurent alors par balles entre mars 2021 et février 2024. La «mackyavélique» ploutocratie est doublée d’une dictature sanguinaire qui charrie des rivières d’hémoglobine. Voilà la catastrophe dont le duo «Sonko môy Diomaye» sauve les Sénégalais par la magie des urnes le 24 mars 2024, une semaine après être sorti de prison par on ne sait quelle pirouette. Bien sûr que ce tandem qui échange les petites attentions l’un envers l’autre est capable de miracles. Il pilote un projet que quatre mille cadres, d’authentiques Sénégalais, peaufinent depuis une décennie. Retrouver notre souveraineté perdue depuis plusieurs siècles, en sortant du Cfa en virant la France, et les bailleurs de fonds ; ils vont faire mieux : rendre à la justice son véritable lustre et jeter en prison toute cette mafia qui suce le sang du pauvre Sénégalais.
Ça va démarrer au quart de tour après la passation de pouvoir entre l’imberbe rondouillard Macky et le barbu svelte Diomaye. On change de planète, en résumé, mais que d’émotions pour en arriver à ça…
Et puis, patatras, une fois aux commandes du navire Sénégal, qui ressemble de loin à un majestueux yacht, ça se rend compte que l’héritage est un rafiot rafistolé qui prend l’eau de toutes parts.
Alerte : c’est la cata !
Il ne faut pas attendre longtemps pour que le tandem commence à étaler ses états d’âme sur la place publique. Sortez les mouchoirs, snif : c’est le Premier ministre qui ouvre le feu, annonçant urbi et orbi que la mafia qu’ils viennent de virer du pouvoir est de surcroît un repaire de faussaires qui truquent les chiffres comme un compteur de casino, et que la dette crève les plafonds. On ne vous dit pas, les institutions budgétivores à dissoudre dans de l’acide parlementaire, les recrutements fantaisistes dans les sociétés nationales, les salaires mirobolants aux copains…
Bien entendu, le Fmi, qui compte jusque-là poursuivre sa collaboration avec l’Etat sénégalais, est pris subitement d’un doute ; il faudra réfléchir et attendre que les vrais chiffres sortent ; sur les marchés financiers également, la signature du Sénégal devient sujette à caution ; les bailleurs traditionnels deviennent plus regardants, surtout après avoir découvert que l’Etat sénégalais «aura emprunté alors qu’il n’en avait pas vraiment besoin»… Sur cette délicate question, la demande d’explication tarde à obtenir une réponse convenable. Et puisqu’on est dans le redressement de torts, dans la foulée, ça dédommage tous les braves casseurs de mars 2021 à janvier 2024, les rescapés du massacre, tout de même victimes des exactions des Forces de l’ordre. Quant aux proprios des biens saccagés, ils peuvent s’estimer heureux de ne pas être poursuivis pour détention de biens mal acquis.
En attendant, la traque aux Rapetous est lancée avec comme principal repère le délit de sale gueule : ils sont quelques-uns à vite se retrouver au cachot, pour avoir commis l’impardonnable péché d’arborer des mines trop réjouies et de l’embonpoint en ces temps d’austérité.
En attendant que le «chef de gang», comprenez Sa Rondeur Macky Sall, se retrouve devant la Haute cour de Justice ?
LE GOUVERNEMENT ADOUCIT LE TON
Le Premier ministre, qui s'était montré intransigeant jusqu'alors, semble désormais prêt à négocier l'apurement de la dette intérieure. Cette nouvelle orientation vise à rassurer le secteur privé tout en préparant un "Pacte national de stabilité sociale"
Le chef du gouvernement ne cache pas la nécessité d’aboutir à ce qu’il appelle un Pacte national de stabilité sociale avec les partenaires sociaux, en tête desquels les syndicats des travailleurs. Pacte qui permettra d’éviter les grèves et arrêts de travail. Pour le Patronat, l’apurement d’une bonne partie de la dette intérieure devrait l’amener à des bons sentiments.
Après ses sorties martiales envers le Patronat et les syndicats, le Premier ministre, sous l’instigation de son Président ?, a entrepris de mettre du bissap dans son eau. Le communiqué du Conseil des ministres d’hier, nous apprend que «le Premier ministre a pris bonne note des directives du chef de l’Etat, en exhortant le ministre des Finances et du budget à lui soumettre, dans les plus brefs délais, la stratégie d’apurement des engagements financiers de l’Etat vis-à-vis des entreprises». Après avoir longtemps invoqué le besoin pour les différents partenaires de l’Etat d’être résilients au regard de la situation des finances du pays, le chef du gouvernement semble se faire à l’idée qu’il ne pourrait rien obtenir d’une machine à court de carburant.
Sans doute aussi s’est-il rappelé le discours du président du Conseil national du Patronat (Cnp), Baïdy Agne, lors de la rencontre tripartie au Grand Théâtre. M. Agne, dans son langage des plus policés, n’avait pas fait montre d’un grand optimiste, quand il a fait appel aux partenaires techniques et financiers «à maintenir leurs engagements pour permettre le plus tôt possible l’apurement progressif de la dette intérieure». Pour indiquer à quel point la situation dans certaines entreprises était dramatique, le patron des patrons du Sénégal avait souligné la nécessité pour des entreprises d’avoir une idée des échéances de remboursement de leurs créances par l’Etat : «Si l’Entreprise a plus de visibilité sur les échéances de paiement, elle peut se réorganiser en conséquence pour maintenir les emplois et poursuivre ses activités et ses investissements.»
Sans doute qu’avant le prochain Conseil des ministres, des entreprises commenceront à recevoir des notifications de paiement de certaines créances. Les statistiques de l’Etat indiquent que la dette intérieure, à la fin 2024, était de plus de 3000 milliards de F Cfa. Celle due aux banques locales dépassait à l’époque, les 2500 milliards de francs Cfa, menaçant le fragile équilibre de l’économie nationale.
Cela explique d’autant le besoin de l’Etat, comme exprimé dans le compte-rendu du gouvernement, d’associer des entreprises du secteur des Bâtiments et travaux publics (Btp) à la relance de certains travaux d’infrastructures comme les écoles, universités et hôpitaux ainsi qu’au «démarrage des nouveaux chantiers». Ainsi, certainement, on verra des entreprises motivées et encouragées à postuler pour remporter les nouveaux marchés que l’Etat s’apprête sans doute à ouvrir.
Et pour faire bonne mesure, le gouvernement du Sénégal, avec l’approche du 1er mai, veut indiquer qu’il prend compte des revendications du monde du Travail, aux côtés des préoccupations du capital.
S’il veut se pencher avec diligence sur des points de revendications soulevés lors de la Rencontre tripartite et de ceux notés au cours de mouvements d’humeur de certains travailleurs, comme ceux de la Santé et de l’Enseignement supérieur, le gouvernement tient tout de même fort à son Pacte de stabilité. Une sorte de cessez-le feu avec les travailleurs, par rapport à certaines revendications. Le communiqué note : «Le Premier ministre a rappelé l’urgence attachée à un dialogue social inclusif et sincère en vue de la conclusion d’un Pacte national de stabilité sociale, au plus tard le 1er mai 2025, avec l’objectif de parvenir à des décisions équilibrées pour répondre aux revendications tout en prenant en compte la situation économique et financière du pays.» Situation du pays dont ils ne le diront jamais assez, est difficile, et a été «héritée du régime précédent», ainsi que l’a souligné le dernier rapport de la Cour des comptes sur la gestion des finances sous les mandats de Macky Sall.
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LA CHARGE UNIVERSALISTE DE HAMIDOU ANNE
« Est Sénégalais qui se sent Sénégalais », affirme le politologue, à rebours des courants nationalistes qui gagnent du terrain dans le pays. Son plaidoyer pour une identité ouverte transcendent les considérations de nationalité
Dans un contexte de débats identitaires croissants au Sénégal, le politologue Hamidou Anne a livré sa vision de la sénégalité lors de son passage dans l'émission "BL" animée par Pape Alioune Sarr dimanche 2 mars.
"Je considère que toute personne, où qu'elle soit, si elle se sent sénégalaise, elle a le droit d'avoir la nationalité sénégalaise. Le Sénégal doit être une terre ouverte à tous les apports fécondants du monde", a déclaré l'intellectuel, se définissant comme "internationaliste, pour ne pas dire universaliste".
Face aux discours souverainistes qui gagnent du terrain, notamment parmi les jeunes, Hamidou Anne a rappelé les fondamentaux : "Le Sénégal est souverain depuis le 4 avril 1960. Nous avons un territoire sur 200 000 km², un peuple métissé à l'intérieur de nos frontières et un système de gouvernement qui n'a jamais eu de discontinuité depuis 1960."
Mais il a surtout dénoncé ce qu'il considère comme une incohérence majeure : "La première souveraineté, c'est la souveraineté populaire, c'est la souveraineté du peuple à se choisir lui-même ses propres dirigeants. Quand on est dans une forme de négation perpétuelle de la souveraineté du peuple qui n'a pas le droit de voter, dont certains intellectuels, activistes, démocrates sont emprisonnés dès qu'ils ont un avis différent, on est mal placé pour parler de souveraineté."
S'inspirant du philosophe Souleymane Bachir Diagne, le politologue a défendu un universalisme de la rencontre : "Un universalisme vraiment universel, un universel de la rencontre où, dans ce rendez-vous du donner et du recevoir, chacun apporte ce qu'il a."
ENJEUX GEOPOLITIQUES ET ECHEC DE LA DIPLOMATIE DANS LA CRISE UKRAINIENNE
EXCLUSIF SENEPLUS - Ce conflit, par ses répercussions globales, met en lumière l'urgence pour le continent africain de renforcer son unité interne et de développer une vision géopolitique commune face aux grandes puissances
Dans un contexte international où les relations entre nations sont de plus en plus marquées par des tensions géopolitiques et une compétition de puissance, la crise ukrainienne, qui dure désormais depuis plus de trois ans, illustre d'une manière poignante l'incapacité de la communauté internationale à instaurer un ordre mondial stable, respectueux des principes de souveraineté et d'intégrité territoriale.
Depuis son éclatement en 2014, ce conflit n'a pas seulement déstabilisé l'Ukraine, mais a également déclenché des répercussions profondes et imprévisibles qui continuent de perturber l'équilibre de l'ordre international tel que nous l'avons connu.
Le 28 février 2025, une rencontre historique entre Donald Trump, le vice-président JD Vance et le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche a mis en lumière les profondes fractures dans les relations internationales : une rencontre censée favoriser la paix s'est rapidement transformée en un affrontement public, symbolisant l'ampleur de la division entre les grandes puissances et la divergence de leurs visions du futur. Ce rendez-vous a cristallisé un changement majeur dans les rapports de force mondiaux, mettant en exergue l'inefficacité de la diplomatie traditionnelle face à des enjeux géopolitiques de cette ampleur.
Le conflit ukrainien, devenu l'un des plus complexes et dévastateurs du XXIe siècle, alimente les tensions géopolitiques mondiales et redéfinit les rapports de puissance entre les nations.
Véritable mosaïque de causes historiques, ethniques et géopolitiques, il dépasse largement les frontières de l'Ukraine, affectant la stabilité régionale, mais aussi mondiale. Notre analyse article propose de saisir la portée de cette crise en explorant ses origines, ses tentatives de règlement et les conséquences géopolitiques qu'elle engendre.
La genèse du conflit : Un péril géopolitique aux racines multiples
Les origines du conflit ukrainien sont marquées par une série de facteurs géopolitiques, ethniques et historiques profondément ancrés.
En 2014, la Russie, sous la direction de Vladimir Poutine, a procédé à l'annexion de la Crimée, une région stratégique de la mer Noire, au moment même où l'Ukraine subissait un bouleversement politique majeur avec la chute du président pro-russe Viktor Ianoukovytch.
La Crimée, à majorité russophone, était perçue par Moscou comme un territoire stratégique essentiel à ses intérêts militaires et géopolitiques. Bien que la Russie ait justifié son action par la protection des Russes de Crimée et la nécessité de contrer une Ukraine de plus en plus orientée vers l'Occident, l'annexion a été fermement condamnée par l'ONU et l'Occident, exacerbant ainsi une rupture sans précédent dans les relations internationales, en violation flagrante des principes d'intégrité territoriale.
Toutefois, la question de la Crimée n'était que le point de départ d'un conflit bien plus vaste. L'intensification de la guerre dans le Donbass, où des séparatistes prorusses ont pris les armes contre le gouvernement ukrainien, a plongé la région dans une guerre de tranchées, marquée par des milliers de victimes et un déplacement massif de populations. Cette guerre hybride, marquée par des frontières floues et un soutien militaire occulte, a non seulement redéfini les rapports de force en Europe de l'Est, mais a également installé un nouveau type de conflit, où l'usage de la force est couplé à des manipulations géopolitiques complexes.
Tentatives de Résolution : L'échec des initiatives diplomatiques
Malgré plusieurs tentatives de règlement, telles que les accords de Minsk (2014 et 2015), la situation demeure figée et sans issue.
Ces accords, bien qu’ils aient été conçus pour instaurer un cessez-le-feu et amorcer une solution politique, ont en réalité exacerbée les tensions entre l'Est et l'Ouest, tout en divisant encore davantage l'Ukraine elle-même.
Les sanctions économiques imposées par les États-Unis et l'Union européenne à la Russie, ainsi que les pressions exercées sur l'Ukraine pour parvenir à une solution politique, ont mis en lumière l'incapacité des grandes puissances à imposer un règlement durable.
L'échec des négociations a permis à la Russie de renforcer son emprise sur le Donbass et de s'opposer fermement à l'intégration de l'Ukraine à l'OTAN et à l'Union Européenne, rejetant ainsi l'élargissement de l'Occident à ses frontières.
L'Ukraine, quant à elle, se trouve prise en étau entre un Ouest résolument pro-européen et un Est prorusse, ce qui accentue les fractures internes du pays et déstabilise profondément sa structure politique et sociale. L'échec de la diplomatie a ainsi révélé la profonde fracture qui déchire le pays et son incapacité à dépasser ses divisions internes.
Répercussions géopolitiques : La mutation du paysage mondial
Les répercussions de la guerre en Ukraine vont bien au-delà de ses frontières et ont des implications majeures pour l'ordre mondial.
En ravivant les tensions d'un monde bipolaire à la guerre froide, la crise ukrainienne a ouvert une nouvelle phase de confrontation entre la Russie et l'Occident. Les sanctions économiques imposées à la Russie ont montré leurs limites, n'affectant que marginalement les choix politiques de Moscou, tout en renforçant sa posture défiant l'ordre mondial établi.
En revanche, la guerre a permis à la Russie de se réorganiser stratégiquement et de renforcer ses liens avec des puissances émergentes, comme la Chine, consolidant ainsi une alliance qui pourrait redéfinir l'équilibre mondial dans les années à venir.
La réorganisation des rapports de sécurité en Europe de l'Est s'est traduite par une augmentation des dépenses militaires et une coopération accrue au sein de l'OTAN, entraînant un redéploiement stratégique de l'Alliance. Cette évolution s'accompagne de nouveaux « conflits gelés » en Moldavie, en Géorgie et ailleurs, redéfinissant le paysage géopolitique de l'ex-Union Soviétique.
Conclusion : L'Ukraine, symbole d'un ordre mondial en pleine transformation
La crise ukrainienne, épicentre de tensions géopolitiques mondiales, met en exergue l'incapacité de la communauté internationale à répondre aux défis d'un monde multipolaire en constante évolution. L'échec de la diplomatie, l'escalade des rivalités géopolitiques et l'instabilité persistante soulignent les obstacles majeurs qui se dressent sur la voie de la réorganisation de l'ordre mondial. Si la résolution du conflit ukrainien demeure incertaine, il est évident que ses conséquences redéfiniront durablement les rapports de force internationaux pour les décennies à venir.
Cette situation met en lumière la nécessité impérieuse pour les puissances européennes de repenser leur position et leur rôle sur la scène internationale. L'Union européenne, malgré ses divisions internes et la montée en puissance d'acteurs comme la Chine, est-elle en mesure de consolider sa place dans le concert des nations mondiales ? Parviendra-t-elle à surmonter ses désaccords internes pour affirmer une politique étrangère et de défense commune, ou se retrouvera-t-elle marginalisée dans un monde de plus en plus polarisé où les rapports de force redéfinissent sans cesse les règles du jeu ?
Dans un contexte international multipolaire et de plus en plus instable, marqué par des tensions géopolitiques croissantes et une remise en question des fondements de l'ordre mondial traditionnel, l'Europe se trouve à un carrefour stratégique.
Malgré ses divergences internes, l'Union européenne possède un potentiel indéniable pour redéfinir ses relations internationales et renforcer sa coopération interne, si elle parvient à transcender ses différences.
L'Europe peut-elle réellement prendre l'initiative de renforcer son autonomie stratégique, notamment en matière de défense, de technologie et de gestion des crises, tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis des États-Unis ? Peut-elle surmonter des enjeux complexes, tels que la politique migratoire, la souveraineté nationale et les tensions économiques internes, pour s'unir autour d'une politique étrangère cohérente ?
Dans le même temps, la montée en puissance de l'Asie, et en particulier de la Chine, associée à l'incertitude quant à l'engagement des États-Unis sous certaines administrations, impose une réflexion sur l'impératif d'une recomposition européenne.
Cette dynamique sera-t-elle suffisamment solide pour surmonter les obstacles géopolitiques internes et externes, ou l'Europe risque-t-elle de se retrouver marginalisée dans un monde de plus en plus divisé ?
En définitive, bien que l'Union européenne dispose des ressources et du potentiel nécessaires pour redéfinir son rôle sur la scène internationale, elle se trouve confrontée à des défis d'une ampleur considérable. Les divergences internes, les questions de souveraineté nationale et l'ascension d'autres puissances mondiales comme la Chine compliquent sérieusement toute tentative d'unité. La réduction de la dépendance aux États-Unis et la construction d'une véritable autonomie stratégique soulèvent de nombreuses interrogations quant à la capacité de l'Europe à évoluer de manière cohérente face aux menaces globales.
L'Europe, bien qu'elle soit en mesure de renforcer son influence sur la scène mondiale, devra surmonter des obstacles redoutables pour parvenir à une coopération interne solide et à une stratégie internationale cohérente. Pour devenir un acteur véritablement clé, elle devra surmonter ses fractures internes et faire preuve d'une volonté politique commune, une condition indispensable mais encore fragile à réaliser.
Le cas de la crise ukrainienne offre au continent africain de nombreuses leçons essentielles qu’il peut tirer pour renforcer sa position dans un monde géopolitique de plus en plus complexe.
Tout d’abord, la situation actuelle met en évidence l’importance capitale de l’unité et de la solidarité régionale. Dans un monde multipolaire, la force d’un groupe d’États unis par des objectifs communs est incontestable. L’Ukraine, bien qu’elle se trouve au centre des tensions internationales, incarne cette nécessité d'une alliance solide face à des crises mondiales. L'Afrique, en tant que continent riche de diversité, doit poursuivre ses efforts d'intégration régionale à travers des organisations comme l’Union africaine ou les communautés économiques régionales. En renforçant la coopération intra-africaine, le continent peut jouer un rôle plus influent dans la définition des relations mondiales.
Une autre leçon importante de la crise ukrainienne concerne la nécessité de diversifier ses partenariats stratégiques. La guerre en Ukraine a montré à quel point certains pays peuvent se retrouver dépendants d’un nombre restreint de partenaires géopolitiques, une vulnérabilité que l'Afrique ne peut se permettre. En diversifiant ses relations avec des puissances émergentes telles que la Chine, la Russie ou l’Inde, tout en maintenant des liens avec les États-Unis et l’Europe, l'Afrique peut préserver son autonomie et éviter d’être subordonnée à un seul acteur majeur. Cette diversification géopolitique est un levier pour garantir une influence plus équilibrée dans le concert des nations.
La crise a également mis en lumière l’importance de la gestion des ressources naturelles et énergétiques, un domaine où l'Afrique dispose d'un potentiel inestimable. La dépendance des pays européens aux importations d’énergie a montré la fragilité de systèmes énergétiques trop centralisés et vulnérables aux conflits. Dans ce contexte, l'Afrique, riche en ressources naturelles, doit impérativement développer ses infrastructures énergétiques internes, promouvoir les énergies renouvelables et améliorer sa gestion des ressources naturelles pour renforcer son indépendance et assurer une résilience face aux crises mondiales. Cela passe par une gestion plus durable de ces ressources, mais aussi par une plus grande intégration énergétique au sein du continent.
Parallèlement, la crise ukrainienne met en évidence l'importance d'une diplomatie proactive et indépendante. L'Afrique doit renforcer son rôle sur la scène internationale en devenant un acteur diplomatique plus actif, capable de défendre ses propres intérêts. Cela implique la capacité à s'engager dans des négociations mondiales tout en préservant ses priorités, telles que le développement économique, la sécurité et la lutte contre les inégalités mondiales. La crise en Ukraine a montré qu’un continent peut se retrouver marginalisé si ses voix ne sont pas suffisamment fortes dans les grandes discussions internationales. L'Afrique doit donc mettre en place des mécanismes pour affirmer sa diplomatie et sa souveraineté face aux puissances mondiales.
L’Afrique pourrait également tirer des enseignements sur la gestion des conflits internes. La guerre en Ukraine a mis en exergue l'impact dévastateur des conflits internes non résolus, mais aussi des ingérences extérieures. Pour l'Afrique, cela souligne l'importance de trouver des solutions pacifiques et diplomatiques aux conflits internes, plutôt que de se laisser déstabiliser par des tensions politiques. Le renforcement des institutions de gouvernance, la promotion de la réconciliation nationale et l’établissement de processus de paix durables sont essentiels pour éviter l’escalade des conflits et garantir la stabilité régionale.
Un autre aspect fondamental est la prise de conscience de la vulnérabilité face aux dynamiques mondiales. La guerre en Ukraine a démontré que les crises géopolitiques peuvent rapidement affecter tous les continents, y compris l'Afrique, notamment en termes d’augmentation des prix des matières premières, de perturbation des chaînes d'approvisionnement ou d’instabilité alimentaire. L'Afrique doit être prête à anticiper ces effets et à mettre en place des stratégies de résilience, notamment en matière de sécurité alimentaire et d'indépendance économique. Cela nécessite une diversification de ses économies et le renforcement de ses infrastructures locales.
Enfin, l'une des leçons majeures que l’Afrique peut tirer de la crise ukrainienne est la nécessité d’une vision commune pour son avenir face aux bouleversements mondiaux. Le continent doit se doter d’une stratégie géopolitique claire et cohérente qui repose sur des principes de coopération, de souveraineté et de solidarité intra-africaine. Cela passe par une volonté politique forte de surmonter les défis mondiaux, qu’il s’agisse du changement climatique, des migrations ou de la sécurité mondiale. Pour que l’Afrique puisse véritablement jouer un rôle clé sur la scène internationale, elle devra dépasser ses divisions internes et adopter une vision partagée de son développement et de son influence dans le monde.
En somme, la crise ukrainienne offre à l'Afrique une occasion unique de réfléchir à son rôle dans un monde en constante évolution. Si elle réussit à renforcer son unité interne, à diversifier ses partenariats, à gérer ses ressources de manière durable et à affirmer sa diplomatie, elle pourra non seulement préserver sa souveraineté, mais aussi s’imposer comme un acteur incontournable dans la réorganisation de l’ordre mondial à venir.
LA FONCTION PUBLIQUE EN ÉBULLITION
Pendant que les licenciements tous azimuts alimentent le débat public, les nouveaux dirigeants recrutent leurs militants sans grand bruit, malgré la situation difficile des finances publiques
Les alternances sont généralement synonymes d'espoir. Celle de 2024 a fini de plonger des milliers de travailleurs dans une grosse désillusion. Lors de la rencontre tripartite gouvernement, syndicats et patronat, la semaine dernière, les secrétaires généraux des différentes centrales syndicales s'étaient insurgés contre cette pratique. D'habitude, regrettait Cheikh Diop de la CNTS/FC, les Sénégalais se pressaient d'aller dans l'Administration, en particulier pour la sécurité et la stabilité que cela offrait. “C'est dans le privé que nous étions confrontés à des problèmes de licenciement, de violation des droits des travailleurs... Aujourd'hui, on a l'impression que la tendance s'est renversée. Il y a énormément de licenciements et ce n'est pas acceptable”, soulignait le syndicaliste, non sans rappeler que le mouvement syndical usera de la revendication pour faire face.
À ceux qui indexent leur bonne foi et la motivation de la levée de boucliers dans les différentes organisations, il prévient et avertit de manière ferme : “Les responsables syndicaux du Sénégal, j'allais dire les syndicalistes du monde, ont choisi un combat : le combat du progrès social. Le mouvement syndical n'utilisera comme arme que la revendication, parce que nous sommes convaincus que la revendication est un facteur de progrès social. Nous sommes dans la revendication, nous ne sommes dans rien d'autre. Considérez que même si on ne se comprend pas, nous ne sommes que dans la revendication”, répétait-il s'adressant au Premier ministre.
Dans son intervention, le chef du gouvernement a averti sur le caractère clientéliste de ces recrutements concernés par les plans sociaux. Pour lui, il y a des gens qui ont été recrutés alors que ça ne correspond à aucun besoin. “La Fonction publique n'est pas une crèche pour caser la clientèle politique. Nous aussi nous avons nos militants. Si chaque pouvoir qui arrive crée des postes sans aucun besoin, juste pour caser la clientèle, on ne va pas en sortir. Un État responsable doit pouvoir l'évaluer et ça, on l'assume”, fulminait-il face aux syndicalistes qui semblent en faire une condition centrale dans les futures négociations, estimant que l'État, à travers ses démembrements, a procédé à ces violations en toute violation de la législation sociale.
Mody Guiro : “On ne défend pas des bras cassés ou des gens qui sont chez eux et qui ne travaillent pas.”
Interpellé à la fin de la rencontre par ‘’EnQuête’’ sur les propos du Premier ministre, le secrétaire général de la CNTS avait préféré surtout mettre en évidence la disponibilité à dialoguer dont il a fait montre. Sur les recrutements politiques, il avait tenu à réagir de manière ferme. Pour lui, il n'a jamais été question, pour les syndicalistes, de défendre des gens qui sont payés à ne rien faire. “Je le dis de manière claire et nette : on ne défend pas des bras cassés ou des gens qui sont chez eux et qui ne travaillent pas ; ce n'est pas notre logique. Ce que nous voulons, c'est que ces travailleurs qui ont bénéficié de contrats en bonne et due forme, qui sont dans les entreprises que leurs droits soient respectés comme cela s'est toujours passé”, s'était-il défendu.
À Sonko qui mettait en garde contre les pressions, il disait : “Les revendications vont continuer d'exister tant qu'il y aura un gouvernement et un patronat. Ce que nous voulons, c'est une écoute attentive de nos préoccupations. Nous ne demandons pas l'impossible. Si le dialogue s'établit sur la base de relations de confiance basées sur la transparence et la justice sociale, il n'y aura aucun problème. En tant que Sénégalais et en tant que partenaires sociaux, nous saurons assumer nos responsabilités, parce que nous sommes aussi des responsables.”
Mais ce qui fait le plus mal chez certains travailleurs licenciés, c'est qu'au moment où des Sénégalais sont limogés à gauche et à droite en raison de leur supposée appartenance politique, d'autres sont en train d'être recrutés un peu partout.
Ainsi, ‘’EnQuête’’ a appris de source sûre que dans de nombreuses structures concernées par ces licenciements, les recrutements continuent, malgré la situation difficile des finances publiques. On peut en citer le Port autonome de Dakar où Waly Diouf Bodian procède à des recrutements de profils qui n'ont d'autres mérites que d'appartenir au parti Pastef ; l'AIBD SA qui menace de licencier plus de 500 travailleurs alors qu'au même moment, Cheikh Bamba Dièye recrute de nouveaux agents. La liste est loin d'être exhaustive.
Des directions licencient le jour et recrutent la nuit des agents issus de leur famille politique
Tout le monde peut se rappeler d'ailleurs la gaffe du ministre de la Santé et de l'Action sociale qui avait clairement montré sa préférence pour les gens de Pastef dans les recrutements de son département. “... Mon staff m'est témoin : je fais la part belle aux militants du parti. Quand je reçois un CV, je regarde d’abord si le demandeur d'emploi est un membre ou pas du Pastef, car ma priorité est pour ceux qui sont du Pastef”, assumait-il sans ambages dans une rencontre avec ses militants. Acculé et critiqué de toutes parts, il avait essayé de se rattraper en s'enfonçant. À son avis, “à compétences égales” entre deux candidats, c'est tout à fait normal de privilégier le membre du parti. “Je ne pense pas que cela soit un délit de promouvoir un cadre de Pastef qui est aussi un Sénégalais bien méritant”, ajoutait-il, essayant de montrer que la compétence prime dans toutes les nominations.
Le minimum syndical face à un gouvernement austère
Au-delà des licenciements, les syndicalistes demandent aussi que cessent toutes formes d'injustice. C'est le souhait, en tout cas, formulé par le responsable de la CSA Elimane Diouf. En sus de la question des licenciements abusifs, il invite l'État à prendre les dispositions idoines pour aider les secteurs en difficulté à sortir du gouffre. Monsieur Diouf est revenu sur les maux qui gangrènent des secteurs comme les BTP, la presse, avec des milliers de travailleurs qui sont menacés.
Il s'est dit, en revanche, rassuré par le discours du PM. “Le discours peut être apaisant par rapport à ce qu'on avait l'habitude d'entendre de lui. Il a montré l'ouverture du gouvernement à dialoguer et à trouver des solutions. S'il y a des questions sur lesquelles nous ne nous entendons pas, on constatera le désaccord et chacun prendra ses responsabilités”, avait-il annoncé.
Une chose est sûre : pour les prochains mois, voire les années à venir, les organisations syndicales devront plus s'employer à préserver des acquis qu'à se battre pour l'amélioration des conditions des travailleurs. Ce qui constituerait un minimum syndical face à un État en ajustement structurel. Cheikh Diop le constate avec une belle formule. “Nous ne demandons pas à notre père une maison aux Almadies. Nous lui demandons d'aider à atteindre notre maison de banlieue qui prend feu. La situation du pays, nous en sommes conscients, mais nous voudrions aussi que la situation des travailleurs soit parmi les priorités”, disait-il.
Encore que même là, c'est trop demander. D'après le PM, là, c'est tout le quartier qui est en train de prendre feu et que le père ne saurait s'occuper d'une seule maison. “Ce n'est pas la maison qui brûle, c'est tout le quartier. Vous ne pouvez donc vous occuper que de votre maison en oubliant le reste. Cette conception de moi et de ma maison, il faut qu'on travaille à la dépasser”, rétorque-t-il au syndicaliste.