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5 avril 2025
Diaspora
DEPUIS SA CELLULE, LA VOIX DU MILITANT PRO-PALESTINIEN MAHMOUD KHALIL
Cet homme arrêté sans mandat présenté le 8 mars dernier sur ordre de l'administration Trump, voit dans son incarcération le symbole d'une répression systémique contre les voix critiques de la politique israélienne
(SenePlus) - Mahmoud Khalil, militant pro-palestinien, a fait parvenir une lettre poignante depuis le centre de détention où il est actuellement incarcéré en Louisiane. Dans ce document daté du 18 mars 2025, il dénonce ce qu'il considère comme une détention politique liée à son militantisme en faveur de la Palestine.
"Je suis un prisonnier politique", affirme d'emblée Khalil, qui décrit les conditions difficiles de sa détention et celle d'autres migrants privés de leurs droits fondamentaux. "Justice escapes the contours of this nation's immigration facilities" (La justice échappe aux contours des centres d'immigration de ce pays), écrit-il avec éloquence.
Selon son témoignage, Khalil a été arrêté le 8 mars dernier par des agents du Département de la Sécurité intérieure (DHS) alors qu'il rentrait d'un dîner avec son épouse. Il affirme que les agents n'ont présenté aucun mandat et l'ont menotté avant de le forcer à monter dans une voiture banalisée. Des images de cette arrestation ont depuis été rendues publiques.
"Avant de comprendre ce qui se passait, des agents m'ont menotté et forcé à entrer dans une voiture banalisée. À ce moment-là, ma seule préoccupation était la sécurité de Noor", explique-t-il, faisant référence à son épouse. Il ajoute avoir été maintenu dans l'ignorance des motifs de son arrestation pendant plusieurs heures et avoir dû dormir sur le sol froid, sans couverture malgré ses demandes.
Mahmoud Khalil établit un lien direct entre son arrestation et son engagement militant : "Mon arrestation était une conséquence directe de l'exercice de mon droit à la liberté d'expression alors que je plaidais pour une Palestine libre et la fin du génocide à Gaza."
Né dans un camp de réfugiés palestiniens en Syrie, Khalil appartient à une famille déplacée depuis la Nakba de 1948. Il compare sa situation actuelle à la pratique israélienne de la détention administrative - l'emprisonnement sans procès ni inculpation - utilisée contre les Palestiniens.
Dans sa lettre, Khalil n'hésite pas à mettre en cause son ancienne université. "Columbia m'a ciblé pour mon activisme, créant un nouveau bureau disciplinaire autoritaire pour contourner la procédure régulière et faire taire les étudiants critiquant Israël", écrit-il, citant notamment les présidents Shafik, Armstrong et le doyen Yarhi-Milo comme ayant "préparé le terrain" pour son arrestation.
Il mentionne également l'expulsion ou la suspension d'au moins 22 étudiants de Columbia, dont certains se seraient vu retirer leur diplôme de licence quelques semaines seulement avant l'obtention de leur diplôme.
Le militant voit dans sa détention "un témoignage de la force du mouvement étudiant dans le changement de l'opinion publique en faveur de la libération palestinienne". Il appelle à une mobilisation collective : "Dans les semaines à venir, étudiants, défenseurs et élus doivent s'unir pour défendre le droit de manifester pour la Palestine. Ce ne sont pas seulement nos voix qui sont en jeu, mais les libertés civiles fondamentales de tous."
Khalil, qui attend la naissance de son premier enfant, conclut sa lettre par un souhait personnel : "En sachant pleinement que ce moment transcende ma situation individuelle, j'espère néanmoins être libre pour assister à la naissance de mon premier enfant."
LA SENELEC FREINÉE À BRAZZAVILLE
L'énergéticien sénégalais, qui avait devancé des concurrents internationaux de renom comme Hydro Operation International ou PowerCom, voit sa première grande percée en Afrique centrale compromise par des considérations de politique intérieure congolaise
(SenePlus) - La Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec) vient de voir son expansion internationale brutalement freinée au Congo-Brazzaville. L'énergéticien sénégalais, qui avait remporté un important contrat d'affermage pour la distribution et la commercialisation d'électricité dans ce pays d'Afrique centrale, se retrouve au cœur d'une controverse diplomatico-syndicale.
La Senelec avait réussi un tour de force en s'imposant face à plusieurs concurrents internationaux de renom. Comme le rapporte Jeune Afrique, l'entreprise sénégalaise avait devancé "le Suisse Hydro Operation International, le Chinois Inhemeter, l'Israélien PowerCom ou encore le Libanais Mrad Company for Trade, Industry and Contracting" lors d'un appel d'offres international lancé en mai dernier.
Ce succès, qui marquait une étape cruciale dans la stratégie d'expansion régionale de la Senelec, n'aura été que de courte durée. Selon les informations publiées par l'hebdomadaire panafricain, le Premier ministre congolais Anatole Collinet Makosso a ordonné la suspension du contrat à peine deux semaines après sa signature, cédant aux pressions des syndicats d'Énergie électrique du Congo (E2C).
Le directeur général de la Senelec, Pape Toby Gaye, a reçu une notification officielle du ministre congolais de l'Énergie et de l'Hydraulique, Émile Ouosso, l'informant de cette décision prise "en vue d'optimiser la gestion des relations sociales au sein de la société Énergie électrique du Congo dans un contexte caractérisé par une contestation syndicale".
L'entreprise sénégalaise se retrouve ainsi prise en étau dans un conflit social dont elle n'est pas responsable. D'après JA, une source proche du gouvernement congolais affirme que "le processus de sélection s'est pourtant passé dans la transparence la plus totale" et suggère que "ce qui pose visiblement problème, c'est qu'il s'agit d'une société étrangère".
La Senelec avait pourtant été sélectionnée pour son expertise et ses compétences, conformément aux critères énoncés par le ministre Ouosso lui-même. Interrogé par Jeune Afrique en juin dernier, il avait déclaré : "Le délégataire n'apportera aucun franc. Nous le choisirons en fonction de sa compétence et de son expertise dans le secteur".
Le contrat s'inscrivait dans le cadre d'un ambitieux programme de modernisation du secteur électrique congolais, soutenu par "un accord de prêt de 100 millions de dollars accordé par la Banque mondiale", précise le magazine.
L'espoir n'est pas totalement perdu pour la Senelec. Selon Olivier Mazaba Ntondele, coordonnateur du Projet d'amélioration des services d'électricité (PASEL) et responsable au sein de l'Agence de régulation du secteur de l'électricité (Arsel), cité par le magazine, "le contrat restera suspendu mais il n'est pas résilié".
Le gouvernement congolais a mis en place une commission technique interministérielle chargée de vérifier les conditions de conclusion de l'accord. Les conclusions de cette commission seront déterminantes pour l'avenir de la présence de la Senelec au Congo.
Cette suspension représente néanmoins un coup dur pour l'entreprise sénégalaise qui voyait dans ce contrat une opportunité d'affirmer son expertise au-delà des frontières de l'Afrique de l'Ouest. La Senelec devra patienter avant de savoir si elle pourra finalement apporter son savoir-faire à un secteur électrique congolais en grande difficulté, caractérisé par "d'importantes pertes commerciales qui s'élèvent à plus de 41% en 2023", selon les chiffres rapportés par Jeune Afrique.
PAR Ousseynou Nar GUEYE
TRADUIRE EN ACTES LE NOUVEAU PARADIGME ÉTATIQUE DE PATRIOTISME ÉCONOMIQUE
La récente audience accordée par le ministre Yankhoba Diémé au géant chinois CSCE, qui souhaite "élargir ses réalisations" dans le pays, contraste douloureusement avec les promesses de contenu local faites aux entrepreneurs nationaux du bâtiment
La semaine dernière, à la fin de cette première quinzaine de mars, le magazine panafricain négropolitain «Jeune Afrique», auquel j’ai l’heur de collaborer en qualité d’auteur indépendant de tribunes depuis sept ans, publie un article économique au titre passablement alarmiste (mais, à juste… titre !), sous la plume du journaliste Bilal Mousjid : Pourquoi le Btp a le moral en berne au Sénégal.
En chapeau de cet article fouillé : «Impayés, arrêt des chantiers dans certaines zones, notamment sur le littoral de Dakar, conditions d’octroi des marchés publics… Le secteur du Btp sénégalais peine à sortir la tête de l’eau malgré la forte demande de logements et les nombreux projets d’infrastructures dans le pays.»
Dans cet article de Jeune Afrique, une voix autorisée, l’entrepreneur de second-œuvre de bâtiment Oumar Ndir, élu depuis septembre dernier président du Spebtps, le syndicat patronal du Btp affilié au Conseil National du Patronat Sénégalais, y analyse notamment que «la dette intérieure (Ndlr : estimée à 300 milliards de F Cfa) s’est aggravée depuis 2023, mettant en péril la capacité des entreprises à honorer leurs engagements financiers et sociaux, (compromettant) leur capacité d’investissement, freinant l’embauche et fragilisant l’ensemble de l’écosystème économique.(…) Plus de 10 000 emplois ont été perdus et 20 000 emplois ont été suspendus».
Diantre ! Ceci, pour un secteur stratégique, le Btp, représentant près de 30% des investissements publics de l’Etat sénégalais, plus de 4% du Pib du pays et plus de 200 000 emplois directs.
A cet égard, dans une rencontre récente avec les représentants du Btp sénégalais, en ce mois de mars toujours, le ministre Yankhoba Diémé (portefeuille des Infrastructures et des transports terrestres et aériens) a tôt fait de les rassurer de ce que «leurs «préoccupations en termes forts» ont bien été enregistrées : paiement de la dette intérieure, préférence nationale, contenu local, souveraineté économique […]».
Sans toutefois que ce représentant du gouvernement ne promette de mesures précises.
Or, ne voilà-t-il pas que cette semaine en cours débute, par une information, sur le constructeur chinois Csce (China Construction Engineering Company), reçu par le même ministre Diémé. Csce, considérée comme l’une des quatre plus grandes sociétés chinoises de construction, a, à son actif, la réhabilitation de quatre stades au Sénégal dont trois déjà livrés, et le quatrième (le Stade Léopold Sédar Senghor) qui le sera en avril prochain. Csce, à la suite de cette audience ministérielle, comme dans une audience précédente avec le chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye, déclare par communiqué, «vouloir poursuivre et élargir ses réalisations au Sénégal. (…), à commencer par l’élargissement de la route Kaolack-Tambacounda (280 km) et l’extension de l’Aibd».
L’auteur de ces lignes s’est entretenu à ce sujet avec des acteurs nationaux du secteur de la construction et les a interrogés, et tous considèrent qu’il y a là comme un problème de… dissonance cognitive. Le ministre Diémé, s’il est déjà riche d’une longue et fructueuse carrière politique au sein de Pastef, est également un ancien employé de banque. Ce qui présume plutôt favorablement de sa capacité de compréhension des attentes des acteurs économiques nationaux. Ces acteurs ne réclament pas moins que des mesures politiques fortes soient prises au sommet de l’Etat pour encadrer et réguler «la concurrence étrangère».
Leurs arguments pour expliquer, justifier et défendre cela, peuvent s’entendre. Cette concurrence étrangère a eu la part du lion depuis 25 ans. Tant qu’il s’est agi de grands travaux effectués sur financement par des dons de pays bailleurs, il a pu se comprendre que lesdits pays «exigent» que la commande des travaux et des intrants soit faite auprès des entrepreneurs de leurs pays respectifs. Toutefois, depuis quinze années au moins, les grands travaux structurants dans le Btp ont été effectués avec des financements sous forme d’emprunts lourds de l’Etat sénégalais (pour la construction de l’Aibd, de routes nationales et de ponts dans l’Hinterland, d’autoroutes à péage, de barrages hydro-électriques…). Des emprunts à rembourser par nos compatriotes contemporains et par les générations futures. «Qui paie, commande.» Cela ne se justifie donc pas - (ou plus !) - que la commande publique n’aille pas prioritairement aux opérateurs sénégalais du Btp, qui «ont beaucoup souffert d’être écartés systématiquement» des grands travaux durant les deux mandats du président Macky Sall, au profit d’entreprises du Btp étrangères : turques indiennes, chinoises…
L’espoir est revenu. Aussi, nos constructeurs nationaux n’ont de cesse de s’étonner du fait qu’à l’heure de la souveraineté économique et du patriotisme économique fortement proclamés par nos nouveaux dirigeants, on entende encore des entreprises étrangères du Btp réclamer la plus grosse part des marchés publics et vouloir ne leur laisser que la portion congrue. A une ère où les Usa se ferment aux biens manufacturiers étrangers, où la Chine n’ouvre ses frontières à aucun acteur économique grand ou moyen… : apprenons des leaders économiques de ce monde !
Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que donner un franc Cfa à une société à capitaux majoritairement étrangers et à personnels fortement composés d’expatriés (pesant le plus lourd dans la masse salariale de ces sociétés), c’est… «exporter nos emplois». Au nom de quoi ? Peut-être pour «faire faire rapidement» et «inaugurer tout aussi rapidement» ? Sous pression des bailleurs multilatéraux ? Sous pression (fictive !) de l’opinion publique nationale ? Il serait malvenu, en tous les cas, que l’on persiste en haut lieu à privilégier des entrepreneurs étrangers.
Et c’est là le lieu de souligner que ce n’est pourtant pas l’expertise nationale qui manque. Il y a des champions nationaux du Btp, et il faut œuvrer à faire émerger plus de champions nationaux encore. Toute autre vison est du court-termisme. Inspirons-nous donc, en cela, de pays africains géographiquement et socio-culturellement proches, comme le Maroc ! Le Maroc a su faire émerger ses champions nationaux du Btp, et même dans d’autres filières, comme la fabrication d’automobiles et la construction ferroviaire.
Nos rares (trois ?) champions nationaux du Btp que sont la Cse, la Cde et Eiffage ont une expertise reconnue, non seulement au Sénégal, mais aussi dans la sous-région ouest-africaine, et jusque dans la Cemac francophone d’Afrique centrale. Ce trio est aussi la locomotive de plusieurs entreprises sénégalaises de second-œuvre de bâtiment auxquelles elles sous-traitent avec réussite les travaux d’électricité, d’étanchéité, de climatisation, d’ascenseurs, etc. Il y a là tout un écosystème sénégalais du Btp, du secteur national de la construction et du second-œuvre de bâtiment, à préserver et à promouvoir. Ici et en dehors de nos proches frontières, au sein des espaces économiques dont nous sommes membres et dans lesquels les entreprises sénégalaises ont vocation naturelle à se mouvoir, y compris comme leaders (Uemoa, Cedeao, Omvs, Omvg, et pourquoi pas, Zlecaf…).
Dans la haute Administration sénégalaise, il y a des technocrates à hautes responsabilités qui en sont d’accord, conseillent en ce sens et pensent que «les choses doivent et vont changer» : en effet, contre toute logique développementale, il n’est pas possible que nos nouvelles autorités emboîtent le pas des «douze années bétonnières» de Macky Sall ; qu’elles semblent persister à faire peu de cas du Btp sénégalais et fassent systématiquement recours aux entreprises à capitaux étrangers et à implantation extravertie, pour la réalisation de nos grands travaux. Ce serait un paradoxe difficile, voire impossible à défendre, pour et par un régime politique qui se targue d’être patriote, y compris en matière d’investissements publics.
Dans le nouvel Etat pétrolier et gazier qu’est le Sénégal, de forts engagements étatiques ont été pris avant lui, puis réaffirmés par le président Diomaye, en faveur d’une politique de «contenu local», à hauteur de 70% des dépenses effectuées dans les filières gazière et pétrolière ; 70% de ces dépenses devant être effectuées auprès d’entrepreneurs nationaux. Eh bien, faisons-en autant pour des chaînes de valeur plus traditionnelles, mais tout aussi structurantes : et le Btp est, sans conteste, un de ces secteurs stratégiques.
Et le Btp sénégalais prouve le mouvement en marchant («to walk the talk») : ses deux syndicats patronaux les plus en vue se sont engagés pour la mise en place d’un consortium, réunissant aussi les promoteurs immobiliers et les banques, pour construire 300 000 des 500 000 logements sociaux dont a besoin l’Etat sénégalais sur les dix prochaines années, en en respectant la territorialisation spatiale prévue.
Il n’est pire (Etat) sourd que celui qui ne veut entendre ? Mais, encore faut-il que les principaux «dépositaires d’enjeux» (pour tenter une traduction personnelle de l’anglais «stakeholders») parlent à haute et intelligible voix à cet Etat (sénégalais). Et ne cessent de lui murmurer à l’oreille. Nous en prenons de plus en plus le chemin. Désormais, il apparait que notre Btp entend faire savoir qu’il refuse -(et aidons-les à la réfuter)- la «fausse vérité tacite» selon laquelle «donner du travail aux entreprises nationales n’est pas une priorité». Eh bien si, c’est même une surpriorité. Ces entreprises nationales redistribuent localement de la richesse et empêchent les gens de prendre les pirogues.
Il y a là comme un nouvel état d’esprit, la forte émergence et l’enracinement d’une mentalité de conquérants, des préalables qui font les champions économiques nationaux. En effet, on n’avait pas souvenance d’une forte activité de plaidoyer public des syndicats patronaux du Btp, depuis plusieurs années. Qu’ils le fassent aujourd’hui, et ce depuis plusieurs mois, cela est plutôt une bonne nouvelle. Bien nommer quelque chose, c’est déjà le réaliser à moitié.
Ousseynou Nar Gueye est Associé-Gérant d'Axes & Cibles Com
Dominique de Villepin dénonce un "impérialisme hybride" qui menace les démocraties occidentales. Entre trumpisme et poutinisme, il dessine les contours d'une nouvelle guerre froide idéologique
(SenePlus) - Dans une conférence prononcée le 5 mars 2025 à l'amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a livré une analyse incisive de la situation géopolitique mondiale, mettant en garde contre ce qu'il nomme un "impérialisme hybride".
Face à un auditoire attentif, de Villepin a placé son intervention sous l'égide de trois figures tutélaires : Paul Sellan, Albert Camus et le Sapeur Camembert, pour appeler à la hauteur républicaine, à l'esprit de mesure et à la lucidité face à l'accélération inquiétante de l'Histoire.
Pour l'ancien chef du gouvernement, le monde fait face à un phénomène qui dépasse la simple personne de Donald Trump : "Nous sommes entrés dans une phase marquée par ce que j'appellerais un impérialisme hybride", a-t-il affirmé, décrivant un projet visant à faire des Européens "des vassaux politiques, des colonies numériques et des régimes frères comme jadis en Europe de l'Est".
De Villepin identifie dans cette dynamique une convergence entre le projet trumpiste américain et celui de Vladimir Poutine, tous deux cherchant à "écraser la démocratie libérale". Ce mouvement se caractérise selon lui par "un refus fanatique de toute limite" - qu'elles soient climatiques, géopolitiques ou constitutionnelles.
L'ancien ministre des Affaires étrangères met en garde contre l'engrenage de la violence qui s'auto-alimente par la fascination, l'exaltation de la virilité et la promesse illusoire d'une réparation des torts. "La logique de la préférence nationale est un ticket sans retour", a-t-il averti.
Face à ces menaces, de Villepin propose trois atouts pour résister : la confiance en nos valeurs républicaines, la ruse stratégique pour éviter l'affrontement direct, et la capacité à se métamorphoser comme les démocraties l'ont fait face aux crises précédentes.
"Nous perdrons des combats, nous devrons faire dans les prochains mois, les prochaines années, des sacrifices douloureux", a reconnu l'ancien Premier ministre, avant de conclure par un appel vibrant à la jeunesse : "Il vous reviendra à vous, la jeunesse de notre pays, de porter le flambeau républicain [...] pour défendre une certaine idée de la France."
LE FMI MÈNE SA CONTRE-EXPERTISE
Une délégation du Fonds s'est rendue à Dakar ce mardi pour évoquer la préparation du misreporting. Alors que les autorités sénégalaises sont en quête de liquidités, l'institution pourrait décider d'une dérogation pour valider un nouveau programme en avril
(SenePlus) - Une délégation du Fonds Monétaire International (FMI) s'est rendue à Dakar ce mardi 18 mars pour analyser en profondeur les résultats de l'audit des finances publiques réalisé sous la présidence de Macky Sall. Cette visite, qui intervient quelques semaines après la publication du rapport de la Cour des comptes, pourrait avoir des conséquences majeures sur l'avenir économique du pays.
Comme le rapporte Jeune Afrique, la délégation était dirigée par Eddy Gemayel, chef de division du FMI, accompagné de Majdi Debbich, représentant du FMI pour le Sénégal. Les deux responsables ont rencontré le ministre de l'Économie, Abdourahmane Sarr, et son homologue des Finances et du Budget, Cheikh Diba.
"L'audit a été examiné par le département juridique et fiscal du FMI", expliquait un porte-parole du Fonds à Jeune Afrique à la veille de cette visite. "Il s'agit de discuter du contenu de ce rapport, et nous allons adresser nos commentaires et observations au ministre des Finances."
Selon les informations communiquées par le ministère de l'Économie, l'entretien portait sur "la préparation du misreporting [le rapport initial sur les finances publiques du Sénégal, objet de l'audit], perspective d'un nouveau programme économique et financier avec le Sénégal". Une source sénégalaise proche du dossier a confié à JA qu'"une nouvelle mission devrait être dépêchée au Sénégal avant le conseil d'administration du FMI en juin".
Le rapport de la Cour des comptes, publié le 12 février dernier, a révélé des divergences alarmantes concernant la dette publique sénégalaise. Les comptes initialement arrêtés à fin décembre 2023 avaient évalué cette dette à seulement 25% du PIB, soit environ 4 700 milliards de francs CFA. Or, l'audit établit que la dette réelle avoisine les 100% du PIB, alors qu'elle s'élevait à 54,71% en 2018.
Cette différence majeure avait déjà été signalée en septembre dernier par le Premier ministre Ousmane Sonko, qui avait publiquement accusé son prédécesseur Macky Sall d'avoir "menti" aux Sénégalais et aux partenaires financiers du pays concernant l'état économique réel du Sénégal.
Le FMI porte une attention particulière à ce dossier, d'autant plus que l'institution a suspendu le précédent programme signé en juin 2023 sous la présidence de Macky Sall. D'après les informations du magazine panafricain, sur un montant total d'1,8 milliard de dollars, le FMI avait déjà versé 770,5 millions de dollars avant d'interrompre le programme.
"Nous n'en sommes pas à l'étape de remettre en doute l'audit de la Cour des comptes. Le processus d'examen dans lequel nous sommes engagés s'applique à tous les pays surtout lorsqu'il s'agit de dossiers sensibles comme celui du Sénégal", a précisé un porte-parole du FMI à Jeune Afrique.
Le taux d'endettement du Sénégal constitue une préoccupation majeure pour l'institution financière internationale. Selon JA, avant même la publication de l'audit, le FMI avait interrogé la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) pour obtenir des assurances concernant l'état des finances publiques du pays.
Les autorités sénégalaises, en quête de liquidités, attendent avec impatience les conclusions du FMI. "Une fois que nous aurons terminé l'examen du dossier, nous ferons un retour à notre conseil d'administration qui statuera. Il décidera si les conclusions de l'équipe pays et les arguments du directeur exécutif représentant le Sénégal permettent d'ouvrir un nouveau programme", a expliqué un porte-parole du FMI au site d'information.
Une solution pourrait toutefois se dessiner rapidement. Comme le note Jeune Afrique, le Fonds pourrait décider d'accorder une dérogation pour valider le programme de 2025 dans les meilleurs délais. Cette option est soutenue par les partenaires diplomatiques du Sénégal, qui espèrent une décision de décaissement d'ici fin avril.
LE DOGE DE MUSK JUGÉ ANTICONSTITUTIONNEL
Dans une décision rendue ce mardi, le juge fédéral Theodore D. Chuang a estimé que la structure supervisée par le milliardaire avait probablement agi illégalement en orchestrant la fermeture de l'USAID sans nomination officielle au gouvernement
(SenePlus) - Selon des informations rapportées par le New York Times, un juge fédéral américain a déterminé mardi que les efforts d'Elon Musk et de son équipe pour fermer définitivement l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) ont "probablement violé la Constitution de multiples façons" et privé le Congrès de son autorité de superviser la dissolution d'une agence qu'il avait créée.
La décision du juge Theodore D. Chuang, du tribunal de district des États-Unis pour le district du Maryland, semble être la première fois qu'un juge agit pour limiter directement les pouvoirs d'Elon Musk et de son Département de l'efficacité gouvernementale (DOGE). Cette décision repose sur le constat que "M. Musk a agi en tant qu'officier des États-Unis sans être correctement nommé à ce rôle par le président Trump", comme l'indique le jugement.
Le juge Chuang a écrit qu'un groupe d'employés anonymes de l'aide internationale qui avaient intenté une action en justice pour arrêter la démolition de l'USAID et de ses programmes "étaient susceptibles d'obtenir gain de cause dans le procès". Il a reconnu leur argument selon lequel "la prise de pouvoir rapide de M. Musk sur les agences exécutives violait probablement la clause de nomination de la Constitution".
Dans cette décision qui représente un revers significatif pour le milliardaire devenu conseiller présidentiel, le magistrat a également ordonné que les opérations de l'agence soient partiellement restaurées, bien que ce répit soit "probablement temporaire". Il a notamment enjoint l'équipe de Musk à "rétablir l'accès aux courriels pour tous les employés actuels de l'USAID, y compris ceux en congé payé". Le juge a également ordonné qu'ils "soumettent un plan permettant aux employés de réoccuper un bureau fédéral dont ils ont été expulsés le mois dernier", et il a interdit à l'équipe de Musk "d'entreprendre tout autre travail lié à la fermeture de l'USAID".
Le New York Times souligne toutefois que "étant donné qu'une grande partie du personnel et des contrats de l'agence ont déjà été résiliés, l'effet immédiat de la décision du juge n'est pas clair". Seule "une équipe squelettique de travailleurs est encore employée par l'agence".
Si l'ordonnance interdit à Elon Musk d'interférer personnellement avec l'agence, elle suggère néanmoins que lui ou d'autres pourraient continuer à le faire après avoir reçu "l'autorisation expresse d'un responsable de l'USAID ayant l'autorité légale de prendre ou d'approuver l'action". Dès le 3 février, le secrétaire d'État Marco Rubio avait déclaré avoir "pris le contrôle de l'agence et ordonné diverses coupes de sa propre autorité". Le juge a noté que M. Rubio pourrait déclarer son intention de fermer définitivement le siège de l'agence dans les 14 jours suivant son ordonnance, et les bureaux resteraient fermés.
Cependant, la conclusion que M. Musk avait personnellement et illégalement supervisé le démantèlement de l'agence constitue "un rejet ferme de l'autorité de son opération". Dans cette ordonnance au libellé sévère, le juge Chuang a averti que "toute violation de ses exigences pourrait entraîner une condamnation pour outrage à l'encontre de M. Musk ou des membres de son équipe".
D'après le quotidien new-yorkais, les avocats représentant le gouvernement avaient précédemment soutenu que "le Département de l'efficacité gouvernementale, ou le U.S. DOGE Service, n'était en fait pas dirigé par M. Musk et servait uniquement à titre consultatif". Ils affirmaient que "M. Musk n'avait aucune autorité pour prendre des décisions de son propre chef".
Le juge Chuang semble avoir "totalement rejeté ces affirmations", notant que M. Musk avait "ciblé et célébré des actions visant à réduire drastiquement l'USAID, y compris le licenciement d'une grande majorité de ses travailleurs et l'annulation d'environ 90% de ses contrats et subventions".
"Le DOGE a pris de nombreuses mesures sans aucune approbation préalable apparente par la direction de l'agence", a écrit le juge, énumérant une liste d'autres exemples au ministère de l'Éducation, aux Instituts nationaux de la santé et au ministère de l'Énergie, où les associés de M. Musk ont apparemment recommandé des coupes de leur propre chef.
"Pris ensemble, ces faits soutiennent la conclusion que l'USAID a été effectivement éliminée", a conclu le magistrat dans sa décision, qui représente le premier frein judiciaire imposé aux activités controversées d'Elon Musk dans l'administration Trump.
L'HUMANITÉ FACE À L'IMMINENCE DE L'IA SUPÉRIEURE
Les modèles actuels, qui triomphent déjà aux Olympiades de mathématiques et rédigent l'essentiel du code de nombreuses startups, ne sont que les précurseurs d'une vague bien plus puissante
(SenePlus) - À l'heure où les systèmes d'intelligence artificielle battent déjà les humains dans plusieurs domaines, un journaliste du New York Times tire la sonnette d'alarme : nous ne sommes pas prêts pour l'avènement imminent de l'Intelligence Artificielle Générale (IAG). Cette technologie révolutionnaire, capable d'effectuer "presque toutes les tâches cognitives humaines", pourrait apparaître dès cette année ou d'ici 2027.
Le constat le plus troublant que dresse le journaliste du New York Times est que "les personnes les plus proches de la technologie - les employés et dirigeants des principaux laboratoires d'IA - ont tendance à être les plus préoccupés par la rapidité de son amélioration." Une situation qu'il qualifie d'inhabituelle par rapport à l'émergence d'autres technologies.
"Sam Altman, PDG d'OpenAI, a écrit que 'les systèmes qui commencent à pointer vers l'IAG se profilent à l'horizon'," rapporte l'article. Dans la même veine, "Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind, a déclaré que l'IAG est probablement 'à trois à cinq ans'."
Plus frappant encore, Dario Amodei, dirigeant d'Anthropic, a confié au journaliste qu'il croyait que "dans un an ou deux, nous aurions 'un très grand nombre de systèmes d'IA beaucoup plus intelligents que les humains dans presque tous les domaines'."
Ces prédictions ne viennent pas seulement des entreprises qui pourraient avoir intérêt à alimenter l'engouement. L'article mentionne également que "de nombreux experts indépendants - dont Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, deux des chercheurs en IA les plus influents au monde, et Ben Buchanan, qui était le principal expert en IA de l'administration Biden - disent des choses similaires."
L'auteur s'appuie également sur les progrès techniques récents pour justifier ses préoccupations. "En 2022, lorsqu'OpenAI a lancé ChatGPT, les principaux modèles d'IA avaient du mal avec l'arithmétique de base, échouaient fréquemment à résoudre des problèmes de raisonnement complexes et 'hallucinaient' souvent," rappelle-t-il.
La situation a radicalement changé. "Aujourd'hui, les modèles d'IA sont bien meilleurs. Désormais, des modèles spécialisés obtiennent des scores de niveau médaille aux Olympiades internationales de mathématiques, et les modèles à usage général sont devenus si bons pour résoudre des problèmes complexes que nous avons dû créer de nouveaux tests plus difficiles pour mesurer leurs capacités."
Ces avancées sont particulièrement visibles dans le domaine de la programmation informatique. Jared Friedman, partenaire de l'accélérateur de startups Y Combinator, a récemment affirmé qu'"un quart de la cohorte actuelle de startups de l'accélérateur utilisait l'IA pour écrire presque tout leur code." Il précise : "Il y a un an, ils auraient construit leur produit à partir de zéro - mais maintenant, 95 % est construit par une IA."
Face à ces développements rapides, le journaliste du New York Times plaide pour une préparation anticipée, même si les délais prévus devaient s'allonger. "Même si l'IAG arrive une décennie plus tard que je ne l'attends - en 2036, plutôt qu'en 2026 - je crois que nous devrions commencer à nous y préparer maintenant," écrit-il.
Il évoque plusieurs mesures préventives : "moderniser notre infrastructure énergétique, renforcer nos défenses de cybersécurité, accélérer le processus d'approbation des médicaments conçus par l'IA, rédiger des réglementations pour prévenir les préjudices les plus graves causés par l'IA, enseigner la littératie en IA dans les écoles et donner la priorité au développement social et émotionnel plutôt qu'aux compétences techniques bientôt obsolètes."
Le risque majeur, selon l'auteur, n'est pas la surréaction, mais bien l'inaction : "Un risque plus important, je pense, est que la plupart des gens ne réaliseront pas que l'IA puissante est là jusqu'à ce qu'elle les regarde en face - éliminant leur emploi, les piégeant dans une arnaque, leur nuisant ou nuisant à quelqu'un qu'ils aiment."
L'article conclut sur une note d'urgence : "Si nous sommes dans le déni - ou si nous ne faisons tout simplement pas attention - nous pourrions perdre la chance de façonner cette technologie au moment où cela compte le plus." Un avertissement qui résonne d'autant plus fort que les sommes investies dans ce domaine se chiffrent en "centaines de milliards de dollars", rendant peu probable un ralentissement volontaire de la part des entreprises leaders du secteur.
LES DEUX VIES DE MACKY SALL
Entre ses nouvelles fonctions au sein du prestigieux think tank Atlantic Council et les ambitions qu'on lui prête pour le secrétariat général des Nations Unies, l'ancien chef d'État semble vouloir tourner la page de la politique sénégalaise
(SenePlus) - L'ancien président Macky Sall semble avoir entamé une nouvelle étape de sa vie, partagée entre ses activités de consultant au Maroc et les remous politiques qui agitent son pays natal. Selon un récent article de Jeune Afrique, l'ancien chef d'État cherche à prendre ses distances avec la scène politique sénégalaise, tout en conservant son influence sur son parti, l'Alliance pour la République (APR).
Depuis son départ du pouvoir après l'élection présidentielle de mars 2024, Macky Sall a choisi de s'installer à Marrakech, au Maroc. Il y a lancé en novembre 2024 son cabinet de conseil, Semo Holding. Parallèlement, il a rejoint le conseil consultatif de l'Atlantic Council, un think tank américain spécialisé dans les relations internationales. D'après Jeune Afrique, "certains de ses proches le verraient bien, à terme, décrocher le poste de secrétaire général des Nations unies", bien que sa décision controversée de reporter l'élection présidentielle en février 2024 ait pu ternir son image internationale.
Pour ses activités, Macky Sall continue de s'appuyer sur son ancien premier conseiller diplomatique, Oumar Demba Ba, qui l'accompagne lors de ses déplacements et coordonne les activités de sa fondation dédiée aux questions de paix et de développement.
Le séjour prolongé de l'ancien président au Maroc alimente les spéculations au Sénégal. Selon Jeune Afrique, la publication en février d'un rapport de la Cour des comptes mettant en cause sa gestion des finances publiques a ravivé les tensions. Le document affirme que "Macky Sall et son administration auraient minimisé l'ampleur de la dette et du déficit à travers une série de pratiques opaques".
Les déclarations du porte-parole du gouvernement, Moustapha Ndjekk Sarré, ont particulièrement attisé la polémique. Jeune Afrique rapporte qu'il a déclaré le 28 février qu'il était "inévitable" que Macky Sall finisse par faire "face à la justice", allant jusqu'à le qualifier de "chef de gang qui a commis des actes criminels", avant de revenir sur ses propos face à l'ampleur de la controverse.
Face à ces accusations, l'ancien président s'est défendu lors d'un entretien avec Jeune Afrique à Johannesburg, qualifiant de "ridicules" les accusations portées contre lui. "Je n'ai peur de rien. Rien ne m'empêche d'aller au Sénégal et je n'exclus pas d'y retourner", a-t-il affirmé.
En l'absence physique de son leader, l'Alliance pour la République traverse une période difficile. "Macky Sall veut s'éloigner de toutes ces affaires. Mais il demeure à la tête d'un parti qui traverse une crise de leadership", confie à JA l'un de ses intimes.
Le magazine panafricain révèle que la formation politique peine à se remettre de sa défaite électorale. Plusieurs cadres ont quitté le pays après la présidentielle, et certains font face à des poursuites judiciaires. C'est notamment le cas de l'homme d'affaires Farba Ngom, "proche de Macky Sall qui a été placé sous mandat de dépôt début mars", ou encore de l'ancien ministre Lat Diop, "qui se trouve lui aussi derrière les barreaux".
Plus récemment, Mansour Faye, ancien ministre et beau-frère de l'ex-président, a été empêché de quitter le territoire, suscitant l'indignation de l'ancienne première dame. "Ce qu'il s'est passé est un abus de pouvoir. Mon grand frère n'a rien fait. Depuis neuf mois, ils le traquent, mais ils n'ont rien trouvé. Nous allons faire face", a réagi Marième Faye Sall sur les ondes de la radio RFM, selon Jeune Afrique.
Comment fonctionne l'APR en l'absence de son fondateur ? "Le parti se gère de manière collégiale. Les réunions sont présidées à tour de rôle par les ténors de la formation politique", explique à Jeune Afrique le député Abdou Mbow. D'après le magazine, c'est d'abord l'ancien président de l'Assemblée nationale, Amadou Mame Diop, qui s'en est chargé, avant de céder sa place à Sidiki Kaba, dernier Premier ministre de l'ère Macky Sall.
Ce dernier présenterait "l'avantage d'être moins clivant que Mahmoud Saleh", un ancien directeur de cabinet politique que Macky Sall avait initialement envisagé pour réorganiser le parti.
Malgré cette distance géographique, l'ancien président continuerait à exercer son autorité sur son parti. "Macky Sall reste le chef, et pilote de loin. C'est lui qui donne les grandes lignes et les orientations de ces réunions", affirme à Jeune Afrique un responsable de l'APR.
L'un des objectifs principaux du parti est désormais de "resserrer les rangs et trouver de nouvelles recrues", notamment en s'ouvrant aux voix critiques envers le régime actuel. "Nous sommes très attentifs à ce qui se passe sur la scène politique et aux voix qui émergent contre Pastef", conclut Pape Malick Ndour, ancien ministre de Macky Sall, dans les colonnes de Jeune Afrique.
L'ESCLAVAGE MODERNE EN ARABIE SAOUDITE
Le royaume saoudien est devenu le cimetière des rêves de milliers d'Africaines, victimes d'exploitation qui enrichit les élites des deux continents. Le New York Times lève le voile sur ce système qui traite les femmes africaines comme des marchandises
(SenePlus) - Un système cynique de trafic humain prospère entre l'Afrique de l'Est et l'Arabie saoudite, entraînant la mort de centaines de femmes parties travailler comme domestiques. Une récente enquête du New York Times révèle que ce commerce lucratif et mortel est soutenu par des personnalités influentes des deux côtés.
À l'aéroport international de Nairobi, chaque jour, des dizaines de Kényanes s'apprêtent à s'envoler vers l'Arabie saoudite. Pleines d'espoir, elles se prennent en selfie, discutant de la façon dont elles dépenseront l'argent gagné dans leur nouveau travail. Comme le rapporte le NYT, ces femmes sont attirées par une promesse alléchante : "Passez deux ans en Arabie saoudite comme femme de ménage ou nounou, et vous pourrez gagner assez pour construire une maison, éduquer vos enfants et économiser pour l'avenir."
Mais cette promesse se heurte souvent à une réalité brutale. "Tandis que le terminal de départ bourdonne d'anticipation, la zone des arrivées est l'endroit où l'espoir rencontre la dure réalité," écrit le quotidien américain. "Des femmes aux joues creuses reviennent, souvent écrasées par des salaires impayés, des coups, la famine et des agressions sexuelles. Certaines sont ruinées. D'autres sont dans des cercueils."
Les chiffres sont alarmants : au moins 274 travailleurs kényans, principalement des femmes, sont morts en Arabie saoudite au cours des cinq dernières années. "Un chiffre extraordinaire pour une main-d'œuvre jeune effectuant des emplois qui, dans la plupart des pays, sont considérés comme extrêmement sûrs," souligne le New York Times. Rien que l'année dernière, au moins 55 travailleurs kényans sont décédés, soit deux fois plus que l'année précédente.
Des autopsies douteuses et des politiciens impliqués
Les rapports d'autopsie sont souvent vagues et contradictoires. Le New York Times indique qu'ils "décrivent des femmes présentant des signes de traumatismes, y compris des brûlures et des chocs électriques, tous étiquetés comme morts naturelles." Pour une femme, la cause du décès était simplement indiquée comme "mort cérébrale".
L'enquête du journal américain révèle un système profondément corrompu où les personnes censées protéger ces femmes sont souvent celles qui profitent de leur exploitation. Fabian Kyule Muli, vice-président du comité du travail à l'Assemblée nationale du Kenya, est aussi propriétaire d'une agence de recrutement qui envoie des femmes en Arabie saoudite.
Une de ces femmes, Margaret Mutheu Mueni, a raconté au quotidien new-yorkais que son patron saoudien avait saisi son passeport, déclaré qu'il l'avait "achetée" et lui refusait fréquemment de la nourriture. Lorsqu'elle a appelé l'agence pour demander de l'aide, un représentant de l'entreprise lui a répondu : "Vous pouvez traverser la mer Rouge à la nage et retourner au Kenya par vous-même."
Le mois dernier, quatre Ougandaises en uniforme de domestique ont envoyé une vidéo d'appel à l'aide à une organisation humanitaire, affirmant qu'elles étaient détenues depuis six mois en Arabie saoudite. "Nous sommes épuisées d'être retenues contre notre volonté," a déclaré l'une des femmes. L'entreprise qui l'a envoyée à l'étranger appartient à Sedrack Nzaire, un responsable du parti au pouvoir en Ouganda, identifié dans les médias ougandais comme le frère du président Yoweri Museveni.
Un réseau d'influence des deux côtés de la mer Rouge
Au Kenya et en Ouganda, les propriétaires d'agences de recrutement comprennent des politiciens influents et leurs proches. Le président kényan William Ruto affirme vouloir envoyer jusqu'à un demi-million de travailleurs en Arabie saoudite dans les années à venir. L'un de ses principaux conseillers, Moses Kuria, a possédé une agence de recrutement, et son frère, un politicien au niveau du comté, en possède toujours une.
Le porte-parole de M. Ruto, Hussein Mohamed, a déclaré que "la migration de main-d'œuvre profitait à l'économie" et que le gouvernement prenait des mesures pour protéger les travailleurs, notamment en éliminant les sociétés de recrutement non autorisées.
En Ouganda, les propriétaires d'entreprises de recrutement incluent un haut responsable de la police récemment retraité et le général de division Leopold Kyanda, ancien attaché militaire aux États-Unis.
Côté saoudien, les agences de recrutement sont également bien connectées. "Des descendants du roi Fayçal figurent parmi les principaux actionnaires de deux des plus grandes agences," rapporte le New York Times. Un directeur d'un conseil gouvernemental saoudien des droits de l'homme occupe le poste de vice-président d'une importante agence de recrutement, tout comme un ancien ministre de l'Intérieur, un responsable du ministère de l'Investissement et plusieurs conseillers gouvernementaux.
Des récits glaçants de violences et d'abus
Les témoignages recueillis par le New York Times dressent un tableau effroyable. Une employée de maison kényane, Eunice Achieng, a appelé chez elle en panique en 2022, disant que son patron avait menacé de la tuer et de la jeter dans un réservoir d'eau. "Elle criait 'S'il vous plaît, venez me sauver !'" se souvient sa mère. Peu après, Mme Achieng a été retrouvée morte dans un réservoir d'eau sur un toit. Les autorités sanitaires saoudiennes ont déclaré que son corps était trop décomposé pour déterminer comment elle était morte, et la police saoudienne a qualifié son décès de "mort naturelle".
Une jeune mère a sauté d'un toit au troisième étage pour échapper à un employeur abusif, se brisant le dos. Une autre a raconté que son patron l'avait violée puis renvoyée chez elle enceinte et sans le sou.
En Ouganda, Isiko Moses Waiswa a raconté que lorsqu'il a appris que sa femme était morte en Arabie saoudite, son employeur lui a donné le choix : son corps ou ses 2 800 dollars de salaire. "Je lui ai dit que, que vous m'envoyiez l'argent ou non, moi, je veux le corps de ma femme," a déclaré M. Waiswa. L'autopsie saoudienne a révélé que sa femme, Aisha Meeme, était émaciée, présentait de nombreuses contusions, trois côtes cassées et ce qui semblait être de graves brûlures d'électrocution à l'oreille, à la main et aux pieds. Les autorités saoudiennes ont déclaré qu'elle était morte de causes naturelles.
Environ un demi-million de travailleurs kényans et ougandais se trouvent aujourd'hui en Arabie saoudite, selon le gouvernement saoudien. La plupart sont des femmes qui cuisinent, nettoient ou s'occupent d'enfants.
Le New York Times a interviewé plus de 90 travailleurs et membres de familles de personnes décédées, découvrant que ce système traite les femmes comme des biens ménagers — achetées, vendues et jetées. "Certains sites web d'entreprises ont un bouton 'ajouter au panier' à côté des photos des travailleuses. L'un d'eux fait la publicité de 'bonnes kényanes à vendre'," rapporte le journal.
Un porte-parole du ministère saoudien des Ressources humaines a déclaré que des mesures avaient été prises pour protéger les travailleurs. "Toute forme d'exploitation ou d'abus de travailleurs domestiques est totalement inacceptable, et les allégations de tels comportements font l'objet d'enquêtes approfondies," a écrit le porte-parole, Mike Goldstein.
Cependant, Milton Turyasiima, commissaire adjoint au ministère ougandais du Genre, du Travail et du Développement social, a déclaré que les abus restaient omniprésents. "Nous recevons des plaintes quotidiennement," a-t-il affirmé.
Des accords bilatéraux insuffisants
L'enquête révèle que les gouvernements kényan et ougandais ont ignoré les avertissements concernant les abus et ont signé des accords avec l'Arabie saoudite qui manquaient de protections que d'autres pays avaient exigées.
L'accord des Philippines en 2012, par exemple, garantissait un salaire minimum mensuel de 400 dollars, l'accès à des comptes bancaires et la promesse que les passeports des travailleurs ne seraient pas confisqués. Le Kenya a initialement demandé des salaires similaires, selon un rapport gouvernemental, mais lorsque l'Arabie saoudite a refusé, le pays a accepté en 2015 un accord sans aucun salaire minimum.
Le traité ne contenait guère plus qu'une promesse d'établir un comité pour surveiller les questions de travail. "La commission n'a jamais été formée," indique un rapport gouvernemental.
Quand l'Ouganda a conclu son accord avec le gouvernement saoudien, aucune mention n'a été faite d'un salaire minimum, malgré les discussions sur les mauvais traitements infligés aux travailleurs.
En 2021, un comité du Sénat kényan a constaté des "conditions qui se détériorent" en Arabie saoudite et une "augmentation des appels de détresse de ceux qui allèguent torture et mauvais traitements." Le comité a recommandé de suspendre les transferts de travailleurs. Pourtant, lorsque William Ruto a été élu président en 2022, la campagne pour envoyer des travailleurs à l'étranger s'est intensifiée.
"C'est un cycle d'abus que personne ne traite," a déclaré Stephanie Marigu, une avocate kényane qui représente des travailleurs.
Maintenant, quelques fois par mois, des Kényans des zones rurales se rendent à Nairobi pour récupérer un cercueil à l'aéroport. Comme celui de Millicent Moraa Obwocha, 24 ans, dont les funérailles ont rassemblé des centaines de personnes en septembre dernier. Elle avait laissé derrière elle son mari et son jeune fils quelques mois plus tôt. Selon son mari, son employeur l'avait harcelée et agressée sexuellement. La situation était devenue si grave l'été dernier qu'elle avait demandé à son recruteur saoudien de la secourir. Quelques jours plus tard, son mari a appris qu'elle était morte. Le gouvernement kényan a attribué son décès à des "problèmes nerveux".
À ses funérailles, le corps de Mme Obwocha reposait dans un cercueil ouvert, vêtu d'une robe et d'un voile blancs. À côté d'elle se trouvait une photo de deux mètres de haut. On la voit sourire, les doigts levés en V, devant l'aéroport, débordante d'optimisme.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
KEN BUGUL OU LA CONSCIENCE DE LA RENAISSANCE
EXCLUSIF SENEPLUS - Par sa puissance littéraire, l'auteure de La Folie et la Mort nous oblige à raisonner sur nous-mêmes pour construire le chemin de la Renaissance. C’est un roman captivant par sa forme et par son propos
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La Folie et la Mort de Ken Bugul est un roman déchirant qui accuse la force du pouvoir et les dérives sanglantes d’un continent en proie au déséquilibre. Le style de Ken Bugul possède un souffle narratif qui mêle réalisme, fantastique, allégorie tout en explorant l’univers secret des croyances africaines et la réalité brutale d’un monde qui a perdu ses valeurs. L’écriture elle-même oscille entre le récit romanesque, la prose poétique et l’épopée onirique. C’est un roman captivant par sa forme et par son propos. L’auteure tisse une histoire contemporaine sans rien oublier des injustices cruelles que traverse l’Afrique.
Dans un pays imaginaire, à quelques détails près, les habitants obéissent au grand Timonier qui a décidé de faire disparaître tous les fous « qui raisonnent et ceux qui ne raisonnent pas ».
On suit ainsi le destin de plusieurs personnages dont les histoires sont tragiques et empreintes de folie. L’espoir de vie est si réduit que malgré le courage, l’honnêteté et la lucidité qui les animent, ils sont voués à errer dans la nuit terrifiante des horreurs qu’ils ont traversées.
Mom Dioum, jeune femme qui a bravé la capitale pour étudier, revient au village désemparée. Un terrible secret semble l’habiter et elle décide de « se tuer pour renaître ». Pour cela, elle choisit de se faire tatouer les lèvres pour échapper à ses démons. Elle disparaît et sa décision va la conduire dans une longue errance initiatique et douloureuse. Inquiète, Fatou Ngouye, son amie d’enfance, part à sa recherche, accompagnée de Yoro le cousin de Mom Dioum. Arrivés à la capitale, les deux jeunes gens sont arrêtés par la police puis séparés. Et leur calvaire ne fait que commencer. Fatou Ngouye, déshonorée, connaît un sort tragique. Brûlée sur la place du marché, elle devient une figure de martyre. Yoro lui cède à la déchéance et s’allie, corps et âme, au pouvoir machiavélique pour survivre mais il n’y parviendra pas.
Mom Dioum, quant à elle ayant échoué son rite initiatique, est défigurée et se retrouve à l’hôpital psychiatrique. Elle y fait la connaissance de Yaw que des images de sang et de meurtres ont rendu irresponsable. C’est le seul espoir que propose le récit de Ken Bugul, la rencontre de deux êtres qui ont souffert et qui veulent retrouver la force et la voie de l’amour. Mais la folie ne peut survivre au désespoir et la mort vaut mieux que l’aliénation totale. C’est le message que semble délivrer Ken Bugul.
A travers ces récits irréels, et pourtant réalistes, haletants de blessures profondes, Ken Bugul nous entraine dans son univers littéraire singulier, fabuleux, chimérique et terriblement juste. La lecture de ce roman ne nous laisse pas indifférent car l’auteur sait aussi dénoncer ce qui peut mener le continent africain à la folie et à la mort : les humiliations de la dépendance, la misère, les guerres fratricides, les chefs d’Etat criminels avides de pouvoir, l’exploitation des peuples, la déshumanisation de l’esprit africain, la perte des valeurs et la course vers l’espoir sans cesse brisée.
Cette vision terriblement pessimiste est une sorte de métaphore poussée à l’extrême qui bouscule nos certitudes et nous force à réfléchir sur les enjeux de l’avenir du continent africain. Ken Bugul, par sa puissance littéraire, nous oblige à raisonner sur nous-mêmes pour construire le chemin de la Renaissance.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
La Folie et la Mort, Ken Bugul, Présence Africaine, Paris, 2000.