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6 avril 2025
International
PAR Francis Laloupo
SÉNÉGAL-AES, LE GRAND MALENTENDU
Les thuriféraires des putschistes projettent des anathèmes sur le pouvoir sénégalais, accusé d’avoir « tourné le dos à ses engagements ». Un fossé idéologique sépare désormais Dakar des juntes prônant la "souveraineté" au détriment de la démocratie
Les propagandistes des juntes du Sahel ne décolèrent pas. Eux qui avaient tant misé sur l’adhésion du Sénégal à l’Alliance des Etats du Sahel (AES, Mali, Burkina Faso, Niger), à l’issue de la crise qui a opposé durant plusieurs mois le président sénégalais Macky Sall aux mouvements de contestation. Au cœur de cette crise, le bras-de-fer entre le régime de Macky Sall et le parti dissous Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité), dirigé par Ousmane Sonko. Les discours « de rupture » de ce dernier avaient, entre-temps, tissé des liens d’affinités avec les néo-panafricanistes, fervents propagandistes des régimes issus de putschs dans le Sahel. Dans sa marche pour la conquête dupouvoir, le Pastef n’a pas dédaigné compter sur ces soutiens pour relayer son combat auprès des opinions. Quitte à assumer des soupçons d’accointances avec des puissances étrangères – Russie en tête - peu enclines à favoriser l’expansion des principes démocratiques auxquels le Pastef n’a jamais cessé de se référer. Les officiers du néo-panafricanisme professionnelétaient devenus d’exubérants exégètes du projet du Pastef, convaincus que le Sénégal allait bientôt rejoindre le club des régimes prétendument « souverainistes » qui ont émergé à la faveur de coups d’Etat militaires depuis 2020 en Afrique de l’Ouest.
« Préserver l’héritage de la Cédéao »
Ainsi, au plus fort de la crise sénégalaise, ces « amis » du Pastef en étaient arrivés à souhaiter un coup d’Etat au Sénégal. Formule idéale, selon eux, pour parachever la logique d’une inclusion de ce pays dans l’AES. Pourtant, les Sénégalais n’ont eu de cesse d’exclure une telle hypothèse, en rappelant le « caractère républicain » de leur armée dans un pays qui n’a jamais connu de coup d’Etat. Au bout de la crise sénégalaise, le 24 mars dernier, des élections libres et transparentes ont porté au pouvoir l’une des principales figures du Pastef, Bassirou Diomaye Faye. A ses côtés, Ousmane Sonko, leader du mouvement, nommé Premier ministre. Cette démonstration de vitalité démocratique marque alors une profonde incompatibilité entre la culture politique sénégalaise et les schémas prônés par les pyromanes néo-panafricanistes.
Toutefois, ces derniers exigent de l’exécutifsénégalais de satisfaire sans délai à leurs attentes, à savoir une « rupture avec la France et l’Occident », le retrait du Sénégal de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) à l’instar des trois régimes de l’AES, l’abolition immédiate du Franc Cfa… Mais, très vite, les actes posés et la parole publique dunouveau président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, vont provoquer l’ire de ces autoproclamés « souverainistes » qui ont fait de l’AES leur sanctuaire. Tout en rappelant à ceux qui ne le sauraient pas qu’il est un «panafricaniste de gauche», le jeune président sénégalais – 44 ans - exalte les vertus de la démocratie qu’il souhaite «renforcer». Un propos aux antipodes du bréviaire des régimes militaires de la région qui se sont lancés, avec leurs affidés, dans une véritable croisade contre la démocratie. Le président sénégalais affirme l’attachement de son pays aux « objectifs de l’intégration régionale », en promettant de « travailler au retour au sein de la Cédéao » des pays de l’AES. De quoi déclencher une crise d’urticaire aigüe chez les activistes pour qui panafricanisme semble rimer avec désintégration régionale. Le malentendu sur le concept de panafricanisme devient manifeste, entre les leaders du Pastef et les tonitruants adeptes de l’AES.
S’il ne renonce pas au projet de « quitter » le franc CFA, le pouvoir sénégalais explique que cela se fera en liaison avec les partenaires concernés de la région et selon un calendrier raisonnable. L’important étant d’œuvrer à «un Sénégal juste et prospère dans une Afrique en progrès», il faut «rééquilibrer les partenariats internationaux dans un sens gagnant-gagnant». Lors d’une visite, le 30 mai dernier au Mali puis au Burkina Faso, Bassirou Diomaye Faye enfonce le clou en insistant auprès des deux dirigeants putschistes, Assimi Goïta et Ibrahim Traoré, sur la nécessité de «préserver l'héritage de la Cédéao». Des propos qui s’accordent peu avec l’agenda des juntes de l’AES qui ont choisi de se retirer de la Cédéao afin de se maintenir indéfiniment au pouvoir.
Confrontation de deux systèmes de valeurs
Pour les prédicateurs AESiens qui s’attendaient à une « rupture » théâtrale avec la France, la visite de Bassirou Diomaye Faye à Paris – son premier déplacement hors du continent depuis son élection – aura été un acte d’ultime « renoncement ». Depuis, les réseaux sociaux s’enflamment, et les thuriféraires des régimes putschistes projettent des monceaux d’anathèmes sur le pouvoir sénégalais, accusé d’avoir « tourné le dos à ses engagements » Cependant, dans l’entourage du dirigeant sénégalais, certains tiennent à rappeler que leur pays a su conforter, au fil des décennies, les contours d’une diplomatie sophistiquée. Pour eux, la « souveraineté » s’affirme aussi par une gestion maîtrisée de la diversification des partenariats, pour les intérêts bien compris du Sénégal. Une « tradition » que compte bien renforcer le nouveau pouvoir. En réaction aux charges haineuses sur les réseaux sociaux, des groupes de Sénégalais se sont constitués pour défendre leurs dirigeants et leur pays, et rétorquer que le Sénégal n’a jamais contracté le moindre engagement avec les pays de l’AES. Entre des ressortissants et alliés de l’AES et des cyberactivistes sénégalais, la violence verbale, assortie de menaces physiques, atteint un seuil critique.
Dans cette même temporalité, une manifestation a été organisée à Dakar, le 21 juin dernier par la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains (COSEDDH) et Amnesty International. Une démonstration de solidarité avec les victimesdes atteintes aux libertés d’expression et de la presse au Burkina Faso. En réponse, une contre-manifestation « de protestation » s’est tenue quelques jours plus tard devant l’ambassade du Sénégal à Ouagadougou, à l’initiative des membres de la Coordination nationale des associations de la veille citoyenne du Burkina Faso (soutien de la junte burkinabé). Des faits symptomatiques du climat qui règne entre ces deux pays.
Le malentendu entre les nouveaux dirigeants sénégalais et leurs pourfendeurs apparaît comme une confrontation entre deux systèmes de valeurs. Entre un Sénégal plus que jamais attaché à son système démocratique, et des régimes qui s’appliquent, avec leurs relais, à diaboliser cette démocratie. Le décalage entre les actes posés par l’actuel pouvoir sénégalais et les attentes decertains de ses alliés putatifs du temps où le Pastef faisait feu de tout bois pour conquérir le pouvoir, traduit la réalité d’un malentendu initial. Pour qui connaît le Sénégal et les dynamiques à l’œuvre sur son échiquier politique, il était difficile d’imaginer qu’un pouvoir issu des urnes allait,dans un élan exclusif, bouleverser tous les équilibres existants. Le président Diomaye Faye qui n’a pas le profil d’un boutefeu, ne saurait faire fi de l’architecture des forces plurielles qui structurent la vie politique de son pays, l’ensemble des facteurs constitutifs de son élection et l’évaluation des priorités nationales… Dans ce contexte national spécifique, il s’attelle, avec son entourage, à trouver le juste équilibre entre une gestion orthodoxe du pouvoir d’Etat etune fidélité relative aux promesses préélectorales.Une manière, en somme, de renouer avec les vertus et les contraintes de la politique. Aux Sénégalais, et à eux d’abord, d’en juger.
LA RÉBELLION DU M23 CONTINUE DE GAGNER DU TERRAIN DANS L'EST DE LA RDC
Félix Tshisekedi a réuni samedi un Conseil de défense puis s'est exprimé à l'occasion de la journée d'Indépendance en affirmant que "des instructions claires et fermes ont été données pour la sauvegarde de l'intégrité territoriale" de son pays.
La rébellion du M23 continue de gagner du terrain dans l'Est de la République démocratique du Congo, en s'emparant de nouvelles localités sur le front nord du conflit qui l'oppose aux forces gouvernementales, a indiqué dimanche une source locale.
Le M23 (pour "mouvement du 23 mars") s'est déployé dans la localité de Kirumba, dans la province du Nord-Kivu, théâtre de violences depuis que cette rébellion soutenue par le Rwanda a repris les armes en 2021. Kirumba, la plus grande agglomération dans le sud du territoire de Lubero et important centre commercial, compte plus de 120.000 habitants.
"Nous regrettons que la grande entité (la ville de Kirumba, ndlr) soit depuis hier soir aux mains des M23. Ce matin, avant d'être visibles dans le centre, ils ont fait une reconnaissance de terrain en patrouillant tous les axes de Kirumba", a déclaré à l'AFP sous le couvert de l'anonymat un responsable administratif local. Les rebelles se dirigent désormais vers le nord de Kirumba, a ajouté cette source.
Samedi, c'est la ville-clé de Kanyabayonga située à 25 km de là, où vivent plus de 60.000 personnes et des dizaines de milliers de personnes déplacées ces derniers mois, qui est tombée aux mains des rebelles. Cité du Nord-Kivu située à une centaine de km au nord de la capitale provinciale Goma, Kanyabayonga est considérée comme un verrou contrôlant vers le nord les accès aux villes de Butembo et Beni, fiefs de l'importante tribu Nande et grands centres commerciaux du pays.
Le président congolais Félix Tshisekedi a réuni samedi un Conseil de défense puis s'est exprimé à l'occasion de la journée d'Indépendance en affirmant que "des instructions claires et fermes ont été données pour la sauvegarde de l'intégrité territoriale de notre pays", sans plus de précisions. D'autres villes proches de Kanyabayongo sont aussi tombées aux mains des rebelles, selon des sources sécuritaires et des responsables.
Depuis fin 2021, le M23, rébellion congolaise majoritairement tutsi, a conquis avec l'appui d'unités de l'armée rwandaise de larges pans de territoire du Nord-Kivu, jusqu'à encercler presque entièrement Goma. Les autorités de la RDC accusent le Rwanda de vouloir faire main basse sur les richesses de l'Est congolais, ce que Kigali conteste. Jusqu'à présent, les initiatives diplomatiques lancées pour tenter de régler la crise n'ont rien donné.
PRÉSIDENTIELLE EN MAURITANIE UNE TENTATIVE DE DÉSTABILISATION DEJOUÉE
Dimanche soir, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, a annoncé que les forces de défense et de sécurité avaient déjoué une tentative de déstabilisation après des heurts survenus dans la capitale, Nouakchott.
Les résultats provisoires de l’élection présidentielle en Mauritanie placent le candidat du parti au pouvoir, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, en tête avec 56,12% des voix. Dimanche soir, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, a annoncé que les forces de défense et de sécurité avaient déjoué une tentative de déstabilisation après des heurts survenus dans la capitale, Nouakchott.
Le ministre a accusé « certains mouvements racistes connus pour être hostiles à l’unité nationale » d’avoir tenté de profiter de l’élection présidentielle pour atteindre « leurs objectifs ignobles ». Il a expliqué que des foules, composées « d’opportunistes et d’adolescents manipulés, affiliés à un candidat particulier », ont perturbé l’ordre public en brûlant des pneus, perturbant la circulation, intimidant les citoyens et endommageant des biens.
Selon le ministre, les forces de sécurité ont rapidement neutralisé ces actes de sabotage grâce à un « plan de sécurité rigoureux ». Il a souligné que la sécurité et la tranquillité seraient maintenues à tout prix et que les forces de sécurité étaient prêtes à faire face à toute menace.
D’après les informations disponibles sur le site de la Commission nationale électorale (Ceni), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est arrivé en tête avec 56,12% des voix. Il est suivi de Biram Dah Abeid avec 22,10% et de Hamadi Ould Mohamed El Mokhtar du parti Tawassoul (islamo-conservateur) avec 12,76%. Ces résultats doivent être confirmés par la Ceni avant leur validation par le Conseil constitutionnel.
Le candidat Biram Dah Abeid a rejeté les résultats provisoires et a appelé à manifester contre la Commission en charge de l’organisation des élections. Des incidents ont éclaté entre ses partisans et les forces de l’ordre, et le directeur de campagne de Biram Dah Abeid a été arrêté, selon les affirmations de son camp.
PRÉSIDENTIELLE EN MAURITANIE, UNE TENTATIVE DE DÉSTABILISATION DÉJOUÉE
Le ministre de l'Intérieur a accusé « certains mouvements racistes connus pour être hostiles à l’unité nationale » d’avoir tenté de profiter de l’élection présidentielle pour atteindre « leurs objectifs ignobles ».
Les résultats provisoires de l’élection présidentielle en Mauritanie placent le candidat du parti au pouvoir, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, en tête avec 56,12% des voix. Dimanche soir, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, a annoncé que les forces de défense et de sécurité avaient déjoué une tentative de déstabilisation après des heurts survenus dans la capitale, Nouakchott.
Le ministre a accusé « certains mouvements racistes connus pour être hostiles à l’unité nationale » d’avoir tenté de profiter de l’élection présidentielle pour atteindre « leurs objectifs ignobles ». Il a expliqué que des foules, composées « d’opportunistes et d’adolescents manipulés, affiliés à un candidat particulier », ont perturbé l’ordre public en brûlant des pneus, perturbant la circulation, intimidant les citoyens et endommageant des biens.
Selon le ministre, les forces de sécurité ont rapidement neutralisé ces actes de sabotage grâce à un « plan de sécurité rigoureux ». Il a souligné que la sécurité et la tranquillité seraient maintenues à tout prix et que les forces de sécurité étaient prêtes à faire face à toute menace.
D’après les informations disponibles sur le site de la Commission nationale électorale (Ceni), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est arrivé en tête avec 56,12% des voix. Il est suivi de Biram Dah Abeid avec 22,10% et de Hamadi Ould Mohamed El Mokhtar du parti Tawassoul (islamo-conservateur) avec 12,76%. Ces résultats doivent être confirmés par la Ceni avant leur validation par le Conseil constitutionnel.
Le candidat Biram Dah Abeid a rejeté les résultats provisoires et a appelé à manifester contre la Commission en charge de l’organisation des élections. Des incidents ont éclaté entre ses partisans et les forces de l’ordre, et le directeur de campagne de Biram Dah Abeid a été arrêté, selon les affirmations de son camp.
LA CORDE RAIDE DE DIOMAYE FAYE
En promettant plus de souveraineté économiques, le président a suscité de grands espoirs. Mais la réalité est plus complexe, avec des partenaires attachés à la stabilité et une opposition parlementaire. Il s'engage de fait, dans un numéro d'équilibriste
(SenePlus) - Depuis son investiture le 2 avril dernier, le nouveau président Bassirou Diomaye Faye se lance dans un exercice délicat : tenir les promesses de changement faites aux Sénégalais tout en ménageant les partenaires internationaux du pays. Élu sur un programme de réformes économiques audacieuses, il suscite à la fois l'espoir de voir le statu quo politique et économique voler en éclats, mais aussi la méfiance quant à sa capacité à concrétiser son ambition dans un contexte contraignant.
Comme le rapportait récemment l'analyse du magazine Afrique XXI, Diomaye Faye a fait de l'indépendance économique du Sénégal l'un de ses chevaux de bataille. Il envisage notamment de remplacer le franc CFA, symbole selon lui de la dépendance vis-à-vis de la France, par une monnaie nationale ou commune avec la CEDEAO. S'il est salué par des économistes comme Kako Nubukpo qui y voient "une très bonne nouvelle", d'autres à l'instar de Magaye Gaye mettent en garde contre les risques pour la stabilité financière. Ndongo Samba Sylla plaide lui pour des "monnaies nationales souveraines".
Le nouveau président mise également sur le secteur agricole afin de réduire la dépendance alimentaire, objectif déjà recherché par ses prédécesseurs. Il s'engage à promouvoir une "Doctrine de souveraineté alimentaire" grâce à des investissements massifs. Pour Magaye Gaye, l'économie sénégalaise est malade et extravertie, souffrant de nombreuses tares depuis les indépendances.
Sur le plan énergétique, Diomaye Faye promet transparence et redistribution équitable des richesses issues de l'exploitation du pétrole et du gaz. Il a ordonné un audit des contrats dans ces secteurs afin de garantir le respect des intérêts nationaux. Le premier projet pétrolier offshore a démarré début juin.
Cependant, le nouveau président est confronté à de multiples obstacles pour tenir ses promesses. Sur le plan international, il doit composer avec les exigences du FMI qui recommande de rationnaliser les dépenses, et avec la Banque mondiale qui insiste sur la stabilité macroéconomique. Face aux partenaires commerciaux comme la France ou la Chine, il se doit d'être pragmatique. Sur le plan interne, sans majorité parlementaire, ses réformes risquent d'être entravées.
Pris en étau, Diomaye Faye entame un savant jeu d'équilibriste pour réconcilier aspirations populaires et contraintes structurelles. Ses premières décisions seront déterminantes pour maintenir la confiance, aussi bien des Sénégalais désireux de changement que des bailleurs soucieux de stabilité. Un exercice périlleux au regard des espoirs suscités et des obstacles sur sa route. L'avenir dira s'il parvient à tenir la promesse d'un "changement systémique".
LE RASSEMBLEMENT NATIONAL AUX PORTES DU POUVOIR FRANÇAIS
Après une poussée spectaculaire au premier tour, le Rassemblement national se rêve aux commandes d'un gouvernement de cohabitation inédit avec Emmanuel Macron. Jusqu'où ira ce coup de force dans les urnes ?
(SenePlus) - L'extrême droite française "est aux portes du pouvoir" après avoir largement dominé le premier tour des élections législatives historiques de ce dimanche 25 juin. Avec 33,2 à 33,5% des suffrages selon les estimations d'Ipsos et Ifop rapportées par l'AFP, le Rassemblement national (RN) de Jordan Bardella et Marine Le Pen réalise son "meilleur score au premier tour d'un scrutin", devançant nettement le Nouveau Front populaire de la gauche (28,1-28,5%) et le camp d'Emmanuel Macron (21-22,1%).
Dans la foulée, le RN a réclamé une majorité absolue au second tour pour pouvoir gouverner, un scénario inédit depuis 1945. "Il nous faut une majorité absolue", a lancé Marine Le Pen, fer de lance d'un parti qui se voit déjà aux commandes. De son côté, Jordan Bardella, présenté comme le Premier ministre que le RN voudrait nommer, s'est dit prêt à diriger "un gouvernement de cohabitation, respectueux de la Constitution mais intransigeant" sur son projet.
Cette perspective d'une cohabitation inédite entre Emmanuel Macron et un exécutif hostile à l'UE fait des étincelles. "L'extrême droite est aux portes du pouvoir", a alerté le Premier ministre Gabriel Attal repris par l'AFP, appelant à constituer un "large rassemblement démocrate et républicain" pour faire barrage au RN au second tour.
Front républicain érodé
Si ce traditionnel front républicain contre l'extrême droite fait consensus à gauche, il montre des signes d'érosion dans les rangs macronistes. Certaines voix, comme le ministre Roland Lescure, ont plaidé pour voter La France insoumise au besoin pour faire barrage au RN. Une stratégie au cas par cas semble se dessiner.
A gauche, Jean-Luc Mélenchon a annoncé que ses candidats se retireraient face au RN quand ils arrivent troisièmes. La patronne des écolos Marine Tondelier a elle aussi appelé à "reconstruire un front républicain". Mais les appels se multiplient aussi pour ne pas rééditer cette vieille stratégie. LR notamment a refusé de donner des consignes de vote.
Dans ce contexte de recomposition majeure, un nombre record de triangulaires impliquerait au second tour le RN, la Nupes et la majorité présidentielle. Selon Ipsos, entre 65 et 85 élus pourraient être élus dès le premier tour, dont "plusieurs dizaines" au RN d'après Marine Le Pen.
Craintes et espoirs
Sur le terrain, de nombreux Français ont fait part de leurs inquiétudes pour ce scrutin "aux allures de séisme". "J'aimerais retrouver de la sérénité mais tout a pris une ampleur inquiétante depuis les européennes", témoigne une électrice à Bordeaux. A Rennes comme Lyon, certains commerces ont protégé leurs vitrines par crainte de débordements.
D'autres, au contraire, voient dans ce coup de semonce l'occasion d'un salutaire renouveau démocratique. "Avec cette recomposition politique, on va pouvoir vraiment choisir", espère un électeur dans le Nord.
Quelle que soit l'issue du second tour, cette nouvelle donne pourrait bien marquer un tournant historique pour la classe politique tricolore. "La dissolution a fait des vagues, peut-être un tsunami", résume un cadre macroniste. Un constat partagé, dans l'attente d'un dénouement aussi incertain qu'inédit.
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LE COUP DE GUEULE DE DOUDOU WADE
L'ancien patron des libéraux juge "catastrophiques" les récentes déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko. Il dénonce par ailleurs l'annulation du débat d'orientation budgétaire par le bureau de l'Assemblée nationale
Dans une intervention remarquée ce dimanche sur le plateau de "Point de vue", l'émission phare de la RTS, Doudou Wade, ancien patron des Libéraux du PDS à l'Assemblée nationale, a livré une analyse sans concession de la situation politique actuelle au Sénégal.
Le vétéran de la scène politique sénégalaise n'a pas mâché ses mots, dénonçant avec vigueur l'annulation du débat d'orientation budgétaire par le bureau de l'Assemblée nationale. « C'est une faute grave », a-t-il martelé, estimant que cette décision prive les députés de leur rôle crucial de contrôle.
Wade a également pointé du doigt les tensions croissantes entre l'exécutif et le législatif, appelant à un dialogue urgent pour préserver le bon fonctionnement des institutions. « On ne peut pas mettre nos institutions dans l'informel », a-t-il averti, visant particulièrement les récentes déclarations du Premier ministre qu'il juge « catastrophiques ».
Le député n'a pas épargné son propre camp, abordant sans détour les difficultés internes du PDS. Il a notamment évoqué la controverse entourant les récentes nominations au sein du parti, laissant planer le doute sur l'implication réelle du président Abdoulaye Wade dans ces décisions.
Fidèle à sa réputation d'homme politique expérimenté, Doudou Wade a livré une analyse nuancée des défis auxquels fait face le nouveau gouvernement. Tout en reconnaissant la difficulté de la tâche, il a appelé les nouveaux dirigeants à faire preuve de sérénité et à se concentrer sur les problèmes concrets du pays.
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GOUVERNANCE À L'ÉPREUVE DE LA RÉALITÉ
Du bras de fer parlementaire aux contrôles fiscaux musclés, en passant par une communication jugée populiste, rien n'est épargné dans cette radiographie au vitriol des premiers mois du régime Diomaye-Sonko avec Issa Sall et Pierre Ahmed Ba
Dans l'émission dominicale « LR du temps » sur Iradio ce 30 juin 2024, Issa Sall, directeur de publication de l'hebdomadaire « Comment », et Pierre Ahmed Ba, socioanthropologue et expert en intelligence des systèmes complexes, ont dressé un tableau sans concession des premiers mois du nouveau gouvernement sénégalais.
Au cœur des débats, la polémique autour de la déclaration de politique générale du Premier ministre Ousmane Sonko cristallise les tensions. Son refus de se présenter à l'Assemblée nationale, conditionnant sa lieu à une révision du règlement intérieur, est perçu comme un bras de fer institutionnel inédit. "C'est une situation qui n'aurait jamais dû se poser", affirme Pierre Ahmed Ba, soulignant le risque d'une crise institutionnelle.
Sur le plan économique, les intervenants ont relevé le paradoxe entre l'importante levée de fonds réalisée par le gouvernement sur les marchés internationaux et l'opacité entourant l'utilisation de ces ressources. Issa Sall s'interroge : "Où est l'argent ? Comment sera-t-il utilisé pour répondre aux attentes des Sénégalais ?"
Les relations entre l’État et le secteur privé sont également au centre des préoccupations. La récente vague de contrôles fiscaux est perçue comme une arme de pression potentielle. « On ne peut pas utiliser la fiscalité pour affaiblir les entreprises. C'est l'emploi et l'économie du pays qu'on menace », alerte Pierre Ahmed Ba.
Le style de communication du nouveau régime n'échappe pas aux critiques. Qualifié de « populiste » par les intervenants, il soulève des inquiétudes quant à la maturité politique de l'équipe au pouvoir. « Nous sommes passés d’un mode de gouvernance basé sur le consentement à une forme de coercition sournoise », analyse Issa Sall.
Enfin, les deux experts appellent le gouvernement à se concentrer sur les défis fondamentaux du pays : l'emploi des jeunes, la formation et la relance économique. « Ce sont ces questions sociales et économiques qu'il faut attaquer et régler pour remettre ce pays debout », conclut Pierre Ahmed Ba.
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LE MYTHE DE LA PRÉFÉRENCE NATIONALE
La préférence nationale s'est aujourd'hui déplacée vers la question des droits sociaux. Mais l'historien Noiriel prévient : l'instrumentalisation politique de ce concept représente un danger pour la démocratie
La priorité nationale, ou préférence nationale, est au cœur du programme du Rassemblement national de Jordan Bardella et Marine Le Pen. Depuis le milieu des années 1980, le parti d'extrême droite a repris à son compte cette proposition a priori simple : favoriser les Français. Mais cette idée est beaucoup plus ancienne, et remonte en fait aux origines de la République en France. Comment ce principe a-t-il émergé et comment s'est-il trouvé manipulé par l'extrême droite ces dernières décennies ?
L'historien Gérard Noiriel remonte le temps.
LA CHAPPE DE PLOMB DE L’EXTRÊME DROITE SUR LES ÉLITES FRANÇAISES MÉTISSÉES
Une onde de choc parcourt la haute administration française après la promesse du Rassemblement national d'interdire aux Français binationaux d'accéder aux postes les plus "sensibles" s'il arrive au pouvoir
(SenePlus) - Une onde de choc parcourt la haute administration française après la promesse du Rassemblement national d'interdire aux Français binationaux d'accéder aux postes les plus "sensibles" s'il arrive au pouvoir. Diplomates, militaires, magistrats, policiers... de nombreux cadres s'inquiètent et dénoncent cette proposition qui remet en cause leur loyauté envers la France.
"Mettre en doute notre loyauté me heurte et me blesse. Je ne vis pas cette double appartenance comme un handicap, mais comme une richesse", s'indigne Sid Rouis, attaché de coopération franco-algérien auprès de l'ambassade de France en Libye, dans une enquête du journal Le Monde.
Pour cette diplomate franco-latino-américaine qui préfère rester anonyme, "il ne faut pas tomber dans le piège identitaire posé par le RN, mais partir des principes d'égalité et de non-discrimination". "L'accusation de défaut de loyauté ou de double allégeance cible d'abord, personne n'est dupe, un certain nombre de catégories de Français de façon implicite. On voit bien que ceux qui sont concernés, ce ne sont pas les Franco-Allemands ou les Franco-Canadiens", ajoute Karim Amellal, ambassadeur délégué à la Méditerranée.
Des menaces de démission au Quai d'Orsay en cas d'arrivée au pouvoir du RN
Certains diplomates n'excluent même pas de démissionner si cette mesure devait être appliquée. "Je n'attendrai pas l'humiliation d'être regardée avec le moindre soupçon de déloyauté en raison de ma double culture et nationalité", prévient Inès Ben Kraiem, diplomate franco-tunisienne.
Dans une tribune au Monde, Mohamed Bouabdallah, conseiller culturel franco-marocain aux États-Unis, accuse le RN de s'inscrire "dans la droite ligne du régime raciste de Vichy" en visant "les Arabes et les musulmans" après les juifs.
Au ministère de l'Intérieur aussi, l'émoi est grand face à cette "suspicion" qui remet en cause l'engagement des agents binationaux, comme ce "Franco-Marocain limier du renseignement territorial" qui a permis de déjouer un projet d'attentat. "Nous sommes conscients plus que quiconque du risque d'être retournés ou sollicités par notre second pays et, en même temps, nous avons clairement choisi qui on servait", assure Mohamed, haut cadre du ministère.
Dans la préfectorale, on s'interroge sur le cas de Frédérique Camilleri, première femme nommée préfète de police de Marseille à 36 ans malgré sa double nationalité franco-libanaise. "Et le RN voudrait priver le pays de profils aussi exceptionnels?", s'inquiète un haut fonctionnaire.
Un "citoyen de seconde zone" pour ce magistrat
La polémique touche aussi les magistrats. "C'est humiliant et injuste. Je suis magistrat depuis 15 ans, je sers la République tous les jours. J'ai l'impression d'être un citoyen de seconde zone", déplore Youssef Badr, né en France de parents marocains.
Pour ce premier vice-président au tribunal de Bobigny issu d'un milieu modeste, la proposition contrarie le principe méritocratique censé permettre l'ascension sociale par les concours, quelles que soient les origines.
Dans l'armée en revanche, l'inquiétude semble plus discrète, les binationaux étant peu nombreux dans la haute hiérarchie militaire. Mais des voix s'élèvent pour souligner "l'absurdité" de remettre en cause les procédures d'habilitation au secret-défense déjà en vigueur.
En définitive, alors que le flou persiste sur la définition des "postes stratégiques" visés, cette proposition du RN fait souffler un vent de panique chez de nombreux cadres de la haute fonction publique binationaux. Une mesure jugée discriminatoire et contraire aux principes républicains d'égalité par de nombreux agents, qui craignent de se voir relégués au rang de "citoyens de seconde zone".