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4 avril 2025
International
DOUMBOUYA GRACIE DADIS
Condamné pour sa responsabilité dans l'un des massacres les plus sanglants de l'histoire récente de Guinée, l'ancien chef de la junte retrouve sa liberté pour "raison de santé", tandis que les blessures des victimes du 28 septembre 2009 demeurent béantes
(SenePlus) - Dans un développement inattendu qui secoue la scène politique guinéenne, le chef de la junte au pouvoir, le général Mamadi Doumbouya, a accordé une grâce présidentielle à l'ancien dictateur Moussa Dadis Camara. Cette décision, annoncée par décret vendredi 28 mars et diffusée à la télévision nationale guinéenne, intervient moins d'un an après la condamnation historique de l'ex-chef d'État pour sa responsabilité dans l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire récente du pays.
Selon les informations rapportées par RFI, le porte-parole de la présidence guinéenne, le général Amara Camara, a lu le décret présidentiel lors d'une intervention télévisée vendredi soir : « Sur proposition du garde des Sceaux, ministre de la Justice, une grâce présidentielle est accordée à M. Moussa Dadis Camara pour raison de santé ». Cette justification médicale étonne, car comme le souligne RFI, « la fragilité de son état de santé n'avait jamais été évoquée jusqu'à présent ».
Moussa Dadis Camara purgeait une peine de 20 ans de réclusion pour crimes contre l'humanité, prononcée le 31 juillet 2024. Sa condamnation avait été saluée comme un pas important dans la lutte contre l'impunité en Afrique.
Pour comprendre l'ampleur de cette décision, il faut revenir aux événements du 28 septembre 2009. Ce jour-là, un rassemblement pacifique de l'opposition guinéenne au grand stade de Conakry s'est transformé en bain de sang. D'après RFI, citant un rapport d'une commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU, « au moins 156 personnes avaient été tuées par balle, au couteau, à la machette ou à la baïonnette et des centaines d'autres blessées ». Le même rapport précise qu'« au moins 109 femmes avaient également été violées ».
Moussa Dadis Camara, qui dirigeait la Guinée entre 2008 et 2009, a été reconnu coupable « sur la base de la responsabilité du supérieur hiérarchique » et pour « son intention de réprimer la manifestation », selon les termes du président du tribunal rapportés par RFI. Il avait également été condamné pour avoir manqué à son devoir de sanctions contre les auteurs du massacre.
L'ancien chef du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement) avait quitté la Guinée en 2010 après une tentative d'assassinat, vivant en exil au Burkina Faso pendant 13 ans. Il est revenu volontairement en Guinée en 2022 pour assister à son procès, au cours duquel il « répondait d'une litanie de crimes d'assassinats, violences sexuelles, actes de torture, enlèvements et séquestrations ». Il encourait initialement la réclusion à perpétuité mais a finalement été condamné à 20 ans de prison.
Cette grâce intervient dans un contexte particulier. RFI rapporte que « cette semaine, huit mois après ce verdict qualifié d'historique par certaines ONG de défense des droits de l'homme, les autorités guinéennes ont également publié un décret annonçant la prise en charge des frais d'indemnisation des victimes du massacre du 28 septembre 2009 ». Mais la réalité sur le terrain reste amère : « À ce jour, les 400 parties civiles attendent toujours réparation », précise la source.
Ce développement soulève des questions importantes sur l'engagement de la junte militaire actuelle envers la justice transitionnelle et le respect des décisions judiciaires dans un pays qui tente encore de panser les plaies de son passé récent.
La libération de Moussa Dadis Camara marque un nouveau chapitre controversé dans l'histoire politique tumultueuse de la Guinée, alors que le pays reste sous gouvernance militaire après le coup d'État de septembre 2021 qui a porté le général Mamadi Doumbouya au pouvoir.
LE PARI GAGNANT DE YÉRIM SOW EN CÔTE D’IVOIRE
Bridge Bank Group Côte d'Ivoire, créée en 2006 par l'homme d'affaires sénégalais s'impose comme une banque de niche hautement rentable en ciblant le haut de gamme et les PME performantes
(SenePlus) - L'entrepreneur sénégalais Yérim Sow a réussi à imposer sa vision singulière dans le paysage bancaire ouest-africain. Selon Jeune Afrique, le patron du groupe Teyliom a développé Bridge Bank Group Côte d'Ivoire (BBGCI) en suivant une stratégie à contre-courant des grands groupes panafricains, privilégiant "le confort et la rentabilité d'une niche plutôt que l'expansion à tous crins."
Fondée en 2006 par cet homme d'affaires visionnaire, BBGCI est devenue "le premier établissement privé n'appartenant pas à un groupe panafricain" dans la région. Sous sa direction, la banque a atteint un bilan impressionnant de 748 milliards de FCFA en 2023, la plaçant au 12e rang dans l'UEMOA.
La stratégie distincte de Yérim Sow repose sur un ciblage précis: services haut de gamme, agences soigneusement conçues et accompagnement personnalisé des PME les plus prometteuses. Cette approche lui a permis de dégager "près de 20 milliards de FCFA de bénéfices" en 2023, avec un coefficient d'exploitation remarquable de 45%.
"Nous sommes ravis d'accompagner la stratégie de croissance de BGWA avec des dirigeants de haut niveau, dont M. Yérim Sow, un véritable entrepreneur visionnaire, toujours à la recherche de projets percutants", expliquait Hichem Ghanmi d'AfricInvest, qui a détenu jusqu'à 30% du capital.
Contrairement à ses concurrents, Yérim Sow a opté pour une expansion mesurée. En 2022, il a simplement ouvert une succursale au Sénégal, son pays d'origine. Cette "régionalisation modérée" lui permet de bénéficier des synergies avec son groupe Teyliom, présent dans 16 pays africains.
Sa vision a convaincu des bailleurs de fonds prestigieux comme la Société financière internationale (40 millions de dollars) et la Banque africaine de développement (30 millions d'euros), confirmant la pertinence de son modèle alternatif dans un secteur en pleine mutation.
CHIMAMANDA, L'ÉCRITURE RETROUVÉE
Après dix ans d'absence dans le domaine romanesque, la célèbre écrivaine féministe nigériano-américaine revient avec "L'Inventaire des rêves". Un roman qui explore la sororité entre quatre femmes africaines et revisite l'affaire Strauss-Kahn-Diallo
(SenePlus) - La célèbre écrivaine nigériano-américaine Chimamanda Ngozi Adichie, figure de proue du féminisme contemporain, est de passage à Paris pour présenter son nouveau roman très attendu, « L'Inventaire des rêves ». Lors d'un entretien accordé au journal Le Monde, l'autrice aborde avec franchise le blocage créatif qui l'a paralysée pendant une décennie, la genèse de son nouveau livre inspiré de l'affaire Strauss-Kahn, et livre son analyse sans concession sur la situation politique américaine.
Dix ans après le succès international d'« Americanah », Chimamanda Ngozi Adichie renoue avec la fiction qu'elle qualifie, selon Le Monde, comme « l'amour de sa vie, sa raison d'être, sa 'joie' ». Cette longue absence dans le domaine romanesque n'était pas volontaire, mais le résultat d'un blocage créatif profond. « J'étais bloquée, répond-elle, c'est aussi simple que cela », confie-t-elle au quotidien français.
L'écrivaine, née au Nigeria en 1977 et récemment naturalisée américaine, évoque avec une rare transparence les tourments liés à cette incapacité d'écrire : « Je me sentais totalement misérable, séparée de mon vrai moi », avoue-t-elle, ajoutant qu'elle « passait beaucoup temps à cacher aux autres qu'elle n'écrivait pas ».
C'est après avoir perdu successivement ses deux parents que la romancière a retrouvé le chemin de la création littéraire. Elle explique au Monde ce phénomène par une forme de connexion spirituelle : « C'est comme si ma mère m'avait ouvert une porte... » Un événement qu'elle ne cherche pas à rationaliser, mais dont elle revendique l'« intuition profonde ».
« L'Inventaire des rêves », ouvrage de plus de 600 pages décrit par Le Monde comme « un texte tonique et plein de sève », entrelace les destins de quatre amies africaines. « Cela faisait longtemps que je voulais mettre en scène des vies de femmes contemporaines », explique l'autrice qui souhaitait « montrer l'amitié qui les lie, la façon dont elles se comprennent, se soutiennent, explorer la 'sisterhood' [la sororité] ».
Le journal détaille les profils de ces protagonistes : Chiamaka (« Chia »), une Nigériane installée aux États-Unis qui a abandonné son emploi pour se consacrer à l'écriture de voyage ; Zikora, avocate tourmentée par un désir de maternité ; Omelogor, femme d'affaires aux opinions tranchées ; et enfin Kadiatou, femme de ménage guinéenne dont le parcours est inspiré de celui de Nafissatou Diallo.
Comme le rapporte Le Monde, le roman commence durant la pandémie de Covid-19, période durant laquelle les trois premières protagonistes s'interrogent sur leurs aspirations : « Les rêves des femmes sont-ils vraiment les leurs ? » La romancière confronte ses personnages aux injonctions contradictoires qui pèsent sur les femmes, créant une œuvre à la fois critique et engageante.
Le personnage de Kadiatou, d'après Le Monde, est librement inspiré de Nafissatou Diallo, la femme qui avait porté plainte contre Dominique Strauss-Kahn en 2011. Dans le roman, son rêve américain se brise lorsque « dans une chambre, 'un Blanc tout nu, un client VIP', s'est rué sur elle et l'a laissée 'la bouche pleine d'asticots' ».
Chimamanda Ngozi Adichie explique au journal son indignation face à l'abandon des poursuites contre DSK : « Quand j'ai su que les poursuites avaient été abandonnées sous prétexte que Nafissatou Diallo avait menti au moment de sa demande d'asile, j'ai trouvé cela injuste et immoral. C'était une façon de dire aux femmes : si vous êtes agressées sexuellement, il faut, pour espérer obtenir réparation, que vous soyez parfaites en tout point. Or, qui est parfait dans la vraie vie ? »
Pour l'écrivaine, ce livre revient sur « une affaire trop importante pour être classée sans suite » et démontre comment « là où le droit ne s'exerce pas, la littérature peut rendre justice », en « redressant par l'écriture 'l'équilibre des récits' ».
Interrogée sur la situation politique américaine actuelle et le retour de Donald Trump, Chimamanda Ngozi Adichie livre une analyse sans détour : « Je pense qu'on a trop couvert la folie [de Trump]. Parce qu'elle est divertissante, d'un certain point de vue, la télévision l'a beaucoup trop relayée, imprudemment. C'est cela qui a fait Trump. Si ça n'avait pas été le cas, il n'aurait pas gagné le premier mandat. »
L'écrivaine déplore, selon Le Monde, l'obsession pour le divertissement qui caractérise la politique trumpienne, citant en exemple une récente humiliation du président ukrainien Zelensky : « Regardez, quand Trump humilie Zelensky à l'écran, ce qu'il dit à la fin c'est : 'Ça va faire un bon moment de télévision !' »
Face à cette situation, Adichie affirme avoir pris ses distances avec l'actualité : « Je ne veux pas qu'elle contrôle ma vie ». Ayant grandi « dans une dictature, au Nigeria », elle assure que la situation actuelle ne « changera rien » à sa créativité : « Je ne me laisserai certainement pas aller au désespoir. »
« L'Inventaire des rêves » de Chimamanda Ngozi Adichie, traduit de l'anglais par Blandine Longre, est publié aux éditions Gallimard dans la collection « Du monde entier » (656 pages, 26 euros).
PAR Djibril Ndiogou Mbaye
MULTIPLE PHOTOS
L’AFRIQUE À L’ÉPREUVE DES MUTATIONS GÉOPOLITIQUES
EXCLUSIF SENEPLUS - Sur la scène internationale où se joue en ce moment le concert des nations, le continent africain, éternel musicien sans instrument fonctionnel, dort et ronfle devant sa partition, une fois de plus, une fois de trop
À l’heure où la plupart des pays occidentaux s’activent et s’unissent avec beaucoup de dynamisme à refaire les « lois » qui gouverneront le monde politique et économique de demain, les États d’Afrique résonnent par leur silence et une absence quasi-totale de réaction. L’Afrique est inerte et aphone, pendant que le monde occidental bruit de mutations. Aucune initiative majeure à l’échelle africaine, aucun sommet, aucun rendez-vous marquant, même pas pour faire un état des lieux dans cette période charnière.
Les pays africains semblent ne pas être concernés par ce qui se trame outre-Atlantique. N’est-ce pas inquiétant ? Pourtant, à l’issue des confrontations en cours, émergera un univers géopolitique complètement réinitialisé, qui impulsera à coup sûr de nouvelles relations géoconomiques, qui s’imposeront à leur tour, aux pays africains, sans aucune possibilité pour ces derniers d’y échapper.
De la disponibilité des céréales ukrainiennes et russes, aux prix des équipements high-tech, dont les composantes sont issues des minerai critiques et des terres rares de l’Ukraine, tous les prix seront unilatéralement fixés par l’Occident et opposables aux consommateurs africains.
L’Amérique de Trump scellera le sort de l’USAID ou pas, mais définira la nouvelle nomenclature des relations USA-Afrique pour les prochaines décennies. C’est la raison pour laquelle la léthargie de notre continent et du tiers monde plus généralement, en ces temps de manœuvres aux sommets, inquiète.
Sur la scène internationale où se joue en ce moment le concert des nations, l’Afrique, éternelle musicienne sans instrument fonctionnel, dort et ronfle devant sa partition, une fois de plus, une fois de trop ! Elle attend que l’Occident, comme de coutume, décide à sa place. Est-elle à la hauteur des enjeux géostratégiques du moment ? Est-elle capable de se prendre entièrement en charge, planifier son avenir politique et sa survie économique en se projetant activement et intelligemment dans les meilleurs partenariats géostratégiques ? Bref, l’Afrique est-elle prête à écrire elle-même sa propre histoire ?
Hegel écrivait que l’Afrique, en dehors de l’histoire consciente de l’humanité dort dans les ténèbres. Faut-il donner raison à cet impertinent et laisser encore « les autres » définir notre avenir et réécrire notre histoire ?
Si on se réfère à la situation actuelle, marquée par des problèmes de sécurité économique pour les uns et de sécurité intérieure (qui entraine forcément de l’insécurité alimentaire et économique) pour les autres, le pessimisme est permis.
Les pays africains stables essaient de s’inscrire dans des perspectives de développement à moyens et longs termes, mais sont confrontés à la pression soutenue de populations démunies et impatientes.
Dans des pays confrontés à l’instabilité comme le Mali ou la RDC, les populations vivent l’incertitude et le martyr. Les populations africaines, dans leur grande majorité, souffrent pendant que le continent se disloque.
Récemment, trois États putchistes et donc illégitimes ont quitté la CEDEAO. Et comme si cela ne suffisait pas, ont créé dans la foulée l’AES (Alliance des États du Sahel). Pendant ce temps, l’Union Africaine cafouille et marque le pas comme de coutume, en montrant toutes ses insuffisances et son incapacité à être le cadre d’une vraie unité politique crédible et efficace. Elle se complaît, comme l’ONU, dans son statut de « mieux que rien ». L’Afrique est devenue entre-temps le champs délocalisé de la confrontation entre la Russie et la France et l’Union européenne plus généralement.
Ainsi, Ni la vision de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié, fondateur se l’OUA en 1963, ni celle du jamaïcain Marcus Garvay, ni le mouvement panafricaniste et l’ébauche des « États-unis d’Afrique» issue de la conférence de Manchester de 1945, animée par Patrice Lumumba, George Padmore, Jomo Kenyatta, Modibo Keïta, Kwame Nkrumah, et Ahmed Sékou Touré, pour ne citer que les plus populaires, n’auront permis l’éclosion d’une vraie communauté politique et économique africaine crédible.
Lorsqu'il prît la présidence tournante de l’Union Africaine (UA), remplaçant l’OUA début 2009, le colonel Kadhafi avait présenté à nouveau son projet d'États-Unis d'Afrique aux pays africains. Il envisageait une force militaire africaine conjointe, une monnaie africaine unique, et un passeport africain permettant la libre circulation en Afrique des ressortissants de tout pays africain.
Le projet était presque parfait mais c’était sans compter avec une Afrique divisée, des États fébriles et instables parce que gangrenés par des putschs à répétition, des chefs d’États aliénés à des puissances occidentales que l’avènement d’une Afrique forte n’enchantait guère et des pays plus préoccupés par leurs problèmes internes, qui ont finalement eu raison de ce projet qui aurait sûrement propulsé notre continent au rang de géant économique et de puissance militaire incontestée. Une grande puissance qui pourrait s’asseoir à la même table que les autres puissances économiques occidentales ou asiatiques, avoir les mêmes prérogatives politiques à l’international et un destin économiques plus enviables.
Aujourd’hui, l’Afrique est un continent faible et dépendant, sensible et souvent vulnérable, dont certains dirigeants tentent de souffler, vainement, sur la braise de l’unité pour la faire prendre. Et pourtant, c’est plus que jamais d’actualité. Mais l’Afrique est restée divisée avec beaucoup de leaders encore inféodés et partisans de la courtisanerie et des courbettes. Des dirigeants en quête de légitimité démocratique ou n’ayant aucune vision prospective dépassant leurs frontières terrestres, aucune ambition régionale et panafricaine, imbus juste de leurs intérêts personnels. Ces situations, transposées dans la plupart des pays d’Afrique, y auraient la même pertinence, tellement nos réalités sont similaires et superposables.
Face à cette situation, quel doit être le positionnement des pays africains ? Doivent-ils se recroqueviller dans des schémas politiques et économiques introvertis et afro-africains ? Ou doivent-ils prendre la mesure de l’interdépendance des économies dans un monde devenu global et s’organiser en vue de prendre toute leur place dans la nouvelle configuration des échanges internationaux ? Même si la désillusion a été grande de constater que l’interdépendance économique des États ne garantissait pas la paix et la stabilité du monde .
En effet, l’imbrication des relations internationales n’a pas réussi à empêcher l’annexion partielle de territoires souverains comme l’Ukraine ou la Palestine par Poutine et Netanyahu. Elle n’empêche pas non plus les saillies verbales et décisions révoltantes d’inhumanité et d’injustice du président américain Donald Trump, contre le Groenland, le canal de Panama ou le Canada. Des décisions prises en période de paix, contre des pays démocratiques et respectés avec lesquels les USA entretiennent des relations politiques, diplomatiques et économiques sans ambages.
Donc nous vivons une époque incertaine et dangereuse. Une époque néocolonialiste pendant laquelle les délires des superpuissances militaires remettent en cause la pacification présumée de l’espace politique international, longtemps promise et supposée garantie par l’interdépendance entre États souverains et démocratiques.
La géopolitique est le « réalisme », elle est aujourd’hui, comme qui dirait, le moteur de l’histoire qui s’écrit sous nos yeux. Elle enfantera des nouvelles bases géoéconomiques auxquelles toutes les économies du monde devront se plier.
Il est pourtant impossible de nos jours de s’enfermer dans un esprit de clocher. La misère et l’injustice n’affectent plus seulement ceux qui en souffrent mais menacent la prospérité et les droits de tous. Aucun État, aussi puissant soit-Il, ne peut tirer son épingle d’un jeu économique solitaire et isolé.
Donc les États africains doivent faire preuve de plus de responsabilité, en s’activant sérieusement dans l’édification d’une unité africaine capable de leur garantir une place respectable, vectrice de développement.
Il est nécessaire de consolider la CEDEAO et l’UA, les rares espaces communautaires dans lesquels certains États « légitimes » et démocratiques du continent peuvent se retrouver et s’organiser. Il est nécessaire de leur insuffler plus d’énergie pour accroître la volonté politique des États membres.
Si l’Afrique n’a pas de guerre totale en perspective, elle est cependant rongée par des guerres intestines archaïques. Des guerres ethniques, de religions, des guerres basiques, primitives, des rebellions armées. Mais aussi et surtout la menace jihadiste qui ronge et mine le Mali et menace la très fébrile stabilité politique de l’ouest africain. L’Africain est-il prêt à déléguer une partie de sa souveraineté à une organisation supranationale qui conférerait à tous ses membres encore plus de force ?
En tout cas en ces temps où le souverainisme a le vent en poupe, il est plus que jamais nécessaire de savoir en définir la portée et les limites. Parce qu’il n’incite pas à se « fédérer ». Car se fédérer, c’est aussi renoncer à une partie de sa souveraineté pour la déléguer à une entité fédérale qui, elle, serait autant de fois souveraine qu’elle aurait de membres. Donc on reçoit forcément plus que ce que l’on concède. Mais les chefs d’État africains ont longtemps aimé l’autocratie à travers des régimes présidentialistes forts.
Une organisation supranationale a des règles et y adhérer impose de les respecter. Nombreux sont les chefs d’Etat africains qui développent une allergie à toute formes de structures supranationales, qu’ils considèrent comme liberticides et fortement enclines à l’ingérence dans leurs affaires intérieures. Ce qui restreint leur souveraineté et juge leur façon de gouverner.
Il est urgent pour l’Afrique de se mobiliser pour sa propre survie économique et ensuite pour son existence en tant qu’entité territoriale significative sur la scène internationale.
Le 25 mai 1963, lors de la création de l’OUA, le fondateur, l’empereur Haïlé Sélassié déclarait déjà : "Ce dont nous avons besoin, c'est d'une organisation africaine par laquelle l'Afrique puisse faire entendre une seule voix. " La philosophie et les acquis des mouvements panafricains ou panafricanistes peuvent-ils servir de base à l’émergence d’une unification plus efficace ?
Le panafricanisme est « un mouvement et une idéologie politique qui promeut l'indépendance totale du continent. Un mouvement d'émancipation, d'affirmation et de réappropriation politique et culturelle de l'identité des sociétés africaines contre les discours colonisateurs des Européens ». Les mouvements diasporiques ayant animé l’évolution « vagabonde » du panafricanisme, l’ont documenté exhaustivement sur le plan intellectuel et doctrinal.
Depuis le mouvement des droits civiques de Martin Luther King, jusqu’à l’installation des blacks Powers de Stokely Carmichael à Conakry, en passant par le mouvement porté en Amérique du Sud et par des figure comme Fidel Castro, jusqu’à Nelson Mandela et Steven Biko et la lutte contre la politique de développement séparé ou apartheid.
Donc les générations actuelles doivent faire l’économie de confrontations idéologiques inutiles, énergivores et chronophages. Ces joutes intellectuelles, pseudo-révolutionnaires sont désormais obsolètes. L’heure est à l’action. Il faut être pragmatique. Les célébrations mémorielles ? Oui, mille fois oui, mais les Africains ne font que cela depuis toujours. Ne serait-il pas temps de célébrer autrement en se concentrant sur l’urgence économique du continent ? Les célébrations et autres demandes ne sont pas comestibles et les populations africaines ont faim et soif .
L’urgence est sur le plan des actes politiques réalistes et aux schémas économiques réalisables. La survie est la principale préoccupation des populations et sa sécurité économique doit être le principal défi.
Face à cet Occident qui s’organise pour ses propres intérêts et son avenir, sans aucun état d’âme et en abusant parfois de discours guerriers et d’actes criants d’injustices, l’Afrique doit se prémunir de tout ce qui pourrait constituer une menace géopolitique et géoconomique existentielle. Il faut un leadership fort. Une locomotive pour sensibiliser, convaincre à nouveau et porter le combat panafricain au sens ordinaire du mot.
Mais trêve de discours, de forums, de symposiums et autres conférences à n’en finir, pour définir, dénoncer, réinventer un concept qui existe déjà et a fait ses preuves intellectuelles . Maintenant, il faut avancer avec pragmatisme et méthode, organiser le réveil et jeter les bases du parachèvement d’une unité politique et économique.
Il faut des actes, des rencontres entre les dirigeants africains, entre jeunes étudiants, leaders africains partageant ce même idéal. Il manque une ou plusieurs personnes, une ou plusieurs voix et un ou plusieurs visages de référence pour porter le triomphe au dernier round du combat panafricain, sur le ring africain d’abord et ensuite à l’international. Cette locomotive charismatique, indiscutable et reconnue de tous manque à l’appel de cette dynamique nécessaire à notre temps.
Le défi pour l’Afrique d’aujourd’hui, est de garantir sa souveraineté politique pour pouvoir sécuriser ses ressources naturelles en vu de son indépendance économique. La responsabilité historique des chefs d’État africains est engagée. Ils doivent être des présidents de leur temps. C’est une lourde et impérieuse responsabilité car le destin de l’Afrique pour les prochaines décennies se joue en ce moment. Il est pendu à chacun de leurs actes.
Parallèlement aux rencontres et tractations des Occidentaux, les pays africains devaient déjà être également en branle-bas de combat. En train de se réunir, de s’organiser, d’organiser la riposte. Au lieu de tout cela, on a l’impression que l’Afrique est dans l’attentisme. Elle attend que les Occidentaux scellent le destin du monde …une fois de plus …une fois de trop.
Les États d’Afrique semblent sujets à un dilemme cornélien : s’enfermer ou s’ouvrir ? « Enracinement avant ouverture » semble applicable à la réalité économique africaine. S’appuyer sur ses ressources et moyens pour une ouverture plus optimale et des échanges aux termes moins dégradés.
En attendant, les populations africaines se nourrissent d’espoir et c’est déjà heureux, car l’Afrique disparaîtrait si elle s’abandonnait au désespoir. Mais il faut surtout se réveiller . C’est maintenant !
L'ÉPARGNE NATIONALE AU SERVICE DE L'ÉTAT
L'État sénégalais fait appel aux investisseurs locaux pour financer son budget 2025 avec une émission obligataire de 150 milliards FCFA, offrant des taux d'intérêt compris entre 6,40% et 6,95%
La société de gestion et d’intermédiation Invictus Capital & Finance déclare avoir été désignée par l’État du Sénégal pour effectuer une levée de fonds locale de 150 milliards de francs CFA en recourant à l’épargne nationale, pour financer des investissements prévus dans le budget de l’État en cours d’exécution.
‘’Cet emprunt obligataire, le premier de cette ampleur sous le mandat du président Bassirou Diomaye Faye’’, sera utilisé pour ‘’financer les investissements prévus dans le budget de l’État pour 2025’’, selon un communiqué d’Invictus Capital & Finance.
‘’Offrant des taux d’intérêt attractifs compris entre 6,40 % et 6,95 %, cette opération présente une opportunité intéressante pour les investisseurs, tout en assurant un financement stable et sécurisé pour l’État’’, affirme la société de gestion et d’intermédiation.
Selon elle, l’émission est orchestrée par la direction générale de la comptabilité publique et du Trésor, sous la supervision du ministère des Finances et du Budget.
‘’Invictus Capital & Finance joue un rôle central en tant qu’arrangeur principal et chef de file, aux côtés de Société générale Sénégal et de la Société générale Capital Securities West Africa, agissant en qualité de co-arrangeurs et co-chefs de file’’, ajoute le communiqué.
Les obligations seront cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières, ce qui, selon Invictus Capital & Finance, garantira leur liquidité et leur attractivité pour les investisseurs institutionnels et particuliers.
‘’Cette émission obligataire s’inscrit dans une stratégie de rationalisation des dépenses publiques et de mobilisation de financements internes. En cas de succès, elle contribuera à stabiliser le déficit budgétaire, à investir dans les infrastructures et à assurer une croissance durable’’, assure la société de gestion et d’intermédiation.
Elle affirme que ‘’la transparence dans la gestion de ces fonds, ainsi que l’efficacité des politiques fiscales et d’investissement seront déterminantes pour garantir la soutenabilité de la dette et restaurer la confiance des marchés’’.
La croissance économique du Sénégal devrait atteindre 9,3 % en 2025, selon le Fonds monétaire international. Il dit que cette croissance inhabituelle sera portée par la production de gaz du pays.
LA FIN DE L'USAID, UNE CRISE LIBÉRATRICE ?
L'arrêt de l'aide américaine par Trump pourrait paradoxalement libérer certains pays du Sud d'une relation d'assistance devenue, selon ses critiques, un instrument de contrôle géopolitique et de perpétuation des inégalités
(SenePlus) - La suspension de l'aide américaine au développement pourrait être l'occasion pour certains pays d'Afrique de réduire leur dépendance aux financements étrangers et de repenser leur modèle économique, selon plusieurs analystes.
Partout dans le monde, le gel brutal des financements de l'USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) par l'administration Trump a provoqué stupeur et inquiétude. Pourtant, certaines voix s'élèvent pour voir dans cette crise une potentielle opportunité, notamment en Afrique.
Comme le rapporte Courrier international dans son édition du 27 mars au 2 avril 2025, cette décision américaine pourrait constituer "un déclic pour l'Afrique", selon l'expression du chroniqueur zimbabwéen Tafi Mhaka, cité sur le site d'Al-Jazeera.
"Pour certains Africains, cette suspension de l'aide américaine offre une occasion en or à nos pays qui en dépendent de repenser les politiques et stratégies nationales de réponse aux besoins essentiels des populations", confirme également le média malien Bamada.net, cité dans l'article.
L'écrivain haïtien Patrick Prézeau Stephenson, sur le média participatif Rezonodwes, reconnaît que pour Haïti, le gel des 400 millions de dollars d'aide américaine annuelle "représente une crise existentielle pour des millions de citoyens". Mais il ajoute que "cette coupure brutale oblige également Haïti à se confronter à une réalité souvent éludée : la nécessité de repenser son modèle de développement et de réduire sa dépendance à l'aide extérieure".
L'article évoque également les "effets pervers sur le long terme" de la dépendance à l'USAID, notamment le "sabotage de l'agriculture locale", "l'érosion de la souveraineté" et les "projets de développement ratés".
Si ces pays redoutent des conséquences catastrophiques à court terme, les critiques du modèle d'aide actuel sont nombreuses. L'anthropologue sud-africaine Kathryn Mathers, citée dans l'article, estime que "l'aide humanitaire s'est toujours inscrite au sein d'un projet néocolonial".
Le journaliste kényan Patrick Gathara va plus loin dans Al-Jazeera en affirmant que "le système d'aide internationale est un outil de contrôle géopolitique qui a servi à perpétuer les inégalités plutôt qu'à les effacer".
La question demeure néanmoins : ces pays parviendront-ils à "transformer cette crise en une occasion de renouveau, ou sombreront-ils encore plus profondément dans le chaos?" comme s'interroge Patrick Prézeau Stephenson.
SARKOZY FACE À 7 ANS DE PRISON
Après douze semaines d'audience dans l'affaire du financement libyen, des peines sévères ont été requises contre les prévenus. Le procureur dénonce "un tableau très sombre d'une partie de notre République", marqué par "une corruption de haute intensité"
(SenePlus) - Le Parquet national financier (PNF) a requis jeudi 27 mars des peines exemplaires contre Nicolas Sarkozy et ses coaccusés dans l'affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, au terme de douze semaines d'audience marquées par des révélations accablantes.
"C'est un tableau très sombre d'une partie de notre République qui s'est dessiné", a déclaré le procureur Sébastien de La Touanne, évoquant "une corruption de haute intensité, attisée par l'ambition, la soif de pouvoir, la cupidité et qui a tissé sa toile jusqu'aux plus hautes sphères de l'État", selon le compte-rendu d'audience publié par Le Monde.
Le ministère public a dressé un portrait sans concession de l'ancien président, décrivant un homme politique dont "l'énergie et le talent" auraient été mis au service d'une "quête effrénée" de financements pour satisfaire ses "ambitions politiques dévorantes". Cette quête l'aurait conduit à conclure ce que le parquet qualifie de "pacte de corruption faustien, avec un des dictateurs les plus infréquentables", en la personne de Mouammar Kadhafi.
Le procureur a rappelé que le dirigeant libyen était responsable de la mort de 170 personnes dans l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989, et de 270 autres dans celui de Lockerbie. Un pacte qui, selon l'accusation, "signe la négation des devoirs de probité et d'exemplarité qu'attendent nos concitoyens, heurte la mémoire des victimes et méprise les règles du financement de la vie politique".
Des réquisitions historiques contre tous les prévenus
Pour Nicolas Sarkozy, poursuivi pour "corruption", "association de malfaiteurs", "recel de détournement de fonds publics" et "financement illégal de campagne", le parquet a requis sept ans de prison ferme, 300 000 euros d'amende, cinq ans d'inéligibilité et d'interdiction d'exercer une fonction juridictionnelle, notamment au Conseil constitutionnel.
L'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant, décrit comme un "haut fonctionnaire à la carrière préfectorale en apparence exemplaire" mais qui aurait "réceptionné des valises de billets", risque six ans de prison, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Le parquet a également demandé la confiscation de son appartement dans le 16e arrondissement de Paris, acquis grâce à "un demi-million d'euros de la Libye".
Brice Hortefeux, proche de Nicolas Sarkozy, est visé par une peine de trois ans ferme, 150 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Quant aux intermédiaires, Ziad Takieddine, qualifié d'"agent de corruption" et actuellement en fuite au Liban, encourt six ans de prison et trois millions d'euros d'amende, tandis qu'Alexandre Djouhri, "reçu à cinquante-neuf reprises à l'Élysée", risque cinq ans ferme et 4 millions d'euros.
D'autres accusés font l'objet de réquisitions sévères, notamment le Libyen Bechir Saleh (six ans ferme et 4 millions d'euros), le banquier suisse Wahib Nacer (quatre ans et un million d'euros) et les cousins milliardaires saoudiens Khaled et Ahmed Salem Bugshan, qui auraient "prêté leurs comptes bancaires pour noyer les flux de la corruption".
La défense dénonce "l'outrance" des accusations
Face à ces réquisitions, Nicolas Sarkozy a immédiatement réagi dans un communiqué publié sur le réseau social X, dénonçant "les constructions intellectuelles" du parquet qui "bafouent les principes fondamentaux du droit". L'ancien président français estime que "la fausseté et la violence des accusations et l'outrance de la peine réclamée" ne visent "qu'à masquer la faiblesse des charges alléguées", rapporte Le Monde.
Le procès, d'une ampleur inédite pour un ancien chef d'État français, doit se poursuivre lundi 31 mars avec les premières plaidoiries de la défense. Selon l'accusation, il est "parfaitement établi que Nicolas Sarkozy a agi en dehors de ses fonctions de ministre de l'intérieur pour conclure un pacte de corruption avec Mouammar Kadhafi" et qu'"une fois élu président de la République, il a poursuivi l'exécution du pacte de corruption en détournant les moyens de sa fonction pour favoriser les intérêts du régime libyen".
LE DOUBLE JEU DU FMI
Derrière la révélation de la dette "cachée" de 7 milliards de dollars se cache un jeu d'influence où le Fonds apparaît à la fois comme censeur et complice d'un système financier bâti sur des promesses d'hydrocarbures qui tardent à se concrétiser
(SenePlus) - Le Fonds monétaire international vient de confirmer l'existence d'une dette cachée de 7 milliards de dollars au Sénégal, accumulée entre 2019 et 2024 sous la présidence de Macky Sall. Cette annonce, qui fait suite aux révélations de la Cour des comptes le mois dernier, soulève pourtant une question fondamentale : comment une telle situation a-t-elle pu échapper à la vigilance d'une institution financière internationale connue pour sa rigueur ?
Une information "différée" plutôt que "dissimulée"?
L'économiste Yves Ekoué Amaïzo, président du think tank Afrocentricity, apporte un éclairage nuancé sur cette situation apparemment paradoxale. "Le représentant du FMI ne parle pas justement de dissimulation ou de cachette. Ils sont beaucoup plus prudents car ce sont des gens qui sortent des organisations internationales. Ils parlent plutôt de comptes où l'information a pu être différée," explique-t-il à RFI.
Cette distinction terminologique n'est pas anodine. Elle révèle la posture ambiguë du FMI qui, tout en pointant désormais du doigt cette dette non comptabilisée, semble chercher à minimiser sa propre responsabilité dans cette affaire.
"Est-ce que le FMI n'était pas au courant? J'en doute. Ce n'est pas possible. Lors des discussions, tout ceci se sait," affirme catégoriquement M. Amaïzo. Cette déclaration met en lumière le premier aspect du double jeu de l'institution : comment le FMI, qui impose un processus rigoureux de sept étapes avant d'accorder un prêt, aurait-il pu ignorer l'existence de ces 7 milliards de dollars?
Le pari risqué sur les hydrocarbures
Le second aspect de cette ambivalence concerne les projections économiques du Sénégal. "C'est ce même FMI qui a donné des statistiques très intéressantes, croissance économique et autres pour le Sénégal, justement sur la base de ces rentrées d'argent aux recettes du pétrole et des hydrocarbures," rappelle l'économiste.
En d'autres termes, le FMI a non seulement fermé les yeux sur cette dette "différée", mais a également cautionné la stratégie financière du gouvernement Sall basée sur des revenus pétroliers et gaziers futurs. Une stratégie qui s'est révélée problématique puisque, comme le précise M. Amaïzo, "les premières recettes ne vont démarrer que cette année, voire peut-être fin d'année, début de l'année prochaine."
Cette situation met en évidence un mécanisme pernicieux : en autorisant implicitement le Sénégal à reporter la comptabilisation de certaines dettes en prévision de recettes futures, le FMI a contribué à créer une fiction budgétaire qui éclate aujourd'hui au grand jour.
Entre supervision financière et non-ingérence politique
Le FMI justifie généralement sa position par un principe de non-ingérence : "Le problème du FMI, ce n'est pas d'aller s'ingérer dans les affaires politiques du gouvernement, mais de s'assurer que la dette en question, ou la partie de la dette en question, si le gouvernement s'engage à la régler et promet de le faire, ça ne pose pas de problème."
Cette posture révèle une contradiction fondamentale. D'un côté, l'institution impose des "conditionnalités" strictes, exigeant des États qu'ils "suivent une politique économique libérale". De l'autre, elle se retranche derrière le principe de souveraineté nationale lorsque surgissent des problèmes de transparence financière.
Les vrais enjeux pour le nouveau gouvernement sénégalais
Pour le nouveau gouvernement sénégalais, les conséquences de ce double jeu du FMI pourraient être lourdes. L'expert anticipe des pressions considérables : "Le FMI et ceux qui sont derrière le financement du budget pour le Sénégal vont reposer des conditions qu'on ne change pas les contrats qui suivent."
Cette situation place le Sénégal dans un dilemme : soit accepter l'héritage contractuel du régime précédent, potentiellement défavorable aux intérêts nationaux, soit risquer de s'aliéner les institutions financières internationales en renégociant ces accords.
Un système qui dépasse le cas sénégalais
L'affaire sénégalaise illustre un problème systémique plus large concernant le rôle des institutions financières internationales dans les pays en développement. Le FMI, censé être le gardien de la stabilité financière mondiale, se retrouve régulièrement dans une position ambiguë, à la fois juge et partie dans les stratégies économiques des États qu'il supervise.
Cette ambivalence est particulièrement problématique pour les pays africains riches en ressources naturelles. En encourageant des projections optimistes basées sur l'exploitation future de ces ressources, le FMI participe parfois à la création de bulles budgétaires qui, lorsqu'elles éclatent, sont présentées comme des manquements à la transparence de la part des gouvernements locaux.
Le cas du Sénégal rappelle ainsi que la dette publique n'est pas qu'une question technique, mais un enjeu profondément politique où les responsabilités sont souvent partagées entre les gouvernements nationaux et les institutions financières internationales qui les supervisent - avec, trop souvent, un double discours qui finit par peser sur les populations.
Par Alioune Tine et Amrit Singh
LA LOI D’AMNISTIE, LE DÉNI DE JUSTICE PERMANENT ?
La loi d'amnistie, telle qu'interprétée par la proposition législative, nécessite des améliorations pour se conformer à l'État de droit. L'introduction d'une exemption pénale pour les acteurs politiques conduirait à une discrimination dangereuse
Alioune Tine et Amrit Singh |
Publication 27/03/2025
Une proposition de loi en passe d’être adoptée au Sénégal ravive les tensions au sujet de l’amnistie. Cette proposition vise à interpréter la loi du 13 mars 2024 ayant accordé l’amnistie pour les crimes et les délits liés à des manifestations politiques ou ayant des motivations politiques qui ont été commis entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024.
Lors de ces évènements, soixante-cinq personnes ont été tués et près d’un millier ont été détenues arbitrairement, maltraitées et parfois torturées, selon plusieurs organisations de défense des droits humains et un collectif de journalistes. La loi d’amnistie a été adoptée dans « un esprit de réconciliation », tel que déclaré par le président de l’époque, Macky Sall. Elle a permis l'organisation des élections présidentielles de 2024 et une transition pacifique du pouvoir à Bassirou Diomaye Faye, qui a été libéré de sa détention grâce à la loi. M. Faye a rapidement nommé le chef de l'opposition Ousmane Sonko au poste de premier ministre, lui aussi libéré en vertu de la loi d'amnistie.
Si cette loi a effectivement sorti le Sénégal d'une impasse politique, elle a introduit l'impunité dans un pays qui a longtemps fait figure de modèle en matière de protection des droits humains. Comme l'ont démontré nos organisations dans un rapport publié en janvier dernier, la loi d'amnistie est en tout point contraire au droit international et à la jurisprudence des juridictions régionales telles que la Cour et la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, et la Cour de justice de la CEDEAO. Elle contredit tous les principes énoncés par les Nations Unies.
En l'état, la loi empêche les victimes des pires abus d'accéder à toute forme de justice. Les victimes sont privées de leur droit à un recours effectif pour les violations qu'elles ont subies. Leur droit de connaître la vérité sur les abus est réduit à néant. La loi piétine l'obligation du Sénégal d'enquêter et de poursuivre les personnes susceptibles d'être pénalement responsables de violations flagrantes des droits de l'homme. Enfin, en offrant une immunité inconditionnelle aux bourreaux sans exiger d'eux qu'ils remplissent la moindre condition préalable, la loi sacralise l'impunité.
L’espoir fut toutefois retrouvé lorsqu'en décembre 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé son intention d'abroger cette loi, « pour que toute la lumière soit faite et les responsabilités établies de quelque bord que ce soit », et que des fonds destinés aux victimes soient inscrits dans le projet de loi de finances pour l'année 2025.
La proposition de loi récemment déposée par un député de la majorité de M. Sonko était censée acter cet engagement. En réalité, elle fait tout le contraire.
Non seulement la proposition de loi n'abroge pas la loi, mais elle représente aussi, selon les observateurs politiques, un changement radical de position de la majorité, suggérant que celleci préfère maintenir une amnistie à son seul avantage.
La proposition de loi, qui ne vise qu'à fournir une interprétation de la loi d'amnistie, soulève plus de questions que ne fournit de réponses.
Nous admettons que le préambule suscite de l'enthousiasme, puisqu'il indique que la proposition vise à « adapter le corpus juridique interne » aux obligations internationales du Sénégal en vertu de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que du Statut de Rome. Elle exprime à juste titre que l'interdiction de la torture et les crimes du Statut de Rome ne peuvent bénéficier d'une amnistie. Cependant, la proposition elle-même reste silencieuse sur ce point fondamental alors qu'elle devrait l’aborder expressément, la force contraignante d'un préambule étant laissée à l'appréciation du juge.
Le principal ajout de cette proposition de loi est de préciser que l'amnistie s'applique aux actes « ayant exclusivement une motivation politique ». Cette précision est loin de répondre aux exigences de l'État de droit, car elle contrevient à deux principes juridiques fondamentaux : la sécurité juridique et l'égalité devant la loi.
S’agissant d’abord du principe de sécurité juridique. La clarté, la détermination, l'accessibilité et la prévisibilité constituent des exigences essentielles de toute loi affectant la responsabilité pénale. Alors que la loi d'amnistie sénégalaise initiale couvre les actes criminels liés à des manifestations politiques ou ayant des motivations politiques, le projet de loi précise que la loi s'applique aux actes « ayant une motivation exclusivement politique ». Malheureusement, sans offrir quelque définition à cet ajout, le projet de loi sème le flou.
Il est évident que l'amnistie s'applique traditionnellement aux crimes et délits politiques, qui constituent des types d’incriminations pour lesquels des mesures alternatives, comme la négociation, pourraient efficacement permettre de restaurer l'État de droit, rétablir la confiance dans les institutions et prévenir de nouveaux délits
Cependant, il est essentiel que les lois d'amnistie soient formulées avec suffisamment de précision et de clarté concernant le champ d’application personnel, matériel et temporel de l'amnistie, tant ces lois ont une incidence sur la responsabilité pénale dans un contexte sociétal sensible. Distinguer les actions politiques des autres actions sociales peut être une démarche subjective et spécifique au contexte.
Le motif exclusivement politique dans la proposition de loi, érigé en critère principal pour déterminer le champ d'application de la loi, ne répond pas à l'exigence de précision et de clarté. Bien que la proposition prétende ne rien ajouter à la loi, elle précise que les faits se rapportant aux manifestations ne sont amnistiés que s’ils ont une motivation exclusivement politique. Cela signifie-t-il que seuls les manifestants demandant un changement politique sont couverts par l'amnistie ? Qu'en est-il des forces de sécurité qui réagissent violemment aux manifestants, agissent-elles exclusivement par motivation politique ? Qu’en estil des milices privées armés qui tirèrent sur les manifestants ? De même, quel sort pour les jeunes apolitiques qui ont suivi le courant populaire, se sont laissés entraîner et ont commis des infractions contre des bâtiments publics ? L'amnistie les couvre-t-elle ?
Nous pensons que le critère de « motivation exclusivement politique » devrait être clarifié, sinon supprimé. La proposition devrait en outre énumérer clairement les crimes et délits qui seront amnistiés.
Ensuite, cette proposition législative menace une norme juridique fondamentale : l'égalité devant la loi. Cette dernière exige que les critères de l’amnistie ne soient pas conçus pour couvrir des individus spécifiques. Le manque de lisibilité de la proposition pourrait être un stratagème pour restreindre l'amnistie à certains individus seulement. Cependant, l'introduction d'une exemption pénale pour les acteurs politiques conduirait à une discrimination dangereuse et pourrait contribuer à légitimer la violence politique, comme l'a affirmé un observateur sénégalais
Dans l'ensemble, la loi d'amnistie, telle qu'interprétée par la proposition législative, nécessite des améliorations cruciales pour se conformer aux normes de l'État de droit. En l'état, et si le Parlement adopte le projet de loi interprétatif, la loi d'amnistie demeurera en violation flagrante du droit international. Elle continuera à priver les victimes des pires abus des droits humains de toute forme de justice. Et elle bloque l’obligation du Sénégal d'enquêter pour faire éclater la vérité sur les événements tragiques, de situer les responsabilités et de poursuivre les personnes susceptibles d'être pénalement responsables.
Alioune Tine est fondateur d’Afrikajom Center de Dakar.
Amrit Singh est Professeure de droit et directrice exécutive du Rule of Law Impact Lab de l’école de droit de Stanford.
LE PUDC, UN DÉSASTRE
Chantiers inachevés, travaux mal faits, entreprises au bord de la faillite, poursuites judiciaires… Retour sur l'un des programmes phares du régime précédent, dont on a souvent vanté les mérites
Chantiers inachevés, travaux mal faits, entreprises au bord de la faillite, poursuites judiciaires… ‘’EnQuête’’ revient sur l'un des programmes phares du régime précédent - le Programme d'urgence de développement communautaire (PUDC) - dont on nous a souvent vanté les mérites, en mettant en avant ses nombreuses réalisations.
Près de 500 milliards F CFA dépensés par le gouvernement du Sénégal dans le Programme d'urgence de développement communautaire (PUDC). Plus de 123 milliards rien que dans la première phase mise en œuvre entre 2015 et 2018. Pour le deuxième volet, un budget estimatif de 300 milliards a été annoncé, lors de la cérémonie de lancement par le président de la République Macky Sall. Ce qui fait, au total, une enveloppe de 423 milliards F CFA supposés être engloutis dans les différents travaux de ce programme. Dans le PTBA (Programme de travail du budget annuel de 2024), l'alors ministre chargé du Développement communautaire, Thérèse Faye, avait fait le bilan de huit ans d'exécution de ce programme d'urgence. Elle annonçait la réalisation de 827 km de pistes de désenclavement, 328 systèmes d'alimentation en eau potable et 857 villages électrifiés, entre autres grandes réalisations sur la période.
Pour aller vite dans ce programme d'urgence, l'État s'était attaché les services du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui était chargé de l'exécution. À ce titre, il était signataire de tous les contrats avec les entreprises engagées dans le cadre de ce processus.
À peine trois ans après le lancement, le PNUD avait quitté la barque, laissant sur place de nombreux chantiers inachevés, des chefs d'entreprises désemparés, contraints de faire face à des fonctionnaires peu soucieux de leur sort, des agents qui leur en ont fait voir de toutes les couleurs, en méconnaissance de plusieurs termes de leurs contrats. Depuis, certains d'entre eux peinent à se relever, tenaillés entre les difficultés économiques, les nombreuses dettes envers leurs créanciers et fournisseurs, l'impossibilité d'obtenir un quitus fiscal...
“Je suis complètement ruiné à cause de ce programme. Nous avons été dupés par le PNUD et le PUDC”, témoigne Papa Ngagne Dièye, la cinquantaine révolue, mandataire du groupement d'entreprises EAK-GCI et fondateur de GCI Construction. Une entreprise qu'il a bâtie après des efforts inlassables, beaucoup de résilience et de sacrifices. “Je me rappelle des nuits passées dans les rues de la Médina ou de Pikine à réparer des réseaux d'assainissement et de voirie. Tout ça a été anéanti par le PNUD et le PUDC”, rapporte-t-il, la voix emplie de tristesse.
La désillusion des entreprises
Avant le programme, GCI était en pleine croissance. Aujourd'hui, après avoir participé à ce programme, ses activités sont complètement à l'arrêt. Ses machines immobilisées dans les chantiers. Ses bureaux fermés. Ses employés envoyés en chômage technique à cause des lourdes pertes financières. Et elle est loin d'être la seule entreprise dans cette situation. D'autres vivent le même calvaire depuis bientôt cinq longues années voire plus. Directeur général de Negodis, Doudou Condé explique dans un mémorandum que nous avons parcouru comment le PNUD et le PUDC ont coulé son entreprise. En sus d'un préjudice moral jugé énorme, de la détérioration de son image, il invoque “un redressement par les impôts pour un montant de 500 millions de francs ; des problèmes avec la douane pour la régularisation de 257 millions déclarés (injustement) au nom de Negodis et toujours non régularisés...” ; des procédures interminables avec ces administrations ; plus de 300 millions de frais financiers auprès de sa banque du fait notamment des retards de paiement.... Tous ces préjudices, selon lui, résultent de manquements imputables au PNUD et au PUDC, qui n'ont rien fait pour les aider à sauver leurs entreprises.
Selon les termes des contrats signés avec les entreprises, le PNUD devait payer les factures dans un délai de 15 jours, suivant leur présentation. Sous ces conditions et tenant compte du sérieux présumé de cet organisme international, les banques, d'habitude réticentes, n'ont pas hésité à apporter leur concours. Papa Ngagne Dièye : “Les termes du contrat étaient très motivants et devaient nous éviter de recourir à des concours bancaires sur des délais longs et à des coûts financiers exorbitants. Avec le PNUD et la charte de transparence et de lutte contre la corruption établie, nous pensions que cela nous mettait à l’abri de certaines pratiques courantes dans nos administrations telles que les lenteurs administratives, la corruption et la concussion avec comme corolaires les conflits d’intérêts. C'est dans ces conditions que nous tous nous étions engagés.”
Le PNUD tenu pour “complice” de tous les manquements de la première phase
Mais dès les premières semaines surgirent les premiers problèmes : avec des retards de paiement, des variations substantielles des termes des contrats dues à des erreurs de conception, entre autres pratiques que les chefs d'entreprises jugent dolosives. Monsieur Dièye donne son exemple dans son premier contrat portant sur la réalisation d'une piste rurale de 12,5 km dans la région de Matam. “Nous avions réalisé le contrat (initial) et 50 % des avenants dans le délai contractuel de 3,5 mois – délai anormalement court - mais que nous avions tenu à respecter parce qu’étant contractuel”.
À sa grande surprise, il sera immobilisé (personnel et matériel) durant sept mois sur le site, pour la validation des avenants restants et l’achèvement des travaux. “Nous avions fait ce sacrifice, car en ce moment, notre niveau de motivation était à son maximum à cause de notre attachement au programme. Mais il était étonnant de constater que pour ce petit projet, nous nous retrouvions avec autant d’avenants, à cause de mauvais choix techniques. Ce qui démontrait à suffisance la non-maîtrise du projet par l’équipe composée d’experts sénégalais recrutés par le PNUD pour gérer la dimension technique du programme. Cela montre également que le PNUD n'était pas outillé pour mener à bien ce genre de projets”, a-t-il indiqué.
Les mêmes problèmes ont aussi été notés dans l'exécution du deuxième contrat gagné en 2015 grâce à ses performances et plus tard dans l'exécution du troisième contrat. Comme pour le premier contrat, il a encore perdu beaucoup d'argent dans l'exécution du deuxième contrat ; pour une piste de 38 km toujours dans la région de Matam. “Après plusieurs mois d’hésitations sur le choix de l’itinéraire, le PNUD a fini par choisir de relier la route nationale de Matam à Lougrethiolly. Ce qui devrait nous amener à réaliser une route de 50 km en lieu et place de 38 km contractuels. Ainsi, non seulement le linéaire a augmenté, mais aussi l’itinéraire a changé impactant le nombre d’ouvrages d’assainissement. Ce qui nous donnait droit à un avenant de 600 000 000 F CFA environ”, confie-t-il, soutenant que le PNUD et le PUDC n'ont pas voulu réparer ces préjudices, sous le prétexte qu'au-delà de 30 % du marché de base, l'avenant doit être validé par New York. C'est pour ne pas en arriver là qu'on essayait par des subterfuges de gérer les difficultés.
Retour sur le déni de responsabilité du PNUD
Comme pour ne rien arranger, en 2018, le PNUD décide de se retirer. Aux entreprises qui avaient encore des travaux en cours, elle impose une cession de contrat avec la direction nationale du PUDC. Une proposition à prendre ou à laisser. Motif invoqué : le contrat qui le liait à l'État dans le cadre de cet appui technique était arrivé à terme. Pour légitimer cette “rupture”, il a été reproché aux entreprises de n'avoir pas terminé les travaux dans les délais requis. Des accusations rejetées par les chefs d'entreprise, qui accusent l'agence d'être à l'origine des retards. “En réalité, si nous n’avions pas pu finir les travaux objet de nos contrats dans les délais contractuels qui étaient supposés être couverts par la durée de la première phase du Programme, c’était bien évidemment de la seule responsabilité du PNUD qui a failli gravement à tous ses engagements contractuels, avec notamment le non-respect des délais de paiement contractuels, les variations substantielles de quantités, entre autres causes”, se défend le mandataire de EAK-GCI, rappelant l'exemple de son premier contrat dans lequel il a été immobilisé plus de sept mois pour validation des avenants.
Par ailleurs, dénoncent plusieurs chefs d'entreprises, l'agence onusienne a royalement ignoré leurs différents courriers de mars 2018 à avril 2019, alors qu'ils étaient toujours en contrat selon M. Condé. En lieu et place, c'est la Direction nationale du PUDC qui leur a envoyé le 5 octobre 2018 une lettre dans laquelle elle leur fait part d'un protocole de cession de contrat en sa faveur. “La Direction nationale n’était pas partie prenante au contrat. Le PNUD, notre seul et unique cocontractant, n’a pas daigné nous écrire directement pour discuter des conditions de cession. Nous répondîmes à la DN-PUDC que nous n’allions pas signer le protocole pour plusieurs raisons dont l’une était l’absence de solidarité du PNUD en cas de non-paiement par l’État du Sénégal”, insiste-t-il.
C'est dans ces conditions que l'ancienne représentante résidente, Mme Bintou Djibo, a été affectée au Niger. Sa remplaçante, Mme Priya, dès son installation, avait refusé de s’impliquer, dans le sens d’un redressement effectif de la situation laissée par sa prédécesseur.
Une entreprise espagnole saisit le tribunal de La Haye
Avec le retrait du PNUD, entrent en jeu des fonctionnaires de l'État du Sénégal qui ont fini d'achever les entreprises. Ces fonctionnaires en voulaient à certains nationaux qui n'étaient pas favorables à la cession de contrats et qui avaient refusé au départ d'y adhérer.
Ces derniers ont dû faire face à ce qu'ils considèrent comme du sabotage, des représailles et un mauvais traitement qui les a précipités dans la dèche. Monsieur Dièye : “Le coordonnateur du programme au départ du PNUD était très remonté contre tous ceux qui n’avaient pas systématiquement signé lesdits protocoles de cession de contrats. Pour lui, le refus de signer était assimilable à de l’insubordination, et de la défiance à l’État du Sénégal. Alors que nous ne faisions que prévaloir nos droits.”
Devant leur refus persistant de signer, le coordonnateur avait fini par recevoir des représentants du groupe pour les inciter à signer, afin d’accéder aux paiements de leurs décomptes en souffrance. C’était, selon lui, la seule alternative puisque le PNUD était de toutes les façons déjà parti.
Avec lui, la détérioration des rapports s'est accentuée. “Après nous avoir plongés dans des difficultés incommensurables, le Coordonnateur du PUDC se plaisait à nous mépriser et à nous traiter de défaillants dans la presse. Nous confirmons que le PNUD et le PUDC nous ont effectivement rendus entreprises défaillantes. Mais en ce qui concerne nos contrats PNUD PUDC, nous les avons honorés pour l’essentiel, malgré les dysfonctionnements relatés et dont le PNUD et le PUDC sont totalement responsables.”
Papa Ngagne Dièye et Condé appellent de tous leurs vœux une évaluation exhaustive sur tout ce qui s'est passé, afin de situer les responsabilités entre les entreprises, la Direction nationale et le PNUD. Le plus cocasse, pensent-ils, c'est qu’après la cession de contrat, le PNUD est encore revenu dans le jeu lors de la deuxième phase. Cette fois, juste pour aider l'État à contourner les dispositions du Code des marchés publics.
À noter que cette affaire PUDC risque d'atterrir devant les tribunaux internationaux. Une entreprise espagnole du nom d’Atersa avait en effet saisi une Cour permanente d'arbitrale également appelée tribunal de La Haye, conformément aux dispositions contractuelles, pour faire trancher le contentieux l'opposant au PUDC et au PNUD. Les nationaux non plus n'écartent pas l'hypothèse de saisir les juridictions. Mais avec l'avènement de l'alternance, ils espèrent ne pas en arriver à ce stade.
Diomaye demandait l'inventaire de tous les chantiers inachevés
À l'occasion du Conseil des ministres du mercredi 19 mars dernier, le président de la République revenait sur cette problématique des chantiers inachevés et donnait des instructions pour une prise en charge efficiente.
“Il est constaté, depuis plusieurs années, un nombre important de chantiers inachevés dans plusieurs localités du Sénégal. C’est le cas dans les secteurs de l’enseignement supérieur, de l’éducation, de la formation professionnelle et technique, de la santé, de l’énergie, de l’assainissement, des routes et des sports”, indiquait le communiqué du CM qui ne s'adressait pas exclusivement au PUDC.
Aussi, le chef de l'État enjoignait au Premier ministre “de faire procéder, dans chaque ministère, au recensement exhaustif des projets de construction inachevés et de proposer les voies et moyens de restructuration et de relance desdits chantiers, dans le respect du Code des marchés publics et des procédures du ressort de l’Agence judiciaire de l’État”.
Il avait également souligné l’urgence de faire le point sur les projets relevant du PUDC, de Promovilles, du PNDL et du Puma, différents programmes dont la mutualisation des interventions participe du renforcement de l’efficacité de la territorialisation des politiques publiques.
Auparavant, le Premier ministre avait aussi annoncé un audit sur ce programme.