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6 avril 2025
Opinions
Par Khady Gadiaga
LA RESILIENCE A L’EPREUVE DE LA SOLIDARITE, UN CHANGEMENT DE PARADIGME ?
Dans une ère marquée par les changements climatiques et leurs lots de désolation, la nécessité d’une résilience du territoire, doit être valable pour ceux qui seront inondés et pour ceux qui ne seront pas inondés mais qui seront impactés.
Dans une ère marquée par les changements climatiques et leurs lots de désolation, la nécessité d’une résilience du territoire, doit être valable pour ceux qui seront inondés et pour ceux qui ne seront pas inondés mais qui seront impactés.
Les catastrophes naturelles tels que les tremblements de terre, ouragans et autres inondations d'envergure comme celle survenues dans le Nord-Est du Sénégal n'épargnent plus aucun pays africains, en témoignent les récents désordres écologiques constatés au Maroc, en Libye, au Mali, etc... et qui ont semé le chaos induisant un énorme besoin de reconstruction.
La résilience, moteur de prévention des risques
La résilience se définit par une capacité collective à retourner au plus vite à un état de fonctionnement normal suite à un choc violent. Or, le concept de résilience n’est toujours pas moteur dans la prévention des risques dans nos pays car il entre en contradiction avec deux substrats des représentations institutionnelles du fonctionnement d’un territoire urbain : d’une part, ce qui fait la normalité d’un fonctionnement et, d’autre part, le sens de la collectivité dans une société urbaine, c’est-à-dire les liens collectifs constituant la solidarité sociale.
L’appréhension de l’aléa d’inondation se confronte au système urbain - constamment mouvant - résultant de l’accumulation de sous-ensembles tels que les infrastructures de transport, les activités économiques ou l’habitat. Qui dit système urbain dit l’ensemble des interactions entre un territoire et une histoire sociale, créatrice de solidarités.
La solidarité est ici l’ensemble des liens unissant entre eux les membres d’un groupe social.Face à une perturbation, telle qu’une inondation, l’évolution des cohésions sociales reflète la nature du système urbain.
La volonté pour nos gouvernants de développer une forme de résilience urbaine dans les politiques de prévention des inondations doit être une lecture de la solidarité entre les territoires qui sont inondables et ceux qui seraient hors d’eau, mais également de la solidarité sociale au sein des systèmes urbains.
La transition écologique au cœur des stratégies de marque territoriale
Aujourd’hui plus que jamais, le préfixe éco- se conjugue à toutes les échelles : éco-quartier, éco-city, éco-mobilité, etc. La question se porte néanmoins sur la véritable pertinence de ces choix écologiques, sociétaux et surtout politiques.
Raison de plus pour l'État du Sénégal d'user d'outils puissants pour forger les politiques publiques et amorcer des transformations territoriales.
Les sujets de transition écologique doivent impérativement être au cœur de ces stratégies de narration, d'action et de marque territoriale.
Il s’agit aussi de s’intéresser et de déconstruire les différents désirs et biais culturels qui façonnent une politique donnée pour comprendre les réels intérêts de la naissance de ces politiques et les acteurs territoriaux impliqués et qui prônent un développement durable et maîtrisé..
Par Mohamed GUEYE
VISION 2050, UN MANQUE D’AMBITION CRIARD !
Comment, en disposant de plus de moyens, Ousmane Sonko et Diomaye Faye peuvent-ils faire montre de si peu d’ambitions pour leur pays, surtout par rapport à quelqu’un à qui ils promettaient naguère, le poteau d’exécution pour manque d’ambition ?
Le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko a décidé de jeter de la table le Plan Sénégal émergent qui, depuis 2014, a guidé les politiques publiques dans ce pays. Plus encore, le chef du gouvernement a indiqué que les chiffres de l’économie, tels que présentés par ses prédécesseurs, ont été tout simplement «maquillés» pour embellir une situation économique qui n’était pas loin de la catastrophe. Pour imager la situation telle qu’il l’a trouvée, il a dit à la face du monde : «Nous avions pensé accéder au rez-de-chaussée de la maison, alors que nous étions au quatrième sous-sol.» Sans expliquer le besoin qu’il a ressenti, avec des membres de son gouvernement, de présenter un tableau aussi sombre de la situation du pays, il a déclaré que la Cour des comptes allait certainement confirmer les chiffres indiqués dans ce «Rapport sur la situation des finances publiques» pour la période 2019-2023. Une bonne partie de ce travail a été réalisé par les membres de l’Inspection générale des finances (Igf). On se rappelle -juste une petite digression- qu’un autre travail de l’Igf, le fameux rapport qui avait servi à incriminer l’ancien ministre Mame Mbaye Niang dans le «scandale» du Prodac, et qui a, in fine, abouti à faire condamner Ousmane Sonko pour diffamation, ce fameux rapport, dit-on, avait été à un moment renié par ses initiateurs. Or, il semble qu’il doive incessamment être ressuscité, pour sans doute, aider à reprendre le procès de Sonko. Cette Igf semble, depuis un certain moment, vouée à être à la base de grandes controverses de l’Etat.
C’est la seule institution vers laquelle le gouvernement s’est tourné pour conforter des chiffres qu’il voulait pour asseoir sa polémique avec l’ancien régime du Président Macky Sall. Ni l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) ni la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee), entre autres services d’études économiques et financières de l’Etat, ne se sont aventurées à conforter les déclarations de M. Sonko et de ses ministres. Pire encore, même son document appelé à remplacer le Pse, à savoir le nouveau référentiel, «Sénégal 2050 ; Agenda national de transformation systémique», ne semblent donner crédit à ces chiffres.
Ce document se donne pour ambition, d’ici 2050, d’atteindre un taux de croissance de 6 ou 7% du Pib. Et grâce à cela, il compte tripler le revenu par habitant, de 1500 Us dollars à 4500 Usd. Il compte également «réduire la pauvreté de manière significative, et améliorer l’inclusion sociale et territoriale». C’est cela sa vision d’un «Sénégal souverain, juste et prospère». Le Premier ministre nous a assuré que c’est la voie pour sortir des paradigmes anciens de croissance sans développement, à cause d’une économie tournée vers l’extérieur, qui exporte des produits bruts à l’extérieur, et importe également toute sa consommation de l’étranger. Il est assez extraordinaire, avec cette vision si ambitieuse, de ne se donner que de si faibles perspectives pour la période 2025-2029. L’une des rares choses où le gouvernement se veut dynamique est la réduction du déficit. Dans le référentiel, il est dit que «le déficit budgétaire est ramené à 3% du Pib dès 2025 et maintenu à ce niveau durant toute la période 2025- 2029». Ce qui sera une prouesse digne des livres de Guinness. Le Premier ministre Sonko a prétendu, avec son ministre de l’Economie, que «le déficit budgétaire a été annoncé à une moyenne de 5,5% du Pib sur la période 2019-2023. Mais en réalité, il a été en moyenne de 10,4 %, soit près du double». D’une année à l’autre, le réduire à 3% serait une prouesse jamais accomplie, même dans les systèmes économiques les plus encadrés. Ce serait même assez inattendu, en ce que le Fonds monétaire international, lors de sa dernière revue trimestrielle, qui prédit une détérioration de l’économie, voit le déficit budgétaire passer des «3,9% prévus dans le budget initial, à plus de 7,5». Les services de Bassirou Diomaye et Ousmane Sonko, qui nous déclarent que le déficit est actuellement à plus de 10% du Pib, au-delà des déclarations les plus pessimistes du Fmi, nous assurent pouvoir le réduire en claquant les doigts, en quelques mois. Cela, dans un environnement économique des plus atones. Le bon côté avec les chiffres, c’est que, quoi que l’on puisse leur faire dire, ils restent des chiffres et affichent la vérité qu’ils indiquent. Le Premier ministre devra nous dire alors, comment avec son Agenda de transformation dont le manque d’ambition ou le «réalisme», comme l’on veut, peut, in fine, obtenir des meilleurs résultats que le Pse de Macky Sall.
Il faut rappeler que ce dernier, dans son Pap3 affichait que sa vision est «celle d’un «Sénégal émergent en 2035, avec une société solidaire, dans un Etat de Droit». Elle reflète un futur souhaité défini sur la base des préoccupations et aspirations des populations. Cette vision postule une plus grande efficacité économique, tout en promouvant le respect des principes de durabilité, la Bonne gouvernance - avec un accent particulier sur l’éthique et la vertu dans la gestion des affaires publiques et dans les attitudes et comportements». Il prévoyait un taux de Pib de 9,8%, avant de passer à deux chiffres durant les 5 prochaines années. La vision du Sénégal juste et prospère à venir est lui de «promouvoir un développement endogène et durable, porté par des territoires responsabilisés, viables et compétitifs, et jetant les bases de la souveraineté économique». Un programme qui se décline en 4 axes stratégiques dont on avait longuement parlé en son temps, et sur lesquels nous reviendrons sans doute bientôt.
La question pour l’heure, est de chercher à comprendre, comment, en disposant de plus de moyens, Ousmane Sonko et Diomaye Faye peuvent-ils faire montre de si peu d’ambitions pour leur pays, surtout par rapport à quelqu’un à qui ils promettaient naguère, le poteau d’exécution pour manque d’ambition ?
Par Mademba Aas NDIAYE
DE QUOI MAMADOU OUMAR NDIAYE EST-IL LE NOM ?
Je conjure les journalistes qui sont sous l’empire du CNRA de respecter leur code de déontologie pour ne pas infliger à Mamadou Oumar la douleur suprême de devoir prendre ou même penser prendre une sanction ! Il n’en dormirait pas.
Mes rapports avec les xons sont simples : en bon musulman doomu Ndar, je n’y crois pas ! Bon d’accord, sauf en général une fois par année quand mon équipe de football nawetaan perdait un match. Incapable d’une analyse technique d’un match de football - et en aurais-je été capable que je m’en serais abstenu – j’accusais, en toute mauvaise foi, l’équipe adverse de n’avoir gagné que parce que leur sorcier avait « noué » (takk) les jambes de notre avant-centre et les mains de notre gardien !
Mais je dois dire que, mercredi 2 octobre 2024, en lisant – lire, pas écouter – dans le communiqué du Conseil des ministres « Monsieur Mamadou Oumar Ndiaye, Journaliste, est nommé Président du Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel, Poste Vacant », je me suis aussi demandé si le Président Basiiru Jomaay Jaxaar Faay n’avait pas quelques astuces héritées de ses ancêtres Sereer pour « takk » la langue d’une personne, de surcroit Hal Pulaar, lui ôtant la faculté de dire « Non, merci », un xon d’acquiescement en quelque sorte !
Mais je me suis rappelé aussi la réaction d’un brillant journaliste qui, entendant le nom d’une personne sur la liste des ministres du président Wade que le SG du gouvernement lisait en direct en avril 2000, alors que nous étions dans la salle de rédaction de Wal Fadjri, eut cette réaction étonnante : il se jeta sur le téléphone et appela le nouveau ministre pour lui dire « Toi ministre ? On aura tout vu ! »
Persuadé que Mamadou Oumar – je suis tellement réactionnaire qu’il m’est difficile de dire MON car je ne peux appeler une personne que par le nom soufflé dans ses oreilles par une matinée festive avec écoulement du sang d’une bête – donc que Mamadou Oumar ne peut pas être dans WhatsApp, je lui ai fait un petit message par le classique sms du téléphone ainsi - partiellement- libellé : « Eh bien en voilà une grande nouvelle ! Te convaincre à faire autre chose que du journalisme ! MashAllah ! ».
En effet, si on m’avait demandé de quoi Mamadou Oumar Ndiaye est le nom, ma réponse aurait été, sans hésitation, «Journaliste » ! Je me suis toujours demandé s’il savait faire autre chose !
Est-ce que même il sait conduire une voiture, faire du ataya ou même baxal nenn ? Ceux et celles qui me connaissent savent que j’ai une admiration sans limite pour les personnes brillantes, même si elles sont au Soudan ou en Côte d’Ivoire. Et Mamadou Oumar l’est par son talent et sa résilience ! Heureusement que le CESTI n’a pas finalement voulu de ce rebelle car il aurait sans doute, au bout de trois ans d’école, obtenu un parchemin avec la plus haute distinction, qui aurait fait de lui un journaliste quelconque. Comme nous autres quoi !
En sortant tôt, il a conservé ce charisme intellectuel tranquille doublé d’une candide fausse naïveté. Il ne s’embarrasse pas de débats mais s’exprime par des articles d’une écriture dont la qualité aurait sans doute fait de Senghor son admirateur comme le fut, sans le dire en public, le trio Diouf-Wade-Macky dont il revendique – avec courage- l’amitié !
Et c’est précisément ce talent professionnel et son courage éditorial qui ont été les boucliers de Mamadou Oumar et qui ont forcé l’admiration de tous. Il fait partie de ces journalistes que tout lecteur normal est gêné de « détester »,simplement parce qu’on sait que ce qu’il écrit, c’est ce qu’il pense sur le moment et il le fait avec talent.
Et comme je considère que le manque de talent est une faute professionnelle chez une/un journaliste, lui en a tout le temps ! Avoir partagé avec lui la rédaction de Takusan, le seul journal qu’on achetait avant sa parution, avec Mbagne Pathé, Camou, Tidiane, Charles, Xun Xunoor, Mame Ola, Kamara, et j’en passe, a été un des ses exquis moments professionnels qu’on n’oublie pas.
Même si Mamadou Oumar nous a fait un « mbass » imprévu comme toute esquive, nous ne lui en voulons pas puisque nous avons été largement compensé par la profondeur de son texte, le premier éditorial explicatif jamais paru au Sénégal pour légitimer, avec raison, ce passage d’un journalisme galérien mais libre (et même libertin parfois) à l’institutionnel rigide ! Et je conjure les journalistes qui sont sous l’empire du CNRA de respecter leur code de déontologie pour ne pas infliger à Mamadou Oumar la douleur suprême de devoir prendre ou même penser prendre une sanction ! Il n’en dormirait pas.
Ce texte est déjà trop long donc je dois conclure en avouant que le but n’était pas de dire le nom de celui que vous appelez MON ! Mais Mamadou Oumar le sait, lui :si j’écris ce n’est que pour trouver un prétexte pour écrire le nom d’une autre personne que lui et moi considérons – à tort, diront sans doute, avec raison, certains- comme la meilleure, la plus brillante d’entre nous journalistes (jigéen ak góor), celle pour qui notre double affection de Njayeen était presque pathologique au point qu’on a refusé de voir (moi, en tout cas) qu’elle partait. Celle qui, en lisant- – lire, pas écouter – le communiqué du 2 octobre 2024, aurait simplement dit « Waa lii moom lanla ? » avant de replonger dans ses rêveries ou sa lecture. Je termine par son nom : Rokhaya Daba Sarr.
1. Je voudrais saluer la décision de mon ami et compagnon de « tefess » - quand la plage existait encore à Pointe des Almadies-, qui a écrit aux autorités pour leur dire que son mandat était terminé. Un simple courrier à forte portée éthique ! Je pense que cette pratique devrait être érigée en règle, quitte à la sanctifier dans le droit positif.
2. Le point d’interrogation sur la signature ne relève pas d’une erreur typographique du journal !
Par Kaccoor Bi - Le Temoin
METTRE FIN A LA CHIENLIT
Ça vole assurément bas dans le landerneau politique de Galsen. On pourrait bien se demander où est passée cette belle et légendaire tradition de Téranga et d’écoute.
Ça vole assurément bas dans le landerneau politique de Galsen. On pourrait bien se demander où est passée cette belle et légendaire tradition de Téranga et d’écoute.
Après avoir presque touché le fond avec une nation déchirée, on aspirait à un climat de paix. Mais voilà que depuis quelque temps des va-t-en-guerre crachent le feu et bandent les muscles. Le discours ne se veut plus policé, mais patauge carrément dans un putride et nauséabond répertoire langagier qui fait se boucher les oreilles aux puristes et puritains. Passe s’il ne s’agissait que de néo-opposants jaloux et aigris. Mais voilà que d’autres acteurs dont ceux de la presse s’invitent dans ce vaudeville, se comportant comme des mercenaires, mettant une louche sur le feu.
De gros mots sortent de leurs bouches puantes et plumes infectes. Preuve de la petitesse d’esprit de gens qui s’y complaisent. Et ça devient un challenge d’insanités avec de jeunes politiciens qui n’ont pas subi une formation dans des écoles des formations politiques, lesquelles n’existent, hélas, plus. Des personnes qui n’ont également jamais lu un seul livre de leur vie. Quand on ouvre la bouche pour ne proférer que des énormités tout en se voulant un acteur de la vie politique, on peut dire que de solides piliers sont à terre. Malgré nos différences, ce charmant pays a toujours été une terre de confrontation.
Le verbe a toujours volé haut partout et dans tous les sens. Mais dans le respect de nos spécificités pour en faire un terreau fertile et ensemencer la pensée de belles notions. On vous rappelait ici la belle époque Senghorienne et Dioufienne avec des gens racés dans le port et le verbe. On se nourrissait de leurs préciosités.
De leurs joutes, on en ressortait comblés de belles formules. Ces gentlemen de la pensée féconde se respectaient et se vouaient une considération mutuelle. Aujourd’hui, l’espace politique est envahi par des personnes sans foi, ni loi et dont certains déroulent un agenda caché car étant plus préoccupés par leurs business qu’au développement de ce pays. Il est temps de civiliser les rapports et faire taire ceux qui pensent que leur statut de politiciens leur permet d’insulter ou défier l’Autorité. Après ce que nous avons vécu entre mars 2021 et février 2024, l’Etat doit rester fort et sévir avec fermeté sans faiblesse coupable, ni cruauté inutile. Ce pays a besoin de paix, rêve de paix et aspire à vivre dans la fraternité.
Aux insulteurs et autres rentiers de fanfaronnades puériles, de revenir à la raison. Ce pays doit être reconstruit et aspire à une paix véritable. Oui, à de belles confrontations, mais dans un respect mutuel et dans l’élégance républicaine. KACCOOR BI - LE TEMOIN
Diagne Fodé Roland
ARRESTATIONS DE KEMI SEBA, HERY DJEHUTY ET MOHAMED KONARE : VIOLATION DE LA LIBERTE D’EXPRESSION
Coup sur coup comme s’ils s’étaient passés le mot, les États français et italien ont procédé aux arrestations de Kemi Seba, Hery Djehuty et Mohamed Konaré.
Coup sur coup comme s’ils s’étaient passés le mot, les États français et italien ont procédé aux arrestations de Kemi Seba, Hery Djehuty et Mohamed Konaré.
Que peut-on leur reprocher, si ce n’est qu’ils dénoncent la françafrique et l’eurafrique que tous les anti-racistes, les démocrates, les anticolonialistes, les anti-néocolonialistes et internationalistes rejettent au nom du droit à l’autodétermination, à la souveraineté et de l’égalité entre les peuples.
Ont-ils posé des bombes ou fait des attentats ? Rien de tout ça.
Leur « crime », c’est de dénoncer :
- les méfaits de la domination et la prédation impérialiste françafricaine et eurafricaine de l’Afrique ;
- le racisme d’État en France, en Italie et dans l’Union Européenne contre les migrants, la diaspora afro-descendante ;
- la fascisation et le fascisme montent dans la scène politique des pays européens.
On peut ne pas partager la ligne politique de Kemi, de Djehuty et Konaré, mais on ne peut se taire sur cette violation de la liberté d’opinion et d’expression les visant.
Ces arrestations bafouent l’Etat de droit prôné en France, en Italie et dans l’Union Européenne. Elles sont attentatoires aux libertés individuelles et collectives conquises de haute lutte par le mouvement ouvrier et démocratique dans les pays de l’UE.
La liberté d’avoir des opinions différentes, voire opposées ne peut voiler le devoir de défendre la liberté d’expression de chacun et donc de tous contre la censure, la répression et la dictature de la pensée unique.
Le deux poids deux mesures tant décrié de nos jours dans la pratique de l’impérialisme françafricain, eurafricain et usafricain se révèle ici aussi dans toute son ampleur nauséabonde.
On laisse les racistes et fascistes vomir tous les jours sur les migrants sans papiers, les immigrés légaux et les citoyens récents d’origine africaine les désignant mensongèrement comme « responsables de tous les maux » de la société.
Mais on réprime les opinions défensives quelles qu’elles soient des victimes des agressions verbales et même physiques des mouvements racistes fascistes.
Quoi qu’on pense, le délit d’opinion est inexistant en démocratie et donc antinomique avec l’Etat de droit.
Pour toutes ces raisons :
- Kemi, Dehuty, Konaré doivent être totalement libérés.
- la liberté d’opinion, d’expression et de manifester doit être respectée.
- Se taire et laisser faire, c'est préparer les conditions pour que les uns et les autres, chacun à son tour, subissent les atteintes liberticides d'un État de plus en plus hors la loi.
PAR IBRAHIMA ANNE
LOGIQUE DE VÉRITÉS
"Au-delà du débat d’experts sur les chiffres et de la polémique politicienne qu’il allait inéluctablement provoquer, quel est l’intérêt, pour le citoyen lambda, de voir les «secrets de famille» étalés au grand jour ?"
La vérité. Celle des chiffres. C’est l’exercice auquel s’est livré, le 26 septembre dernier, le gouvernement de la République du Sénégal. Déficit public, taux de croissance, budget, niveau d’endettement… Tout était donc faux, jusqu’à ce que le Bon Dieu, dans Sa Miséricorde, nous envoie le duo Diomaye-Sonko pour nous faire voir la vérité. Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire? Ben…oui, diront certains! La transparence est à ce prix. Elle est désormais inscrite comme un principe sacro-saint dans tous les pays à pavillon démocratique comme le nôtre.
Surtout que l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) dont le Sénégal est membre en fait une obligation pour ses Etats-parties. Alors, il est inscrit dans la logique des choses et des textes que nos gouvernants nous disent la vérité, quelles qu’en soient les conséquences. Et elles sont déjà là, lourdes. En attendant que la Cour des comptes, seul organe qualifié pour certifier les comptes publics, donne son verdict final, le Sénégal voit, en effet, sa note baisser, passant de Ba3 à B1 avec «mise sous surveillance». Ses obligations souveraines en dollars ont, également, chuté après que le gouvernement, dans son exercice de vérité, a révélé des chiffres de dette et de déficit plus importants que ceux-là, bidons, du pouvoir de Macky Sall.
Ce dernier, sur Bloomberg TV, a déclaré qu’au moment de quitter la Présidence de la République, «tous les signaux étaient au vert». Qui dit vrai ? Qui dit faux ? En tout cas, le résultat est là : note baissée et obligations souveraines en chute libre. «Et après ?», s’étonne le Premier ministre, après le tollé qu’a suscité la sincérité de son gouvernement sur les vrais chiffres de l’économie sénégalaise sous la présidence Macky Sall. L’avenir immédiat permettra de répondre à l’interrogation du Premier ministre.
Au-delà du débat d’experts sur les chiffres et de la polémique politicienne qu’il allait inéluctablement provoquer, quel est l’intérêt, pour le citoyen lambda, de voir les «secrets de famille» étalés au grand jour ? En attendant une réponse, prenant le chef du gouvernement au mot, le même citoyen est en droit d’attendre de lui qu’il se livre au même devoir de vérité concernant quelques «affaires» qui ont commencé à maculer le bilan des six mois d’exercice du pouvoir du duo. Il s’agit, entre autres, de celle de l’Onas qui a vu le Président Diomaye Faye procéder à son premier limogeage d’un Directeur général, quelques semaines seulement après la nomination de celui-ci. Viré mais pas coulé dans les fosses septiques, Cheikh Dieng, le plus éphémère Dg de l’ère Diomaye, est resté droit dans ses bottes en maintenant ses accusations contre son ministre, Cheikh Tidiane Dièye.
Corruption, favoritisme sont, entre autres, les griefs formulés contre son désormais ex-ministre qui, loin de se laisser démonter, accuse, via ses seconds couteaux, l’ancien Dg d’avoir bénéficié d’un véhicule acheté à 80 millions qu’il a fait muter à son nom. Silence radio du gouvernement qui a laissé l’Onas aller au casse-pipe en servant une plainte contre son ancien patron. Une bonne communication aurait permis de dissiper le brouillard de contrevérités qui la couvrent. Tout comme celle-ci aurait permis de jeter un faisceau de lumière dans et autour de la nébuleuse affaire dite «Asergate», du nom de ce marché d’électrification rurale, filé, dans des conditions jugées opaques, à une entreprise espagnole, et qui aurait conduit au limogeage du Dg de l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop). Une affaire dans l’affaire, aux côtés d’autres affaires, sur lesquelles un exercice de vérité est tout aussi attendu des nouvelles autorités. Ce, au nom du triptyque «Jub-Jubël-Jubbënti».
Post-scriptum : Au moment où nous mettons un point final à cette chronique, nous apprenons que le cortège de Bougane et Cie, en mode récup’, a été bloqué à l’entrée de Bakel et que le leader de Gueum Sa Bopp a été mis en position de garde à vue à la gendarmerie de la localité. En même temps, Sonko avait fini de mobiliser 15 mille militants de Pastef au Dakar Arena pour une collecte de fonds en vue de financer sa campagne pour les législatives. Moralité: nos politiques s’en f…éperdument des malheurs de ceux qui ont tout perdu dans les crues du fleuve.
Par Hamidou ANNE
LE SENEGAL DE BAKEL, CELUI DE DAKAR ARENA
L’histoire retiendra que le 19 octobre, pendant que des milliers de Sénégalais souffraient dans leur chair, les privilégiés se pavanaient au meeting de la honte… Il faut violemment détester son pays pour l’oser.
Ils lancent leur programme de gouvernement au Centre international de conférences Abdou Diouf, prestigieux héritage du régime du Président Sall dont le nom est donné à un des hommes d’Etat qu’ils ont jadis appelé à fusiller. Ils organisent un raout dans la belle salle de Dakar Arena, luxueux héritage du régime Président Sall dont ils jugeaient la construction contraire aux priorités du pays. Les militants ont été convoyés par Dakar Dem Dikk, héritage du régime du Président Wade qu’ils ont jadis appelé à fusiller. L’autre horde de militants a été transportée par le Train express régional, infrastructure structurante léguée à la postérité par le régime du Président Sall. Pour rappel, Mimi -selon la facétieuse trouvaille du maire de Dakar- avait juré de renoncer à son patronyme si le Ter roulait un jour.
Je reviens sur ce récent passé, car il permet de comprendre davantage à qui nous avons affaire. Une belle brochette de plaisantins dont l’ardeur à la tâche ne s’est guère exprimée, si ce n’est par la calomnie, l’injure, la médisance et la confirmation d’une notoire incompétence. Je rappelle ce passé également parce que rouler en Brt, composter le billet de Ter, s’enjailler dans l’enceinte de Dakar Arena provoqueraient pour un esprit rationnel un peu d’humilité et moins d’arrogance. Au contraire, la rhétorique de «l’Etat en ruine» par la faute de maquillage des comptes publics est encore brandie. Bref, la bêtise insiste toujours, nous prévenait Camus.
Des milliers de nos compatriotes vivent un drame humanitaire sans précédent depuis plus d’un siècle. Bakel est devenu la matérialité de la souffrance des Sénégalais victimes de la crue qui a fait suite au débordement de certains cours d’eau. Pire, il n’y a pas que Bakel : le Fouta est atteint. Notre beau territoire, ardent foyer de sagesse, d’intelligence et de fine intuition, est également touché par le débordement du fleuve du Doué, rivière née du fleuve Sénégal, au cœur du pays halpulaar. Podor, Ndioum et tant d’autres villages sont touchés dans un silence officiel qui en dit long... Je m’en remets à Charles Péguy : «Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.» Bref…
Pendant ce temps, quand les énergies sont attendues autour d’une exigence de sortir de la souffrance nos compatriotes du Nord et de l’Est, les amuseurs publics paradent, accusent et, pire, s’accusent. Il y a une décence que je n’ai jamais attendue de ces gens. Et elle n’est toujours pas au rendez-vous.
La grossièreté est la marque de fabrique des faibles d’esprit dont la seule valeur est de n’en avoir aucune d’exemplaire. Pour dire le vrai, la cruauté de l’incompétence lui provient de son compagnonnage avec la désinvolture, voire la témérité. L’incompétent, quand il a en plus la mauvaise «bonne idée» d’être bavard, expose son ignorance et sa bassesse. Beaucoup de nos compatriotes qui, jadis, ont eu la faiblesse de leur prêter oreille attentive et bienveillante, ne se font plus d’illusion. Leurs anciens alliés, rétifs à l’époque à toute critique froide et objective au nom du «Tout sauf Macky», se réveillent groggy, entre cyberharcèlement, arrestations et acharnements divers.
Le temps est décidément ce juge implacable de la vanité des hommes. Quand ce bavardage, aussi permanent qu’incivil, s’arrêtera-t-il pour se remettre enfin au travail, afin de prendre soin de la veuve et de l’orphelin, de l’étudiant précaire comme de l’ouvrier, du retraité comme de l’enfant dont l’école est envahie par les eaux d’un fleuve débordant ?
Un des leurs parlait en mars dernier d’un «Sénégal des Almadies face à un Sénégal des Parcelles Assainies». Sa voix s’est désormais perdue dans la compromission quand il s’agit de pointer le Sénégal de Bakel et celui de Dakar Arena.
Bakel a les corps plongés dans les eaux, parmi lesquels ceux des mères aux visages noyés de larmes devant le désarroi de leur progéniture.
Des enfants en sont réduits à errer dans une zone coupée du reste du monde faute de pouvoir aller à l’école. Ils ont tout vu du show indécent de Dakar Arena et ne l’oublieront jamais. Pendant qu’ils souffrent, d’autres festoient. Il faut avoir un immense culot pour un jour oser faire le récit de l’unité nationale aux citoyens de Bakel et du Fouta. Et la Gauche, dans tout ce drame, notamment celle qui est tombée en ruine morale à force d’opportunismes et de calculs ? Celle qui a juré de défendre les opprimés et les outragés au nom de l’universalisme du genre humain. Au nom de places à squatter, ils ont expulsé le peuple de Bakel, de Matam, de Podor, de Kédougou, de leur champ de vision de l’humanité.
L’histoire retiendra que le 19 octobre, pendant que des milliers de Sénégalais souffraient dans leur chair, les privilégiés se pavanaient au meeting de la honte… Il faut violemment détester son pays pour l’oser.
Par Barka BA
EN MEMOIRE DE CABRAL
Le 12 septembre 1924, Amilcar Cabral, fondateur du Paigc et héros de la guerre de libération de la Guinée Bissau, naissait à Bafata. S’il n’avait pas été assassiné à Conakry le 20 janvier 1973, il aurait eu 100 ans cette année.
Le 12 septembre 1924, Amilcar Cabral, fondateur du Paigc et héros de la guerre de libération de la Guinée Bissau, naissait à Bafata. S’il n’avait pas été assassiné à Conakry le 20 janvier 1973, il aurait eu 100 ans cette année. En 2014, en marge de la couverture de l'élection présidentielle qui avait vu Jose Mario Vaz accéder à la magistrature suprême, notre confrère Barka Ba, ancien Directeur de l’Information de la Tfm avait eu la chance de rencontrer, dans le cadre d'un documentaire consacré au Paigc, certains des derniers vétérans de cette épopée fantastique, encore largement et injustement méconnue. Parmi eux, un homme au destin peu commun : le colonel Manuel Dos Santos, ancien commandant de l’artillerie du Paigc qui, avec des héros comme
Fode Cassama, avait puissamment contribué à accélérer la fin de la guerre contre le colon portugais grâce à des exploits militaires retentissants.
L’homme qui faisait tomber les avions.
La phrase revenait comme une ritournelle. Que ce soit dans la bouche de Carmen Pereira, ancienne Présidente de l’Assemblée nationale,Francisca Pereira, ancienne ministre de l’Intérieur ou encore Manuel Saturnino Da Costa, ancien Premier ministre, les derniers vétérans de la guerre de libération du Paigc (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, fer de lance de la guerre contre l’armée coloniale portugaise dans ces deux pays) que j’interrogeais avaient tous considéré ce moment comme le turning point de leur insurrection et répétaient la même formule : « Quand Manecas a abattu les avions… » Mais qui était donc Manecas ? Est-il encore seulement en vie ?
« Manecas ? Bien sûr qu’il est en vie ! Il habite juste à quelques pas de chez moi, tout le monde le connaît à Bissau», lâche Manuel Saturnino Da Costa, dernier survivant de la bande des 10 premiers jeunes qu’Amilcar Cabral, le leader historique de la guerre du Paigc, avait envoyés en Chine pour une formation militaire. Je fais à peine quelque pas et je me retrouve devant le domicile du fameux Manecas, une bâtisse coloniale au charme discret. Je sonne et quelques minutes après, un homme d’âge mûr, élégamment vêtu, ouvre. J’ai enfin devant moi le colonel Manuel Dos Santos, alias « Manecas », ancien commandant en chef de l’artillerie du Paigc, immense héros de la guerre de libération guinéo-capverdienne. Un destin peu commun que celui de ce natif de l’île de Sal, au Cap-Vert.
Lorsque Amilcar Cabral, ancien étudiant en agronomie de l’université de Lisbonne, décide de lancer la guerre de libération contre les Portugais qui occupent ce petit pays d’Afrique de l’Ouest après une campagne de « pacification » particulièrement sanglante, Manuel Dos Santos fait partie des premiers à répondre à l’appel du Paigc.
Le jeune combattant dégingandé aux allures de « barbudo » cubain qu’on voit derrière Cabral en tournée dans le maquis sur l’une des photos les plus iconiques de la guerre de libération, se fait remarquer par sa vive intelligence. Pendant qu’une guerre sans merci oppose les guérilleros africains aux soudards portugais du général Spinola, Cabral décide, dans le plus grand secret, d’envoyer Manecas et une vingtaine de jeunes membres du Paigc,triés sur le volet, en Union soviétique suivre une formation en artillerie.
Puis, le jeune homme et quelques uns de ses compagnons font cap à Cuba où Castro, qui a donné le ton aux autres mouvements de libération du Tiers-monde depuis sa victoire contre le dictateur Fulgencio Batista, ne ménage aucun effort pour appuyer le combat du petit poucet ouest-africain contre l’ogre portugais.
A la Havane, Manecas et ses gars prennent livraison d’un « colis » qui va se révéler fatal contre les Portugais
Mises sous pression à l’époque par les troupes du Paigc, les troupes portugaises n’osaient plus se déplacer hors de leurs places fortes de puis un bon moment. Mais les colons conservaient un net avantage sur les hommes de Cabral : la supériorité aérienne. Elle prit dramatiquement fin le jour où, coup sur coup, quatre avions furent abattus avec une précision démoniaque, semant la panique et la consternation au sein de l’Etat-major portugais.
Les auteurs de ce carnage n’étaient personne d’autre que Manecas et ses hommes qui venaient d’utiliser pour la première fois leur botte secrète : des missiles Sam 7, les fameux Strela.
Mais la perte qui scella en partie le sort de cette guerre implacable fut celle de l’avion du lieutenant-colonel Jose Fernando Almeida Brito, commandant en chef de l’aviation portugaise à Bissau, abattu en plein vol par un autre tir de missile Sam 7 le 08 mars 1973 effectué par le jeune Fodé Gassama, un des membres de l’équipe de Manecas.
Immédiatement, les officiers supérieurs portugais à Bissau en tirèrent une conclusion définitive : la guerre était irrémédiablement perdue. Mieux, enhardi par ce succès, Bernardo Joao Viera, dit « Nino », le plus féroce des commandants du Paigc, allait lancer l’offensive finale de Guileje qui allait mettre en déroute les troupes coloniales. Parmi les officiers portugais humiliés à Bissau, on trouvera bon nombre d’acteurs de la « révolution des œillets » qui renversera Salazar en 1974.
« Incontestablement, cet épisode a été le détonateur du coup d’Etat contre Salazar », consent à lâcher Manecas, dans un français parfait, entre deux bouffées de cigare Havana, un sourire énigmatique aux lèvres .
Après l’indépendance, Manecas va s’illustrer dans d’autres théâtres d’opération. En compagnie d’autres soldats bissau-guinéens, il va exporter sa « science» chez un autre « pays frère», lui aussi en proie à une lutte de libération contre le même colon portugais : l’Angola. Sur cet épisode très peu connu des historiens, Manecas est un peu surpris quand je lui en parle. La séquence devait à ses yeux rester confidentielle entre vétérans ayant pris part à cette guerre semi-clandestine. Il ne lâchera donc presque rien, se contentant de dire sobrement: «Oui, j’y étais mais je n’ai fait que mon devoir ». Ayant gardé un goût prononcé pour le secret, malgré plusieurs relances, il ne livrera aucun détail sur cet engagement peu ordinaire.
De retour au pays, Manecas aura une riche carrière ministérielle et sera l’un des rares capverdiens d’origine à échapper à la purge opérée par Nino Viera lors du coup d’Etat ayant renversé le métis Luis Cabral, demi-frère d’Amilcar. La trajectoire compliquée de l’ancienne colonie portugaise, rythmée de coups d’Etat sanglants, de narcotrafic, de contrebande d’armes, aboutira à une guerre civile aux allures de règlements de compte entre anciens maquisards. C’était suite à la mutinerie déclenchée par Ansumane « Brik Brak » Mané, autre icône de la guerre de libération, contre son ancien ami et mentor Nino Viera. « Tout cela, ce sont les conséquences de la colonisation portugaise, l’une des plus dures que l’Afrique ait connues. Les Portugais ont tout fait pour maintenir les Bissau-guinéens dans l’ignorance en formant volontairement très peu de cadres. Par exemple, à la fin de la guerre, quand j’ai été nommé ministre, j’ai trouvé que j’étais à peu près le seul qui avait fait des études de tout le ministère ».
En le quittant, Manuel Dos Santos allait me faire une surprise de taille en m’offrant un cadeau hors de prix : plus de 700 photos, dont la plupart inédites, prises par une journaliste qui avait suivi Cabral pendant des semaines dans le maquis.
Par Hamidou SALL
DE LA CIVILITÉ
On peut s’opposer à un président de la République, on peut le combattre mais on ne l’insulte pas, on ne l’agresse pas. Peu importe son nom. Qu’il s’appelle Senghor, Diouf, Wade ou Macky
Les principes, et de l’impérieuse nécessité de les défendre, sont la seule justification de cette prise de position. La civilité c’est le respect d’autrui par la politesse et la courtoisie, le refus de la grossièreté, l’observation des règles du savoir-vivre régissant la vie en société.
A l’heure où se construit un ordre aux dimensions d’un monde nouveau, donner à notre pays l’instrument indispensable de sa conscience nationale passe d’abord et avant tout par la consolidation de ce que le premier président de la République du Sénégal a si justement nommé l’accord conciliant. A lui tout seul, ce magnifique concept a toujours résumé un art de vivre bien sénégalais basé sur la culture d’un merveilleux lien social tout tourné vers la recherche et la consolidation de ce qui unit. Il est une voie royale pour aller à l’essentiel, à savoir la construction continue d’un Sénégal de concorde et de fraternité !
Nous sommes à quelques jours de l’ouverture d’une campagne électorale qui nous conduira vers des législatives anticipées. Cette campagne et ce scrutin sont, faut-il le rappeler, un rendezvous citoyen et républicain pour une confrontation d’idées et de programmes et non un temps de déchirure et de conflits entre enfants d’un même pays qui, après moult récentes convulsions dont il n’est pas familier, a, plus que jamais, besoin de se retrouver uni dans sa diversité certes mais comme un seul peuple sans couture, tel que proclamé dans son chant national.
Mais pourquoi en venir à rappeler une telle évidence ?
Sonner le rappel car il est bon de se souvenir, nous recommandent les Écritures. Évoquer le passé peut aider à corriger le présent et mieux préparer l’avenir.
Aussi, voudrais-je ouvrir mon propos par le rappel d’un geste qui est un exemple achevé de posture citoyenne et d’élégance hautement républicaine.
Un soir, il y a bien longtemps, sur le tarmac de l’aéroport international de Dakar-Yoff – qui ne s’appelait pas encore Léopold Sédar Senghor – un avion est prêt à décoller. Les membres de l’équipage attendent un officiel légèrement en retard. Il est enfin à bord et s’installe sur son siège. On lui signale la présence à bord de Léopold Sédar Senghor, ancien président de la République, installé avec son épouse, un peu plus à l’avant de l’appareil. Il hocha la tête et continua à ranger ses affaires et à s’installer. On fit la même démarche auprès du président Senghor qui détacha aussitôt sa ceinture, se leva en disant qu’il ne pouvait manquer au devoir d’honorer une autorité de son pays présente dans l’avion. Il vint au ministre, qui fut un farouche opposant sous son magistère, le salua respectueusement, échangea un peu avec lui sur l’importance stratégique de sa sphère de responsabilité dans la construction du pays avant de s’en retourner rejoindre son épouse.
Roulage, décollage et le vol Air France mit le cap sur Paris. A son arrivée dans la capitale française, il me raconta la scène.
Si je rapporte cette anecdote en ces lignes, c’est pour dire combien je suis meurtri par ce qui s’est passé à Casablanca à bord d’un vol Royal Air Maroc à destination de Paris. En effet, il y a quelques jours, en terre étrangère, dans l’espace étroit d’un avion, une de nos compatriotes a agressé un de nos compatriotes. L’homme agressé en public a été douze années durant le président de la République du Sénégal et à ce titre père de la nation sénégalaise, selon la formule consacrée. Et tout à son honneur, lorsque les agents de la sécurité royale lui ont demandé s’il voulait porter plainte, il a décliné en disant qu’il ne pouvait pas le faire contre sa compatriote.
Peu importe son nom. Qu’il s’appelle Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade ou Macky Sall, le fait est qu’il a été le président de la République du Sénégal. On peut s’opposer à un président de la République, on peut le combattre mais on ne l’insulte pas, on ne l’agresse pas. Pour notre mémoire nationale et pour notre dignité collective, on n’insulte pas un homme qui fut père de la Nation.
Proclamer à haute voix que trop c’est trop et qu’il est urgent de revenir à la raison et aux fondamentaux car il est plus tard qu’on ne le croit. Mais en ces heures mornes et maussades d’un monde qui se meurt faute de garder un sens élevé des valeurs fondatrices de notre humanité, il est malheureusement certaines personnes pour qui trop n’est jamais assez.
Les maniaques de l’anathème, ceux qui n’ont que l’injure à la bouche ou les thuriféraires stipendiés pourront toujours s’en donner à cœur joie mais cela ne changera en rien ma profonde conviction qu’un pays se construit par addition et non en dressant des Sénégalais contre des Sénégalais dans des débats aporétiques. Le débat contradictoire sain et serein est absolument nécessaire pour la consolidation de notre démocratie et pour notre marche vers des lendemains adultes, mais il est impératif de respecter certaines règles de vie en société qui relèvent tout simplement du civisme le plus élémentaire.
Suite à cette affaire, notre représentation diplomatique au Maroc, sur instruction du ministre de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, a publié un communiqué. Il faut certes aider, assister et protéger nos compatriotes à l’étranger mais il est impératif de leur rappeler leurs devoirs et obligations. Ne pas le faire, surtout dans pareil cas, serait apporter un encouragement à l’incivisme et une prime à l’incivilité. Et d’ailleurs cette assistance juridique ne peut être enclenchée que dans le cas où un national est en difficulté avec une personne physique ou morale étrangère. C’est à cette seule condition que la diplomatie peut activer tous ses leviers pour apporter une assistance juridique. Ici on est bien loin de ce cas de figure puisqu’il s’agit de deux nationaux. Donc pourquoi l’un au détriment de l’autre ?
Et d’ailleurs comment ne pas penser, en cette circonstance, à l’âge d’or de notre diplomatie quand cette dernière avait donné à la voix de notre petit pays sans grandes ressources un écho planétaire, allant jusqu’à être une vivante leçon pour l’Afrique et le monde ? Aucun secret, le Président Senghor et tous ceux qui, à ses côtés, avec lui et après lui, ont porté et incarné cette voix, avec élégance et raffinement, avaient tout simplement compris que la diplomatie est un art et qu’elle est aussi par excellence le siège de la retenue et de la litote. Elle a toujours été un espace de visibilité, d’audibilité et de crédibilité de notre pays.
Pour le bien de ce Sénégal si cher à nos cœurs et pour son avenir que nous voulons pacifique, lumineux et prospère dans la sacro-sainte culture d’un commun vouloir de vie commune, nous devons tous ensemble nous dresser contre le vulgaire et nous battre pour que l’adversité politique n’en vienne jamais à nous faire oublier que le civisme est d’abord le respect de soi, ensuite celui des autres et enfin l’acceptation de la différence. C’est cela la civilité. L’orgueil d’être différents et le bonheur d’être ensemble, c’est encore du Senghor.
Un jour viendra, Bassirou Diomaye Faye sera ancien président de la République du Sénégal et vaquera fort utilement à ses occupations personnelles et ne manquera certainement pas de mettre son expérience au service de son pays et de son continent. Et s’il advenait – à Dieu ne plaise – qu’il soit agressé comme son prédécesseur, c’est avec force et rage, avec une indignation décuplée, que je me dresserai car cela voudra dire, tout simplement et malheureusement, que le message n’est pas passée et la leçon pas retenue. Je ne renoncerai jamais à me battre pour soutenir tout ce qui m’apparaît comme porteur d’espoir.
Hamidou Sall est ancien fonctionnaire international, écrivain.
par Mody Wassa
LE LEADERSHIP DES JEUNES À FORT IMPACT DE L’AFRIQUE
Nous fixons nos limites et la vie nous trace ses frontières. Soyez digne, ne fixez pas le prix de votre honneur. Votre dignité, c'est votre liberté économique. Jeunes d'Afrique, votre devoir c'est de faire du continent le champ des possibles
Afrique, la mère des continents. La terre des empires. Ma chère Afrique au destin unique, la gloire de tes empires n'a pas empêché les explorateurs du pire de venir te souiller et de commettre les crimes les plus odieux sans censure. L’Afrique la terre des ancêtres qui se sont vaillamment battus pour te défendre contre les marchands de l'obscur.
Aujourd'hui nous sommes face à notre destin ô jeunesse d'Afrique. Ton rôle n'est pas de t'inscrire dans le passé, mais de créer des opportunités dans le champ du possible. O jeune leader, répond aux sirènes de la liberté économique qui sera notre salut pour préserver notre identité et notre africanité. Ô jeunesse d'Afrique, vous êtes le socle qui porte la destinée de tout un continent. Soyez digne, travailler, travailler et encore travailler pour une émergence panafricaine.
En réalité, tout dépend de nous. Nous fixons nos limites et la vie nous trace ses frontières. Soyez digne, ne fixez pas le prix de votre honneur. Votre dignité, c'est votre liberté économique. Jeunes d'Afrique, votre devoir c'est de faire du continent le champ des possibles. Soyez en sûr, si nous travaillons ensemble, nous réussirons sans encombre. L'ultime raison qui peut nous conduire à l’échec, c’est notre capacité à nous désunir. Les semences sont les leaders dans les champs comme les récoltes sont dans le temps.
Jeunesse d'Afrique, le plus grand échec de la vie, c'est de n'avoir jamais mis en œuvre son potentiel humain. Jeunesse d'Afrique prenons nos responsabilités, en effet, l'une des plus grandes formes d’injustices c'est de laisser un fardeau sur le dos d'une génération n'ayant pas encore goûté au souffle de la vie.
« Hier on nous à enlever notre humanité, aujourd'hui on essaie de nous ôter l'espoir de notre identité. »[1]
On ne peut pas quitter notre état de pauvreté matérielle si nous n'avons pas un état d'esprit de conquête exemplaire.
Ne pas réfléchir sur notre devenir, c'est compromettre notre avenir.
« Les maux de la communauté n'ont jamais été guéris par le silence des mots de la société »[2]
Ne nous focalisons pas sur les divergences mais plutôt sur les convergences pour créer une cohérence.
Nous devons savoir que le développement d'une nation passe par le travail de chaque génération en dehors de nos propres consommations.
« Ne soyez jamais sous l'emprise de qui que ce soit, vous êtes le socle qui porte votre destinée »[3].
Nous ne pouvons pas mettre le feu et choisir la direction des fumées en même temps.
Pour notre salut, nous devons quitter l'allégeance des corps pour la science des compétences.
Jeunesse d'Afrique nous n'allons pas nous développer avec des incantations, nous allons le faire avec nos solutions.