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6 avril 2025
Opinions
PAR Abdoul Aziz Diop
PARLEMENTARISME ARCHAÏQUE
En cas de confusion des pouvoirs du fait de l’hégémonie de Pastef, la Constitution n’aura d’existence que sur le papier. Une majorité absolue pour Sonko garantit à ce dernier une hyperpuissance politique dont il usera sans garde-fous
Depuis le 2 avril 2024, Bassirou D.D. Faye est le président de tous les Sénégalais pour avoir été élu au suffrage universel direct et égal. Incarnant à lui tout seul une institution de la République, le président Faye est au-dessus de la mêlée depuis sa démission (symbolique) de son parti Pastef.
En direction des législatives anticipées du 17 novembre 2024, Ousmane Sonko mit fin à la coalition Diomaye Président au profit exclusif de Pastef, se préparant ainsi à un contrôle politique absolu dont il se servira pour se donner les moyens de faire sa dictée perpétuelle au président comme ce fut le cas plus d’une fois :
- refus du rituel de la DPG malgré l’invite du président à se conformer à la Constitution ;
- limogeage de deux présidents d’organe consultatif (CESE et HCCT) ;
- dissolution de l’Assemblée nationale ;
- communication sur les finances publiques antérieure à la publication des résultats définitifs de l’audit correspondant par la Cour des comptes, juridiction supérieure habilitée ;
- digression téléguidée de la ministre de la Femme et des Solidarités, Maïmouna Dièye, assurant un cadre de Pastef d’une protection en haut lieu dans le dossier rocambolesque de l’électrification de 1600 villages dans les régions de Saint-Louis, Louga, Kaffrine, Tambacounda et Kédougou ;
- lancement médiocrement enthousiasmant pour le président de la stratégie nationale de développement Sénégal 2050 dont le condensé de 20 pages ne refuserait pas le titre de Plan Baobab Émergent (PBE) au terme de six mois de palabres bien gardées sous l’imposant arbre de nos terroirs.
Le dérèglement institutionnel permanent est le symptôme de l’’anti-institutionnalisme pathologique de Sonko dont pâtira inéluctablement le chef de l’État en cas de contrôle de l’Assemblée nationale par le futur parti-État Pastef.
Sonko (50 ans) est l’aîné de six ans plus âgé que Diomaye (44 ans). Si le jeunisme, érigé en véritable doctrine politique d’exaltation de la jeunesse au détriment des paliers vers le sommet de la pyramide des âges, l’emporte logiquement sur d’autres considérations, le plus jeune président du Sénégal depuis 1960 ne devrait rien craindre. Or tout le monde sait que Sonko ne l’entend pas cette oreille, préférant occuper tout le terrain au détriment de son cadet trop bien élevé pour jaser comme son premier ministre.
Pour tout dire, une majorité absolue pour Sonko garantit à ce dernier une hyperpuissance politique dont il usera sans garde-fous à son profit exclusif.
Le recul démocratique que constitue ce scénario devrait être assez alarmant pour les électrices et les électeurs du 17 novembre 2024 pour les inciter à créer, par leur vote, l’équilibre des principales forces en lice dont l’Assemblée nationale, cruellement balafrée par les deux premières années de la XIVe législature, a vraiment besoin pour jouer pleinement son rôle d’impulsion du débat démocratique dans un véritable régime de séparation des pouvoirs. En cas de confusion des pouvoirs du fait de l’hégémonie de Pastef, la Constitution n’aura d’existence que sur le papier, faisant de la XVe législature celle d’un parlementarisme archaïque et fatal pour les tissus politique, économique et social et culturel de la Nation.
Candidat aux législatives anticipées du 17 novembre 2024, Abdoul Aziz Diop est le septième sur la liste nationale de la coalition Mànkoo Liggéeyal Senegaal dirigée par son président, l’ingénieur en génie civil Souleymane Ndiaye.
par Ousseynou Nar Gueye
NOUS NE LAISSERONS PLUS LE MONOPOLE DE L'ILLÉGALITÉ À PASTEF
L'activité de "Pastèque" (pastèque car toujours rouge de colère et de rage, et plein de pépins) à Dakar Arena samedi est illégale. Mais nous ne les laisserons pas violer tout seuls la loi en matière d'interdiction de propagande un mois avant la campagne
Cette activité du parti au pouvoir "Pastèque" (pastèque car toujours rouge de colère et de rage, et plein de pépins) à Dakar Arena ce samedi est illégale.
Mais nous ne les laisserons pas violer tout seuls la loi en matière d'interdiction de propagande un mois avant le début de la campagne électorale officielle.
S'ils la violent, nous en ferons de même.
Pastef et Ousmane Sonqueault nous ont tellement habitués à enjamber allègrement les prescriptions de la loi à la façon d'un Donald Trump tropical, au point que nous leur croyons permises leurs pires inepties, y compris le viol des consciences (sans parler de la corruption de personnes mineures, pour parler euphémistiquement).
La loi est pourtant très claire : "il est interdit, à partir du vendredi 27 septembre, toute propagande déguisée ayant pour support les médias nationaux, publics et privé en perspective des élections législatives anticipées du 17 novembre. La période interdite de précampagne s’étend du vendredi 27 septembre 2024 à 00 heure au samedi 26 octobre 2024 à minuit.
J'en attendais et j'ai appelé à ce que le CNRA nouvellement dirigé par mon ami M.O.N, Mamadou Oumar Ndiaye, agisse et sévisse, pour qu'aucun média ne publicise la tenue de ce meeting et qu'il ne soit pas couvert par la presse, y compris par Jotna TV.
J'en appellais aussi au ministère de l'Intérieur du Général Jean-Baptiste Tine, bien qu'il soit dans le GOS d'Ousmane Sonko, Gouvernement Ouvriers Spécialisés.
Au total, en cette période de drame à Bakel et dans la Falémé, à Kédougou, il était indécent que Pastef tienne des activités de politique politicarde.
J'en appellais enfin à la CENA et au Conseil Constitutionnel.
Je dénonce aussi avec vigueur l'arrestation de mon doomou baay Bougane à Bakel. Puisque l'État et son administration censée impartiale ne font rien : nous ne laisserons plus le monopole de l'illégalité à Pastef.
Ousseynou Nar Gueye est candidat aux élections législatives du 17 novembre 2024.
Par Bachir FOFANA
VICTOR VEND UNE VISION A LA SAUCE PSE
Nous aussi, nous sommes tentés de dire à Victor Ndiaye, «yaa meun thiou, yaa meun thiaa !», après sa haute performance.
Le doyen Baba Diop du Groupe Sud Communication, lors des élections nationales (Présidentielle ou Législatives), anime de succulentes chroniques dans le journal de la campagne sur Sud Fm, avec le fameux personnage Ton’s. Dans l’une de ses chroniques, Baba raconte la mésaventure de Ton’s qui part à un meeting habillé aux couleurs d’un parti politique. Arrivé sur les lieux, il se rend compte que c’est le parti concurrent qui tenait le meeting ! Mais ingénieux qu’il est, il a juste suffi à Ton’s de retourner son grand boubou pour être avec les bonnes couleurs. Et tout sourire, notre Ton’s national affirme : «Maa graaw dé ! Maa meun thiou, maa meun thiaa !»
Nous aussi, nous sommes tentés de dire à Victor Ndiaye, «yaa meun thiou, yaa meun thiaa !», après sa haute performance. En effet, ce lundi 14 octobre 2024, le président de la République a présenté la stratégie de développement intitulée «Sénégal 2050». Le document n’est rien d’autre qu’une synthèse de la «Stratégie nationale de développement du secteur privé sénégalais (Sndsp 2022-2026)» et du Plan d’actions prioritaires 3 (Pap3) 2024/2028 du Plan Sénégal émergent (Pse). Rien n’a été changé dans le fond. Les rappeurs de Keur Gui auraient dit : «Mêmes chiens yi, mêmes chats yi.» Et cela ne pouvait en être autrement car ce sont les mêmes fonctionnaires qui ont effectué le travail. Cependant, l’ami Victor, tel Merlin l’enchanteur, est venu présenter sa poudre de perlimpinpin pour «faire rêver les Sénégalais». Le Sénégal engage ainsi l’ère de la continuité avec le Pse du Président Macky Sall sans le dire, par un retournement spectaculaire de veste.
On n’augmente et ne renforce que ce qui est déjà en place
Pouvait-il en être autrement ? Déjà que le parti Pastef, tel un bédouin vendeur de sable au Sahara, a longtemps agité un «Projet» aussi vrai que l’Atlantide. Lors de l’élection présidentielle de mars dernier, le «Porozet» a même été présenté avec une idée phare : une «sortie du Cfa», mais qui a curieusement disparu dans le document présenté cette semaine (c’est la preuve que la question de la monnaie a servi de toile de fond à un discours populiste et démagogique pour charrier le sentiment antifrançais). D’ailleurs, le Premier ministre aux «déclinaisons quinquennaux» ou «décennaux» a enfin admis que le document de campagne était plus une «profession de foi» qu’un projet, encore moins un programme. Déjà, le vocabulaire utilisé montrait qu’il s’appuyait fortement sur l’existant. En effet, dans le programme, nous comptons les verbes «renforcer» 92 fois, «augmenter» 16 fois, «réformer» et «instituer» 9 fois chacun. La prééminence des verbes «renforcer» et «augmenter» est la preuve que le programme de Diomaye s’appuie sur l’existant. On n’augmente et ne renforce que ce qui est déjà en place
La Vision Sénégal 2050 a une histoire. Elle commence par l’annonce des plus hautes autorités, en Conseil des ministres, de la rédaction et de la finalisation du «Projet» en septembre. Suffisant pour que l’ami aux performances très appréciées au Gabon soit introduit par Atépa Goudiaby, parrain du couple Sonko-Diomaye. Dans un premier temps, selon des sources bien informées, il s’est d’abord agi d’une contribution «à titre gracieux» pour accompagner les nouvelles autorités. Mais le business étant le business, la contribution devint à titre «onéreux», un site ayant même parlé de 2 milliards de francs Cfa.
«Nous avons été élus pour faire rêver les Sénégalais, or votre document ne fait pas rêver»
Sur instruction du Premier ministre, il a été demandé aux fonctionnaires du ministère de l’Economie, déjà très avancés dans la rédaction du document, de voir comment intégrer le vice-président du Club des investisseurs du Sénégal (Cis) dans la boucle. Naturellement, quelques frictions n’ont pas manqué, au point de nécessiter l’arbitrage de Ousmane Sonko. Une rencontre d’harmonisation s’est même tenue à l’hôtel Riu. A la suite de cela, les rôles étaient définis : Victor devant faire la vision prospective et les équipes de Abdourahmane Sarr le plan stratégique 2024-2029. Vers la fin du mois d’août, une réunion de présentation du document au leader de Pastef. Et là, coup de théâtre : Ousmane Sonko déchire ce qui lui a été présenté. «Nous avons été élus pour faire rêver les Sénégalais, or votre document ne fait pas rêver.» De plus, il leur fera savoir que «(leurs) chiffres sur la dette et le déficit budgétaire ne sont pas les bons». Réponse des fonctionnaires : «Nous vous avons présenté un document réaliste et réalisable.
Les chiffres que nous avons utilisés sont les chiffres officiels, produits par les services compétents.»
Qu’à cela ne tienne, Sonko se tourne vers Victor pour «faire rêver les Sénégalais». L’ami Victor pensait avoir bien campé le décor en disant : «Lorsque vous reprenez une maison en mauvais état, une personne sensée ne s’y installerait pas tout de suite.
Au contraire, trois étapes sont nécessaires : d’abord faire un état des lieux exhaustif, puis redresser ; ensuite mettre en place des fondations solides et de gros œuvres, impulser ; et enfin attaquer le second œuvre, accélérer.» Seulement, Dieu créa la Var et celle-ci nous rappelle qu’à la présentation de la «Stratégie nationale de développement du secteur privé sénégalais (Sndsp 2022-2026)» (stratégie dont les grandes lignes sont reprises dans le nouveau document), le même Victor nous disait : «Aujourd’hui, nous sommes exactement à mi-chemin de l’émergence en 2035. Et pendant ce premier cycle de l’émergence, on l’a vu, vous (Ndlr :le président de la République) avez bâti les fondements. C’est important à l’heure du bilan de le dire aux Sénégalais. Le gros œuvre de l’émergence est aujourd’hui en place. Et ce gros œuvre, c’est la partie la plus difficile. Comme toute impulsion, c’est la partie la plus coûteuse en investissement public, et c’est la partie la plus ingrate parce que, le gros œuvre, personne ne peut y habiter. Mais grâce à votre bilan, notre pays peut aujourd’- hui engager un nouveau cycle vers l’émergence. En effet, l’émergence économique, ce n’est pas de tout faire, mais essayer de très bien faire les priorités qu’on se choisit.» Sérieusement, la Var a été créée pour les Sénégalais !
Ou Sonko ne dit pas la vérité, ou toutes les projections sont alors fausses
Et dans le fond, que retenir ? Ce document, présenté avec un manque criard d’approche participative (félicitation à Elimane Kane de Legs Africa pour l’avoir soulevé), est basé sur les chiffres du déficit budgétaire et de la dette que le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncés comme faux. Ou le chef du gouvernement ne dit pas la vérité, ou toutes les projections sont alors fausses. Si nous sommes à un déficit de 10, 4% en moyenne entre 2019 et 2023 (d’après Sonko), il nous est alors permis de douter de la sincérité du document qui prévoit de réaliser un déficit budgétaire de 3% en 2025, après 3, 9% en 2024. Déjà que le Fmi a indiqué dans sa dernière revue économique qu’«en l’absence de mesures budgétaires supplémentaires, le déficit devrait dépasser 7, 5% du Pib, bien au-delà des 3, 9% prévus dans le budget initial…»
Quid de la croissance ? Il est clair que le couple Diomaye-Sonko manque terriblement d’ambition. En effet, l’Agenda 2050 table sur un taux de croissance moyen de 6, 5 à 7%. Or, il est admis que les pays qui ont pu faire une croissance à deux chiffres ont pu véritablement se transformer.
Avec ces projections timorées, le Sénégal risque de reproduire les mêmes échecs que par le passé. Et tripler le Pib par habitant, en le faisant passer de 1500 à 4500 dollars en 25 ans, c’est nous projeter sur le niveau actuel de la Namibie (4512 $) et bien en deçà de la Guinée Equatoriale (5506 $), du Gabon (6655 $) et du Botswana (6708 $). L’accès universel à l’énergie, à portée de main avec le développement de la stratégie.
«Gaz to power», est renvoyé en 2034. La création d’emplois reste très faible avec 700 000 emplois projetés d’ici 2025, alors que chaque année 350 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi. Rapporté sur la durée de la vision, ce sont plus de 7 millions de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi. Donc seulement 10% de création d’emplois.
Par Camille COUTEAU
COMMENT SORTIR DU FRANC CFA
Depuis l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye à la présidence sénégalaise, l’Afrique de l’ouest se prépare enfin à sortir du Franc CFA. Sa jeunesse l’espère depuis toujours, et les trois pays de l’AES y sont résolus. Oui mais comment ?
Depuis l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye à la présidence sénégalaise, l’Afrique de l’ouest se prépare enfin à sortir du Franc CFA. Sa jeunesse l’espère depuis toujours, et les trois pays de l’AES y sont résolus. Oui mais comment ? Le champ des possibles est plus vaste qu’on ne le croit. Hélas, la classe dominante prépare une sortie du Franc CFA à son avantage, sans modifier les règles du jeu en profondeur, une sortie qui ne changerait rien aux injustices ni aux inégalités structurelles.
Techniquement, il s’agirait dans ce cas de renoncer à la parité fixe avec l’Euro (les réserves de change ayant été retirées de la Banque de France depuis janvier 2021) en changeant symboliquement le nom de la monnaie, seulement le nom, pas les fondamentaux, pas la philosophie.
Cet événement historique serait pourtant l’occasion d’ouvrir le débat, et d’intéresser chacun à ce sujet central dont on ne parle jamais, ce grand tabou : la création monétaire. L’occasion d’impliquer l’ensemble de la population dans les décisions à prendre, éventuellement par référendum, pour choisir le meilleur des systèmes monétaires possibles, celui qui permettra un véritable développement endogène, un juste partage du travail, des efforts et des richesses.
La télévision publique pourrait consacrer une émission hebdomadaire à ce sujet, pour diffuser une information cruciale qui n’a toujours pas percuté la conscience collective, ni donc l’imaginaire politique : il y a longtemps que les banques ne prêtent plus l’argent que nous déposons dans leurs coffres, sur nos comptes, car depuis l’abandon de l’étalon-or, dans les années 1970, elles créent l’argent de façon purement scripturale, A PARTIR DE RIEN MAIS UNIQUEMENT SOUS FORME DE DETTES, lorsqu’une banque accorde un emprunt. On peut donc appeler "argent dette" le système monétaire mondial et quasiment toutes les monnaies officielles. Sortir du Franc CFA sans briser ce dogme, cette prison mentale, ne serait qu’un miroir aux alouettes, une manière de prolonger l’escroquerie.
Individuellement, nous sommes habitués à travailler si dur pour gagner de l’argent, et depuis si longtemps, que nous sommes persuadés que l’argent est la valeur du travail, son fruit. Ce fût peut-être vrai pendant quelques siècles. Mais c’est aujourd’hui une illusion, puisque l’argent est depuis longtemps créé à partir de rien, en écrivant simplement des chiffres dans l’ordinateur d’une banque, lorsqu’elle accorde un crédit. La souveraineté monétaire de l’Afrique de l’ouest est une nécessité, une urgence, elle ne changera pourtant rien aux souffrances des peuples tant que l’argent sera créé uniquement sous forme de dettes.
La souveraineté monétaire de la Communauté Européenne, par exemple, n’empêche pas les immenses écarts de richesses individuelles au sein des pays qui la composent, l’extrême pauvreté, le délabrement des services publics, le délitement industriel.
Dans le système monétaire actuel (le système de "l’argent-dette") l’argent est créé uniquement par la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, les banques centrales et les banques privées lorsqu’elles accordent un prêt à une personne, une entreprise ou un État. Toute la monnaie en circulation vient de là, de l’emprunt.
Ce principe, parfaitement artificiel, explique le déficit budgétaire permanent des États, qui s’interdisent curieusement de créer l’argent eux-mêmes, comme ils le faisaient jadis pour financer le développement et les services publics. Depuis les "ajustement structurels" des années 1980, c’est précisément au nom de ces déficits, absurdes et criminels, que les hôpitaux, les écoles, les universités et le reste sont paupérisés, fracassés, démantelés. Pas seulement en Afrique.
Aujourd’hui monopole du système bancaire, le pouvoir de création monétaire ne sert quasiment plus qu’à endetter les États, nourrir les marchés financiers et enrichir les riches, au détriment des services publics et des peuples. Les banques centrales créent des milliards à partir de rien, continuellement, pour alimenter au quotidien la spéculation, et pour sauver ponctuellement les banques, secourir les marchés financiers, dont les crises et les krachs sont cycliques, inhérents à l’économie spéculative elle-même. Lors de ces crises financières, les milliards sont créés encore plus massivement, alors qu’on nous explique du soir au matin qu’il n’y a pas d’argent magique pour les services publics, qui selon le dogme en vigueur devraient être financés uniquement par l’impôt.
En vérité, le déficit public est un mythe1, il y eut des périodes durant lesquelles certains gouvernements ne se faisaient aucune obligation d’équilibrer les dépenses publiques par des recettes fiscales.
Aux Etats-Unis et en Allemagne, par exemple, il fut possible entre les deux guerres mondiales de financer les politiques publiques par la création monétaire à partir de rien, sans générer d’inflation excessive. Nous pourrions le faire aujourd’hui encore, à condition de ne plus gaspiller notre pouvoir de création monétaire pour alimenter les marchés financiers. Ce pouvoir doit être réservé à la bonne économie : l’alimentation, l’hôpital, l’école, l’écologie, etc.
L’idéal serait de faire d’une pierre deux coups, profiter de la sortie du Franc CFA pour s’évader en même temps de l’argent-dette, abolir ce dogme comme fut abolit l’esclavage. Mais comment faire ? Comme jadis, les puissances néocoloniales chercheront sans doute à affaiblir la nouvelle monnaie par tous les moyens. Pour contrer cette menace, sans doute faudra-t-il éviter une sortie brutale, trop risquée, et imaginer un plan en plusieurs étapes, pour éviter l’inflation du prix des denrées et des objets de première nécessité.
En 2015, pour échapper à la pression des institutions financières internationales, le gouvernement grec avait conçu un plan, auquel il a curieusement renoncé in extremis, qui pourrait inspirer les pays d’Afrique de l’ouest : créer une monnaie complémentaire, une "monnaie-don", pour financer sans dette les services publics et la transition écologique. Pour les grecs, cette monnaie aurait été complémentaire de l’Euro, le temps de s’en débarrasser. En Afrique de l’ouest elle serait complémentaire du Franc CFA, le temps de s’en affranchir. Prudemment, par étapes, sans affaiblir le pouvoir d’achat des ménages ni aggraver les pénuries alimentaires, hospitalières, pharmaceutiques, etc. Ce scénario est envisageable dans le cadre d’une sortie conjointe du Franc CFA par plusieurs pays, ou même un seul. Lors du passage à l’Euro, la nouvelle monnaie a cohabité plusieurs années avec les monnaies vouées à disparaître (Franc, Peseta, Lire, Mark, etc.). Pour l’Afrique de l’ouest, la sortie du Franc CFA est une occasion historique d’ouvrir la voie à tous les peuples qui rêvent de se libérer de la tyrannie des marchés financiers, l’horreur économique, l’argent-dette.
1 lire Stéphanie Kelton : "Le mythe du déficit, la théorie moderne de la monnaie et la naissance de l’économie du peuple", et Nicolas Dufrêne : "La dette au 21ème siècle, comment s’en libérer?"
Camille Couteau est chercheur indépendant en économie politique et sociologie du développement, il travaille particulièrement sur les alternatives au système monétaire actuel et prépare la publication, aux éditions L’Harmattan, d’un livre intitulé "Sortir de l’argent-dette, création et destruction monétaire en Afrique de l’ouest et ailleurs".
Les jeunes de notre pays qui ont porté au pouvoir Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, doivent désormais croire dans ce projet et s’approprier ce nouvel agenda de mobilisation et d’espoir, qui devrait à terme, transformer la vie de notre nation
Selon toute vraisemblance statistique, en 2050, il y aura 2,5 milliards d’habitants en Afrique, dont une très grande majorité de jeunes.
2050, c’est aussi l’objectif que se fixe notre nouveau président Bassirou Diomaye Faye pour faire aboutir son nouveau référentiel des politiques publiques au Sénégal.
Dénommé "Sénégal 2050 : agenda national de transformation", ce référentiel, présenté ce lundi 14 octobre 2024 par le Premier ministre, Ousmane Sonko, repose sur quatre axes stratégiques : la bonne gouvernance, le capital humain, l'aménagement durable, ainsi qu'une économie compétitive. D’après les nouveaux dirigeants de notre pays, leur application, devrait permettre de "bâtir un Sénégal souverain, juste et prospère".
Les jeunes de notre pays qui ont porté au pouvoir Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, doivent désormais croire dans ce projet et s’approprier ce nouvel agenda de mobilisation et d’espoir, qui devrait à terme, transformer la vie de notre nation.
Cependant, aujourd’hui encore, des milliers de nos jeunes, se considérant « sans avenir » ou se trouvant attirés par les mirages de l’occident, risquent leur vie et souvent la perdent, dans de frêles embarcations sur les océans.
Notre nouveau ministre de l'Intérieur, le général Jean Baptiste Tine, en a fait une priorité nationale. Il entend combattre les réseaux de passeurs, tout en soulignant l'importance de sensibiliser les jeunes aux dangers de cette aventure et de leur offrir des opportunités économiques au Sénégal.
Alors je dis à ces jeunes, c’est de la folie. Votre vie vaut plus que cette mortelle route de l’exil !
Quand toute l’Europe durcit ses politiques migratoires dans une société qui se déshumanise et que les conditions de l’immigration clandestine génèrent de plus en plus de misères et de drames humains, une nouvelle réflexion doit être menée chez nous sur notre capacité à garder espoir face aux difficultés et à construire notre avenir.
Cet été, après le naufrage meurtrier d'un bateau de migrants au large de la Mauritanie, avec un bilan effroyable, notre Premier ministre a lancé un appel. « L'avenir du monde est en Afrique », a déclaré Ousmane Sonko, « la jeunesse doit rester en Afrique ». « Le seul continent qui a encore une marge de progression et de croissance importante, le seul continent qui devrait porter la croissance du monde dans les 50 prochaines années, c'est l'Afrique », a-t-il proclamé. Avant d’ajouter, « la réponse que nous avons apportée, nous, est très claire, personne ne fera notre développement à notre place. Nous n'accepterons plus que nos ressources naturelles soient pillées pour nous laisser la pauvreté et le chômage qui va vous pousser à partir, vous les jeunes... ».
Pourtant, ce ne sont pas des lois sur les flux de l’immigration clandestine, ni la crise humanitaire sans précédent que nous traversons, qui vont dissuader nos jeunes de tenter leur chance pour devenir livreurs, maçons, cuisiniers, agents d'entretien.... dans un monde sans pitié ni considération.
C’est donc à nos dirigeants d’accélérer la cadence et comme l’a promis le président Bassirou Diomaye Faye de "traquer sans relâche" les trafiquants d'immigrés, et « de créer davantage d'opportunités pour les jeunes du Sénégal, et avec eux, afin de construire un avenir durable et inclusif ».
À l’heure où le Sénégal entre dans une nouvelle ère avec le lancement réussi de notre premier satellite dans l’espace, il est temps que nous construisions ensemble et sur nos terres, un monde inspirant et solidaire, où chaque parcours de vie, aussi difficile soit-il, peut connaître une fin heureuse et porteuse d'espoir.
Alors, chers jeunes Sénégalais, engagez-vous, croyez-en vous ! L’heure a sonné et la course est lancée ! Aujourd’hui le gouvernement vous propose un projet qui n’est ni une utopie ni un mirage. À vous de vous l’approprier et de le faire triompher.
Oumou Wane est présidente du Groupe Africa7.
PAR AMADOU FALL CANAR DIOP
CRUE DU FLEUVE : QUAND LA NÉGLIGENCE ET LE MANQUE DE COORDINATION MÈNENT À LA CATASTROPHE
"Souvenons-nous qu’une alerte a été donné par AGRHYMET dès le mois de Mai. Sur cette base, nous avions préconisé la mise en place de plans de contingence en début juillet."
L’onde de crue des fleuves Sénégal et Gambie a englouti les établissements humains, dévasté les cultures et autres moyens de subsistances, anéanti le bétail. Cette catastrophe bascule ces populations riveraines de la pauvreté à l’extrême pauvreté.
Au-delà de l’émotion, des réactions et des promesses de solidarité nationale, force de constater des négligences notoires de la part des différents acteurs.
Souvenons-nous qu’une alerte a été donné par AGRHYMET dès le mois de Mai. Sur cette base, nous avions préconisé la mise en place de plans de contingence en début juillet. Aussi, les alertes précoces relatives aux hauteurs d’eau au niveau de Bakel par la DGPRE et l’OMVS ont été régulières depuis le début du mois d’Aout.
Nous avons tous suivi les fortes pluies qui se sont abattues en guinée et au Mali et les dégâts qui y sont causés depuis août et septembre. Ceux sont ces eaux qui remplissent les fleuves du Bafing et du Bakoy qui ont donné naissance au fleuve Sénégal.
Les pluies de cette année ont été importantes aussi au Sénégal. Les eaux de ruissellement du Diery se dirigent vers le fleuve Sénégal et son affluent la Falemé tandis que, les eaux de l’EST vont vers le Nieriko et le fleuve Gambie.
La prévention des inondations est maintenant du domaine de la DPGI du ministère de l’Hydraulique et de l’assainissement, la prévention et la gestion des catastrophes est du domaine de la Direction de la protection Civile (DPC) du ministère de l’intérieur.
Ces différents services auraient dû se concerter et traduire ces alertes précoces en actions et travailler à :
- mettre en place des plans de contingence en appui aux communes et départements ;
-Prépositionner des sacs à terre dans les préfectures comme cela se faisait à chaque fois que Agrhymet alertait pour atténuer le début des inondations avant l’onde de crue ;
- Recenser les populations qui seraient impactées ;
- choisir avec les autorités administratives et les collectivités locales les sites de recasement ;
- prépositionner le nombre de tentes nécessaires avec la logistique
- déclencher les plans de contingence pour évacuer les populations avant l’arrivée de l’onde de crue au Sénégal (l’arrivée de cette onde de crue est connue des services de l’OMVS)
Etc …
“ la catastrophe n’est pas une fatalité, il faut la prévenir et s’y préparer pour l’éviter”
-DOMMAGE!
texte collectif
STOP À LA VIOLENCE D’ÉTAT AU TOGO
Les signataires de cette tribune expriment leur profonde indignation et condamnent fermement la violence d’État qui sévit au Togo. Ils enjoignent les autorités togolaises à restaurer l’État de droit et à respecter les droits humains fondamentaux
Les signataires de cette tribune expriment leur profonde indignation et condamnent fermement la violence d’État qui sévit au Togo. Ils enjoignent les autorités togolaises à restaurer l’État de droit et à respecter les droits humains fondamentaux.
Ils exigent que les libertés publiques puissent pleinement s’exercer sur l’ensemble du territoire togolais.
Le dernier incident en date concerne le député sénégalais Guy Marius Sagna, représentant du Sénégal au Parlement de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). En déplacement à Lomé, la capitale togolaise, dans le cadre d’une session délocalisée du Parlement de la CEDEAO, il a été violemment pris pour cible, tout comme plusieurs députés togolais, des journalistes, et des citoyens ordinaires. Les blessures qu’il a subies ont nécessité des soins médicaux, notamment des points de suture dans une clinique locale.
Cet acte de violence s’est produit, le dimanche 29 septembre 2024, lors d’une rencontre citoyenne organisée à l’initiative de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), un regroupement de partis politiques et d’organisations de la société civile, au cours de laquelle Guy Marius Sagna devait échanger avec des citoyens togolais. Alors que la réunion commençait à peine, des individus non masqués ont méthodiquement attaqué les participants et vandalisé les lieux, sous le regard indifférent des forces de l’ordre présentes sur place.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans une série d’atteintes récurrentes aux droits humains fondamentaux au Togo. Ces violations se traduisent par une interdiction quasi systématique des manifestations publiques pacifiques organisées par la société civile et les partis d’opposition. Le dernier exemple en date est l’interdiction d'une journée de prière et de solidarité en soutien aux familles des détenus politiques, initiative du mouvement « Touche Pas À Ma Constitution », un front regroupant des organisations de la société civile. Cette organisation, qui recense actuellement 93 prisonniers politiques, avait prévu, le 20 septembre dernier à Sokodé, de distribuer des kits scolaires aux enfants des détenus dans le cadre d’une campagne de sensibilisation pour leur libération. De la même façon, les meetings de l’organisation de la société civile Novation International sont frappés d’interdiction.
La situation politique au Togo s’est considérablement détériorée depuis la modification unilatérale de la Constitution par le régime en place, sans consultation du peuple. La nouvelle Constitution permet à Faure Gnassingbé de se maintenir au pouvoir indéfiniment, sans se soumettre à des élections, tout en concentrant les principaux pouvoirs de l’État dans sa fonction de président du Conseil des ministres.
Faure Gnassingbé est arrivé au pouvoir en 2005, à la suite du décès de son père, le général Gnassingbé Eyadéma, qui a dirigé le Togo d’une main de fer pendant 38 ans. Depuis 19 ans, Faure Gnassingbé continue de se maintenir à la tête du pays en modifiant régulièrement la Constitution, en organisant de présumées élections, systématiquement contestées par l’opposition et la société civile, et en usant de la violence pour faire taire toute voix dissidente.
La violence doit sortir du Togo, elle doit disparaitre de l’espace CEDEAO. Les signataires attendent des autorités togolaises qu’elles restaurent l’État de droit et qu’elles respectent les droits humains fondamentaux, afin que chaque citoyen puisse jouir pleinement des libertés publiques.
Les 47 Signataires :
Guy Marius Sagna, Dialo Diop, Madieye Mbodj, Alioune Tine, Seydi Gassama, Alfred Bulakali, Yéya Birane Wane, Alassane Seck, Nathaniel Olympio, Jean Kissi, Célestin Agbogan, Atcholi Kao, Gnimdéwa Atakpama, Nicodème Habia, Sambiri Targone, Gérard Adja, Félix Atchadè, Kofi Yamgnane, Jean Sylvanus Olympio, Raymond Ayivi, Soter-Caïus Dovi, Issoufou Moussa, Pierre S. Adjété, Yao Paul Assogba, Isidore Wasungu, Yaya Nuru Ubangiji, Clément Klustsé, Joël Viana, Ramatou De la croix, Aboubakar Ganiou, Geneviève Goëtzinger, Ferdinand Ayité, Raphaël Kpandé-Adzaré, Isidore Kouwonou, Maxime Domegni, Patrick Degbevi, Alain Anifrani, David Dosseh, Tétévi Norbert Gbikpi-Bénissan, Ussumane Camara, Tamilton, Teixeira, Biram Dah Abeid, Moussa Tchangari, Yoporeka Somet, Cheikh Hamala B. Diop, Philippe Amedodji, Hamidou Magasa.
Par Madana KANE
LES FORTES RESERVES DE MADANA KANE SUR SENEGAL 2050
Lettre au Gouvernement du Président Bassirou Diomaye Faye
Lettre au Gouvernement du Président Bassirou Diomaye Faye
Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,
Après avoir lu, avec un intérêt scientifique et patriotique, l’Agenda National de Transformation – Sénégal 2050 que votre gouvernement a soumis au Peuple Sénégalais, je me permets de venir formuler à votre haute attention quelques observations reflétant les profondes préoccupations de notre mouvement politique par rapport à la trajectoire que vous avez choisie de faire prendre à notre pays pour les vingt-cinq prochaines années.
Je voudrais, tout d’abord, souligner qu’aucun Sénégalais ne saurait logiquement être contre l’objectif de doter notre pays d’une indépendance par rapport aux contingences internationales, en passant d’une économie de production de matières premières à une économie de transformation adossée à nos ressources naturelles. En cela, il me semble que cette vision que vous avez déclinée ne souffre d’aucune remise en cause de nos concitoyens.
En revanche, certaines options prises par votre Gouvernement sont fortement discutables et ne rassurent pas.
Il faut le rappeler : un pays se développe avec de grands projets générateurs de croissance économique. Or, face à la pression de corriger la trajectoire de la dette, votre Gouvernement a choisi de moins recourir à l’emprunt et de se focaliser sur les ressources internes. Sur cet aspect en particulier, je voudrais exprimer des inquiétudes, non pas sur le principe de réduire notre dépendance à la dette, mais sur les conséquences négatives que cette option pourrait engendrer pour notre pays et ses vaillantes populations.
Je voudrais plus précisément attirer votre attention sur les éléments suivants :
L’activité économique du Sénégal tourne principalement autour des marchés publics, l’Etat du Sénégal étant le premier agent économique du pays.
La décision de votre Gouvernement de limiter le recours à l’emprunt aura pour effet, dans le court terme, la réduction du rythme des investissements publics, donc d’octroi des marchés publics.
La majorité des entreprises sénégalaises étant dépendantes de ces marchés, leur réduction va inéluctablement engendrer un ralentissement de l’activité économique. C’est ce que nous observons déjà depuis quelques mois, et le Fonds Monétaire International vient à nouveau de le confirmer.
Le ralentissement de l’activité économique va naturellement induire une baisse des recettes fiscales, ces mêmes recettes sur lesquelles votre Gouvernement compte s’appuyer pour financer son programme quinquennal 2025 – 2029.
L’impact des projets du plan quinquennal sur l’économie du pays ne se fera ressentir, le cas échéant, que dans le moyen, voir le long terme. La raison est simple : la période de construction des projets dure généralement entre deux et trois ans. Il en résulte qu’il y’aura, pour une certaine période de transition – qu’il aurait bien été utile de cerner dans le document –, un manque à gagner en termes de recettes de l’Etat.
La baisse des recettes fiscales classiques, le manque à gagner pendant la période de transition, et un éventuel maintien par votre Gouvernement de sa décision de moins recourir à la dette feront certainement entrer le Sénégal en récession économique, avec toutes les conséquences désastreuses qu’elle engendrerait pour nos populations déjà éprouvées.
L’élargissement de l’assiette fiscale annoncé par votre Gouvernement comme mesure de renforcement des comptes publics entraînera, dans le meilleur des cas, une substitution des recettes perdues à cause du ralentissement économique, et servira probablement à couvrir les charges fixes de l’Etat et à assurer le service de la dette au cours des prochaines années. Il restera donc peu de place à l’investissement public.
Votre option de faire jouer au secteur privé sa partition est certes louable. Mais, malheureusement, un secteur privé local déjà affecté par sa dépendance aux marchés publics, ne pourra pas dans le court terme se substituer à l’Etat, et financer les grands projets. Il s’y ajoute la rigidité du système bancaire qui ne facilite pas l’accès au crédit des entreprises locales, à fortiori lorsqu’elles seront en difficulté dans un contexte de récession économique. C’est l’occasion de noter que c’est cette même rigidité qui fait que nos entreprises n’arrivent pas à tirer pleinement profit des dispositions législatives relatives à la promotion du contenu local.
Aussi, les investisseurs privés, nationaux comme internationaux, voudront s’assurer de la rentabilité économique des projets avant d’investir. L’existence d’un marché de consommation robuste constitue le déterminant principal pour garantir la rentabilité économique des projets, surtout que dans les schémas de Partenariats Publics Privés, ou privés durs, les projets sont habituellement remboursés à partir de revenus tirés de la consommation des ménages. Or, dans un pays où les jeunes, qui représentent 75% de la population, ne trouvent pas un emploi, et n’ont donc pas de pouvoir d’achat, il sera difficile, voire impossible, d’asseoir un marché de la consommation, pourtant gage de rentabilité économique des projets à soumettre au financement du secteur privé.
Malheureusement, votre Gouvernement n’a pas décliné dans son Agenda 2050 une feuille de route claire en matière d’emploi et de pouvoir d’achat, ce qui constitue une limite certaine pour pouvoir apprécier le système de financement du programme public de l’Etat proposé aux Sénégalais.
Au regard de toutes ces considérations, il faut craindre que le système de financement du programme public proposé par le Gouvernement ne soit ni opérationnel, ni efficace dans le court moyen terme, car ne prenant absolument pas en compte les dynamiques de fonctionnement de notre économie qui, actuellement, est fortement tributaire de l’investissement et des marchés publics. Cela entraînera un blocage de l’économie du pays, loin de l’objectif que vous vous êtes fixés d’asseoir une économie compétitive. Dans un tel contexte, il serait également utopique de penser que le secteur privé pourra prendre le relais pour créer des richesses avant plusieurs années.
Fort de tout cela, il est urgent que votre Gouvernement présente aux Sénégalais un plan de transition qui, tout en cherchant à ramener le déficit public et la trajectoire de la dette dans les proportions acceptables, pourra permettre à l’économie de continuer.
PAR Fatou Kassé-Sarr
LA SOUVERAINETÉ CULTURELLE, PILIER DE LA SOUVERAINETÉ NATIONALE
La culture est notre richesse la plus précieuse. Elle nous donne les outils pour comprendre notre passé, affronter notre présent et construire notre futur
Le nouveau gouvernement, porté par une forte aspiration populaire au changement, vise la souveraineté du Sénégal. Il ne pourra réussir son projet de transformation du pays sans s'appuyer résolument sur la culture. Plus qu'un simple secteur d'activité, la culture doit être envisagée comme le socle sur lequel bâtir la souveraineté et le développement durable d’un Sénégal qui se projette sur la scène mondiale tout en restant fidèle à ses racines.
La souveraineté culturelle se réfère au droit et à la capacité d'une communauté, d'un peuple ou d'une nation à préserver, promouvoir et contrôler ses propres pratiques culturelles, ses valeurs, ses traditions et son patrimoine. Elle vise à garantir que les expressions culturelles d'une communauté soient respectées et protégées face l'homogénéisation imposée par des influences externes, qu'elles soient politiques, économiques ou sociales.
Elle est alors est un pilier essentiel de la souveraineté nationale que le nouveau gouvernement sénégalais doit impérativement prendre en compte dans sa quête de souveraineté économique.
L’histoire de notre continent a été largement racontée par l’Occident, souvent déformée pour véhiculer des stéréotypes et servir des objectifs de domination économique. Les africains se sont longtemps eux-mêmes perçus et positionnés en fonction de cette ce narratif externe. En 2024, ces stéréotypes persistent même s’ils sont contestés.
Il existe une seule manière de déconstruire cette fausse perception de l’Afrique : construire nos propres récits et les diffuser à travers la multiplicité des arts et de la culture. Des récits décomplexés qui reflètent nos spécificités culturelles et notre vision du monde.
Dans une interview récente au quotidien Le Soleil, Ibrahima Thioub dit très justement « A nous Africains de nous positionner par rapport à nous-mêmes en élaborant en toute souveraineté nos politiques mémorielles et patrimoniales qui ne doivent rien attendre de qui que ce soit ».
La souveraineté est un processus pensé et des dispositions mentales
Aujourd’hui, le Sénégal a élu un nouveau pouvoir dont le Projet vise la souveraineté du pays. Mais qu’est-ce que la souveraineté ? Et surtout que signifie la souveraineté pour une Nation africaine face aux défis contemporains (mondialisation, développement des multinationales, nouvelles technologies, etc.), ?
La souveraineté est globalement le droit à l'autodétermination et la capacité à prendre des décisions autonomes sur les plans politique, économique et social. Pour une nation africaine, la souveraineté revêt des dimensions particulières, influencées par son histoire coloniale principalement, et ses contextes politiques et sociaux spécifiques. Rechercher la souveraineté signifie donc qu’il y a une part de notre destinée qui ne nous appartiendrait pas et dont il faudrait reprendre le contrôle. Demande de se recentrer sur les intérêts nationaux et dans le même temps, puisque nous sommes au 21ème siècle, de s’ouvrir au monde.
La souveraineté donc est un processus pensé, déployé et décliné avec des fondements solides notamment la perception qu’ont les peuples d’eux-mêmes. Un peuple mentalement fort, sera en mesure de sortir de la dépendance, d’avoir cette ambition collective et d’établir des relations équitables avec le monde dit développé.
Pour moi, le slogan « Jub, Jubal, Jubanti » est une première déclinaison vers cette capacité à être souverain. Il propose une vision de la souveraineté qui ne se limite pas à l'indépendance formelle, mais qui englobe une gouvernance transparente, juste et orientée vers le développement national. Il suggère que la véritable souveraineté découle d'un État fort, responsable devant son peuple et capable de défendre les intérêts nationaux. Ce slogan en langue wolof puise ses racines dans la culture et les valeurs sénégalaises. Ses signifiants découleraient alors de référents culturels communément admis par l’ensemble des Sénégalais.
Dans ce contexte, quelle place accorder à la culture ? Quel est son apport réel dans les dispositions mentales qui permettront d’atteindre la souveraineté ?
La souveraineté culturelle est un pilier de la souveraineté nationale
Le nouveau gouvernement a présenté le référentiel Sénégal 2050 dont l’ambition est de faire du pays « une Nation souveraine, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes ». La souveraineté culturelle devient alors un élément central à considérer dans sa stratégie de souveraineté économique, car elle constitue un fondement essentiel de l’identité, des valeurs, et de l'indépendance nationales.
Souvent minimisée dans les politiques de gouvernements, je pense que la culture, (équilibrée avec d'autres éléments tels que la citoyenneté, les droits politiques et les valeurs communes), est le fondement d’une Nation. Et que serait une souveraineté sans fondements ? Je ne fais bien entendu pas référence à une vision culturaliste caricaturale de repli sur soi et de rejet de l'autre, mais à la culture sous tous ses aspects (identité collective, histoire, patrimoine, manière de vivre, pratiques culturelles, design, artisanat, gastronomie, éducation, etc.). Je pense à la culture de nos terroirs. Par exemple : le ndeup, le kankourang, le nduut, l’ékonkong, que les communautés organisent sur toute l’étendue du territoire, ou encore le fonio qui nous vient des hauteurs de Kédougou. Et je m’interroge : ne méritent-ils pas d’être expliqués, transmis aux jeunes générations et valorisés comme partie intégrante de ce qu’est être sénégalais ? Quelle place donner aux expressions culturelles contemporaines qui traduisent aussi l’identité du Sénégal ?
Je pense ici à la « senegalese touch », celle qui rend le Sénégal singulier.
Il s'agit de concevoir la culture comme un ancrage solide, une source de références, qui redonne fierté, rend notre jeunesse moins poreuse à toutes sortes d'influences, qui aiguise l’esprit critique sur le monde et qui permet par la même occasion de gagner sa vie. Un fondement qui rend plus assuré, mieux assis, qui rend souverain.
La souveraineté d'une nation ne se limite donc pas à sa capacité de se gouverner sans ingérence étrangère. Elle inclut aussi la capacité à s’affirmer. C’est pourquoi la souveraineté tout court est indissociable de la souveraineté culturelle.
Les vrais récits pour reconstruire la cohésion sociale
Cette souveraineté culturelle ne signifie pas un repli sur soi, mais plutôt la capacité du Sénégal à maîtriser son propre récit, à valoriser ses traditions et ses expressions artistiques contemporaines, tout en restant ouvert aux échanges culturels mondiaux. Senghor avait dit "enracinement et ouverture". Était-ce visionnaire ? Car la vérité est que ceux qui savent d'où ils viennent tracent leur chemin sûrement et fermement.
Le Sénégal, riche de sa diversité culturelle, doit valoriser et promouvoir ses expressions artistiques et créatives. Celles-ci sont porteuses des vrais récits africains, qui remettent en question les stéréotypes et offrent une vision renouvelée de notre continent. Elles renforcent fierté et sentiment d'appartenance à une identité plurielle et dynamique.
Trop longtemps, l'histoire de notre continent a été déformée par des grilles de lecture inadaptées et des stéréotypes tenaces. Il est temps de déconstruire ces fausses perceptions à travers les arts et la culture.
Les États africains doivent investir dans la culture
La notion de "nouveaux récits" est aujourd'hui de plus en plus revendiquée par les Africains, mais elle est aussi présente dans tous les projets et orientations de la coopération internationale sous l'appellation de nouveaux récits communs. Cette construction se met en œuvre grâce au financement. À ce stade, on pourrait se poser la question suivante : pourquoi mettre autant d'efforts à financer la culture en Afrique s'il n'y avait pas un gain spécial ? Si nos gouvernements se penchaient réellement sur ces questions, ils accorderaient assurément une place stratégique à la culture.
Pourtant, le Sénégal a été précurseur en la matière avec un soft power culturel puissant. C'est d'ailleurs l'une des forces du pays sur laquelle nous surfons depuis lors. Aujourd'hui, le soft power culturel sénégalais a vécu, et je pense qu'on en subit les conséquences au quotidien. Il faudrait alors tirer des leçons du passé, regarder le monde et observer l'évolution des forces. Tirer des leçons de la position du Maroc ou bien observer la force de la K-Wave, cette fameuse vague culturelle qui nous vient de la Corée du Sud, ou bien encore se demander comment la fulgurante renaissance culturelle du Nigéria a-t-elle donné lieu à cette explosion internationale puissante de l’industrie culturelle nigériane. Et prendre le temps d’analyser : quels ont été les impacts concrets dans ces pays ? Pourquoi persistent-ils à investir dans la culture ?
La souveraineté culturelle est un investissement stratégique
Investir dans la souveraineté culturelle du Sénégal ne devrait pas être perçu comme un investissement à perte. Au contraire, c’est essentiel pour garantir que nos expressions culturelles soient respectées, protégées et promues. C'est un moyen efficace de résister à l'homogénéisation culturelle mondiale tout en positionnant le Sénégal comme un acteur culturel influent sur la scène africaine et internationale.
La culture est le socle indispensable de la souveraineté. Il est temps de reconnaître cette réalité et de la placer au cœur des politiques publiques.
Elle contribue au développement économique du Sénégal à travers plusieurs canaux, notamment le tourisme qui attire des visiteurs intéressés par notre patrimoine culturel riche et nos traditions. De plus, les industries créatives telles que la musique, le cinéma, la mode et l'artisanat génèrent des emplois et stimulent la croissance économique locale. Le pétrole et le gaz ne sont pas la panacée. Le Sénégal peut diversifier son économie et renforcer son attractivité sur la scène mondiale si elle intègre la culture au cœur de ses stratégies de développement.
SEM Samir Addahre, Ambassadeur du Maroc auprès de l’Unesco, déclarait récemment lors de la XIVe Conférence des Ambassadeurs Africains de Paris : « La culture s’impose aujourd’hui comme un levier fondamental de la diplomatie ».
Cela nécessite toutefois une volonté politique forte et un engagement à long terme : une politique culturelle ambitieuse, un soutien aux acteurs culturels locaux, la protection notre patrimoine ou encore la promotion de nos traditions. Le gouvernement doit également encourager la création artistique, investir dans les infrastructures culturelles et renforcer les capacités des industries créatives.
La culture n'est pas un simple ornement, elle est le fondement sur lequel nous devons bâtir notre avenir.
En résumé, la culture est notre richesse la plus précieuse. Elle nous donne les outils pour comprendre notre passé, affronter notre présent et construire notre futur. Investir dans la culture, c’est investir dans notre identité, notre souveraineté et notre avenir.
Placer la souveraineté culturelle au cœur de notre projet de développement, c’est construire un Sénégal plus fort, plus uni et plus prospère.
Le moment est venu de reconnaître la valeur de la culture et de lui donner la place qu'elle mérite dans notre société.
Fatou Kassé-Sarr est Directrice Générale Labell’Com, organisatrice du Carnaval de Dakar.
par Thierno Alassane Sall
AGENDA 2050 : AMATEURISME, INCOHÉRENCES ET LÉGÈRETÉ AU SOMMET DE L’ÉTAT
L’Agenda 2050 prend-il en charge les urgences ? Les autorités ont-elles proposé des solutions pour soulager la souffrance des Sénégalais ? Ce qui devait être une vision ambitieuse pour l’avenir du Sénégal se révèle être un catalogue de vœux pieux
Cette carte du Sénégal version Agenda 2050 situe Sédhiou à la place de Kolda et vice-versa. Signe que les graphiques de l’Agenda ont été bâclés. On ne sait pas si ces régions bénéficieront d’une mutation économique, mais elles subissent déjà un bouleversement géographique que même la tectonique des plaques ne saurait expliquer.
Comment peut-on espérer transformer un pays en s'égarant dans sa géographie ? Les erreurs sont nombreuses et révèlent une improvisation inquiétante au sommet de l’État. Sans prendre en compte les nombreuses fautes, voici quelques autres signes révélateurs des lacunes et incohérences du fameux Agenda 2050.
1/ Souveraineté monétaire : une omission stratégique majeure
Comment transformer un pays sans aborder la question de la souveraineté monétaire ? Le parti au pouvoir avait pourtant martelé que cette réforme était essentielle au développement. L’absence totale de mention de cet enjeu montre un reniement de leurs promesses et trahit un manque de cohérence stratégique dans cette vision de transformation.
2/ Pacte national : les co-contractants ignorés
L’Agenda se présente comme fondé sur un pacte national, mais aucune concertation réelle n’a eu lieu avec les forces vives. Ni la société civile ni le secteur privé n’ont été consultés. Pourtant, le gouvernement attend 5 700 milliards F CFA de ce secteur pour financer son plan quinquennal. Ignorer ses partenaires économiques témoigne, à tout le moins, d'une lacune inquiétante.
3/ Croissance : ambitions limitées
L’Agenda 2050 prévoit un taux de croissance moyen de 6,5 à 7 %. Pourtant, l’histoire montre que seules les nations atteignant des taux à deux chiffres ont pu véritablement se transformer. Avec ces projections timorées, le Sénégal risque de reproduire les mêmes échecs que par le passé.
4/ Tarifs énergétiques : une course contre la montre perdue
Le plan promet de ramener le prix de l’électricité sous 60 F CFA/kWh d’ici 2050. Mais attendre 25 ans pour atteindre un tarif proche de celui pratiqué aujourd’hui en Côte d’Ivoire (87 F CFA/kWh) est une preuve d’inertie. Comment parler de compétitivité avec une telle lenteur de réforme ?
5/ Culture : l’élément symbolique oublié
Transformer une société en 25 ans sans intégrer la culture et le patrimoine est une erreur de fond. Une vision de développement durable nécessite de valoriser l’identité culturelle. Cet agenda, purement technocratique, semble déconnecté des réalités sociales et des aspirations profondes des Sénégalais.
6/ Sécurité territoriale : le déni face aux menaces dans le Sahel
En plein cœur d’une crise sécuritaire au Sahel, l’Agenda 2050 reste muet sur les questions de souveraineté territoriale et de défense des frontières. Il y a quelques mois, notre gouvernement se jouait les sauveurs du Sahel, en promettant de réintégrer les pays de l’AES dans la CEDEAO. Aujourd’hui, silence radio. L’absence d’une stratégie claire expose le pays à de graves vulnérabilités géopolitiques. Sans une réponse à ces enjeux, ce plan est non seulement incomplet, mais dangereusement irréaliste.
7/ Le présent dans tout ça ?
Factuellement, l’Agenda présenté prend-il en charge les urgences ? La réponse est non. Les autorités ont-elles proposé des solutions pour soulager la souffrance des Sénégalais ? La réponse est non. Diomaye et Sonko n’ont pas dit comment ils allaient sortir le pays des difficultés actuelles. Ils donnent rendez-vous prochainement, cela s’appelle de la démagogie.
En fin de compte, ce qui devait être une vision ambitieuse pour l’avenir du Sénégal se révèle être un catalogue de vœux pieux. La montagne a accouché d’une souris. Le peuple sénégalais mérite bien plus qu’un agenda sans feuille de route ni contenu sérieux.