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5 avril 2025
People
DOUBLE CONSÉCRATION POUR HAROUNA DIA
Cet ancien fonctionnaire sénégalais s'est réinventé au Burkina Faso où il a bâti un empire dans le poisson fumé. Demain, son parcours sera doublement célébré : au Sénégal comme parrain de la Journée de l'élevage, et au Burkina où une statue lui sera dédié
Celui qui a dit que nul n’est prophète chez soi n’aurait jamais tenu de tels propos s’il était encore en vie. Car, tenez vous bien, l’homme d’affaire Harouna Dia, adulé au Burkina Faso, est le parrain de la Journée de l’élevage qui se tient au Sénégal demain, et le même jour, un monument qui porte son nom sera inauguré à l’avenue Kwamé Nkrumah de Ouagadougou.
Panafricain dans l’âme, Harouna Dia continue à faire parler de lui dans le pays et en dehors du Sénégal. Il est désigné parrain de la Journée de l’Elevage qui sera célébrée demain samedi dans la capitale du Saloum, à Kaolack. Cette cérémonie qui sera présidée par le Président Bassirou Diomaye Faye montre l’importance que le Sénégal accorde à son fils qui réside actuellement dans le pays de Thomas Sankara et qui n’hésite jamais à soutenir son pays dans les moments difficiles ou pour payer des études à des cracks comme la brillante Diarry Sow. Pour beaucoup, Harouna Dia, connu pour sa philanthropie, a grâce à son courage semé un grand espoir chez plusieurs Sénégalais et Africains, puisqu’il entretient l’espérance et la résilience des peuples, en avançant avec hargne et détermination.
Il faut également signaler que le même jour, il est prévu l’inauguration d’une statue qui porte le nom de Harouna Dia sur l’avenue Kwamé Nkrumah de Ouagadougou. La décision de mettre cette statue pour rendre hommage à Harouna Dia a été prise par l’Académie des Sotigui, basée au Burkina Faso. En effet, ladite académie avait décidé d’honorer les filles et fils du pays des hommes intègres qui se sont brillement distingués dans leurs domaines de compétences, en érigeant des monuments en leur nom à l’avenue Kwamé Nkrumah, dans le cadre du projet «Rue des Etoiles» qui vise à redonner vie à ladite avenue par l’érection de stèles.
Selon le président de l’Académie des Sotigui, Kevin Moné, l’initiative est révolutionnaire car elle transformera l’Avenue Kwamé Nkrumah en un lieu emblématique, car le lieu a été jadis marqué par des attaques terroristes. De même, souligne-t-il, de nombreux Burkinabè sont restés et demeurent dans l’anonymat malgré la grandeur voire l’unicité de leur prouesse, de leur énorme contribution au développement du Burkina Faso, de l’Afrique et du monde entier quel que soit le secteur. Pour Kevin Moné, l’initiative offre l’opportunité de mettre en lumière ces talents, de reconnaître leur travail acharné et de les célébrer à travers l’érection de stèles sur cette avenue.
Sorti major de sa promo à l’Université polytechnique de Toulouse, ancien fonctionnaire de l’État du Sénégal et de l’Ong américain Africare, Harouna Dia s’est fait distinguer dans le poisson fumé à Ouagadougou. Harouna Dia est un ingénieur en hydraulique de formation. Il a d’abord fait ses armes dans la fonction publique, puis dans l’humanitaire en Casamance, au Tchad et au Burkina, avant de lancer sa propre affaire. Exilé volontaire à Ouagadougou depuis vingt-cinq ans, il aurait pu rester à l’écart de la vie de son pays, «mais il a toujours voulu agir» pour le bien de sa communauté. Taxé de milliardaire silencieux, il a joué un rôle financier crucial dans l’élection du Président Macky Sall en 2012. Celui qui se définit comme «un homme du privé», «une sentinelle», aime rester «une force invisible», et préfère rester dans l’ombre et travailler dans le silence. Aujourd’hui, celui qui avait aidé Macky Sall à arriver au pouvoir se présente comme un sauveur du Sénégal puisqu’à l’aube de l’alternance, il a décidé de soutenir le Sénégal sans entrer dans la doxa politicienne pour se libérer des chaines de l’occident.
SALOUM COLY, UN CUISTOT 2.0
Une bonne dose d’audace, une pincée de motivation, un soupçon de courage et le tout saupoudré d’un bon coup de pouce du destin, ce sont là les ingrédients du succès virtuel de Saloum Coly.
Une bonne dose d’audace, une pincée de motivation, un soupçon de courage et le tout saupoudré d’un bon coup de pouce du destin, ce sont là les ingrédients du succès virtuel de Saloum Coly. Au fil du temps, il est passé d’un passionné de cuisine à futur chef grâce à la magie du net.
Le menu du jour est du Domoda. L’apprenti cuisinier tient d’abord à prévenir ses pairs : «je cuisine le plat que certains hommes n’aiment pas». Ce dernier commence par les boulettes. De la farce à la cuisson du riz blanc, le jeune de 21 ans fait tout lui-même avec une dextérité remarquable. Après dressage, il présente son plat à ses 146.000 abonnés sur Tiktok. A la maison, Saloum Coly alias Papito est le chef. Il n’hésite pas à se mettre aux fourneaux pour le bonheur de la famille. Pas besoin de toque ni de tablier. Le jeunot a juste eu besoin d’une bonne dose de curiosité et d’un coup de main du destin.
L’entrée en cuisine de ce cuistot s’est faite par le plus grand des hasards en 2020. C’est suite à l’hospitalisation de son unique sœur qu’il a pris la cuisine en main. En effet, cette dernière tombe malade et est hospitalisée trois mois plus tard pour une durée de dix jours. Sa mère est aux petits soins et passe toute la journée à son chevet. Saloum Coly ne perd pas de temps et décide de nourrir la famille. «Ma mère m’a donné quelques consignes que j’ai respectées et cela a bien marché. Pour les autres plats, j’ai fait mes propres recherches sur YouTube», explique-t-il guilleret.
Le longiligne se découvre rapidement une passion pour la cuisine Il commence à poster ses recettes sur Instagram et Whatsapp. Ce dernier prend plaisir à essayer de nouveaux plats sur le réseau social Tiktok. Un créateur de contenus turc va lui donner le zest de motivation dont il a besoin pour se lancer davantage dans les vidéos. «Les gens me motivaient également et m’encourageaient à continuer sur cette lancée. C’est de là que j’ai décidé d’utiliser mon ancien compte de football pour commencer à poster mes réalisations. Ce fut un succès», avoue-t-il fièrement.
«C’est une des amis de ma mère qui m’a aidé à monétiser le compte en le créant depuis la France», fait savoir Papito. Au fil des recettes, le passionné de cuisine se fait rapidement un nom. «Une de mes vidéos a même franchi la barre des un million de vues». Une fierté pour le passionné.
Le goût de la reconnaissance
Saloum Coly partage ses recettes depuis plus de trois ans sur les plateformes numériques. «Je reçois beaucoup de bienveillance. Mes abonnés m’encouragent et me motivent dans ce domaine», affirme-t-il tout sourire. Avec la bénédiction de sa mère, Papito n’hésite pas à se mettre aux fourneaux pour concocter des plats. Le cuisinier en herbe révèle prendre du plaisir à partager sa passion aussi bien avec sa famille que ses abonnés. «Un de mes abonnés m’a appelé récemment pour me remercier car c’est grâce à mes recettes qu’il a pu s’en sortir en cuisine», confie-t-il. Une source de satisfaction pour le jeune longiligne.
Les réseaux sociaux ont boosté la passion du créateur de contenus. Ce dernier fait des pubs et collabore également avec des entreprises de la place. Il pense même à changer de vocation. L’étudiant en informatique ne parle que le langage de la cuisine. «Je veux faire une formation en hôtellerie et tourisme», dit-il convaincu. Le futur chef cuisinier veut continuer à faire découvrir au monde les recettes sénégalaises et devenir l’un des plus grands cuisiniers du monde. «C’est désormais la voie que j’ai choisi pour réussir ma vie et venir en aide à ma famille», affirme-t-il avec beaucoup d’ambitions.
LA SENEGALAISE ADJI BOUSSO DIENG NOMMÉE PARMI LES 10 INTELLECTUELS À SUIVRE EN 2025
Professeure adjointe en informatique à l’Université Princeton, aux États-Unis, la Sénégalaise, Adji Bousso Dieng, est nommée parmi les 10 intellectuels à suivre en 2025 par The Africa Report
Professeure adjointe en informatique à l’Université Princeton, aux États-Unis, la Sénégalaise, Adji Bousso Dieng, est nommée parmi les 10 intellectuels à suivre en 2025 par The Africa Report. L’annonce a été mercredi, par l’ambassade des États-Unis à Dakar, via une note publiée sur X.
Professeure adjointe en informatique à l’Université Princeton, Mme Dieng dirige le Vertaix Lab, où ses recherches innovantes explorent l’intersection de l’intelligence artificielle (IA) et des sciences naturelles. « Elle est affiliée à plusieurs instituts prestigieux, tels que le Princeton Materials Institute, la Princeton Quantum Initiative, et le High Meadows Environmental Institute (HMEI), et est également chercheuse chez Google DeepMind », rapporte la note.
La même source rapporte que son travail ne se contente pas de faire progresser les connaissances scientifiques mondiales, il incarne également un exemple brillant de leadership dans les domaines STEAM (Sciences, Technologie, Ingénierie, Arts et Mathématiques), particulièrement en tant que femme perçant les barrières dans ces secteurs traditionnellement dominés par les hommes.
Le leadership et l’engagement de Mme Dieng contribuent, d’après laa note de l’ambassade des États-Unis à Dakar, à « renforcer les liens » entre les États-Unis et le Sénégal, notamment dans le domaine de l’éducation et de l’innovation. « Ses contributions ouvrent la voie pour les générations futures de jeunes femmes dans les STEAM ! », renseigne le communiqué.
GUY MARIUS SAGNA, L’ANTICONFORMISTE
Guy Marius Sagna est atypique autant dans son cheminement de citoyen africain que dans sa posture politique, prolongement de son long combat pour une Afrique souveraine et porteuse d’espoirs légitimes
De la nouvelle génération de figures politiques, Guy Marius Sagna est sans doute l’un des plus constants dans ses combats et formes de lutte. Derrière cette apparence rebelle, se cachent un bouquet de qualités humaines, qui en font un homme adulé par tous ceux qui le côtoient.
Rouleau compresseur pour les contradicteurs, défenseur de la veuve et de l’orphelin pour les âmes désemparées. Excessif, populiste, tapageur, idéaliste passionné, pour les uns. Attachant, constant dans l’engagement, authentique par le verbe et l’action, incorruptible…pour les autres ! Et bien d’autres qualificatifs ! Le bonhomme, aux airs de déménageur, ne laisse personne indifférent. Guy Marius Sagna est atypique autant dans son cheminement de citoyen africain que dans sa posture politique, prolongement de son long combat pour une Afrique souveraine et porteuse d’espoirs légitimes. « L’Africain du Sénégal », comme il aime à se présenter, longe, continuellement, une allée de dynamisation des consciences, de mobilisation des esprits et des intelligences au service du bien-être collectif. Le « député du peuple », véritable mur de lamentations, redonne de la fraîcheur à l’hémicycle considéré à tort ou à raison comme une chambre d’enregistrement.
Derrière cette apparence fougueuse, se cache une âme douce, serviable, presque timide dans sa routine quotidienne. Comme par hasard, il n’écoute que de la « musique douce », quand sa voix de stentor et ses harangues pétulantes ne s’évertuent pas à rappeler aux pouvoirs publics et à une certaine élite socio-économique leur responsabilité. Mais dès qu’il s’agit de principes, de dénoncer des injustices, de défendre les droits des travailleurs ou des questions de droit tout court, Guy met le bleu de chauffe. Sans gants. Malgré son calme légendaire, face aux situations les plus périlleuses, il n’y va pas de main morte. Comme cette scène à l’Assemblée nationale où il arrache l’urne pour contester un vote. Un homme entier.
C’est d’ailleurs ainsi que le décrit son compagnon de lutte Bentaleb Sow. Ayant d’abord connu Guy Marius sur les réseaux sociaux, l’actuel conseiller à la présidence dit avoir beaucoup appris de l’homme avec qui il a fini par partager le mouvement Frapp (Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine). Même si le courage et l’engagement sont les traits de caractère qui ont bluffé le plus de monde, lui est plutôt impressionné par son intelligence : « Les gens mettent en avant son courage, mais moi, c’est son intelligence qui m’impressionne. C’est quelqu’un de très structuré et de très bien informé ».
Engagement précoce
Bentaleb croit connaître les raisons de cette aptitude de Guy à faire face à toutes les situations. « Il a reçu une bonne formation de la gauche. Il est structuré, pragmatique et clair dans ses idées. Il va au fond de sa pensée. Rien ne peut le bâillonner. C’est la vérité et l’esprit révolutionnaire. C’est quelqu’un de très résilient et de très endurant », soutient-t-il, parlant de « sa source d’inspiration ».
Guy Marius Sagna a de qui tenir. Il été façonné par un oncle. Un ancien de la gauche qui l’a très tôt abreuvé de livres et autres sources documentaires ayant trait à l’impérialisme. Il n’avait que…11 ans à l’époque. Ce souvenir est imprimé dans sa mémoire reconnaissante : « Mon oncle me faisait même assister à des réunions du mouvement de gauche appelé « Fernient ». De l’impérialisme au progrès social, en passant par la lutte des travailleurs…j’en ai beaucoup lu ». De fil en aiguille, ce qui devait être une simple transmission oncle-neveu façonnera la vie de Guy Marius Sagna. Fidèle au mouvement devenu par la suite « Xall Wi », un journal de gauche, il en devient un des rédacteurs. Le journal s’impose, grandit et donne naissance au Rassemblement des travailleurs africains-Sénégal (Rtas). Ici, déjà, celui qui a grandi aux Parcelles assainies laisse apparaître des élans révolutionnaires.
En effet, membre engagé du Rtas, il fait partie de ceux qui claquent la porte quand il s’est agi pour les leaders de négocier avec Abdoulaye Wade. C’était en 2000. Il s’en souvient comme si c’était hier. « Le débat, c’était est-ce que le Rtas devait accepter si le président Wade lui proposait un poste. Pour nous, il était hors de question. On l’avait soutenu mais on ne partageait pas forcément sa vision. Il fallait juste se départir du Parti socialiste qui n’avait que trop duré au pouvoir », raconte-t-il. Guy et des camarades finissent par se faire écarter du parti. Avec d’autres exclus de And Jëf, ils créent « Fernient »/Mouvement des travailleurs panafricains Sénégal (Mtps). Il trace sa voie avec la création de « Yoonu Askan Wi » avec les Madieye Mbodji, Joe Diop, Alla Kane… « Yoonu Askan Wi »/ Mouvement pour l’autonomie populaire. Ce mouvement a fusionné avec Pastef en 2015, précise Guy. Il en devient une icône. Un homme de confiance du leader de Pastef Ousmane Sonko.
Don de soi Agent de santé, travailleur social, son engagement contre l’impérialisme dans ses diverses déclinaisons a fini par éclipser et rendre peu connue du grand public sa trajectoire professionnelle. D’ailleurs, c’est durant l’épisode de son affectation que beaucoup découvrent que Guy était un agent du ministère de la Santé. Marquant à la culotte le régime précédent, son ministre de tutelle d’alors, Abdoulaye Diouf Sarr, décide de l’affecter à Kédougou. Sur tous les fronts, Guy n’a presque pas de répit. L’ancien du Lycée Lamine Guéye, où il a obtenu son baccalauréat, a partout laissé une belle impression à ceux qui l’ont côtoyé, par son courage, son engagement et sa constance dans la défense des droits. Daouda Guéye «Pikine» a découvert l’homme dans le contexte du 23 juin 2011.
Depuis, il ne cesse d’être séduit par son engagement et son courage : « Sa constance est remarquable. Il se singularise par le don de soi. Contrairement aux airs de dur qu’il laisse apparaître, c’est un homme trop gentil, très fidèle en amitié et très attaché aux relations humaines ». Contestataire jusqu’au bout des ongles, le natif de Ziguinchor, en 1979, est certes attaché aux principes et valeurs, mais reste un homme soyeux, sociable et très attaché aux valeurs sociétales. C’est l’impression qu’il a laissée à Aliou Gérard Koïta, membre du Secrétariat exécutif national du Frapp, qui joue aujourd’hui le rôle d’assistant personnel et de chef du protocole. Arrêtés plusieurs fois ensemble, les deux hommes sont très proches. Aliou décrit son mentor comme un homme entier, du reste très têtu.
Quartier de haute sécurité
Guy Marius et les incarcérations, c’était déjà connu. Ce qui l’est moins, c’est ce qu’il a eu à vivre dans les geôles. Entre 2012 et 2024, il a connu six emprisonnements. De Tambacounda à Dakar en passant par Ziguinchor, que de péripéties. Mais cela n’a pas émoussé son ardeur ni étanché sa soif de justice. C’est d’ailleurs au Cap Manuel que le « justicier » découvre qu’il existait des prisons dans les prisons. Avec neuf de ses camarades, il est arrêté lors d’une marche sur le palais pour la baisse du prix de l’électricité.
Pour freiner l’élan de cet homme que rien ne semble effrayer, il est envoyé dans un coin au sein de la prison. « J’étais le seul à avoir été amené dans cette partie où l’on met généralement les grands bandits ou les terroristes…J’ai fait trois mois là-bas alors que ceux avec qui j’ai été arrêté ont été libérés après quelques semaines », se souvient-il. Chasser le naturel, il revient au galop. En plein cœur de la prison, il ouvre un autre front. Cette fois-ci pour la baisse des prix des denrées. Il obtient gain de cause. « On m’a mis tout nu. Vraiment tout nu avant de me jeter dans une autre prison ».
« La douleur la plus atroce de ma vie »
Musculature bien développée, physique imposant malgré sa taille moyenne, Guy n’a pu résister à la furie des forces de l’ordre togolaises. Parti à Lomé soutenir des camarades de lutte, le député du parlement de la Cedeao n’oubliera pas de sitôt cette journée. « C’est la douleur la plus atroce de ma vie. Je ne me suis jamais senti aussi proche de la mort. Je croyais que j’allais mourir », raconte-t-il, avec un souffle qui en dit long sur l’épreuve. Endurant et constant dans l’engagement, il donne par son engagement un sens noble à la députation. Entre l’installation de la 15e législature et décembre 2024, il a déjà transmis 34 questions écrites. Dr Malick Diop a partagé avec lui l’Assemblée nationale. Malgré leurs camps opposés, il ne cache pas son admiration pour la constance et l’engagement de l’homme, symbole, peut-être, d’une réconciliation entre le peuple et ses représentants.
NDOFFENE DIAGNE, UNE PLUME AU SERVICE DES LANGUES NATIONALES
Grand passionné de littérature, l’enseignant à la retraite s’est illustré à travers cet ouvrage co-écrit avec Diéyi Diouf, enseignante à l’Ebad. Le sexagénaire a su, à travers ce roman bilingue écrit en français et en sérère, apporter sa pierre ...
Co-auteur du livre intitulé « Pantan né » (Le miroir, selon sa définition), Ndoffène Diagne est une bonne nouvelle pour la culture et la promotion des langues nationales. Grand passionné de littérature, l’enseignant à la retraite s’est illustré à travers cet ouvrage co-écrit avec Diéyi Diouf, enseignante à l’Ebad. Le sexagénaire a su, à travers ce roman bilingue écrit en français et en sérère, apporter sa pierre à l’édifice du patrimoine linguistique de notre pays.
De tout le temps, la nature a été une source d’inspiration pour les écrivains et penseurs. Ndoffène Diagne semble emboîter le pas à ces grands hommes de la plume. À Saagne, son village natal, situé dans la commune de Niakhar (Fatick), le co-auteur du livre « Pantan né », ou Le miroir, a élu domicile au milieu des champs et des arbres. Très loin du quotidien bruyant des cités urbaines.
Sa modeste maison, parée d’arbres, est encerclée de palissades. Dans la cour, deux manguiers s’entrelacent et dégagent une fraîcheur agréable. Cet espace ombrageux fait office de salon naturel, si l’on s’en tient aux explications de M. Diagne qui a co-écrit le livre avec Diéyi Diouf, enseignante-chercheure en Sciences de l’information à l’École des bibliothécaires, archivistes et documentalistes (Ebad) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad).
Comme il aime le faire savoir à ses invités, d’un air tout souriant, « c’est ici mon salon ». Une preuve tangible de son attachement à la nature. Et c’est le même amour que l’enseignant à la retraite porte sur la littérature. La production du livre « Pantan né » le confirme à suffisance. Un roman bilingue écrit en français et en sérère, sa langue natale.
À travers cette oeuvre littéraire, l’écrivain, qui a passé trente-deux ans dans l’enseignement privé, a su vivre sa passion et valoriser les langues nationales. Ce, en dépit des maigres moyens. À la retraite depuis bientôt une dizaine d’années, l’enseignant continue tout de même l’aventure avec la plume. Aux pieds des deux manguiers enlacés, Ndoffène Diagne consulte d’anciens documents gardés dans un vieux sac plus ou moins abîmé. Il cherche des notes prises il y a plus de trente ans. D’un coup, il découvre des phrases répertoriées en 1987, lors d’une séance de lecture. « J’aimais la lecture et j’ai lu pas mal de livres. Ces phrases-là, je les avais notées en 1987 pendant que je lisais un livre », fait-il savoir. Ainsi, ses nombreuses lectures l’ont beaucoup inspiré dans sa production littéraire.
Une passion de longue date
De nature, très discret, M. Diagne, dont le physique défie encore le temps, malgré son âge avancé, a très tôt épousé l’écriture. C’est pourquoi la publication de son livre « Pantan né » n’est pas une surprise aux yeux de certains de ses proches. C’est le cas de Cheikh Faye, par exemple. Un ami qui le fréquente depuis l’école primaire. Ils ont partagé les bancs du Cours d’initiation (CI) au Cours moyen deuxième année (CM2). D’après lui, son ami a toujours été bon. L’écriture de ce livre n’est qu’une confirmation de son talent et de son don. « Nous avons fait l’école primaire ensemble. Mais franchement, Ndoffène était un très bon élève. La sortie de son livre m’a agréablement surpris », note Cheikh Faye.
En effet, « Pantan né » dont la rédaction a commencé en 2019 est, selon le co-auteur, une sorte de miroir qui reflète la culture sérère. « Ce livre est une promotion de notre langue et donc des langues nationales. Mais surtout la culture de notre ethnie. C’est un miroir pour ceux qui veulent se reconnaître à notre langue. Je souhaite vraiment qu’il soit enseigné dans nos écoles pour montrer la richesse de nos cultures », explique Ndoffène Diagne. Les qualités humaines qui animent le fils de Saagne font de lui un homme apprécié à sa juste valeur. En plus de son intelligence et de son attachement à l’éducation, l’homme est d’un commerce facile. Une petite moustache blanche est visible. Presque chaque phrase se fait suivre d’un sourire aux lèvres. Une humilité qui se répercute dans son roman de 198 pages, oeuvre littéraire écrite avec art et simplicité.
La passion de Ndoffène Diagne pour l’écriture a commencé depuis l’école élémentaire. « Je commençais déjà à écrire des lettres en 1972 au Cours élémentaire deuxième année (Ce2). À cette époque, il y avait un vieux pour qui j’en écrivais beaucoup », se rappelle-t-il. Ces souvenirs de Ndoffène montrent la passion de la plume qui la suit depuis son jeune âge. Très tôt, engagé dans la lecture, il a compris qu’il faut beaucoup lire pour être un bon écrivain. Cette conviction a poussé l’ancien enseignant à aimer des oeuvres littéraires mythiques comme « Les Misérables » de Victor Hugo, « Les Fleurs du mal » de Charles Baudelaire…Sans compter les hebdomadaires tels que « Jeune Afrique », « Afrique nouvelle », etc. Bien qu’il soit quelqu’un de sympa, Ndoffène a aussi ses principes et n’hésite pas à faire preuve de fermeté très souvent. Comme le témoigne Ndiougue Faye, une cousine qui l’a fréquenté. À en croire la dame, M. Diagne a le sens de l’écoute et de la concertation. Mais surtout, il est animé d’une passion sans faille pour tout ce qu’il fait. « Nous sommes des parents. Je le connais assez bien. Il a eu à encadrer mes enfants à la maison malgré son âge. Ce qui prouve son amour pour l’enseignement. C’est un homme de principe respectueux, mais respectable à la fois », témoigne Mme Faye.
Sur le visage de l’écrivain, se lit la nostalgie du passé. Toutefois, son livre constitue, en quelque sorte, un moyen de reprendre contact avec l’enseignement et avec le monde littéraire. D’ailleurs, Ndoffène a d’autres manuscrits avec lui. Mais, à cause du manque de moyens, il peine à les éditer. Ses proches demandent à l’État de l’accompagner pour le développement de nos langues nationales.
LE MAGICIEN DES BOISSONS FRUITEES
Une dose de détermination, un zeste de volonté et le tout mélangé à la soif de réussite ; voilà les secrets de Mamadou Lamine Greou. À la Médina, le vendeur de cocktails n’est plus à présenter. Ses cocktails ont fait de son affaire un véritable succès.
Une dose de détermination, un zeste de volonté et le tout mélangé à la soif de réussite ; voilà les secrets de Mamadou Lamine Greou. À la Médina, le vendeur de cocktails n’est plus à présenter. Ses cocktails ont fait de son affaire un véritable succès.
La nuit a couvert de son manteau noir le ciel. La Médina ne dort pas en ce début de soirée. La rue 09 de ce quartier est animée et bondée, un cadre propice au commerce. En effet, les marchands se sont installés. De la vendeuse de couscous à base de mil, au vendeur de ‘ngalax’, en passant par celui des brochettes ou encore de la soupe, il y a un peu de tout. Il faut croire que la nuit nourrit bien son homme ! Mais un des marchands attire irrémédiablement le regard. Debout derrière son comptoir, la sueur perle sur le front de cet homme habillé en débardeur, jean et baskets. À la Rue 9 X 12, Mamadou Lamine Greou n’a rien à envier à Panoramix (Ndlr : principal druide de la bande dessinée Astérix) dans l’art de faire des mélanges. Le trentenaire est un as, non pas des potions en tout genre, mais des cocktails. Pas de Molotov, rassurons les plus sceptiques !
« Ses cocktails sont littéralement une tuerie », lâche Mame Diarra Sanon. Cette habituée vient de recevoir son mojito. Après la première gorgée, elle n’a pu s’empêcher de complimenter le mixologue. « Il maîtrise vraiment les cocktails. Ils sont très bons, bien dosés et rafraîchissants. Je reste toujours ébahie par le goût de ses boissons », témoigne-t-elle, tout sourire.
Mamadou Lamine Greou a fini de se faire un nom grâce à la vente de ses boissons. Du mojito (cocktail traditionnel de la cuisine cubaine) en passant par les cocktails fruités, il sait faire bouger le shaker lorsqu’il s’agit de préparer des boissons. Sur sa table, différentes liqueurs sont soigneusement disposées. Il est 20h et c’est déjà le grand rush. Mais l’heure n’est pas à la panique. Chaque minute est précieuse pour le sieur. En cette période de chaleur où la fraîcheur semble se faire désirer, Lamine écoule aisément ses cocktails. Devant une foule qui commence à former une file indienne, il assure le show sans stress ni chichi. Imperturbable.
D’une main de maître, il commence par mettre les glaçons dans le shaker, suivis de quelques feuilles de menthe et du sucre. À l’aide d’un petit pilon, il écrase le tout avant d’y ajouter une boisson gazeuse. La douce musique du shaker peut enfin se faire entendre au grand bonheur des clients. D’un geste presque machinal, il remue le tout et laisse la magie de la potion opérer. Tchin ! Les clients peuvent enfin commencer à savourer cette dose de fraîcheur estivale.
Bakhaw est également un habitué des lieux. Après quelques échanges courtois, il opte pour le tropical (un cocktail à base d’ananas, de melon, de sirop de grenadine et de sucre de canne). Après un passage au shaker, le mélange prend forme. Visiblement satisfait, Bakhaw ne tarit pas d’éloges. « C’est bon et rafraîchissant. Il est très doué et ses cocktails sont savoureux », reconnaît-il. Derrière le comptoir, Lamine lâche discrètement un sourire avec le sentiment du devoir accompli.
Des bars d’hôtels au stand à cocktails
Le parcours de Mamadou Lamine Greou n’a pas été de tout repos. Tel un héros dans un roman, il a sué avant de pouvoir gérer sa propre affaire. Entre son passage à l’école de cuisine où il a appris à faire des cocktails et son expérience dans les hôtels, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. En effet, l’homme de 38 ans a commencé sa carrière en tant que cuisinier dans un établissement privé. Le nouveau diplômé s’intègre facilement et propose en prime des repas et des cocktails fruités aux élèves. Une nouvelle touche savoureuse qui fait mouche.
Mamadou Lamine Greou ne tarde pas à naviguer vers de nouveaux horizons. Après cette odyssée enrichissante, il atterrit dans un grand hôtel de la place. « Je suis resté deux ans au chômage avant de trouver ce travail. J’ai travaillé pendant quatre ans en tant que serveur. Cela m’a permis de mieux côtoyer les barmen, de les voir à l’œuvre et de me perfectionner dans la création de cocktails », avoue-t-il d’un brin nostalgique.
Après cette expérience juteuse, le « mixologue » trouve du travail en tant que barman dans un restaurant sis sur la Corniche des Almadies pendant quatre ans. « C’était très enrichissant comme expérience car cela m’a permis de vraiment savoir dans quel business je voulais me lancer. La préparation de cocktails s’est révélée être une évidence pour moi », avoue-t-il, un sourire béat au bout des lèvres.
« Je voulais lancer mon propre business. Mais il me fallait cette touche qui allait me permettre de sortir du lot. J’ai d’abord démarré avec la vente de smoothies à 1500 FCFA. J’ai tenté le coup pendant deux ou trois mois, mais ce n’était pas vraiment rentable. Je me suis dit qu’il fallait aussi penser aux réalités du marché », se remémore-t-il avec amertume. Mais il en faut plus pour décourager cet homme avide de réussite.
Rendre les cocktails accessibles
Le milieu détermine l’individu. Cela a tout son sens chez Mamadou Lamine Greou. En digne fils de la Médina, ce dernier a naturellement opté pour ce quartier afin de lancer son business de stand à cocktails. « Les retours sont très positifs. Mon objectif était vraiment de rendre les cocktails accessibles à tous. Je voulais apporter ce savoir-faire à la Médina, loin des bars d’hôtels et autres restaurants », explique-t-il en balayant d’un regard les passants. Le « mixologue » propose ainsi des mojitos et des cocktails à base de fruits à 500 FCFA. « Les retours sont très positifs. Je suis le seul à proposer ce service à des prix abordables et j’en suis particulièrement fier. Je voulais vraiment apporter cette valeur ajoutée à ce business », confie-t-il, tout en remerciant ses voisins pour leur « soutien constant ».
Le gérant d’un stand de cocktails se dit reconnaissant de pouvoir compter sur ses clients, qui n’hésitent pas à lui prêter main forte. « La gestion de la logistique est un véritable défi. Mais, fort heureusement, je peux compter sur mes clients. Ils m’aident souvent à ranger les bagages », dit-il, visiblement ému.
En dépit des obstacles, Mamadou Lamine Greou ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il a récemment ouvert un fast-food pour renflouer ses caisses. « J’ambitionne d’ouvrir des bars à cocktails afin d’étendre mon business à des prix accessibles », espère-t-il. Une perspective fraîche à en faire saliver les amoureux de boissons.
AMY DIA, UN SYMBOLE DE « RESISTANCE »
Amy Dia, du parti Pastef, fait partie des députés qui ont fait leur entrée à l’Hémicycle pour la première fois en tant que représentants du peuple. Ancienne détenue, cette dernière s’engage à défendre l’injustice.
Amy Dia, du parti Pastef, fait partie des députés qui ont fait leur entrée à l’Hémicycle pour la première fois en tant que représentants du peuple. Ancienne détenue, cette dernière s’engage à défendre l’injustice.
15 juillet 2022 ! La vie d’Amy Dia, dit Amina bascule, et du mauvais côté. La coordinatrice du parti les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) à Sam-Notaire (Guédiawaye), est placée sous mandat de dépôt pour des faits d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. La mère de famille et militante de Pastef est citée dans une affaire dite « Forces spéciales ».
Après avoir passé 20 mois derrière les barreaux, elle affirme avoir vécu cette incarcération avec dignité, malgré des conditions difficiles. Les souvenirs de son séjour à la prison pour femmes de Liberté 6 l’assaillent. Elle les partage : « J’ai vécu mon emprisonnement avec dignité. C’était très difficile. Mais, je croyais en mes convictions », déclare-t-elle. Amy poursuit: « Durant tout mon séjour carcéral, j’avais droit à cinq minutes d’appel les lundis, mercredis, jeudis, vendredis et samedis. J’utilisais ce temps pour appeler mon mari, lui indiquer les repas que je voulais et lui faire part des vêtements dont j’avais besoin. À cause de la prison, j’ai perdu l’habitude de consulter les réseaux sociaux ». Malgré son long séjour carcéral, avec un état de santé fragile, elle n’a jamais montré de signe de faiblesse.
En bonne croyante, la responsable politique dit avoir tout mis dans le compte du Créateur suprême. Le bout du tunnel, Amy Dia l’a vu le 4 mars 2024, date à laquelle elle a bénéficié d’une liberté provisoire assortie d’un contrôle judiciaire. Un retour en société loin d’être évidente. Grâce à un époux très serviable, une famille présente et des amis disponibles, elle a rapidement repris goût à la vie. Mieux, la dame va même retrouver le terrain politique et battre campagne lors des dernières élections législatives. Investie à la 12e position sur la liste nationale de la coalition dirigée par le Premier ministre Ousmane Sonko, elle fait désormais partie des nouveaux parlementaires après la victoire « éclatante » de Pastef/Les patriotes. Une élection qu’elle aborde avec responsabilité. Amy s’engage, en effet, à représenter dignement les Sénégalais, sans exception. « Nous devons travailler avec acharnement pour mériter la confiance placée en nous. Nous n’avons pas droit à l’erreur. Nous devons faire du Sénégal un pays prospère et souverain », martèle-telle. Son mantra à l’Assemblée nationale : défendre l’injustice sous toutes ses formes. « Je ne cautionne pas l’injustice. Je la combats toujours. J’ai toujours dénoncé l’effectif pléthorique des étudiants à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le taux de chômage élevé des jeunes dans le pays ainsi que la marginalisation des familles défavorisées. Je vais être la voix de ces couches de la société à l’Assemblée nationale », promet-elle.
Née à Pikine en 1969, Amy Dia a effectué ses études primaires à l’école 6 de Pikine. Son passage dans cet établissement scolaire marque toujours Ibra Sarr, son ancien instituteur qui l’a eu de la classe de CE2 à la classe de CM2. « Elle était une élève calme, pondérée et studieuse. Elle faisait partie des meilleures de ma classe. J’étais très exigeant, mais je n’ai jamais eu de problème avec elle parce qu’elle inspirait le respect », témoigne le vieux Sarr qui, aujourd’hui, profite de sa retraite.
Professeure d’anglais pendant 7 ans
Après l’obtention de son entrée en sixième, Amy Dia est orientée au collège Fadilou Mbacké dans la même commune. Élève studieuse, elle se distingue par ses performances en lettres. Ses quatre années au collège lui ont permis d’obtenir un brevet de fin d’études moyennes. Le lycée John Fitzgerald Kennedy de Dakar lui ouvre ses portes, mais elle passe seulement une année avant de rejoindre le lycée Lymamou Laye de Guédiawaye. Elle poursuit ses efforts dans ses études et obtient son baccalauréat en 1988. Orientée au Département d’anglais de la Faculté des Lettres et sciences humaines, elle y passe trois ans et décroche une Licence en Littérature américaine. Elle dispense, pendant 7 ans, des cours d’anglais dans une école privée de la banlieue avant d’être recrutée par une multinationale où elle servait comme interprète jusqu’ au jour de son arrestation.
Apolitique à ses débuts, Amy Dia votait toujours pour le Parti démocratique sénégalais (Pds) en raison de son admiration pour l’ancien président Abdoulaye Wade. En 2016, elle découvre, par hasard, une vidéo d’Ousmane Sonko lors d’un programme animé par Pape Alé Niang, l’actuel directeur général de la Rts. « Après avoir regardé l’intégralité de la vidéo, j’ai vu en lui un leader charismatique et j’ai dit à ma mère qui travaillait aux Impôts et domaines que j’allais rejoindre le Pastef », se souvient-elle. Quelques jours plus tard, elle joint le geste à la parole et devient membre de Pastef Golf. « À cette époque, nous étions peu nombreux. C’était très difficile, car nous n’avions même pas de siège pour tenir nos réunions. J’ai, par la suite, rencontré Ousmane Sonko. Après notre échange, je me suis dit qu’il était l’homme qu’il fallait pour changer le Sénégal », raconte-t-elle. Très engagée, Amy se bat pour la massification de Pastef à Guédiawaye. Elle est, aujourd’hui, une figure marquante au sein des instances communales et départementales de son parti dans cette ville.
PIKINE: DJ KINITA OU L’ART DE LA RESILIENCE
Il y a des parcours qui forcent l’admiration. Celui dont on va parler ici en est indéniablement un. Kiné Sène à l’état civil, cette jeune femme change d’identité comme une super-héroïne le soir et prend le pseudonyme de DJ Kinita.
Dans la banlieue, les jeunes sont souvent confrontés à d’énormes difficultés d’insertion après avoir quitté l’école. Ils sont nombreux à errer sans but, et tombent souvent dans la facilité ou la délinquance. Mais Kiné Sène a décidé de braver les difficultés en surmontant tous les obstacles. Cette jeune femme, qui exerce comme DJ, mixe les sons pour trouver sa voie dans un milieu où très peu de femmes réussissent à s’imposer au Sénégal.
Il y a des parcours qui forcent l’admiration. Celui dont on va parler ici en est indéniablement un. Kiné Sène à l’état civil, cette jeune femme change d’identité comme une super-héroïne le soir et prend le pseudonyme de DJ Kinita. Un sobriquet qu’elle utilise devant la table de mixage, devenue son havre de paix. Canaux, faders, égaliseur… autant d’outils et de fonctionnalités qu’elle utilise pour remodeler les sons et le monde, et faire bouger le public.
Kiné avait commencé à s’intéresser au monde des DJ, mais avait finalement mis ce rêve dans un placard, jusqu’au jour où, il y a quelques mois, un de ses amis lui a fait une révélation. « Un ami, DJ Tef, m’a un jour trouvée à la maison alors que je m’apprêtais à aller bosser et m’a dit qu’il y avait une formation en DJing au complexe Africulturban. J’ai de suite sauté sur l’occasion, car j’avais déjà commencé à m’y intéresser avant. J’ai appelé mon lieu de travail pour dire que je ne viendrais pas. Une fois à Africulturban, j’ai su que c’était ma voie et qu’il fallait que j’y mette toute mon énergie. C’est ainsi que j’ai commencé la formation en juin 2024 avec Mat Killer, DJ Nina, DJ Weuz… Actuellement, je suis avec DJ Zénix avec qui je fais en même temps de la communication événementielle. Donc là, je suis DJ, et quand on a un événement, je rejoins l’équipe de communication. »
C’est alors que l’histoire d’amour peut enfin débuter. Mixer, faire bouger les gens, créer du plaisir et des sons inédits, voilà tout l’enjeu du métier de DJ. Kinita va alors peu à peu faire ses gammes. Elle commence à fréquenter le TaBooCluBSenegal aux Almadies et y va chaque samedi, même si elle préfère les scènes de concert. Petit à petit, de soirée en soirée, la jeune fille commence à se familiariser avec le matériel, jusqu’au jour où elle est jetée dans le grand bain, à son insu. « J’ai géré ma première soirée toute seule au restaurant le Pélican, à Liberté 6. En principe, je devais être avec DJ Zouzou, mais il m’a abandonnée avant le début de la soirée et a complètement disparu. C’était la première fois que je faisais face à autant de monde, c’était intimidant, mais j’ai géré la situation. Zouzou est revenu jouer quelques minutes et est encore reparti. Depuis lors, il me laisse me débrouiller toute seule lors des soirées qu’on gère ensemble. »
Tout plaquer pour le DJing
Même si le DJing a toujours été dans un coin de sa tête, Kiné Sène n’a pas croisé les bras pour attendre que son rêve se réalise. Bien au contraire. Elle a trimé et porté plusieurs casquettes, aussi variées les unes que les autres. Née en 2003, elle a abandonné l’école en classe de CM2, malgré le refus de sa mère qui lui disait alors qu’elle devra s’occuper de toutes les tâches ménagères. Puis, elle décide finalement de s’inscrire dans une école de stylisme et de couture, qu’elle fréquente pendant un an et quelques mois, tout en allant à une agence de mannequinat à la Place du Souvenir. Cependant, les attitudes et certaines pratiques la dégoûtent. Elle les juge incompatibles avec l’éducation qu’elle a reçue et décide donc de tout plaquer.
S’ensuivent d’autres expériences, comme des cours en hôtellerie et restauration, des stages dans des restaurants avec seulement 10 000 francs CFA de salaire mensuel, voire moins, une carrière de chef cuisinier pour une crèche de sa tante à la Cité Keur Gorgui pour préparer de la nourriture pour enfants, un travail à EDK, la vente de charbon à Touba, mais aussi du babysitting chez l’ex-journaliste de la Télévision Futurs Médias, Sara Cissé. Des expériences certes enrichissantes, mais qui, semble-t-il, n’étaient pas à la hauteur. À la question de savoir pourquoi avoir tout plaqué pour le DJing, la réponse fuse comme une évidence : « Par amour ! Quand j’étais sous-chef cuisinier, avant l’arrivée des patrons, il m’arrivait de prendre deux poêles ainsi que des fourchettes et des cuillères, et j’improvisais une table de mixage. Je mettais un son et je faisais comme si je mixais. Depuis gamine, j’adore tout ce qui touche à la musique et à l’art. Même quand je faisais du stylisme, je découpais des tissus n’importe comment et je portais ça. Les gens me prenaient pour une folle (rires). »
Cette dernière phrase semble déclencher en elle une grande alacrité. Kiné Sarr rit à gorge déployée à l’évocation de ce souvenir, boit quelques gorgées de son cocktail avant de reprendre son souffle. Néanmoins, tout le monde n’a pas bien pris son choix de carrière. Des critiques ont en effet fusé, même si elle a préféré faire fi de tout cela. « J’ai décidé de ne pas écouter les commentaires négatifs : ‘Tu ne réussiras jamais dans ce domaine, tu ne seras jamais quelqu’un, ce n’est pas pour toi, pourquoi veux-tu faire ça, il n’y a pas assez d’argent…’ Les gens veulent tout tourner autour de l’argent alors que l’essentiel est ailleurs, il faut trouver un domaine où on s’épanouit réellement. L’argent a perverti beaucoup de gens. Sans amour et sans passion, on ne peut arriver à rien, et ce sont mes moteurs. »
Une ambition débordante
Désormais fixée dans son choix de carrière, DJ Kinita a des objectifs clairs. Dans un milieu dominé par les hommes, son premier but est de montrer que les femmes peuvent aussi s’imposer comme DJ et ainsi suivre le sillon creusé par DJ Zeyna, DJ Nina ou encore DJ Channel. Elle avoue que les filles ne prennent malheureusement pas le métier au sérieux, et le grand public voit mal qu’une femme soit dans ce milieu avec toutes les tentations qui l’entourent. En outre, un autre défi trotte dans la tête de Kiné : permettre aux DJ de reprendre le lead. En effet, avant, c’étaient les DJ qui payaient les rappeurs. Malheureusement, les choses ont changé avec l’évolution du milieu hip-hop.
Pour réaliser ses rêves, la jeune fille peut compter sur sa mère, avec qui elle échange beaucoup concernant son métier et le milieu dans lequel elle baigne. Elle assure que sa génitrice sait parfaitement de quoi elle est capable ou non. Ce qui lui donne la tranquillité d’esprit de pouvoir viser très loin. « Je rêve de jouer au Parc des Princes (le stade du PSG, qui abrite parfois des concerts). Ce serait génial de jouer dans des concerts à Sorano ou au Grand Théâtre, mais ces salles ne me donneront sans doute pas une notoriété à l’échelle internationale. Pour me faire un nom, il faut que je travaille dur. C’est à moi de me forger une réputation et de gagner ma place. Il faut donc que je me donne à fond », révèle la jeune femme avec une détermination dans la voix qui se lit également sur son visage. Elle ajoute que son objectif à l’échelle internationale est de s’asseoir à la même table que David Guetta ou encore Bob Sinclar, rien que ça. « Quand tu choisis ta voie, il faut avoir confiance en toi et oser. Je me dis que tout est possible si on s’en donne les moyens. Ils ont travaillé pour être à cette place, donc moi aussi je peux y arriver d’ici quelques années, ou même quelques mois. Toutefois, cela ne se fera pas par miracle, il faut se concentrer sur soi, abandonner tous les divertissements et s’entraîner tous les jours. Se donner à fond est le seul moyen de réussir. »
Une ambition et une détermination qui, semble-t-il, sont de famille, puisque Kiné est la petite sœur de Bina Sène, de Fass Mbao, qui n’est autre que la première femme à pratiquer la menuiserie au Sénégal.
Même si tout n’a pas été rose, DJ Kinita prend ses marques. Elle qui a trimé, échoué à plusieurs reprises, s’est relevée à chaque fois avec courage, faisant sienne la fameuse citation de Nelson Mandela : « La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. » Ainsi, cette jeune fille née en 2003, Serère avec des ascendances maliennes et guinéennes, peut arborer un sourire de satisfaction à chaque fois qu’elle fera bouger les foules au rythme de ses mixes
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DABA, L'ANGE DU CHAOS
Gacha élève Daba. La plasticienne camerounaise rend un hommage mérité à la musicienne sénégalaise, l’une des rares femmes à moto, à Dakar, en toute sérénité, avec une « liberté sans concession » et un caractère qui émerveillent les petites filles.
Deux ans après sa participation dans l’exposition internationale, l’artiste franco-camerounaise Beya Gille Gacha est de retour cette année à la 15è édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, Dak’Art 2024. Toujours avec la même finesse dans ses créations, Beya Gille Gacha a cette année proposé deux installations parmi lesquelles celle intitulée L’Amazone. Œuvre à travers laquelle elle rend un bel hommage à une autre artiste, la musicienne sénégalaise Daba Makhouredia, une des rares femmes motorisées à Dakar et dont la Camerounaise est prise d’admiration.
Ainsi, Gacha, la Camerounaise, a décidé de rendre plutôt un « femmeage » à Daba la Sénégalaise parce qu’inspirante, impressionnante. Pour Gacha, Daba s’affirme à travers sa personnalité, son caractère, « sa liberté sans concession » en se mettant souvent à moto sans se préoccuper du qu’en dira-t-on. Tant que sa manière d’être parle aux petites filles, et même aux petits garçons, ce n’est que du bien.
Pour Beya, Daba fait partie de ces personnes qui changent le monde en y apportant du « chaos » dans un sens mélioratif du terme. Elle parle de « l’ange du chaos ». A travers sa « liberté sans concession » Daba donne au monde une certaine « grandeur, de l’avis de la plasticienne.
Dans sa deuxième installation, l’artiste franco-camerounaise a proposé d’une création particulière, un objet en rapport avec la Seconde Guerre mondiale qui nous plonge dans la problématique de la préservation de l’environnement, du rapport de l’humain à la nature. Pour Beya Gille Gacha que l’Homme se résolve à protéger la nature ou pas, cela ne semble pas très grave parce que la nature « finira toujours par prendre ses droits. »
DABA, L’ANGE DU CHAOS
UNE MANIA DE LA KORA QUI DEFIE LA SCENE AMERICAINE
Chanteuse, joueuse de Kora et de Piano, la star montante de la musique malienne, Wassa Kouyaté, fait son bonhomme de chemin. En tournée aux Etats-Unis, elle devient le porte-étendard de la culture mandingue sur la scène internationale.
Bés Bi le Jour |
Adama Aïdara KANTE |
Publication 17/10/2024
Chanteuse, joueuse de Kora et de Piano, la star montante de la musique malienne, Wassa Kouyaté, fait son bonhomme de chemin. En tournée aux Etats-Unis, elle devient le porte-étendard de la culture mandingue sur la scène internationale.
Originaire d’une lignée prestigieuse des griots, Wassa Kouyaté est une chanteuse accomplie. Elle est une instrumentiste de talent, joueuse de la kora, un instrument traditionnellement plus fréquemment utilisé par les hommes. Mais, à l'instar de la Gambienne Sona Jobarteh et de la Sénégalaise Senny Camara, la Malienne fait figure d’exception en tant que l’une des rares femmes à maîtriser cet instrument complexe qui est rendu célèbre par les défunts comme Soundioulou Cissokho, Mory Kanté, Toumani Diabaté… Diplômée de l’Institut national des arts de Bamako, Wassa s’est vite perfectionnée à la kora qu’elle a choisie dès ses premières années de formation. Chanteuse, compositrice, la jeune star s’est imposée grâce à son talent sur la scène internationale. Son dévouement pour la musique africaine n’est plus un secret. Elle a eu à collaborer avec des artistes de renom, notamment le regretté Thione Ballago Seck. Et ses performances ont conquis un large public à travers le monde.
Tournée américaine
Actuellement Wassa Kouyaté est en tournée américaine où elle fait sensation dans plusieurs grandes villes. Ce qui est opportunité pour l’artiste de partager son art, son savoir-faire, afin d’introduire les sonorités de la kora à un public international. La chanteuse a également marqué les esprits avec la sortie de sa nouvelle vidéo intitulée «Gnagaryguassa», une œuvre qui rend hommage à la femme africaine. Ce morceau, où Wassa s’entoure de djembés, de balafons et bien sûr de sa fidèle kora, est le fruit d’une collaboration avec des musiciens aguerris. «Gnagaryguassa» témoigne non seulement de son talent, mais aussi de son engagement en faveur des femmes. Une cause qu’elle défend à travers ses compositions et ses prises de position.
Avec une vingtaine de spectacles à son actif sur la scène internationale, Wassa Kouyaté est désormais reconnue comme une ambassadrice de la musique malienne. Son surnom de «Princesse de la Kora» n’est pas un vain mot grâce à ses compétences techniques, sa capacité à moderniser et à faire évoluer les traditions musicales africaines. Du coup, la tournée américaine marque une étape décisive dans sa carrière. À travers ses créations et ses performances, Wassa Kouyaté s’affirme comme une figure montante de la scène musicale africaine, l’héritage culturel de son pays en bandoulière.