SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
5 avril 2025
People
par Farid Bathily
QUAND LE DIVORCE D'ACHRAF HAKIMI ALIMENTE LA MISOGYNIE
Le footballeur marocain est au cœur d’une intox indiquant qu’il aurait confié son patrimoine à sa mère afin d’éviter à sa future ex-femme de s’en accaparer. Un exemple des nombreux clichés souvent collés aux femmes mariées à des hommes riches
Le footballeur marocain Achraf Hakimi est au cœur d’une intox indiquant qu’il aurait confié son patrimoine à sa mère afin d’éviter à sa future ex-femme de s’en accaparer. Cette vraie-fausse histoire révèle les nombreux clichés souvent collés aux femmes mariées à des hommes riches.
Selon une certaine croyance, le divorce entre conjoints avec un mari riche ou supposé tel implique forcément que ce dernier soit délesté de tout ou partie de ses biens.
Il est vrai que les unes de la presse people bruissent régulièrement des cas de divorce particulièrement coûteux. Pensez aux 36 milliards de dollars reçus par MacKenzie Scott en 2019 après sa séparation avec le fondateur d’Amazon Jeff Bezos. Ou encore au 1,3 milliard que Bill Gross a dû verser trois ans plus tôt à Sue, son ex-épouse.
Le magazine américain Forbes consacre d’ailleurs un classement fréquemment mis à jour de ces séparations onéreuses, qui s’accompagne toujours d’un lot de rumeurs.
Rumeur virale
Celle en cours depuis quelques mois entre le footballeur international marocain Achraf Hakimi et la star espagnole du cinéma Hiba Abouk ne figure pas dans les colonnes de Forbes, mais elle n’en fait pas moins jaser la presse et les réseaux sociaux.
Une rumeur déclenchée par une source non-vérifiable sur les réseaux sociaux indique en effet que le joueur de 24 ans et par ailleurs le footballeur africain le mieux payé en France avec un salaire de 1,083 million d'euros bruts mensuels, aurait transféré sa fortune à sa mère afin d’empêcher sa future ex-femme d’en bénéficier.
Cela n’est évidemment pas possible au regard de la loi française à laquelle obéit Hakimi, employé par le PSG. Et de nombreux spécialistes du droit ont clairement indiqué qu’il s’agit d’une fausse nouvelle.
Cliché de la femme vénale
Mais la rumeur s’est tout de même répandue, alimentant notamment le cliché de la femme vénale. Beaucoup d’hommes ont en effet célébré Hakimi pour avoir prétendument mis ses biens hors de portée de la mère de ses enfants.
"Masterclass ! Le seul et l’unique Hakimi", a ainsi commenté le champion camerounais de MMA, Francis Ngannou, dans un tweet d’approbation sur Twitter le 14 avril 2023. Un message qui fait écho à des centaines d’autres, tous destinés à dépeindre Hiba Abouk en profiteuse des moyens de son conjoint.
"Pourquoi pense-t-on souvent que c’est la femme qui a les poches vides en cas de divorce et que l’homme de facto, a des biens ?", s’est interrogée une twitto manifestement exaspérée par l’ampleur du sujet. "Ce qui compte vraiment : mes enfants", a écrit pour sa part Hiba Abouk, le 17 avril 2023 dans un message énigmatique sur Instagram.
PAR ABDOU FALL
VIDEO
SAUVER LA RÉPUBLIQUE
Pays de liberté, resté fidèle à une tradition de pluralisme politique, syndical et médiatique depuis l’époque coloniale, le Sénégal a gardé le cap d'une nation d’ouverture et de convivialité où l'œcuménisme religieux est la règle
Notre pays est à un tournant décisif de sa trajectoire démocratique.
Pays de liberté, resté fidèle à une tradition de pluralisme politique, syndical et médiatique depuis l’époque coloniale, le Sénégal a gardé le cap d'une nation d’ouverture et de convivialité où l'œcuménisme religieux est la règle, les droits de l'homme respectés et les libertés publiques garanties, en dépit des vicissitudes de la vie et de l’histoire.
Ce régime de démocratie républicaine s'est bonifié au fil des années, au point de produire un système de référence de premier ordre dans les rangs des démocraties majeures, à travers le continent africain et le monde.
Les alternances politiques successives sont devenues la règle, au sommet de l'Etat comme à l'échelle des territoires. La vitalité du débat public à travers les médias classiques et les réseaux sociaux y a pris une allure et une intensité remarquables, malgré les dérives qui débordent le champ convenu du pacte démocratique.
Pourtant, c’est ce modèle qui allie régime de libertés et progrès économique et social que des acteurs politiques tentent de discréditer et de déstabiliser en complicité avec de puissants groupes et lobbies étrangers.
Dans un contexte mondial de crise de la démocratie représentative de type libéral, cette situation mérite la plus grande attention des forces vives de la nation, notamment celles républicaines et démocratiques.
Ce sont, en effet, toutes les grandes démocraties qui font actuellement face aux poussées populistes un peu partout à travers le monde.
POINT DE MIRE SENEPLUS - La Plateforme d’Intellectuels Républicains(PIR) invite les intellectuels d’ici et d’ailleurs au sens élevé de la responsabilité en observant les règles de l’impartialité dans leurs analyses de la situation politique au Sénégal
Après la publication de la pétition d’un « groupe d’intellectuels », la Plateforme d’Intellectuels Républicains (PIR) composée de cadres (Convergence des Cadres Républicains) et d’universitaires (Réseau des Universitaires Républicains) de l’Alliance Pour la République (APR) tient à apporter sa contribution dans le débat sur les questions soulevées par ce groupe de signataires.
La Décision N°1 2016 du Conseil constitutionnel est sans équivoque
La Plateforme d’Intellectuels Républicains (PIR)reconnait le rôle important de l’intellectuel dans la société, mais appelle les signataires de cette pétition à analyser les faits avec moins de passions et plus d’objectivité. Elle rappelle avec force, qu’il appartient aux institutions de dire le droit et au peuple sénégalais de choisir librement ses dirigeants. En effet, sur le plan juridique, la question du mandat présidentiel avait été réglée suite au référendum de 2016 et la décision N°1 2016 du Conseil constitutionnel. Par conséquent, le débat sur cette question reste caduque et intellectuellement peu stimulante sur le plan juridique. Arrêtons-nous un peu sur ce volet juridique, cette décision du Conseil Constitutionnel reste une jurisprudence pour toutes les démocraties où le Président de la République reste la clé de voûte des institutions. Dans cette décision, le Conseil Constitutionnel sauve notre démocratie en rappelant que la parole d’un Président de la République reste solennelle mais pas sacrée. Donnons exemple simple, si le Président de la République se réveillait aujourd’hui et nous dit qu’il fait le rêve suivant : « le mandat présidentiel au Sénégal n’est plus de 5 ans, il passe à 7 ans ; l’élection présidentielle est fixée au mois de février 2026. » Comme, il a le pouvoir de diminuer un mandat, il peut prendre la liberté de le proroger aussi. Cette décision, une fois de plus, reste et demeure sage. Cette décision voulait nous éviter une sacralisation de la parole présidentielle qui devenait source de droit. Dans ce cas, nous changeons de régime. Il restera que le seul pouvoir d’un homme avec sa parole.
De cette sage décision du Conseil Constitutionnel, nous en déduisons que la borne de comptage reste 2019. Les juristes sérieux, des intellectuels imbus de leur science comme les Professeurs Jacques Mariel Zouankeu, Mody Gadiaga, Babacar Guèye l’ont bien démontré. Le débat doctrinaire est lancé, on peut être d’un côté ou d’un autre ; notre plateforme est catégorique : M. MACKY SALL EST PEUT ETRE BIEN CANDIDAT. Ce débat, une fois de plus, est derrière nous au niveau juridique. Le Président Macky SALL l’a affirmé lors de son interview au journal « L’Express ». Il reste le niveau politique, comme il l’a dit. Ce travail politique, ce ne sont pas des « intellectuels » ou « une société civile partisane » qui nous fixeront le timing ni l’agenda. Nous rappelons, ici, que ce niveau politique : ce sont nos instances du parti, nos alliés de BENNO YAKAAR avec qui nous cheminons depuis bientôt une douzaine d’années. Une candidature se discute dans les instances d’abord avant d’être validée par un congrès d’investiture. Suivra les processus de validation par les institutions en charge des élections de notre pays.
Assumer ses positions partisanes quand c’est nécessaire
La Plateforme d’Intellectuels Républicains(PIR) invite les intellectuels d’ici et d’ailleurs au sens élevé de la responsabilité en observant les règles de l’impartialité dans leurs analyses de la situation politique au Sénégal. Parmi les qualités premières d’un intellectuel figurent le courage aussi ; un intellectuel doit avoir le courage de prendre position sans cagoule. Nous sommes des intellectuels comme vous. Vous n’aimez pas ce pays plus qu’aucun d’entre nous. Si nous avons un conseil à prodiguer à ces « intellectuels » : c’est de jeter leur masque et de s’engager d’une manière ouverte en politique comme feu Pr Cheikh Anta Diop, Feu Pr Iba Der Thiam, Pr Léopold Sédar Senghor, Pr Abdoulaye Wade, Pr Papa Demba Sy, entre autres. Des « intellectuels » doivent dénoncer les agissements irresponsables des pyromanes voulant coûte que coûte brûler ce pays qui nous appartient à tous.
Un silence coupable quand le véritable citoyen est en jeu
Les intellectuels initiateurs de cette pétition ont pourtant raté de multiples occasions de s'exprimer.
Ils ont gardé un silence impardonnable quand une jeune fille a déclaré avoir été menacée et violée à plusieurs reprises par un homme politique qui a l’ambition de diriger ce pays.
Ils ont également raté l’occasion de s’indigner par un silence coupable quand les appels à l'insurrection sont lancés et mis en exécution par le même responsable politique dans le but de créer un bouclier humain afin ne pas déférer à une convocation du tribunal.
Notre assemblée nationale, transformée en ring par des opposants catcheurs s’acharnant sur une honorable députée a aussi fait l’objet d’un oubli volontaire par nos intellectuels signataires.
Comment comprendre enfin, ce silence complice quand des opposants politiques refusent de participer à la fête nationale de l’indépendance parce que d’une part ils ont tellement diabolisé la République qu'ils ne peuvent plus la côtoyer et, d’autre part, ils ont mis tellement d’effort à démontrer à leurs militants que la République s’est effondré qu'ils ne veulent pas donner l'impression de ravaler leurs insultes en assistant à la célébration de la fête nationale.
Alors que les succès et les réalisations de notre pays que nous envient nos voisins de la sous-région sont chahutés par l’opposition et ses activistes, vous gardez le silence en vous indignant encore de manière sélective.
Rien n’y fera car les multiples réalisations dans tous les domaines sous le magistère du Président Macky SALL ne peuvent objectivement laisser indifférent les citoyens sénégalais. « ROY DU NUROK PIR »
L’impartialité et l’engagement : valeurs communes à tous les intellectuels
« Chers intellectuels », nous ne vous entendons pas, si une pauvre fille se dit violée dans son lieu de travail. Cette citoyenne crie « justice », nous pensons que vous êtes d’abord des mères et des pères de famille avant d’être des « intellectuels » ou « donneurs de leçon ». Battez-vous près d’elle comme ces activistes. Voilà, des sujets sur lesquels vous êtes restés muets comme des carpes. Oui, maintenant, il s’agit de conquête de pouvoir. Beaucoup d’entre vous languissent déjà à l’idée d’être récompensés par celui ou ceux que vous défendez.
« Chers intellectuels », vous avez condamné « les restrictions apportées à la liberté de mouvement des citoyens », et la « continuelle instrumentalisation de la justice ».Le jeudi 30 mars 2023, nos commerces ont descendus leurs portes, les vacances dans nos écoles et nos universités avancées par des appels à l’insurrection. Beaucoup de nos concitoyens sont restés à la maison. Qui a restreint par la peur « la liberté de mouvements des citoyens ».Vous avez aussi vociféré sur « l’instrumentalisation de la justice ». Elle a été rendue ce jeudi 30 mars 2023, en première instance un citoyen a été condamné mais a jubilé car cette décision lui est favorable. Ce citoyen avait juré qu’il détenait des preuves de ses allégations. Ce citoyen est reconnu pour le moment d’un grave délit de dire des « contrevérités » ; ce citoyen veut diriger ce pays.
« Chers intellectuels », personne ne vous a entendu ni lu encore. La partie civile non satisfaite a fait appel ; pourquoi ne lui demandez pas d’en faire autant comme il n’a pu présenter le rapport ce jour car son « certificat médical » établi dans une « clinique médical politique » expirait le lendemain. Tout le monde affirme que ce verdict clément, est une victoire pour lui.
« Chers intellectuels », est-ce qu’une justice aux ordres prononcerait un tel verdict. Nous restons républicains, nous nous gardons de commenter des décisions de justice en cours. Nous nous félicitons, quand bien même, que justice soit rendue au nom du peuple. Nous saluons aussi la solidité de nos intuitions ; rendons hommage à nos forces de sécurité d’hier et d’aujourd’hui pour leur posture républicaine.
D’ailleurs, la Plateforme d’Intellectuels Républicains(PIR)ne peut s’empêcher d’attirer l’attention des signataires de la pétition sur les velléités d’une grande partie de l’opposition et même d’une certaine société civile pour le blocage du fonctionnement normal des institutions du pays. Ce silence en dit long quant à leur objectivité. Les appels à l’insurrection, à la désobéissance civile et au comportement de défiance sont devenus monnaie courante dans notre pays. A-t-on vu ou entendu un seul « intellectuel » lever le plus petit doigt.
« Chers intellectuels », une telle posture aurait permis de reconnaitre que le Sénégal a fait des avancées importantes en matière de démocratie, de droit de l’homme et de libertés d’expression. Ces avancées se sont fortement consolidées depuis 2012.
La Plateforme d’Intellectuels Républicains réitère son attachement fondamental aux principes démocratiques qui fondent notre nation. Cet idéal démocratique place le peuple souverain au cœur de l’exercice du pouvoir. Ainsi, il appartient au peuple de se prononcer à travers le vote, et l’Etat se donnera les moyens d’assurer au peuple l’expression libre de sa souveraine volonté.
La Plateforme d’Intellectuels Républicains(PIR) lance un appel à l’Etat afin de ne ménager aucun effort pour assurer la sécurité des personnes, des biens, du fonctionnement régulier des institutions de la République
EXCLUSIF SENEPLUS - "Le plus grand intellectuel vivant", le célèbre philosophe américain vient de joindre sa signature à celle de Makhily Gassama, Kader Boye, Pierre Sané et Didier Awadi pour dénoncer l’instrumentalisation de la Justice au Sénégal
Alors que la tribune "Revenir à la raison" a une résonance dans les quatre coins de la planète, une nouvelle signature de taille vient s’ajouter à la liste de ceux qui dénoncent "une violation flagrante, répétée et disproportionnée des droits des citoyens mais aussi la perpétuation d’un effort constant d’instrumentalisation politique du système judiciaire par l’administration du président Macky Sall".
Ce 5 avril 2023, le grand penseur Noam Chomsky vient d’exprimer son désir de signer cette tribune publiée sur SenePlus le 21 mars 2023. Ce geste met clairement en lumière l’universalité de l’appel à la raison pour le respect des droits et de la dignité humaine, y compris celle de toutes les Sénégalaises et de tous les Sénégalais, au moment où le pays bat des records historiques d’emprisonnement politique.
Noam Chomsky est un philosophe considéré comme l’un des plus grands penseurs américains XXè siècle. Il est professeur émérite à M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology), fondateur de la linguistique générative considérée comme la théorie la plus importante de ces derniers siècles dans le domaine de la linguistique théorique. Père de la "Révolution chomskienne", ses travaux influencent de manière significative toutes les recherches mondiales dans le domaine de la psychologie. Il a travaillé en particulier sur l’apprentissage du langage par les enfants ainsi que les outils d’apprentissage du langage.
De la cinquantaine d’ouvrages qu’il a écrits, rappelons que c’est en 1967 durant la guerre du Vietnam qu’il publie "Responsabilités des intellectuels" pour s’en prendre à la classe intellectuelle qui en majorité reste attachée à la cause de l’État américain dans une guerre injuste et de terreur contre des civils. Il considère que les intellectuels, en raison de leur accès privilégié à la connaissance, ne peuvent que s’engager dans tous les combats et cela dans tous les pays du monde. Noam Chomsky prône la résistance face aux formes d'autorité illégitimes.
Plusieurs fois poursuivi en justice pour son engagement militant, Chomsky est considéré comme le "plus grand intellectuel vivant" selon un sondage organisé et publié en 2005 par le magazine britannique Prospect et la revue américaine Foreign Policy. Membre de l'Académie américaine des arts et des sciences, il est aussi membre de l'Académie nationale américaine des sciences et de la Société américaine de philosophie.
L’appel des 104 ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus d’une centaine de nouvelles signatures sont venues s’ajouter à celles particulièrement remarquée de Wole Soyinka, Cornel West, Ngũgĩ wa Thiong'o, Anthony Appiah sans compter les nouvelles signatures de grande importance du critique littéraire Makhily Gassama, de l’ancien recteur de l’UCAD Kader Boye, de l'ancien sécrétaire général d'Amnesty International Pierre Sané ou encore du musicien et artiste Didier Awadi.
DE L’AVÈNEMENT D’UNE TROISIÈME RÉPUBLIQUE AU SÉNÉGAL
EXCLUSIF SENEPLUS – Pour une réponse de gauche à la turbulence due à la confiscation de l'arène politique par la rivalité politicienne et le désordre organisé – Comment ne pas se laisser capturer par les populismes ? INTERVIEW D’AZIZ SALMONE FALL
Propos recueillis par Saxewar Diagne de SenePlus |
Publication 03/04/2023
Au moment où se multiplient les initiatives de regroupement des forces dites de gauche au Sénégal, SenePlus a interpellé Aziz Salmone Fall qui est l’un des initiateurs d’un projet dénommé Seen Egalité qui devrait être lancé dans les toutes prochaines semaines à Dakar. Aziz Salmone Fall est un politologue, membre du GRILA (Groupe de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique), dont il est le coordonnateur pour la Campagne Internationale Justice pour Sankara. Universitaire, il est également membre du secrétariat exécutif ad hoc de l’internationale des travailleurs et des peuples. Dans l’espace politique sénégalais, il s’est distingué comme l’un des cofondateurs du MAG, le Mouvement des assises de la Gauche au Sénégal.
SenePlus : Depuis plusieurs années, la Gauche semble se chercher une voie de résurgence. A l’approche des échéances électorales, cette quête s’emballe dans une sorte d’urgence pour éviter l’aphonie. A moins d’un an de la présidentielle de février 2024, vous créez le groupement Seen Égalité. Est-ce une initiative politique de plus, sinon dites-nous en quoi elle est différente des projets passés dont les résultats n’ont pas toujours été des plus heureux ?
Aziz Salmone Fall : Le groupement Seen Égalité – Seen Égal est issu de la consultation de progressistes du Sénégal, en vue de la convergence de ses forces démocratiques panafricaines et populaires de gauche. C’est une dynamique de construction de convergences d’idées dans la diversité. La construction de cette mouvance politique, et le rassemblement des acteurs qui la composent, œuvrent résolument en faveur du peuple, à partir des revendications sociales et des exigences de rénovation d’une gauche authentique.
Quel est l’objectif ultime ?
Cette convergence escompte l’avènement d’une troisième république et un développement autocentré progressiste panafricain, écologiste et féministe. Elle espère la réviviscence de l’espoir révolutionnaire, encore fort ou diffus dans plusieurs tranches de notre population. Cette convergence fait aussi écho aux espérances de nos masses défavorisées, de voir résolues leurs aspirations essentielles et fondamentales.
Pourquoi annoncer l'avènement de votre secrétariat politique, précisément ce 4 avril 2023 ?
Nous tenions, comme promis, aux membres du groupement de respecter l'engagement d'avoir un secrétariat à cette date. Le groupement est doté d’un secrétariat ad hoc pour expédier les affaires courantes. Le Secrétariat ad hoc est constitué de membres volontaires ayant participé au processus d’élaboration du groupement Seen Égal Seen Égalité . En tant que comité directeur, il aide le groupement à réaliser sa vision, ses objectifs et ses décisions avec rapidité et efficacité. L’esquisse de projet de société Seen Égal-Seen Égalité sera peaufinée par le Secrétariat. Ce dernier assure, par consensus, l’efficacité́ et l’efficience du groupement en ce qui concerne les décisions majeures et questions de nature urgente, l’ordre du jour des réunions, et les propositions d’action. S’il n’y a pas de consensus, un vote avec la majorité des deux tiers est requis à toute décision. La structure demeure provisoire jusqu’à l’officialisation, au besoin, de Seen Égal- Seen Égalité et la précision de son objectif et mandat et ses élections. La forme et le fonctionnement de l’organisation seront démocratiquement déterminés au fur et à mesure de la progression. Entretemps le Secrétariat ad hoc assure le mandat exécutif. Une conférence de presse et le lancement officiel du groupement et le dévoilement de l'esquisse de projet de société suivront sous peu.
Par quel processus cette convergence au sein de votre groupement s’est-elle construite ?
L’esquisse de projet de société Seen Égal-Seen Égalité découle de la trajectoire historique impulsée par moi, alors un des initiateurs du mouvement des assises de la gauche au Sénégal. Ce mouvement a bifurqué vers les rencontres de la Gauche historique, ensuite vers les assises nationales, et finalement vers Benno, mais toujours sans atteindre l’objectif initial d’unir la gauche et proposer un projet de société cohérent. Plusieurs partis de gauche essayent périodiquement de se regrouper et lancent des appels à l’union, ce qu’il faut saluer et toujours encourager. La gauche au Sénégal a joué un rôle historique majeur dans la construction de l’État-nation et l’évolution progressiste des consciences politiques. Certaines de ses franges ont fait des compromis, d’autres des compromissions, d’autres n’ont pas dérogé à leur principe, et sont marginalisées et se sentent incomprises.
Vous pensez vraiment que la Gauche a encore un rôle spécifique à jouer au Sénégal ? Ne s’est-elle de facto désintégrée dans ses dynamiques d’alliance avec les Libéraux ?
La gauche sénégalaise, au fil des ans, a centré principalement la bataille du regroupement et l’effort d’unification -le contenant- autour de la démocratie représentative et des joutes électorales. Des coalitions électorales sont advenues, ont perduré ou pas. Généralement, il y a eu un recul face aux forces du marché, désormais à un stade de centralisation et de concentration du capital inusitées grâce à l’ouverture libérale mondialisée. Son mythe, vendre, et vivre pour consommer, et si possible le plus individuellement possible ! Ainsi à gauche, il y a eu progressivement un renoncement aux enjeux fondamentaux de projet de société. D’ailleurs, même s’ils sont rarement énoncés, ils passent inaperçus, tellement d’immenses franges sociales dans la société, pourtant concernées, sont pour les unes dans la dépolitisation, le court terme, voire la survie, les autres dans une conscience politique éveillée mais engluée dans le brouhaha politique, médiatique et culturel. L’arène politique souvent inutilement bavarde et superficielle a peu de prise sur le réel, qu’elle biaise et élude. On note une religiosité croissante de l’espace public et politique, qui y revendique sa participation. Trop de médias, de médias sociaux et de faiseurs d’opinions en polluent l’espace, supputant sur les nombreux scandales judiciaires et financiers, y distillant des discours moralistes et autres sermons manichéens, substitués à l’analyse de la réalité scientifique de notre formation sociale.
Ce que vous dites-là ne participe pas à crédibiliser l’action politique aux yeux des citoyens…
Oui, tout cela se traduit par une désinformation et une défection de la politique réelle, et un manque de discernement de bien des citoyens sur ce qui est désormais de gauche ou de droite, ou au nom d’une prétendue realpolitik qu’anime la dépolitisation du néo-libéralisme. Malgré une certaine érosion, les valeurs de gauche, comme les valeurs éthiques d’ailleurs, persistent néanmoins au sein du peuple. Abandonnées par l’absence de projet de société cohérent de l’État, des masses importantes de notre peuple se débrouillent.
Mais alors dans un tel contexte quelle est votre analyse de l’état du pays aujourd’hui ?
Au niveau urbain, il y a une grande turbulence du fait de la confiscation de l'arène politique par la rivalité politicienne et un désordre organisé. Dans nos campagnes, la dépossession des paysanneries est la forme la paupérisation la plus grande, et l'espace périurbain le gruge. Au Sénégal, la société de négoce a pris des proportions énormes, faisant basculer dans le mercantilisme des strates entières de producteurs, ruraux ou non, diplômés comme membres du lumpen prolétariat. Ils œuvrent dans le pays et en diasporiques à l’extérieur, en réseaux sophistiqués. L’économie informelle y domine. Elle est principalement tournée vers les produits de la modernité, la satisfaction d’une consommation par le recyclage ou le bas de gamme importés, mais fournissant, à défaut de mieux, les demandes de l’essentiel de la population. La forme précapitaliste se caractérise par la transformation domestique familiale ou individuelle, la petite production, la transformation et transaction marchande communautaire, périurbaine et religieuse, la petite distribution ou le stockage de l’économie du container.
Le secteur de l’informel a atomisé le potentiel économique national qui ne survit que dans la rente ou dans ses rapports incestueux avec le pouvoir étatique…
En effet, l’État laisse faire avec grand laxisme cette économie de la débrouille, signe de son propre échec, taxant là où il le peut et laissant croitre une corruption endémique, dont il est aussi l’épicentre, à en déduire des scandales qui défrayent la chronique. Les différents régimes politiques qui se sont succédés vivent des perfusions de l’aide internationale et du bradage des pans utiles de l’économie, des immobilisations foncières et du bâtiment et de diverses captations élaborées de rentes. Le boom immobilier dans la capitale illustre combien les terrains sont 15 fois plus chers qu’en 1990, alors que les logements locatifs sont de moins accessibles et doivent abriter plus de 42% des habitants de la capitale.
Après tous ces constats, en quoi y a-t-il la moindre pertinence dans de possibles réponses apportées par un projet dit de gauche ? La Gauche peut-elle répondre aux attentes d’une jeunesse qui aspire à des changements radicaux qui l’éloigne des tourments des politiciens responsables d’une gouvernance qu’elle considère comme scabreuse depuis tant d’années ?
Toutes ces réalités, parmi tant d’autres, sont des terreaux infertiles pour des forces de gauche, mais des contradictions et paradoxes qui peuvent l'éveiller. Il y a aujourd’hui un certain esseulement, une confusion et une dispersion des forces progressistes. Une frange de notre jeunesse, exaspérée et sans horizon, gronde et se décline en variantes politisées ou non. Peu sont organisés au sein de forces politiques progressistes. On peut questionner son discernement politique à ne pas se laisser capturer par les populismes et culturalismes. On note de l’autre côté, un regroupement de certaines forces de gauche, en blocs coalisés, au niveau du pouvoir, comme de l’opposition. Il y a aussi sporadiquement de multiples efforts de certains partis et individus de cristalliser une convergence de ces forces. La tentation populiste et patrimoniale demeure dominante. Dans l’ensemble, on pourrait encore mieux faire, pas seulement pour le contenant, mais surtout pour le contenu.
Mais comment reconstruire une politique citoyenne, à partir d’une offre susceptible de faire converger les revendications de mouvements fragmentés et parfois divergents ?
Il revient aux militants, aux citoyennes et citoyens engagé-es, face à l’action défaillante des dirigeant-es, de mettre la pression sur les orientations afin de façonner le message progressiste. La gauche, dans notre entendement, s’inscrit dans le combat donnant à la démocratie son sens émancipateur et affirmant les droits humains et du citoyen, les droits sociaux individuels et collectifs, les droits à la maîtrise sociale du système économique. Hélas, dans le contexte du Sénégal actuel, construire la gauche alternative exige, pragmatiquement, que l’on développe des stratégies principalement autour du centre gauche avec le maximum de forces politiques et populaires se réclamant du progrès social. Avec minimalement toutes les forces et mouvements sociaux engagés contre le néo-libéralisme, contre l’impérialisme, et dans une perspective panafricaine en faveur d’avancées démocratiques et populaires, du progrès dans la libération des femmes et dans le respect des exigences d’une gestion écologique viable de la terre. Seen Égalité s’inscrit dans cette dynamique d’organiser les aspirations des classes populaires, pour circonscrire et renverser les pouvoirs dominants qui empêchent leur concrétisation. Ceci est un outil à opérationnaliser par nos travailleuses, nos travailleurs, nos sans -emplois, notre jeunesse. Cette jeunesse consciente qui perpétue les espérances de générations qui n’ont pas pu définitivement abattre l’injustice sociale et l’ordre impérialiste et néo-colonial. Nous escomptons ensemble faire reculer les bornes de l’idéalisme, de l’ignorance et de l’adhésion à des illusions passéistes obscurantistes et ethnicistes. L’exigence est d’assurer la démocratisation de la société et la socialisation de la gestion économique. Le renforcement progressif de la convergence, dans la diversité, exige la tolérance et la conciliation. Il faut, avec l'esprit de discernement, armés de science de culture et d'altruisme empathique, dégager l'horizon pour esquisser les fondements d’un projet de société progressiste viable et enviable pour la multitude. Revisiter et vivifier les valeurs qui fondent la gauche, au-delà du discours ou du label, en se fondant sur la praxis. Entre autres la pratique de l’altruisme, la solidarité avec les plus opprimés, l’égalité à tous les niveaux, le refus de l’exploitation, de l’oppression et de l’injustice; l’élan pour le progrès social, la laïcité, la liberté, la conscience révolutionnaire...Ainsi parviendrons-nous à assainir le projet politique et esquisser et mettre en œuvre ensemble un projet de société.
Dans tout cela, on vous connaît plus à l'extérieur du Sénégal que dans votre pays. Pourquoi ? Où étiez-vous toutes ces dernières années ? Que faisiez-vous ?
La plupart de nos membres sont d'une intégrité irréprochable, connu-es du pays, fières filles et fiers fils africain-es du Sénégal comme moi. Je suis plutôt connu du milieu académique, politique et militant. Comme le dit l'adage, nul n'est prophète chez soi. Par exemple, je suis plus connu au Burkina Faso, parce que j'ai coordonné nos courageux avocats qui ont défendu pendant 25 ans les droits des sankaristes et de Thomas Sankara. Je suis plus connu en Afrique du Sud en raison de ma lutte contre l'apartheid, ou internationalement en raison de mon internationalisme avec les Samir Amin et les camarades de la tricontinentale, ou pour mon opposition aux bases étrangères sur le continent Africain et le plaidoyer pour notre souveraineté panafricaine. Mais ici ce n'est pas de moi qu'il s'agit, ce qui importe c'est que le peuple découvre un projet et que les forces de gauche puissent s'entendre minimalement sur un contenu rassembleur et porteur.
En quelques mots, pourriez-vous nous dévoiler les grandes lignes du projet Seen Égalité que vous projetez de lancer officiellement dans les prochaines semaines ?
Je vous demande votre patience, il sera publiquement dévoilé très prochainement aux forces dites de gauche et ensuite à toutes nos citoyennes et citoyens. Je puis seulement vous dire que c'est relativement innovant et la bonne riposte contre l'ordre du monde qui enserre le Sénégal. Nous continuons à résister et à s’organiser consensuellement pour construire ensemble l’histoire. L’histoire d’aujourd’hui est celle d’une terre en danger. Elle est affectée par l’impact de la crise multidimensionnelle issue de la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles. Le basculement du monde se manifeste par une crise multiforme, sanitaire, économique, climatique, militaire et de sens... Sortir de l’impasse, dominée par le capitalisme des oligopoles généralisé, (et de son régime mondial de la peur et de l’insécurité, incapable d’imaginer la paix que comme l’ordre entre deux guerres), impose des réponses originales et audacieuses. Elles doivent allier simultanément, démocratisation de la société et progrès social.
Vous professez un éloignement de l’ordre néo-colonial qui perdure depuis plus de 60 ans ? Comment y arriver ?
Pour ce faire, il faut contenir les intérêts socio-économiques que défend et représente le régime en place. Ce dernier est issu du mode néocolonial de croissance et qui a agi pendant longtemps dans le sillage de l’administrateur colonial, du tirailleur et même du fossoyeur des initiatives panafricaines. Les mœurs dans le pays ont été érodées par les comportements ostentatoires, les excès de ceux qui possèdent et leurs imitateurs et qu’amplifie l’internet voyeur. Le social-narcissisme, l’apparence et l’invective ont chassé la pudeur et le suturë. L’impunité persiste là où d’évidence il fallait sévir. Le Sénégal n'a pas de problème de carence de textes, il souffre d'un manque notoire de volonté politique de les appliquer. C’est le visage du mirage démocratique sénégalais. Une culture politique, ancienne et rétive, permet néanmoins une relative organisation démocratique des forces et une libre expression difficile à bâillonner. Nous utiliserons donc ces espaces pour laisser aux citoyens et citoyennes d'apprécier les voies possibles d'une indépendance véritable et harmonieuse. Bonne fête aux sénégalaises et sénégalaises et à nos hôtes.
NGŨGĨ WA THIONG'O SE JOINT À WOLE SOYINKA ET AUX 104 POUR DÉNONCER L’INSTRUMENTALISATION DE LA JUSTICE PAR MACKY SALL
L'un des intellectuels les plus célébrés sur le continent africain et dans le monde a exprimé le désir d’être rajouté à la liste des signataires de la tribune des 104 qui dénoncent la véhémente et brutale instrumentalisation de la Justice au Sénégal
Ce dimanche 26 mars 2023, l'écrivain kenyan, Ngũgĩ wa Thiong'o, l'un des intellectuels les plus célébrés sur le continent africain et dans le monde a exprimé le désir d’être rajouté à la liste des signataires de la tribune des 104 qui dénoncent la véhémente et brutale instrumentalisation de la Justice au Sénégal par l’actuel président de la République Macky Sall.
Écrivain de langue kikuyu et anglaise, membre de l'Académie américaine des arts et des sciences aux Etats-Unis, Ngũgĩ wa Thiong'o est actuellement professeur et directeur de l'International Center for Writing and Translation à l'Université de Californie à Irvine.
Régulièrement cité ces dernières années comme l’un des favoris pour remporter le prix Nobel de littérature, Ngũgĩ wa Thiong'o rejoint dans la liste des signataires le Nigérian Wole Soyinka qui a annoncé le 23 mars 2023 être lui aussi fortement préoccupé par la situation au Sénégal du fait de la constante remise en cause par l’administration de Macky Sall des droits fondamentaux des citoyens.
Au moment où les arrestations tous azimuts se poursuivent au Sénégal et où plusieurs sources crédibles indiquent qu’il y aurait plus de 520 prisonniers politiques, l’engagement de Ngũgĩ wa Thiong'o est un signal fort de la communauté intellectuelle internationale.
Bien plus qu’un intellectuel de renom, Ngũgĩ est un combattant des libertés et un militant anti-néocolonial. Arrêté en décembre 1977, ses combats pour la justice sociale le mèneront dans une prison kenyanne de haute sécurité pendant plus d’un an. Enfermé 23 heures par jour, c’est sur du papier hygiénique qu’il écrira son premier roman en kikuyu, « Devil on the Cross » (Le diable sur la croix). Dans la foulée, il prend l’importante décision d’écrire principalement dans sa langue maternelle, le kikuyu.
Dès 1962 il publie son premier roman en anglais qui deviendra un ouvrage de référence, Weep not Child (Enfant, ne pleure pas). Dramaturge, essayiste, romancier, nouvelliste, il publie en 1986 un retentissant recueil d’essais : Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature, publié en français sous le titre Décoloniser l'esprit. Cet ouvrage sera le dernier qu’il écrira en anglais.
James Gũgĩ à la naissance, il change son nom en 1977 et se présente en public comme un écrivain afro-saxon. Ses pièces de théâtre interdites, sa famille harcelée, lui-même menacé et traqué par le pouvoir kenyan, il s’exile à Londres avant de s’installer aux États-Unis où il enseigne à Yale Unviersity pendant 3 ans, mais aussi à Northwestern University et New York University (NYU).
Ngũgĩ wa Thiong'o rejoint un nombre important de personnalités africaines et de la diaspora qui mettent en garde Macky Sall contre ses excès et sa brutalité. Au-delà de Wole Soyinka, Cornel West, Anthony Appiah, Sophie Bessis ou Aminata Dramane Traoré, cette tribune a été signée par les professeurs de la diaspora, Sada Niang, University of Victoria, British Columbia et Samba Gadjigo, Mount Holyoke University, Massachusets.
Violation des droits et instrumentalisation de la Justice – Des intellos montent au créneau, Fatou Sow, Cornel West, Boubacar Barry, Anthony Appiah, Boris Diop, Sophie Bessis, Boukari-Yabara, Abdoulaye Kane, Aminata Traoré, Mamadou Diouf, Lamine Sagna…
Nous assistons au Sénégal à une continuelle escalade répressive qui préfigure de lendemains incertains. Il est de la responsabilité des intellectuels et de tous les citoyennes et citoyens de bonne volonté, vigies naturelles des libertés en péril, de prendre la défense des valeurs fondamentales dans un État de droit que sont : la liberté d'expression et de circulation, la liberté de manifester pacifiquement et de se rassembler, la liberté de proclamer son adhésion ou son opposition à des actes de gouvernance politique et sociale.
Sous ce rapport, nous constatons une violation flagrante, répétée et disproportionnée des droits des citoyens mais aussi la perpétuation d’un effort constant d’instrumentalisation politique du système judiciaire par l’administration du président Macky Sall.
Par-delà nos divergences et nos différences idéologiques, politiques ou culturelles, nous signataires de tous les pays, condamnons, fermement, les restrictions apportées à la liberté de mouvement des citoyens et à la continuelle instrumentalisation de la Justice au Sénégal.
Une menace réelle pèse sur la stabilité et la paix sociale du pays. Il est temps de revenir à la raison.
Il est inacceptable :
- que les droits fondamentaux des citoyens soient bafoués sans suite,
- que la démocratie et l’exercice des libertés d’expression et de circulation soient confisqués,
- que les droits constitutionnels dans l’espace politique ne soient pas respectés
- que la Justice soit instrumentalisée à souhait à des fins politiciennes.
Nous signataires, de cette présente déclaration, appelons le chef de l’État sénégalais à prendre des mesures immédiates pour ramener le calme, assurer la paix sociale et s’éloigner de toutes les remises en cause de l’indépendance du pouvoir judiciaire.
RETURN TO REASON
“We note a flagrant, repeated, and disproportionate violation of the rights of citizens. We also see the perpetuation of a constant effort of political instrumentalization of the Judicial system by the administration of President Macky Sall” – Some intellectuals are stepping up: Fatou Sow, Cornel West, Boubacar Barry, Kwame Anthony Appiah, Boubacar Boris Diop, Sophie Bessis, Amzat Boukari-Yabara, Abdoulaye Élimane Kane, Aminata Dramane Traoré, Mamadou Diouf, Mahamadou Lamine Sagna…
We are witnessing, in Senegal, a continuous repressive escalation that foreshadows an uncertain future. It is the responsibility of intellectuals and of all citizens of good will, who are natural lookouts of endangered freedoms, to take up the defense of the fundamental values in a State governed by the rule of law. These rules are freedom of expression and movement, freedom to demonstrate peacefully and to assemble, the freedom to proclaim one's support for, or opposition to, acts of political and social governance.
In this respect, we note a flagrant, repeated, and disproportionate violation of the rights of citizens. We also see the perpetuation of a constant effort of political instrumentalization of the Judicial system by the administration of President Macky Sall.
Beyond our ideological, political, or cultural differences, we signatories from all countries strongly condemn the restrictions placed on the freedom of movement of citizens and the continuous instrumentalization of Justice in Senegal.
A real threat weighs on the stability and social peace of the country. It's time to return to reason.
It is unacceptable:
- that the fundamental rights of citizens are flouted without recourse,
- that democracy and the exercise of freedom of expression and movement be stripped away,
- that constitutional rights in the political space are not respected
- that the Judiciary be exploited at will for political purposes.
We, the signatories of this declaration, call on the Senegalese Head of State to take immediate measures to restore calm, ensure social peace, and move away from all challenges to the independence of the judiciary.
Below is the list of the first 104 signatories in alphabetical order. You can sign this petition adding your name and affiliation in the comments window.
Ci-dessous, la liste des 104 premiers signataires par ordre alphabétique. Vous pouvez signer cette pétition, en rajoutant votre nom et votre affiliation dans la fenêtre des commentaires.
Kwame Anthony Appiah, philosophe, écrivain professeur à NYU, New York
Félix Atchadé, médecin, Paris
Hawa Ba, sociologue et journaliste, Dakar
Leona Ba, enseignante Dpt des Relations internationales, Georgetown University, Washington
Mamadou Ba, universitaire, professeur de littérature, Dakar
Maty Ndiaye Sy, coach en développement organisationnel, Institut des études avancées, Saint-Louis
Mamadou Ndoye, expert en Éducation, ancien ministre de l’Alphabétisation, Dakar
Moussa Ngom, journaliste, coordonnateur de la Maison des Reporters, Dakar
Walner Osna, sociologue, University of Ottawa
Marie Louise Eteki-Otabela, écrivaine, essayiste et politologue, Cameroun
Bah Ould Saleck, journaliste, éditeur de presse, Mauritanie
Adam Ouologuem, journaliste, directrice Africa Society, Washington
Gwénola Possémé-Rageau, journaliste, experte en développement international, Paris
Ada Pouye, expert en développement international et urgence humanitaire
Arthur Powel, chercheur, professeur Rutgers University, New Jersey
Tabia Pricewill, journaliste, Lagos
Mahamadou Lamine Sagna, sociologue, universitaire, Worcester Polytechnic Institute, Massachusetts
Alain Sain-Victor, historien et enseignant, Montréal
Moussa Samb, professeur agrégé de droit, expert médiateur, Dakar
Paap Seen, journaliste, Dakar
Lamine Sène, linguiste, expert en transport maritime et assurances
Marilyn Sephocle, professeur de langues à Howard University, Washington
Mame Lika Sidibé, archiviste, journaliste, experte paix et sécurité, Dakar
Carolyn Somerville, professeur sciences politiques, Hunter College, New York
Fatou Sow, sociologue, CNRS, Dakar
Pape Touti Sow, consultant en politique et gestion d’entreprises
Tidiane Sow, mathématicien et coach en communication politique
Mamadou Jean-Charles Tall, architecte, Dakar
Pierre Thiam, chef et expert en gastronomie, auteur et chef d'entreprises, New York
Alvin Thompson, styliste, couturier, designer, Washington
Mahamet Timera, sociologue, Paris
Alioune Tine, administrateur d’Africajom, ancien directeur régional Amnesty International
Diala Touré, historienne de l'Art, Baltimore
Aminata DramaneTraoré, écrivaine, ancienne ministre de la Culture du Mali
Patrice Vermeren, philosophe, professeur émérite, Université de Paris 8
Almamy Mamadou Wane, écrivain, essayiste et poète, Paris
Mamadou Mao Wane, sociologue, expert des questions de protection de l’enfant
Cornel West, philosophe, écrivain, professeur d’universités, New York
Amadou Tidiane Wone, écrivain, ancien ministre de la Culture
NDLR :
- Ce jeudi 23 mars 2023, le lauréat du prix Nobel de littérature en 1986, premier auteur noir à en être honoré, le Nigérian Wole Soyinka a confirmé son souhait de signer cette déclaration. Étant en voyage, il n’avait pas reçu la demande de signature à temps et ce n’est qu’aujourd’hui qu’il a pu la lire et a immédiatement demandé à être rajouté parmi les signataires de cette tribune. Lire plus ici.
- Ce dimanche 26 mars 2023, l'écrivain kenyan, Ngũgĩ wa Thiong'o, l'un des intellectuels les plus célébrés sur le continent africain et dans le monde a demandé à être rajouté parmi les signataires de cette tribune. Ecrivain de langue kikuyu et anglaise, membre de l'Académie américaine des arts et des sciences aux Etats-Unis, Ngũgĩ wa Thiong'o est actuellement professeur et directeur de l'International Center for Writing et Translation à l'Université de Californie à Irvine. Lire plus ici.
- Ce mercredi 5 avril 2023, le grand penseur Noam Chomsky vient d’exprimer son désir de signer cette tribune. Ce geste met clairement en lumière l’universalité de l’appel à la raison pour le respect des droits et de la dignité humaine, y compris celle de toutes les Sénégalaises et de tous les Sénégalais, au moment où le pays bat des records historiques d’emprisonnement politique. Lire plus ici.
LE SYSTÈME BANCAIRE AMÉRICAIN MIS À L'ÉPREUVE
René Lake analyse les retombées de la faillite cette semaine de la Silicon Valley Bank, la Signature Bank et la Silvergate Bank dans l'émission Washington Forum avec Nicolas Véron et Jean François Seznec sur VOA
Analyse des retombées de la faillite cette semaine de la Silicon Valley Bank, la Signature Bank et la Silvergate Bank avec le chercheur à l'institut Peterson International d'économie internationale Nicolas Véron, l'analyste politique René Lake et l'économiste Jean François Seznec dans l'émission Washington Forum de VOA.
PAR SAXEWAR DIAGNE
HYPOTHÈSES POUR UNE PRESIDENTIELLE INCERTAINE
EXCLUSIF SENEPLUS - La tension est palpable. En fait, le chaos est déjà là, il est juste à bas bruit. Que va-t-il se passer d’ici février 2024 ? La stratégie du "Tout sauf Sonko" va-t-elle prospérer ?
Saxewar Diagne de SenePlus.com |
Publication 28/02/2023
Les Sénégalais sont fâchés ! L’irritation voire la colère entretiennent le climat délétère qui prévaut dans le pays. Pour les uns, Macky Sall prend en otage les Sénégalais en entretenant un flou politicien autour du troisième mandat ou du deuxième quinquennat. Ce faisant il sape au quotidien les bases institutionnelles de la démocratie et du coup menace les fondements de la paix sociale. Pour les autres, l’opposition, en particulier Ousmane Sonko, se comporte en pyromane qui cherche par tous les moyens à plonger le Sénégal dans un chaos qui pourrait être préjudiciable à cette altérité qui participe au vivre-ensemble, au fait de vivre les uns avec les autres en bonne intelligence.
Il y a comme une odeur de chaos annoncé. On baigne dans l'odeur du laxisme, dans l’odeur de la manipulation à grande échelle, dans l'odeur de la violence, dans l’odeur de l'inacceptable. Le pays semble sortir du cercle de raison. La tension est palpable du fait de l’incertitude par rapport à l’avenir immédiat. Que va-t-il se passer d’ici février 2024 ? Macky sera-t-il candidat ? Et Sonko ? Khalifa ? Idy ? Quid de Karim ? La candeur de l’utilisation des prénoms ou du nom de famille des potentiels adversaires politiques ne cache pas l’éréthisme derrière chacune de ces interrogations.
Macky Sall en chef d’orchestre met-il l’intelligence politique sénégalaise à l’épreuve puisqu’elle doit être aujourd’hui mesurée à la quantité d’incertitudes qu’elle est capable de supporter ?
A un an de l’élection, à quelques semaines de la pré-campagne électorale, aucune de ces questions n’a pour l’heure de réponse précise. Certains diront même que la campagne électorale a déjà commencé avec les tournées présidentielles de Macky Sall dans les régions et les meetings organisés notamment par Ousmane Sonko et Khalifa Sall à travers le pays.
L’impossibilité de répondre à des questions que tout le monde se pose au quotidien ne favorise pas la tranquillité si importante pour assurer une certaine sérénité collective. Faute de réponse précise, dans ce climat anxiogène, l’analyste est réduit à élaborer des hypothèses qui paraissent les plus probables, en fonction non seulement des rapports de force mais aussi d’une anticipation des actions des différents acteurs.
Les différentes hypothèses présentées dans cette analyse, sont basées sur le postulat de l’inéligibilité d’Ousmane Sonko que nous considérons comme acquise ainsi que nous l’avons indiqué dans notre précédente contribution sur SenePlus intitulée "Sonko est out".
Le mésuage de la Justice par l’actuel président de la République y compris avec sa récente réorganisation par le Conseil Supérieur de la Magistrature apporte de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent la constante instrumentalisation de cette institution par l’exécutif. Malgré le caractère protéiforme et polymorphe de la stratégie politique de Macky Sall, il apparait que le moment électoral peut se résumer à trois mots : "Tout sauf Sonko". Que ce soit par le biais d’une condamnation pour diffamation ou encore pour viol, il ne reste que peu de doutes qu’Ousmane Sonko ne sera pas sur la ligne de départ pour 2024 à moins que la rue n’en décide autrement et cela à coût humain qui pourrait être fort élevé. Qui au XVIIIè siècle rappelait qu’il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la Justice ?
Sonko out de la course à la présidentielle, que se passerait-il ? Comment les différents leaders s’aligneraient ils ? Quels jeux d’alliances éventuelles ? Nous examinons ici quatre hypothèses.
Première hypothèse : Macky inéligible, Khalifa et Karim éligibles
Dans l’article "Sonko est out", contrairement aux doxas de la classe politique, est clairement mis en avant l’idée selon laquelle Macky Sall ne sera pas candidat à la présidentielle de 2024. Une telle décision serait rendue publique au moment approprié pour servir de contre-feux à l’annonce de l’inéligibilité d’Ousmane Sonko de manière à calmer la rue et à faire accepter l’idée de la non-participation du leader de Pastef à l’élection.
En admettant que Macky Sall passe à l’acte dans sa promesse d’amnistier Khalifa Sall et Karim Wade, il n’est pas exclu de se retrouver alors dans une situation où un accord politique basé sur un programme commun de souveraineté minimum soit signé entre Khalifa Sall et Ousmane Sonko : sortie du franc CFA et suppression dans un délai court des bases militaires françaises et des accords de défense avec ce pays. A ce programme s’ajoutera la mise en œuvre d’une bonne partie des conclusions des Assises nationales. Toutes ces conditions justifieraient tout à fait qu’Ousmane Sonko puisse soutenir la candidature de Khalifa Sall qui, une fois élu, pourrait organiser des législatives anticipées qui feraient du leader de Pastef le président d’une Assemblée nationale digne de ce nom, véritable institution indépendante de l’exécutif.
Le Sénégal retrouverait sa saveur d’antan, celle de l’époque du couple Senghor-Dia. Une grande différence cependant : ici, la base du partenariat sera claire parce que programmatique spécifiant même que Khalifa Sall ne sera pas éligible en 2029 du fait de son âge. Cela laissera ouvert un boulevard au tout compte fait jeune Ousmane Sonko qui n’aura que 55 ans à l’échéance de 2029.
Cette hypothèse est-elle probable ? La difficulté première est de pouvoir anticiper le niveau de sophistication et de maturité des principaux protagonistes en particulier Macky Sall et Ousmane Sonko. La seconde difficulté pourrait être liée aux pressions que la France pourrait exercer sur le socialiste senghorien Khalifa Sall pour saborder un accord qui comprend un programme minimum de souveraineté.
Cependant, si l’optimisme légendaire des Sénégalais qui préfèrent être dans l’affirmation, devait prévaloir, cette hypothèse permettrait au Sénégal d’avoir une transition tranquille et pacifique et au bout du compte tout le monde y trouverait une partie de son bonheur, y compris l’actuel président qui sait ne pas risquer de représailles de la part d’un Khalifa Sall à la tête de l’État.
Il est également tout à fait possible que Pastef se considérant à la porte du pouvoir décide d’avoir son propre candidat. Bassirou Diomaye Faye ou moins probablement Biram Souleye Diop ? Dans un tel cas, pourrait-on assister à un remake de l’exploit des dernières législatives où la liste des suppléants inconnus de Yewwi Askan Wi a remplacé au pied levé une liste de titulaires porteuse de figures de premier plan dans le jeu politique sénégalais ? En faiseur de roi, Sonko pourrait tout simplement être tenté de mettre un de ses lieutenants sur le trône. Le risque d’une telle option serait de faire sortir du bois un troisième larron qui pourrait créer la surprise. Amadou Ba ? Idrissa Seck ? Mimi Touré ? Qui sait !
Deuxième hypothèse : Macky inéligible, Khalifa et Karim également inéligibles
Cette hypothèse ainsi que la quatrième sont peut-être celles qui produisent le plus d’incertitudes et qui peuvent plonger le Sénégal dans une instabilité politique indescriptible. Dans cette hypothèse, Khalifa Sall et Karim Wade ne sont pas amnistiés. Depuis quelques semaines, la claustration des pensées politiques de Macky Sall pourrait laisser croire qu’il n’a pas, ou n’a plus, l’intention d’amnistier ces deux potentiels rivaux à la présidentielle de 2024.
Dans un tel schéma, on pourrait se retrouver avec un trio de tête comprenant Amadou Ba, Idrissa Seck et Mimi Touré. Ne pas exclure non plus qu’un candidat soutenu activement par Sonko et Pastef puisse sortir du bois et créer la surprise.
Une telle option offrirait à l’ancienne Première ministre Mimi Touré une bonne carte à jouer si elle arrivait à obtenir le soutien de Khalifa Sall, de Barthelemy Dias, de Guy Marius Sagna et pourquoi pas d’Ousmane Sonko et de Pastef. Il faudrait une bonne dose de réalisme politique pour en arriver là parce Mimi Touré, selon ses critiques, a été plutôt véhémente à l’endroit de Sonko et de Pastef ces dernières années. Cette probabilité semble donc difficile à imaginer mais elle n’est pas à exclure en fonction de l’évolution des rapports de force dans les prochains mois d’autant plus que ces derniers jours Mimi Touré s’est beaucoup rapprochée de Guy Marius Sagna et même de la ligne Sonko.
Troisième hypothèse : Macky éligible, Khalifa et Karim éligibles
Dans ce cas de figure comme dans le premier Khalifa Sall sera certainement le favori en particulier s’il est ouvertement soutenu par Sonko et Pastef, ce qui serait peu probable si l’on considère que le leader des Patriotes préfèrera avoir un candidat sorti des rangs de son parti. L’assomption ici est que Macky Sall, même s’il arrivait au deuxième tour n’aura que peu de chance d’obtenir un score comparable à celui d’Abdoulaye Wade en 2012.
Quatrième hypothèse : Macky éligible, Khalifa et Karim inéligibles
Cette perspective est annonciatrice d’un possible chaos politique au Sénégal. Mais si l’Etat arrive par extraordinaire à contrôler la rue, ce schéma offre une ouverture à Mimi Touré en particulier si elle obtenait le soutien des inéligibles Khalifa Sall et peut-être Ousmane Sonko.
Dans toutes les quatre hypothèses envisagées, Macky Sall sera soit inéligible soit battu de manière décisive par son challenger quel qu’il soit. Toutes les hypothèses mettent en avant l’idée selon laquelle, au résultat, la question d’une nouvelle candidature de l’actuel président de la République apparait relativement futile politiquement bien qu’elle soit, pour certains, une question de principe et de Droit. Dans tous les cas de figure, il apparait que Macky Sall ne sera pas le président du Sénégal à l’issue de l’élection de février 2024.
Y a-t-il une cinquième hypothèse qui aujourd’hui ne semble pas évidente mais que la réalité pourrait voir germer dans les semaines ou les mois à venir ? Peut-être, mais dans un tel cas, cette hypothèse créerait un moment historique surprenant de la vie politique du Sénégal et deviendra à n’en pas douter un cas d’école dans les annales de l’histoire politique africaine qui sera enseignée dans les décennies à venir.
Des voix, dont certaines surprenantes, agitent depuis quelques jours l’idée d’une suspension des procédures judiciaires contre Sonko jusqu’après la présidentielle. C’est un peu cela la pratique, ou plus exactement la tradition, aux États-Unis où même les enquêtes judiciaires concernant les candidats à la présidence sont suspendues à quelques mois des échéances électorales.
Il ne fait aucun doute que la meilleure des options possibles et souhaitables pour le Sénégal serait une élection à laquelle tout le monde, avec ou sans la participation du président sortant, puissent participer. Dans un tel schéma, Sonko serait peut-être le favori pour l’emporter. Et c’est bien là que se trouve l’épine du problème.
La stratégie de Macky Sall du "Tout sauf Sonko" qui apparaissait être également la perspective de Paris, le grand régent des lieux, peut-elle en fin de compte se satisfaire d’une telle option qui à leurs yeux est bien trop risquée pour la survie du système qui prévaut depuis plus de six décennies ? Depuis quelques mois, il se susurre que Paris préférait s’accommoder de Sonko plutôt que de courir le risque de voir le pays tomber dans les abysses de l’instabilité.
La force multiplicatrice de l’inaction pousse à entretenir la véhémence colérique des Sénégalais qui se sentent manipulés par juste quelques ambitions individuelles. Cela est insupportable à la communauté. Le blocage de l’horizon politique crée une structure de permission de tous les excès. Ce champ fertile fortifie les échos des discours populistes au point de mettre le pays sous une étouffante tension que la moindre étincelle peut embraser. Les pleins pouvoirs donnés à la force, c’est la pire des violences qui s’exerce sur tous.
La mackysation de l'espace public prend aujourd'hui la forme d'un choix entre la violence institutionnelle et politique imposée au plus haut niveau de l'État et une violence populaire plus ou moins manipulée par des acteurs politiques qui opèrent sur un grand écart entre une gauche souverainiste et une droite religieuse et féodale. L'éventail de choix devient binaire du fait de la mackysation du jeu politique.
C'est cela qui donne cette impression d'étouffement et qui bouche l'horizon. Le cercle de raison est bien celui de la gauche souverainiste mais son alliance avec des forces caractérisées par un anti-intellectualisme notoire et parfois par le rejet de toute forme d'universalisme progressiste obstrue les perspectives d'un avenir générateur de réformes autour de la feuille de route des Assises nationales.
Une chose semble certaine, les Sénégalais sont fâchés. En fait, ils sont déjà en colère. La guerre d’attrition qui se poursuit sous leurs yeux devient insupportable. Leur urgence de clarification ne semble pas être celle du président de la République. Qui disait que quand c’est urgent, c’est déjà trop tard ? Le chaos est déjà là, il est juste à bas bruit.
TEXTE COLLECTIF
AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE ET DE LA DÉMOCRATIE
L'anti-système est utilisé comme un raccourci démagogique qui charrie toutes les formes de violences, verbales et physiques destinées à la banalisation et, à terme, l'anéantissement des institutions, des symboles de la République et de l’Etat de droit
Notre pays est à un tournant décisif de sa trajectoire démocratique.
Pays de liberté, resté fidèle à une tradition de pluralisme politique, syndical et médiatique depuis l’époque coloniale, le Sénégal a gardé le cap d'une nation d’ouverture et de convivialité où l'œcuménisme religieux est la règle, les droits de l'homme respectés et les libertés publiques garanties, en dépit des vicissitudes de la vie et de l’histoire.
Ce régime de démocratie républicaine s'est bonifié au fil des années, au point de produire un système de référence de premier ordre dans les rangs des démocraties majeures, à travers le continent africain et le monde.
Les alternances politiques successives sont devenues la règle, au sommet de l'Etat comme à l'échelle des territoires. La vitalité du débat public à travers les médias classiques et les réseaux sociaux y a pris une allure et une intensité remarquables, malgré les dérives qui débordent le champ convenu du pacte démocratique.
Pourtant, c’est ce modèle qui allie régime de libertés et progrès économique et social que des acteurs politiques tentent de discréditer et de déstabiliser en complicité avec de puissants groupes et lobbies étrangers.
Dans un contexte mondial de crise de la démocratie représentative de type libéral, cette situation mérite la plus grande attention des forces vives de la nation, notamment celles républicaines et démocratiques.
Ce sont, en effet, toutes les grandes démocraties qui font actuellement face aux poussées populistes un peu partout à travers le monde.
Les courants fachopopulistes, tels qu'ils se sont développés au Sénégal et ailleurs, ont été rendus possibles par l'existence d'un environnement politique, juridique et médiatique libre et démocratique. Dans le même temps, ces courants s’inscrivent dans une logique de destruction du modèle éprouvé des libertés publiques.
Les cas de plusieurs pays illustrent parfaitement cette menace qui pèse sur les régimes démocratiques avec la montée en puissance de groupes politiques populistes, souvent en accointance avec des néo nazis en Europe, des mouvements de l'islamisme radical anti-confrérique et des groupes d'obédience irrédentiste dans les pays en développement.
Les populistes investissent ainsi, de plus en plus, les opportunités que leur offre l'espace politique démocratique pour, en retour, le polluer avec des discours et des pratiques de violence tout à fait aux antipodes des codes, règles et valeurs de la République et de la démocratie.
En somme, le propre du populisme est de se servir des moyens de la démocratie pour tuer la démocratie. C'est ce que recouvre la notion d'anti-système, utilisé comme un raccourci démagogique qui charrie toutes les formes de violences, verbales et physiques destinées à la banalisation et, à terme, l'anéantissement des institutions, des symboles de la République et de l’Etat de droit.
Une des différences fondamentales entre populisme et démocratie, c’est que cette dernière est essentiellement fondée sur la conquête pacifique du pouvoir politique, là où le populisme joue la carte des moyens de la démocratie, lorsqu'ils lui sont favorables, tout en revendiquant le droit et la liberté, pour la « bonne cause », de recourir à la violence politique pour la conquête et l'exercice du pouvoir.
C'est bien cette logique que théorisent et assument sans ambages les courants populistes dans notre pays, à travers un délire messianique permanent sur fond de revendication du "droit à l'impitoyabilité " contre des concurrents politiques pointés du doigt en ennemis mortels.
Le moment est venu pour les républicains et les démocrates de notre pays de prendre toute la mesure des menaces sur le système démocratique.
Pour une fois, les périls qui planent sur notre démocratie et nos libertés ne viennent pas du haut. Ils viennent du bas.
Les appels incessants à l’insurrection, malgré les expériences récentes de pertes en vies humaines, au pillage des domiciles de citoyens appartenant au camp de la majorité, en somme l’incitation à un climat de guerre civile interpellent tous les démocrates, y compris la frange de l’opposition républicaine. Est également interpellée la puissance publique en charge de la sécurité des Sénégalais, toutes obédiences confondues. Sont tous aussi interpellés, les autorités religieuses et coutumières, les acteurs économiques, les intellectuels et les travailleurs, toutes les sociétés civiles authentiques, mues par le souci sincère d’œuvrer pour une société d’équilibre.
La préservation de notre modèle démocratique d'équilibre et de sérénité devient, au-delà des enjeux de libertés, un impératif de sécurité et de stabilité pour le grand pays de démocratie de référence que nous avons mis des siècles à bâtir avec des sacrifices consentis par plusieurs générations.
Il est de notre devoir et de notre responsabilité de rester fermes sur l'exigence de préserver notre démocratie de toutes les formes d'agression, de veiller au libre jeu politique auto-réglé par des acteurs politiques ayant en partage le souci d'une société apaisée bénéficiant d'une presse entièrement libre, ouverte au pluralisme et capable de participer à une régulation générale de l'espace démocratique…
Dans la perspective des échéances de la présidentielle de 2024, ce sont là des sujets de fond sur lesquels le dialogue politique, tradition intacte de notre peuple et socle d'une gouvernance concertée, peut et doit apporter une contribution majeure. Nous devons faire du débat programmatique l’essence de la démocratie en lieu et place des confrontations stériles. Nous devons prendre à bras le corps les grandes aspirations de notre peuple et non nous évertuer à réveiller les pulsions négatives qui attisent la haine et la violence.
L'enjeu est de renforcer dans l'opinion la tendance salvatrice à un vaste courant républicain et démocratique contre les velléités liberticides dans un contexte mondial et sous-régional en convulsions.
Dakar, le 19 février 2023
Bassirou Faty (Cadre de Banque)
Amadou Sidy Bocoum (Sociologue, ancien Ambassadeur)
Ibrahima Macodou Fall (Chef d’entreprise Industrielle)
Landing Badji (Avocat)
Lamine Thiam (Sciences Po, DG de Promevil, France)
Khady Cisse Fitoussi (Experte, conseillère en entrepreunariat et accompagnement de dirigeants d’entreprise, France)
Odile Gazy (Chef d entreprise industrielle)
Abdoulaye Diallo (Ingenieur Télécoms, Artiste)
Dr Lamine Diouf (Pharmacien)
Dr Youssou Ndiaye, Administrateur d’hôpital
Lamine Fall, Syndicaliste
Fallou Guèye, Enseignant, UCAD
Rokhaya Tall, Experte en management de projet
Fatoumata Niang Bâ, Présidente Union pour le développement du Sénégal/Renouveau
Ndiouck Mbaye Lindor, Présidente Fédération nationale des femmes rurales
Cheikh Faye, Professeur agrégé, UQAC, Canada
Ibrahima Thiam, Inspecteur principal du trésor et Conseiller d’ambassade
Papa Ma Oumy Ndiaye, Administrateur de sociétés
Fara Diaw, journaliste à la retraite
Ibrahima Cissé, Cadre Ipres à la retraite
Bassirou Niang, Membre du Club Sénégal Émergent
Moussa Badiane, Agent en statistiques
Mohamed Sow, Technicien Transport et logistique, France
Dethié Ndiaye, Président du parti UMP/Sénégal
Expert financier /PDG de CHOOSE Sénégal
Adama DIALLO, Administrateur civil
Amadou Abdoulaye Diop, Professeur agrégé, Juriste
Seynabou Pouye, Entrepreneure
Daouda Ba, Enseignant
Landing Savané (AJ)
Samba Sy, Ministre, Secrétaire général du (PIT-S)
Aymérou GNINGUE (Député, Maire de Merina DAKHAR)
Nicolas Ndiaye (Député) (LD)
Katy Cissé Wone (juriste)
Mamour Cissé (PSD/JANT BI)
Thierno Lo (Coalition ADIANA)
Pr Pape Demba Sy (UDF)
Aliou Dia (DAAN DOOLEYI)
Abdou Fall (Alternatives citoyennes Andu Nawle)
Mame Bounama Sall, Ancien Ministre
Dr Aissatou Tall , Chef de quartier Yoff Tondouria . Dr en pharmacie
Me Ousmane Sèye (CPE)
Jean Leopold Gueye (CNNO)
El Hadj Momar Sambe (RTAS)
El hadj Ndiaye Diodio (TSTA)
Ibrahima Badiane (UFN)
El Hadj Hamidou Kassé (Philosophe)
Tidiane kounta (Economiste)
Demba Dieng (Enseignant à Genève)
Abdoulaye DIENG (Expert culturel)
Landing BADJI, Avocat à la Cour, Consultant international
Me Aliou sow, Avocat à la cour
Bassirou Ndiaye Bokk Defar Senegaal.
Alassane Cissé. HCCT, (N.P)
Amadou Fall Inspecteur de l’Éducation à Guinguinéo
Safietou Diop, leader du mouvement des femmes sénégalaises, personnalité de la société civile.
Cheikh Tidiane Ba Opérateur économique Sénégal/ France
Aida Mbengue, Secrétaire générale « Jigeen Jiokna », actrice de développement
Ndèye Rokhaya Diop (dite Aya Diop), militante pour la défense des acquis démocratiques et la paix sociale
Mamadou Déme, Haut-conseiller des collectivités territoriales, Président du parti Kisal Senegaal, expert consultant résidant à Paris -France
Demba Babaël Sow Député de la diaspora sénégalaise (France) Ouvrier Syndicaliste
Mr seydi Lamine, Roubaix - France
Ousmane Dia opérateur économique demeurant à Bambilor - déni biram dao
Abdou Ndiaye Doctorant en développement local et diplômé de l'école normale supérieure.
Babacar Thiam, Nations Unies
Lamine Bara Gaye Directeur du sneips
Bocar sidick Kane ancien député maire, professeur certifié des sciences et techniques industrielles
Modou Lamine SENE Coordonnateur national du PVD de Cheikh Ahmadou KARA MBACKE
Momar Mbaye intendant au lycée de Pire. Ancien membre de la CED
Samba Kara NDIAYE Président Mouvement Troisième Voie Du Senegal. Prèsident Parti NADEMS
Professeur Bouna Mohamed Seck
Pape Sagna Mbaye, Ministre
Pr Maouloud Diakhaté, Professeur des Universités, HCCT,
Jeanne Lopis Sylla, Chercheur
Dr Malick Diop, député, Vice-président Assemblée nationale
Zator Mbaye, Ministre conseillerMarcel Ndiana Ndiaye, Professeur, Ambassadeur Itinérant
Me Mamadou Diallo, Avocat Barreau de Paris - Diaspora
Sylvain A. Boyer, Ingénieur, Pcs
Pr Moussa Barry, Professeur, Gabon - Diaspora
Serigne Seck Ingénieur, Paris - Diaspora
Pr Pape Mody Niang, Université de Dakar
Alioune Badara Ndoye, Professeur de lettre à la retraite (résidant aux USA)
Papa Demba SECK retraité Imprimeur, Thiaroye ORYX
Samba Kante, Président Mouvement Niomre ça kanam
Professeur Sérigne Amadou NDIAYE, ancien Doyen de la FST
Abdoul aziz seck, Opérateur économique (import – export) établi aux USA
Pape Diallo chef d'entreprise à Dakar
El Hadj Ndary Gueye Journaliste-consultant.
Abdoul Sow Consultant, Retraité de Nations Unies (DPKO)
Serigne Abdou Lahad Bousso, Chef religieux à touba
Mr FODIA DIALLO professeur d'histoire et de Géographie à la retraite, résidant à Louga
Moustapha Djamil Ndiaye entrepreneur en Géorgie
Khadidiatou Ba, Comptable, Actrice de Développement
Dr Cheikh Oumar Hann, Ministre
Hyacinthe DIOUF Consultant Dijon France
Mourtada SALL ouvrier Chilly-Mazarin France
Papa Demba SECK, retraité imprimeur, à Thiaroye sur mer ORYX
Maurice Wendes SARR, Délégué médical
Oumar Ly France,
Amadou Sidy Bocoum, (sociologue, ancien ambassadeur)
Alla Dieng (Président de l’Union des Forces Citoyennes/UFC), Cyrill Kpade (Président Mouvement Macky 535)
Mamadou Thiam (Expert en communication et TQM/Total Quality Management)