Un drame s’est produit ce mardi sur un chantier de la Cité Keur Gorgui, à proximité de la Sonatel. Trois ouvriers ont perdu la vie après une chute depuis le 8e étage d’un immeuble en construction.
Selon les premières informations recueillies, les ouvriers travaillaient sur un échafaudage avant de faire une chute mortelle.
Les circonstances exactes de l’accident restent à déterminer, mais ce nouveau drame relance le débat sur les conditions de sécurité sur les chantiers.
Face à la récurrence de ces tragédies, les autorités compétentes sont interpellées sur la nécessité d’un contrôle plus strict des normes de sécurité afin de protéger les travailleurs du secteur du bâtiment.
LE CARIBBEAN PAN AFRICAN NETWORK DÉNONCE LES SANCTIONS AMÉRICAINES CONTRE CUBA
L'organisation s'insurge contre des mesures visant spécifiquement à "intimider les investisseurs étrangers" et à "saper la capacité des entités cubaines à produire des biens et services"
(SenePlus) - Un message ferme a été adressé à l'administration Trump par le Caribbean Pan African Network (CPAN). Dans un communiqué publié le 27 février 2025, l'organisation pancaribéenne, présente dans dix-sept pays de la région, condamne fermement la décision de Washington de réinscrire Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme.
Le CPAN rappelle que l'administration Biden avait fait un pas positif le 14 janvier 2025 en retirant Cuba de cette liste controversée, une décision alors saluée comme "un pas dans la bonne direction" par la CARICOM, principale organisation multilatérale caribéenne. Cependant, moins d'une semaine plus tard, la nouvelle administration Trump a non seulement réintégré Cuba sur cette liste, mais a également rétabli plusieurs mesures punitives.
"Le président Donald Trump a révoqué la suspension des poursuites judiciaires devant les tribunaux américains en vertu du titre III de la loi Helms-Burton, et réinstauré la liste des entités cubaines restreintes avec lesquelles les personnes ou entités américaines ne peuvent effectuer de transactions", précise le communiqué.
L'organisation dénonce également les sanctions imposées par le secrétaire d'État américain Marco Rubio contre toute personne facilitant le travail des brigades médicales cubaines, mondialement reconnues pour leur expertise.
Selon le CPAN, ces mesures ont un objectif clair : "intimider les investisseurs étrangers, fermer les sources possibles de revenus externes pour Cuba, saper la capacité des entités cubaines à produire des biens et services, et ravager le niveau de vie et la qualité de vie du peuple cubain."
Le réseau pancaribéen rappelle que depuis trente ans, une large majorité des nations du monde votent chaque année à l'Assemblée générale des Nations Unies pour condamner l'embargo américain contre Cuba, le qualifiant de violation du droit international.
"Nous affirmons, sans crainte d'être contredits, que le gouvernement des États-Unis a l'obligation légale claire de mettre fin à son embargo financier, économique et commercial contre Cuba et de retirer Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme du Département d'État américain", conclut le communiqué signé par le Comité exécutif du Caribbean Pan African Network.
PAR Adama Dieng
UN PAS HISTORIQUE VERS L’UNITÉ DU MONDE MUSULMAN
EXCLUSIF SENEPLUS - Pour la première fois, des érudits sunnites et chiites de premier plan se sont engagés dans un dialogue substantiel, transformant en actes l'appel lancé en 2022 par le Grand Imam d'Al-Azhar
Dans un monde où les divisions ont trop souvent entravé le progrès, le besoin d’unité entre les musulmans n’a jamais été aussi urgent. L’islam, dès sa création, a mis l’accent sur la fraternité, la coopération et la solidarité entre les croyants. Pourtant, l’histoire a été témoin de moments où les différences ont été exploitées, conduisant à la fragmentation et à la discorde entre musulmans. Plutôt que de disperser leur énergie dans des conflits, les musulmans doivent reconnaître l’immense force qui naît de l’unité. En acceptant la diversité au sein de la Oumma et en nous focalisant sur les défis communs, qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux, nous pouvons garantir que nos efforts collectifs contribuent à la prospérité et à la dignité de tous.
Fin février 2025, à Bahreïn, nous avons assisté à un moment déterminant dans l’histoire des relations intra-islamiques. L’appel lancé le 3 novembre 2022 lors de la Conférence de dialogue intra-islamique à Manama, au Bahreïn par Son Éminence le professeur Ahmed Al-Tayeb, grand imam d’Al-Azhar et président du Conseil des sages musulmans, en faveur d’un dialogue entre les principaux érudits des écoles de pensée islamique, principalement sunnites, et les érudits chiites, s’est finalement traduit par des actes. La conférence, organisée sous le thème « Une seule oumma… un seul destin commun », a vu des personnalités religieuses de premier plan issues de diverses traditions islamiques s’engager dans des discussions approfondies et significatives, aboutissant à une recommandation concrète : la création d’un groupe d’experts pour poursuivre cette réflexion essentielle et assurer son application pratique.
Cette initiative, rendue possible grâce au patronage du roi, Sa Majesté Hamad Bin Issa Al Khalifa, témoigne du rôle de Bahreïn en tant que pont de réconciliation. Historiquement, Bahreïn a été une terre de coexistence entre les communautés sunnites et chiites, malgré les défis. Sous la direction du roi, Sa Majesté Hamad bin Isa Al Khalifa, des efforts ont été faits pour favoriser davantage l’inclusion et reconnaître la riche diversité des traditions islamiques de la nation. Ce dialogue représente un pas en avant pour assurer une gestion constructive de la diversité dans le monde musulman.
La vision du Grand Imam : courage, sagesse et unité
Au cœur de ce dialogue se trouve le Grand Imam d’Al-Azhar, le professeur Ahmed Al-Tayeb, dont la sagesse et le courage d’avoir initié une telle rencontre ne peuvent être exagérés. Il défend depuis longtemps l’idée que les divisions entre musulmans sunnites et chiites et d’autres traditions islamiques sont artificielles, et qu’elles sont plus le résultat de manœuvres historiques et politiques que de divergences théologiques. En effet, comme il l’a souligné dans son discours, rien ne différencie fondamentalement un sunnite d’un chiite aux yeux de l’islam.
Son appel à l’unité n’est pas un appel à effacer les différences mais plutôt à adopter les principes communs qui lient tous les musulmans. Il nous a rappelé que la première constitution proclamée par le Prophète Mahomet (PSL) à Médine réaffirmait le principe de non-discrimination. Ce précédent historique devrait servir de modèle aux sociétés musulmanes contemporaines aux prises avec des tensions sectaires qui ont, dans de nombreux cas, dégénéré en conflits armés.
Au cours de la dernière décennie, les tensions entre sunnites et chiites ont été exploitées pour alimenter la violence dans différentes parties du monde. Ces divisions ont permis à des forces extérieures de manipuler et d’affaiblir la Oumma musulmane, en dressant les frères les uns contre les autres tout en ignorant le principe fondamental d’unité que défend l’Islam. Le dialogue à Bahreïn est un effort courageux pour dépasser ces divisions et œuvrer vers une thérapie collective et au progrès.
De la rhétorique à l’action
Ce qui distingue ce dialogue des discussions passées sur le rapprochement sunnite-chiite, c’est son engagement à agir. La recommandation de créer un groupe d’experts marque un progrès qui va des discussions théoriques aux mesures pratiques visant à assurer une paix et une compréhension durables. Ce groupe d’experts sera chargé d’élaborer des cadres formels pour institutionnaliser le dialogue intra-islamique, favoriser la tolérance religieuse et empêcher que les conflits sectaires ne soient instrumentalisés à des fins politiques.
Outre les chefs religieux, le rôle de la jeunesse musulmane dans la construction de l’avenir de l’unité ne peut être négligé. Les jeunes de tout le monde musulman doivent être impliqués dans ces discussions et initiatives. Ce sont eux qui porteront les principes de fraternité, de tolérance et de collaboration. Les programmes scolaires devraient inclure des exemples historiques de coexistences réussies entre différentes traditions islamiques, en mettant l’accent sur les valeurs communes plutôt que sur les points de discorde.
Il est impératif que cette dynamique se poursuive. Les gouvernements, les chefs religieux et les organisations de la société civile doivent investir dans des initiatives de consolidation de la paix qui favorisent le respect et la compréhension mutuels. En outre, les établissements d’enseignement islamique devraient intégrer des enseignements qui mettent l’accent sur l’héritage commun de toutes les écoles de pensée musulmane plutôt que sur leurs différences.
Un appel à une gestion constructive de la diversité
La diversité au sein de l’islam doit être considérée comme une force plutôt qu’une source de division. Le Coran et la Sunna soulignent l’importance de l’unité, de la coopération et du respect mutuel. Comme l’a judicieusement souligné le Grand Imam, la priorité doit être de protéger notre religion, nos terres et notre peuple, quelle que soit l’identité d’une entité sectaire.
En outre, l’unité intra-musulmane doit s’étendre au-delà des relations entre sunnites et chiites pour englober l’ensemble des communautés musulmanes du monde. Qu’ils soient africains, asiatiques, moyen-orientaux ou occidentaux, tous ont des expériences et des contributions uniques à offrir. Une Oumma unie ne doit pas se limiter aux seules discussions théologiques, mais doit s’étendre à la coopération en matière de développement économique, de progrès scientifique et d’initiatives humanitaires qui élèvent tous les musulmans et l’humanité dans son ensemble.
Le dialogue à Bahreïn est un faisceau d’espoir pour que les musulmans puissent dépasser des divisions vieilles de plusieurs siècles et œuvrer ensemble pour le bien commun. L’histoire, la langue, la foi et l’héritage culturel commun aux musulmans devraient servir de fondement à une Oumma plus forte et plus unie.
Peut-on conclure qu’une nouvelle ère s’annonce pour l’Oumma musulmane ?
Le dialogue intra-islamique de Bahreïn marque le début de ce qui pourrait être un nouveau chapitre de l’histoire de l’Islam. La création d’un groupe d’experts est une étape prometteuse vers l’institutionnalisation des efforts de réconciliation. Cependant, son succès dépend de l’engagement durable des dirigeants de tout le monde musulman. Nous devons tous nous approprier cette vision – gouvernements, institutions religieuses, intellectuels et citoyens ordinaires.
Pour que cette initiative réussisse, elle doit être suivie de politiques concrètes et d’initiatives locales dans les pays à majorité musulmane. Les mosquées, les universités et les organisations communautaires doivent s’engager activement à favoriser le dialogue et à veiller à ce que le message d’unité atteigne toutes les strates de la société. Le dialogue ne doit pas rester un événement confiné aux conférences mais doit devenir un processus continu qui façonne la conscience des générations futures.
Il est temps de laisser derrière nous les divisions du passé et d’embrasser un avenir où tous les musulmans se rassembleront en une seule Oumma, guidée par les principes de justice, d’égalité et de fraternité. Les enseignements du Prophète Mahomet nous exhortent à favoriser l’amour et l’harmonie entre nous. Dans cet esprit, le dialogue à Bahreïn ne doit pas être un événement isolé mais le fondement d’un mouvement durable vers l’unité.
Ce n’est qu’en nous unissant que nous pourrons relever les défis qui menacent nos communautés et que nous pourrons garantir que les générations futures héritent d’un monde défini non pas par le sectarisme mais par la solidarité et le respect mutuel.
Adama Dieng est un diplomate sénégalais, ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU et fervent défenseur de la paix, de la justice et de la réconciliation.
par Alioune Dione
COMMENT L’ÉTAT SPECTACLE MET EN SCÈNE LA FABRIQUE SOCIALE
L’inertie sur les réformes de la justice, la réduction du coût de la vie qui est non opérationnelle au niveau bottom-up et le retard dans la renégociation des contrats pétroliers montrent que gouverner c’est aussi se dédire
Le meilleur moyen de gouverner sans être contraint de produire des résultats à court terme est de faire de l'attribution externe une idéologie des masses. Dramatiser le social, jouer sur les peurs, instaurer le désespoir, disqualifier les élites et nul ne sera obligé de vous demander des résultats dans l'immédiat. L'idéologie en question, comme l'affirmait Naomi Klein, est un caméléon qui change sans cesse de nom et d'identité. La stratégie de choc employée par ce nouveau gouvernement, dont l'exclamation et la lamentation constituent les principes directeurs pour édulcorer la ferveur des promesses entrevues, est un aveu d'incapacité.
Le sentier de la gouvernance sobre et vertueuse tant promu semble beaucoup plus long qu'annoncé, beaucoup plus rude que prévu. Les illusions vendues par une prétendue rupture systémique se confrontent aujourd'hui à une réalité qui impose de maîtriser l'optique sociale. L'État, dans sa complexité multiple, met en exergue toute impuissance qui ne peut être palliée par une démagogie politique quelconque. La stratégie de choc peut déresponsabiliser, mais elle ne masque en rien les véritables problèmes auxquels la nation fait face.
L’inertie sur les réformes de la justice, la réduction du coût de la vie qui est non opérationnelle au niveau bottom-up et le retard dans la renégociation des contrats pétroliers montrent que gouverner c’est aussi se dédire. Se dédire des engagements éthiques irréalistes promus, se dédire des gages populistes donnés pour la capture de l’aspiration des masses, se dédire de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire. Mais, les urgences n’attendent pas le temps de la planification à long terme, elles mettent tout gouvernement face à ses responsabilités politico-sociales.
À présent, la société subit le supplice tantale d’un État suffisant et autiste qui prend toute critique comme une haine viscérale à l’encontre de son fameux projet. Un projet farfelu qui ne se matérialise qu’en slogans, très loin de la réalité sociale vécue. Il faut comprendre qu’une nation ne peut point se construire dans une vision singulière basée sur l’idolâtrie d’un leader. Elle se construit par un ensemble de visions à la fois cohérentes et contradictoires. Harmoniser les contradictions, diagnostiquer les politiques déclinées et critiquer la posture des gouvernants est un principe sine qua non pour faire émerger le pays dans ses dimensions sociales et économiques.
En effet, l'économie sénégalaise sombre et le constat est un truisme, l'insécurité économique nous guette mais nous préférons attribuer les causes sans chercher des mesures urgentes pour redresser le pays. La rupture tant promue se transfigure juste en un nouvel État-système en marche avec des ambitions débordantes pour des moyens limités. Une politique d'intention idyllique qui, dans la pratique, ne se matérialise nulle part. Un contre-système qui est dans un processus de remplacement de personnes et non d'une transformation profonde des institutions étatiques.
Ces dernières perdurent toujours avec leurs rouages et mécanismes qui restent inchangés. Actuellement, le seul changement qui s'opère au sein du système est la présence de nouveaux leaders aux compétences moindres et aux capacités de lamentation incommensurables. De loin, les solutions étaient prédites comme des effets miracles, mais une fois le pouvoir acquis, la stérilité dans l'action pragmatique se voit de manière évidente. Nous sommes face à un État dont les marges de manœuvre sont limitées et qui préfère souvent se donner en spectacle.
La théâtralisation de la gouvernance par les sorties médiatiques des gouvernants, qui ne changent en rien la providence sociale, montre le niveau de relativisation de leur charge à l'égard du pays qu'ils disent trouver en ruine. Une ruine que le bas peuple ressent douloureusement, mais non les nouveaux bourgeois. Les privilèges restent maintenus, le monisme dans la pensée se pérennise aussi par les moyens de contrôle coercitif sur les opinions. Le projet tant annoncé, et dont la réalisation demande un don de soi que les nouveaux bourgeois imposent aux peuples mais s'abstiennent d'opérer, est la preuve qu'il n'y a aucune configuration nouvelle au sein du système de gouvernance étatique.
L'exigence du développement demande des sacrifices collectifs et non partiels. Malheureusement, ce projet initié pour un progrès à la fois endogène et souverainiste exige plus que les mesures mises en place pour accompagner son impulsion. Au niveau macro de l'État, tout paraît bien fait, bien pensé et bien structuré, alors qu'au niveau micro de la société rien n'est encore opérant et tout demeure intact, ou du moins en involution criarde.
La vision du développement se brouille dans une incertitude croissante pour l'avenir du pays qui, en quelques mois, est en décadence libre dans sa diplomatie et son ouverture universelle. Une nation ne se construit pas sur une vision unique esseulée par une orthodoxie sacrée d'un hyper-individualisme jamais réfutable. Elle se conçoit dans sa garantie de débats publics et des contradictions qui mettent en mouvement la marche sociale. Ce mouvement sans achèvement brusque fait le progrès des nations et leur impulsion dans l’histoire universelle.
par l'éditorialiste de seneplus, alymana bathily
VERS UN NOUVEAU DEAL SOCIAL ?
EXCLUSIF SENEPLUS - Il s’agit pour le gouvernement de ne plus chercher à imposer son hégémonie sur ses partenaires sociaux, de ne plus prendre auprès d’eux des engagements qu’il ne sait ne pas pouvoir tenir
Alymana Bathily de SenePlus |
Publication 11/03/2025
La rencontre au Grand Théâtre de Dakar le 27 février 2025 entre le premier ministre Ousmane Sonko, entouré de l’ensemble de son gouvernement, des syndicats et du patronat, fera date. Le premier ministre a en effet proposé aux partenaires sociaux un « nouveau deal » social.
« Personne ne souhaite une confrontation. On a besoin de stabilité. Aucun pays n’a décollé sans un consensus fort. Les pays qui ont décollé ces dernières années, c’est des pays ou les libertés publiques ont été réduites. Regardez les pays asiatiques, les pays arabes…Nous on est une démocratie et c’est tant mieux… ».
« Il faut mettre de côté pendant un temps les grèves et les manifestations dans la rue » …« Personne ne souhaite la confrontation sociale, parce que personne n’y gagne. Nous devons tous éviter de nous pousser mutuellement vers la radicalisation », a-t-il ajouté.
Et de proposer aux syndicats un dialogue social « sincère », « transparent », qui se « fera dans la vérité et la justice sociale » afin d’aboutir à un « pacte de dialogue social ».
Puis de proposer la signature dès le 1er mai, d’un Pacte de Solidarité Sociale formulé à travers un dialogue social incluant les différents secteurs, pour rétablir la justice sociale et éviter « la confrontation sociale ». De plaider ensuite pour une suspension des grèves, le temps de redresser la situation financière « catastrophique » du pays, héritée du régime Macky Sall.
« Construisons d’abord une économie, créons les conditions de notre souveraineté. Nous devons travailler à nous réapproprier toutes nos ressources pour développer notre pays dans quelques années ».
Le modèle Sonko d’un tripartisme sénégalais
Le premier ministre Ousmane Sonko a, à n’en pas douter, à l’esprit le modèle de dialogue social, dit tripartite, qui a été mis en place à travers toute l’Europe occidentale, des pays nordiques, à l’Allemagne et à la France, ainsi qu’au Japon et à Singapour après la 2eme Guerre Mondiale. C’était à l’initiative d’hommes d’état comme Olof Palme en Suéde, De Gaulle et Jean Monnet en France, Konrad Adenauer en Allemagne, les premiers ministres japonais Shigeru Yoshida et Eisaku Sato et le premier ministre de Singapour Lee Kwan Yeew notamment.
Ce modèle est généralement considéré comme l’un des principaux facteurs du redressement spectaculaire de l’Europe et du Japon ainsi que du développement fulgurant de Singapour.
Il a permis d’améliorer les conditions de travail, d’augmenter la productivité des travailleurs, de produire de la richesse et d’établir un système de justice et de sécurité sociale pour l’ensemble des travailleurs et leurs familles.
Le tripartisme ne nie pas la lutte des classes mais postule que, au moins pendant une phase historique donnée, les intérêts des uns et des autres, des travailleurs, des patrons et de l’Etat sont conciliables et doivent être conciliés.
Sénégal : du tripartisme en théorie au syndicat unique, de la « participation responsable » au « Comité national du dialogue social » et au Haut Conseil du Dialogue Social
Cette idée de dialogue social, de coopération, gouvernement, patronat et travailleurs est ancienne au Sénégal et a une histoire singulière dont il convient de tirer les enseignements.
Le premier président de la République du Sénégal l’avait théorisée déjà en 1963. "Il ne s'agit plus de défendre les travailleurs contre un étranger ; il s'agit maintenant d'accroître le revenu national, d'assurer la répartition plus équitable de ce revenu par la protection de tous conformément au marxisme "à chacun selon son travail", écrira-t-il.
Cette idée sera cependant rattrapée par « les événements de Mai 1968 » et la logique du parti unique s’est imposée au président de la République, Secrétaire général de l’Union Progressiste Sénégalaise (UPS), parti unique de fait à l’époque
La « participation responsable » sera alors instituée : pour assurer "l'association du mouvement syndical à l'élaboration, à l'exécution et au contrôle de l'exécution des plans de développement économique et social (ce qui) doit se traduire par la représentation des travailleurs désignés par les organisations syndicales, à la commission nationale du plan, au Conseil économique ainsi qu'aux délibérations des missions ou instances du parti traitant des questions économiques et sociales et aux conseils d'administration des sociétés para étatiques à but économique et social… »
Le syndicat bénéficie dès lors d’un quota de la liste des députés à l’Assemblée nationale, de plusieurs sièges au Conseil Economique et Social, contrôle les institutions de représentations et même détient un ou deux ministères.
Le régime du président Abdoulaye Wade va tenter lui d’asseoir son hégémonie sur le mouvement syndical en suscitant la création d’une dizaine de nouveaux syndicats, souvent issus des flancs d’anciennes organisations, dont certaines sous l’égide de responsables du PDS avant de mettre en place une « Charte nationale sur le dialogue social » puis un « Comité national du dialogue social » censé servir de cadre au dit dialogue.
Pourtant, le « front social » ne se pacifie pas pour autant. Malgré toutes ses tentatives, notamment en proposant le port de brassage par les travailleurs pour signaler leurs revendications au lieu de recourir à la grève et malgré l’institution d’un « Comité national du dialogue social » et ses relais au sein des syndicats, son régime sera confronté à des grèves régulières.
Le régime de Macky Sall quant à lui institue le « Pacte national de stabilité sociale et d’émergence économique » censé permettre la mise en œuvre du « Plan Sénégal émergent » et substitue au « Comité national du dialogue social » le Haut Conseil du Dialogue Social. Il n’empêche : les grèves notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé restent régulières.
Pourquoi le tripartisme n’a pas marché au Sénégal ?
De Senghor à Macky Sall, chaque régime a pris en compte à sa manière le fait syndical dans sa gouvernance, soit en établissant son hégémonie sur les syndicats soit en les combattant frontalement soit en prenant en compte leurs revendications pour ne les satisfaire que parcimonieusement, après avoir subi grèves après grèves.
Aucun n’a réussi à établir une collaboration durable avec « les partenaires sociaux ». De 1960 à nos jours, le « front social », (l’expression est significative) est constamment en « ébullition » : quand ce ne sont pas les écoles primaires qui sont fermées, ce sont les universités qui le sont ou encore les hôpitaux quand ce ne sont pas les transports publics qui sont paralysés.
Quand on considère la longue histoire du syndicalisme sénégalais qui date du début du XXème siècle, quand on sait que la liberté syndicale instaurée depuis l’indépendance du pays (loi 61-34 du 15 juin 1061) n’a jamais été remise en cause et qu’un cadre juridique et institutionnel approprié avec la « Charte nationale sur le dialogue social » et le « Comité national du dialogue social », a été mis en place il y’a près de vingt ans déjà, on peut s’étonner que le tripartisme n’ait pas fonctionné au Sénégal.
Est-ce parce que chaque régime, de Senghor à Macky Sall, a voulu asseoir son hégémonie sur le mouvement syndical ?
Est-ce la « politisation » des syndicalistes dont toute une génération de dirigeants sont issus de chapelles politiques, du Parti Socialiste, PDS ou de partis de gauche, dont ils ont gardé le « formatage » même quand ils en sont séparés politiquement et idéologiquement depuis longtemps ?
Est-ce le corporatisme exacerbé des dirigeants des syndicats qui les rend insensibles aux considérations autres que les intérêts stricts de leurs corporations ?
Est-ce cette attitude des responsables successifs de l’Etat, de Senghor à Macky Sall, à promettre tout ce que les syndicalistes veulent juste pour qu’ils arrêtent la grève alors que l’Etat n’a pas les moyens de tenir ces promesses ?
Est-ce la nature du patronat, comprador et nationaliste à la fois, éclaté dans de trop nombreuses organisations, qui la rendu jusqu’à présent faible et incapable d’assumer un rôle social significatif ?
Les défis du régime Pastef
Dans ces conditions, l’offre de « new deal » social du premier ministre Ousmane Sonko peut-elle fonctionner ?
Or le pays qui est en proie à une profonde crise économique et financière et doit s’imposer une période d’austérité, n’a pas les moyens de faire face à tous les engagements, souvent inconsidérés que l’ancien régime a pris à l’endroit des syndicats.
Pourtant le premier ministre a donné des instructions pour ‘’la liquidation des points de revendications pouvant faire l’objet de mise en œuvre immédiate, du chantier de l’équité salariale, de la seconde phase des mesures de réduction du coût de la vie sans impact budgétaire’’.
Il s’est engagé d’autre part à épurer la dette intérieure ce qui devrait permettre de relancer financièrement les entreprises locales et leur permettre notamment de sécuriser les emplois.
Côté patronat, la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES) et le Conseil national du patronat (CNP), les deux principales organisations annoncé leur prochaine fusion, ce qui devrait renforcer la voix du patronat dans le dialogue.
Il s’agit pour le gouvernement de ne plus chercher à imposer son hégémonie sur ses partenaires sociaux, de ne plus prendre auprès d’eux des engagements qu’il ne sait ne pas pouvoir tenir
Les uns et les autres doivent se convaincre que l’échec du projet dont le premier ministre propose le lancement le 1er avril 2025, ne sera pas seulement un coup porté à la Vision Sénégal 2050 du président Bassirou Diomaye Faye mais risque d’être fatal à la démocratie et au développement économique rapide promis par le nouveau régime.
Aussi serait il indiqué que le consensus tripartite soit porté solennellement à la connaissance du peuple pour qu’il en soit garant. Sa signature pourrait se faire dans le cadre d’Assises Sociales qui regrouperaient les représentants de toutes les forces vives du pays ainsi que toutes les autorités religieuses et coutumières.
L'ODYSSÉE DE L'EXIL ET DES SECRETS FAMILIAUX
Dans "Soleils invincibles", Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye dévoile le parcours de Dramane, étudiant expulsé du pays de ses rêves. De retour à Toumouranka, le jeune affronte un passé lourd de non-dits où chaque révélation devient un pas vers sa propre vérité
(SenePlus) - Le roman "Soleils invincibles" de Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye, publié aux éditions Présence Africaine, plonge le lecteur dans l'histoire touchante de Dramane, un étudiant ambitieux dont la vie bascule lorsqu'il est chassé de Cissane, le pays de ses rêves.
À travers ce récit émouvant, l'auteur entraîne dans une quête identitaire profonde. De retour à Toumouranka, Dramane doit affronter son passé et les silences qui pèsent sur sa famille : une mère qui l'attend patiemment, un père mystérieusement silencieux et des sœurs absentes, cachant un lourd secret familial.
Le roman explore avec finesse les thèmes de l'exil, de l'espoir et de la liberté. Dramane rejoint les "Candidats", ces âmes en quête d'un avenir meilleur, certains fuyant leur terre natale, d'autres rêvant d'y retourner, tous unis par ce même désir brûlant de liberté.
Comme le souligne Boubacar Boris Diop, lauréat du Prix international de littérature Neustadt 2022, ce roman est écrit "avec retenue et une parfaite maîtrise", exprimant "les blessures et les espérances de l'exil".
Né à Diourbel au Sénégal, Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye a étudié au Burkina Faso, en France et aux États-Unis. Écrivain multilingue (wolof, français, anglais), il partage sa vision unique de l'Afrique à travers son blog "Assumer l'Afrique" et plusieurs recueils de poésie.
"Soleils invincibles" est une œuvre qui captive le lecteur et l'invite à réfléchir au-delà de la dernière ligne, mêlant avec talent une plume incisive et pleine d'humour pour offrir une aventure humaine palpitante où chaque page résonne d'émotions et de vérités universelles.
L'INHUMATION PAR ERREUR D'UN FRANCILIEN AU SÉNÉGAL PLONGE UNE FAMILLE DANS LA DÉTRESSE
Comment un homme décédé en région parisienne peut-il se retrouver inhumé dans un pays qui n'est pas le sien? C'est la tragique mésaventure qui frappe la famille d'Ibrahima Traoré, dont le corps a été envoyé par erreur au Sénégal après son décès
(SenePlus) - Une erreur hospitalière aux conséquences dramatiques a bouleversé la famille d'Ibrahima Traoré, comme le révèle une enquête du Parisien. L'homme de 67 ans, décédé le 2 mars au Centre hospitalier Sud francilien (CHSF) de Corbeil-Essonnes, a été envoyé et inhumé au Sénégal par erreur, alors qu'il devait être enterré dans son Mali natal.
Le lundi 10 mars, alors que le fils aîné du défunt, accompagné d'oncles et de cousins, se présentait à la morgue pour la mise en bière et le recueillement, un choc les attendait. « À la morgue de l'hôpital, ils lui ont présenté un corps et ce n'était pas celui de son père ! », rapporte Le Parisien.
La stupeur passée, l'explication est tombée comme un couperet : « Ils ont dit à mon fils que le corps de mon mari a été transféré vendredi au Sénégal pour être inhumé à Dakar… », confie avec désespoir Fatoumata Traoré, l'épouse du défunt. Une situation d'autant plus douloureuse que son mari, ancien employé à Rungis et père de trois enfants, devait reposer au Mali, sa terre natale, selon ses volontés.
« Le corps est perdu… C'est aberrant ! Ils m'ont rajouté douleur sur douleur », sanglote la veuve de 67 ans, installée avec sa famille à Melun depuis 1996, selon les informations du quotidien parisien.
« C'est honteux ! L'hôpital s'est excusé mais ils nous prennent de haut. Je doute de tout ce qu'ils disent. Je veux la preuve que mon père n'a pas été brûlé, qu'ils ne lui ont pas enlevé d'organes », s'insurge Awa, la fille de 32 ans, qui envisage de porter plainte.
L'incompréhension est d'autant plus grande que les procédures d'identification semblaient pourtant claires. « Ce sont les médecins qui l'ont vu et qui savent qui il est, ils lui ont mis un petit bracelet avec ses nom et prénom. Comment peuvent-ils se tromper ? Les prénoms sont les mêmes mais les noms de famille diffèrent… Ils sont les plus responsables. Il faudra que des têtes tombent », poursuit-elle avec indignation, selon Le Parisien.
Face à cette situation, la direction générale du CHSF de Corbeil « présente ses sincères condoléances et exprime toute sa compassion à l'égard de la famille en deuil ». L'établissement reconnaît faire face à « une situation inédite avec une charge émotionnelle forte partagée par les équipes du service mortuaire qui accueillent et accompagnent les familles en deuil ».
L'hôpital affirme assumer « la responsabilité » de cette erreur et mettre « tout en œuvre avec les autorités compétentes pour organiser un rapatriement rapide ». Il garantit également à la famille que « le corps était intact à son départ » et écarte « tout prélèvement d'organes et crémation ». Cependant, sur l'origine de cette erreur qualifiée de « monumentale » par Le Parisien, la direction reste évasive, se contentant d'évoquer une « enquête administrative diligentée afin qu'une telle situation ne puisse pas se reproduire ».
Du côté de l'entreprise de pompes funèbres chargée des obsèques d'Ibrahima Traoré, l'incompréhension règne également. « C'est horrible. Je n'imagine pas ce que doit ressentir la famille, déjà meurtrie par le décès… », confie une conseillère au Parisien.
Elle détaille la découverte de l'erreur : « On s'est présentés ce matin. Un défunt était sur la table pour la toilette rituelle. La famille avait du retard. Mon collègue a attendu sa venue avant de commencer. Quand le fils du défunt est arrivé, il a dit ce n'est pas mon père. Mon collègue a appelé les agents de la chambre mortuaire. Ils ont vu d'autres pompes funèbres se présenter vendredi. »
Le plus surprenant dans cette affaire reste que, normalement, « avant toute mise en bière, les pompes funèbres font toujours signer à une personne mandatée de la famille une reconnaissance du défunt », souligne le journal. Pourtant, « aux dires de l'agent funéraire de l'hôpital, il y avait une famille vendredi. Personne n'a rien dit et une personne a signé », s'étonne la conseillère funéraire.
ICS, 103 CHAUFFEURS LICENCIÉS APRÈS AVOIR RÉCLAMÉ LEURS DROITS
Ces agents dénoncent des années d’exploitation : "pas de contrat, aucune protection sociale, et des impôts jamais prélevés".
Un véritable scandale secoue les Industries Chimiques du Sénégal (ICS). 103 chauffeurs dénoncent des années d’exploitation : pas de contrat, aucune protection sociale, et des impôts jamais prélevés. Lorsqu’ils ont réclamé leurs droits, ils ont été brutalement licenciés. Un cas flagrant de violation du Code du Travail et des lois fiscales du pays.
Ces 103 chauffeurs ont assuré, pendant plus de six ans, le transport des produits ICS avec des camions de l’entreprise. Pourtant, aucun contrat de travail n’a jamais été signé, en violation de l’article L. 64 du Code du Travail. Selon la loi, tout employé en poste depuis plus de trois mois sans contrat écrit est considéré comme titulaire d’un CDI. ICS ne peut donc nier sa responsabilité.
Pendant six ans, ICS a privé ces travailleurs de toute affiliation à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et à une Institution de Prévoyance Maladie (IPM). Conséquences : absence de cotisations pour la retraite, absence de prise en charge en cas de maladie ou d’accident. En cas de blessure, les chauffeurs devaient payer leurs propres soins, une violation manifeste de l’article L. 209 du Code du Travail.
ICS n’a pas seulement ignoré ses obligations sociales. L’entreprise a aussi omis de prélever et de reverser l’Impôt sur les Salaires (ITS), comme l’exige l’article 171 du Code Général des Impôts. Des millions de FCFA qui auraient dû être versés à l’État se sont ainsi volatilisés. Une fraude qui pourrait valoir à ICS un redressement fiscal d’envergure.
Lorsque ces travailleurs ont réclamé des équipements de protection individuelle (EPI), ils ont été licenciés sans préavis, sans motif officiel, et sans indemnisation. Une infraction directe aux articles L. 63 et L. 67 du Code du Travail, qui imposent une notification écrite et le paiement des indemnités de licenciement.
Les chauffeurs exigent aujourd’hui la requalification de leur statut en CDI, la régularisation de leurs cotisations sociales, le remboursement de leurs frais médicaux, ainsi que le paiement des impôts et indemnités dus. L’Inspection du Travail, la CNSS, la Direction Générale des Impôts et le Tribunal du Travail de Thiès sont appelés à agir pour sanctionner ICS et restaurer les droits des travailleurs.
Un dossier explosif qui teste la volonté de l’État à lutter contre l’exploitation et la fraude.
LES DÉPUTÉS ADOPTENT LA LOI SUR L’ASSISTANCE AUX PERSONNES CONDAMNÉES
L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité, ce mardi, la loi autorisant la ratification de la convention entre le Sénégal et le Maroc sur l’assistance aux personnes condamnées. Ce texte, signé en 2004, fixe les modalités du transfèrement des détenus.
Dakar, 11 mars (APS) – Les députés sénégalais ont adopté à l’unanimité, ce mardi, le projet de loi N°03/2025 autorisant le président de la République à ratifier la convention entre le gouvernement du Sénégal et le gouvernement du royaume du Maroc sur l’assistance aux personnes condamnées.
Ce texte, signée le 17 décembre 2004, à Rabat au Maroc, a été examiné en conseil des ministres le 22 janvier 2025.
“Cette convention a pour objectif d’assurer la protection consulaire et de faciliter l’aide et l’assistance nécessaires aux nationaux détenus sur le territoire de l’autre partie”, précise un document de l’Assemblée nationale, citant la ministre en charge des Sénégalais de l’extérieur, Yassine Fall.
Selon ce rapport de l’intercommission constituée de la Commission des affaires étrangères, des Sénégalais de l’extérieur et de l’Intégration africaine et de la Commission des lois, de la décentralisation, du travail et des droits humains, ladite convention fixe les conditions et les modalités du transfèrement des personnes condamnées ainsi que les motifs de refus et les effets juridiques du transfèrement.
Selon Yassine Fall, “l’entrée en vigueur de cet instrument contribuera à favoriser de meilleures conditions de réinsertion à nos compatriotes condamnés au Maroc, en leur permettant de purger le reste de leur peine” au Sénégal.
La cheffe de la diplomatie sénégalaise précise que cette convention s’applique uniquement aux personnes arrêtées et aux transferts des personnes condamnées. Par conséquent, cet accord n’inclut pas l’extradition des ressortissants sénégalais.
La ratification de ce texte va permettre au Sénégal de “disposer d’un cadre juridique moderne apte à apporter l’aide et l’assistance nécessaires aux Sénégalais poursuivis ou condamnés au Maroc (…)’’, indique le Big-gouv, anciennement Bureau d’information gouvernementale.
Le cadre juridique en question vise des ‘’faits relatifs à l’immigration clandestine’’ afin de ‘’permettre’’ aux ressortissants sénégalais condamnés de ‘’purger reste de leurs peines au Sénégal’’.
Il va notamment participer à la modernisation des instruments de coopération conformément aux standards internationaux, poursuit le Big-Gouv.
La convention entre les deux pays va aider le Sénégal à développer un leadership au niveau régional et étendre son réseau de coopération en matière judiciaire et sécuritaire dans la région.
Cette coopération judiciaire peut garantir la sécurité juridique et judiciaire des concitoyens sénégalais au-delà des frontières.
DIOMAYE FACE AU COUPERET DE LA REALPOLITIK
Sous cette présidence, la loyauté et le respect des codes institutionnels ne sont pas négociables. Cependant, cette succession de départs forcés interroge sur la capacité du président à identifier les profils adéquats
Depuis son accession à la magistrature suprême, le président Bassirou Diomaye Faye affiche une gouvernance marquée par des décisions fermes et parfois inattendues. En moins d'un an, il a procédé à plusieurs limogeages au sein de son administration, les plus récents étant ceux de Pape Mada Ndour, son chef de cabinet, et de Cheikh Oumar Diagne, ci-devant ministre chargé des Services présidentiels. Ces décisions illustrent la volonté du chef de l’État de s’entourer de collaborateurs respectant une stricte discipline gouvernementale. Mais elles soulèvent aussi des interrogations sur les critères de sélection et les attentes fixés par le président.
L’analyse des récents renvois au sein de l’administration du président Bassirou Diomaye Faye révèle une gouvernance marquée par une fermeté sans compromis, mais aussi par des interrogations sur les critères de sélection et de gestion des collaborateurs. Ces décisions, bien que justifiées par des manquements à la discipline gouvernementale ou des prises de position controversées, soulèvent des questions sur la cohérence et la stratégie de l’équipe présidentielle.
Pape Mada Ndour : un diplomate à la parole trop libre ?
Le limogeage de Pape Mada Ndour a suscité une véritable onde de choc dans la sphère politique et diplomatique. Diplômé de l'École nationale d'administration (ENA), Pape Mada Ndour avait été premier secrétaire à l'ambassade du Sénégal au Maroc jusqu'en juin 2023, avant d'être nommé chef de cabinet du président le 30 avril 2024.
Cependant, sa prise de parole publique, considérée comme maladroite, lui aura coûté son poste. Lors d’une apparition médiatique, Pape Mada Ndour a révélé des éléments sur les rencontres discrètes entre Ousmane Sonko, Diomaye Faye et l’ancien président Macky Sall, à seulement deux jours de la première visite des nouveaux dirigeants au palais présidentiel. Ces confidences, jugées inappropriées par l'entourage du président, ont donné l'impression d'une violation de la règle de discrétion inhérente à une telle fonction.
Des comparaisons ont immédiatement été faites avec le regretté Bruno Diatta qui, en plus de 40 ans de service comme chef du protocole présidentiel, n'avait jamais laissé filtrer la moindre information confidentielle. Bruno Diatta, considéré comme un modèle de professionnalisme et de discrétion, avait su maintenir une rigueur exemplaire dans l'exercice de ses fonctions.
Pape Mada Ndour, en revanche, semble ne pas avoir pris toute la mesure de la retenue exigée par son poste.
Face aux spéculations, l’ex-chef de cabinet a tenu à préciser que son limogeage n’avait aucun lien avec cette interview : "Je voudrais juste préciser que cette décision du président de la République n'est en rien liée à ma dernière sortie médiatique. Émission pour laquelle j'avais, avant d'entrer en contact avec le journaliste, reçu l'accord du président et à la suite de laquelle j'ai reçu les félicitations de Monsieur le Premier Ministre qui en avait vu des extraits."
Malgré cette mise au point, son départ est perçu comme une sanction visant à rappeler l'importance du droit de réserve dans la gestion des affaires étatiques.
Cheikh Oumar Diagne : un ministre trop clivant ?
Deux mois auparavant, c’est Cheikh Oumar Diagne qui avait été écarté du gouvernement, marquant ainsi un deuxième limogeage retentissant de la part du président Diomaye Faye.
Ministre de l'Administration et de l'Équipement à la présidence de la République, Cheikh Oumar Diagne a été démis de ses fonctions après avoir tenu des propos polémiques sur les tirailleurs sénégalais. Dans une interview accordée à Fafa TV le 21 décembre, il avait déclaré : "Ceux qui célèbrent les tirailleurs ne savent pas qui étaient les tirailleurs. Ce sont des traîtres qui se sont battus contre leurs frères, dans leur pays, pour de l'argent."
Ces propos ont provoqué une indignation nationale, car ils intervenaient quelques semaines après la commémoration du massacre de Thiaroye, reconnu officiellement par la France comme un crime d’État. Cette commémoration s'inscrivait dans une volonté de réhabilitation historique des tirailleurs, notamment par l'intégration de cet épisode tragique dans les programmes scolaires sénégalais.
Le limogeage de l’ancien pensionnaire de Diomaye à la prison du Cap Manuel a été interprété comme une volonté du président de prendre ses distances avec des discours radicaux qui pourraient ternir l'image du gouvernement. L’homme était déjà perçu comme clivant, notamment en raison de ses différends avec la communauté mouride lors du Magal de Touba. Certains dignitaires religieux et fidèles lui reprochaient une gestion autoritaire des invitations et des hôtes officiels durant l'événement.
Fermeté ou erreur de casting ?
Ces deux licenciements révèlent la fermeté du président Diomaye Faye, mais ils posent également la question de l’adéquation entre les profils nommés et les attentes du pouvoir. Le président semble opérer des corrections en cours de route, ajustant son équipe en fonction des erreurs commises.
Si cette manière de gouverner peut être perçue comme une marque d'exigence, elle peut aussi traduire une certaine improvisation dans la sélection des collaborateurs. Une chose est certaine : sous Diomaye Faye, la discrétion et la loyauté ne sont pas des options, mais des obligations. Et tout manquement à ces principes se paie au prix fort.
Dans de nombreux pays, il existe des accords tacites ou explicites au sein des gouvernements visant à encadrer la communication publique des membres de l’Exécutif. Ces accords imposent une certaine réserve sur des sujets sensibles afin d’éviter des déclarations susceptibles de fragiliser l’autorité de l’État, d’exposer des divergences internes ou d’alimenter des polémiques inutiles. Cette discipline gouvernementale permet de maintenir une cohésion et d’éviter que des prises de position individuelles ne viennent parasiter l’action collective.
Cependant, cette pratique soulève aussi des interrogations sur la liberté d’expression des ministres et hauts fonctionnaires. Jusqu’où peut aller cette obligation de réserve sans empiéter sur le droit à l’opinion ? Ailleurs, elle est perçue comme une nécessité stratégique pour préserver la stabilité. Elle aussi peut être critiquée comme une entrave à la transparence et au débat démocratique.
Dr Cheikh Dieng : gestion controversée et tensions internes
L’ancien maire de Thiaroye a été la première victime du sabre de Diomaye. Quatre mois après l’accession au pouvoir de ce dernier, il a été démis de ses fonctions. Son limogeage est intervenu dans un climat de controverses, marqué par des accusations de "gestion clanique", avec des recrutements présumés de ses proches et des tensions ouvertes avec son ministre de tutelle, Cheikh Tidiane Dièye, chargé de l’Hydraulique et de l’Assainissement.
Le point de rupture a été atteint lorsqu’une lettre au ton virulent, rédigée par Cheikh Dieng, a fuité dans la presse. Adressée au ministre et datée du 31 juillet – jour même du Conseil des ministres ayant acté son départ – cette missive constituait une réponse à une interpellation ministérielle sur des soupçons de surfacturations et de favoritisme. La correspondance en question faisait suite à une demande d’explication envoyée deux jours auparavant.
L’affaire portait sur l’attribution de marchés de curage des canaux d’évacuation des eaux pluviales à Dakar (lot 1) et dans d’autres régions (lot 2) aux entreprises Tawfekh Taysir et Delgas. Selon l’ex-directeur général de l’Onas, les travaux réalisés à Dakar, notamment au bassin de la Zone de captage et au canal 6, représentaient 55 % de la valeur totale du marché. Il soutenait que ces chantiers avaient été exécutés à 100 % pour les premiers et à 97 % pour les seconds, entre le 27 juin et le 28 juillet, malgré une durée contractuelle initialement prévue pour quatre mois.
Cette affaire, qui a fait couler beaucoup d’encre, reste encore en suspens. L’opinion publique continue d’exiger des clarifications, des explications officielles et, surtout, une reddition des comptes sur ces marchés aux contours opaques.