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5 avril 2025
Société
LA TRAJECTOIRE D’UN MONUMENT DU CINEMA AFRICAIN
Le cinéaste malien Souleymane Cissé, décédé mercredi à l’âge de 84 ans à Bamako a été jusqu’à sa mort un monument du cinéma africain auréolé de prix, totalisant plus de 50 ans de carrière et ayant fait rayonner le 7e art du continent partout dans le monde
Le cinéaste malien, Souleymane Cissé, décédé mercredi à l’âge de 84 ans à Bamako, a été jusqu’à sa mort un monument du cinéma africain auréolé de prix, totalisant plus de 50 ans de carrière et ayant fait rayonner le 7e art du continent partout dans le monde.
Il devait présider à partir de samedi prochain le jury long métrage fiction de la 29ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), au Burkina Faso.
Né à Bamako le 21 avril 1940, Souleymane Cissé qui fait son entrée dans le cinéma en 1970 a réalisé de nombreux films? dont ‘’Baara’’ (Le travail) en 1978 Etalon d’or de Yennenga au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) l’année suivante, suivi de ‘’Finyé’’ (Le vent) en 1982 qui sera aussi distingué en 1983 d’un Etalon d’or du Yennenga, faisant de lui le premier réalisateur à être lauréat de cette récompense deux fois. Ce film sera aussi récompensé d’un Tanit d’or aux journées cinématographiques de Carthage, en Tunisie (1982).
‘’Baara’’ relate l’histoire d’un jeune ingénieur, révolté par l’attitude de son PDG, qui décide d’organiser une réunion avec les ouvriers pour faire valoir leurs droits. Son patron le fait aussitôt enlever puis assassiner. ‘’Finyé’’, quant à lui, est une chronique sur la révolte des étudiants maliens face au pouvoir militaire. Ce dernier film sera aussi sélectionné au festival international de Cannes en France en 1982.
Mais c’est ‘’Yeelen’’ (La lumière), son film initiatique sur le douloureux chemin que prend l’enfant pour devenir adulte tourné entre 1984 et 1987, qui obtiendra le prix spécial du jury au festival de Cannes, en 1987. Il devient alors premier cinéaste africain à décrocher une telle distinction à Cannes.
Souleymane Cissé tourne ‘’Waati’’ (Le Temps, 1995), qui retrace l’histoire de Nandi, une enfant noire d’Afrique du Sud au moment de l’Apartheid, qui fuit son pays pour partir en Côte d’Ivoire, au Mali et en Namibie, avant de revenir dans son pays d’origine après la fin du régime. Il réalise ensuite ‘’ Min yé’’ qui aborde le thème de la polygamie. Ce film, dans lequel jouent Sokona Gakou, animatrice à Africable, et Assane Kouyaté, est présenté au Festival de Cannes 2009.
Dans sa riche filmographie, Cissé qui a reçu en 2023 en France la Carosse d’or en ‘’reconnaissance de sa brillante carrière’’ lors de la 76e édition du festival de Cannes. Le trophée avait fait l’objet d’un vol à Bamako l’année dernière, mais il a été finalement retrouvé quelques jours après une grande campagne menée par les autorités maliennes.
Formé à l’école de cinéma VGIK de Moscou comme Sembene Ousmane
Fondateur depuis 1997 de l’Union des créateurs et entrepreneurs du cinéma et de l’audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest (UCECAO) qu’il a présidé, Souleymane Cissé a pris goût au cinéma à Dakar où il a passé son enfance alors que son père y travaillait dans le cadre des colonies de l’Afrique occidentale française (AOF).
Après des études de philosophie, il ira se former entre 1963 à 1969 de l’école de cinéma VGIK de Moscou, où il obtient son diplôme de réalisateur là où des années auparavant le cinéaste sénégalais Sembene Ousmane était passé.
En 2012, Souleymane Cissé va présenter aux JCC un film hommage à celui que l’on appelait ‘’l’Aîné des anciens’’ intitulé »O ! Sembene ». Ce documentaire personnel permet à Cissé de faire son deuil après la disparition de Sembène Ousmane le 9 juin 2007. ‘’Lorsque j’ai été informé du décès, je me suis rendu à Dakar et j’ai commencé à filmer sans savoir quoi capter’’, avait-il dit lors de cette projection à Tunis. Son lien avec Dakar était ‘’très profond’’ et le cinéaste malien ne manquait pas de l’évoquer à chaque sortie.
Porte-flambeau d’un cinéma engagé
Souleymane Cissé est considéré comme le porte-flambeau d’un cinéma engagé, a estimé le journaliste critique Baba Diop qui cite la plus grande œuvre du réalisateur malien comme étant ‘’Yeelen’’ (La lumière).
‘’+Yeelen+ est sa plus grande œuvre qui a ébloui le public africain et mondial parce qu’il ouvre une nouvelle écriture cinématographique vers la science-fiction alliée à la tradition qui était très chère à Souleymane Cissé’’, a analysé Baba Diop qui précise que tout le monde a été unanime sur ce film.
Selon lui, le réalisateur malien disparu ce mercredi a eu, à travers ses films, ‘’un engagement social pour la classe ouvrière, les minorités et se battait contre l’injustice’’. ‘’C’était un réalisateur qui avait une connaissance aigue de sa société et de ses cultures qu’il a toujours revendiquées’’, a dit le critique rendant hommage à Souleymane Cissé.
Pour l’enseignant Maguèye Kassé, par ailleurs critique de cinéma, ‘’l’Afrique a perdu un cinéaste dont l’esthétique est particulière’’. ‘’Dans ses films décomplexés, il a mérite de mettre le doigt sur un certain nombre de travers de la société. Il fait partie de ceux qui avaient à cœur de participer à la transformation sociale’’, a déclaré le professeur Kassé analysant chacun des films de Souleymane Cissé. Il ajoute que Cissé faisait partie des »cinéastes prometteurs » qui se sont engagé sans partie pris idéologique après la génération de Sembene Ousmane.
Souleymane Cissé a été élevé par le président de la République Amadou Toumani Touré, au rang de Commandeur de l’Ordre national du Mali, le 1er janvier 2006. Il est également élevé au grade de Commandeur des Arts et Lettres de la République Française.
En 2022, sa fille Fatou Cissé lui consacre un documentaire portrait « Hommage d’une fille à son père : Souleymane Cissé » dont la première mondiale a lieu au festival de Cannes la même année.
MANIPULATIONS
L'ivoirité, concept mal compris et souvent attribué à tort au président Bédié, trouve ses origines dans une vision universaliste portée par Senghor. Sa transformation en outil politique dans les années 1990 a trahi l'intention de ses créateurs
Qu’est-ce qu’un Ivoirien ? Comme l’on dit qu’est-ce qu’un homme ; qu’est-ce qu’une femme ? La réponse, on la devine vise à pouvoir identifier, donc à différencier. S’inscrivant dans une mobilité, une histoire en train de se faire, l’être humain est difficile à enfermer dans une détermination. Il est une ouverture des possibles et donc l’expression d’un parcours qui en prenant fin avec la mort arrive ainsi à « transformer la vie en destin ».
C’est cela toute la beauté et la singularité de notre humanité. Alors qu’est-ce que le concept d’Ivoirité. A l’origine, nous dit Thiémélé Ransès Boa, Maître de conférences de philosophie, Université de Cocody. Abidjan, il représentait « l’ensemble des valeurs que l’Ivoirien apportait à la construction à l’africanité » (In les Etats-nations face à l’Intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Le cas de la Côte d’Ivoire. Editions Karthala. Paris 2009).
Il s’agissait donc selon Thiémélé Ransès Boa, « de créer une personnalité ivoirienne contribuant de façon authentique à l’enrichissement de l’Afrique et du monde ». Mais très rapidement, sous l’impulsion des manipulations politiciennes, il n’a plus été question d’une restriction de la perspective pour la poser comme « le fondement d’une conscience nationale » (ibid). Ce qui bien sûr, « crée un micro nationalisme opposé à la construction de la conscience panafricaine ». Initialement proposé comme un cadre culturel et fédérateur, il est devenu un concept qui divise plus qu’il ne rassemble. Pour Ramsès Boa, « il y a une injustice intellectuelle qui devra être réparée à l’égard des fondateurs réels du concept, (Niangoran Porquet et Pierre Niava) et aussi à l’égard du lieu (la sphère culturelle) et de l’époque (1974) de la création du concept ».
Au début était Senghor
Ivoirité, le concept surgit dans les années 1970. Il sera prononcé pour la première fois en Côte d’Ivoire par la bouche de Léopold Sédar Sénghor, Président du Sénégal, au cours d’une leçon inaugurale prononcée en décembre 1971 dans le cadre de sa première visite officielle en Côte d’Ivoire. « Comme une participation au banquet de l’Universel, Senghor, ardent théoricien et défenseur de la Négritude avait mis en parallèle à la Francité, la Sénégalité, l’Ivoirité et l’Arabité » (In Mémorandum du Front Populaire Ivoirien présenté à la Table Ronde de Linas Marcoussis qui s’est tenue du 15 au 24 janvier 2003). Et il apparait pour la première fois sous une plume ivoirienne par Pierre Niava au « sujet de l’œuvre et du projet d’un jeune intellectuel, Niangoran Porquet ».
Pour Senghor, il s’agissait bien sûr de rencontre, de métissage, de vivre-ensemble. En un mot de l’Universel. La date de naissance du concept d’ivoirité n’est donc pas imputable au président Henri Konan Bédié. Du reste pour Niava, il s’agissait de la part ivoirienne à la construction culturelle de l’unité africaine. Il s’agissait surtout de ne pas venir les mains vides, mais bien pleines, à la rencontre de la Négritude de Senghor, du mouvement High Life ghanaéen, de la Renaissance culturelle impulsée à travers le flamboyant et mythique Bembeya Jazz de Guinée de Sékou Touré
Et cela n’avait pas soulevé des vagues, car le contexte de l’époque était si l’on ose dire, à des identités bienveillantes, à savoir l’expression d’une spécificité constitutive de la construction d’une universalité qui se nourrit des spécificités bien différentes en cela de celle qui se pose comme la référence impériale. En fait, et dans la compréhension de l’époque, il était question de favoriser « l’identité culturelle comme facteur de développement ».
Démagogie mortifère
Niangoran Porquet, théoricien de l’Ivoirité culturelle meurt en 1995, année où fleurit une nouvelle problématique de l’ivoirité. Ainsi le président et candidat Henri Konan Bédié écrivait-il en 1995 : « Ce que nous poursuivons, c’est bien évidemment l’affirmation de notre personnalité culturelle, l’épanouissement de l’homme ivoirien dans ce qui fait sa spécificité, ce que l’on peut appeler son ivoirité ». ibid Dans son ouvrage « Les chemins de ma vie » publié en 1999, il indiquait que « l’ivoirité concerne en premier les peuples enracinés en Côte d’Ivoire mais aussi ceux qui y vivent en partageant nos valeurs ». Boa souligne que la « version politique de l’ivoirité a eu lieu dans un contexte particulièrement idéologique, voire démagogique » et qui s’est donné notamment à travers les débats relatifs aux élections de 1995, puis ceux liés à l’entrée de Alassane Dramane Ouattara en politique où il a été en effet question de ses origines, de sa nationalité.
Par Vieux SAVANE
A-T-IL OUBLIÉ QU’IL S’APPELLE OUATTARA
Célestin SereyDoh, triste ministre délégué auprès du ministre chargé des Affaires maritimes de Côte d’Ivoire, a-t-il oublié que son patron s’appelle Ouattara et qu’il a été victime dans un passé récent d’une marginalisation
Célestin Serey Doh, triste ministre délégué auprès du ministre chargé des Affaires maritimes de Côte d’Ivoire, a-t-il oublié que son patron s’appelle Ouattara et qu’il a été victime dans un passé récent d’une marginalisation qui cherchait à l’enfermer dans l’univers infamant de l’allochtonie ?
D’une telle personne, d’un âge certain, en train de boucler son deuxième mandat, on aurait attendu de le voir faire montre de hauteur et graver son nom dans le marbre. Parce que même les rois meurent, emportés par l’inéluctabilité de la finitude humaine, il importe de saisir que notre éternité se dévoile à travers notre œuvre. Penser à la mort, cette expulsion brutale et soudaine de la scène du monde, nous oblige à anticiper et à penser à notre héritage. A l’image de ce testament à l’endroit de notre famille pour que point elle ne se déchire et aide notre âme à pouvoir s’installer dans l’extase et la félicité du repos éternel.
Non point comme Hitler, Idi Ami Dada Bokassa et tutti quanti, mais plutôt comme Sankara, Lumumba , et tant d’autres héros africains dont les noms qui tonnent dans l’imaginaire de beaucoup d’africains se posent comme un éclairci qui aide à ne pas désespérer du continent. Parce qu’ils ont eu à dérouler une ambition véritable pour leur pays, pour l’Afrique.
Du président Alassane Dramane Ouattara, il est donc attendu qu’il pense à la génération qui vient et qu’il passe le témoin. La Côte d’Ivoire est trop importante pour se faire l’otage du syndrome de l’hubris et des courtisans pétrifiés par leurs intérêts bassement égoïstes.
Poids lourd dans la sous-région, la Côte d’Ivoire impressionne par sa grande résilience. Sortie d’une période difficile qui l’a vue s’enliser avec une violence inouïe dans des troubles post-électoraux, elle force le respect par le travail de reconstitution accompli. Faut-il donc courir le risque de voir tout cela s’effondrer, se fracasser et la replonger dans des scènes d’apocalypse indignes d’elle. Gageons que l’Ivoirité retrouve son sens originel, celui de la « Sénégalité », de la « Francité », de l’ « Arabité » dont parlait Senghor dans sa leçon inaugurale prononcée en 1971 à l’Université de Cocody, en apportant son génie, comme une contribution au banquet de l’Universel qui lui était si cher. A l’image du chocolat, de l’atiéké ivoirien, bien loin de toutes les manipulations qui se structurent finalement autour d’une désastreuse conception du pouvoir, celle de la captation prédatrice au profit de soi, des siens et de la ronde des courtisans. Au détriment de la Côte d’Ivoire, de l’Afrique et du Monde. Parce que nous sommes tous Ivoiriens, le désastre annoncé qui toque aux portes de la Terre d’Eburnie n’est pas pour rassurer.
UN BUS DE DAKAR DEM DIKK SACCAGÉ
L’incident est parti d’un accrochage avec une moto montée par trois personnes, qui tentait de couper la route au bus afin de permettre le passage d’un cortège funèbre, informe un communiqué.
Dakar, 19 fev (APS) – La société nationale de transport en commun Dakar Dem Dikk a signalé, mercredi, qu’un de ses bus a été saccagé par des individus après que le véhicule a eu un accrochage avec une moto.
‘’Ce mercredi 19 février, le bus numéro 6054 de la ligne 121 en partance vers la gare Leclerc, avec des passagers, a été saccagé par des individus aux environs de 17h’’, indique notamment l’entreprise dans un communiqué parvenu à l’APS.
D’après le texte, l’incident est parti d’un accrochage avec une moto montée par trois personnes, qui tentait de couper la route au bus afin de permettre le passage d’un cortège funèbre.
‘’La manœuvre a provoqué un accrochage. Les trois personnes à bord de la moto, après s’être relevées de leur chute s’en sont violemment prises au conducteur et au receveur. La foule qui les suivait par la suite s’est déchaînée sur le bus bien que celui-ci avait été garé au loin’’, lit-on dans le communiqué.
La direction générale de Dakar Dem Dikk annonce qu’elle se réserve le droit de saisir la justice, tout en appelant les concitoyens à prendre conscience du fait que ‘’les bus de l’entreprise constituent un bien commun au service exclusif des populations’’.
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LE DÉSERT DE LOMPOUL SACRIFIÉ À L'AUTEL DU ZIRCON
L'exploitation intensive par Grande Côte Opération anéantit une économie locale florissante et un patrimoine culturel inestimable. Pendant ce temps, l'État sénégalais, actionnaire à 10%, n'a toujours pas perçu le moindre dividende en dix ans
Dans le nord-ouest du Sénégal, entre Dakar et Saint-Louis, s'étend le désert de Lompoul. Jadis havre de paix aux dunes dorées caressées par la brise marine, cette merveille naturelle unique en Afrique occidentale se métamorphose aujourd'hui sous l'effet d'une exploitation minière intensive. Derrière les sourires des touristes glissant sur les pentes ensablées se cache une réalité bien plus sombre.
Grande Côte Opération (GCO), filiale détenue à 90% par le groupe français Eramet et à 10% par l'État sénégalais, a étendu son emprise sur le désert de Lompoul avec le projet "Lompoul Crossing". Après avoir exploité pendant des années le zircon à Diogo dans la région de Thiès, l'entreprise a jeté son dévolu sur ce joyau naturel pour un projet quinquennal aux conséquences dévastatrices.
Les chiffres donnent le vertige : les dragues flottantes de GCO aspirent jusqu'à 7000 tonnes de sable minéralisé par heure. En 2021, l'entreprise a valorisé plus de 804 000 tonnes de concentré pour un chiffre d'affaires de 140 milliards de francs CFA (environ 24 millions d'euros). En 2023, avec un chiffre d'affaires équivalent, GCO a dégagé 21 milliards de francs CFA de bénéfice.
Le Sénégal, cinquième producteur mondial de zircon, a vu GCO devenir le quatrième producteur mondial en seulement une décennie. Ce minerai aux propriétés anti-abrasives et à la brillance comparable au diamant est principalement destiné au marché de la construction (peinture, carrelage, céramique) et à la joaillerie, où on le retrouve sous forme de dioxyde de zirconium.
Malgré dix années d'exploitation fructueuse et une participation de 10% dans l'entreprise, l'État sénégalais n'a jamais perçu le moindre dividende. Cette situation s'explique par un montage financier particulièrement controversé : au lieu d'investir en fonds propres, GCO a mis en place une structure avec seulement 10 millions de capital pour 495 milliards de dettes.
"Les entreprises minières en général procèdent ainsi, mais dans le cas de GCO, cela doit particulièrement attirer notre attention. Depuis 2017, GCO réalise environ 29 milliards de résultats nets. Ce montage permet en réalité une distribution anticipée des dividendes", explique un expert financier.
Plus troublant encore, selon les investigations menées, GCO vendrait son zircon à une autre filiale d'Eramet à un prix trois fois inférieur à celui du marché. Cette pratique maximiserait les profits du groupe français tout en réduisant drastiquement les revenus du Sénégal. "À part la redevance versée à l'État, il n'y a absolument rien qui revient au Sénégal", déplore un responsable local.
Face à ces irrégularités présumées, la Sonatrach (Société nationale de recherches et d'exploitations minières) a décidé de lancer un audit financier de toutes les sociétés minières du pays, dont GCO.
L'exploitation du zircon ne détruit pas seulement l'environnement ; elle arrache aussi des communautés entières à leurs terres ancestrales. Des témoignages accablants font état de délogements nocturnes de familles.
"Ils se sont rendus sur un village qui appartient à la commune de Diokoul avec des autorités administratives pour déloger une famille en pleine nuit, la reloger en location à Lompoul-sur-Mer, laissant derrière elle leur bétail, leurs traditions, leurs bagages, leurs champs, tout", dénonce le maire de Lompoul.
Interrogé sur ces pratiques, un représentant de GCO évoque un décalage entre le rythme d'exploitation et la construction des logements de remplacement : "Le rythme de progression des activités minières ne peut pas être toujours en phase avec la construction. Il faut d'abord trouver un site, obtenir les autorisations nécessaires, lancer les marchés et procéder à la construction. En attendant, nous relogeons les familles ailleurs et prenons en charge les loyers."
Une explication qui peine à convaincre les populations locales, qui voient leurs maisons rasées et leurs champs détruits sans véritable plan de réinstallation préalable.
L'impact environnemental de l'exploitation minière dépasse largement la seule défiguration du paysage. Le pompage massif d'eau de la nappe phréatique - jusqu'à 8900 m³ par jour - menace gravement l'équilibre écologique de toute la région.
"La zone des niayes est une zone où est pratiquée l'agriculture maraîchère, avec des productions qui alimentaient les marchés locaux. Ces marchés ne fonctionnent plus parce qu'il n'y a plus de légumes", témoigne un agriculteur local.
Cette zone, qui assure près de 80% de la production nationale en légumes frais, voit son avenir compromis. Des experts s'interrogent : "Va-t-on continuer à avoir des légumes au Sénégal? Profitez bien, ce sont peut-être les derniers légumes sénégalais."
Des solutions alternatives existent pourtant. "La mine pourrait utiliser l'eau de mer, puisqu'on n'est pas très loin de l'océan, à seulement 3 km. Ils pourraient filtrer l'eau marine au lieu de pomper la nappe phréatique", suggère un hydrologue familier du dossier.
Le maire de Lompoul va plus loin, accusant GCO de fouler "au pied toutes les règles d'éthique dans l'exploitation des mines" et de n'avoir "aucun respect pour la dignité humaine". Il affirme que l'étude d'impact environnemental de l'entreprise "n'a jamais été validée en public" et que GCO se serait "débrouillée avec des autorités pour avoir un quitus pour continuer, ce qui est extrêmement grave".
Le tourisme, pilier économique de la région, paie un lourd tribut à l'exploitation minière. Sur les sept campements touristiques qui fleurissaient naguère sur les dunes, un seul subsiste aujourd'hui : l'Écolodge de Lompoul.
"C'est comme voir un enfant qui grandit et qu'un bon jour on voit en train d'être étranglé. Et le papa, c'est moi ; les enfants, ce sont mes employés. Si le tourisme meurt à Lompoul, c'est fini pour la région", se désole Yves, propriétaire de l'Écolodge.
Après trois ans de combat, il refuse toujours les modalités et le montant du dédommagement proposés. "On est dans un processus apaisé, on ne se bat pas contre l'État. Nous sommes avant tout des Sénégalais, des citoyens. Nous savons que le pays a besoin de projets pour se développer, mais il faut que les choses se fassent dans le respect - respect des investisseurs que nous sommes, respect des populations impactées."
Le problème dépasse le simple cas de l'Écolodge. Avec 30 employés en CDI, chacun soutenant environ 10 personnes, la fermeture du campement affecterait directement près de 450 personnes.
Arona, guide depuis 15 ans, organisait des balades à dos de dromadaire pour les touristes. Cette activité est désormais compromise par les vibrations des machines et la dégradation du paysage. Les artisanes du village, qui vendaient leurs créations aux visiteurs, se retrouvent sans clientèle.
Pour tenter de préserver une partie de l'activité touristique, GCO a créé une "oasis du désert" artificielle à Diogo, à 10 km au sud de Lompoul. Construite en style saharien, elle comprend une dune artificielle et un plan d'eau de 2000 m² au milieu d'une palmeraie de 8 hectares. "On a essayé d'améliorer l'offre touristique", explique un responsable de GCO. Mais cette initiative paraît dérisoire face à l'ampleur des dégâts.
"Vous entendez des machines qui arrachent les arbres, c'est d'une violence inouïe", témoigne un touriste. "Ce qui nous fait mal, c'est que tout ne soit pas terminé avant notre départ. On aurait aimé partir avec des souvenirs plein la tête, se rappeler des jolies dunes, des beaux couchers de soleil, des moments de rire avec les enfants et les amis. C'est de cela qu'on voulait se souvenir. Mais la dernière image qu'on gardera de Lompoul, c'est cette destruction, ces machines."
Pourtant, l'article 25, alinéa 1 de la Constitution (loi constitutionnelle n°2016-10 du 5 avril 2016) stipule clairement que "les ressources naturelles appartiennent au peuple" et "sont utilisées pour l'amélioration de leurs conditions de vie".
Dans ce conflit qui oppose développement économique et préservation du patrimoine naturel et culturel, l'équation semble impossible à résoudre. D'un côté, un gisement de zircon à forte teneur qui promet des revenus substantiels ; de l'autre, un écosystème fragile, des communautés enracinées et une économie touristique florissante.
Si aucun compromis n'est trouvé entre les différentes parties prenantes, le désert de Lompoul - joyau naturel unique en Afrique occidentale - risque de sombrer définitivement sous les dragues de GCO, laissant derrière lui des familles déboussolées, un écosystème dévasté et un tissu social disloqué.
DÉSESPOIR SUR LE CAMPUS
Le suicide de Matar Diagne a brisé la loi du silence sur la détresse psychologique au sein des universités. Dans un pays où l'on compte un thérapeute pour 475,000 habitants, ce drame révèle l'ampleur d'une crise que les autorités continuent d'ignorer
(SenePlus) - La mort de lève Matar Diagne le voile sur la détresse psychologique des jeunes et l'insuffisance des dispositifs d'accompagnement dans l'enseignement supérieur au Sénégal.
Dans la nuit du 10 au 11 février, Matar Diagne, l'étudiant en master de droit à l'université Gaston-Berger (UGB) de Saint-Louis, a mis fin à ses jours après avoir publié un message d'adieu poignant sur Facebook. « Je ne serai plus vivant quand vous lirez ce message. Je préfère mourir dans la dignité plutôt que de vivre dans le déshonneur », écrivait-il, évoquant à plusieurs reprises son « isolement » et la « souffrance de la maladie ».
Ses derniers mots exhortant à l'écoute – « N'isolez personne, n'ignorez personne (...). Rapprochez-vous des gens qui s'isolent, parlez-leur (...) sans les juger » – ont été massivement partagés et commentés en ligne.
Pour Fatou Fall, présidente de Safe Open Space (SOS), interrogée par Le Monde, « le drame de Matar illustre d'abord le tabou de la santé mentale, surtout celle des hommes ». La militante établit un parallèle avec un cas similaire survenu six ans plus tôt, quand « un Sénégalais anonyme avait annoncé sur Twitter [X, aujourd'hui] son suicide » en espérant que « peut-être [sa mort] aiderait certains pour mieux se comporter avec les gens ».
Les chiffres révélés par Le Monde sont alarmants : selon les dernières données officielles disponibles datant de 2019, le Sénégal ne compte que « 38 psychologues et psychiatres pour 18 millions de Sénégalais », soit « un ratio d'un thérapeute pour 475 000 habitants », alors que l'Organisation mondiale de la santé en préconise 25 fois plus.
À Saint-Louis, le suicide de Matar a créé « une onde de choc » à l'université Gaston-Berger, témoigne Al Jabbar Adebo, étudiant cité par le journal français. Le rassemblement organisé trois jours après le drame a laissé un goût amer à certains participants. Un étudiant ayant requis l'anonymat confie que cette réunion présentée comme « une thérapie collective » ressemblait davantage à « une opération communication », un agent administratif s'étant contenté d'inviter les étudiants à « la résilience » et à « se forger un moral de fer ».
« Nous avons besoin de psychologues disponibles sur le campus », plaide Al Jabbar Adebo dans les colonnes du Monde. « On doit faire face à un mal-être grandissant des étudiants, dont l'isolement s'est renforcé du fait de la dégradation de nos conditions de vie, notamment des logements et de la restauration ».
La situation n'est pas meilleure à l'université Cheikh-Anta-Diop (UCAD) de Dakar qui, selon Le Monde, « accueille plus de 90 000 des 240 000 étudiants du pays, mais ne compte aucune cellule d'accompagnement psychologique ».
Le reportage du journal met en lumière les conditions de vie difficiles des étudiants : « les chambres exiguës en colocation, les privations de nourriture – les 7 000 francs CFA mensuels en coupons ne permettent pas plus d'un repas par jour au restaurant universitaire –, et la pression sociale alors que le niveau pédagogique ne cesse de se dégrader ».
À cela s'ajoutent des retards considérables dans le versement des bourses, « parfois de 14 mois », précise Le Monde. Un étudiant prénommé Mohamed, membre d'un collectif de tous les masters 2 de l'UCAD, explique au journal : « Les autorités font croire que nous serions des privilégiés, alors qu'avec le système des bourses nous faisons vivre nos familles restées au village et payons nos études ».
Ce même étudiant conclut avec amertume : « Tout concourt à notre déclassement. Le suicide de Matar en est le symptôme ». Et Al Jabbar Adebo de lancer cet appel poignant rapporté : « Combien de Matar faudra-t-il au gouvernement pour réagir et comprendre l'ampleur du feu qui couve au sein de la jeunesse sénégalaise ? »
CARREFOUR-CITOYENS ALERTE
Le Mouvement Carrefour-Citoyens exprime son indignation face à l’arrêt des travaux de bitumage de la route Baba Garage-Mékhé et aux lenteurs constatées sur le chantier Bambey-Baba Garage-Touba Toul.
Le Mouvement Carrefour-Citoyens exprime son indignation face à l’arrêt des travaux de bitumage de la route Baba Garage-Mékhé et aux lenteurs constatées sur le chantier Bambey-Baba Garage-Touba Toul. Dans un communiqué, les responsables interpellent les plus hautes autorités pour une reprise rapide des travaux, soulignant l’inquiétude grandissante des populations concernées
Le mouvement carrefour-citoyens alerte sur l'arrêt inexpliqué des travaux de bitumage de la route Baba Garage-Mékhé ainsi que sur la lenteur préoccupante des travaux en cours sur l'axe Bambey-Baba Garage-Touba Toul.
Dans un communiqué officiel, les responsables du mouvement dénoncent cette situation qui plonge les populations locales dans une profonde inquiétude. Ils rappellent l’importance cruciale de ces infrastructures pour le développement économique et la mobilité des citoyens.
Face à cette interruption injustifiée, Carrefour-Citoyens appelle les autorités compétentes à prendre des mesures urgentes pour relancer ces chantiers. « Il est hors de question d’abandonner ces citoyens », ont martelé les membres du mouvement dans le document transmis à IGFM.
Ils exhortent les pouvoirs publics à tenir leurs engagements en matière d’infrastructures et à garantir la transparence dans l'exécution des projets. Le mouvement reste vigilant et mobilisé jusqu’à la reprise effective des travaux.
ARRET DE LA COUVERTURE SECURITAIRE DES COMBATS DE LUTTE JUSQU’A NOUVEL ORDRE
Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Jean Baptiste Tine, a décidé de l’arrêt jusqu’à nouvel ordre de la couverture sécuritaire des combats de lutte sur toute l’étendue du territoire national
Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Jean Baptiste Tine, a décidé de l’arrêt jusqu’à nouvel ordre de la couverture sécuritaire des combats de lutte sur toute l’étendue du territoire national, rapporte la Division communication et relations publiques de la Police sénégalaise dans un communiqué.
Cette décision fait notamment suite »au déchainement de violence » et autres »actes de vandalisme » notés lors du combat ayant opposé Franc à Ama Baldé, dimanche dernier, à l’arène nationale, souligne le communiqué.
Il signale que lors de ce combat, « bon nombre d’amateurs ayant acheté leurs billets ont été dans l’incapacité d’accéder à l’arène. La jauge maximale atteinte, les responsables de la Police nationale » ont été amenés à fermer les portes « pour parer à toute éventualité de drame ».
« Le déchainement de violence qui s’en est suivi, s’est poursuivi après le verdict et a débouché sur des actes de vandalisme, des dégradations de biens publics et privés, d’autres atteintes aux biens et aux personnes, dont la plus regrettable a été l’agression mortelle d’un jeune dans la banlieue dakaroise ».
Le communiqué pointe un « énième manquement du comité national de gestion de la lutte (CNG) et des acteurs impliqués, aux injonctions et recommandations à eux faites, notamment au sujet du respect des horaires, de l’observation de la jauge et de la définition d’itinéraires offrant moins de risques de confrontations entre groupe de supporters ».
Sur cette base, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique « a décidé de l’arrêt jusqu’à nouvel ordre de la couverture sécuritaire des combats de lutte sur toute l’entendue du territoire national ».
PLUS DE 2.500 CALEBASSES DE SOLIDARITE DENOMBREES A TRAVERS LE PAYS
Le Sénégal compte « plus de 2.500 calebasses de solidarité », un concept dédié à la promotion de processus d’autonomisation dirigés par les communautés locales
Le Sénégal compte « plus de 2.500 calebasses de solidarité », un concept dédié à la promotion de processus d’autonomisation dirigés par les communautés locales, a-t-on appris du ministre de la Microfinance et l’Economie sociale solidaire.
Alioune Dione, présidant mardi à Thiès la Journée nationale de la Calebasse de solidarité (CDS), a fait état de « plus de 2.500 calebasses de solidarité dans 13 régions, avec plus de 80. 000 membres, constitués de 95% de femmes ».
Le ministre de la Microfinance a insisté sur l’importance de la Journée de la Calebasse de solidarité, un évènement qui, dit-il, a fini de s’inscrire dans les traditions de son département, qui la parraine depuis sa première édition.
« Les principes sur lesquels repose la calebasse, à savoir la transparence, l’équité, la confidentialité et la solidarité, sont pleins de leçons », a relevé souligné le Alioune Dione.
Il a précisé que la Calebasse de solidarité est un outil visant à créer un filet de sécurité et à promouvoir des processus d’autonomisation dirigés par les communautés locales.
Les membres d’une Calebasse de solidarité accumulent un fonds commun, dont les ressources sont utilisées pour aider les plus démunis à se nourrir, se soigner et à s’éduquer à travers des prêts solidaires sans intérêt.
Selon Alioune Dione, la Calebasse de solidarité se base au Sénégal sur « 272 réseaux de proximité, 67 réseaux communaux, 15 réseaux fédéraux formalisés en sociétés de coopératives de consommation ».
Au vu des résultats produits par ce concept, le ministre de la Microfinance et de l’Economie sociale solidaire s’est engagé soutenir cette initiative à un niveau institutionnel.
« Je me charge d'(en) assurer le portage institutionnel, pour que vos initiatives d’économie sociale et solidaire fassent tache d’huile au Sénégal », a-t-il promis.
LES TRAVAILLEURS EN SURSIS
Grand Théâtre national, Port autonome de Dakar, ministère de l’Energie…, les licenciements se multiplient depuis quelques mois au Sénégal, avec l’activation de plans sociaux dans certains cas
La crise sociale s’accentue au Sénégal. Grand Théâtre national, Port autonome de Dakar, ministère de l’Energie…, les licenciements se multiplient depuis quelques mois au Sénégal, dans certains cas avec l’activation de plans sociaux. Ce qui met en péril l’avenir des travailleurs dans un contexte de vie difficile.
Alors que le coût de la vie devient de plus en plus cher au Sénégal, la situation économique et sociale risque de s’aggraver face à la perte d’emplois. Pour cause, depuis quelques mois, les vagues de licenciements se multiplient dans plusieurs structures particulièrement publiques. Pour des motifs économiques, structurels, politiques ou encore en raison des contrats arrivés à termes, elles sont en tout cas loin d’être bien accueillies. La dernière en date concerne des travailleurs du Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose.Dans une note, l’établissement évoque de « sérieux problèmes organisationnels et structurels» mais aussi des « raisons économiques très difficiles pour la structure ». Cette séparation avec les travailleurs intervient après le rejet de l’offre faite pour un départ négocié. Au Commissariat à la Sécurité alimentaire et à la Résilience, on parle de dix travailleurs licenciés, parmi lesquels des titulaires de contrat à durée indéterminée. Au Port autonome de Dakar (Pad), la vague de licenciements y est intervenue depuis la fin de l’année. Des centaines de travailleurs ont été remerciées par la Direction générale.
«Ce sont plus de 700 jeunes qui ont été renvoyés. Ce qui se passe au Port de Dakar est un drame social. En réalité, ce ne sont pas 700, mais 781 personnes qui se retrouvent actuellement sans emploi», a précisé représentant du syndicat des agents du PAD Abdoul Ndiaye vendredi dernier, lors du grand rassemblement des centrales syndicales. Autre structure qui a mis fin à sa collaboration avec certains de ses travailleurs, c’est bien sûr le Fonds de Garantie d’Investissement Prioritaire (Fongip).
Au ministère de l’Energie, du Pétrole et des Mines, 44 agents ont été licenciés en octobre dernier. « Il s’agit d’un problème de finances. Mes prédécesseurs ont signé des contrats avec des personnes qui, pour les payer, ont eu recours à un fonds dénommé caisse d’avance pour payer ces agents alors que ce fonds était destiné à autre chose. Pour les 298 personnes qui ont été recrutées, leurs salaires en 2023 étaient estimés à 1, 052 milliard FCFA. Ce qui signifie qu’on a dépassé le fonds de la caisse d’avance et pour payer le reste des 234 millions, ils sont allés puiser un autre fonds », avait expliqué le ministre de l’Energie, du Pétrole et des mines, Birame Soulèye Diop.
Toujours dans le cadre du départ des agents, dans d’autres structures publiques, il est proposé un plan social aux agents. C’est le cas par exemple de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et à l’Agence nationale de sécurité routière (Anaser). Ce n’est pas seulement le secteur formel qui est impacté. Depuis la suspension des travaux de construction dans les régions de Dakar et de Thiès, par exemple, par les nouvelles autorités, une crise sociale s’installe. Des milliers d’ouvriers, maçons, ferrailleurs et manœuvres, majoritairement issus du secteur informel, se retrouvent sans emploi. Faute de revenus, ces travailleurs peinent à subvenir aux besoins de leurs familles, aggravant la précarité dans les foyers. Certains tentent de se reconvertir dans d’autres activités, tandis que d’autres s’endettent pour survivre. L’arrêt brutal des chantiers impacte aussi les commerces liés au secteur, comme les vendeurs de matériaux et les transporteurs de sable et de ciment.
De leur côté, les promoteurs immobiliers et les propriétaires de chantiers en arrêt expriment leurs inquiétudes face aux pertes économiques. Si la situation perdure, elle pourrait freiner l’ensemble du secteur du bâtiment, moteur de l’économie nationale.Ne dit-on pas « quand le bâtiment va, tout va ? »