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6 avril 2025
Culture
UN CRI DU CŒUR CONTRE LE TERRORISME
L’écrivaine burkinabè, Dédé Rose Gloria Kouevi, a exprimé dans son nouveau roman intitulé Le dilemme, toute son indignation face aux nombreuses attaques terroristes qui ciblent son pays ces dernières années.
L’écrivaine burkinabè, Dédé Rose Gloria Kouevi, a exprimé dans son nouveau roman intitulé Le dilemme, toute son indignation face aux nombreuses attaques terroristes qui ciblent son pays ces dernières années.
«Le dilemme est mon cri du cœur par rapport aux nombreuses attaques terroristes auxquelles ma chère Patrie le Burkina Faso est toujours victime. On déplore chaque jour des morts», a expliqué la romancière lors de la présentation, vendredi à Dakar, de son livre. Cet ouvrage de 80 pages est publié aux Editions Hector Adams. Le dilemme a déjà été présenté au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Après l’étape du Sénégal, son auteur compte se rendre au Maroc, au Bénin et au Togo pour le même exercice.
Le déclic, a-t-elle expliqué, est venu de l’attaque de Solhan, une localité du nord-est du Burkina Faso lors de laquelle 160 civils, des hommes, femmes et enfants, ont été tués en décembre 2021. «L’attaque de Solhan m’a interpellée où on a pleuré plus de 160 personnes mortes en une seule nuit. C’est la plus meurtrière depuis le début de la violence. Mon cœur de femme et de mère s’est déchiré et je me suis dit qu’il est temps que tout le monde se mette à l’œuvre, une manière d’aider et de combattre à travers ce livre», dit la romancière Burkinabè.
Le roman raconte l’histoire de deux frères orphelins de mère dès leur naissance et qui finissent par être opposés, car l’un est devenu commandant de l’Armée nationale du pays et l’autre engagé dans les rangs des terroristes pour tuer ses frères.
Ainsi, le père se retrouve-t-il dans un dilemme face aux chemins opposés pris par ses deux enfants. La romancière raconte que la mère des jumeaux a été violée par son professeur qui des années plus tard est devenu ministre et adopte dans un orphelinat l’un des frères sans savoir qu’il est son propre fils abandonné.
L’écrivaine burkinabè aborde dans son livre, de multiples autres sujets tels que le viol, l’éducation, la responsabilité des parents et toutes les questions existentielles. «Le mal est entre nous et nous sommes tous responsables parce que nous ne savons pas aimer. Nous parlons de l’amour, mais ce n’est pas vrai, sinon nous ne pourrions pas tuer ou faire du mal à autrui», a-t-elle laissé entendre.
Dédé Rose Gloria Kouevi, qui estime qu’il faut une «réconciliation nationale au Burkina Faso», appelle à «cultiver l’amour, le respect, la considération d’autrui». Elle invite les jeunes africains, et particulièrement ceux du Sahel, à prendre leurs responsabilités pour leur avenir. «Il faut que chacun puisse faire quelque chose pour son pays. Tu apportes quoi à ton pays, à ta Patrie ? Soyons des hommes créatifs, de visions pour faire rêver notre Afrique», lance-t-elle.
LA MUSIQUE ALTERNATIVE SOUS LES PROJECTEURS
C’est important de mettre en place un festival de musique alternative. C’est ce qu’a fait savoir l’artiste Sahad Sarr, l’un des initiateurs du Label Stereo Africa 432
C’est important de mettre en place un festival de musique alternative. C’est ce qu’a fait savoir l’artiste Sahad Sarr, l’un des initiateurs du Label Stereo Africa 432. Selon lui, il y a plusieurs festivals au Sénégal mais les musiques alternatives y sont absentes. D’où l’idée, dit-il, de lancer le tout premier festival de la musique alternative, des musiques indépendantes.
Pendant quelques jours, les acteurs de la musique se sont réunis au Clos Normand pour discuter des industries culturelles créatives. Conscient qu’elles sont des sources économiques, d’emploi pour la jeunesse et qu’elles ont un impact sur la société, un talk divisé en trois thématiques s’est tenu mercredi, à l’espace culturel du Clos Normand en présence des acteurs culturels, journalistes, musiciens et artistes, et modéré par le journaliste culturel, Alioune Diop. Les thématiques étaient axées sur le «Festival : enjeux et structurations», «Impacts des industries créatives dans le développement culturel et social» et «Musique sénégalaise : entre mutations, régressions et progressions».
Pour débattre de ces thèmes, il y avait cinq panelistes. Camille Lomey, Lamine Ba, Moustapha Ndiaye (Fisco), Pape Armand Boye et Yoro Ndiaye, musicien et producteur. Chacun a partagé son expérience de sa vie artistique et managériale. Pour Camille Lomey, manager de Mara Seck et agent du Goethe institut, il y a une vraie culture du festival au Sénégal mais la problématique majeure un reste économique et c’est valable aussi un peu partout. «La question et la problématique des festivals sont très larges. Et nous, au niveau du Goethe, on avait recensé 135 festivals vivants dans tout le Sénégal, principalement sur la musique et le folklore», a-t-elle expliqué d’emblée. Dans son speech, elle a estimé qu’il y a un vrai plaidoyer à mener au niveau des sponsorings parce que les sponsors sont malheureusement très absents. «Les institutions font ce qu’elles peuvent mais elles ne peuvent pas tout faire et elles ne sont pas là non plus pour combler le manque de chacun. Alors, les principaux plaidoyers qu’on doit mener sont au niveau des mécènes et du sponsoring», a-t-elle lancé. Pour Moustapha Ndiaye, président de l’Association des managers et artistes du Sénégal, l’espoir est permis parce que des réflexions se poursuivent.
En tant que manager, il estime que ce sont les artistes qui doivent être solidaires dans les combats qui les intéressent et s’asseoir pour prendre des décisions majeures et proposer des solutions. Selon lui, certains artistes font du mbalax parce qu’ils ont juste besoin de visibilité. «Je pense que l’initiative pour ce festival est belle, maintenant le défi, c’est de pouvoir le pérenniser», dixit M. Ndiaye.
Mettre en lumière la musique alternative
«Le festival, il se veut inclusif et c’est ça le premier message qu’on veut faire passer. Il s’intéresse à tout le monde, à ceux qui peuvent être opprimés, oubliés et les silencieux. Le festival veut vraiment essayer d’ouvrir le jeu pour parler à tout le monde», a déclaré Stéphane Contini de l’Association Des Gens T du Clos Normand.
A travers ce festival, «on vise à professionnaliser tous ceux qui font une musique alternative, une musique de fusion, une musique acoustique», soutient Sahad Sarr qui précise que ce festival ne sera pas simplement un festival de musique où les gens viendrons pour jouer, mais ce sera également un festival d’accompagnement artistique axé sur les réalités des artistes, et qui recrée des écosystèmes musicaux égalitaires. «On avait jugé qu’il fallait mettre en place un festival de musique parce que c’est hyper important pour l’écosystème de la musique sénégalaise», a-t-il justifié. Pour aider ce festival à émerger, il invite tout le monde à le joindre. «Je lance un appel aux artistes, aux musiciens qui sont, soit amateurs soit professionnels, mais qui ont envie de performer, de venir jouer un ou deux morceaux en solo ou en duo de manière acoustique». Pour le programme festif et pratique, des concerts, showcases, ateliers, unplugged acoustic session ont été ouverts aux artistes locaux ce jeudi 23 au Clos Normand. Un événement qui rentre dans le cadre de la semaine de la fête de la musique. Et le vendredi, Lek Sene, Findifeer Zarium bi, I science, Caterpillar, Tangal Beatz ont assuré le spectacle avant une clôture en beauté le samedi, avec l’Orchestra Baobab et l’artiste Sahad Sarr.
NGŪGUĪ WA THIONG'O, ÉCRIVAIN KENYAN DE LANGUE KIKUYU
Auteur africain parmi les plus traduits dans le monde, il reste mal connu dans les pays francophones. «Rêver en temps de guerre», traduit de l'anglais, premier volume de ses mémoires, est le meilleur moyen de le découvrir
Titulaire de nombreux prix internationaux, né en 1938, est considéré comme le plus grand écrivain kényan et est régulièrement cité comme prix Nobel de Littérature potentiel. Son œuvre considérable (romans, nouvelles, essais, théâtre) reflète son engagement politique, payé d’un an de prison dans son pays et d’un long exil aux États-Unis.
Défenseur des langues africaines, il écrit désormais ses romans dans son kikuyu natal et les traduit ensuite lui-même en anglais : un choix qu’il justifie dans Décoloniser l’esprit (La Fabrique, 2011). Auteur africain parmi les plus traduits dans le monde entier, il reste mal connu dans les pays francophones. «Rêver en temps de guerre», traduit de l'anglais (Kenya) par Jean-Pierre Orban et Annaëlle Rochard, premier volume de ses mémoires, est le meilleur moyen de le découvrir.
« Fais de ton mieux », dit la mère à l‘enfant. Se remémorant le petit garçon qu’il a été, l’immense écrivain Ngũgĩ wa Thiong’o raconte comment, de son enfance à son adolescence, l’Histoire pénètre dans la cour familiale au Kenya, l’atteint et le change. La Seconde Guerre mondiale traverse sa vie, son pays se soulève contre le pouvoir colonial, la rébellion mau mau monte au cœur de sa région, les leaders – tels Jomo Kenyatta – naissent, ses frères sont divisés entre résistants et collaborateurs. Ce qui sauvera l’enfant de la tourmente, ce sont les veillées traditionnelles, les livres et l’école qui l’aidera à réaliser ses rêves. On pleure, on se révolte, on vibre au plus près des situations dramatiques et parfois cocasses. Et à partir d’un récit par petites touches, se révèle le terreau qui va nourrir l’œuvre du merveilleux conteur qu’est l’auteur." (Présentation des éditions Vents d'Ailleurs).
À l'occasion de la fête de la musique 2022, le chanteur sénégalais s'est produit à l'Elysée devant le couple présidentiel Emmanuel Macron et sa Femme Brigitte Macron
À l'occasion de la fête de la musique 2022, le chanteur sénégalais s'est produit à l'Elysée devant le couple présidentiel Emmanuel Macron et sa Femme Brigitte Macron.
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NATIONS NÈGRES ET CULTURE, UNE OEUVRE ACTUELLE
Le cadre de débat Pencum Warc revient sur ce livre majeur de Chekh Anta Diop "pour un réarmement moral de la jeunesse mais aussi pour la recherche d’un socle sur lequel bâtir le panafricanisme’’, avec Boubacar Diop Buuba, Aziz Salmone Fall, Maimouna Kane
Le cadre de débat Pencum Warc revient sur ce livre majeur de Chekh Anta Diop "pour un réarmement moral de la jeunesse mais aussi pour la recherche d’un socle sur lequel bâtir le panafricanisme’’, avec Boubacar Diop Buuba, spécialiste de l’Antiquité, le politologue Aziz Salmone Fall et Maimouna Kane, spécialiste de grammaire et littérature.
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LE SLAM SE CONJUGUE PEU A PEU AU FÉMININ
Hajar est l'une des porte-étandard du slam du Sénéga depuis quelques années. Initiatrice du Festival international slam nomade, elle beaucoup d'engagement, de revendication dans ses textes. Les détails dans cette interview après une prestation
Précocement artiste, c’est depuis l’âge de 5 ans que Hajar Pourmera Thiam s’est mise à l’écriture, en composant notamment des poèmes, un talent favorisé par un environnement familial fort artistique. Plus tard au lycée, elle découvre le slam grâce à un devancier dans le domaine.
Dans cet entretien, celle qui a lancé le Slam nomade nous parle de ses débuts dans cet art encore bien masculin, de l’évolution du slam du fait du numérique. Hajar nous parle aussi de la prochaine édition du festival dont elle est la directrice. Les détails dans cette entrevue.
Nous avons rencontré Hajar ce weekend au Grand théâtre lors de la cérémonie des 30 ans de TV5 à Dakar où, elle a presté, slamé TV5, ses journalistes et ses programmes.
Regardez !
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FRISONNANTES NOTES DE KORA DE NOUMOUCOUNDA
En matière de manipulation de la kora, Noumoucounda est incollable. Il le montre à chacune de ses prestations. En fêtant ses 30 ans de création, le weekend dernier, à Dakar, TV5 Afrique ne s'est pas privé des airs du musicien pour le bien de ses invités
La chaine de télévision francophone TV5 a célébré le weekend dernier le trentième anniversaire de son bureau Afrique TV5 Afrique à Dakar où elle avait été lancée en 1992.
A cette occasion les dirigeants de la chaine on organisé une petite cérémonie au grand théâtre de Dakar. A cette rencontre, était invité, le célèbre joueur de kora Noumoucounda qui n'a pas fait dans la demi-mesure pour égayer les invités et agrémenter leur soirée par sa musique.
Il a distillé ses notes de musiques non-stop pendant longtemps sous le regrad médusé, l'air bien intéressé et admiratif des invités triés sur le volet dont Racine Tall, le DG de la RTS, le ministre de la Culture Abdoulaye Diop, etc.
AfricaGlobe vous en donne quelques notes.
NOUS AVONS UNE JEUNE GENERATION QUI REINVENTE LES PRATIQUES ARTISTIQUES
El Hadji Malick Ndiaye, directeur artistique du Dak’Art 2022 -La 14e édition de la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art), qui s’est tenue du 19 mai au 21 juin 2022 à Dakar, baisse ses rideaux
La 14e édition de la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art), qui s’est tenue du 19 mai au 21 juin 2022 à Dakar, baisse ses rideaux. Directeur artistique de l’événement, El Hadji Malick Ndiaye, historien de l’art et conservateur du Musée Théodore Monod d’art africain, porte un regard positif, très prometteur sur l’art africain qui, selon lui, continue de surprendre et d’émerveiller.
De sa création à aujourd’hui, comment la Biennale de Dakar a-t-elle évolué ?
La Biennale de Dakar a été créée en 1990 parce que tout simplement, les acteurs de la société, les artistes en l’occurrence, avaient longtemps demandé qu’après le Festival mondial des Arts nègres de 1966, l’Etat du Sénégal mette en place une rencontre périodique de tous les artistes. Et c’est la raison pour laquelle la Biennale de Dakar a été créée en 1990. Alors, quand elle a été créée, c’était la Biennale des arts et des lettres. A l’époque, le principe c’était que si on devait avoir une biennale qui se concentrait sur les lettres, l’année suivante la Biennale allait se concentrer sur les arts. Donc les arts et les lettres devaient s’alterner. C’est la raison pour laquelle en 1990, on s’est concentrés sur les lettres et en 1992, sur les arts. Mais tout de suite, le comité d’orientation a vu que ce schéma ne pourrait plus continuer parce qu’il fallait attendre 4 ans pour avoir les arts ou les lettres. Il a été décidé en 1994, qu’il n’y aurait pas de biennale et que ce serait une année de réflexion. Et suite à cela, la Biennale s’est concentrée exclusivement sur les arts et a changé de nom pour devenir la Biennale de l’art africain contemporain, qui a commencé à se tenir en 1996. Durant tout ce temps, ce qui caractérise la Biennale, ce sont les idées panafricaines. L’objectif principal, c’est de promouvoir l’art contemporain du continent et de sa diaspora. Parce qu’au début, c’était une biennale qui était ouverte au monde entier et ce n’étaient pas seulement les artistes africains qui étaient sélectionnés mais les artistes luxembourgeois, italiens, français, etc. Donc à partir de 1996, la Biennale se concentre sur les artistes du continent et de sa diaspora pour promouvoir leur art, avec des idées panafricanistes, et c’est ce qui nous a menés jusqu’en 2022. Etant entendu que les deux seules années où la Biennale n’a pas eu lieu, c’était en 1994 et 2020.
Pour cette année, la 14e édition vient de se terminer. Que peut-on retenir du Dak’Art 2022 ?
Cette Biennale de Dakar a suscité l’engouement total pour la simple et unique raison que c’était attendu depuis 4 ans. Pendant 4 ans, les habitués n’ont pas pu venir à Dakar pour voir les œuvres et expositions. Donc la Biennale de Dakar a été une plateforme d’échange, un réseau, parce que les artistes, à cette occasion, viennent ¬rencontrer les collectionneurs, les critiques d’art, les conservateurs, les galeristes et les ¬marchands d’art. Tous ces acteurs-là viennent à l’occasion de la Biennale et c’est ce qui fait évoluer l’espace créatif. Et les artistes confrontent leur travail aux travaux qui sont exposés. Donc nous avons eu une Biennale qui s’est bien passée et qui a suscité l’engouement de la presse nationale et internationale, avec des retours ¬satisfaisants qui montrent que ¬l’organisation a été bien faite. Et la sélection des artistes et la proposition de la carte curatoriale ont été bien reçues de manière globale.
Qu’est-ce qui a motivé le choix des 59 artistes de l’exposition internationale ?
Les critères, c’était avant tout la thématique qui avait été posée : «I Ndaffa/Forger.» Donc les artistes ont travaillé sur la base de ce critère et le jury s’est décidé sur le caractère plastique, l’originalité du travail, la base des matériaux utilisés, la perspective et le parcours de l’artiste, la constance de sa production, mais aussi sur la base de l’élan créateur qui anime son œuvre. Donc les critères peuvent être très variés mais dans tous les cas, le travail de l’artiste a été bien jugé. La diversité également des matériaux parce qu’on ne peut pas faire une sélection avec 80% de multimédia ou 80% d’installation, de peinture. Donc il faut quand même varier et tenir compte de la diversité des artistes qui viennent du continent pour équilibrer le maximum possible parce que l’objectif de la Biennale, c’est d’offrir une fenêtre de visibilité, de l’évolution, de la création à un moment T de l’histoire. Dès lors, il faut prendre tous ces facteurs et les étudier pour essayer de dénicher les artistes du continent qui font des choses extraordinaires. Mais le premier critère, c’est le talent créateur de l’artiste.
Le regard que l’on porte sur l’art africain demeure-t-il un regard exotique ?
Je pense que le regard ¬exotique est derrière nous. Et c’était même le débat des années 90 jusqu’au début des années 2000. Aujourd’hui, les artistes sont présents dans les expositions. Il est difficile de voir une grande exposition internationale dans un grand musée ou dans une grande biennale ou triennale qui n’invite pas des artistes qui viennent du continent ou de sa diaspora parce que tout ¬simplement, ces artistes ont dépassé tous les critères de ¬cloisonnement et sont jugés comme des artistes qui font ¬évoluer l’art contemporain dans les ¬thématiques, les dispositifs, l’expérimentation innovante. Donc le caractère exotique, je ne pense pas que ça soit le débat aujourd’hui. Ce ne sont plus des questions que l’on pose sur la table. Ce sont des artistes ¬africains qui participent à des expositions aux côtés d’artistes ¬américains, australiens, chinois. On a des artistes qui font partis de ¬l’écosystème mondial de l’art contemporain et qui font évoluer le ¬système de l’art contemporain.
Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur l’art africain en général et l’art sénégalais en particulier ?
En tant que directeur artistique qui a conduit la Biennale de l’art africain contemporain, c’est un regard très positif. C’est un regard qui est très prometteur parce que ces artistes-là sont animés d’une puissance, d’une énergie et d’un esprit créatif qui continue de nous surprendre et de nous émerveiller.
Existe-t-il des spécificités propres à l’art dit africain ?
Il n’y a pas de spécificité propre. Ce sont des artistes qui sont comme tous les artistes, qui peuvent toucher à toutes les thématiques, qui sont en dehors de toutes les catégories et qui sont banalisés de plus en plus partout. Maintenant, ces artistes qui habitent le continent sont touchés par des questions spécifiques qu’ils parviennent à traiter de manière très spécifique, parfois avec des matériaux qui sont dans leur environnement, qu’ils parviennent à recréer et à ré-enchanter. Dans tous les cas, ce travail peut être fait également dans son environnement propre par un artiste chinois, australien. Ça c’est la spécificité mais au-delà, les artistes voyagent partout dans le monde et ils empruntent des sujets, des matériaux, des manières et des techniques de dispositif au monde entier.
Comment voyez-vous le futur de la scène artistique sénégalaise ?
Cette scène se porte bien parce que nous avons une jeune génération qui émerge et la Biennale l’a montré d’ailleurs. Cette jeune génération qui émerge est totalement coupée disons de l’ancienne ¬génération, dans le sens où ce ne sont pas les mêmes aspects qui les intéressent. C’est une -génération des réseaux sociaux, Twitter, Facebook, d’internet, se trouvant dans un autre Sénégal très connecté et un Sénégal également complètement désincarné. Nous avons une jeune génération qui ¬réinvente les pratiques artistiques. Dakar reste une plateforme incommensurable, une opportunité également pour tous ces artistes qui veulent s’exprimer, qui veulent développer leur créativité, et pour tous les acteurs et toutes les institutions qui veulent se rencontrer pour faire évoluer la création contemporaine.
par Pape cHb Bassène
BUROK ZIGUINCHOR ET ABUS DE PATRIMONIALISATION
Rebaptiser les rues du « Capitaine Javelier » en « Avenue du Tirailleur Africain » et du « Lieutenant Lemoine » en « Rue Thiaroye 44 » enfonce encore plus dans l’oubli l’histoire mémoire de la Casamance à travers la « Compagnie de Bignona »
La notion de patrimoine employée mais peu repensée localement n’est, au niveau sens culturel, pas corrélative à nos réalités sociales. En anglais par exemple, patrimoine se dit « heritage » pour nommer ce qui est acquis ou transmis par une génération précédente. Certainement que chez nous, comme chez l’Anglais, « heritage » n’a pas de charge utilitaire comme l’est « patrimoine » qui renvoie à ce qui est conservé et transmis pour satisfaction d’un besoin. On comprend vite pourquoi les hommes politiques, voire les experts s’intéressent à cet aspect utilitaire sans jamais se poser la question du pour qui et pour quoi ? Question de pragmatisme qui amène à signaler que dans bien de communautés, l’héritage est assumé par celui à qui il échoit.
Mais, patrimonialiser à l’image de la « mère patrie » donne ainsi à la municipalité certaines prérogatives élusives de baptiser ou de rebaptiser les « lieux » où se manifeste la « mémoire » de la communauté. La commémoration en tant qu’acte politique impose des marqueurs extérieurs qui réduisent l’archive, cette « écriture du scribe » en emblème. Elle est un retour inavoué vers des pratiques traditionnelles jadis considérées transgressives quand les signes écrits désacralisèrent les emblèmes pour consacrer les livres.
Le monde aurait pu être un théâtre de cohabitation fécondante de grandes statues de saints dont l’immobilité empêcherait toute agression, ce dont les écrits des hommes de par leur destin de mobilité sont incapables. Les emblèmes en tant que « heritage » ornaient les cimetières des curiosités faute d’héritiers ; là où le « patrimoine » impose une mémoire institutionnellement commandée, source d’abus.
Nous l’avons relevé dans le procès-verbal de la « première session ordinaire du conseil municipal de Ziguinchor » du 17 février 2022 présidée par le maire Ousmane Sonko. Parmi les cinq points à l’ordre du jour, celui de la patrimonialisation par « redénomination de rues », de l’expression publique d’une mémoire commandée à des buts identitaro-africaine nous a interpellé.
Nous reconnaissons l’intérêt du projet politique de la nouvelle équipe municipale « Burok », qui tend à compter sur l’impact socio-économique de la culture, à lier culture et développement. Néanmoins, il y a une certaine incohérence quand la mairie privilégie les considérations de l’ordre de la culpabilité politique pour ne pas souffrir de la cohabitation des emblèmes sur la ville. Incohérence en ce sens que Ziguinchor, la Casamance n’a jamais subi d’atteinte à son estime au point de rejeter la démocratisation des lieux de mémoire.
« Casamance Invicta Felix », les armoiries de la ville de Ziguinchor rappelle ainsi que l’héritage de l’agression coloniale est marqué du sceau de la résistance. Tandis que les noms des rues, mêmes dans leurs consonnances étrangères, célèbrent les événements fondateurs d’une « Casamance (qui) a ses morts pour la France » à qui nous devons la « Patrie » Sénégal.
Au cas contraire, toute manipulation de la mémoire par l’actuel conseil municipal de Ziguinchor devrait se faire avec l’aide d’une commission qui devrait prouver les humiliations réelles ou imaginaires à l’estime de la Casamance derrière certains noms de rues et qui justifieraient que ces noms tombent dans l’oubli.
Contrairement à Dakar et ses rues comme « Thiong (Thionk-Essil), Sandiniéry… » qui célèbrent les batailles de l’unification coloniale en Casamance ; dans l’ancienne capitale territoriale tout emblème qui renvoie à la France porte la charge symbolique d’une altérité de réciprocité qui valide l’idée d’une Casamance heureuse et invaincue.
Or, rebaptiser les rues du « Capitaine Javelier » en « Avenue du Tirailleur Africain » et du « Lieutenant Lemoine » en « Rue Thiaroye 44 » enfonce encore plus dans l’oubli l’histoire mémoire de la Casamance à travers la « Compagnie de Bignona ». Cent douze réservistes de la 17e « Compagnie de Bignona » avec leurs chefs, le Capitaine Javelier et le Lieutenant Lemoine (on est loin de Thiaroye 44) sont massacrés en novembre 1914 à Arras.
Est-ce par zèle de panafricanisme ou de patriotisme que la mairie s’acharne à effacer les traces de cette mémoire quand elle n’en abuse pas ? Abus de patrimoine quand les rues « Général De Gaulle, France, Lieutenant Truche » deviennent respectivement « Rue de la Paix, Rue de l’Union Africaine, Rue de Séléki 1886 ».
Si les événements de 1886 ont confirmé l’existence d’un sous-groupe ajamaat dénommé les « Banjal », pourquoi - pendant que se perd les lieux comme Colobane banjal, Belfort banjal, Diéffaye… - ne pas symboliser cette unité « banjal » qui mit en déroute l’expédition du commandant de la Casamance à Sédhiou, le Lieutenant Truche qui préféra se suicider ? Pourquoi ne pas interroger la relation entre la « France, le Général De Gaulle » et la Casamance ? Qui oserait croire que la « paix » et « l’union africaine » se feront dans l’oubli de l’histoire mémoire ?
Même avec les meilleures intentions, une politique culturelle liée au développement de la Casamance naturelle qui procéderait par occultation du passé soit-il colonial, instituerait l’oubli comme règle qui empêcherait les futures générations de tirer des leçons de ce passé pour l’avenir. C’est justifier pour demain, comme actuellement, une certaine politique de violence qui veut bâtir la paix avec la force de recul d’un mortier faute d’avoir appris des erreurs passées.
Pour arrêter cette alerte, nous dirons de manière sincère que les lieux de mémoire qui évoquent le passé colonial restent des sites de conscience qui empêchent l’oubli. Ce sont des documents de l’histoire de la Casamance que nous devons côtoyer non pas pour s’y complaire en commentaires culpabilisateurs, mais pour nous permettre de bâtir une explication humanisante, des réponses aux problèmes de développement par la culture. Une politique de développement par la culture qui ne permet pas de conscientiser de manière juste sur l’histoire mémoire de la Casamance, alimentera de faux espoirs de développement par la culture.
"C’est compliqué" comme dirait un aîné !
LA FAMILLE, UN FREIN CONTINUEL A LA CREATIVITE
Au Sénégal, nourrir l’ambition de devenir un artiste ou un entrepreneur culturel est perçu pour beaucoup comme un manque d’ambition
Après le lancement de la plateforme étoile africaine, en janvier 2022 et le magazine papier Etoile africaine en mars, Mame Dorine Gueye, directrice éditoriale de ladite plateforme a lancé la première d’une série de conférences. « Lingué », organisé en partenariat avec l’Institut français du Sénégal à Dakar, est un cadre d’échange, de partage, de construction de savoir et de savoir-faire. Le thème de ce nouveau rendez-vous d’échanges portait sur : « La créativité face aux codes culturels ».
Au Sénégal, nourrir l’ambition de devenir un artiste ou un entrepreneur culturel est perçu pour beaucoup comme un manque d’ambition. Ainsi, les personnes ayant une sensibilité artistique sont livrés à elles-mêmes car considérées parfois comme déchus du système scolaire, universitaire. Elles ne bénéficient pas la plupart du temps d’un soutien de la part de leur famille et proches, ce qui freine le développement de leurs activités. Mame Dorine Gueye, directrice éditoriale de la plateforme Etoile africaine et initiatrice des conférences « Lingué », convaincue que la transmission est nécessaire à la pérennisation des connaissances et savoir, estime qu’il parait pressant de concevoir un espace de transmission de savoir et de savoir-faire. Lingué dit-elle, est une série de panels de haut niveau animés par des acteurs de tout bord. « La créativité face aux codes culturels : ces codes culturels sont-ils des handicaps, un frein ou bien stimule-t-ils les créativités des artistes ? » C’est à ces épineuses que se sont efforcés de répondre l’écrivaine Mariétou Mbaye, plus connue sous le nom de Ken Bugul, Ousmane Ndiaye Dago, designer photographe et le commissaire d’exposition, Wagane Gueye. Ce dernier, a présenté la famille comme un obstacle où même un code culturel qui entrave à la créativité. Selon lui, le premier problème que rencontrent jeunes adolsecant.e.s désireux d’embrasser une carrière artistique, c’est la famille. Trop souvent dit-il, beaucoup de parents disent « non » à l’engagement de leurs enfants qui veulent franchir ce pas pour s’engager dans une formation d’artiste, de créateur.
Dans son argumentaire, il révèle que même s’il était d’une famille très ouverte d’esprit, sa mère aurait préféré qu’il soit un professeur de lettres au lieu d’être dans des expositions qui ressemblent un peu selon lui, a des risques. L’artiste signale que la société sénégalaise est très « conservatrice », très « démocratique ». Président de l’association d’échanges culturels les Ateliers du Vau, Wagane Gueye soutient que même si la famille constitue un frein continuel à la créativité, les mères sont plus compréhensives souvent car, dit-il, « elles sont beaucoup dans l’intuition, dans les concessions ». Mais ce qui est très contradictoire, regrette-t-il, « beaucoup d’artistes qui ont réussi font tout pour que leurs enfants ne s’intéressent pas à l’art ».
L’autocensure comme frein à la créativité
Pour Mariétou Mbaye, Ken Bugul de son nom de plume, l’exception confirme la règle. Son cas est un peu diffèrent car, dit-elle, elle n’a pas commencé à écrire en évoluant dans une famille. Ensuite n’ayant pas évolué dans une vraie famille, elle n’a pas été depuis tout petite dans un encadrement familiale ou on pouvait la conditionner à des codes. « Je n’ai pas connu de codes parce que je n’ai pas été éduquée, encadrée. Donc j’évoluait librement. Et quand j’ai commencé à écrire, j’avais déjà 35 ans. Donc je n’étais pas jeune. Et j’étais autonome, je vivais seule. Donc, c’était facile parce qu’il y avait aucune emprise sur moi », tranche-t-elle. Par contre, au niveau de la créativité en tant que telle, elle rappelle qu’en écrivant le Baobab fou, son premier roman, elle était dans une situation de précarité, aussi bien matérielle que physique, enfin existentielle, pour ne pas avoir répondu aux attentes aussi bien de sa famille que de la société. « J’étais dans une telle urgence, une nécessité de m’exprimer que je n’ai pas réfléchi à ce que je vais écrire », raconte, celle qui dit vouloir avoir une vie bien à l’image de certaines copines de son village ou dans un autre environnement proche. « J’ai su quand Baobab fou est sorti, comment au Sénégal, la moitié des gens qui ont lu le livre m’ont carrément rejeté, marginalisé. Et une autre moitié a dit que c’était bien.», a-t-elle expliqué devant un public attentif. Très en verve, elle soutient que l’autocensure aussi est un frein à la créativité. Par rapport à la famille, Ken Bugul pense que la famille est un frein à tout. « La famille est le premier obstacle à l’individualité, à la créativité. Tel que nous la connaissons, la notion de famille ici au Sénégal peut constituer un frein. Mais le sens de la famille que nous avons est un peu en contradiction avec notre législation, avec l’émancipation », a-t-elle ajouté. Et de poursuivre : « La famille noie l’individu dans le groupe. Dans une famille, on n’existe pas en tant qu’individu mais on existe en tant que membre d’un groupe où on essaye de s’organiser avec des codes socio-culturels pour qu’on vive ensemble ». A l’en croire, au-delà de ça, il y a un problème de crédibilité. « Pour créer, il faut une autonomie, une émancipation, une prise en charge qu’il faut assumer. Tous les grands artistes du monde ont galéré. Si tu ne galère pas, il va rester quelque chose de ta créativité parce que tu vas l’hypothéquer pour du confort. Donc émancipez-vous, si vous voulez créer », a-t-elle proposé.
La formation pour définir une politique culturel
Pour Ousmane Ndiaye Dago, designer photographe, on devient artiste après des études universitaires. Mais il déplore le fait qu’au Sénégal, sont considéré comme artiste les déchus du système scolaire. « On est chanteur, danseur, musicien, photographe si on n’a pas réussi à l’université », a-t-il expliqué en citant des artistes comme Fou malade, Dj Awadi, entre autres. Selon lui, ce qui manque aux artistes, ce sont les études académiques. Le designer photographe estime qu’il y a des freins à la créativité mais on peut les contourner. « On est dans un monde qui est un gros village. Il faut contourner les codes mais d’une façon pas dérangeante », pense M. Ndiaye qui insiste sur la formation. « La formation, si ça n’existe pas, on n’avance pas. On devient tailleur parce que son père est tailleur, menuisier parce que son père est menuisier. Il faut changer le monde. Il faut aller à l’école. Mais si on reste dans ce truc on n’avance pas », constate-t-il et de préciser qu’il y a des normes qu’il faut respecter. « L’art aussi c’est des normes. Maintenant, pour être peintre, on peut être naïf ou autodidacte mais on peut aller aussi à l’école », conclut le designer photographe.