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3 avril 2025
Economie
L’ETAT LANCE LE PROGRAMME PNALRU
Moussa Bala Fofana, ministre de l’Urbanisme, des Collectivités Territoriales et de l’Aménagement des Territoires, a procédé hier, mardi, à Dakar, au lancement officiel du Programme National d’Accès au Logement et de la Rénovation Urbaine (PNALRU).
Moussa Bala Fofana, ministre de l’Urbanisme, des Collectivités Territoriales et de l’Aménagement des Territoires, a procédé hier, mardi, à Dakar, au lancement officiel du Programme National d’Accès au Logement et de la Rénovation Urbaine (PNALRU). À cette occasion, il a insisté sur la nécessité d’une approche concertée pour répondre aux besoins croissants des Sénégalais en matière de logement.
Le logement demeure au cœur des préoccupations des ménages sénégalais et constitue aujourd’hui un enjeu prioritaire pour les pouvoirs publics. Le loyer représentant 54 % des dépenses mensuelles des ménages, il devient impératif de mettre en place un programme structurant et durable pour faciliter l’accès à la propriété.
C’est dans cette optique qu’a été initié le PNALRU, un programme ambitieux visant à mobiliser le secteur bancaire afin de faciliter l’accès au crédit immobilier et de stimuler le développement du logement social. Lors du lancement du PNALRU, en présence d’acteurs majeurs du secteur bancaire et du logement, Moussa Bala Fofana a souligné la nécessité d’une coordination efficace entre les différents acteurs : « Il est essentiel de structurer ce programme, qui mobilise plusieurs ministères et partenaires stratégiques, notamment les institutions bancaires, les Systèmes Financiers Décentralisés (SFD), les assureurs et d’autres acteurs du secteur. Nous sommes pleinement conscients des défis liés au déficit en logements sur le continent, et nous devons unir nos efforts pour y apporter des solutions durables. »
Face à un déficit estimé à 500 000 logements, le Sénégal ambitionne d’en construire un nombre équivalent sur une période de dix ans afin de répondre aux besoins croissants de la population.
D’ores et déjà, 12 projets ont été retenus, avec des sites et des promoteurs identifiés. Le ministre a précisé que la pose de la première pierre est prévue cette année.
« Nous avons identifié 18 000 hectares destinés à ces projets, dont 4 000 hectares sécurisés. Par ailleurs, 20 promoteurs ont été sélectionnés pour conduire ces initiatives. » Moussa Bala Fofana a également insisté sur l’importance d’un suivi rigoureux à chaque étape du processus, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la remise des clés aux bénéficiaires. « Il est primordial d’identifier les difficultés rencontrées à chaque maillon de la chaîne afin d’y apporter des solutions adaptées et de répondre efficacement aux besoins réels des populations. » Ce programme, par son ampleur et sa structuration, s’impose comme un levier stratégique pour améliorer les conditions de logement et réduire le déficit immobilier au Sénégal.
LE FRANC CFA FACE À SES DÉMONS
Trois décennies après la dévaluation, l'histoire pourrait-elle se répéter ? Entre signes économiques préoccupants et aspirations souverainistes, l'avenir de la monnaie commune à quatorze pays africains n'a jamais paru aussi incertain
(SenePlus) - Selon un récent article de Jeune Afrique, les tensions diplomatiques croissantes entre la France et les pays du Sahel pourraient avoir des répercussions sur l'avenir du franc CFA, monnaie commune aux pays de l'UEMOA et de la CEMAC. Si une dévaluation immédiate semble écartée, les experts n'excluent pas totalement ce scénario qui rappelle douloureusement les événements de 1994.
Le 11 janvier 1994 reste gravé dans la mémoire collective africaine. Ce soir-là, comme le rapporte Jeune Afrique, "il est 20h50 lorsqu'Antoine Ntsimi, le ministre camerounais des Finances, visiblement épuisé par quarante-huit heures de négociations, s'assied, face caméra, entouré d'une forêt de micros." À ses côtés, Michel Roussin, ministre français de la Coopération. L'annonce tombe : les quatorze chefs d'État et de gouvernement des zones UEMOA et CEMAC décident de "modifier la parité franc CFA".
Cette décision, qui divise par deux la valeur de la monnaie du jour au lendemain, provoque un véritable séisme économique et social. Comme le souligne le journal gabonais L'Union cité par JA : "Après le boom de la démocratie, nous voilà dans le krach de la dévaluation. Le tout, imposé par les capitales occidentales, devenues plus que jamais maîtresses de notre destin."
Les conséquences sont immédiates et brutales. "Le prix des produits importés, comme l'essence ou la farine, double mécaniquement", précise l'article. Un mois plus tard, le 16 février 1994, Dakar s'embrase : "Visages masqués, des centaines de jeunes armés de gourdins déferlent dans le quartier du Plateau, à Dakar [...]. Les affrontements sont violents et causent la mort d'au moins quatre policiers et un civil." Ces émeutes de la faim témoignent du coût social exorbitant de cette décision.
Trente ans plus tard, certains indicateurs économiques font ressurgir le spectre de la dévaluation. L'économiste togolais Kako Nubukpo, cité par le magazine, estime que "le franc CFA est une monnaie trop forte, surévaluée d'environ 10%". Il ajoute : "Même si à court terme, l'option d'une dévaluation semble être exclue, nous sommes dans une situation qui, à certains égards, pourrait rappeler celle qui prévalait en 1994. Les critères de convergence ne sont plus respectés depuis 2021 et il y a un dérapage budgétaire dans de nombreux pays de la zone."
La situation apparaît particulièrement préoccupante dans la zone CEMAC, où "la croissance tourne au ralenti, l'inflation se maintient à un niveau élevé, le surendettement menace et les réserves de change baissent petit à petit", indique Jeune Afrique. Ces "signaux d'alerte préoccupants" ont d'ailleurs conduit le président camerounais Paul Biya à réunir ses homologues lors d'un sommet extraordinaire le 16 décembre dernier.
La présence du directeur Afrique du FMI, Abebe Aemro Selassie, et de l'ambassadeur français au Cameroun, Thierry Marchand, n'a pas manqué de rappeler les circonstances de 1994. Toutefois, la présidence camerounaise s'est empressée de préciser qu'"aucun ajustement monétaire n'est à l'ordre du jour", selon JA.
Malgré ces parallèles inquiétants, plusieurs éléments suggèrent qu'une dévaluation n'est pas imminente. Comme le rappelle l'économiste malien Modibo Mao Makalou dans l'article de Jeune Afrique, "pour qu'une monnaie soit solide, il faut l'équivalent d'environ trois mois d'importations en réserve de change". Or, les réserves de la CEMAC, bien qu'en baisse de 5% sur un an, correspondent encore à 4,4 mois d'importations. Du côté de l'UEMOA, la couverture est passée de 3,4 mois en 2023 à 3,7 mois en 2024, et pourrait même atteindre 4,5 mois d'ici la fin de l'année selon la BCEAO.
L'augmentation des exportations de pétrole et de gaz, notamment grâce à la mise en production en Côte d'Ivoire, au Niger et au Sénégal, constitue également un facteur de stabilisation. De plus, "les cours de la plupart des matières premières sont à leurs plus hauts, à l'image de l'or et du cacao dont la Côte d'Ivoire et le Ghana sont les premiers producteurs mondiaux", précise Jeune Afrique.
Bruno Cabrillac, directeur général de la Fondation pour les études et la recherche sur le développement international (Ferdi), est catégorique : "Non seulement une dévaluation est improbable mais surtout elle n'est pas nécessaire [...]. Les banques centrales prennent les mesures qu'il faut pour éviter ça. De nombreux pays des deux zones ont des accords avec le FMI qui prévoient justement un renforcement des réserves de change."
Au-delà des considérations économiques, une dévaluation aujourd'hui comporterait des risques politiques considérables. Comme le souligne Kako Nubukpo, "le contexte actuel est beaucoup plus tendu qu'en 1994. Les conséquences politiques d'une dévaluation seraient incomparables."
Dans un contexte où "les pays du Sahel et le Sénégal de Bassirou Diomaye Faye ne cachent pas leur volonté de se départir de ce symbole de la colonisation à plus ou moins long terme", une dévaluation pourrait précipiter "l'éclatement de la zone", alerte Jeune Afrique.
Si l'option d'un "réajustement de la parité monétaire" avait déjà été envisagée en 2016 pour les pays de la CEMAC face à la chute des cours du pétrole, les dirigeants avaient alors préféré opter pour des programmes avec le FMI, conscients des troubles sociaux qu'engendrerait une dévaluation.
Aujourd'hui, cette prudence semble plus que jamais de mise, alors que le franc CFA cristallise les tensions entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique.
À peine remportée la gestion du réseau électrique de Brazzaville, l'entreprise sénégalaise voit son contrat contesté par les employés locaux qui doutent de son expertise. Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso menace désormais de tout annuler
(SenePlus) - Un contrat d'affermage récemment conclu entre la Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec) et les autorités congolaises suscite de vives tensions au Congo-Brazzaville. Cette convention, qui confie à l'entreprise sénégalaise la gestion du secteur électrique congolais, pourrait être remise en question face à l'opposition locale, selon les informations rapportées par Jeune Afrique.
Le Premier ministre congolais, Anatole Collinet Makosso, a laissé entendre que l'accord pourrait être annulé. Lors d'une séance parlementaire le 21 février, il a déclaré que "le gouvernement va retirer les contrats d'affermage avec la Société nationale d'électricité du Sénégal, si cela ne trouve pas l'assentiment de la population", selon les propos rapportés par l'Agence congolaise d'information (AGI) et relayés par JA.
Cette position gouvernementale fait suite à de fortes protestations de la part du syndicat d'Énergie électrique du Congo (E2C), l'actuel distributeur d'électricité dans le pays. Le 21 février, une manifestation a été organisée devant les locaux de l'entreprise pour contester "la politique de concession énergétique menée par le gouvernement", jugée "inacceptable" par les employés.
Le syndicat va jusqu'à remettre en cause l'expertise de la Senelec, invitant "impérativement le gouvernement à reconsidérer la démarche de céder le système électrique national à des tiers dont l'expérience en la matière est douteuse", rapporte Jeune Afrique.
Cependant, selon une source de l'Agence de régulation du secteur de l'électricité (Arsel) contactée par le magazine pafricain, il y aurait une incompréhension des termes du contrat : "Au sein de la société E2C, les responsables ne se sont pas bien imprégnés des contours du contrat d'affermage." La même source précise que la Senelec n'a pas été choisie dans le cadre d'un simple accord bilatéral, mais à l'issue d'un "avis international après plusieurs mois de négociations".
Le processus de sélection avait attiré six entreprises étrangères : "le chinois Inhemeter, spécialiste des compteurs électriques, l'israelien PowerCom, le suisse Hydro Operation International, spécialisé dans la transformation hydroélectrique en Afrique, le libanais Mrad Company for Trade, Industry and Contracting, un groupe dénommé Nexus Global LLC et la Senelec", détaille Jeune Afrique.
Confronté à "une crise énergétique, exacerbée par les difficultés financières et les infrastructures vieillissantes", le Congo a choisi la Senelec pour administrer son secteur électrique. L'accord prévoit la création d'une nouvelle entité, la Société nationale d'électricité du Congo, qui gérera pendant dix ans "la commercialisation de l'électricité, la gestion du réseau de distribution, l'entretien des infrastructures ainsi que la mise en place des briques technologiques d'une gestion moderne de réseau", indique le média.
Le gouvernement congolais conserve néanmoins "en exclusivité, la prérogative de définition des tarifs", précise Jeune Afrique. Quant aux employés actuels d'E2C, ils devraient rejoindre la nouvelle structure "après audit", tout en conservant "les droits et avantages ainsi que l'ancienneté acquis antérieurement", selon les promesses du ministère de l'Énergie et de l'Hydraulique.
Malgré les déclarations du Premier ministre, la Senelec "n'a pas été notifiée d'une quelconque intention du gouvernement congolais de rompre le contrat", souligne JA. Selon une source au sein de l'Arsel citée par le journal, "l'entreprise apportera son expertise sans rien financer, tandis que l'État apporte les financements".
Le projet bénéficie d'ailleurs d'un soutien financier important : "un accord de prêt de 100 millions de dollars de la Banque mondiale a été validé pour financer la distribution et le transport d'électricité au Congo", révèle Jeune Afrique.
Le contrat prévoit que la Senelec sera rémunérée par "une redevance d'exploitation, laquelle sera prélevée sur les revenus tarifaires qu'il perçoit sur les ventes à ses clients". L'avis de préqualification international précise que "l'opérateur devra attribuer la valeur de la différence entre les revenus tarifaires perçus et la redevance d'exploitation au paiement, selon un ordre des priorités et une procédure à définir par le gouvernement".
L'avenir de ce partenariat stratégique entre la Senelec et le Congo-Brazzaville reste donc incertain, pris entre les enjeux techniques de modernisation du réseau électrique et les tensions sociales et politiques locales.
LA BDK ET L’OPERATION DES 117 MILLIARDS, TROIS JOURS APRES LA PRESIDENTIELLE
Selon Libération, la Banque de Dakar (BDK) a reçu six Certificats nominatifs d’obligations (CNO) pour un montant total de 117,16 milliards de FCFA, une opération qui soulève de nombreuses interrogations.
Trois jours après l’élection présidentielle de 2024, dans une période de transition politique, une opération financière d’envergure s’est déroulée discrètement. Selon Libération, la Banque de Dakar (BDK) a reçu six Certificats nominatifs d’obligations (CNO) pour un montant total de 117,16 milliards de FCFA, une opération qui soulève de nombreuses interrogations.
Une opération en dehors des règles habituelles
Ces CNO ont été émis par le régime sortant sous prétexte de financer des dépenses prioritaires. Cependant, l’opération, qui a eu lieu le 27 mars 2024, trois jours après l’élection de Bassirou Diomaye Faye, suscite des doutes sur sa légalité et sa transparence. Normalement, les CNO servent à convertir ou reconnaître une dette envers des entités morales, mais ici, le processus semble avoir échappé aux circuits financiers classiques. Il s’agit d’un montage complexe de titrisation, permettant à l’État de solder une dette de 121,2 milliards de FCFA en empruntant à la BDK, avec la participation de plusieurs banques. Ce mécanisme impose un surcoût important, puisque l’État devra rembourser 121,2 milliards avec les intérêts.
Un timing suspect
L’une des questions concerne le timing de l’opération : pourquoi l’État a-t-il effectué cette transaction juste après l’élection présidentielle, pendant la période de transition politique marquée l’arrivée de nouveaux dirigeants ? Selon Libération, cette manœuvre semble avoir été pensée pour lier les mains des nouvelles autorités, en verrouillant une dette lourde et difficilement annulable. Ce schéma financier rend toute contestation du paiement des créances extrêmement difficile pour les nouvelles autorités, les obligeant à accepter les engagements hérités du précédent gouvernement.
Cette opération faite en catimini nécessite une enquête approfondie indique le journal. Il est essentiel de comprendre d’où proviennent ces prêts, si les créances sont légitimes et si le processus de création des CNO a été respecté. Les nouvelles autorités devront choisir entre accepter cette dette ou entreprendre des démarches pour en contester la validité.
Par Mohamed GUEYE
VIVEMENT L’ÈRE DES AFFAIRISMES PATRIOTIQUES !
Dans leur nouvelle croisade contre l’affairisme d’Etat, le Premier ministre et son gouvernement n’hésitent pas à priver des entreprises sénégalaises de marchés acquis bien avant le changement intervenu dans le pays le 2 avril 2024
Il y a une dizaine de jours, le Premier ministre, ouvrant le Forum des Pme, affirmait haut et fort que «l’affairisme d’Etat, c’est terminé» ! M. Ousmane Sonko a déclaré vouloir combattre les «pratiques qui ont longtemps eu cours dans ce pays, où une partie du secteur privé s’est enrichie grâce à des surfacturations sur des marchés attribués sans transparence, en entretenant des relations privilégiées avec les pouvoirs publics».
De l’autre côté, le chef du gouvernement a annoncé préparer un projet de loi sur le patriotisme économique, qui vise à protéger et promouvoir les entreprises nationales, «en garantissant les conditions équitables pour leur développement».
Quand on voit la situation générale des entreprises nationales de ce pays, on peut être assez surpris d’entendre un discours pareil sortir de la bouche de l’autorité la plus autorisée du pays. Rien que de par ses fonctions antérieures, Ousmane Sonko peut se prévaloir de bien connaître les entreprises de ce pays, ainsi que leur mode de fonctionnent. On se rappelle qu’étant encore fonctionnaire de la Direction générale des Impôts et domaines (Dgid), il s’est taillé une réputation de justicier de nos finances publiques en dénonçant les entreprises qui ne s’acquittaient pas de leur devoir civique de contribuables, ou qui trouvaient le moyen d’y échapper. Cela avait même fini par le faire radier de la Fonction publique.
Sur ce point-là, on peut donc se féliciter de l’entendre faire sa déclamation. On a plusieurs fois eu l’occasion de se rendre compte de l’effet néfaste de la corruption dans les marchés publics. Beaucoup de Sénégalais ont eu à déplorer l’état de certaines routes qui, à peine livrées, présentent des crevasses avant même les premières pluies. Plein de chefs d’entreprise ont vu des marchés leur passer sous le nez pour n’avoir pas su trouver la bonne combinaison afin d’ouvrir les portes d’accès auxdits marchés.
Néanmoins, si une loi destinée à la promotion du patriotisme économique peut s’avérer nécessaire, elle ne pourrait être efficiente que par la volonté de personnes chargées de sa mise en œuvre. Si des personnes couvertes du manteau élimé «d’hommes d’affaires» ont pu prospérer dans ce pays, en gagnant des marchés de tous ordres, on a par contre plus souvent noté les revendications d’entrepreneurs sénégalais qui ne comprenaient pas pourquoi ils n’étaient même pas reconnus lors d’appels d’offres sur certains marchés. A plusieurs reprises, le président du Cnp, Baïdy Agne, s’est plaint que l’Etat ne songe à son secteur privé que dans des secteurs où il y a plus de coups à prendre, pour l’oublier au profit de l’étranger quand il s’agit de marchés juteux. La preuve, au moment où on se félicite de l’exploitation du pétrole et du gaz, combien de sociétés sénégalaises ont-elles été agréées par les compagnies exploitant ces hydrocarbures, dans le cadre de leur «Local content» ? Pourtant, on se vante que la loi sur le Contenu local du Sénégal est l’une des plus élaborées. Que fait l’Etat pour veiller à son application réelle ?
Dans leur nouvelle croisade contre l’affairisme d’Etat, le Premier ministre et son gouvernement n’hésitent pas à priver des entreprises sénégalaises de marchés acquis bien avant le changement intervenu dans le pays le 2 avril 2024. On a le sentiment à les voir faire, que le postulat est que tout ce qui a pu prospérer avant l’arrivée au pouvoir du «Projet» ne pourrait qu’être malhonnête. Pourtant, quand Sonko a été radié de la Dgid, il a monté un cabinet d’affaires, qui a pu prospérer dans les conditions de l’époque, en dépit de sa casquette politique. Aurait-il été le seul Sénégalais honnête dans son domaine ?
Cela est d’autant plus difficile à croire quand on voit les personnalités qui gravitent autour de nos nouveaux dirigeants, dont certains ont été des piliers économiques des régimes passés. Tout le monde a entendu Pierre Goudiaby Atepa se féliciter d’avoir présenté en Chine, Aliou Sall, frère de Macky, à Franck Timis, qui cherchait alors un Sénégalais capable de représenter ses intérêts au Sénégal. A l’époque, Macky Sall n’était déjà plus au pouvoir, soit dit en passant.
L’architecte-ingénieur Atepa, Conseiller du président Wade, nous a « offert » le Monument de la Renaissance, qui a eu pour conséquence une dation en paiement de 50 milliards de Cfa, et le morcellement des terres de l’aéroport Léopold Sedar Senghor. Dans des conditions non encore vraiment élucidées à ce jour…
Le même Atepa est aujourd’hui un des plus proches membres de la sphère au pouvoir. Que ne lui-a-t-on pourtant pas reproché en ce qui concerne ses méthodes en affaires, de l’époque de Abdou Diouf jusqu’à Wade ?
De l’autre côté, dans la suspicion d’affairisme - surtout d’Etat -, des Sénégalais sont intimés de justifier leur patrimoine illico presto. Personne ne devrait trouver à redire à cela, si tout le monde était convaincu d’être logé à la même enseigne. Cela ne semble malheureusement pas encore le cas. Et surtout, au moment où le pays devrait bruire de projets d’investissements et de création d’emplois à la suite de l’exploitation de nos hydrocarbures, on a le sentiment de retomber aux pires périodes des programmes d’ajustement structurel chers à Abdou Diouf
La raison en est qu’au lieu d’envoyer un message rassurant et de permettre aux entrepreneurs de prendre des risques et d’investir, on donne l’impression de vouloir les brimer et les contraindre à aller chercher fortune ailleurs, ou à mettre leurs billets de banque dans des matelas. Le but est-il d’écarter ceux qui étaient là afin de faire de la place à des «investisseurs patriotes» ? Il n’y aurait rien de mal à cela, si ces gens permettaient réellement à l’économie de redémarrer et au pays de reprendre sa vitesse de croisière.
AMADOU SALL DANS LE VISEUR DU PARQUET FINANCIER
L'affaire des 125 milliards F Cfa prend un nouvelle tournure. L'homme d'affaires Mamadou Racine Sy et Amadou Macky Sall, fils de l'ancien chef de l’Etat, sont désormais visés par le Pool judiciaire financier (Pif).
L'affaire des 125 milliards F Cfa prend un nouvelle tournure. L'homme d'affaires Mamadou Racine Sy et Amadou Macky Sall, fils de l'ancien chef de l’Etat, sont désormais visés par le Pool judiciaire financier (Pif).
C'est la dernière nouveauté qui risque d'ébranler le paysage politico-judiciaire. Selon des informations de L'Observateur, l'homme d'affaires Mamadou Racine Sy et Amadou Macky Sall, fils de l'ancien chef de l'État, sont dans le collimateur des magistrats du Pool judiciaire financier (Pjf).
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Visés par le réquisitoire du Procureur, ils sont poursuivis dans l'affaire des 125 milliards F Cfa révélée par un rapport de la Centif pour des infractions d'association de malfaiteurs, de complicité d'escroquerie sur les deniers publics et, entre autres, de complicité de blanchiment de capitaux.
Si, pour l'instant, Amadou Macky Sall n'a pas encore été convoqué pour les besoins de l'enquête, la ratification prochaine des accords d'entraide judiciaire entre le Sénégal et le Maroc déjà adoptée en Conseil des ministres, prévue pour le 10 mars et annoncée en grande pompe par le Président de l'Assemblée nationale, soulève des interrogations.
Le député maire de Agnam, contre qui le Procureur a requis un mandat de dépôt pour complicité d'escroquerie sur les deniers publics et complicité de blanchiment de capitaux, s'est vu notifier les faits pour lesquels il est poursuivi. Un délai de 15 jours lui a été accordé par le Collège des magistrats instructeurs, avec une nouvelle audience prévue ce jeudi 27 février.
Seydou alias Tahirou Sarr, poursuivi comme auteur principal, selon le réquisitoire du Procureur, a également été convoqué par le Collège des juges d'instruction et devra à nouveau se présenter dans les locaux du Pjf le 28 février, pour répondre aux accusations d'escroquerie sur les deniers publics, d'association de malfaiteurs et de blanchiment de capitaux.
Selon toujours L'Obs, toutes les autres personnes visées dans la procédure, dont Mamadou Racine Sy, Amadou Macky Sall et X, seront convoquées par le Collège des juges d'instruction après les auditions de Farba Ngom et Tahirou Sarr et suivant le cours des enquêtes.
UNE JOURNEE DE MOBILISATION DE FINANCEMENTS CHIFFRES A 8,5 MILLIARDS DE FCFA
L’artisanat est un secteur économique très dynamique à Mékhé et environs, mais malheureusement tous ses potentiels ne sont pas encore exploités.
L’artisanat est un secteur économique très dynamique à Mékhé et environs, mais malheureusement tous ses potentiels ne sont pas encore exploités. En tout cas, la commune de Mékhé ambitionne d’en faire le moteur de la croissance économique locale, avec de grandes répercussions à l’échelle nationale. C’est dans ce cadre qu’elle vient d’initier une table ronde des bailleurs et il s’est agi précisément d’une journée de mobilisation de financements chiffrés à 8,5 milliards de FCFA..
La commune de Mékhé a consacré une journée de mobilisation de financements pour le secteur de l'artisanat dans la ville et même le reste du département de Tivaouane. C'est dans le cadre du projet de zone économique spéciale du Cayor et les besoins en investissement sont chiffrés autour de 8,5 milliards de FCFA. La rencontre a regroupé d'importants acteurs du développement, et particulièrement le ministère de l'Industrie et du Commerce, l'Institut de Technologie Alimentaire (ITA), ENDA, etc. Pour lui, la démarche s'inscrit dans le cadre du projet 2050 et de ce point de vue, il s'agit de faire des territoires des pôles de développement économique, mais aussi des zones d'investissements. «Ngaye Mékhé est connu pour son artisanat, son ingénierie dans les métiers des peaux et cuirs. Dans la politique pour booster l'économie nationale, le développement de l'industrie, nous avons pensé qu'il était temps de s'appesantir sur le secteur des peaux et cuirs. C'est pourquoi une plate-forme, notamment un cluster industriel des peaux et cuirs, serait ce dont Mékhé a besoin. Elle comprendrait évidemment une tannerie industrielle, qui viendrait s'appuyer sur la tannerie écologique des femmes maures, une usine de boucles et accessoires, de teinture, l'écosystème qui inclut déjà le centre de formation aux métiers des peaux et cuirs, la Maison de l'Outil, le Site d'Exposition et de Commercial Artisanale (SECA), l'usine de cordonnerie. Ce dispositif devrait être complété par la construction d'un village d'artisanat d'art, dontle site est disponible depuis plus de 20 ans », a-t-il souligné.
D’après lui, tout cela permettra de tirer des avantages de la position stratégique de Mékhé. Pour le renforcement de cette position, il a appelé vivement l'État à poursuivre les travaux de construction de la route MékhéThilmakha et Mékhé-Baba Garage. «Nous ambitionnons d'avoir un port sec entre Mékhé et Baba Garage, par l'extension du chemin de fer à partir de Mékhé, et sur une quinzaine de kilomètres» a-t-il ajouté. Il a également insisté sur la nécessité d'élargir l'assiette aussi bien foncière que fiscale, de la commune de Ngaye Mékhé, qui étouffe sur une superficie de 5 km² pour plus de 35 000 habitants. Créée en 1911, elle est entourée par d'autres communes qui ont été créées à la faveur de l'acte 3 de la décentralisation, et parfois qui ne connaissent pas leurs limites. C'est dire à ses yeux que sa survie dépendra de la volonté de l'État d'élargir le périmètre communal.
Selon le Maire Magatte Wade, les enjeux économiques sont énormes, car avec les 1 400 ateliers répertoriés, grâce à une étude faite avec l'Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), il y a le potentiel d’un chiffre d'affaires qui tournerait autour de 40 milliards. Il renseigne en outre que le marché mondial des peaux et cuirs se chiffre à 460 milliards de dollars et l'Afrique n'en retient que moins de 4%. Dans le même temps, elle ne représente que 5% du commerce mondial. «Ce n'est pas normal, et d'ici 2035, le continent va connaître un boom démographique, avec une capacité de consommation extraordinaire. D'où l'urgence d'apporter des correctifs», a-t-il fait savoir. Il cite l'exemple du Nigeria qui, «avec ses 250 à 300 millions d'habitants, importe peu et à Kaduna par exemple, le consommer local est effectif en ce qui concerne les chaussures. Au Kenya, à partir du mois de juin, il n'y a plus d'importations de chaussures. Pourquoi alors le Sénégal veut rester le dindon de la farce, pour alimenter les grandes puissances comme l'Italie, la France, la Turquie, la Chine. Il n'a pas tiré profit de ses peaux et cuirs qui sont la fondation de notre économie locale.Nous voulons que les importations de chaussures, de friperies, de denrées alimentaires se réduisent. Ce qui ne peut être une réalité qu'à travers le consommer local, la production de ce que nous devons consommer».
«LA POSSIBILITE DE PRODUIRE 2,8 MILLIONS DE CHAUSSURES POUR LES ENFANTS DU PRIMAIRE»
Il a aussi exprimé l’ambition de faire en sorte que Mékhé puisse chausser tous les enfants de l'école primaire d'ici 2026. Il a laissé entendre que c'est possible, avec la capacité de production de 2,8 millions de paires de chaussures, par les 350 ateliers et ces chaussures seraient vendues à des prix à la portée des ménages. Et en ce moment, il est d’avis qu’il s'agira pour les pouvoirs publics de bloquer l'importation de chaussures. Après les débats, le Maire Magatte Wade s’est dit confiant, à la suite de la volonté exprimée par les bailleurs, les partenaires privés, les techniciens, les fabricants de l'industrie manufacturière, qui sont disposés à apporter leur contribution au capital à matériel. «Notre passé est dessiné par l'artisanat, notre présent se confirme par l'artisanat, mais notre futur sera également à travers l'artisanat. Le Sénégal ne se fera pas sans compter sur Mékhé, en tant que booster de la croissance, et capitale de l'artisanat, par son savoir-faire», a par ailleurs indiqué le Maire Magatte Wade.
Pour Abdoulaye Sène Conseiller Technique numéro 1 du ministre de l'Industrie et du Commerce, cette démarche du Maire Magatte Wade est en parfaite adéquation avec le référentiel, l'agenda Sénégal 2005. En ce qui concerne le département du commerce et de l'industrie, il s'agit d'accroître la richesse des Sénégalais, à travers les pôles de développement. «Pour appuyer, accompagner quelqu'un, l'accompagner, il faut qu'il connaisse son chemin. Le maire sait ce qu'il veut faire de la commune de Ngaye, avec des axes prioritaires bien définis, sur la base d'une vision très claire. Il a des projets concrets, étudiés, dont le besoin de financement estfixé. Le ministère l'accompagnera pour ce qui est dans le sillage de sa volonté d'accompagner toutes les entreprises sénégalaises qui sont dans la production», a-t-il conclu.
LE SECTEUR PRIVE AU CŒUR DES ATTENTES
Le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, a réaffirmé, le vendredi 21 février, l’impératif de rationaliser les finances publiques et de consolider le rôle du secteur privé en tant que moteur du développement économique na
Le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, a réaffirmé, le vendredi 21 février, l’impératif de rationaliser les finances publiques et de consolider le rôle du secteur privé en tant que moteur du développement économique national.
S’exprimant devant les députés lors de la séance « Questions d’actualité au gouvernement », le ministre a insisté sur le fait que l’État ne saurait assumer seul l’ensemble des responsabilités économiques. Son rôle primordial est de garantir le bon fonctionnement des services publics essentiels notamment l’éducation, la santé et les infrastructures – tout en facilitant et en accompagnant les initiatives des citoyens et des collectivités territoriales. Cette orientation s’inscrit dans le cadre du Plan 2005-2009, qui ambitionne de favoriser un développement logistique performant à travers des territoires compétitifs, véritables piliers de la souveraineté nationale.
Vers une souveraineté économique durable
Le ministre a mis en exergue l’importance d’une autonomie budgétaire accrue, soulignant que la souveraineté économique repose sur la capacité de l’État à financer ses déficits sans recourir à des dispositifs exceptionnels tels que l’aide du Fonds Monétaire International (FMI) ou des politiques d’austérité sévères.
Toutefois, il a tenu à préciser que l’approche prônée ne relève pas d’une logique d’austérité, mais plutôt de la mise en œuvre de réformes structurelles permettant de dégager des marges budgétaires suffisantes pour assurer une gestion plus efficace des finances publiques.
Réformes et modernisation de l’économie
Dans cette perspective, plusieurs réformes clés sont envisagées au nombre desquelles la refonte du Code des investissements, afin d’optimiser les dispositifs d’incitation économique ; la modernisation des procédures administratives, en vue de réduire les lourdeurs bureaucratiques ; et une meilleure gestion du budget de l’État, dans une logique d’efficience et de rationalisation des dépenses publiques. Ces réformes visent à accroître la compétitivité économique du Sénégal et à poser les bases d’un développement soutenu et inclusif.
Une redéfinition du rôle de l’état dans l’économie
Le ministre a plaidé également pour une restructuration du rôle de l’État, estimant que celui-ci doit avant tout se concentrer sur ses missions stratégiques, tout en mettant en place un environnement propice au développement du secteur privé. Il a par ailleurs suggéré que certains services publics pourraient être assumés par des acteurs privés, sous un cadre réglementaire strict garantissant leur efficacité et leur accessibilité.
Un secteur privé au cœur du référentiel “Sénégal 2050”
La concrétisation des ambitions du référentiel Sénégal 2050 ne repose pas uniquement sur l’action publique, a rappelé Abdourahmane Sarr. Le secteur privé doit jouer un rôle déterminant dans cette dynamique, à condition que les réformes nécessaires soient mises en œuvre pour améliorer le climat des affaires et encourager les investissements, tant publics que privés.
Une mobilisation collective pour un avenir prospère
Enfin, le ministre a lancé un appel à une mobilisation générale, soulignant que la réussite du programme économique du Sénégal passe par une gestion rigoureuse des finances publiques et une implication accrue du secteur privé dans la transformation économique du pays
L’adoption de ces réformes et la promotion d’un partenariat renforcé entre l’État et le secteur privé apparaissent ainsi comme les leviers essentiels d’une croissance économique durable et souveraine.
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JOE CABRAL PRONE UNE TRANSFORMATION MENTALE ET LE DEVELOPPEMENT PERSONNEL
Invité de l’émission Objection de la radio Sudfm, Joe Cabral, Directeur du Laboratoire de recherches sur les institutions et la Croissance (LINC) de l’Ucad montrent les voies de salut pour sortir de l’impasse économique qui menace gravement le pays
Le professeur titulaire à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (Faseg) à l’université Cheikh Anta Diop (Ucad), François Joseph Cabral préconise une confiance en soi et un changement du modèle éducatif et des valeurs pour sortir le Sénégal de la crise économique difficile qu’il traverse depuis la publication du rapport de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques de 2019 au 31 mars 2024. Invité de l’émission Objection de la radio Sudfm (privée) hier, dimanche 23 février, le Pr Joe Cabral par ailleurs Directeur du Laboratoire de recherches sur les institutions et la Croissance (LINC) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) a, en effet, indiqué que la transformation mentale et le développement personnel sont les seules voies de salut pour sortir de l’impasse économique qui menace gravement le pays.
Pour sortir de la crise économique difficile que traverse le Sénégal depuis la publication du rapport de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques, gestions de 2019 au 31 mars 2024, le Professeur titulaire à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (Faseg) à l’université Cheikh Anta Diop (Ucad), François Joseph Cabral prône la transformation des mentalités comme voie de salut. Invité de l’émission Objection de la radio Sudfm (privée) hier, dimanche 23 février, le Pr Joe Cabral par ailleurs Directeur du Laboratoire de recherches sur les institutions et la Croissance (LINC) de l’Ucad, citant en exemple des pays comme l'Allemagne, la Hollande et encore l'Angleterre, a indiqué que c'est une volonté de réussir ensemble qui a permis à ces pays de sortir de leur statut de puissance vaincue, pour être aujourd’hui des puissances qui drainent l'Europe.
Estimant qu’il « nous faut quand même tenir compte du fait que nous devons être nous-mêmes, penser par nous-mêmes, retrouver nos référents culturels et sociaux mentaux », le Pr Joe Cabral par ailleurs enseignant-chercheur au département d’Analyse et Politiques économiques a insisté sur la nécessité d’un changement du modèle éducatif et des valeurs pour, dit-il, favoriser cette transformation de mentalités. « Le canal le plus utilisé, c'est la combinaison de l'école, donc de votre modèle éducatif que vous allez changer, et de vos valeurs que vous allez transmettre. L'éducation retrouve son sens, transmettre des connaissances, mais également inculquer des valeurs. Parce que c'est par l'école que l'enfant apprend à avoir confiance en qui : d'abord au maître, qui lui transmet la connaissance. Que les parents d'élèves aient confiance à l'école, et que les acteurs se font confiance en eux », a-t-il assuré avant d’ajouter toujours au sujet de l’école. « C'est un laboratoire éminent et important qui permet d'avoir ce gain public que j'appelle la confiance. Et justement, parlant de confiance, si vous n'avez pas conscience de vous, si vous n'avez pas une connaissance de qui vous êtes, cette confiance, vous ne pouvez pas l'avoir »
En effet, depuis la publication du rapport de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques gestions de 2019 au 31 mars 2024 le 12 février dernier, les perspectives économiques du Sénégal sur le maché financier ne cessent de se détériorer. Le vendredi 21 février dernier, l’agence de notation, Moody’s Ratings (Moody’s) a, d’ailleurs dans ce sens-là, déclassé les notations de l’émetteur à long terme et des titres de créance non garantis de premier rang en devises étrangères du gouvernement du Sénégal de B1 à B3 et a modifié la perspective, qui devient négative.
PAR RENÉ LAKE
SITUATION ÉCONOMIQUE ALARMANTE ET INCERTITUES MONÉTAIRES
EXCLUSIF SENEPLUS – La sortie de la zone CFA reste une possibilité, mais devient un pari bien plus risqué sans un large soutien politique et social. Le pouvoir Faye-Sonko devra élargir sa base pour espérer mener à bien ce projet
L'économie sénégalaise traverse une période critique. L'agence de notation Moody's Investors Service a récemment abaissé la note de crédit à long terme en devises étrangères du Sénégal de B1 à B3, tout en modifiant la perspective de "stable" à "négative". Cette décision fait suite aux révélations de la Cour des comptes sur l'état préoccupant des finances publiques sous la présidence de Macky Sall.
Les agences de notation, telles que Moody's, évaluent la solvabilité des États en attribuant des notes reflétant leur capacité à honorer leurs dettes. Une dégradation de la note signifie que les investisseurs perçoivent un risque accru de défaut de paiement. Concrètement, une note de B3 place le Sénégal six crans en dessous de la catégorie "investissement", le classant parmi les émetteurs à haut risque. Cette situation entraîne généralement une augmentation des taux d'intérêt exigés par les créanciers, rendant le financement sur les marchés internationaux plus coûteux pour le pays.
Pour mesurer l'ampleur de cette dégradation, il est instructif de comparer la note actuelle à celles des années précédentes. Il y a 10 ans, en 2015, le Sénégal était généralement noté dans la catégorie Ba3, reflétant une qualité de crédit spéculative mais avec un risque modéré. Il y a cinq ans, en 2020, Moody's a maintenu la note du Sénégal à Ba3, avec une perspective négative liée aux défis économiques, notamment ceux posés par la pandémie de Covid-19. Il y a un an, en septembre 2024, Moody's a abaissé la note souveraine du Sénégal de Ba3 à B1, indiquant une détérioration de la situation économique et financière du pays. La récente dégradation à B3 marque donc une chute significative de deux crans en moins d'un an, soulignant une détérioration rapide de la confiance des investisseurs.
Cette dégradation de la note de crédit aura des répercussions majeures sur l'économie sénégalaise. L'accès au financement deviendra plus difficile, car le Sénégal devra faire face à des coûts d'emprunt plus élevés sur les marchés internationaux, ce qui pourrait limiter sa capacité à financer des projets d'infrastructure et des programmes sociaux essentiels. Les investissements étrangers risquent également de diminuer, une note plus basse pouvant dissuader les investisseurs étrangers, craignant une instabilité économique accrue et un risque de défaut de paiement. À court terme, le gouvernement devra probablement adopter des mesures d'austérité pour tenter de stabiliser les finances publiques. À moyen et long terme, des réformes structurelles seront nécessaires pour restaurer la confiance des investisseurs et remettre l'économie sur une trajectoire de croissance durable.
Cette situation mérite d'être analysée dans son contexte régional. Bien que le Sénégal maintienne une note de crédit supérieure à celle du Cameroun, du Nigeria et du Ghana, la rapidité de la détérioration de sa position inquiète particulièrement les marchés financiers. Cette préoccupation s'explique par le contraste marqué avec l'histoire récente du pays. Jusqu'en 2023, le Sénégal se distinguait comme l'une des économies les mieux notées d'Afrique de l'Ouest, dépassé uniquement par la Côte d'Ivoire. La chute brutale de B1 à B3 en quelques mois révèle une détérioration sans précédent des finances publiques.
Les investisseurs réagissent plus négativement à cette instabilité soudaine qu'à des situations chroniquement difficiles. Par exemple, le Cameroun et le Nigeria, malgré un endettement plus important, bénéficient paradoxalement d'une perception plus stable des marchés, qui ont depuis longtemps intégré leurs risques structurels. À l'inverse, la transformation du Sénégal en source d'inquiétude représente un changement radical qui déstabilise les anticipations des investisseurs.
Dans ce paysage régional contrasté, certains pays comme le Ghana et le Burkina Faso traversent des difficultés encore plus sévères. Le Ghana fait face à un défaut partiel sur sa dette et a dû engager un processus de restructuration, tandis que le Burkina Faso cumule difficultés économiques et instabilité politique. À l'opposé du spectre, la Côte d'Ivoire maintient sa position privilégiée, conservant un accès favorable aux marchés financiers grâce à sa stabilité et sa solvabilité perçue.
La dégradation de la note de crédit du Sénégal constitue donc un signal d'alarme particulièrement préoccupant sur la gravité de sa situation économique. Il est impératif que des actions concrètes soient entreprises pour éviter une spirale descendante et assurer la stabilité économique du pays.
Le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont fait de la sortie du franc CFA une priorité politique, arguant que cette monnaie constitue un frein à la souveraineté économique du Sénégal. Cette demande est en fait une exigence clairement exprimée par les jeunesses africaines depuis de nombreuses années. Toutefois, la situation actuelle complique fortement ce projet, pour plusieurs raisons.
D'abord, les finances publiques sont en crise. Avec un déficit budgétaire réévalué à 12,3% du PIB en 2023 et un ratio dette/PIB de 99,7%, le Sénégal est en situation de surendettement, ce qui limite sa capacité à gérer une transition monétaire sans risque de déstabilisation. La sortie du CFA nécessiterait la création de nouvelles réserves de change pour assurer la stabilité d’une nouvelle monnaie. Or, avec un endettement élevé et une notation B3, le Sénégal aurait plus de difficultés à emprunter en devises étrangères pour constituer ces réserves.
Ensuite, la confiance des investisseurs est en chute libre. La baisse de la note de Moody’s signifie que les créanciers estiment que le Sénégal est devenu plus risqué. Si le pays quittait la zone CFA maintenant, cela ajouterait une incertitude monétaire supplémentaire, ce qui pourrait dissuader davantage les investisseurs étrangers.
Enfin, un risque de fuite des capitaux et d'inflation est à prévoir. Si le Sénégal quitte le franc CFA, il devra convaincre les investisseurs de faire confiance à la nouvelle monnaie. Mais avec un endettement élevé et un déficit budgétaire massif, cette confiance sera difficile mais pas impossible à obtenir. Une dépréciation rapide de la nouvelle monnaie est probable, ce qui augmenterait le coût des importations et pourrait provoquer une inflation forte, menaçant le pouvoir d'achat des Sénégalais.
Si, sur le plan idéologique et politique, la sortie du franc CFA est un objectif fort du gouvernement Faye-Sonko et une exigence populaire, la crise budgétaire actuelle rend cette transition plus périlleuse que nécessaire en raison du nouveau contexte de crise économique profonde.
En effet, le Sénégal a perdu la confiance des marchés financiers (baisse de la note de Moody’s), l’État doit financer un déficit massif et rembourser une dette élevée, et les investisseurs sont déjà inquiets. Dans un tel contexte, il est peu probable, selon certains experts, que le gouvernement puisse convaincre rapidement les partenaires financiers et économiques d’adopter une nouvelle monnaie sans provoquer de turbulences majeures.
Cependant, d’autres considèrent que si une unité politique et sociale se forme autour de cette décision, la résilience populaire, qui a déjà permis au pays de surmonter des crises par le passé, pourrait jouer un rôle clé. En mobilisant ses ressources endogènes et en s’appuyant sur une solidarité nationale forte, le Sénégal pourrait non seulement amortir les effets de la crise actuelle, mais aussi mettre en œuvre progressivement son projet de sortie de la zone CFA.