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3 avril 2025
Economie
par Ndongo Samba Sylla
LE MYTHE DU DÉFICIT PUBLIC
Il est contreproductif de considérer les déficits publics comme un signal de mauvaise gestion. L’attention devrait être plutôt portée sur l’impact distributif et macroéconomique de la dépense publique : qui en bénéficie ?
La médiatisation exceptionnelle du rapport de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques du Sénégal entre 2019 et le premier trimestre 2024 a nourri des débats souvent partisans mais salutaires. Cependant, ceux-ci sont intervenus pour l’essentiel dans un cadre théorique problématique pour ne pas dire réducteur et totalement inapproprié. Ce qu’il convient ici de corriger. Car il faudrait éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. S’il est légitime de lutter contre la gabegie, la corruption, la non-transparence ainsi que l’inefficacité et l’inéquité de la dépense publique, il est en revanche contreproductif de considérer les déficits publics en tant que tels comme un signal de mauvaise gestion. Dans le cas des pays où les urgences sociales et économiques sont nombreuses, le déficit public est une situation normale et souhaitable.
Les origines des critères plafonnant le déficit et la dette publics
Le déficit public est la différence entre la dépense du gouvernement et ses revenus (fiscaux, non-fiscaux et aides extérieures). Sur le plan comptable, un déficit public implique que la dépense du gouvernement a été supérieure à ses revenus. La dette publique à un moment donné (en février 2025 par exemple) représente le cumul des déficits publics passés.
Au Sénégal, comme ailleurs, un déficit public et une dette publique faibles relativement au PIB sont souvent interprétés comme des indicateurs de bonne santé financière et de qualité de la gestion du gouvernement. Ce point de vue est trompeur mais s’explique aisément. Copiant de manière mimétique et irréfléchie la zone euro, les institutions communautaires en Afrique de l’Ouest, comme l’UEMOA et la CEDEAO, ont défini des « critères de convergence » parmi lesquels des objectifs à ne pas dépasser en matière de déficit et de dette publics.
Un déficit public supérieur à 3 % du PIB est considéré comme une mauvaise chose tandis qu’une dette publique supérieure à 70 % du PIB annoncerait des problèmes de solvabilité. Ces chiffres sacrosaints sont pris pour argent comptant par la plupart des commentateurs qui interrogent rarement leur pertinence.
La prétendue règle des 3 % de déficit public à ne pas dépasser a été inventée de toutes pièces au début des années 1980 en France sous la présidence de Mitterrand en vue de justifier des politiques d’austérité. Avoir ce chiffre magique à portée conférait une caution de scientificité aux coupes budgétaires prévues. Les créateurs de ce ratio de « 3 % » le qualifient de « chimère » qui ne doit son existence qu’à la commande politique et non à la théorie et aux faits économiques. Ce ratio s’est internationalisé avec la naissance de l’euro en 1999. Pour prévenir toute démarche de solidarité budgétaire avec les autres pays membres de la zone euro, l’Allemagne avait imposé les critères arbitraires de 3 % de déficit public et de 60 % de dette publique. L’UEMOA et la CEDEAO les ont peu ou prou repris. Autrement dit, des critères européens motivés par l’absence de solidarité ont été importés et posés comme les fondements voire les préalables de l’unification monétaire africaine !
Les ratios de dette publique/PIB (de 60 ou 70 %) sont tout aussi arbitraires. Les économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient soutenu qu’au-delà d’un certain niveau ce ratio emportait de lourdes conséquences négatives. Leur travail a été discrédité, du fait notamment d’erreurs dans le traitement des données. Des travaux du FMI ont montré qu’il n’y a aucun fondement empirique au point de vue selon lequel des niveaux de dette publique élevés porteraient nécessairement atteinte à la croissance économique. Tout ceci ne saurait surprendre.
En effet, la dette publique est un stock alors que le PIB est un flux. Il est illégitime de mesurer la solvabilité d’un État de cette manière. La dette publique est payée sur plusieurs années voire décennies alors que le PIB mesure la production marchande sur une année. C’est comme si un travailleur contractait un prêt sur vingt ans (stock) et sa solvabilité était mesurée par sa banque seulement sur la base du revenu de l’année en cours (flux).
De plus, ce ratio ne distingue pas la dette en monnaie nationale de la dette en monnaie étrangère. Les gouvernements souverains sur le plan monétaire – ceux qui ne s’endettent que dans leur propre monnaie et opère en changes flottants – n’ont pas de contrainte de solvabilité. Ainsi, le gouvernement japonais, avec un ratio de dette publique de 229 % (en 2023), ne peut faire défaut sur sa dette : celle-ci est largement détenue par sa propre banque centrale et, de toute manière, le service de la dette publique japonaise est payé dès que le parlement valide le budget. Par contre, les pays qui ont une souveraineté monétaire moins importante – notamment parce qu’ils se sont endettés en monnaie étrangère - peuvent faire défaut à tout moment. Les gouvernements de pays comme l’Argentine ou le Pérou ont fait défaut avec des ratios de dette publique de l’ordre de 30 % du PIB.
À tout déficit public correspond un surplus au bénéfice du secteur privé
Outre que le ratio dette/PIB n’a pratiquement aucune pertinence analytique, il faut souligner l’interprétation erronée qui est souvent faite du déficit public.
Un déficit budgétaire – voire une situation chronique de déficit budgétaire – n’a rien d’alarmant si les dépenses publiques ont été faites dans un cadre de transparence avec une ambition développementaliste. Au contraire, c’est une situation souvent normale et désirable pour la plupart des pays. Les seuls gouvernements qui peuvent se permettre d’avoir des surplus budgétaires sans nuire à leurs économies sont ceux qui généralement obtiennent des surplus extérieurs importants (comme l’Arabie Saoudite et la Chine). Mais même pour les pays qui ont des excédents commerciaux élevés, le déficit budgétaire est souvent de mise.
L’hystérie au sujet des déficits publics procède en partie d’une erreur d’omission : partout où un déficit est enregistré, un surplus équivalent existe qui le compense. Il en est toujours ainsi dans la comptabilité en parties doubles.
Un déficit public de 3 % du PIB correspond à un surplus pour le secteur non-gouvernemental (ménages, entreprises et « reste du monde ») de 3 % du PIB. Réciproquement, quand le gouvernement a un surplus de 3 % du PIB, le secteur non-gouvernemental enregistre un déficit de 3 %. En effet, le déficit public est l’une des sources des profits des entreprises, comme le montre l’équation de (Michal) Kalecki (du nom de l’économiste polonais éponyme). Tout le monde peut comprendre intuitivement que lorsque l’État dépense pour les entreprises plus qu’il ne les taxe, il contribue à augmenter leur richesse financière nette.
Quand les gens critiquent les déficits publics ou cherchent à les plafonner, ils critiquent ou cherchent à plafonner également, sans s’en rendre compte, le surplus financier que le gouvernement crée pour le secteur privé dans son ensemble. Ceux qui sont opposés aux déficits publics soutiennent implicitement que l’État ne doit pas contribuer à augmenter la richesse financière du secteur privé ! Ainsi, sans que cela ne choque personne, l’UEMOA, à travers ses critères de convergence, décrète arbitrairement qu’il n’est pas souhaitable que ses États membres contribuent à plus de 3 % du PIB à la richesse financière nette de leur secteur privé ! Plus concrètement, si un pays comme le Sénégal devait avoir régulièrement des déficits de l’ordre de 5 % permettant aux entreprises privées de prospérer et de créer des emplois en masse, cette stratégie économique devrait être découragée selon les règles de l’UEMOA. Car, dans la logique institutionnelle et macroéconomique de l’UEMOA (et de la CEDEAO), respecter les équilibres comptables afin de satisfaire les intérêts des créanciers a la priorité sur la nécessité de transformer les économies africaines et de générer des emplois décents.
Ce principe de gestion des finances publiques, que le néolibéralisme a remis au goût du jour, est colonial par excellence. C’est celui qu’appliquaient les administrations coloniales. Raison pour laquelle leur contribution à la richesse financière du secteur privé « indigène » était presque nulle : elles ne dépensaient que ce qu’elles percevaient comme impôts et taxes prélevés sur les populations et les recettes d’exportation. D’où le sous-développement constaté dans la plupart des ex-colonies.
Soulignons que la plupart des grandes crises du capitalisme depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à celle de 2007-2008 ont été précédées d’épisodes de surplus budgétaires dans les pays économiquement dominants tels les États-Unis. En effet, un surplus budgétaire implique un déficit du secteur privé, c’est-à-dire une baisse de l’épargne privée et une hausse de l’endettement des ménages et des entreprises qui progressivement devient insoutenable. Ce qui débouche sur des défauts de paiement suscitant à leur tour panique et crise financières.
Au lieu de parler de « déficit », vu que le mot évoque généralement des représentations négatives, il serait plus juste et plus approprié de parler de « dépense nette du gouvernement » voire de « surplus financier net créé par le gouvernement ».
En changeant le langage, la perspective serait donc modifiée. Au lieu de s’épancher sur l’existence du déficit public, l’attention devrait être plutôt portée sur l’impact distributif et macroéconomique de la dépense publique : qui en bénéficie ? quelles sont ses conséquences sur l’inflation, la dette et l’équilibre extérieurs.
Les surplus budgétaires sont irresponsables dans le cas des pays pauvres
En somme, retenons que le déficit budgétaire est quelque chose de normal et de souhaitable dans la plupart des cas car c’est la richesse financière nette que le gouvernement crée pour le secteur non-gouvernemental. Le but de l’État ne doit pas être d’ « épargner » car cela reviendrait à mettre le secteur privé dans la zone rouge (en situation de déficit, ce qui n’est pas souhaitable). En fait, devant des besoins insatisfaits en termes d’infrastructures de santé, d’éducation, de protection sociale, etc., c’est irresponsable de couper dans la dépense publique pour respecter des critères comptables totalement arbitraires. La gestion bonne et responsable pour un gouvernement consiste à faire les dépenses nécessaires pour atteindre les objectifs de développement économique et d’équité plutôt qu’à se conformer à des équilibres comptables sans fondement.
Si l’Afrique demeure aujourd’hui pauvre, c’est parce que depuis la période coloniale elle continue de subir des politiques qui soit compressent le niveau de dépense permettant d’accélérer son développement soit l’oriente pour répondre aux intérêts extérieurs et ceux des classes dirigeantes.
Dans un prochain article en complément de celui-ci, nous établirons deux faits contre-intuitifs dans le cas des gouvernements qui disposent de leur propre monnaie : quoique nécessaires et importants à de nombreux égards, les impôts et taxes ne jouent aucun rôle de financement ; le déficit en monnaie nationale ne pose aucun problème de « financement » car la dépense publique « s’autofinance » elle-même, si le gouvernement prend les mesures légales appropriées. La vision selon laquelle les banques et investisseurs (étrangers) peuvent financer le gouvernement dans sa propre monnaie est un mythe bien commode !
À suivre...
MOODY'S DÉGRADE LA NOTE DU SÉNÉGAL
L'agence de notation fait chuter à B3 la note souveraine du pays, soit six niveaux sous la catégorie investissement. Cette décision, doublée d'une perspective négative, fait suite à la publication de l'audit accablant de la Cour des comptes
(SenePlus) - D'après les informations rapportées par l'agence Bloomberg, l'agence de notation Moody's Investors Service vient d'abaisser significativement la note de crédit du Sénégal, une décision motivée par les révélations de la Cour des comptes sur l'état réel des finances publiques sous la présidence de Macky Sall.
Selon le communiqué de Moody's cité par Bloomberg, la note de crédit à long terme en devises étrangères du pays a été abaissée de deux crans pour atteindre B3, soit six niveaux en dessous de la catégorie "investissement". Plus inquiétant encore, la perspective a été fixée à "négative" après avoir été placée sous surveillance en vue d'une possible dégradation.
Cette décision intervient dans un contexte politique particulier, alors que le nouveau président Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir en avril dernier, a commandé un audit approfondi des finances nationales. Les résultats de cette investigation ont mis en lumière une augmentation constante de l'endettement durant les cinq années du dernier mandat de Macky Sall.
Les chiffres révélés sont alarmants : "Le ratio dette/PIB a bondi à 99,7% en 2023, contre 65,6% en 2019", rapporte Bloomberg citant les conclusions de la Cour des comptes publiées le 12 février. Plus préoccupant encore, le déficit budgétaire a été réévalué à "12,3% du PIB en 2023, contre 4,9% initialement annoncé par l'administration précédente".
Dans son évaluation, citée par Bloomberg, Moody's pointe explicitement les graves défaillances de gouvernance : "La dégradation est motivée par des indicateurs budgétaires substantiellement plus faibles révélés par la Cour des comptes du Sénégal. L'ampleur et la nature des écarts limitent significativement la marge de manœuvre budgétaire du Sénégal et contribuent à des besoins de financement élevés, tout en indiquant des déficiences matérielles passées en matière de gouvernance."
Cette dégradation de la note souveraine pourrait avoir des répercussions importantes sur la capacité du Sénégal à lever des fonds sur les marchés internationaux et à attirer les investissements étrangers, alors même que le pays fait face à des défis économiques majeurs.
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ECO-CFA, LA MONNAIE COLONIALE QUI NE VEUT PAS MOURIR
Le franc CFA devait disparaître en 2015. Puis en 2025. Maintenant on parle de 2030, voire 2035. Pendant que l'ECO, censé le remplacer, s'enlise dans des reports, cette monnaie héritée de la colonisation continue de régir le quotidien de 15 pays africains
En Afrique de l'Ouest, l'histoire monétaire s'écrit toujours à l'encre du franc CFA. Cette monnaie, vestige de l'ère coloniale, continue de régir les échanges de 15 pays d'Afrique subsaharienne, divisés en deux zones distinctes : l'UEMOA et la CEMAC. Particularité troublante : bien que portant le même nom, ces deux francs CFA ne sont pas interchangeables entre eux.
L'ECO, annoncé comme le successeur du franc CFA, accumule les reports. D'abord prévu pour 2015, puis 2025, son lancement pourrait désormais glisser jusqu'en 2030, voire 2035. Cette valse des dates alimente les doutes sur la réelle volonté de changement.
Les chiffres sont éloquents : d'après une enquête menée en 2024, plus de 90% des Africains jugent le franc CFA néfaste pour leur économie. La parité fixe avec l'euro, présentée comme un gage de stabilité, agit en réalité comme un frein aux exportations tout en favorisant les importations. Cette situation pénalise le développement des industries locales.
Les obstacles techniques à la mise en place de l'ECO s'accumulent. L'harmonisation des politiques financières entre les pays membres reste incomplète. Les structures institutionnelles nécessaires tardent à se mettre en place. Le rôle futur de la France dans ce nouveau système monétaire continue de susciter des débats.
Face à ces défis, des économistes africains proposent des solutions pragmatiques. Parmi elles, l'arrimage de la future monnaie à un panier de devises incluant le dollar et le yuan, plutôt qu'à l'euro seul. Ces experts soulignent que le continent dispose des compétences techniques nécessaires pour gérer sa propre monnaie. Reste à transformer cette capacité en réalité politique.
CAP SUR LES SECTEUR PRIVE POUR LE RENFORCEMENT DE L'ECONOMIE
Le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, a insisté, vendredi, sur la nécessité de rationaliser les finances publiques et de renforcer le rôle du secteur privé pour le développement économique du pays.
Le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, a insisté, vendredi, sur la nécessité de rationaliser les finances publiques et de renforcer le rôle du secteur privé pour le développement économique du pays.
‘’Il est essentiel de comprendre que l’État n’a pas vocation à tout faire. Son rôle est d’assumer pleinement ses responsabilités dans le secteur public, notamment en matière d’éducation, de santé et d’infrastructures de base, tout en accompagnant les efforts des citoyens et des collectivités territoriales ‘’, a-t-il déclaré.
Face aux députés lors de la séance ‘’Questions d’actualité au gouvernement’’, le ministre a précisé que cette vision s’inscrit dans le cadre du Plan 2005-2009, qui vise à promouvoir un développement logistique à travers des territoires plus compétitifs, considérés comme la base de la souveraineté nationale.
Il a souligné que la souveraineté économique repose sur la capacité de l’État à financer ses déficits budgétaires sans recourir à des mesures exceptionnelles, telles que l’assistance du Fonds monétaire international (FMI) ou des politiques d’austérité drastiques.
‘’Il ne s’agit pas d’austérité, mais de mettre en place des réformes permettant de dégager des marges budgétaires ‘’, a insisté le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération.
Parmi ces réformes, Abdourahmane Sarr a cité ‘’la refonte du Code des investissements, la modernisation des procédures administratives, une meilleure gestion du budget de l’État’’. Elles visent, selon lui, à améliorer l’efficacité des dépenses publiques.
M. Sarr a plaidé pour une redéfinition du rôle de l’État dans l’économie.
‘’L’État doit se concentrer sur son rôle stratégique et créer des conditions favorables au développement du secteur privé‘’, a-t-il affirmé, ajoutant que certains services publics pourraient être assumés par le secteur privé sous un encadrement rigoureux.
Le ministre a souligné la nécessité d’une réforme financière en profondeur pour mieux structurer et optimiser l’utilisation des ressources.
‘’Cette réforme n’est pas seulement une question de budget, mais une nécessité urgente pour stimuler l’investissement et garantir la continuité des services publics ‘’, a-t-il fait valoir.
Il a rappelé que la réalisation du référentiel »Sénégal 2050 », ne repose pas uniquement sur l’État.
‘’Le secteur privé a un rôle crucial à jouer. Pour qu’il puisse se développer, il est impératif d’améliorer le climat des affaires et de favoriser les investissements publics et privés‘’, a-t-il affirmé.
Le ministre a enfin appelé à une mobilisation collective pour la mise en œuvre de réformes structurelles, qui permettront une meilleure gestion des finances publiques et une plus grande implication du secteur privé dans le développement économique du pays.
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VASTE RÉFORME ADMINISTRATIVE ANNONCÉE POUR JUIN
Fini les berlines de luxe. Sonko a annoncé ce vendredi une centralisation des achats publics et une fusion massive des agences d'État. Un audit complet de la fonction publique sera réalisé d'ici avril, suivi d'une révision des grilles salariales
Lors de la séance de questions-réponses à l'Assemblée nationale ce vendredi 21 février 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko a dévoilé un plan ambitieux de restructuration de l'administration sénégalaise. Au cœur de cette réforme : la fusion des agences aux missions similaires et une rationalisation drastique des dépenses publiques.
D'ici juin 2025, plusieurs entités seront fusionnées, notamment dans les secteurs de la microfinance, des énergies renouvelables et de la formation professionnelle. Le chef du gouvernement a notamment annoncé le regroupement du Fonds d'impulsion de la microfinance, du Fonds national de la microfinance et du Fonds d'appui à l'économie sociale et solidaire.
Dans le cadre de la maîtrise des dépenses de personnel, un audit complet de la fonction publique sera réalisé avant fin avril 2025. Une interface numérique entre les systèmes de paie et de budget sera déployée pour assurer un suivi en temps réel des dépenses de personnel.
Le plan prévoit également un gel des recrutements dans la fonction publique, à l'exception des secteurs jugés prioritaires : santé, éducation, défense et sécurité. Les nouvelles embauches dans le secteur parapublic seront désormais soumises à l'autorisation directe du Premier ministre.
Pour réduire le train de vie de l'État, la centralisation des achats publics sera systématisée, touchant particulièrement la flotte de véhicules administratifs, dont le standing sera revu à la baisse. Le Premier ministre a souligné que ces mesures s'accompagneront de dispositions pour préserver les intérêts des travailleurs concernés par ces restructurations.
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SONKO RIPOSTE AUX ATTAQUES DE THIERNO ALASSANE SALL
Au cœur du débat, le budget 2025, voté le 28 décembre dernier sans débat, et l'annonce récente d'un "pacte national de stabilité". La réponse du Premier ministre a été cinglante, rappelant à son opposant son passé au sein du régime précédent
Ce vendredi 21 février 2025, lors de la séance de questions-réponses à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Ousmane Sonko a dû répondre aux interpellations de l'opposition, notamment de Thierno Alassane Sall, sur la gestion des finances publiques.
Au cœur du débat, le budget 2025, voté le 28 décembre dernier sans débat, et l'annonce récente d'un "pacte national de stabilité". Face aux accusations de mauvaise gestion et d'aggravation du déficit budgétaire, le Premier ministre a défendu la stratégie gouvernementale, car le budget initial était volontairement "à minima" en raison des contraintes temporelles liées à l'installation du nouveau gouvernement.
Le chef du gouvernement a annoncé une prochaine loi de finances rectificative, rejetant fermement le terme d'austérité employé par le député de l'opposition. Il a insisté sur la volonté de son administration de rationaliser les dépenses publiques tout en maintenant les investissements et la croissance économique.
Concernant la restructuration de l'État, le Premier ministre a révélé une réduction significative du nombre d'agences et de postes de direction. Il a souligné que cette décision, bien que difficile politiquement, était nécessaire pour aligner l'administration avec la "Vision 2050" du gouvernement.
LA BAD DÉVOILE SA LISTE DE CANDIDATS À LA PRÉSIDENCE
Parmi eux figurent le Sénégalais Amadou Hott et le Mauritanien Sidi Ould Tah. L’élection est prévue le 25 mai prochain à Abidjan.
La Banque africaine de développement (BAD) a publié, vendredi 21 février, une liste officielle comprenant les noms de cinq candidats à l’élection du président de ladite institution, dont ceux du Sénégalais Amadou Hott et du Mauritanien Sidi Ould Tah.
Les noms du Zambien Maimbo Samuel Munzele, du Tchadien Abbas Mahamat Tolli et de la Sud-Africaine Tshabalala Bajabulile Swazi figurent également sur la liste publiée par le site Internet de la Banque africaine de développement.
Les candidatures de ces cinq personnalités ont été examinées et retenues par le comité directeur du conseil des gouverneurs de la BAD.
L’élection du président de la Banque africaine de développement aura lieu le 25 mai prochain à Abidjan, où se trouve le siège de l’institution dirigée depuis 2015 par le Nigérian Adesina Akinwumi.
LE SÉNÉGAL EXCLUT TOUTE RESTRUCTURATION
Malgré une dette record, le ministre des Finances assure que le pays est solide. Les marchés applaudissent, les obligations grimpent. C'est un pari audacieux pour un pays qui doit déjà composer avec la suspension d'un important programme du FMI
(SenePlus) - Le Sénégal a fermement exclu toute restructuration de sa dette, une annonce qui a immédiatement rassuré les investisseurs internationaux et propulsé les obligations du pays parmi les meilleures performances des marchés émergents cette semaine. Cette décision, confirmée par le ministre des Finances, Cheikh Diba, lors d’un appel avec des investisseurs jeudi, a été saluée par les marchés, entraînant une hausse significative des obligations libellées en dollars du Sénégal, selon des données compilées par Bloomberg.
« Le gouvernement vise à procéder à des opérations de gestion des passifs pour continuer à honorer ses échéances de dette », a déclaré Diba, selon des sources proches du dossier citées par le journal américain. Ces sources, qui ont requis l’anonymat en raison du caractère privé de la réunion, ont également indiqué que le Sénégal ne fait face à aucune pression de liquidité immédiate.
La réaction des marchés a été rapide et positive. L’obligation sénégalaise arrivant à échéance en 2048 a grimpé de 1,6 centime pour atteindre 69,8 cents sur le dollar vendredi, après une hausse de 1,1 centime la veille. Cette performance place le Sénégal en tête des gains parmi les pays émergents, selon Bloomberg.
Cette dynamique intervient dans un contexte où la Cour des comptes a récemment confirmé que la dette publique et le déficit budgétaire national sont nettement plus élevés que précédemment annoncé. Selon ce rapport, la dette a atteint près de 100 % du PIB en 2023, un niveau qui aurait pu justifier des craintes de restructuration.
Malgré ces chiffres préoccupants, le ministre Diba a tenu à rassurer les investisseurs sur la capacité du pays à gérer sa dette sans recourir à une restructuration. « Le gouvernement n’envisage pas de restructuration de la dette », a-t-il affirmé, selon les sources de Bloomberg. Il a également évoqué des options de financement alternatives en cas de retard dans la mise en place d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Parmi ces options figurent l’émission de sukuk (obligations conformes à la charia) et des prêts garantis par des banques de développement.
Le Sénégal espère conclure un nouvel accord de financement avec le FMI d’ici juin. Ce programme fait suite à la suspension d’un précédent accord de 1,8 milliard de dollars par l’institution basée à Washington, en raison d’une enquête sur les finances publiques du pays.
Dans un communiqué publié après l’appel, un porte-parole du ministère des Finances a souligné que le gouvernement envisageait des réformes pour « contenir les dépenses publiques courantes dans le secteur de l’énergie » et poursuivre une « gestion active de la dette ». Le ministre Diba a également indiqué aux investisseurs que le gouvernement prévoyait de réformer les subventions énergétiques, tout en veillant à ce que la population puisse supporter ces mesures.
Les déclarations du ministre reflètent une stratégie équilibrée entre la nécessité de réduire les dépenses publiques et celle de protéger les ménages des impacts économiques. « Le gouvernement doit s’assurer que la population puisse supporter la mesure », ont rapporté les sources citées par Bloomberg.
NOS SYSTEMES D'ELEVAGE AUSSI POSENT PROBLEME
Le Sénégal va célébrer, samedi 22 février 2025, la 9ème édition de la Journée de l’Elevage, sous le thème : «La valorisation des produits d'origine animale, un stimulateur pour la souveraineté alimentaire». Dr Ibrahima Thiam, préconise un investissement
Le Sénégal va célébrer, ce samedi 22 février 2025, la 9ème édition de la Journée de l’Elevage, sous le thème : «La valorisation des produits d'origine animale, un stimulateur pour la souveraineté alimentaire». C’est dans un contexte où les produits laitiers importés sont souvent jugés de mauvaise qualité, pour un pays ne disposant pas d’une politique de développement de sa filière laitière. Dans cet entretien réalisé lors d’une tournée sur le vol de bétail dans les régions de Kaffrine et Kaolack, le spécialiste en productions animales et expert au Bureau sous-régional de l’Organisation des Nations pour l’alimentation et l’agriculture (FAO/SFW), Dr Ibrahima Thiam, recommande un investissement conséquent et continu dans le secteur de l’élevage, le développement de la culture fourragère basé sur la maîtrise de l’eau et l'amélioration génétique des races pour booster la production laitière. Ce qui limiterait les milliards perdus dans les importations de produits laitiers. Surtout que, selon la FAO, le Sénégal a importé rien qu’en 2023 plus de 24.856,1 tonnes en lait et produits laitiers, pour une valeur de 76.881.000 millions de dollars américains.
On constate que le Sénégal n’est pas autosuffisant en lait. Comment l’expliquer ?
Il y a plusieurs facteurs qui expliquent que le Sénégal ne soit pas autosuffisant en lait. On peut prendre comme premier facteur la qualité génétique de nos races. Nous avons des races locales, qui sont les zébus Gobra, dans la partie Nord, les Ndamas au Sud et les produits de leurs croisements au Centre (Djakoré). Ce sont des races à faible productivité, qui, au meilleur des cas, ne peuvent produire que 2 litres de lait par jour, et sur une période ne dépassant même pas les 3 mois de la saison des pluies. Donc, en moyenne, la production de nos races tourne autour de 1 litre par jour sur 7-8 mois de lactation. Comparé à certaines races occidentales qui peuvent produire 30 à 40 litres, comme la Holstein, la qualité génétique de nos races est très faible.
Il y a aussi la qualité de nos pâturages. Nous n’avons que trois mois de pluies et l’alimentation détermine globalement la productivité de nos animaux. Par exemple, au Nord du pays, de Podor jusqu’à Sud Linguère (Thiel, Gassane), un hectare de pâturage produit entre 100 et 500 kilos de fourrage ; ce qui est très faible comparé à des zones comme la Basse-Casamance, où la productivité des pâturages peut aller jusqu’à 2 tonnes, voire plus à l’hectare. En dehors des trois mois de la saison des pluies, où on a des pâturages d’excellente qualité, le reste n’est que des herbacées naturelles qui finissent par terminer leur cycle, jaunir et s’assécher, et donc, pratiquement avec une valeur nutritive nulle.
Nos systèmes d’élevage posent aussi problème. Les animaux sont obligés de se déplacer du Nord au Sud pour aller rechercher des pâturages. Evidemment, ce déplacement-là entraîne une perte de poids, parce que la marche constitue une dépense d’énergie. C’est ce qui explique que, d’habitude, nos animaux ne peuvent pas produire une grande quantité de lait. L’autre aspect qu’il faut signaler, en termes de contraintes, c’est l’aspect santé animale. Notre pays fait face à différentes maladies, que ce soit d’abord chez les petits ruminants comme chez les bovins. On a encore la persistance de certaines maladies épizootiques comme la fièvre de la vallée du Rift, la péripneumonie contagieuse bovine (PPCB), la fièvre aphteuse, les pasteurelloses et les charbons (bactéridien et symptomatique). On note aussi, la problématique de la gestion de l’espace. Globalement, les terres ne sont pas extensibles, ce qui fait qu’il y a une érosion des terres pastorales au bénéficie des terres agricoles, dans la mesure où l’extension de l’agriculture se fait à partir des terres pastorales. Ce qui, d’ailleurs, entraine des conflits, justifie l’adoption récente du Code pastoral.
Existerait-il d’autres raisons qui justifient ce déficit ?
Oui ! En effet, les organisations professionnelles d’élevage sont peu outillées et n’ont pas les moyens d’accompagner les éleveurs pour acquérir les financements indispensables au développement de la filière laitière. En outre, le secteur de l’élevage doit être financé, avec plus d’attention, comme tous les secteurs, en particulier celui de l’agriculture. Et le gros problème qu’on a par rapport à la filière laitière, c’est le manque de compétitivité de nos systèmes de production par rapport aux importations de lait et produits laitiers.
On note, par exemple, une absence de subvention des acteurs. Dans les pays développés, les éleveurs sont subventionnés sur toute la chaîne de valeur. Depuis la production ou l’achat de fourrages, les producteurs, collecteurs, transporteurs, artisans et industriels jusqu’aux consommateurs, ily a des subventions qui sont mises en place.
Au Sénégal, il n’existe pas de subventions. Pis, on se rend compte que, concernant la filière laitière, avec le Tarif extérieur commun (TEC) de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), le lait est taxé à 5% seulement, alors que la TVA sur les autres produits dont le lait local est taxée à 18%. C’est donc ce tarif-là qui fait que le lait en poudre rentre de façon préférentielle et vient concurrencer la filière laitière locale.
Le dispositif institutionnel est également à questionner. Le personnel de l’élevage est très réduit, du niveau national jusqu’au niveau local. Il aurait fallu qu’on ait un dispositif plus maillé pour prendre en charge l’appui-conseil par rapport aux systèmes de production, la formation des éleveurs et des organisations professionnelles. Il faut aussi un accompagnement pour lutter contre les maladies animales. Il faut qu’on ait les moyens de nos politiques pour pouvoir vacciner le cheptel régulièrement et conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) qui est d’atteindre un taux de 80% par an. Et pour ce faire, il faut que le Sénégal puisse produire ces vaccins et qu’on puisse en disposer pour mener des campagnes de vaccination annuelles.
Le lait importé est jugé comme étant de mauvaise qualité. Comment percevez-vous cette question ?
C’est difficile de répondre à la question parce que ceux qui sont habilités à dire que ce lait n’est pas de bonne qualité, c’est peut-être ceux qui font le contrôle. Mais, il y a des textes législatifs et réglementaires qui existent par rapport à la qualité des produits laitiers. Maintenant, est-ce que c’est appliqué ou pas, ça, c’est un autre problème. Mais ce qu’on peut dire concernant le lait qui est importé, c’est qu’il ne s’agit d’ailleurs, la plupart, pas de lait, mais des produits laitiers. Ceci pour la bonne et simple raison que ce sont des excédents de l’Union Européenne (UE), des États-Unis ou du Brésil qui nous arrivent transformés en poudre dont la matière grasse. En Europe, ils ont l’habitude de prendre les excédents et d’en faire du beurre ou du fromage, mais généralement du beurre. Quand on enlève la matière grasse, il va rester un peu du lait écrémé ou demi-écrémé, selon le degré d’extraction. Et le processus utilisé, pour que ces sous-produits-là ne se gâtent pas, c’est d’en faire de la poudre de lait par dessiccation. Et c’est ça qui nous arrive au Port de Dakar. Arrivé ici aussi, on a un problème qu’il est quand-même important de souligner, c’est qu’il y a des laits pour lesquels on ajoute de la matière grasse végétale. Vous le voyez sur certains sachets où il est marqué «matière grasse végétale». Dès l’instant qu’il y a ajout de matière grasse autre que celle naturelle dans du lait, ce n’est plus du lait, c’est un produit laitier. Donc, dire qu’on consomme du lait, non, mais on nous vend généralement des produits laitiers qui sont des sous-produits sans aucune valeur, d’où cette problématique de concurrence du lait local qui est étouffé par les importations.
Quelles solutions préconisez-vous?
Je parlerai d’abord peut-être des solutions qui sont à un niveau supra. En termes de politique d’élevage, il nous faut une véritable politique laitière. Mais la politique laitière, ça se fait sur le long terme. On ne mène pas une politique laitière sur 5 ans. Il faut au minimum 20 à 25 ans pour mettre en place une politique laitière continue qui nous permettrait d’avoir l’autosuffisance en lait.
Pour cela, je vous donne l’exemple de la Tunisie. En 2000, ce pays saharien était déjà autosuffisant en lait. Et comment ils ont fait pour arriver à ce résultat ? Procédons par le parallélisme comparatif. Si je prends l’exemple de ce pays, c’est qu’il ressemble fortement au Sénégal, en termes de populations, de superficie et que même notre pays est plus doté par la nature (pluviométrie, climat, ressources souterraines en eau). La Tunisie était comme le Sénégal, avec de faibles productivités des races locales, un climat sec et des pluviométries dans certaines zones qui tournaient autour de 100 millimètres par an. Malgré tout, ils sont parvenus à bâtir une filière laitière durable et viable qui a permis d’atteindre l’autosuffisance en lait en 25 ans.
Première chose donc, il faut un Document de politique qui décline clairement les ambitions basées sur l’objectif de production qu’on doit aligner sur l’augmentation de la population et les besoins de consommation de lait. C’est essentiel. Il faut aussi trouver une stratégie de financement. Un autre aspect, c’est l’amélioration génétique parla création d’un Centre national d’amélioration génétique à côté duquel, il y a des unités départementales de diffusion de la génétique. Il faudra faire donc de telle sorte que, dans tous les départements et arrondissements du Sénégal, les services d’amélioration génétique seront accessibles à tous les éleveurs et toute l’année
Ainsi, le Centre national d’amélioration génétique (CNAG) qui est situé présentement à Dahra, mais devait à mon avis être délocalisé à Dakar pour des raisons de qualité du climat plus adapté aux races exotiques devant produire des semences destinées à l’insémination artificielle, devrait jouer pleinement son rôle en disposant d’experts et techniciens, zootechniciens et vétérinaires qualifiés, qui vont scruter les meilleures géniteurs de race, les importer et faire en sorte qu’on puisse collecter les semences in situ, les tester, les mettre en paillettes et les conserver pour diffusion jusqu’au niveau local. La Tunisie, par exemple, a mis en place un système d’insémination très rodé, pour lequel non seulement ils ont formé des inséminateurs au niveau national, mais aussi des inséminateurs de proximité.
En termes d’amélioration génétique, il faut éviter d’importer des animaux car cela délocalise les emplois qui auraient dû être créés au Sénégal pour les femmes et les jeunes de ce pays qui ont besoin d’emplois durables. Il est reconnu qu’en matière de production animale, on ne doit pas importer des animaux parce qu’il y a des risques de propagation de zoonoses et d’autres maladies contagieuses, mais aussi des ectoparasites exotiques qui existent dans certains pays, mais pas au Sénégal.
L’État du Sénégal, actuellement, met des milliards sur les importations d’animaux. Techniquement, ce n’est pas viable, ce n’est pas démocratique, parce qu’on concentre une partie de la richesse nationale sur une certaine association au détriment de l’ensemble des éleveurs. A titre d’exemple, si l’Etat investissait 2 milliards par an dans l’insémination, cela aurait pu permettre de créer une chaine de valeur vertueuse de l’insémination au Sénégal, avec des milliers d’emplois durables pour les jeunes professionnels vétérinaires et zootechniciens. Cela aurait permis, par exemple, d’inséminer entre 50 et 60.000 vaches par an. Avec un taux de réussite, rien qu’en une seule insémination, de 30%, ce qui a été vérifié au Sénégal dans la pratique, ce sera au moins 18.000 naissances par an contre seulement 2.500 vaches importées en 2024 au Sénégal. L’audit de ce programme devrait permettre de meilleures prises de décision dans l’avenir. Il en va de l’atteinte de la souveraineté laitière du Sénégal.
Que faudrait-il faire pour améliorer la qualité de l’alimentation des animaux ?
On peut arriver à la souveraineté alimentaire pour le bétail ; mais il faut aussi une importante capacité de production fourragère toute l’année. Le premier problème de l’élevage, c’est l’alimentation. Il faut que nos animaux puissent disposer d’herbes de qualité toute l’année. Ce qu’on a souvent au Sénégal, c’est de l’herbe asséchée, qui n’a plus aucune valeur nutritive. Il faut cultiver du fourrage parle développement de l’agrobusiness. Nous avons 240.000 hectares dans la vallée du Fleuve Sénégal et on exploite à peine la moitié en production rizicole. Le Sénégal doit encourager et accompagner les investissements privés surtout nationaux
La culture fourragère est très rentable et des sociétés étrangères dont je tairai les noms exploitent cette opportunité, mais écoulent leurs productions à l’étranger. Il est temps qu’on puisse arriver à ce que, véritablement, on puisse produire du fourrage. Ce sont là les clés de la souveraineté laitière du Sénégal qui a importé, selon la FAO, plus de 24.856,1 tonnes en lait et produits laitiers en 2023, pour une valeur de 76.881.000 millions de dollars américains.
L’ÉLEVAGE EN QUÊTE DE PANACÉE
Alors que près de la moitié des ménages ruraux en dépendent, ce pan crucial de l'économie reste bridé par des obstacles structurels. À quelques heures de la Journée nationale de l'Élevage, les nouvelles autorités dévoilent une feuille de route ambitieuse
Le Sénégal célèbre demain, samedi 22 février 2025, la Journée nationale de l’Élevage, un sous-secteur d’une importance stratégique pour l'économie et la souveraineté alimentaire du pays. Malgré son potentiel, l'élevage reste cependant sous-exploité, bien que pratiqué par 29,5 % des ménages sénégalais, soit 476 668 foyers. Ce secteur pourrait pourtant offrir de grandes opportunités en matière de revenus, d’emplois et de renforcement de la résilience face aux crises alimentaires.
Le sous-secteur de l’Elevage joue un rôle clé pour l’économie et la souveraineté alimentaire. Cependant, les politiques de développement du cheptel n’ont jamais permis aux acteurs de surmonter les contraintes majeures telles que le manque d’investissements publics et de services de crédit, l’insuffisance des pâturages, du fourrage et des points d’eau, ainsi que la forte incidence des maladies animales. Tous ces facteurs font que le Sénégal peine toujours à atteindre l’autosuffisance en viande et en lait malgré les différentes politiques mises en place parles régimes précédents. Conscientes de ces enjeux cruciaux, les nouvelles autorités semblent déterminées à exploiter pleinement le potentiel de l’élevage par l’entremise de réformes ambitieuses. Ce sous-secteur représente en effet 28,5 % de la valeur ajoutée du secteur primaire et 4,3 % du Produit intérieur brut (PIB), justifiant ainsi la nécessité de politiques publiques adaptées.
En milieu rural, l’élevage est encore plus déterminant, avec 47 % des ménages ruraux qui en dépendent pour leurs besoins en protéines animales et leurs revenus. Ces derniers permettent notamment de couvrir les dépenses de santé et d’éducation des enfants. De plus, l’élevage soutient efficacement les systèmes agricoles mixtes, combinant production agricole et élevage.
De nouvelles mesures pour dynamiser le secteur
À l’approche de la Journée nationale de l’Élevage, le Conseil des ministres de mercredi a mis en avant des actions prioritaires. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a demandé au Premier ministre et au ministre en charge de l’Élevage d’accélérer l’actualisation du Programme national de production fourragère. Cette initiative vise à garantir une meilleure maîtrise des prix de l’alimentation du bétail et à mettre en place une stratégie efficace de lutte contre les feux de brousse.
Dans cette même dynamique, le chef de l’État a ordonné l’exécution immédiate d’un plan d’aménagement des parcours du bétail et des zones de pâturage, en particulier dans la zone sylvo-pastorale. Il a également insisté sur la nécessité d’un recensement national régulier du cheptel, afin d’optimiser les ressources et les interventions de l’État dans le secteur.
Lutte contre l’insécurité et le vol de bétail et promotion des filières avicoles et laitières
La sécurisation du bétail figure aussi parmi les priorités. Le président Bassirou Diomaye Faye a instruit le ministre des Forces armées et celui de l’Intérieur de renforcer les actions préventives contre le vol de bétail. Par ailleurs, il a demandé un recensement exhaustif des infra structures et équipements pastoraux réalisés par l’État, afin d’en optimiser l’exploitation et l’entretien.
Concernant la filière avicole, le président a exhorté les ministères concernés à favoriser la production locale de viande et de lait, en encourageant la consommation des productions animales nationales. Il a également sollicité une réforme du Fonds de Stabulation (FONSTAB), en revoyant les critères d’attribution et les dotations financières.
Vers une modernisation durable du secteur
Dans le cadre de cette vision ambitieuse, le gouvernement s’engage aussi à renforcer les ressources humaines spécialisées, tout en poursuivant les campagnes de vaccination du cheptel et les recherches sur l’amélioration des races bovines.
Toutes ces mesures, annoncées à l’occasion de la Journée nationale de l’Élevage, témoignent d’une volonté politique forte d’accompagner les acteurs du secteur. Si elles sont appliquées avec rigueur et engagement, elles pourraient permettre de relever les défis de la souveraineté alimentaire et d'assurer un avenir prospère à l'élevage sénégalais.