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4 avril 2025
Femmes
CES DAMES AU «FOUR PROFESSIONNEL» ET AU «MOULIN DOMESTIQUE»
En ce mois de ramadan, les femmes sont tiraillées entre leurs devoirs professionnels et leurs obligations familiales - Une double responsabilité qui réduit leur temps de repos dans des familles où les membres se considèrent le plus souvent comme des convi
Une double responsabilité qui réduit leur temps de sommeil et de repos dans des familles où les membres, - à quelques exceptions près-, se considèrent le plus souvent comme des convives. « Le Témoin » a fait 24 tours d’horloge avec des femmes actives…
L’aiguille du réveil, réglée à 4 heures 30 du matin, vient de sonner. Des yeux toujours fermés, Codou Dieng appuie sur un bouton et arrête l’alarme. Les deux mains collées au-dessus de la tête, elle soupire entre deux « thip ». La fatigue de la journée de la veille ne l’a pas encore quittée. Mais elle doit s’armer encore de courage pour se tirer du lit. Il reste encore une semaine à tenir, et bien tenir, pour « retrouver sa vie normale ». « J’appelle la vie normale, les autres mois de ramadan où je dors plus et me repose normal. Et où je fais 9 heures de sommeil par jour », a-t-elle dit alors qu’elle venait à peine d’ouvrir ses yeux et mettre ses pieds à terre. C’est à cette heure très matinale de la journée que démarrent depuis le début du mois de ramadan les journées de la jeune femme. Des journées longues, dures, pénibles, stressantes, angoissantes et encombrantes chez cette jeune femme active qui est sur tous les fronts. Cadre dans une banque, Mme Tall est toujours tiraillée entre ses devoirs professionnels et ses tâches ménagères. Le temps de jeûne impose à cette dernière une course contre la montre. « Chaque jour, est un jour de combat pour moi. Je suis vraiment épuisée.
En temps normal, c’est déjà difficile d’être performante au travail, de s’occuper des enfants et gérer les tâches ménagères, même si j’ai une domestique qui m’aide dans certains travaux. C’est donc plus difficile durant le ramadan où le temps de repos est presque minime », fait-elle savoir. Cela fait en effet un mois qu’elle se lève tous les jours à 4 heures du matin pour aller au lit vers les coups de minuit. Juste 4 heures de sommeil là où elle devait faire 9 heures comme le recommandent les spécialistes de la santé. Que ce soit sur le plan physique comme moral, le mois de ramadan, de l’avis de cette femme, suscite plus de complications chez elle qu’on ne l’imagine. Car, dit-elle, on va devoir remettre à la fois mille choses en ordre.
De 7 heures le matin à 16 heures dans l’après-midi, -donc après 8 heures passées au bureau-, la femme au teint café au lait se rend aussitôt au marché d’à côté pour faire ses courses avant de prendre la route pour arriver à son domicile un peu plus de 20 minutes, « s’il n’y a pas de trafic sur la route », a-t-elle souligné. « Certes je suis une femme active qui a une domestique, mais en pure sénégalaise, je veille personnellement sur ce que mon mari prend comme alimentation. Déjà, il est diabétique et il a un régime personnel à suivre. C’est pourquoi la cuisine prend fin à quelques minutes de la rupture du jeûne ». Cette dame dont les principales activités du mois béni se résument entre le « four professionnel » et le « moulin ménager », subit une pression supplémentaire en cette période durant laquelle elle investit beaucoup plus de temps et d’efforts que d’habitude.
Pressions supplémentaires
Ces dures journées de Codou, c’est le quotidien de presque toutes les femmes en ce mois de dévotion, de partage, d’abstinence et de solidarité. Mois pendant lequel la femme est toujours la première à se lever pour l’entretien de la maison et de la famille et la dernière à se coucher pour un « petit temps de repos ». De la famille qui constitue pourtant un groupe social avec des membres, seule la femme porte le fardeau. Presque tous les autres membres se considèrent comme des convives au sein de cette même famille. « Je n’ai même pas une minute pour prendre soin de moi. Au Sénégal, quand on est mariée, notre statut est réduit à une simple ménagère même si on est femme active. C’est pourquoi du matin au soir, les tâches ménagères ne finissent jamais. On essaie juste et tant bien que mal de gérer mieux notre temps de travail », a expliqué la dame Anita Mbaye qui dit avoir beaucoup de mal à assumer cette double responsabilité pendant le mois de ramadan.
Pour cette femme au foyer et en même temps active, on ne fait donc que retrousser les manches et s’armer davantage de courage dans des familles où le plus souvent la solidarité fait défaut. Tout de même, elle se sent aujourd’hui « soulagée », quand, ditelle, « je pense que seulement quelques jours, pour ne pas dire une semaine, nous séparent de la fête de la Korité, même si je ne peux pas me réjouir du fait que le mois ramadan tire à sa fin ». Bintou Coulibaly semble avoir plus de chance que la dame Codou Dieng. Elle n’a pas engagé une domestique, mais elle a, à côté, « quelqu’un » qui la soutient dans les travaux. Celui- ci se trouve être son époux. Un homme compréhensible qui trouve même ce plaisir à aider sa femme à la maison pendant le mois de ramadan. « Elle n’est pas une femme au foyer. Elle veut aussi garder son autonomie. Nous nous mettons toujours à travailler à deux.
Rien qu’en pensant à mes dures journées passées au bureau, je me dis que cela ne doit être facile pour elle. Je me dis que c’est inélégant de les laisser aussi toutes seules face aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants », a suggéré Pape Kane qui pense qu’il revient à l’homme d’installer un climat d’épanouissement et de bonheur pour le bien-être de sa famille. Seulement toutes les femmes activent n’ont pas cette chance d’avoir à leur côté un homme aussi compréhensible. Certaines, face aux exigences de l’heure, vont devoir supporter un homme compliqué et très exigeant. Enseignante dans une école privée de la place, Mariama Faty, taille svelte, fait toujours appel à son ingéniosité pour une bonne organisation du « Ndogou ». Sinon, « bonjour les dégâts ». Car « il (son mari) s’emporte vite.
Pour un rien, il lève la voix en te grondant devant les enfants voire des invités », se désole cette mère de quatre enfants, tous des garçons. « Dieu ne m’a pas encore gratifié d’une fille. Et pour certaines tâches ménagères, je ne veux pas les confier à des garçons. Sinon cela peut répercuter sur leur avenir. Je me rappelle encore de la production théâtrale intitulée ‘’Azou le Beau’’. Une scène dans laquelle la femme a complètement anéanti la vie de cet enfant qui, pourtant, est issu d’une famille respectueuse et honorable. Donc je fais de mon mieux pour assurer les tâches dans la maison tout en leur inculquant les bonnes valeurs », a tenté de se justifier Mme Faty qui trouve un ruse pour ne pas s’emporter ou se prendre la tête à cause de ce dur labeur. Elles associent donc le courage et les efforts pour répondre aux exigences de la famille durant un mois béni, mais qui n’est pas de tout repos pour les femmes, notamment, celles qui ont des activités professionnelles et souvent très chargées au sein de leur entreprise.
par l'éditorialiste de seneplus, demba ndiaye
POUR TOUTES LES BINTA CAMARA, CONTRE LES HYPOCRISIES !
EXCLUSIF SENEPLUS - C’est dans les familles d’abord, les écoles qu’on « dispense » une éducation qui fait du garçon un petit monstre aux comportements « masculins », un violent en puissance vis-à-vis des jeunes filles
Tout à nos fanfaronnades, on se voit plus beaux qu’on est ; plus vertueux alors que nos actes et comportements dessinent le contraire ; on se dit croyant, voire pieux, alors que nous sommes les plus grands pécheurs devant l’Eternel ; on plaide la droiture alors qu’on ment comme des arracheurs de dents et que, souvent, trop souvent, notre rapport au bien publique est d’une légèreté coupable. Bref, nous sommes, nous vivons dans une société d’hypocrisies.
Nos larmes de pleureuses, nos indignations aussi sélectives qu’éphémères, nos hauts-le-coeur face aux crimes des nôtres, nos crimes, définissent une société de ...faussetés, d’hypocrites assumées, de mensonges intégrés comme des vérités. Violences, viols, meurtres, bref toutes ces violences qui relèvent de l’état animal qu’on pense, non, qu’on espère, plus encore, qu’on conjure, tout cela, ces « déviances » là, sont notre humanité.
Quand une société, à force d’altération de son être profond, fondateur, se dissout dans les oukases de prétendues valeurs religieuses, pourquoi elle ne secrèterait pas des gens qui ont grandit dans les mensonges. D’une prétendue supériorité morale et physique ; de celui par qui lequel la femme ira au paradis ou en enfer selon qu’elle aura été l’esclave ou non de son maître de mari. Pourquoi une telle « dé-éducation » ne formaterait-elle pas des esprits pour qui, les violences, les viols, la déshumanisation des femmes, relèveraient de décrets et droits devins ?
C’est dans les familles d’abord, les écoles (toutes les écoles) qu’on « dispense » (que je déteste ce mot !) une éducation qui fait du petit garçon un petit monstre aux comportements « masculins », c’est à dire, violent et violeur en puissance vis-à-vis des jeunes filles qui deviendront les victimes expiatoires de leurs frères à qui on a attribué (octroyé) le permis de brimades, oppression, voire de tuer si on résiste à leurs envies de viols.
La petite fille balaie, fait le ménage et le linge, la popote pour toute la famille (en générale très élargie), celle à qui on ne demandera pas son avis (pourquoi on lui reconnaîtrait cette humanité ?) pour lui imposer des co-épouses auxquelles (jusqu'à quatre) son homme et maître a droit du fait « d’autorisations divines ». Souvent, trop souvent, presque toujours, on oublie la condition : « si tu peux (économiquement), et surtout, si tu peux mettre les quatre sur le même pied d’égalité ! Or, aucun humain ne peut garantir et prétendre à cette « égalité » vis-à-vis de « ses épouses-esclaves ». Même entre ses enfants, il arrive qu’un parent ait plus d’ « amour » que l’autre, que les autres. Nous parlons là de liens de sangs et non de choix, désir-décision de vie commune, d’amour qui n’est pas filiale.
Si tu peux ! Si tu peux subvenir à tous leurs besoins (matériels et sexuels) de la même manière ; si tu peux prendre en charge correctement les produits de tes semences et non les « fabriquer » et puis les confier, les jeter à la rue, ou les mètre en gage (cage) chez l’usurpateur, l’usurier, le marabout, marchand de jeunesses et à l’occasion, violeur et pédophile.
L’hypocrisie de ces « parents » qui, sous prétexte de « nos valeurs », de « nos traditions », d’une « morale » puisée dans des délires religieux, voire dans des interprétations utilitaires pour les hommes, ces parents donc, ruent dans les brancards quand on suggère de considérer leurs enfants comme des êtres humains et qui donc, doivent connaître leur corps, son fonctionnement, ses organes leur usage, leur utilité, mais aussi leur nocivité, donc d’introduire cette éducation là, cette formation là, cette ouverture d’esprit-là.
Il se trouve même des imbéciles drapés dans des réputations surfaites d’intellectuels, ...d’ex révolutionnaires, de toujours (hélas) leaders d’opinions, qui justifient le viol par le chômage ! Sur quelle étude sociologique ou statistique s’appuie-t-il pour assener de telles contre vérités, de telles monstruosités ? Parce que, en dehors de statiques fiables, les comptes rendus de presse et d’audience ne tracent pas de tels profils de violeurs, tortionnaire de femmes.
Ils sont ouvriers, paysans, maçons, pêcheurs, enseignants (instituteurs ou professeurs), cadres, hauts fonctionnaires, ministres, députés et même chefs d’Etat, vrais et faux marabouts, médecins dans le secret de leurs cabinets, mêmes des PCA qui se tapent des bagnoles de 46 millions alors que leur société est incapable de payer les salaires à temps, de s’acquitter des cotisations sociales (Ipm, Ipres), on trouve ces salopards partout dans cette société d’hypocrisies. Oui, on trouve ces prédateurs un peu partout dans les ténèbres et pénombres d’une société qui se croit policée alors qu’elle se comporte comme le dernier des incultes !
Une société où de dangereux obscurantistes, prédateurs, qui se terrent le jour et sortent de son terrier quand un être humain en tue un autre, pour toutes les raisons possibles (détraqués ou saints d’esprits), pour nous chanter le retour de la peine capitale comme antidote aux pulsions de violences, viols, voire de mort. Courageusement, ils invoquent DIEU, pour entuber la populace, enfumer son esprit et justifier en vérité leurs penchants sanguinaires ! Ce sont des rebuts de l’Histoire et falsificateurs des Saintes écritures.
Il est cependant illusoire de croire qu’on peut solutionner la question des violences faites aux femmes, et toutes les autres violences du reste, par des gadgets produits des émotions devant la barbarie humaine. Oui, l’humain peut être barbare, sanguinaire, sauvage, tueur ! Il est très rarement ange, et plus souvent le diable.
Non, on ne fera pas l’économie d’une éducation réformée où on n’apprend plus différemment la vie en société aux jeunes filles et aux jeunes garçons ;
On bannira les exégèses à l’emporte pièces des saintes écritures destinées à perpétuer la supposée « mâle supériorité-domination » ; on éduquera filles et garçons dans une fraternelle égalité et mutuel respect. Bref, l’humanité et ses attributs positifs se fabriquent dans la famille, l’école (les écoles), les traditions positifs et non dans la nostalgie des archaïsmes de temps révolus.
L’Etat s’acquittera de son rôle de régulateur et de formateur impartial des citoyens. Il dispensera l’éducation et la formation. Des filles et des garçons de la même façon, sans discrimination ; ses démembrements, forces de sécurité, de répression et de justice montreront le même respect pour les hommes comme pour les femmes. Ils s’abstiendront de traitement selon le sexe, les réflexions sexistes, voire dégradantes dans leurs services.
Bref, une société qui ne ferme pas les yeux sur ses tares, ne promeut pas filouterie, vols, détournements. Une société d’humains, égaux devant elle, sans petits monstres ni fillettes futures esclaves.
Notre société est-elle capable d’une (de) telle(s) révolution(s) ? Peut-elle trouver en elle, dans ce qu’elle a de mieux comme valeurs non corrompues, le courage de faire face à ces tares et dérives pour nettoyer ses déchets ...sociétaux ? Quoi qu’il en soit, il est évident qu’aucun raccourci juridique ou barbarie légale ne résoudront nos problèmes de société.
Pour paraphraser l’autre, l’humanité ne se pose que les questions dont elle a les réponses. J’ajoute que les solutions à nos problèmes de société se trouvent dans cette même société ; dans le génie humain. Utilisons-le à bon escient. Avec bien sûr, une très bonne et grosse dose de courage politique et sociale face à l’obscurantisme des obscurantistes, aux vraies-fausses pesanteurs supposées immuables.
«Dafadoy» («Ça suffit», Wolof). C’est la révolte des femmes pour dénoncer les agressions, viols, violences et meurtres dont elles sont victimes, particulièrement les petites filles.
Elles ont exprimés leur ras-le-bol à travers le sit-in du Collectif contre les violences faites aux femmes et aux enfants organisé un avant-hier, samedi 25 mai, à la Place de la Nation (ex-Obélisque). Ce collectif qui appelle à la «criminalisation» du viol et à la «tolérance zéro» peut compter sur les femmes parlementaires, dans ce combat. En attendant, Ziguinchor et Tambacounda ont aussi dit «halte, ça suffit !» (Voir par ailleurs)
«Nous demandons que le viol soit criminalisé et la tolérance zéro pour protéger les femmes et les enfants d’une destruction physique et mentale qui leur coûte de plus en plus la vie à la fleur de l’âge». C’est le Collectif contre les violences faites aux femmes et aux enfants qui élève ainsi la voix pour dire halte à la série de viols et meurtres dont sont victimes ces couches vulnérables de la population, scandant «dafadoy !» («Ça suffit !», en Wolof). C’est dans un mémorandum lu par Elyas Ndoye, une de ses membres, et signé par une quarantaine d’associations et de plateformes regroupant des organisations et des mouvements de femmes, lors d’un sit-in tenu à la Place de la Nation.
A travers cette manifestation, le collectif dénonce une série de meurtres enregistrés au Sénégal, notamment celui de Bineta Camara à Tambacounda, une affaire qui a particulièrement ému plus d’un à travers le pays et dans la diaspora.
Selon l’Agence de Presse sénégalaise (APS), le collectif a, par la même occasion, appelé «l’Etat à renforcer son arsenal juridique et institutionnel pour protéger les droits des femmes et des enfants». Aussi a-t-il exhorté «la population à briser le tabou pour éviter le +neup neupal+ (étouffer l’affaire) qui ne fait qu’aggraver le problème. La protection des femmes et des enfants est l’affaire de tous et nous disons stop aux violences qui leur sont faits». Les membres du collectif restent convaincus que «la solution est de mettre fin à ce fléau notamment par la mise en place d’une stratégie efficace de la part des pouvoirs publics, de la société civile et impliquant les populations».
CRIMINALISATION DU VIOL : DES FEMMES PARLEMENTAIRES PORTENT LE COMBAT
L’appel des manifestants est entendu par les femmes parlementaires qui s’engagent à porter le combat à l’Assemblée nationale pour que «le viol soit criminalisé». «En tant que parlementaires et en tant que femmes, nous avons bien entendu ce qui est dit dans le mémorandum et nous vous donnons l’assurance qu’à l’Assemblée nationale, nous allons porter le combat pour qu’on aille vers la criminalisation du viol», a déclaré Awa Guèye, la vice-présidente de l’Assemblée nationale, au nom de la délégation de ce parlement.
Et la parlementaire qui a reçu un mémorandum dans lequel ce collectif exige des mesures concrètes et urgentes pour faire face à la recrudescence des violences faites aux femmes et aux enfants de donner des gages. «Chères sœurs, chères filles chères nièces, nous vous disons que nous sommes uniques, nous pleurons la même chose et nous vous donnons notre engagement que ce combat nous allons le mener ensemble. Dès lundi (aujourd’hui, Ndlr), s’il plait au Bon Dieu, vous allez entendre la voix des femmes parlementaires pour que le viol soit criminalisé, une bonne fois pour toute».
Auparavant, Mme Awa Guèye qui dit «compatir à la douleur de toute femme ou jeune fille qui est victime de violence», a présenté par la même occasion «ses condoléances à toutes les familles éplorées». Non sans insister sur la nécessité de retourner à nos valeurs éthiques et morales et sensibiliser davantage la population sur les valeurs comme la dignité, l’intégrité, le respect de la vie humaine. «Je me demande ce qui est arrivé au Sénégal et à notre population si c’est un ami qui viole et tue ton enfant, si c’est ton chauffeur qui t’égorge et c’est ton voisin qui tue ton enfant», s’interrogée la parlementaire. Allusion aux meurtres de Bineta Camara (tuée par un proche de son propre père) et l’ancienne 5ème vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Fatoumata Matar Ndiaye égorgée par son propre chauffeur, Samba Sow, en fin mai 2017.
TAMBACOUNDA : Des centaines de manifestants disent «Non, ça suffit !»
Des centaines de manifestants ont marché dimanche dans les rues de Tambacounda (Est) pour dénoncer la recrudescence des agressions sexuelles, des viols suivis de meurtre dans le pays. En majorité des femmes, les manifestants ont dit “Non aux agressions et les violences faites aux femmes”. “Ça suffit !”, c’est le slogan de plusieurs manifestants qui ont sillonné depuis 8 heures, des quartiers de la commune avant d’arriver devant la gouvernance, point de chute. “Beaucoup de femmes et de jeunes filles sont victimes de violences physiques ou sexuelles, de crimes ou de mutilations génitales”, a déclaré la porte-parole, Fatoumata AÏdara.
Cette manifestation est organisée suite à la mort d’une jeune fille, Binta Camara, tuée samedi dernier dans son domicile, à Tambacounda. “Nous dénonçons l’assassinat de notre sœur Binta Camara, une fille bien, pieuse et très courtoise. Il est temps que cesse la violence sur les femmes et les jeunes filles”, a indiqué Mme Aïdara. A travers un mémorandum, elle sollicite la mobilisation de tous pour mettre fin aux violences physiques et morales que subissent les femmes depuis quelques moments. “Nous jugeons indispensable de faire progresser les normes sociales liées au genre et promouvoir le respect entre les hommes et les femmes”, a-t-elle fait savoir. Les manifestants réunis autour d’un comité, comptent lancer une campagne dans le département pour alerter sur l’ampleur des nombreuses violences faites aux femmes.
Ibrahima DIALLO
ADJA ASTOU LIBÉRÉE
L'animatrice de 7TV était depuis samedi, en garde à vue dans les locaux de la section recherches de la gendarmerie, à Dakar, pour ses propos sur le viol dans les sociétés peules
Adja Astou Cissé, employée par une télévision privée sénégalaise, a été libérée dimanche par la gendarmerie, a appris BBC Afrique de l'avocat Moussa Sarr, chargé de sa défense.
Interpellée samedi par la section recherches de la gendarmerie, à Dakar, elle a été placée en garde à vue pour ses propos sur le viol dans les sociétés peules.
Tout en condamnant le phénomène, l'animatrice, elle-même membre de l'ethnie peule, a déclaré lors d'une émission de la 7TV, jeudi dernier, que "les viols étaient nombreux dans les anciennes sociétés peules".
Des dizaines de personnes ont tenté de se réunir samedi devant les locaux de la 7TV à Dakar pour manifester leur colère.
Elles n'ont pas pu accéder au siège de la chaîne, car la gendarmerie est intervenue, a expliqué à BBC Afrique un employé de la chaîne.
"Ce sont des propos malheureux que nous condamnons. Nous présentons nos sincères excuses à la communauté peule et aux Sénégalais qui ont été choqués par ces propos", a déclaré samedi soir Maïmouna Ndour Faye, la responsable de 7TV, citée par l'Agence France-Presse.
"Ce qui s'est passé est une erreur. Je présente mes excuses aux Sénégalais et aux Peuls, à mes proches et parents que j'ai offensés. Je suis peule et fière de l'être", a ensuite déclaré Adja Astou Cissé, s'exprimant en wolof, puis en peul.
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DAKAR SE MOBILISE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES
Trois cas de meurtres et plusieurs tentatives de viol en une semaine - Après l'émotion, la mobilisation. Plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées aujourd'hui dans la capitale, avec un mot d'ordre : "Plus jamais ça !"
Trois cas de meurtres et plusieurs tentatives de viol en une semaine. Après l'émotion, la mobilisation. Plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées aujourd'hui à Dakar, avec un mot d'ordre : "Plus jamais ça !"
Reportage de Margot Chevance et Sébastien Duhamel de TV5 Monde.
Par Sidy DIOP
IDEOLOGUES DU VIOL
Depuis le meurtre de la jeune Bineta Camara à Tambacounda, le débat sur le viol s’est invité sur les plateaux télés et radios - Et l’on en entend de sidérantes billevesées !
Depuis le meurtre de la jeune Bineta Camara à Tambacounda, le débat sur le viol s’est invité sur les plateaux télés et radios. Et l’on en entend de sidérantes billevesées ! Moustapha Fall, le « Che » tropical de Kaolack est d’avis qu’il faut décriminaliser le viol «pour que les violeurs ne tuent plus leurs victimes». «On a toujours violé au Sénégal, mais on ne tuait pas. C’est la peur de se faire prendre qui pousse les violeurs à tuer», défend-il sur le plateau de la 7Tv.
Et comme la gaucherie n’a pas de limite, l’invité à la rutilante voiture de fonction pense tout haut que les violeurs violent parce que ce n’est pas facile de prendre femme au Sénégal. «Il faut faciliter l’accès aux femmes pour que les cas de viols diminuent». Rien que ça ! Sur le même plateau, une chroniqueuse à la culture générale aussi ténue qu’un fil de soie y va aussi de son péan en poussant plus loin le bouchon de la grossièreté : «Jadis, c’est dans les familles toucouleur-halpulaar que les personnes âgées violaient plus les petites filles».
Et «Che» d’opiner : «Bien sûr». Diantre ! Une légèreté qui fait écho aux propos tenus naguère par Songué Diouf : «Nous vous violons parce que vous violez tous les codes moraux en nous donnant envie de vous violer par votre manière de vous habiller». C’est définitif, le viol tient ses nouveaux idéologues.
GËNJI HIP-HOP S’ENGAGE ET DENONCE
Ce samedi, des activistes d’horizons divers ont décidé d’organiser un sit-in, à la place de l’Obélisque, pour dire non aux violences faites aux femmes et aux enfants
A la lutte, s’adjoint une association essentiellement composée d’artistes femmes et d’activistes évoluant dans les cultures urbaines.
Née en 2017, Gënji hip-hop est une association qui regroupe des femmes artistes et activistes évoluant dans les cultures urbaines et de nationalités diverses. Elle compte, à ce jour, 70 membres ; 70 femmes qui veulent marquer leur empreinte. C’est ainsi qu’elles ont décidé de se joindre aux organisateurs du sit-in ‘’Dafa doy’’, pour dire non aux violences faites aux femmes et aux enfants.
Des activistes ont décidé, après les assassinats de deux jeunes filles à Tambacounda et à Thiès, de se lever pour sensibiliser les autorités publiques sur le danger que courent les femmes. ‘’Pour Gënji hip-hop qui regroupe que des femmes, les violences que les femmes subissent doivent être punies. Personne ne doit être violenté, encore moins la femme qui est le noyau dur de toute société. Si cette situation persiste, c’est parce qu’il y a beaucoup d’empathie envers les violents et les violeurs’’, explique la secrétaire générale de l’association, Ndèye Fatou Tounkara dite ‘’Wasso’’. Pour elle, le combat, aujourd’hui, entre autres, serait d’arriver à faire criminaliser le viol. ‘’Les victimes de viol sont souvent mal jugées.
La plupart du temps, la faute est rejetée sur elles’’, se désole-t-elle. Ce qui lui fait dire que ‘’la société est complice’’, mais également la famille. ‘’Les parents ne veulent pas dénoncer les violeurs et se soucient de l’honneur de la famille au lieu de la vie de leur enfant’’, s’attriste-t-elle.
Pour dire non à ce silence coupable, lourd de conséquences, Gënji a décidé d’être artistiquement présente, demain. Elle ne sera pas à la place de l’Obélisque que pour ‘’s’asseoir’’. Elle livrera une performance. ‘’Ce sera un sketch en mime, qui va mettre en scène différentes composantes de la société sénégalaise, notamment celles que nous considérons comme complices, afin de leur dire d’arrêter de demander aux victimes de viol ou même de violences conjugales de se taire et d’aller dénoncer leurs bourreaux afin qu’ils soient sanctionnés’’, explique-t-elle. Elle ajoute, dans le même ordre d’idées, qu’elles n’ont pas choisi un spectacle mimé par hasard. ‘’Les victimes sont souvent forcées de ne pas parler de ce qu’elles ont subi. La société leur demande tout le temps de se taire. Elles vivent leur souffrance en silence. C’est pourquoi nous avons voulu symboliser ce silence par le mime’’, indique-t-elle. Très engagées, les femmes de Gënji hip-hop ne comptent pas s’en tenir à l’action de ce samedi. ‘’Ce sit-in est pour nous une étape dans la lutte, car nous n’allons pas nous en arrêter-là’’, affirme, confiante, Wasso
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MARIE DIOUF, LA REINE DU SEL
Cette cheffe d'entreprise est l'une des rares femmes à posséder son exploitation de sel au Sénégal - Surnommée "la reine du sel", elle rajoute de l'iode à ses cristaux pour lutter contre les carences - Un équilibre indispensable pour une bonne santé
Cette cheffe d'entreprise est l'une des rares femmes à posséder son exploitation de sel au Sénégal. Surnommée "la reine du sel", elle rajoute de l'iode à ses cristaux pour lutter contre les carences. Un équilibre indispensable pour une bonne santé.
"NOUS AVONS L'IMPRESSION D'ÊTRE À LA PÉRIODE ANTÉISLAMIQUE"
Amsatou Sow Sidibé réagit à la recrudescence des meurtres de femmes dans le pays
«Il faut qu’il y ait une sorte de ndeup national pour mettre dans la tête des sénégalais que les filles et les femmes sont des personnes. Je demande qu’il y ait des concertations approfondies sur les causes, les conséquences et sur les mesures à prendre», a plaidé l’universitaire Amsatou Sow Sidibé. Qui condamne avec fermeté, la recrudescence des meurtres de femmes au Sénégal, ces derniers jours. Une situation qui lui rappelle l’Arabie antéislamique où les filles étaient enterrées vivantes.
«Nous avons l’impression, dit-elle, d’être à la période antéislamique où l’on enterrait les filles vivantes, d’être en cette période aussi de droit romain où le pater familial avait le droit de vie et de mort sur les femmes et les enfants et malheureusement on note que l’Etat ne fait pas grand-chose alors que ces filles et ces femmes sont des personnes humaines qui méritent protection», réagit Professeur Amsatou Sow Sidibé sur Rfm, reprise par Sud quotidien.
Non sans formuler quelques regrets : « Les filles souffrent dans notre pays. La société sénégalaise est très discriminante vis-à-vis des filles et des femmes».
BINETA CAMARA TUÉE PAR STRANGULATION
Un foulard retrouvé noué et serré autour du cou de la victime laisse penser qu’elle a été étranglée à mort, indique le Bureau des relations publiques de la Police nationale
La jeune Bineta Camara retrouvée morte à son domicile, samedi, aurait été tuée par strangulation, a appris l’APS mardi de source policière.
Un foulard retrouvé noué et serré autour du cou de la victime laisse penser qu’elle a été étranglée à mort, a notamment indiqué le Bureau des relations publiques de la Police nationale dans un communiqué rendu public mardi.
Un homme d’une trentaine d’années a avoué devant les enquêteurs être l’auteur du crime, alors que la victime a été inhumée ce mardi à Tambacounda en présence d’une foule nombreuse.
Dans le communiqué rendant compte des premiers éléments de l’enquête, le chef du Commissariat Urbain de Tambacounda dit avoir être informé samedi vers 22 heures, d’un cas de meurtre commis dans un domicile sis au quartier Saré Guilèle, dans la commune de Tambacounda.
Le déplacement sur les lieux a permis de constater, dans une chambre, le corps sans vie d’une dame identifiée au nom de Bineta Camara, née en 1996, qui vivait seule, peut-on lire sur le communiqué.
Les constations et autres indices relevés sur la scène du crime ont dans un premier temps amené la police à conduire le gardien de la maison au siège du commissariat pour un garde à vue.
L’exploitation des résultats des réquisitions faites et les prélèvements et autres indices de la police scientifique ont accéléré l’enquête, conduisant les policiers chez Pape Alioune Fall, né en 1986 à Tambacounda, menuisier, domicilié au quartier Saré Guilèle.
Les égratignures trouvées sur sa poitrine et sur ses parties intimes ainsi que la découverte d’un caleçon tacheté de sang qui, selon les analyses s’est révélé être celui de la victime, ont amené le suspect à avouer son acte. Il reconnaît également avoir agi seul, rapporte le texte.
La perquisition effectuée dans la demeure du mis en cause qui ne vit pas seul, a permis de découvrir le téléphone portable de la victime soigneusement dissimulé à l’intérieur du matelas qu’il a troué pour la circonstance, selon la police.
L’auteur présumé du crime a déclaré avoir attendu la sortie du gardien avant de s’introduire dans la demeure et ajouté avoir escaladé après son acte, le mur de la clôture, à l’aide d’une échelle trouvée sur place.