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4 avril 2025
Femmes
UNE CHEFFE DE CHANTIER PAS COMME LES AUTRES
À 52 ans, Léna Keïta est à la tête des travaux de rénovation de la gare de Dakar. Elle est surtout la première Sénégalaise à avoir autant de responsabilités sur un tel chantier
Le Point Afrique |
Jane Roussel |
Publication 17/07/2019
« Mademoiselle, attendez. Nous n'avons pas de femmes sur nos chantiers. Mais on va essayer. » L'histoire de la première femme cheffe de chantier du Sénégal a commencé avec cette phrase. Elle s'appelle Léna Keïta, elle a 26 ans, nous sommes en 1993. Elle vient de passer un entretien pour un stage avec Gérard Sénac, directeur de la filiale Eiffage à Dakar. Peu de temps avant, elle a décidé qu'il était hors de question pour elle d'être la femme au foyer que certains avaient déjà imaginé qu'elle serait.
Un parcours pas évident...
Léna est née à Dakar, elle vient d'une famille traditionnelle. Ses parents sont illettrés, mais ils aimeraient la voir faire des études. Après son bac, elle est sélectionnée pour une bourse d'études dans le cadre de la coopération sénégalo-algérienne. Le sujet de la bourse ? Le BTP. « Quand j'ai reçu ça, je me suis dit : mais pourquoi ils me mettent là-dedans ? » Malgré tout, elle part à Alger suivre la licence en bâtiment. Elle s'y plaît véritablement, les chantiers deviennent petit à petit sa « passion ».
Une fois la licence terminée, de retour sur sa terre natale, il est temps d'enfiler le casque de chantier et de se confronter à la réalité du terrain. Pas facile de trouver du boulot quand on est une femme dans ce milieu, surtout en Afrique, il y a 26 ans... Elle rigole, sa voix grave détonne, mais ses yeux se plissent à peine, elle n'a pas la moindre ride.
Son travail est très mal vu. Elle se souvient des trajets en bus en tenue de chantier, avec ses chaussures de sécurité, et les regards de travers qui se posaient sur elle. Même à la maison, « mes parents disaient : elle est partie étudier et maintenant elle rentre avec un jean sale ? » Sa réponse est nette : rien à faire du qu'en-dira-t-on. Elle est la seule de sa famille à avoir fait des études et à avoir des responsabilités aujourd'hui. Elle sourit, « je suis un pilier de la famille. Je suis très fière de ça ».
... malgré la chance du début
Elle reconnaît en être là (en partie) grâce à un coup de chance. Le 7 juillet 1993, le siège d'Eiffage Sénégal reçoit une lettre dans laquelle Léna a rédigé toutes ses motivations. Elle demande un stage. Le facteur croise Gérard Sénac par hasard devant la porte du bâtiment. Il lui remet l'enveloppe en mains propres. Intrigué par sa candidature, le directeur la convie à un rendez-vous dès le lendemain.
Elle commence peu de temps après en tant que stagiaire topographe dans les chantiers de l'armée française, pour trois mois. « On ne m'a pas choisie parce que j'étais une femme, au contraire ! » rebondit-elle. Il n'y a pas particulièrement de volonté de changer l'image de la femme africaine derrière cette embauche, il s'agit surtout d'un bon feeling. « C'est un truc de vieux, plaisante le patron d'Eiffage Sénégal, j'ai senti qu'il y avait du potentiel chez cette femme. » Cela dit, il se lance dans l'aventure avec beaucoup d'inquiétude pour celle qui devient vite sa protégée.
Elle s'impose comme femme sur les chantiers...
Gérard Sénac a les cheveux blancs et un costume impeccable. À bientôt 70 ans, il a toujours bien des heures de travail hebdomadaires à son compteur. Il vit et travaille en Afrique depuis 1973, il connaît les coutumes, d'où son appréhension pour Léna à ses débuts. « Ici, les femmes on les voit plus à la maison qu'à commander des hommes sur les chantiers », plaisante-t-il avec une pointe d'amertume. « Je ne m'inquiétais pas pour ses compétences, j'avais peur des autres hommes », insiste-t-il.
Léna ne décrit pas Gérard Sénac comme son patron, mais plutôt comme un membre de sa famille, après avoir été son mentor. Elle raconte qu'il l'a détectée, « il s'est dit : celle-là si on la pousse, elle ira loin ». L'homme de 17 ans son aîné la présente aux hommes du chantier : « Elle, c'est ma fille. Vous, c'est votre cheffe. Compris ? »
Les deux premières années ont été difficiles pour Léna. Elle se souvient de son premier affrontement avec un coffreur, sur le marché Kermel, dont elle gère la rénovation. Alors qu'elle lui demande de réaliser une tâche urgente, il l'ignore. Une fois, deux fois, trois fois. Jusqu'à lui lancer : « Arrêtes de nous faire chier, ta place n'est pas ici, mais au foyer, va préparer à manger. » Elle en informe immédiatement la direction qui renvoie le coffreur, pour donner l'exemple.
... malgré une lutte permanente
Être une femme sur un chantier est une lutte permanente. « À force de râler sur les chantiers, ma voix est devenue grave », ironise-t-elle. « Il n'y avait aucun signe de féminité chez moi. J'étais habillée comme les hommes avec qui je travaillais. Je me suis forgé un caractère. Un caractère d'homme », reprend-elle. « Si je n'avais pas eu ce caractère, j'aurais été écrasée, humiliée. » Elle a finalement réussi à prendre sa place, avec fermeté. Un de ses ouvriers, Mohammed, confie discrètement : « Entre nous, on l'appelle la dame de fer. Elle est juste, mais si on ne fait pas ce qu'elle demande, elle sort le fouet. »
« Un métier n'a pas de sexe »
Pour travailler avec Léna, il y a certaines règles à respecter. « Avec ceux ou celles qui sont sous mes ordres, je ne badine pas », commence-t-elle. La seconde règle ? Pas de retard accepté. « Je veux que mon équipe soit en place 30 minutes avant de commencer, pour boire le café ensemble », argumente-t-elle. Troisième règle : ne jamais laisser un travail mal fini, elle inspecte tous les travaux. Ses horaires ? De 6 h 30 à 22 heures en moyenne. Être une femme dans un monde aussi masculin nécessite d'en faire plus. « Parfois, un peu trop, j'ai dû la calmer ! » plaisante Gérard Sénac. « Les chantiers que l'on me confie sont mes bébés », explique-t-elle. Avec un travail aussi prenant, sa vie familiale a débuté tard. « Je me suis mariée en 2004 à 38 ans, j'ai eu mon enfant à 39 ans, j'étais très absorbée par mon métier. »
Aujourd'hui, Léna n'est plus la seule femme sur le terrain du bâtiment à Dakar. « Elle a été la première à vouloir recruter d'autres femmes. Aujourd'hui, j'ai des femmes qui conduisent des engins, des camions, plusieurs cheffes de chantier, des ingénieures, des collectrices de travaux… Les femmes sont sur le terrain », confie Gérard Sénac. Les mentalités évoluent, mais il reste du travail : Léna apprend aux femmes sous ses ordres à se forger leur caractère, à « montrer aux hommes qu'elles sont plus fortes qu'eux ». Elles sont essentielles sur les chantiers, « plus sereines, plus calmes pour gérer les problèmes quotidiens des travaux », selon Léna. Entre deux visites de présentation de la gare de Dakar, elle s'interrompt : « Oui, je suis féministe ! »
Si Léna a choisi de persévérer dans cette voie, c'est « parce qu'un métier n'a pas de sexe ». Elle insiste : « il n'y a pas de métier d'homme. Être conducteur de travaux, c'est possible pour tout le monde. » Vingt-six ans plus tard, elle est directrice de projets, appelée partout à travers le pays pour mener à bien des projets de constructions et de rénovations. Entre 2008 et 2013, elle a interrompu son travail pour Eiffage, au grand dam de son directeur. Elle est partie au Canada pour permettre à son fils d'obtenir la double nationalité. « Là-bas, j'ai vu des femmes peintres, ferrailleurs, maçons… elles sont partout. Alors pourquoi pas nous ? » Une bonne question qui illustre sa détermination à en faire plus.
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MBATHIO SE DÉVOILE
L’artiste, profitant du lancement de sa nouvelle mixtape intitulée « Da ma la nob si pet », revient sur son amour pour le foot, sa force, ses voyages, entre autres…
La chanteuse sénégalaise Mbathio Ndiaye vient de lancer dans les bacs le titre de sa nouvelle mixtape intitulée « Da ma la nob si pet ». Selon elle, c’est un sujet assez fréquent dans la discographie sénégalaise.
Ainsi, la chanteuse Mbathio nous fait savoir qu’elle n’a pas vécu l’amour en cachette. « La plupart des femmes vivent cela, en plus il faut que les sénégalais arrêtent d’être méchants pour déstabiliser les gens. On fait tout pour réussir. Légui dara frégué wouma parce que dagno sokor» (rien ne m’ébranle).
Dans cet entretien, l’artiste revient sur son amour pour le foot, sa force tranquille, ses voyages, entre autres…
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SEPT CHOSES À VOIR, LIRE OU ÉCOUTER SUR LES RÈGLES
Parler du cycle menstruel reste tabou. Mais de plus en plus de femmes et d’hommes s’emparent du sujet, font de la pédagogie et donnent la parole aux premières concernées
Le Monde Afrique |
Elvire Camus et Marie Slavicek |
Publication 09/07/2019
Parler du cycle menstruel reste tabou. Mais de plus en plus de femmes et d’hommes s’emparent du sujet, font de la pédagogie et donnent la parole aux premières concernées. Ci-dessous, une liste non exhaustive de choses à écouter, lire et voir sur les règles.
Ecouter. «Rouge comme les règles »
Le sang menstruel reste un impensé collectif. En quatre épisodes d’une heure, « LSD, La Série documentaire » de France Culture, retrace la grande histoire de ce tabou. Grâce aux témoignages intimes de nombreuses femmes, et à travers les analyses d’historiennes, de sociologues, d’artistes et de militantes, la réalisatrice Nathalie Battus et la productrice Juliette Boutillier lèvent le voile sur ce phénomène naturel, et interrogent sa place et sa perception toujours problématiques dans nos sociétés.
Voir. « 28 jours »
En trente minutes, le documentaire réalisé par trois jeunes journalistes (Angèle Marrey, Justine Courtot et Myriam Attia) et disponible sur YouTube, revient sur le fonctionnement des règles et la façon dont elles sont perçues. Trente (trop) petites minutes pour aborder de nombreux thèmes : les mécanismes du cycle féminin, la diabolisation du sang menstruel par les religions, les relations sexuelles pendant les règles, les douleurs et l’endométriose, la composition des protections hygiéniques, etc. Un film très pédagogue qui contribue à dédramatiser et démythifier le cycle menstruel.
Lire. « Ceci est mon sang »
Dans son livre Ceci est mon sang, petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font (La Découverte, 2017), la journaliste Elise Thiébaut alterne entre anecdotes personnelles, faits scientifiques, éléments historiques, sociologiques et religieux pour constater, avec humour, à quel point les règles sont utilisées pour exclure les femmes de la société. En démontrant l’absurdité des tabous et des interdits liés aux menstruations, l’autrice tente de réconcilier les femmes avec leurs règles, et les invite à porter un regard bienveillant sur cet écoulement mensuel.
Ecouter. « Sang tabou »
Tout est parti d’une conversation entre copines. Un jour, Nina Almberg entend sa cousine et une amie parler du flux instinctif libre (FIL), une technique qui consiste à bloquer l’écoulement des règles avec le périnée, puis d’expulser le sang aux toilettes. Les tampons ? A risque. Les serviettes ? Trop incommodes. La coupe menstruelle ? Guère plus pratique. Alors, au final, pourquoi ne pas essayer le « FIL » ? Dans Sang tabou, un documentaire d’une vingtaine de minutes à écouter sur Arte radio, plusieurs jeunes femmes témoignent de la libération que représente, pour elles, cette méthode. Elles racontent comment, après quelques mois d’ajustage, il est possible de « prendre le pouvoir sur ses règles ».
Voir. «Period. End of Sentence »
« J’arrive pas à croire qu’un film sur les menstruations vient de remporter un Oscar ! » S’il fallait une preuve que les réticences à parler du sujet collectivement s’effritent, la voici : Period. End of the Sentence (« Point. Fin de la phrase », un jeu de mot en anglais entre period, qui signifie à la fois « point final » et « les règles ») a reçu cette année la statuette du meilleur court documentaire. Le film, réalisé par I’Irano-Américaine Rayka Zehtabchi, raconte le quotidien d’Indiennes qui vivent à Hapur et ont acquis une machine à fabriquer des serviettes hygiéniques. En vingt-cinq minutes, le documentaire parvient à saisir à quel point le prisme des règles permet d’aborder tous les sujets liés aux inégalités entre les femmes et les hommes dans nos sociétés. Fabriquer leurs propres protections hygiéniques permet non seulement aux femmes d’avoir une bonne hygiène intime pendant leurs règles, mais aussi de continuer à aller à l’école et même de parvenir à être indépendantes financièrement grâce à l’argent récolté de la vente de leurs produits. Cerise sur le gâteau, le film n’oublie pas les hommes – dont le regard est subtilement présent tout au long du documentaire – et montre à quel point il est primordial de ne pas faire des règles « une histoire de filles » pour parvenir à briser un tabou aux conséquences potentiellement dévastatrices.
Consulter. #Paietesrègles, Cyclique…
En octobre 2018, Axelle de Sousa, une jeune femme SDF brutalement confrontée à la précarité menstruelle, lance la pétition #Paietesrègles pour demander « que les protections hygiéniques soient prises en charge à 100 % par la Sécurité sociale, au moins pour les femmes les plus précaires ». « Il est urgent que les personnes précaires qui ont leurs règles n’aient plus à choisir entre manger ou s’acheter des protections », insiste-t-elle. « Nous avons tou·t·e·s le droit à l’hygiène et ce droit ne doit pas dépendre de la charité. » A ce jour, sa pétition a recueilli près de 50 000 signatures, et le hashtag #Paietesrègles s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux. Dès 2015, au moment des débats autour de la « taxe tampon », l’association Règles élémentaires s’était saisie de cette problématique en organisant des collectes de protections périodiques, redistribuées ensuite aux femmes sans abri et précaires. De son côté, Fanny Godebarge, a créé Cyclique, une nouvelle plate-forme collaborative entièrement consacée au cycle menstruel. On y trouve des articles scientifiques, des témoignages, ou encore des portraits de gynécologues et de sages-femmes.
Bonus. The Museum of Menstruation
Jadis installé au sous-sol de la maison d’un employé du gouvernement fédéral américain, Harry Finley, à Washington, le Musée des menstruations est aujourd’hui 100 % virtuel. Kitch, étrange et plein de recoins, le site Internet est, entre autres, une collection d’archives sur tout ce qui touche au cycle menstruel. Au hasard, cette page consacrée à des témoignages sur un sujet ô combien complexe : et vous, si vous aviez le choix, est-ce que vous voudriez avoir vos règles ?
Espace-Culture, par Serigne Saliou Guèye
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JULIANA CRÈVE L’ABCÈS DES TABOUS SOCIÉTAUX
EXCLUSIF SENEPLUS - Avec « Un choix impossible. Entre Chic, Chèque et Choc », l’écrivaine casamançaise met le doigt sur les drames que vivent certaines jeunes filles et qui malheureusement sont ensevelis dans le cimetière des secrets de la famille
Nouvellement arrivée dans le paysage de la littérature féminine sénégalaise, Juliana Diédhiou, diplômée en Tourisme et en Relations internationales, a écrit un ouvrage qui bouscule les codes et crève l’abcès de certains tabous familiaux voire sociétaux. Ainsi, elle met le doigt sur la plaie des drames cruels que vivent certaines jeunes filles et qui, malheureusement, sont ensevelis dans le cimetière des secrets de la famille au nom de la préservation d’une fausse stabilité familiale et d’un simulacre d’entente parentale.
« Un choix impossible. Entre Chic, Chèque et Choc », c’est le titre de l’ouvrage. Exit l’ère où l’homme pouvait collectionner les femmes, maintenant c’est la femme qui se préoccupe de collectionner les hommes à défaut d’en avoir un qui regroupe idéalement tous les 3 C !
Dans cet ouvrage, l’auteur Juliana Diédhiou, relate l’histoire d’une fille, Vimdie, orpheline de père et de mère depuis l'adolescence. Suite à un voyage chez sa grand-mère, Vimdie rencontre celui qu'elle va épouser, contre l'avis de toute sa famille. Après de nombreux déboires, leur mariage s'achèvera violemment, et Vimdie va, au fil des années, faire la rencontre de trois hommes, trois belles histoires. Entre l'homme bien éduqué, le puissant gentleman et l'artiste passionné, le cœur de Vimdie est en bien mauvaise posture. Qui choisira-t-elle ? Le chic, le chèque ou le choc ? Le dilemme est ainsi posé. Juliana indique des pistes de réponse à travers l’entretien qu’elle a bien voulu nous accorder dans « Espace-Culture », nouvelle émission culturelle de SenePlus en partenariat avec la télévision Africa7.
Espace-Culture est ouvert aux écrivains, artistes ou autres acteurs culturels qui veulent promouvoir leurs produits culturels.
ZOOM SUR LES PREMIÈRES DAMES DE LA CEDEAO
Si certaines sont discrètes et d’autres plus exubérantes, toutes exercent, à divers niveaux, le pouvoir qu’elles partagent parfois ostentatoirement avec leurs époux de présidents - Décryptage !
Si le Togo ne sera pas représenté à ce rendez-vous, Faure Gnassingbé à qui la presse locale attribue une multitude de conquêtes ne devrait pas se soucier de la chaise vide qu’il laissera à Niamey. Mahamadou Issoufou la fera occuper par l’une de ses deux officielles épouses. Ou Adama Barrow qui a fait de Fatoumata Bah la first lady gambienne au détriment de Sarjo Mballow. Alors qu’en prélude à la présidence tournante de la Cedeao par le Niger, une rencontre des premières dames de l’espace régionale est prévue les 6 et 7 juillet, nous consacrons un dossier à ces femmes qui, dans l’ombre, ont parfois plus d’influence sur nos dirigeants que la voix des peuples. Si certaines sont discrètes et d’autres plus exubérantes, toutes exercent, à divers niveaux, le pouvoir qu’elles partagent parfois ostentatoirement avec leurs époux de présidents. L’ordre est alphabétique, à la « patronymie » de leurs maris. Décryptage !
A Niamey, la tâche sera moins facile pour Lalla Malika Issoufou. C’est elle qui, coupant l’herbe sous le pied à sa coépouse, Aissatou, à pris l’initiative alors que la première « première dame » est seule, au nom du Niger, membre de l’Organisation des premières dames d’Afrique pour le développement (Opdad). Mais l’entourage de la seconde épouse de Mahamadou Issoufou prévient, « ici,c’est la Cedeao et non l’Afrique« . Le mari qui a voulu que les deux président conjointement la rencontre a été devancé là encore, par Lalla qui a déjà fait des milliers d’affiches pour l’événement, se mettant en vedette et ce, au prix du contribuable. A la veille du sommet de l’Union africaine (Ua) qui se tient dans le pays, le cabinet du chef de l’Etat a reçu la facture, bien salée. Mais cet événement est aussi un grand rendez-vous de mode, allant des styles simples aux plus truculents avec cette concurrence qui ne dit pas son nom, entre des femmes majoritairement sexagénaires. Certaines voyagent avec des dizaines de valises pour un court séjour et d’autres se déplaçant avec leurs stylistes ou habilleurs. Niamey que le Festival international de la mode africaine (Fima) a déjà érigé en capitale continentale de la mode ne peut que savourer l’occasion. Mais encore faudrait-il que nos « mamans » prévoient des tenues adaptées aux 45 degrés qui règnent dans la capitale nigérienne. A cette occasion, Afrika Stratégies France balancent un pan de lumière dans la vie de ces femmes qui, au sens propre comme figuré, tiennent nos dirigeants par… les couilles !
Rebecca Akufo-Addo, la complice (Ghana)
Très populaire auprès des Ghanéens, elle s’est illustrée par son naturel et sa propension à esquiver des pas de danse en public avec son mari. A 68 ans, elle parle comme son mari le français. Juriste et fille de juge, elle travaillera auprès de grandes firmes britanniques puis dans le secteur bancaire de son pays. C’est après sa retraite que son mari sera élu président. Elle n’apparaît nulle part dans les affaires publiques et ne dispose que d’un secrétaire, un assistant et deux conseillers en guise de cabinet. Bien que son père, Jacob Hackenburg Griffiths-Randolph ait été entre 1979 et 1981 président du parlement ghanéen, elle a su garder une certaine distance de la politique. Seule première dame africaine proche de Mélania Trump qu’elle a accueillie en 2018 à Accra, elle échange régulièrement avec l’épouse du président américain et passe une partie de son temps libre à trier les courriers de son mari. Un passe-temps pour celle qui aura été greffière et secrétaire juridique dans une vie passée. Elle est mère de quatre enfants dont Gyankroma qui lui ressemble trait pour trait est aussi celle qui se bat le plus, politiquement, aux côtés de son père.
Fatou Bah et Sarjo Mballow Barrow, la people et la glamour (Gambie)
Deux épouses pour Adama Barrow qui, dès le début de son mandat, a titré la première dame. Fulbée, une autre appellation de peulh, cette fille d’homme d’affaires épousera Adama, avec qui elle aura deux enfants, en 1997. Si le président a pris une seconde épouse, il a tout de même voulu que la première assume le rôle de first lady. Quoi de plus normal dans un pays où, son prédécesseur, Yayah Jammeh avait, en bon polygame, procédé de la ma même façon. Sa journée, elle la passe au service de la Fondation Fatoumata Bah Barrow qui lutte contre la stérilité des femmes dans le pays et ses activités de représentation. Avant d’être première dame, Fatoumata qui a fait l’essentiel de ses études en Gambie avait travaillé chez Elton Oil et Africell, une compagnie multinationale de téléphonie basée à Banjul et présente dans pas moins de quatre pays africains.
Quant à Sarjo Mballow, elle s’est vite rendue discrète et n’est visible qu’au cours de la compétition de football qui porte son nom et se tient annuellement. Tellement discrète que la presse locale se pose des questions, animant toutes les rumeurs à son sujet. Pourtant, cette femme qui a fait peu d’études tient un appartement à la résidence présidentielle et s’occupe, pendant que sa coépouse multiplie des rendez-vous mondains, de la cuisine présidentielle. Le mari s’efforce de passer autant de temps avec chacune des deux épouses, même si la presse lui attribue une préférence pour la première, très active dans les réseaux politiques et surtout, appréciée de Macky Sall, président du Sénégal qui a tout mis en œuvre pour installer le président élu pendant que son prédécesseur, Yayah Jammeh résistait.
Aisha Buhari, l’indomptable et l’insoumise (Nigeria)
Mariée à Mahammadu Buhari depuis 1989 alors qu’elle n’avait que 18 ans, c’est une femme de caractère qui afficha, dès le début, son indépendance de ton. En 2016, elle n’a pas hésité à menacer de ne « pas soutenir son mari à la prochaine présidentielle s’il ne change pas de politique« . Elle déteste les principaux collaborateurs de son mari et a tenté vainement d’imposer des hommes et femmes de son réseau. Petite fille de Ribadu, Premier ministre nigérian de la défense, cette esthéticienne originaire du nord-est a créé plusieurs salons de beauté dans le pays. Avec Aisha, le président de la première puissance économique africaine aura cinq enfants. Contrairement à Patience Jonathan qui l’a précédé au poste de First lady, elle n’a pas voulu disposer de coach ni de conseiller en communication et a accepté que son cabinet de First lady soit fermé. Parfois, son autoritaire président de mari se voit obligé de lui rappeler que sa place est à la cuisine. A 48 ans, cette cosmétologiste formée à Dubaï et à Londres est très proche de la famille de son mari et entretient de bonnes relations avec les autres enfants du président, nés d’un premier mariage. Elle a vainement cherché à imposer dans l’entourage présidentiel son frère Musa Halilu Ahmed, puissant chef traditionnel de l’état d’Adamawa. Si elle voue de l’indifférence à l’égard de Claudine, épouse du président du Bénin voisin qu’elle évite de rencontrer, elle trouve Patrice Talon « stylé » et le lui a fait savoir.
Djéné Kaba Condé, la méprisée (Guinée Conakry)
Kany Diallo et Mina Kone l’ont précédée dans les grâces du président dont elle est la 3eépouse. Alpha Condé l’a épousé le 21 décembre 2010, jour de son investiture. Cette sociologue orginaire de Kankan a exigé le mariage avant d’accéder au Palais avec ses deux filles et son garçon issus d’un premier mariage. La franco-guinéenne, de 20 ans plus jeune que le chef de l’Etat, est plutôt discrète et n’a pas voulu s’embarrasser de fondation ou autres structures. Spécialiste de l’information et de la communication formée à Paris VII, elle n’a jamais réussi à maitriser la com de son incontrôlable et impulsif époux. En épousant pour la troisième fois une peulh, ethnie qui lui est hostile, Alpha Condé vise aussi à travers le mariage une retombée électoraliste. Il ne permettra jamais à la première dame de la Guinée d’avoir la moindre influence au Palais. Et quand Mama Kanny Diallo, l’ancien épouse du président deviendra ministre, Djéné Kaba n’a pas droit au chapitre de la jalousie. « Tu la fermes ! » a rétorqué l’irascible président d’époux.
Ligia Fonseca, l’intransigeante (Cap-Vert)
Né en 1963, cette Mozambicaine naturalisée portugaise est l’une des meilleures avocates de son pays. Belle et soignée, elle aime les couleurs vives. C’est à l’Université de Lisbonne qu’elle rencontrera en 1987son futur mari qui sera élu président de son pays, le Cap-Vert en 2011. Depuis, rien ne les sépare. Et le rôle de première dame que son mari lui souhaite, elle n’en veut point. Elle continue de faire des consultations pour des entreprises internationales et a boudé le cabinet mis à sa disposition. Première femme à diriger l’association des avocats du Cap-Vert en 2001, soit 10 ans après son retour au pays, cette mère de trois filles passe ses soirées à écrire. Elégante, méticuleuse, ferme et rigoureuse, la bourgeoise de 55 ans tient aux bonnes manières et veut scinder sa carrière d’avocate de celle de son président de mari. Elle ne cède à rien, s’accroche à ses idées et refuse de se soumettre au protocole. Si elle n’aime guère les rencontres futiles de premières dames, la première dame nigérienne a insisté pour qu’elle soit à Niamey pour le sommet des First ladies qui s’ouvre ce 6 juillet.
Aissatou et Lalla Malika Issoufou, la géologue prudente et la « doctoresse » yoyo (Niger)
Octobre 2011 sera le mois le plus embarrassant pour Mahamadou Issoufou. Invité aux lancements de deux fondations différentes, son cœur aura balancé longtemps. Finalement, il ne sera à aucune des deux cérémonies. Alors que sous les conseils de son homonyme la princesse Lalla Selma du Maroc dont elle est proche, Lalla Makika décide de lancer Tattali Iyali, sa fondation, Aissatou, sa coépouse devrait inaugurer, quelques jours plus tard, les activités de Guri-La Vie meilleure. Le président du Niger est le seul chef d’Etat du continent, avec Adama Barrow de la Gambie, à avoir officiellement deux épouses. Qui ont des parcours similaires. La plus jeune, Lalla Malika qui parraine le Fima (Festival international de la mode africaine) au Niger, se met plus en avant tout en jouant la discrète. Sa carrure l’y a préparée. Médecin et spécialiste de la médecine tropicale formée entre Niamey et Paris, elle est aussi très politique. Tout comme elle, Aissatou a été formée au bercail et en France. Respectée géologue et diplômée de l’université de Nancy, elle se consacre à la lutte contre le paludisme et le Vih sida depuis l’accession au pouvoir de son mari. Par droit d’ainesse dans le mariage, elle sera seule membre de l’Organisation des Premières dames d’Afrique pour le Développement (OPDAD). Mais au-delà de leur coup de cœur commun, Mahamadou Issoufou, les deux premières dames sont toutes passionnées pour la politique. Actives militantes du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (pnds), chacune crée son réseau interne de femmes. Si Lalla dispose d’un puissant réseau de communication qui assiste discrètement son mari, entre le Niger et la France, Aissatou fait venir régulièrement des éminences grises au palais présidentiel. Si elle partage, avec son mari, spécialiste des mines, la passion de la géologie, cette femme de famille royale n’a jamais supporté l’arrivée d’une seconde épouse et ne manque pas, chaque fois qu’elle le peut, de prendre sa revanche sur Lalla, plutôt pudique et secrète. Pour le président, « avec les deux, il forme la trinité », car il insiste pour convaincre de ce qu’aucune ne vaut plus que l’autre.
A 59 ans, cette juriste originaire du Togo est aussi le lien entre Faure Gnassingbé dont Marc Christian Kaboré s’est toujours méfié et le président du Burkina Faso. Quand elle épouse en 1982 celui qui sera élu à la tête du Faso, elle venait d’achever son 3e cycle avec un Certificat en Administration des Entreprises à Dijon. Intellectuelle et grande lectrice, cette fille de professeur de médecine adore les séries de comédie burkinabé et entretient avec Sabine Mensah, la mère du président togolais des relations presque filiales. Les deux femmes sont originaires de la même localité. Dans la crise qui a secoué le Togo en 2017, elle a tenté d’obtenir pour son pays d’origine, le soutien de son président de mari sans y parvenir. Mère de trois enfants, celle qui a créé depuis 2006 l’association Kimi (parapluie) multiplie des initiatives pour l’assainissement du cadre de vie et la protection de l’enfance. Elle a poussé son mari à quitter le Congrès pour la démocratie et le progrès (Cdp) en 2014, en l’encourageant, dès 2012 à s’opposer à la modification de la Constitution par le président Compaoré. Quoi de plus normal pour une juriste anticonformiste qui, aujourd’hui encore, fait office de conseillère juridique pour son mari.
Aminata Maïga Keita, la maisonière (Mali)
Plus que discrète, elle ne s’ingère en rien dans les affaires de l’Etat et ne demande jamais aucune faveur à son mari. Très attachée aux appartements privés de la résidence présidentielle du palais de Koulouba, elle consacre du temps à la décoration et supervise elle-même la cuisine d’Ibrahim Boubacar Keïta. Fille d’Attaher Maïga, ancien ministre, elle a fait de brèves études à l’université de Nantes. Présidente de l’association Agir qu’elle a créée depuis 1994, cette femme pragmatique et très sensible déteste la politique. Passionnée de sport, elle est membre du Comité national olympique et sportif du Mali depuis deux décennies. Traditionnelle, elle prend chaque jour les nouvelles de ses quatre enfants, bien qu’ils soient majeurs et contraint, quand elle le peut, son mari à consacrer quelques weekends à la famille. Sa seule obsession, que son mari finisse au plus vite son second mandat pour qu’elle puisse passer davantage de temps à Bourem, sa ville d’origine dans la région de Gao, au nord du pays.
Fatima Jabbe Maada Bio, miss et cinéaste (Sierra-Léone)
Madingue née en Sierra-Léone, cette extravagante femme qui fit des études de cinéma à Londres est plus britannique qu’africaine. 2013 aura été la meilleure année de sa vie. Elle remporte le prix de la meilleure actrice aux Oscars africains de Washington ainsi que le Gathering of Africa Best (Gab). La même année, Julius Maada Bio l’épouse, lors d’un fastueux et privé festin à Londres alors qu’il ne savait pas qu’il serait, cinq ans plus tard, élu président de la République. C’est une femme de réseau qui a connu une immense prospérité dans le cinéma et le show biz après avoir été, en 2000, Miss Africa. Normal pour une femme qui, à plus de 40 ans, fait dix ans de moins. Mère d’une fille, elle tient sur elle, tout le temps, la photo de son fils, né en 2014 et décédé trois jours plus tard. Elle passe presqu’autant de temps dans son pays que dans la capitale britannique où elle tient une agence de production. Ses origines gambiennes (par son père) ont rapproché les deux pays. Son diplôme de journalisme décroché à l’université de l’art de London College en 2017 lui donne le plein droit d’avoir un œil sur la communication de la présidence qu’elle a toujours voulu contrôler.
Dominique Ouattara, l’alter égo (Côte d’Ivoire)
Cette française d’origine juive a presque autant d’influence que Alassane Ouattara qu’elle épousa en 1991 et ses protégés en ont conscience. Diplômée en administration de biens, elle est experte immobilière. Depuis 10 ans, elle est à la tête de la grande machine humanitaire qu’elle a créée, la Fondation Children of Africa qui l’occupe à plein temps. Son hobby, les grands diners de galas ou pompeux repas aux relents mondains. Si elle a vainement intercédé auprès de son mari pour que Guillaume Soro soit maintenu dans le système, elle a ses intouchables. Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko. Avec Henriette Bédié, cette femme de 65 ans qui n’a aucun enfant pour le président ivoirien, a tenté un rapprochement entre leurs deux époux avant de se lasser. Elle insiste pour que son mari, presque octogénaire, ne se représente pas pour un 3emandat. C’est une véritable femme de pouvoir qui est au courant de tout. Et tient aux détails. A chaque remaniement, elle consulte la liste avant publication, donne son avis et il lui est déjà arrivé de ramener un ministre mis à la touche. Dans le social, elle aura été la première dame la plus impliquée dans divers domaines en Côte d’Ivoire avec un faible pour le groupe Magic system dont le leader, Asalfo avec qui elle échange régulièrement l’appelle « maman ». Et elle le lui rend bien, « mon fiston » réplique-t-elle. Elle passe rarement deux jours sans prendre des nouvelles du groupe musical.
Marième Faye Sall, la pouvoiriste (Sénégal)
La première dame sénégalaise est une véritable femme de pouvoir ou l’est devenue au fil des années. Car, quand elle épousait en 1992 Macky, elle n’était qu’une belle adolescente ludovicienne (habitante de Saint-Louis) qui n’avait pas encore le baccalauréat. Elle a insisté pour avoir un bureau au Palais présidentiel ainsi qu’un cabinet pléthorique. Depuis, cette ingénieur proche de Alioune, sulfureux frère du président accablé par des accusations de grandes corruptions, fait aussi dans le business où elle a imposé plusieurs membres de sa famille sur de juteuses affaires d’Etat. Méticuleuse, elle a insisté pour lire et corriger, à ses goûts, la biographie qui lui est consacrée sur le site internet de la présidence du Sénégal. Avec « Servir le Sénégal », sa fondation, elle mène sa lutte contre la pauvreté, notamment dans les domaines de la santé où l’accès à l’hémodialyse pour ceux qui en ont besoin la préoccupe. Pieuse, elle assiste des démunis pour réaliser leur pèlerinage à la Mecque, l’un des cinq piliers de l’Islam. Elle veille à ce que son mari fasse ses prières et s’informe, grâce à quelques proches qu’elle a installés dans le système, sur ceux qu’il voit entre deux rendez-vous officiels.
Claudine Talon, la superstitieuse (Bénin)
A la tête d’une fondation depuis l’élection de son mari, Claudine ne lâche pas non plus l’affaire. Si elle a fait construire écoles et dispensaires dans le pays, cette chrétienne très superstitieuse qui croit que le pouvoir de son mari « vient de Dieu » l’a soutenu contre vents et marées dans son chavirement autocratique. Proche de la secte dissidente de l’église catholique appelée Banamè, elle a financé pendant longtemps Parfaite, la gourelle autoproclamée Dieu avant de se rétracter. Depuis, l’église sainte de Jésus de Banamè connaît une traversée du désert et plusieurs de ses comptes sont bloqués. Mère des deux seuls enfants de Patrice Talon (Lionel et Karen), elle entretient une forte amitié avec Jeannette qui a épousé Paul Kagamé depuis 1989. Son confident, Olivier Boko est l’un des hommes les plus influents du système Talon et même si on ne la voit jamais au palais, ses demandes sont perçues par son mari comme des ordres. « Comme tu voudras.. » aime-t-il conclure avec elle les discussions.
Rosa Teixeira Vaz, la vice-présidente (Guinée Bissau)
Sa fondation, Rosa Vaz lui tient à cœur. Elle lui consacre tout son temps au point d’agacer son mari qui fait face à une crise politique qui n’en finit point. Ancienne hôtesse de l’air, elle ne lâche pas tout de même le président. Tout comme Dominique Ouattara de la Côte d’Ivoire, elle est la vice-présidente. Discrètement et dans l’ombre de son mari, elle décide de l’essentiel, suit de près la gestion de la crise par la Cedeao au sein de laquelle elle a de bons contacts. Femme de réseaux, elle est plus passionnée par le lobbying et la politique que par l’humanitaire. Très féministe, sa fondation lui permet néanmoins de multiplier des rencontres sur la jeune fille africaine, quoi de plus normal pour cette mère poule pour ses trois enfants.
Clar Weah, la pieuse (Libéra)
Américaine originaire de la Jamaïque, cette chrétienne évangélique, qui avait voulu entre temps devenir pasteure, est animée par une foi en Dieu sans pareil. Ancienne fonctionnaire de la Chase Bank où elle rencontrera son mari venu ouvrir un compte, elle se passionnera très vite pour l’Afrique ainsi que pour la politique. Mère de trois enfants (Georges avait un garçon avant de la rencontrer) dont Timothy, 18 ans, est déjà footballeur professionnel. La journée de Clar est rythmée par les messages codés qu’elle échange avec son mari et la prière. Elle insiste pour faire sa dernière prière de la journée avec Georges. Elle voyage régulièrement en Floride, où elle possède un restaurant haïtien et une épicerie exotérique au détriment de sa Jamaïque natale à laquelle son époux semble plus attaché qu’elle. Si l’afrodescendante déteste les diners mondains, elle tient en l’occurrence à préparer les repas pour le président et surtout, concocte des crêpes et gâteaux à longueur de journée.
"ON N'EST PAS AUSSI RESPECTÉES QUE LES HOMMES"
La superstar américaine Megan Rapinoe a regretté samedi que la FIFA ne se soucie pas suffisamment du football féminin. Les finales de la Copa America et de la Gold Cup se joueront dimanche, comme celle du Mondial, une idée « calamiteuse » selon elle
À la veille de la finale de la Coupe du monde féminine, dimanche, à Lyon (17 heures), Megan Rapinoe s'en est de nouveau prise à la FIFA, qu'elle accuse d'avoir eu l'idée « calamiteuse » de programmer deux autres finales le même jour, celle de la Copa America (21 heures) et celle de la Gold Cup entre les États-Unis et le Mexique (3 heures du matin, dans la nuit de dimanche à lundi).
« On ne sent pas aussi respectées que les hommes, a répété la cocapitaine des États-Unis. C'est la finale de la Coupe du monde, on devrait annuler tout le reste ! Je ne sais pas comment on a pu en arriver là, comment ils ont pu ne pas y penser. » Ce n'est pas la première fois que Rapinoe dénonce la politique de la FIFA, qui s'était défendue en arguant que la programmation de ces trois finales le même jour allait focaliser l'attention sur le football.
« Les gens sont prêts à travailler pour donner au foot féminin la place qu'il mérite. C'est juste une question de volonté » - Megan Rapinoe
Assaillie de questions samedi, la star américaine s'est aussi désolée que l'augmentation annoncée du prize-money de la Coupe du monde féminine (de 30 milliards cette année à 60 millions en 2023) ne fasse en fait que creuser le fossé avec les hommes, qui se partageront 440 millions de dollars au Qatar en 2022 (contre 400 millions en Russie l'été dernier)...
« C'est pour ça qu'on dit qu'on ne se sent pas suffisamment respectées, que la FIFA se fout du foot féminin, s'est emportée Rapinoe. Je comprends que le foot masculin soit bien plus avancé financièrement. Mais si elle se souciait vraiment de nous, elle ne laisserait pas le fossé se creuser. Elle ne programmerait pas trois finales le même jour. Les ressources sont là, les gens sont prêts à travailler pour donner au foot féminin la place qu'il mérite. C'est juste une question de volonté. »
À la question de savoir ce qu'il faudrait pour que le foot féminin ne tombe pas dans l'oubli après la Coupe du monde, Rapinoe a répondu « de l'argent, de l'argent, de l'argent ». « On a besoin d'argent de la FIFA, des Fédérations, des publicitaires, des sponsors, des détenteurs de droits, a-t-elle insisté. On a besoin que des investissements soient faits dans les infrastructures, dans la formation des jeunes filles et des entraîneures. Ce n'est pas en rehaussant les budgets alloués au football féminin de quelques dollars chaque année qu'on y arrivera. Il faut miser sur l'avenir. Je crois qu'on a prouvé, année après année, Coupe du monde après Coupe du monde, qu'on était dignes de cet investissement. »
"TROP NOIRE, JE REFUSAIS D'ALLER À L'ÉCOLE"
Jusqu'à 14 ans, la jeune Sénégalaise Khoudia Diop se sentait obligée de se cacher ou d'essayer de s'éclaircir la peau, sans succès
Khoudia Diop avait peur de quitter sa maison et d'aller à l'école à cause de la couleur de sa peau.
Jusqu'à 14 ans, la jeune Sénégalaise se sentait obligée de se cacher ou d'essayer de s'éclaircir la peau, sans succès.
A 17 ans, elle devient "Melaniin goddess" (compte Instagram) et fait la une des magazines de mode.
Trois ans plus tard, avec plus de 500.000 abonnés sur Instagram, elle devient l'un des visages de la marque de maquillage de la star de la musique, Rihanna.
Une interview de Ata Ahli Ahebla pour l'émission économique Question d'Argent.
PAR Damien Glez
CACHEZ CES PANTALONS MOULANTS QUE JE NE SAURAI VOIR
Les employées du ministère guinéen de la Justice ne sont plus autorisées à porter certains types de pantalons. Il s'agirait, selon l'explication officielle, de « protéger les femmes face à tous types de risques »...
Jeune Afrique |
Damien Glez |
Publication 01/07/2019
Les « pantalons de type collant », les mini-jupes et plus largement « les habits indécents » sont désormais proscrits pour les collaboratrices du garde des Sceaux guinéen. C’est ce qui ressort d’une « consigne administrative » datée du 26 juin dernier et diffusée par le frais émoulu Mohamed Lamine Fofana, titulaire de ce portefeuille ministériel depuis mai dernier.
Comme il fallait s’y attendre, la note a débordé des couloirs du ministère de la Justice pour susciter non seulement des récriminations d’associations luttant pour le droit des femmes, mais aussi un buzz fait de railleries virales et d’indignation numérique.
Respect des « bonnes mœurs »
Quelle mouche estivale a donc piqué le nouveau garde des Sceaux ? C’est officiellement pour le respect des « bonnes mœurs » que ses collaboratrices doivent proscrire les pantalons « qui mettent trop en évidence les rondeurs et les formes de la femme » et déconcentrent ainsi les mâles fonctionnaires soudainement soumis à une libido titillée.
Face au tollé féministe suscité par la consigne, le conseiller à la communication du ministère, Sékou Keïta, n’a pas tardé à monter au créneau. Évoquant le respect de « certaines traditions » guinéennes, il rétorque à la polémique qu’il s’agit moins d’une mesure de nature à stigmatiser les dames qu’une consigne « tendant à protéger les femmes face à tous types de risques ». À chacun d’imaginer ces risques non précisés.
''JE SUIS LITTÉRALEMENT SORTIE EN TITUBANT''
Fatou Jallow avait 18 ans. Et venait que gagner le concours de Miss Gambie Jammeh la convoque. Elle avoue avoir été brutalement violée
Elle avait 18 ans. Et venait que gagner le concours de Miss Gambie. Yaya Jammeh, à l’époque président de la République avait reçu les participantes au concours et leur avait octroyé des bourses. Plus tard, raconte Fatou Jallow dans The Nytimes, Jammeh la convoque au palais. Finalement, il lui demande de l’épouser. « Je pensais que c’était une blague », dit-elle. « J’étais très naïve. Je ne savais pas à quel point il était brutal », souffle-t-elle. Jammeh la convoque à nouveau. Elle avoue avoir été brutalement violée.
« J’ai été rattrapée par la réalité. Je ne m’imaginais pas être cette fille que le Président appelle, ramasse et viole. Tout ce que j’ai voulu être, toutes les raisons pour lesquelles je voulais participer à ce concours, ont été jeté à la poubelle », raconte la jeune femme, âgée de 23 ans, aujourd’hui.
Plus connue sous le nom de Toufah, elle est la première femme gambienne a accusé publiquement l’ancien président d’agression sexuelle.
Nytimes a essayé de joindre Jammeh par l’intermédiaire de représentants du gouvernement en Guinée Equatoriale ? L’un d’eux a refusé de poser la question à l’ex président. « C’est la pire forme de manque de respect que de poser une telle question à une personnalité comme lui », aurait-il répondu.
Fatou Jallow, a obtenu asile au Canada, en 2015. Et doit témoigner devant la commission « Vérité et réconciliation » au cours de cette année. « Une partie de ce qu’il a fait a été de me briser et de me faire taire », a-t-elle dit. Et d’ajouter : « Je veux qu’il m’entende clairement. Il ne peut pas m’enterrer. »
« LE JOUR OÙ J’AI DIT NON AU POUVOIR »
Quand la première femme sénégalaise procureure de la République, Dior Fall Sow, revisite sa carrière, l’affaire qu’elle retient est relative à un meurtre commis à Guet Ndar, à Saint-Louis, qu’elle a eue à instruire
e-media |
DIÉ BA & ABDOULAYE SYLLA |
Publication 23/06/2019
Quand la première femme sénégalaise procureure de la République, Dior Fall Sow, revisite sa carrière, l’affaire qu’elle retient c’est celle relative à un meurtre commis à Guet Ndar, à Saint-Louis, qu’elle a eue à instruire. « Cela fait des années, narre-t-elle, on avait tué une personne à Guet Ndar et c’était quelqu’un du parti au pouvoir (régime socialiste) qui l’avait assassiné. A l’époque, j’étais procureure, c’est moi-même qui avais fait l’enquête, avec la police. On est allé dans les maisons. Et, à Guet Ndar, les deux (2) maisons étaient côte-à-côte. Et la famille de la victime avait dit que ’’la première personne qui sortait, elle allait la tuer’’. Je suis allée sur les lieux quand je faisais l’enquête et je leur ai dit ’’ne faites pas ça parce que si vous faîtes ça, vous allez commettre un meurtre et je vous arrête’’. Ils ont dit ’’non, non, parce qu’on ne croit pas en la justice. Il n’y aura pas de suite parce que c’est une personne qui est membre du parti au pouvoir’’. Je leur ai dit ’’de toute façon, je représente la justice, et l’affaire ira jusqu’au bout. C’est un engagement personnel que moi je prends en tant que magistrat’’. Et je suis allée jusqu’au bout. C’est la seule fois que j’ai reçu deux (2) appels du ministère de la Justice pour essayer de faire pression sur moi et j’ai refusé. »
Ce, pour l’invitée du Jury du dimanche (JDD) de Mamoudou Ibra Kane, ce 23 juin, de dire que « l’indépendance de la justice, c’est d’abord une question de personnalité » du magistrat. Par conséquent, « il appartient donc aux Cours et Tribunaux d’assurer cette indépendance. »
Dior Fall Sow de poursuivre : « C’est l’article 7 du statut qui dit que les magistrats du Parquet sont sous la direction et le contrôle de leur supérieur hiérarchique et sous l’autorité du ministère de la Justice. Personnellement, j’ai gardé le premier tronçon dans toute ma carrière à savoir que j’étais sous la direction de mon supérieur hiérarchique à savoir le Procureur général, et que peut-être lui était sous l’autorité du ministère de la Justice. C’est la raison pour laquelle justement dans cette affaire de Guet Ndar, j’ai été interpelée deux (2) fois par le ministère de la Justice. On m’a demandé, c’était à l’information que j’avais ouvert pour meurtre, de disqualifier en coups mortels. J’aurai pu ne pas répondre mais j’ai fait exprès de répondre que si l’information était bien faite j’allais requalifier en assassinat, ce qui est plus grave. »
Gênée que le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) soit présidé par le chef de l’Etat, Dior Fall Sow est d’avis « qu’on doit couper ce cordon ombilical ».