SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
4 avril 2025
Femmes
LA FEMME-OBJET, UNE RÉALITÉ BIEN SÉNÉGALAISE
Aminata Mbengue est une jeune bien décidée à refuser la soumission imposée aux femmes - Les femmes sont prises comme des objets de consommation périssables
francetvinfo |
Martin Mateso |
Publication 05/09/2019
Aminata Mbengue est psychologue clinicienne à Dakar. Militante féministe assumée, elle fait partie de la génération sénégalaise de cyber-activistes. Parmi ses thèmes favoris sur les réseaux sociaux, elle plaide pour l'égalité hommes-femmes et contre les violences faites aux femmes dans son pays. Elle a décidé de prendre les devants pour dénoncer "le calvaire d’être une jeune fille au Sénégal". Tout est fait pour déposséder les femmes de leurs corps, de leurs droits, explique-t-elle à franceinfo Afrique.
Le corps de la femme est fétichisé, soumis aux regards critiques des hommes qui jugent et donnent des notes. Les femmes sont prises comme des objets de consommation périssables" - Aminata Mbengue, féministe sénégalaise à franceinfo Afrique.
Aminata Mbengue constate avec amertume que les violences sexuelles et sexistes sont endémiques au Sénégal. On les retrouve dans tous les milieux socio-culturels, dans l’espace familial, dans les écoles et dans les entreprises. Des violences qui ont fini par être banalisées, regrette-elle.
"Beaucoup de jeunes femmes portent le voile pour être tranquilles dans l’espace public. Pour se soustraire aux regards. Pour ne pas être embêtées", confie-t-elle à franceinfo Afrique.
"La culture du viol est bien ancrée dans la société"
La liste des victimes ne cesse de s’allonger. En mai 2019, le meurtre odieux d’une jeune femme, précédé d’une tentative de viol à son domicile de Tabacounda, dans l’est du pays, a conduit dans la rue de nombreuses femmes en colère. Aminata Mbengue dénonce le manque d'empathie de la part de certains de ses compatriotes et la banalisation des violences subies par les femmes. Des viols qui restent souvent couverts par la loi du silence. Les statistiques disponibles remontent à 2014. Quelque 3660 cas de viol ont été signalés en dix mois par l’association des juristes sénégalaises.
"Il y a un déni collectif qui participe à l’invisibilité des violences sexuelles. Il y a aussi la culture du viol qui est bien ancrée. On cherche à responsabiliser la victime. Elle était où ? Elle était habillée comment ?, entend-on dire. "C’est la double peine pour les victimes", se désole-t-elle.
"Non, les femmes ne sont pas des êtres vulnérables"
Aminata Mbengue rejette les stéréotypes de genre qui veulent que la femme soit émotive par nature et que les hommes soient plutôt virils. Des idées fausses qui causent des torts aux deux parties, déplore-t-elle. Elle estime qu’il est urgent de changer le discours sur la femme, présentée dans la société comme un être vulnérable. Un discours qui arrange les hommes et leur permet de perpétuer leurs privilèges, affirme-t-elle.
"Non, les femmes ne sont pas des êtres vulnérables qui ont besoin de protection. Ce sont les situations dans lesquelles elles se trouvent qui les affaiblissent. Ce sont les rapports inégaux, la discrimination qu’elles subissent qui les fragilisent", plaide-t-elle.
Et pour elle, il est impérieux de changer les rapports inégaux que la culture installe parfois de façon insidieuse entre filles et garçons dès leur jeune âge. "Quand on dit aux petits garçons qu’un vrai homme ne pleure pas, on lui apprend à réprimer ses émotions alors qu’on pousse très tôt les jeunes filles à se soucier et à prendre soin des autres. Cela impacte leurs choix ultérieurs et leur vie de couple", explique Aminata Mbengue.
A Dakar, la psychologue sénégalaise fait partie de celles qui militent en faveur de la criminalisation du viol. Il faut durcir les peines, martèle-t-elle. Elle réclame la reconnaissance par la justice de son pays du statut de victimes pour les femmes qui subissent ces violences. Une étape obligée pour leur réparation et leur guérison.
OÙ SONT LES FEMMES DANS LES FORCES ARMÉES OUEST-AFRICAINES ?
Peu nombreuses, peu visibles, elles font face à des barrières persistantes. À Dakar, une conférence régionale réunit, depuis le mardi 3 et jusqu’au vendredi 6 septembre, des femmes des polices et gendarmeries d’Afrique de l’ouest
Peu nombreuses, peu visibles, elles font face à des barrières persistantes. À Dakar, au Sénégal, une conférence régionale réunit, depuis le mardi 3 et jusqu’au vendredi 6 septembre, des femmes des polices et gendarmeries d’Afrique de l’ouest : Sénégal, Burkina Faso, Niger et Mali, avec le soutien du département d’État américain. Objectif : féminiser les forces de défense et de sécurité
Elle en impose Mame Rokhaya Lo, du haut de son 1,87 m, 36 ans, capitaine au sein de la gendarmerie sénégalaise, première femme pilote de son pays. « Le problème qu'on a est peut-être culturel. Les gens n'ont pas l'habitude de voir les femmes en tenue, donc cela crée peut-être des barrières avec la famille pour que les femmes intégrent en nombre les forces de défense et de sécurité. On lutte vraiment pour atteindre au minimum 10% de femmes jusqu'à atteindre 20%. »
On en est loin selon Adjaratou Wakha Aïdara Ndiaye, directrice de l’ONG Partners West Africa Sénégal. « Les États africains sont à maximum 5%, surtout dans la zone Sahel, où actuellement il y a beaucoup de conflits. Plus il y aura de femmes au sein des forces de l'ordre, plus les gens, la population se sent en sécurité. »
Et, pour féminiser les forces de l’ordre, c’est aussi le regard des collègues masculins qui doit changer, selon Adiza Adamou, commissaire de police au Niger : « Surtout au niveau des unités opérationnelles, le maintien de l'ordre. Ils nous disent "les femmes, vous ne pouvez pas aller sur le terrain, vous ne pouvez pas aller au front" parce que, parce que, parce que... Ils nous regardent comme leurs filles, leurs femmes. » Mais là, c’est entre « sœurs », selon elle que se retrouvent les participantes, et surtout entre professionnelles.
«LES FEMMES SONT FAIBLEMENT REPRÉSENTÉES AU SEIN DES FORCES DE L’ORDRE»
Le personnel féminin représente 3,19% de l’effectif total des soldats déployés par le Sénégal en 2019 dans le cadre des missions de maintien de la paix
Une conférence régionale des femmes dans les Forces de l’ordre s’est ouverte hier à Dakar. Axée sur le thème «parer la route pour la femme», la rencontre a été l’occasion saisie par le ministre des Forces armées Sidiki Kaba pour affirmer que le personnel féminin a constitué en 2019 plus de 3% des soldats déployés.
L’évolution des femmes du Sénégal dans le maintien de la paix dans le monde a connu une augmentation fulgurante entre 2018 et 2019, si l’on en croit les propos du ministre Sidiki Kaba. Venu présider l’ouverture d’une conférence régionale des femmes dans les forces de l’ordre, le ministre des Forces Armées a soutenu que le personnel féminin représente 3,19% de l’effectif total des soldats déployés par le Sénégal en 2019 dans le cadre des missions de maintien de la paix.
Comparant ce taux avec celui de l’année dernière, il a indiqué devant plusieurs délégations de la sous région qu’en 2018 le Sénégal avait atteint la barre de 1,8% de la contribution en personnel féminin aux missions de maintien de la paix dans le monde. Et cette année, se réjouit t-il, nous en sommes à 3,19%. Devant une assistance constituée de plusieurs femmes, il a souligné aussi que le gouvernement du Sénégal s’est doté depuis 2011 d’une stratégie nationale sectorielle genre.
A l’en croire, il s’agit ici de soutenir le processus d’intégration genre dans les armées et la gendarmerie. Cela permet d’avoir des forces armées comprenant à la fois des hommes et des femmes œuvrant de manière collégiale dans l’exécution des missions à l’intérieur et à l’extérieur du pays. L’ouverture de cette rencontre de 4 jours a permis aussi à l’ancien Garde des Sceaux, devant les délégations du Niger, du Mali et du Burkina Fasso, d’imputer cette forte participation des femmes dans les contingents militaires aux prouesses de la diplomatie sénégalaise.
A son avis, le rayonnement de la diplomatie sénégalaise engrange beaucoup de dividendes positifs avec une plus-value considérable captant la participation des femmes dans les missions de maintien de la paix dans le monde. Toutefois, l’ancien président de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme(FIDH) a plaidé pour davantage de participation des femmes. «Les femmes qui constituent près de la moitié de nos populations sont faiblement représentées au sein des forces de l’ordre. Il urge d’apporter des correctifs nécessaires à ce niveau », pense-t-il. Le ministre a aussi fait une plaidoirie pour que les femmes accèdent à plus de responsabilités dans les forces de l’ordre.
Pour sa part, Aissata Tall, chef du service des enquêtes judiciaires de la division spéciale de cyber sécurité de la Direction de la police judiciaire, a souligné que l’objectif de la rencontre sera de créer un vaste et dynamique réseau des femmes servant dans les différentes unités des forces de défense et de sécurité des quatre pays participants.
3, 19% DE FEMMES DANS LES CONTINGENTS DE 2019
Le personnel féminin représente 3,19% de l’effectif total des soldats déployés par le Sénégal en 2019, dans le cadre des missions de maintien de la paix, a révélé, mardi, le ministre des Forces armées, Sidiki Kaba.
Dakar, 3 sept (APS) - Le personnel féminin représente 3,19% de l’effectif total des soldats déployés par le Sénégal en 2019, dans le cadre des missions de maintien de la paix, a révélé, mardi, le ministre des Forces armées, Sidiki Kaba.
"En 2018, nous avions atteint la barre de 1,8% de notre contribution en personnel féminin aux missions de maintien de la paix dans le monde. Et cette année, nous en sommes à 3,19%", a-t-il déclaré.
M. Kaba intervenait à l’ouverture d’une conférence régionale des femmes dans les forces de l’ordre, axée sur le thème "Parer la route pour la femme".
Cette rencontre de quatre jours a enregistré la participation de 30 femmes venant du Mali, du Niger, du Burkina Faso et du Sénégal.
Selon le ministre des Forces armées, "le rayonnement de la diplomatie sénégalaise engrange beaucoup de dividendes positifs avec une plus-value considérable captant la participation des femmes dans les missions de maintien de la paix dans le monde".
"Le gouvernement du Sénégal s’est doté depuis 2011, d’une stratégie nationale sectorielle genre. Il s’agit ici de soutenir le processus d’intégration genre dans les armées et la gendarmerie", a-t-il rappelé.
Il a ajouté que cela permet d’avoir des forces armées comprenant à la fois des hommes et des femmes œuvrant de manière collégiale dans l’exécution des missions à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
"ÉCRIRE, C'EST UNE MANIÈRE D'ASSUMER SON EXISTENCE"
L’écrivaine franco-sénégalaise Fatou Diome présente son nouveau roman intitulé "Les Veilleurs de Sangomar". Elle nous parle aussi de sa vision du féminisme et de l'Afrique
L’écrivaine franco-sénégalaise Fatou Diome présente son nouveau roman intitulé "Les Veilleurs de Sangomar". Elle nous parle aussi de sa vision du féminisme et de l'Afrique.
AMINATA TOURÉ, PREMIÈRE AFRO-ALLEMANDE VICE-PRÉSIDENTE D'UN PARLEMENT EN ALLEMAGNE
La jeune Allemande de 26 ans a été élue vice-présidente du Parlement régional de l'Etat de Schleswig-Holstein mercredi (28 août). Une élection sous les yeux de ses parents, originaires du Mali
DW Afrique |
Hugo Flotat-Talon |
Publication 29/08/2019
Elle a recueilli 46 voix sur 69. Aminata Touré est officiellement, depuis ce mercredi 28 août, vice-présidente du Parlement du Land de Schleswig-Holstein, dans le nord de l'Allemagne. Elle est la première Afro-Allemande à ce poste.
Un poste important où la jeune femme de 26 ans arrive avec de nombreuses ambitions et beaucoup de joie.
"Pour une société ouverte et égalitaire"
Avec ce poste, Aminata Touré, endosse donc un sacré costume ! En Allemagne, les parlements régionaux prennent des décisions importantes pour la police, les crèches, les universités, les transports...
Née en Allemagne de parents maliens, la jeune femme veut se battre pour une société ouverte et égalitaire. "Quand on regarde les chiffres, ce sont plus de 20% des personnes en Allemagne qui sont issues de l'immigration", insiste-t-elle. "Je pense que quelque chose comme ça doit aussi se retrouver dans la politique parce que sinon certaines réalités de la vie ne seront pas reflétées."
Allemande ? Malienne ? Les deux !
La vie d'Aminata Touré, son parcours, est un mélange de culture allemande, le pays où elle a grandi, et du Mali, le pays de ses parents et ses racines. "J'ai toujours eu les deux mondes en moi : l'origine de mes parents - le Mali ; et le pays où je vis - l'Allemagne", confie-t-elle. "À un moment donné, je ne voulais plus avoir à me décider pour un des deux pays. Alors j'utilise un terme inventé par un mouvement féministe de femmes noires, ici en Allemagne : Afro-Allemand."
Sûre d'elle, combative, comme on la décrit souvent dans la presse ou dans le milieu politique, Aminata Touré a étudié la politique et la philosophie. Un stage auprès d'un commissaire aux réfugiés de sa région fini de la convaincre de se lancer en politique. Aujourd'hui elle veut se battre pour que les réfugiés soient mieux et plus vite intégrés. "Je ne pense pas qu'une forme de politique répressive dans le domaine de l'asile amène les gens à se dire : Ok, je ne vais pas fuir en Allemagne, ou dans un autre pays maintenant, parce que la législation est ainsi. La loi ne change rien, la misère est encore là."
Egalité hommes-femmes
Aminata Touré veut aussi faire avancer l'égalité hommes-femmes en Allemagne et en politique. Elle s'affiche aussi clairement contre l'extrémisme : qu'il s'agisse de l'islamisme ou de l'extrême droite. Le début d'un combat pour la démocratie comme elle le répète souvent. Un combat que ses parents, qui ont longtemps eu peur de se faire expulser d'Allemagne, ont suivi, mercredi, depuis les tribunes du parlement régional, lors de l'élection.
Aminata Touré restera à ce poste pour deux ans et demi environ, jusqu'en 2022, lors des prochaines élections régionales dans sa région.
L’ACCUSE NIE ET EXIGE UN TEST ADN
Samba Aly Séne risque gros. Accusé d’avoir violé à plusieurs reprises puis engrossé sa fille adoptive, il a catégoriquement nié les faits qui lui sont reprochés
Samba Aly Séne risque gros. Accusé d’avoir violé à plusieurs reprises puis engrossé sa fille adoptive, il a catégoriquement nié les faits qui lui sont reprochés. Mieux, il a même exigé un test ADN pour se tirer d’affaires. Il a ainsi bénéficié d’une liberté provisoire et son dossier est renvoyé au 15 novembre prochain.
C’est en l’absence de la mère de la victime que le prévenu aurait violé sa fille adoptive. Durant les grandes vacances, D.D s’était rendue à Touba, chez sa grande sœur, Kadidiatou Kandé. Cette dernière a constaté la grossesse de sa petite sœur, avant de chercher à savoir qui en est le pére.
Sans hésiter, DD indexa son père adoptif comme l’auteur de sa grossesse. Acculé par sa femme, Samba Aly Sène réfute les accusations, soutenant qu’il est prêt à faire un test Adn. Face au juge des flagrants délits de Dakar, la victime a comparu avec son fils qui est une copie conforme du prévenu. Devant l’assistance, D.D a expliqué dans les moindres détails sa mésaventure.
Selon elle, les faits se sont produits en avril 2017, lorsque sa mère était partie à Mbirkilane. A l’époque, elle avait 13 ans. « J’étais dans ma chambre lorsque mon père est venu me proposer d’aller me coucher sous la moustiquaire. Sans arrière-pensée, je l’ai suivi. Couchée, il m’a forcé à entretenir des rapports sexuels avec lui, avant de me menacer de mort, au cas où je le dirai à ma mère.
Le lendemain, il m’a réveillé pour que je refasse la chambre. Ensuite, il m’a demandé de ne pas aller à l’école. La nuit quand je me suis préparée à aller me coucher dans ma chambre, il m’a ordonné à le rejoindre encore dans la moustiquaire. Il a abusé de moi une deuxième fois. La troisième fois qu’il a réitéré son acte, j’ai informé ma maman à son retour, mais elle n’a pas réagi», raconte t elle.
Selon toujours la victime, son père l’a traumatisée. « Il me privait de sortir pour jouer avec mes amies. J’ai eu peur de lui », détaille-t-elle.
Le prévenu a fait dans la dénégation. Agé de 63 ans, polygame et père de 4 enfants, Samba Aly Sène soutient qu’à chaque fois que sa femme était absente, c’est lui qui faisait la cuisine pour D. Diop qui ne savait pas le faire. « Je n’ai jamais entretenu de rapports sexuels avec elle. Je suis prêt à faire un test ADN. Ce jour-là, je lui ai dit d’aller se coucher dans la cour, sous la moustiquaire car la chambre était chaude et il y avait des moustiques. Je n’ai pas abusé d’elle. Je l’avais menacée parce qu’elle fréquentait trop les garçons. J’avais même avisé sa mère afin qu’elle veille à ses fréquentations», a-t-il expliqué.
L’avocat de la défense a estimé que seul le test ADN pourrait élucider cette affaire. « Le tribunal va prendre ses responsabilités de le mettre en liberté provisoire pour qu’on puisse faire le test Adn au bébé de la partie civile», souligne-t-il. Estimant que l’enfant a des traits avec le prévenu, la robe noire indique que seul l’ADN pourrait faire jaillir la vérité. Au finish, le Tribunal a accordé une liberté provisoire au prévenu. Ainsi, le dossier est renvoyé au 13 novembre prochain.
LE CONGAD ARME LES FEMMES
Le Conseil des organisations non gouvernementales d’appui au développement œuvre pour une meilleure implication des femmes dans la mise en œuvre de l’agenda 2030.
Le Conseil des organisations non gouvernementales d’appui au développement œuvre pour une meilleure implication des femmes dans la mise en œuvre de l’agenda 2030. A travers son Réseau genre et développement, le Congad a réuni une cinquantaine de plénipotentiaires d’organisation de promotion féminine du Sénégal, afin de renforcer leurs capacités sur le suivi de l’agenda 2030. Ce consortium d’Ong entend accroitre le niveau d’information et de participation de ces dernières dans le cadre de la mise en œuvre et du suivi des Objectifs de développement durable (Odd).
A ce propos, précise Amacodou Diouf, président du Conseil d’administration du Congad, «il fallait que le Sénégal, à travers sa Société civile et en rapport avec son gouvernement, puisse travailler à renforcer les capacités des femmes à pouvoir développer des engagements dans le cadre du suivi des Odd qui portent le destin du monde. C’est pour cela que nous avons tenu à organiser cet atelier à la suite d’autres ateliers qu’on a tenus dans le processus de suivi des Odd.
Nous voulons faire de telle sorte que nous disposions d’information capitale dans le cadre de la préparation de la revue annuelle que nous faisons sur le suivi des Odd, afin d’avoir au moins un document de contribution par rapport au document national ; mais également disposer partout au Sénégal d’une voix des Odd et qu’il y ait un dispositif décentralisé qui prenne en charge la problématique du suivi des Odd. En effet, il s’agit de lutter contre la pauvreté, de lutter contre les inégalités».
Les Odd ont été adoptés en septembre 2015 par 193 pays membres des Nations unies dont le Sénégal, à la suite des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd). Ils constituent, selon les experts, «un plan d’action pour la paix, l’humanité, la planète et la prospérité, nécessitant la mise en œuvre de partenariats multiacteurs. Ils ambitionnent de transformer nos sociétés en éradiquant la pauvreté et en assurant une transition juste vers un développement durable d’ici 2030. Le principe des Odd est de ne laisser personne en rade dans sa mise en œuvre et son suivi, notamment les populations les plus vulnérables». C’est pourquoi, estime Ciré Lô, «le renforcement de l’engagement des femmes dans ce processus est important».
Car pour le directeur de Cabinet du ministère de la Femme,de la famille,dugenre et de la protection des enfants, «si l’objectif est d’arriver en 2030 à des sociétés ouvertes, pacifiques et inclusives, les femmes ont un rôle importantày jouer à côté des hommes.
Donc, il est important de les outiller dans le portage des objectifs et des enjeux, mais également dans la bonne lecture des indicateurs et de l’ensemble des obstacles qui peuvent gêner cette évolution». Les communications au cours de cet atelier de deux jours, porteront sur, entre autres, la présentation des Odd et du cadre harmonisé de suivi des indicateurs...
"ILS NE CONNAISSENT PAS NOTRE SOUFFRANCE"
Elles sont une petite trentaine en grève et habitent hors ou aux portes de Paris. Elles viennent du Sénégal, du Mali ou du Congo et sont chargées de faire le ménage dans les 700 chambres de l’hôtel depuis 2, 5 ou 10 ans
Bondy Blog |
Latifa Oulkhouir |
Publication 27/08/2019
En grève depuis mi-juillet pour l'amélioration de leurs conditions de travail, les femmes de chambre de l'hôtel Ibis Batignolles ne comptent rien lâcher. On vous raconte l'histoire de Mama N'Diaye, femme de chambre gréviste et avec elle celui de leur combat et de leur quotidien.
Cela fait plus de cinq semaines qu’elles occupent le devant de l’hôtel Ibis imposant et gris des Batignolles. Elles sont là chaque jour entre 9h et 17h environ. Elles ont installé une petite table sur laquelle trônent une caisse de solidarité, des tracts en français et en anglais à en-tête de la CGT, quelques poêles dont elles se servent comme cymbales et une sono qui crache, entre autres, un tube du chanteur ivoirien DJ Kerozen. « Tous ceux qui ont gagné sont des gens qui ont bataillé », clame-t-il. La bande son est choisie.
Une grande partie des femmes de chambre de l’hôtel sont en grève et il est difficile de ne pas les entendre. Demandez aux agents de sécurité à l’entrée ou aux touristes qui entrent et sortent de l’hôtel toute la journée. Parmi leurs seize revendications : une diminution de la cadence, un arrêt des mutations et l’embauche des salariés de la sous-traitance STN par l’hôtel Ibis Batignolles.
Métier : femme de chambre
Elles sont une petite trentaine en grève et habitent hors ou aux portes de Paris. Elles viennent du Sénégal, du Mali ou du Congo et sont chargées de faire le ménage dans les 700 chambres de l’hôtel depuis 2, 5 ou 10 ans. Parmi elles, il y a Mama N’Diaye. Elle fait partie de ceux que l’on appelle pudiquement « travailleurs pauvres » dans les rapports économiques ou les médias. Mais elle fait surtout partie des ces femmes que l’on croise tous les jours même sans les voir. Elles nettoient les bureaux, refont les lits, aseptisent les toilettes. Et ont une histoire.
Mama N’Diaye a 40 ans, elle habite Montreuil et est arrivée en France en décembre 1995. Elle a commencé à travailler en 1996. Elle faisait des tresses. Puis est devenue gouvernante à Saint-Mandé, chez des particuliers. Elle le dit avec fierté. Elle a aussi fait de la garde d’enfants, de personnes âgées. Elle a été animatrice dans des écoles. Elle rappelle qu’elle, son métier, c’est aide-soignante mais « il n’y avait pas beaucoup de places au concours ». Elle est devenue femme de chambre car c’est plutôt facile de trouver une place. « C’est un métier où l’on ne chôme pas ». Avant l’Ibis Batignolles, où elle est arrivée grâce à une amie, elle avait travaillé dans deux autres hôtels.
Je ne suis pas une machine
Cela fait maintenant dix ans qu’elle officie là, dans ce gigantesque hôtel qui est un des plus grands de la chaîne. Et l’année qui vient de s’écouler n’a pas été simple. Mama N’Diaye a eu une tendinite qui l’a obligée à rester chez elle durant plusieurs semaines avant de reprendre à mi-temps. Un mi-temps thérapeutique, sa tendinite ayant été reconnue comme maladie professionnelle. « Les draps que l’on change, les vitres que l’on nettoie, les poussières, tout ça jusqu’à ce que nos muscles, ça n’aille plus ». Au lieu des 21, Mama N’Diaye ne fait donc plus que 9 à 10 chambres en trois heures. Mais elle se bat pour les autres et leur cadence à réduire. Aujourd’hui, elle est à 3 chambres et demi à l’heure, les femmes de chambres réclament un passage à 2 chambres et demi à l’heure. Faire une chambre en 17 à 20 minutes, c’est impossible selon elle. « Enlever les serviettes et les draps sales, mettre les produits, aérer, passer l’aspirateur, la serpillière. Tout ça, ça prend du temps, rappelle-t-elle.Je ne suis pas une machine. »« Le problème aussi, c’est qu’il y a des filles ici, qui font jusque 50 chambres par jour et on ne leur paie jamais les chambres supplémentaires ou on leur propose de poser des jours. Ils profitent trop de nous. »
Elle raconte également comment le travail l’a épuisée à l’époque où avant de venir travailler à l’hôtel, aux alentours de 9h, elle se levait à 4h, prenait le premier métro pour se rendre à la Défense et faire le ménage dans les bureaux entre 7h et 8h. « J’ai arrêté car j’ai eu des problèmes de tension, je ne dormais pas assez ». Ce rythme-là, certaines autres femmes de chambre le tiennent encore pour des raisons financières. En moyenne, une femme de chambre perçoit une rémunération comprise entre 800 et 1100 euros.
Mama N’Diaye fait partie des femmes de chambre que le sous-traitant STN veut muter dans un autre hôtel, à Marne-la-Vallée. « Ils me disent que je leur fais perdre de l’argent car je ne fais plus que 9 chambres mais c’est le médecin du travail qui m’a dit ça ». C’est la troisième des revendications des femmes de chambre : « arrêt des mutations des salariées partiellement inaptes et des mutations non justifiées de manière générale ».
6 semaines de grève et une détermination intacte
La femme de chambre remarque que la situation s’est détériorée depuis l’arrivée du sous-traitant STN il y a trois ans et analyse la situation de manière simple et lucide : « eux, ils ne connaissent pas notre souffrance, et ils se disent qu’on est des Africains et qu’on ne connaît rien à part l’argent, mais ici on est dans un pays de droits et de loi ».
Ce jour-là, leurs délégués étaient en réunion de négociation. Lorsque des membres de la STN apparaissent, les femmes de chambre les accueillent à coups de « STN voleurs » ou « STN dégage ». Aucun accord n’a pour l’instant été trouvé. « Et toi, qui va payer ton loyer ? » s’interrogent les femmes entre elles et en riant.
Leur inquiétude n’a aucune prise sur leur détermination. « On va jusqu’au bout, même si on doit rester là jusqu’en 2022, on va jusqu’au bout, on est déterminés quoi ». Le rire dans lequel Mama N’Diaye a dit cette phrase ne laisse aucune place au doute. « Si je travaille, si je me bats, c’est pour mes enfants de 12 et 19 ans et ils me soutiennent ».
Les finances et la santé de Mama N’Diaye sont un peu trop fragiles pour se permettre des vacances. Ça fait 6 ans qu’elle n’est pas allée au Sénégal. Elle et son mari travaillent pourtant et lui aussi la soutient, « il fait à manger quand je rentre et que je suis trop fatiguée. Ce travail, ça rend KO ».
Les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles entrent dans leur sixième semaine de grève, sans que rien ne semble les déstabiliser, pas même la devanture grise du Pôle Emploi situé juste en face de l’entrée de l’hôtel. « Il y a des gens qui sont en haut, qui ne nous aiment pas et qui disent qu’on ne va pas gagner mais rien ne peut nous arrêter ».
Sur le sol, devant l’hôtel, des milliers de petits confettis rectangulaires « faits maison ». Les grévistes ont patiemment découpé des dizaines de magazines aux ciseaux. Une autre idée, s’il en fallait une, de leur détermination.
CHEZ LES LAYÈNES, ON SE MARIE À 5000 FRANCS
Une des principales confréries islamiques soufies du pays, les Layènes se distinguent de leurs coreligionnaires par certaines pratiques dont les mariages collectifs entre adeptes
Une des principales confréries islamiques soufies du Sénégal, les Layènes se distinguent de leurs coreligionnaires par certaines pratiques dont les mariages collectifs entre adeptes. Célébrées annuellement lors de la ‘’ziarra’’ (renouvellement d’allégeance) au Khalife général (guide de la confrérie), ces unions sont contractées par plus d’une centaine en un après-midi et sur la base d’une dot symbolique de 5000 FCFA.
En ce samedi, jour de la ‘’ziarra’’ à l’actuel Khalife général des Layènes, Abdoulaye Thiaw Laye, l’union de 132 couples est un des temps forts de l’évènement. Les mariages sont prévus comme d’habitude sur la Grand-Place de sable fin de Yoff- Diamalaye, quartier jouxtant la mer et un des fiefs des Layènes.
Peu après 17 heures, le muezzin lance l’appel à la prière et un homme annonce à la foule recueillie que les nouvelles mariées recevront leurs dots, peu après la prière de ‘’takussaan’’. Pourtant, cette année, une petite entorse a été faite à la cérémonie : compte tenu du grand nombre d’unions à célébrer, des mariages ont été scellés un peu plus tôt dans la journée.
Abdoulaye Mbengue qui est venu demander la main d’une fille pour son frère absent, a pu en profiter et il est tout heureux. « Moi aussi, c’est là où j’ai trouvé ma première épouse. Je me prépare pour une deuxième», lance-t-il fièrement avant d’exhiber l’attestation de mariage de son frangin délivrée par l’imam de la grande mosquée de Yoff Layène.
Mamadou Laye Sène, membre du dahira (groupe d’adeptes) layène de Thiaroye-sur-mer, voit, lui, dans cette tradition instaurée par Seydina Limamou Laye, (1843-1909, le fondateur de la confrérie) un moyen de lutter contre la dépravation des mœurs. Pour Sène, il s’agit là également d’une preuve de « sagesse » de la part de son guide qui permet aux jeunes de s’éviter des maladies incurables comme le sida.
Tout en acquiesçant, Abdourahmane Thiaw Laye, secrétaire général des Fédérations des dahiras layènes du Sénégal, rappelle que leur guide n’a fait que revaloriser « une sunna du prophète Muhammad (PSL) ». « Nous la (sunna) revivifions à l’occasion de cette ziarra à travers des séances foraines où l’on marie les célibataires, les divorcés, les veufs et les veuves », ajoute-t-il.
Le responsable précise en outre que les mariages sont contractés selon les quatre conditions fixées par l’islam : le consentement des personnes à marier, l’approbation du tuteur de la femme, la présence de deux témoins et le versement de la dot à la femme.
En plus des 5000 FCFA versés à la mosquée, une somme pareille est prévue pour la dot. Elle est calculée sur la base de la valeur du quart du dinar retenu « entre 4500 et 5000 FCFA ».
Après cette dot symbolique, le nouvel époux peut, s’il le désire et en a les moyens, donner une substantielle enveloppe à son épouse. Certes « la femme mérite même un milliard. Mais il y a un hadith qui dit que le mariage qui reçoit la dot la plus petite a plus de baraka », souligne Abdourahmane Thiaw Laye, rappelant que l’année dernière 132 couples avaient également été unis.
Autre pratique enseignée par « Baye Laye » (surnom de Seydina Limamou Laye) : dès sa naissance, une fille peut être donnée en mariage, suivant les préceptes islamiques. Toutefois à sa majorité, on la consultera pour savoir si elle veut ou non l’époux qu’on lui a choisi. En cas de réponse négative, le mariage est annulé et la dot remboursée à l’époux ou à sa famille.
Dans ces genres de mariage, les parents du marié font tout pour que ça marche en assurant un « suivi » régulier des rapports entre les conjoints. « On essaie de responsabiliser le garçon en lui faisant savoir que celle-ci est son épouse. On lui donne des cadeaux pour qu’il aille les lui remettre », explique sous le couvert de l’anonymat un homme bien au fait des mariages collectifs.
Rappelant que le prophète Mohammad (PSL) avait épousé Aicha lorsqu’elle avait 6 ans, il informe que beaucoup personnes voyant que les Layènes perpétuent cette pratique ont tendance aujourd’hui à marier très tôt leurs enfants ou leurs petits-enfants.
Tout en combattant les dangers du célibat et la pression sociale, ces mariages brisent certains préjugés de la société sénégalaise où les ‘’castés’’ (griots ou autres forgerons) ne peuvent s’unir qu’avec les femmes de leur rang.
Dans l’optique de bannir cela, les Layènes cultivent l’humilité chez leurs adeptes en les obligeant durant les cérémonies religieuses à se vêtir de blanc (percale, en particulier), à se faire appeler du même nom de Laye et à s’accroupir à même le sol.