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4 avril 2025
Femmes
LA COUR SUPRÊME ROUVRE LE DOSSIER DE TAHIBOU NDIAYE
Condamné depuis 2015 par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), l’ancien directeur du Cadastre, Tahibou Ndiaye sera bientôt devant le prétoire de la Cour suprême.
Condamné depuis 2015 par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), l’ancien directeur du Cadastre, Tahibou Ndiaye sera bientôt devant le prétoire de la Cour suprême. Cette juridiction, informe « Les Echos » va bientôt se pencher sur l’affaire. Et, il est fort possible que le dossier soit enrôlé au retour des vacances judiciaires des magistrats.
Pour rappel, en 2015, Tahibou Ndiaye a été condamné par la Crei à 5 ans de prison ferme et 2,6 millions de francs CFA en guise d’amende. Le juge avait aussi ordonné la confiscation de ses biens. Il était poursuivi pour enrichissement illicite.
POUR DEVELOPPER LE LEADERSHIP POLITIQUE ET ECONOMIQUE DES FEMMES
Alors que les femmes représentent 52% du fichier électoral, l’absence de candidature féminine lors des dernières élections présidentielles a été un fait marquant.
Alors que les femmes représentent 52% du fichier électoral, l’absence de candidature féminine lors des dernières élections présidentielles a été un fait marquant. A cela s’ajoute le fait que sur les 557 collectivités territoriales que comptent les Sénégal, seules 5 d’entre-elles ont été administrées par des femmes en 2014 et seulement 13 à l’heure actuelle. Et les nouvelles mesures concernant les élections des maires au suffrage universel indirect pourraient accentuer ce gap entre les deux genres. De quoi interpeller les membres de l’ONG-3D, qui a convoqué, hier jeudi à Dakar, une session de mentorat à l’intention des femmes leaders en vue de voir les voies et moyens à entreprendre pour inverser la tendance actuelle.
En vue d’aider les femmes à développer leur estime de soi, à croire en elles et mettre en pratique leurs compétences, l’ONG-3D a tenu une session de mentorat, hier jeudi à Dakar. Session dont l’objectif central est de contribuer à renforcer le leadership des femmes en leur fournissant les outils nécessaires à l’impulsion de leur leadership politique et économique. Conscient de la place ô combien importante des femmes dans la vie politico-économique, alors qu’elles sont reléguées au second plan, Moundiaye Cissé, directeur exécutif de l’ONG-3D rappelle: «nous avons pensé qu’aujourd’hui il serait préférable de réfléchir sur les moyens d’accompagner les femmes sur les questions de leadership économique et politique à la fois. Nous allons vers des reformes au Senegal. La loi électorale va subir de profondes réformes, de profondes mutations. Par exemple, on va aller vers l’élection des maires au suffrage universelle direct. Nous sommes en train de voir comment faire pour que les femmes soient beaucoup plus représentées dans les gouvernements locaux, des conseils locaux ».
A la fois désemparé et impuissant face à la place qu’occupent les femmes dans la carte politique du Sénégal, mais aussi apeuré que cette situation ne s’envenime grâce aux mutations politiques en perspectives, M. Cissé déclare : «tenez-vous bien, malgré la loi sur la parité avant 2014, seules 5 femmes étaient maires sur 557 collectivités territoriales. Et au moment où je vous parle, il n’y a que 13 femmes sur les 557 collectivités territoriales. Maintenant, imaginez qu’on aille vers l’élection des maires au suffrage universel direct, est-ce qu’on ne court pas le risque d’avoir zéro (00) femme maire parce que la compétition va etre encore plus rude ? Parce qu’avec le système indirect, on pouvait donner des instructions pour les conseillers pour voter pour une femme maire. Mais, avec le système universel direct, si on n’y prend garde, en anticipant le renforcement de capacités des femmes, on risque d’avoir zéro femme maire».
LA PARITE, UNE LAME A DOUBLE TRANCHANTS
Pour pallier ce gap, en marge des élections municipales à venir, le directeur exécutif de l’ONG-3D, Moundiaye Cissé appelle les femmes leaders des instances de décision à mutualiser leurs forces afin d’inverser la tendance. «La compétition sera ce qu’elle sera car les citoyens, les électeurs iront directement au vote. 13 femmes maires sur 557 collectivités territoriales, comment faire en sorte qu’on se retrouve avec 20% de femmes maires à défaut d’avoir 50% ? C’est l’occasion aussi d’interroger la loi sur la parité, est-ce qu’elle a impacté sur le vécu politique des femmes ? On pouvait s’attendre à ce que les femmes, une fois à l’Assemblée nationale, mettent de côté leur appartenance politique pour travailler ensemble et faire adopter des propositions de loi allant dans le sens du renforcement de leur leadership politique; ce qui n’ a pas été le cas». M. Cissé de conclure: «dans les Conseils municipaux, on est passé à 20% de femmes présentes à 43% du fait de la parité. Mais qu’est-ce qu’on a senti comme changement dans le vécu quotidien des femmes au niveau de ces Conseils municipaux ? Je crois que la loi sur la parité ne doit pas être une finalité, mais un moyen de promotion du leadership des femmes pour qu’elles puissent avoir les moyens. On a vu également la loi sur le parrainage, avec zéro femme candidate à l’élection présidentielle. Autant de raisons qui font qu’on s’est dit qu’il faut anticiper et voir quels sont les goulots d’étranglements ? Quels sont les obstacles à l’émergence des femmes au niveau du pouvoir ?»
L’ECONOMIE, FACTEUR CLE DE L’ECLOSION DU LEADERSHIP FEMININ
Consciente que l’indépendance politique des femmes va de pair avec leur indépendance économique, toutes deux des leviers importants dans leur autonomisation, Mme Khady Samba, directrice de l’Encadrement et de l’Economie sociale solidaire venue représenter son ministre de tutelle explique: «nous saluons cette initiative de l’ONG-3D qui a pour objectif de renforcer les femmes en leadership. Quand on parle de leadership, il faut une autonomie économique et ça nous intéresse au plus haut point. Parce que le ministère de la Micro finance et de l’Economie sociale et solidaire accompagne les femmes dans le développement et la promotion de leurs activités économiques. Nous sommes aussi chargés de faire la promotion du secteur de l’économie sociale et solidaire, domaine dans lequel les femmes sont particulièrement actives».
par Oumou Wane
NE TERGIVERSONS PAS !
Le voile est désormais interdit dans les murs de l’Institution Sainte Jeanne d’Arc de Dakar. Bien nous en fasse !
Ce n’est pas parce que le Sénégal est un pays laïque de par sa constitution, qu’on ne peut pas y parler de religion, l’enseigner et en partager les valeurs. Or, c’est bien de nos valeurs religieuses qu’il s’agit dans la polémique qui agite la société sénégalaise à propos de l’interdiction du voile à Sainte Jeanne D’Arc, une école catholique renommée de Dakar.
Je ne vous apprends rien en vous disant que l'islam est la religion prédominante au Sénégal, où les musulmans sont estimés à plus de 90 % de la population et affiliés dans leur immense majorité au soufisme, ni en vous rappelant que l’on pratique ici une religion traditionnellement tolérante et respectueuse envers les autres cultes.
Pour ceux qui voyagent au Sénégal, ils n’auront pratiquement jamais aperçu aucune burka. Au contraire, la femme sénégalaise est très coquette et ne cherche pas du tout à masquer sa beauté. Le Sénégal, Dieu merci, n’a jamais été un pays d’islam particulièrement « bruyant », à l’image de certains de ses voisins et sa pratique religieuse ne représente aucun danger pour nos institutions et nos citoyens.
Au passage, je voudrais ici saluer le courage de nos intellectuels et éditorialistes, qui contre les aboyeurs haineux des réseaux sociaux, tirent la sonnette d’alarme pour défendre ce modèle d’« islam à la sénégalaise », qui s’impose au reste du monde à l’image de sa jeune expérience démocratique.
Dans cet établissement donc, qui a refusé d'admettre en cours des élèves musulmanes portant le voile, nous sommes d’abord en droit de se demander, pourquoi ces familles musulmanes ont choisi cette école catholique pour y scolariser leurs enfants ? Pourquoi ?
Mais sur le cœur du sujet, que dire de plus et de mieux que Serigne Modou Bousso Dieng, coordonnateur de la Confédération internationale des familles religieuses, qui déclare que ceux qui protestent contre l’interdiction du voile à l’Institution Sainte Jeanne d’Arc de Dakar, « ont tort et font tort aussi à l’Islam ». Le responsable religieux de Touba ajoute sur les ondes de la RFM : « Cette affaire de voile n’est pas une affaire de religion mais une question de liberté ». Et de continuer sans aucune ambiguïté : « A part les règles qui régissent le fonctionnement de nos écoles de manière générale, il y a des établissements qui ont leurs particularités. C’est le cas de l’institut Al Azhar qui enseigne les préceptes de l’Islam (prières, le Coran, la vie et l’œuvre du Prophète PLS…). Donc, s’il se trouve qu’il y a aussi une école catholique qui a les mêmes particularités, les parents d’élèves de confession musulmane doivent quitter cet établissement et aller voir ailleurs ». « C’est aussi simple que ça », tranche-t-il.
Loin de moi l’idée de critiquer une femme pour la façon qu’elle a choisie de s’habiller ou de pratiquer sa religion, mais enfin, s’agissant de jeunes filles, quand ce n’est pas d’enfants, quelle est la part du discernement et celle de l’endoctrinement ? Il suffit d’entendre le témoignage de l’une de ces élèves : « Ils nous ont amené dans une salle avec toutes les voilées, qui étaient là depuis le matin. On ne savait pas ce qu’on avait fait. Je me sentais rejetée, rabaissée par mon école, ma seconde famille, qui m’a rejeté pour qui je suis. On ne va pas céder, on ne va pas baisser les bras. Je mène ce combat pour ma religion, l’islam. » Il suffit de comprendre ce cri à la persécution « religieuse » pour se rendre compte de la volonté d’attiser le conflit inter-religieux.
Car que voulez-vous, même dans un pays à dominante musulmane dont la pratique religieuse incite à s’ouvrir aux autres et à vivre ensemble dans la diversité culturelle, la laïcité peut être soumise à rude épreuve.
La tendance générale dans le monde est au repli identitaire et à la crispation, au communautarisme borné ou au fondamentalisme religieux, remettant en cause la liberté individuelle ou l’égalité homme femme.
Malheureusement, ce sont souvent les plus démunis et les plus fragilisés qui se réfugient dans ces fausses certitudes.
Le Sénégal qui représente la porte saharienne de la pénétration islamique en Afrique noire a un rôle déterminant à jouer quant aux dispositifs sociaux de prise en charge de la misère.
Pour le reste du monde, l’occident dont la France a déjà par le passé, envoyé aux antipodes des navires pour sauver des "boat people" ! Comment expliquer qu’il ne fait rien de déterminant face à des gens qui fuient aujourd'hui pareillement la faim, la souffrance ou la mort sur un bateau de fortune en Méditerranée ? Là aussi nait le terreau de ces nouvelles idéologies racistes, discriminantes et identitaires.
Mais je me perds dans ma dissertation, trêve de conjectures, retournons à l’école. Le voile est désormais interdit dans les murs de l’Institution Sainte Jeanne d’Arc de Dakar. Bien nous en fasse ! Quelles que soient les déclarations politiciennes pour mettre en difficulté le régime et les propres marges de manœuvre de l’Etat pour faire avancer ce débat, qu’on se le dise, la société civile est là et ne tergiversera pas !
«LES PARTIS POLITIQUES SONT ALLERGIQUES À LA PARITÉ»
La sociologue Selly Ba a passé en revue la parité mardi, à l’occasion du séminaire de formation sur la participation des femmes sur le plan politique et les violences faites aux femmes, organisé par l’institut panos Afrique de l’ouest (Ipao)
La sociologue Selly Ba a passé en revue la parité hier à l’occasion du séminaire de formation sur la participation des femmes sur le plan politique et les violences faites aux femmes, organisé par l’institut panos Afrique de l’ouest (ipao). Dr Selly Ba a relevé que sur les 552 communes, il y a que 13 femmes maires.
La participation de la femme sur le plan politique est toujours faible, malgré les nombreuses avancées qui ont été notées avec le vote de la loi sur la parité en 2010. Une loi controversée puisque beaucoup de personnes étendent ses prérogatives jusqu’à la vie de couple.
Dans sa communication, la sociologue, Dr Selly Ba est revenue largement sur la parité. Selon elle, le bilan de la parité est mitigé. «Le parlement actuel comprend 43% de femmes. Sur les 552 communes, il n’y a que 13 femmes maires. Il n‘y a que deux femmes président de conseil départemental(4,8%) à Bambey et Tivaouane. Les partis politiques sont allergiques à la parité», regrette-t-elle.
A l’en croire, la parité est juste un moyen qui permet d’atteindre l’égalité de genre. «La parité a permis de hisser le Sénégal notamment, le parlement a un bond de 20 points. Avant la loi sur la parité, on était à 20% de femmes au niveau de l’Assemblée nationale et c’est la parité qui nous a permis d’être à 43%. Elle a aussi créé une prise de conscience chez certaines femmes qui sont désormais déterminées à bousculer leurs homologues masculins dans les instances de prise de décision», dit-elle.
La sociologue souligne que malgré la loi, l’objectif est loin d’être atteint. «Nous n’avons pas encore les 50% à cause du mode de scrutin. Il y a une méconnaissance de la loi sur la parité qui concerne que les instances électives et semi électives», reconnaît Dr Selly Ba.
Selon la sociologue, la finalité du texte était de prendre en compte les besoins spécifiques des femmes mais le constat est que même les députés ne comprennent pas l’enjeu de cette loi. Une stratégie de communication, selon elle, est nécessaire et importante pour mieux faire connaître les enjeux et l’apport de cette loi dans notre quotidien. Cependant, la loi fait face à des défis. «L’existence de sièges impairs a des conséquences sur les résultats du scrutin majoritaire qui est en défaveur des femmes. On remarquera, par ailleurs, que le fort taux de femmes élues ne se reflète pas dans les bureaux des institutions. Les postes de présidents de conseil, maires et adjoints aux maires sont largement occupés par les hommes. Ce sont des défis qu’il faudra relever», prône t-elle.
LES TUNISIENNES, GRANDES ABSENTES DE LA PRÉSIDENTIELLE
Omniprésentes dans les manifestations qui ont fait tomber Ben Ali en 2011, électorat courtisé lors des précédentes élections, les femmes sont largement absentes de la campagne tunisienne de 2019, qui privilégie les thèmes sécuritaires ou économiques.
Omniprésentes dans les manifestations qui ont fait tomber Ben Ali en 2011, électorat courtisé lors des précédentes élections, les femmes sont largement absentes de la campagne tunisienne de 2019, qui privilégie les thèmes sécuritaires ou économiques.
"Les hommes promettent beaucoup aux femmes. Mais lorsque 'M. Moustache' arrive au pouvoir, il ne se passe plus rien." Feryel Charfeddine a le sourire las. La place des femmes en Tunisie ? À quelques jours du premier tour de la présidentielle du 15 septembre, beaucoup font part de leur désenchantement.
Militantes passionnées, simples femmes de terrain ou anciennes élues, elles n'attendent "pas grand-chose" du scrutin. À l'image de Feryel Charfeddine, dirigeante d'une association de lutte contre les violences.
"Je ne suis pas pessimiste, je suis réaliste", affirme cette jeune femme, alarmée par ce qu'elle dit constater tous les jours sur le terrain : augmentation des violences, recul des droits, conservatisme de la société. "Les femmes ne s'intéressent plus à la politique. Inconsciemment, elles savent que c'est le même système patriarcal qui perdure."
"On est dans l'alibi"
En bonne place dans les manifestations qui ont fait tomber le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali en 2011, électorat courtisé lors des précédentes élections dans la Tunisie post-révolutionnaire, les femmes sont largement absentes de la campagne de 2019, qui privilégie les thèmes sécuritaires ou économiques.
Sur 26 candidats, on compte seulement deux candidates : une avocate anti-islamiste, Abir Moussi, et une ancienne ministre, Salma Elloumi. "On est dans l'alibi", soupire l'avocate Bochra Belhaj Hmida, élue au Parlement depuis 2014, qui se retire de la politique.
"J'ai vécu une expérience très très riche, mais je quitte la politique sans regrets", confie à l'AFP cette figure du combat féministe en Tunisie.
Sans s'étendre sur la violence en politique, celle qui fut au cœur d'une campagne d'insultes et de dénigrement en raison de son combat pour l'égalité successorale femme-homme, sujet hautement inflammable dans le pays, raconte : "Les hommes attendent des femmes en politique qu'elles soient le moins dérangeantes possible, qu'elles ne débattent pas et surtout qu'elles ne décident pas. J'ai perdu beaucoup d'amitiés masculines."
Elle évoque aussi le manque de solidarité féminine, "comme s'il n'y avait qu'une place à décrocher et qu'il fallait écarter les autres".
"Nous sommes mieux loties, mais entre avoir de bonnes lois et les faire appliquer..."
Ce climat parfois éprouvant dissuade l'engagement. "Les femmes ne se sentent pas soutenues et il n'y a pas de volonté des partis politiques de changer ça", affirme Zyna Mejri, une jeune militante.
Pourtant, la Tunisie est considérée, depuis son indépendance, comme une pionnière des droits des femmes dans le monde arabe et musulman, avec l'adoption en 1956 du code du statut personnel, qui a notamment aboli polygamie et répudiation.
Ces dernières années, le défunt président Beji Caïd Essebsi, qui se vantait d'avoir été porté au pouvoir par les électrices, a fait voter plusieurs textes importants, comme une loi contre les violences faites aux femmes ou l'abrogation d'une circulaire leur interdisant d'épouser un non-musulman.
"C'est vrai que nous sommes mieux loties, mais entre avoir de bonnes lois et les faire appliquer...", nuance Zyna Mejri, pour qui le combat passe par un "changement des mentalités" en Tunisie.
"Schizophrénie", dit pour sa part Feryel Charfeddine, pointant le décalage entre l'image du pays progressiste et le conservatisme de la société.
Bochra Belhaj Hmida s'est souvent heurtée à l'agressivité de jeunes hommes qui ne comprenaient pas son combat pour l'égalité. Mais elle reste convaincue de la nécessité de débattre, y compris dans la violence, et admet avoir elle-même nuancé son point de vue.
"Quand j'ai réussi à établir le dialogue avec certains de ces jeunes, ça m'a aussi ouvert les yeux. J'ai pris conscience de leur frustration, du regard qu'ils pensent que les 'bourgeois' portent sur eux."
La question de savoir si la société tunisienne est "prête" à davantage d'égalité fait rugir Yosra Frawes, présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates.
"La question ne se pose même pas. L'égalité est un principe universel", rétorque-t-elle. Même si elle constate "un recul énorme" des droits des femmes sur le terrain.
Elle cite, pêle-mêle, les difficultés croissantes en matière de droits sexuels et reproductifs, la dégradation de l'accès aux soins, notamment dans les zones rurales, et l'appauvrissement des femmes.
Selon une récente étude de l'ATFD, plus de 80 % de la main d'œuvre agricole en Tunisie est composée de femmes et l'association a dénoncé la précarité de cette main d'œuvre "corvéable à merci".
PLUS DE 2700 CAS RECENSÉS EN 15 MOIS DANS SIX RÉGIONS
La juriste Ndeye Madjiguène Sarr de l’Association des juristes sénégalaises (AJS) a révélé lundi que 2.711 cas de violences exercées sur des femmes ont été enregistrés par des boutiques de droits installées dans six régions du Sénégal entre janvier 2018 e
Dakar, 9 sept (APS) – La juriste Ndeye Madjiguène Sarr de l’Association des juristes sénégalaises (AJS) a révélé lundi que 2.711 cas de violences exercées sur des femmes ont été enregistrés par des boutiques de droits installées dans six régions du Sénégal entre janvier 2018 et juillet 2019.
‘’1926 cas de violences ont été enregistrés dans les boutiques de droits installées dans les régions de Dakar, Thiès, Kaolack, Kolda, Ziguinchor et Sédhiou, entre janvier 2018 et février 2019. Il s’y ajoute les 785 cas de violence enregistrés entre mars et juillet 2019 dans ces mêmes boutiques de droits’’, a expliqués Mme Sarr.
Elle intervenait lundi, à l’occasion d’un atelier de formation de quatre jours au bénéfice de 15 journalistes sénégalais dans le cadre du projet ‘’Femmes ! Occupez les médias !’’ de l’Institut Panos Afrique de l’Ouest (IPAO).
Ce projet vise à renforcer les capacités des médias à produire et diffuser une information documentée sur les droits des femmes. Il a aussi, entre autres objectifs, d’accroître le nombre et les compétences des journalistes spécialisés dans le journalisme sensible au genre.
‘’Il s’agit d’un total de 2711 cas de violences entre janvier 2018 et juillet 2019, dont 1195 de violences sexuelles (viol, inceste, pédophilie, et autres abus). Les victimes de ces cas de violences recensés dans les boutiques de droits ont un âge compris entre trois et 34 ans’’, a expliqué Ndeye Madjiguène Sarr.
La juriste introduisait une thématique sur les violences faites aux femmes et celles basées sur le genre. Dans son exposé, elle est largement revenue sur les situations des droits fondamentaux des femmes, les mécanismes et instruments juridiques qui encadrent ces droits, ainsi que les insuffisances du cadre législatif, les barrières sociétales et les perspectives.
D’autres formateurs, dont le journaliste Tidiane Kassé, aborderont une thématique sur la ‘’Participation politique des femmes’’, avec des focus sur les droits fondamentaux politiques des femmes, l’évaluation de la loi sur la parité et les enjeux des prochaines élections locales.
DES ÉLÈVES ET DES FEMMES MARIÉES AU CŒUR D'UN RÉSEAU DE PROSTITUTION À FATICK
Dans la ville, ce métier s’exerce de plus en plus dans l’illégalité totale. A côté des professionnelles de sexe reconnues, des filles très audacieuses ont récupéré ce commerce peu particulier et l’exercent selon leur convenance
Considérée comme le plus vieux métier au monde, la prostitution est un raccourci pour vivre dans l’opulence. A Fatick, ce métier s’exerce de plus en plus dans l’illégalité totale. A côté des professionnelles de sexe reconnues, des filles très audacieuses ont récupéré ce commerce peu particulier et l’exercent selon leur convenance. réunies dans un groupe WhatsApp et composées majoritairement d’élèves, ces prostituées d’un genre nouveau se connectent grâce à des numéros verts et un langage codé. Avec une méthode rodée, elles réussissent à se faire beaucoup d’argent. Une situation inquiétante, en raison des risques sanitaires qu’elles encourent puisqu’elles refusent les rapports protégés. Une ruse qui, selon elles, paie dix fois plus.
A Fatick, la clandestinité a fini de s’ériger en règle dans le milieu de la prostitution. Ici, le commerce n’est plus florissant pour les détentrices de carnet de santé. En atteste le témoignage de cette professionnelle reconnue et dûment enregistrée sur le fichier sanitaire. «Il arrive que je reste une semaine sans être contactée. La semaine suivante, je reçois au maximum deux clients. Et souvent, c’est moi qui les fais réagir», renseigne Ayline (nom d’emprunt).
Cependant, elle n’est pas la seule à vivre cette crise. Nombreuses sont ses collègues qui se trouvent dans la même situation. «Avec ce que nous gagnons auprès de nos clients, nous vivons au jour le jour. Mais pour ma part, je ne compte pas me retirer facilement. Je suis en règle et je n’accepterai pas que l’on gâche mon travail», martèle une autre travailleuse du sexe. Celle-ci d’ajouter : «pourtant, nous sommes toujours aussi fraîches qu’à nos débuts».
Une sorte de réponse à ceux qui trouvent qu’elles ont perdu du terrain à cause de leur âge avancé. Si la clientèle est devenue rare, renseigne Binouch, c’est parce que Fatick grouille de prostituées clandestines qui se suffisent de peu. Faisant le procès des clandestines, la jeune dame estime que ces filles n’hésitent pas à se donner pour un sandwich ou une robe bon marché. Un conducteur de moto Jakarta, qui n’a rien perdu des complaintes de Binouch, objecte et présente cette dernière comme une femme jalouse qui ne se fait pas à l’idée de tout perdre au profit de filles plus jeunes et plus adulées.
«Ces filles sont loin d’être des crève-la-faim. La plupart d’entre elles sont des élèves qui croquent la vie à pleines dents ; je les connais. D’ailleurs, tous les conducteurs de moto les connaissent. Elles font appel à nos services pour aller à leur rendez-vous», raconte-t-il.
Quid des lieux de rencontres? Réponse du jeune homme : «Les lieux différent d’un client à un autre. En réalité, elles ne se considèrent pas comme des prostituées».
De sources sures, ces filles se montrent souvent sans pitié avec les hommes d’âge mûr . D’après nos informations, si le «mbarane» (comme elles appellent leur partenaire) est présentable et beau gosse, les filles le gardent et en font un partenaire régulier .
Cependant, si le gars est friqué et d’un certain âge, elles lui tendent un piège et lui soutirent le maximum d’argent.
Elles feignent une grossesse et menacent de dévoiler la relation au grand public
Pour mieux ferrer les gros poissons, elles font, dans un premier temps, preuve de désintéressement. Elles charment leur cible, font connaissance, installent la confiance avant de proposer un rancard, ensuite un autre. Au troisième rendez vous, elles se font désirer et se laissent prendre. «Lorsque tu leur proposes des rapports protégés, elles disent niet, prétextant vouloir mieux te sentir. Mais c’est juste une ruse pour te coller une grossesse et te soutirer beaucoup d’argent», témoigne un père de famille, victime des intrigues d’une de ces filles audacieuses.
Selon nos sources, elles inventent des grossesses pour se faire entretenir. Afin d’avoir totalement leurs proies à leur merci, elles s’arrangent pour être vues en leur compagnie. «Elles sont prudentes, souvent elles viennent accompagnées aux rendezvous et mettent tout en œuvre pour que leurs partenaires soit vues et identifiables».
Risquse élevés de contamination de MST
Dans leurs calculs, les clandestines «oublient» les risques de contamination de Maladies Sexuellement Transmissibles (Mst). Pourtant le VIH est bien présent dans la région de Fatick. Sa prévalence inquiète d’ailleurs les autorités en charge de la santé.
D’après les les statistiques récemment fournies par le médecin-chef de la région de Fatick lors de la dernière revue annuelle conjointe de la santé et de l’action sociale, 189 nouveaux cas de VIH ont été détectés dans la région. A Fatick, la prostitution clandestine prend de l’ampleur . Elle est exercée par des élèves et des femmes mariées. Une situation devenue presque banale chez les riverains qui en discutent sans tabou.
LES FEMMES DU PDS CONSTATENT L'AUTO-EXCLUSION D'OUMAR SARR ET COMPAGNIE
Réunies en assemblée générale sous la présidence de leur secrétaire générale adjointe Woré Sarr, les femmes du Parti Démocratique Sénégalais (Pds) demandent aux instances habilitées de constater l’auto-exclusion d’Oumar Sarr et Cie du parti.
Réunies en assemblée générale sous la présidence de leur secrétaire générale adjointe Woré Sarr, les femmes du Parti Démocratique Sénégalais (Pds) demandent aux instances habilitées de constater l’auto-exclusion d’Oumar Sarr et Cie du parti. Il faudra également, selon elles, procéder au remplacement des frondeurs dans toutes les structures où ils siégeaient.
Suite à la décision d’Oumar Sarr et compagnie de contester les dernières décisions de Me Abdoulaye Wade et de lancer un courant au sein du parti, les femmes du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) se sont réu
nies hier, dimanche 8 septembre 2019, pour réitérer leur soutien au Secrétaire général national, Me Abdoulaye Wade. Dans une note parvenue à «L’As», Woré Sarr et ses camarades estiment que les fron
deurs, Oumar Sarr et Cie, se sont auto exclus de la formation libérale.
«Nous femmes du Parti Démocratique Sénégalais et des mouvements de soutien, nous demandons aux instances habilitées de constater, dès lors, l’auto exclusion du parti des frondeurs avec à leur tête Oumar Sarr et de procéder à leur remplacement dans toutes les structures où ils siégeaient, dans les coalitions où ils représentaient le parti ainsi qu’à l’Assemblée Nationale», décrète la secrétaire générale adjointe des femmes Woré Sarr.
Et cette dernière d’ajouter : «Nous demandons à la direction du parti de constater que malgré les mises en garde, Oumar Sarr et compagnie continuent d’initier et d’animer des actions fractionnistes punies par les statuts et le règlement intérieur du parti. Ce qui entraine la perte de leur statut de militants au sein de notre formation politique».
A l’image des différentes fédérations du pays et de la diaspora, les femmes libérales expriment au pape du Sopi leur entière satisfaction suite au réaménagement du Secrétariat National. «Nous lui demandons de donner davantage de responsabilités au frère candidat Karim Meissa Wade qui a fait preuve de persévérance et qui saura perpétuer, sans trahir, les idéaux et les valeurs qui ont toujours guidé le brillant parcours de Me Wade pour l’instauration de la démocratie, le décollage économique et social au Sénégal et en Afrique ainsi que pour la libération des peuples. Nous les femmes, nous désignons le frère Karim Meissa Wade comme notre candidat à la candidature pour la prochaine présidentielle et le prions également de postuler comme Secrétaire Général National au moment opportun pour honorer notre choix libre, volontaire et militant, lorsque Me Abdoulaye Wade aura décidé, à l’occasion d’un congrès, de mettre en compétition ce poste», souligne Woré Sarr.
L’ancien maire de Gounass n’a pas lésiné sur le dithyrambe pour saluer «la clairvoyance et la capacité d’anticipation et d’adaptation de Me Abdoulaye Wade. «Regrettant l’attitude d’Oumar Sarr et compagnie de vouloir à tout prix passer par pertes et profits cette offense politicienne de Macky Sall à l’encontre du parti, du frère Secrétaire Général National et du candidat Karim Wade, nous femmes du Pds et des mouvements de soutien réaffirmons notre engagement auprès du frère Secrétaire général, Me Abdoulaye Wade, et notre détermination à poursuivre le combat pour la réhabilitation sans condition de notre valeureux frère Karim Wade pour qui le comité des droits de l’homme des Nations Unies a exigé du gouvernement la réouverture de son procès pour le respect de ses droits», déclarent Woré Sarr et ses camarades.
PAR Fatoumata Abdoul Sall
PARTIR QUAND LE LINGE SALE SALIT
Étant une femme sénégalaise au Sénégal, me suis retrouvée avec la mission impossible de Coumba amul ndey (Coumba l’orpheline), devant ainsi laver un des linges sales de la société dans le sinistre Ndayaan du mariage
Au Sénégal, la phrase la plus populairement adressée à toute nouvelle mariée c’est « sey neexul » pour souligner que le mariage n’est pas facile. Certes, vous me direz tous que c’est vrai. Vivre avec quiconque, que ce soit la famille ou même avec des amis, c’est difficile car l’humain est un être complexe, qui a des facettes qui sortent et se cachent en fonction des situations dans lesquelles il se trouve, qui a un passé rempli d’émotions, de vécus, des hauts, des bas, des valeurs et des habitudes.
Et même si chacune de ses caractéristiques est fort probablement palpable chez tout être, l’humain restera toujours complexe. Les façons de penser, les visions et les aspirations diffèrent aussi, de même que sur le plans spirituel, professionnel et même du côté sportif et des loisirs.
Une multitude de choses vécues différemment et l’absence même d’expériences communément vécues, font qu’il soit très complexe de vivre avec quelqu’un et, naturellement, un défi de trouver l’équilibre entres les similitudes et les différences. Mais au Sénégal, quand la nouvelle mariée reçoit ce commentaire tout au long de son jour de mariage qui est supposé être spécial, ce n’est pas de cette complexité humaine qu’on fait allusion. C’est plutôt une introduction à une soumission qui doit être et paraitre à tout moment en elle, au profit de son bien-aimé chef de famille et dont les fruits seront inévitablement dégustés par la belle-famille aussi.
Pour l’homme, ce sont plutôt des commentaires à titre tacitement sexuel, sexiste et glorieux (comme le fait de ne pas porter de culotte le jour où la femme rejoint la demeure de son mari, des chahuts au sujet de la lune de miel, des félicitations à n’en finir d’avoir rejoint la cour des Grands) qui lui sont copieusement servis. Alors que la femme sénégalaise, en ce même jour, doit comprendre sa destinée, la complexité de la vie de couple et être prête à accepter toute calamité. Également, une autre phrase qu’on lui dit : « sey, da ngay nango muñ », dans le ménage, il faut endurer et accepter d’endurer. Il faut tout simplement être soumise. Ceci est un dit dont les suites se capturent dans le fameux dicton wolof « ku muñ, muuñ » qui proclame que tout endurance sera gratifiée. Ainsi, quand les deux égaux s’adonnent à entamer leur aventure de couple légitime, là où l’un est couronné de compliments et de tapages cocasses, l’autre reçoit des rappels de devoirs de soumission et à se préparer à être heureuse, même dans la misère. C’est cela le mariage.
Tout ceci, j’en ai bien discuté avec mon mari, lui demandant s’il avait bien remarqué, même si, à la fréquence de cette dichotomie et impartialité de la nature des commentaires faits, il était impossible de ne pas remarquer que le Bon était à venir pour lui alors que misère me guettait, inévitablement, et que je devais me préparer et supporter tout sur terre, pour une grande récompense au-delà. Il me sourit, soit envouté par la vénusté du maquillage ou n’en faisant pas un problème du tout, et me dis : oui j’ai bien remarqué, mais il faut comprendre qu’ils ne vivent pas dans le même nouveau monde que nous. Par ‘nouveau’, j’ai compris modernité, évolution, justice et égalité des sexes dans tout, en particulier dans la vie de couple. Un autre aspect sur lequel je me suis basée fortement pour choisir un partenaire égal, moderne et éveillé. Tout me disait, en ces moments, que j’avais choisi le bon. N’est ce pas cela le mariage ?
Je m’étais mal préparée au fait que tout ce qui allait être bon en moi, ou perçu comme tel, allait être fortement relié au fait que j’avais un mari. De la même façon qu’une femme, voulant se débarrasser d’attentions non-voulues venant des quelques hommes, peut leur dire qu’elle est mariée et automatiquement imposer ainsi et obtenir, avec succès, le respect qui fera disparaitre aussitôt cette convoitise masculine. Les hommes se respectent-ils beaucoup plus entre eux ? « Tu es toute belle ma chère, cela se voit que monsieur te traite bien. Tu es si bien habillée. Monsieur te traite bien. Tu es si radieuse. Monsieur te va bien. » Et j’avoue que c’était un peu le même de son côté, du moins tout au début du mariage. Je m’occupais bien de lui, il avait même commencé à grossir, signe que son épanouissement était dans mes mains sûres, d’après les commentaires. Le mariage c’est le bonheur visible.
Des amis de très longues dates, qui n’ont pas eu la chance de connaitre mon mari, soit parce qu’ils sont à l’étrangers ou par le simple fait que le mariage fut célébré si rapidement et discrètement sans aviser au-delà de la famille proche, se sont eux-aussi joints au discours. Après les salutations coutumières, « et monsieur ? Il va bien ? Tu t’occupes très bien de lui j’espère ? » Une soudaine grande importance accordée à l’existence d’un homme dans ma vie, à mon propre détriment, au prix de mon inexistence soudaine… Il faut reconnaitre que là, mon bonheur n’inquiétait personne apparemment et que la seule chose qui importe est de savoir si je m’occupais bien de mon mari. A quelques reprises, je n’ai pas hésiter à souligner cette inquiétude si déséquilibrée, cette tendance à me rendre absente et irréelle. La société autour de moi me sembla si différente, transformée, et détachée de mon bien-être. Avec le temps, j’ai quand même compris que mon mariage à lui-seul ne pouvait pas transformer une société tout entière. La société sénégalaise a toujours été comme telle.
C’est mon changement de statut matrimonial qui faisait que j’étais maintenant, plus que jamais, en contact directe avec ces enjeux. C’est le mariage.
En gros, à part ces analyses, tout allait bien jusqu’à ce que les problèmes commencent à faire surface. Des problèmes à n’en finir, des incompréhensions comme je me disais à l’époque, après tout, il ne faut surtout pas divulguer les vraies raisons des disputes, jamais. Il faut savoir les termes synonymement employés : des disputes de couples pour dire des violences conjugales, il est trop tendu pour dire il me bat, je suis toujours critiquée pour dire que mon travail le dérange, il n’est jamais là pour dire il a une maitresse. Néanmoins, comprenons qu’au Sénégal, un mari ça se protège, même si tout au début, on fait comprendre à la femme, clairement, qui est le sexe fort, d’où la fameuse phrase, le linge sale se lave en famille. Et si la famille n’a pas le détergent qu’il faut ? Et si le linge venait de ladite famille ? Donc, le linge sale ne se lave jamais en public ? Même s’il y a une toute petite chance que ledit linge s’y sèche très rapidement, comme le démontrent les bonnes dames qui sèchent leur linge dans les rues ?
Le linge sale se lave en famille.
Si les commentaires sexistes et les déséquilibres d’approche et de traitement à l’encontre des 2 sexes commençaient à devenir la norme dès le début, ils attendaient ce moment précis pour me rendre furieuse. C’était la fameuse phrase de soumission et d’endurance qu’on me servait au menu quotidien, me rappelant toujours que le mariage n’était pas que bonheur. Avec toute cette base socioreligieuse fortement protectrice de l’homme marié sénégalais, je n’avais donc aucune chance de divulguer toute la vérité sur la saleté qui m’envahissais. J’utilisais des synonymes pour ne pas être une mauvaise épouse. Les lois de jure, de discrétion et du silence faisait que l’autre était bien protégé et il s’en jouissait pleinement aux yeux de tous. Ses actes offensifs étaient légitimisés par le discours de la famille et les attentes de la société sénégalaise. Et tout ce qu’il me fallait faire, c’était de masquer, de « muñ. » Le mariage, c’est la misère cachée.
Des mois passèrent, aucun changement. Le linge resta sale. Cette saleté empestait mes nuits, me volait le sourire, me rendit si malheureuse que je compris immédiatement qu’effectivement le mariage n’est pas que bonheur.
Le mariage était devenu que misère pour moi, si rapidement. Une misère que j’étais appelée à déguiser continuellement aux regards de la société. Une misère que je ne pouvais dénoncer aux risques d’être amèrement jugée, critiquée, perçue comme une mauvaise épouse, et ainsi marginalisée. Par peur d’arriver à ce stade, je trouvais refuge dans le silence et le retrait. J’avais du mal à répondre aux cérémonies festives, le sourire se faisait rare sur mon visage. Tout ceci commençait à se faire sentir au bureau où j’avais du mal à me concentrer. Les questions telles que « tu t’occupes bien de monsieur » m’enrageaient. Je voulais crier haut et forts et devant tous, faire tomber les masques, étaler les abus, démystifier les mensonges, et libérer mon âme.
La saleté chez moi me tuait à petit feu. La fumée se voyait par la belle famille. Et tout le monde fit semblant. Silence ou commentaires infructueux. Quels jeux ! Finalement, je devais jouer cette même comédie quand des amis et des parents nous rendez visite. Avec le sourire forcé, je leur servais à boire et à manger. Avec le sourire forcé, j’animais les discussions. Avec le sourire forcé, je riais aux tapages. Le sourire forcé. Finalement, quand la fatigue de sourire derrière mes blessures s’en prit à moi, quand le mensonge devint trop douloureux, j’avais commencé à limiter au maximum les visites de mes proches car j’essayais toujours de laver le linge sale loin des yeux moralisateurs et des décrets oraux. Le linge sale se lave seule.
À tout moment, je voulais que tout aille bien mais tout me brulait de l’intérieur. Je me souvenais des moments doux passés avec mon mari, des merveilleux plans de vie de couple qu’on avait, de la famille qu’on voulait fonder, de tant de promesses et de vision positives. Je me suis munie de ce passé qui était devenu, pendant longtemps, mon rêve de chaque nuit, me dorlotant dans l’insomnie, la peur, les abus, les pleurs, et me donnant la force d’affronter le jour où le seul soleil fut ma mère qui me soutenait et me faisait rire parfois et mon bureau où je me sentais à l’abris, physiquement. Chaque jour qui passe me confirmait que ma vie, mon corps, ma liberté étaient emprisonnés dans ce spectacle insensé, misogyne et injuste dont la mise en scène était parfaitement assurée par des lurettes de corruption, d’internalisation et de normalisation de l’infériorité de la femme, un héritage perpétué par de vieilles femmes dociles et de vieux ogres qui jouissaient toujours de leur supériorité. Des femmes qui perdurent dans des entraves masculines toute leur vie... C’est cela le mariage.
Des jours passèrent, et des nuits durant lesquelles les quelques étoiles qui illuminaient le ciel commencèrent elles aussi à disparaitre pour faire place aux orages du sexe fort, à la puanteur du linge sale et au devoir de soumission. Je me sentais constamment dans une situation de vulnérabilité décrite par la psychologue Aminata MBENGUE comme une condition dans laquelle « le corps de la femme est fétichisé, soumis aux regards critiques des hommes qui jugent et donnent des notes. » Mais j’ai appris que ce ne sont pas que les hommes qui donnent les notes. Les femmes elles aussi perpétuent et normalisent ce déséquilibre des deux sexes, les agressions, les violences physiques, les viols, la corruption du rôle de la femme et du mariage. Quand le linge est devenu trop sale et plein de souillure toxique, une prise-en-main des choses, une force de refus naquit en moi. Plus d’abnégation. Plus de rêve. Plus d’amour. Le linge sale se jette parfois.
La haine m’envahit par tous mes sens. Si mon corps fut le canvas assailli par cette saleté, mon esprit fit l’espoir guéri qui me repositionna devant cette scène sociétale, où je ne m’y aperçois pas comme la belle qui vit avec la bête, mais un spectacle où la bête transformait la belle par son venin. Un spectacle où je criais de toutes mes forces mais où les assourdis ne virent qu’un ours qui danse. Ainsi, la haine qui n’a jamais séjourné dans mon cœur y trouva place. Et si j’ai commencé à la transporter au plus profond de mes chambres, c’est parce que les couloirs de mon existence dans les structures du mariage étaient pleins de couvertures de patience, de soumission, de camouflage, de dialogues échoués et de prières sans écho, qui n’ont pas pu changer l’odeur répugnante du linge sale qui l’empoisonnait. Le linge sale détruit le mariage.
Étant une femme sénégalaise au Sénégal, me suis retrouvée avec la mission impossible de Coumba amul ndey (Coumba l’orpheline), devant ainsi laver un des linges sales de la société dans le sinistre Ndayaan du mariage, essayant de faire disparaitre la Bête pour faire paraitre sa Beauté, au prix de faire naitre en moi un animal sans cœur ni tête, au détriment de me propres droits humains.
Le linge sale salit.
POUR LA PREMIÈRE FOIS EN FRANCE, L'IMAM EST UNE FEMME
Ce samedi après-midi, dans le plus grand secret, deux femmes ont dirigé un temps de prière musulman, mixte et progressiste, où le port du voile n’est pas obligatoire
Le temps est comme suspendu à cet instant précis. Dès les premiers échos de l'appel à la prière, les 70 fidèles sont saisis par cette voix éblouissante qui répète en arabe : « Dieu est le plus grand. » Une voix qui, pour la première fois en France, est féminine. Une voix qui pose définitivement ce moment historique que représente cette première prière mixte dirigée par deux femmes imames, Anne-Sophie Monsinay et Eva Janadin, à la fois « stressées et heureuses ».
C'était ce samedi, à 13h30, dans une salle louée à Paris dont l'adresse est tenue secrète pour des questions de sécurité. Preuve que cet islam progressiste n'est pas toléré auprès de mouvements fondamentalistes. L'imame, Anne-Sophie Monsinay, a d'ailleurs fait part d'attaques, « heureusement moins nombreuses que les encouragements ». « Exceptionnellement, ce temps de prières a lieu un samedi car nous n'avons pas pu l'organiser un vendredi pour des raisons logistiques. Tous les autres rendez-vous, qui se tiendront une fois par mois dans d'autres lieux, se dérouleront le vendredi soir selon le format traditionnel du culte », précise Eva Janadin.
Des cérémonies mensuelles chargées de mesurer, dans un premier temps, l'affluence des fidèles séduits par cet islam progressiste qui « réconcilie la foi avec la raison et l'esprit critique, ajoute-t-elle. Nous apportons notre pierre à la construction d'un islam de France adapté aux acquis de la modernité ».
Totale mixité
Dans un second temps, les deux imames envisagent de trouver un lieu fixe qui deviendrait le premier lieu de culte musulman dirigé par des femmes. S'il n'existe pas encore, il a déjà un nom : la mosquée Simorgh, du nom d'un oiseau mythologique que l'on retrouve chez le poète soufi iranien, Attar. Dans ses écrits, la quête de cet oiseau permettrait de trouver son « moi » profond.
Cet islam progressiste est fondé sur quatre grands principes : l'égalité entre les femmes et les hommes d'abord. Toute femme qui le désire peut ainsi devenir imame, prêcher et prier avec les hommes dans la même salle sans hiérarchie spatiale et dans une totale mixité. Ce samedi, c'est bien le cas. Femmes et hommes prient les uns à côté des autres, dans une quasi-parité. Second principe : la liberté de porter ou non le voile « qui relève du choix personnel », insiste Eva Janadin. De fait, pour la première, moins d'une dizaine de femmes ont choisi de se couvrir les cheveux.
L'inclusivité ensuite : aucune discrimination en raison de l'orientation sexuelle, du genre, de l'origine ou de la religion d'un individu n'est tolérée. Enfin, la francophonie. Tous les sermons sont ainsi prononcés en français et toute formule arabe est systématiquement traduite pour garantir la compréhension du discours.
Deux enseignantes converties à l'islam
La voix de l'adhan (appel à la prière), c'est celle d'Anne-Sophie, 29 ans, professeure de musique. Avant elle, Eva, 30 ans, professeure d'histoire, a fait les salutations : « que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient avec vous ». Converties depuis une dizaine d'années, elles sont les fondatrices de l'association cultuelle, née en 2018 : Voix d'un islam éclairé (VIE), qui compte actuellement 200 adhérents. C'est via ce réseau que les fidèles se sont déplacés en nombre pour cette première rencontre. Faute de places, certains sont restés à la porte.
Ce n'est pas le cas de Mina, venue de Lyon pour l'occasion. « J'attendais cela avec impatience. Nous sommes nombreux à avoir cette conception-là de l'islam, témoigne cette femme de 43 ans. Pendant longtemps, je ne percevais plus le sens du rite. C'était devenu des automatismes. Je rentrais le soir, il fallait rattraper les cinq prières. J'ai toujours été musulmane mais en découvrant Anne-Sophie et Eva, j'ai entamé une démarche d'ouverture. Aujourd'hui, je suis bien avec mon islam qui laisse sa place à ma propre réflexion. »
Parmi les invités, on compte également Seyran Ateş, imame de la mosquée Ibn Rushd-Goethe de Berlin, actuellement sous protection policière, ou Dominique Reynié, du think tank Fondapol (Fondation pour l'innovation politique) qui a publié leur premier manifeste. Philippe, 58 ans de Paris, fait aussi partie des chanceux. « Je me suis converti il y a cinq ans. J'ai toujours été croyant mais, avant, j'étais catholique. Ce qui se passe ici, c'est le renouveau de l'islam. On ne vit plus au VIIe siècle, cette évolution est nécessaire. »
Opération crowdfunding pour la mosquée Fatima
Un autre projet en France met les femmes au centre du lieu de culte. L'imame franco-algérienne Kahina Bahloul, 40 ans, doctorante en islamologie à l'École pratique des hautes études à Paris, veut ouvrir dans la capitale une mosquée dite libérale baptisée Fatima, du nom de la fille du Prophète. Les prêches y seront alternativement assurés par une femme et un homme.
Lors de la prière dans une salle commune, fidèles féminins et masculins ne seront pas mélangés mais chacun d'un côté. « Car il peut y avoir des gens un peu gênés au moment de la prosternation. En revanche, tout le monde sera sur la même ligne », explique-t-elle. Le port du voile ne sera pas obligatoire. Avec une communauté de fidèles réunis dans une association cultuelle loi 1905 fraîchement créée, elle souhaite, « idéalement », acquérir un espace de 300 m2 dans lequel il sera aussi possible de « transmettre un enseignement ».
Une campagne de financement participatif sur la Toile a été lancée il y a quelques jours. « On cherche également des mécènes », précise-t-elle. Le business plan prévoit un investissement de « 2 à 3 millions d'euros ». En attendant, elle envisage de louer « un lieu fixe pour tous les prêches et les prières du vendredi ». Pour l'heure, les rencontres se déroulent au domicile des uns et des autres.
Depuis la présentation officielle de ce projet en janvier, la théologienne a été la cible de menaces sur les réseaux sociaux. Elle est devenue imame au printemps.
Aucun verset ne l’interdit
Rien, dans le Coran, n’interdit à une femme de diriger la prière. En fait, le texte sacré de l’islam n’évoque pas la fonction d’imam telle qu’on la connaît aujourd’hui. En revanche, dans la tradition prophétique, une parole du Prophète montre qu’une femme, Oum Waraqa, a été désignée par Mahomet pour conduire la prière. Il n’est pas précisé si l’auditoire était alors féminin ou mixte, ce qui donne lieu, aujourd’hui encore, à différentes interprétations. Au XIIIe siècle, le théologien et juriste Ibn Arabi, estimant que rien ne prouvait qu’Oum Waraqa prêchait uniquement devant des femmes, autorisait, par exemple, l’imamat de la gent féminine dans des assemblées mixtes.