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5 avril 2025
Femmes
"PAYER AVANT D'ACCOUCHER EST LA PREMIÈRE VIOLENCE FAITE AUX FEMMES"
Négligée pendant des années, l’expérience vécue par les femmes dans les établissements de santé lors de leur accouchement devient une préoccupation en Afrique de l’Ouest
L’Afrique, ses mères et ses enfants en ont assez de souffrir à l’hôpital (2/5). Depuis le 21 octobre à Dakar, chercheurs et professionnels de la santé maternelle échangent sur les violences subies par les femmes lors de l’accouchement en milieu sanitaire.
Négligée pendant des années, l’expérience vécue par les femmes dans les établissements de santé lors de leur accouchement devient une préoccupation en Afrique de l’Ouest. En 1994, une première étude montre qu’elles sont souvent, et dans de nombreux pays, victimes de différentes formes de violences, au point que les centres où les femmes devraient se sentir écoutées et en sécurité sont en fait les lieux de traumatismes parfois sévères.
Médecin béninois spécialisé en santé publique et chercheur affilié au Centre de recherche en reproduction humaine et en démographie (Cerrhud) de Cotonou, Jean-Paul Dossou donne les clés de compréhension en s’appuyant sur ses observations dans une quinzaine de centres à travers le Bénin.
Quelles violences peuvent vivre les femmes dans les établissements de santé ?
D’abord, il faut s’entendre sur le vocabulaire. La violence obstétricale et la maltraitance ont des enjeux légaux et pénaux. L’irrespect et les abus sont plutôt de l’ordre du comportement. D’ailleurs, le concept de « soins respectueux » est de plus en plus utilisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour sa connotation plus positive.
L’OMS a identifié sept catégories de maltraitances que peuvent expérimenter les femmes dans les formations de soins : la violence physique (recours à la force), sexuelle ou verbale (menaces, railleries), la discrimination et la stigmatisation (fondées sur le genre, l’ethnie, l’âge, etc.), le non-respect des standards professionnels (négligence, violation de la confidentialité), la mauvaise relation soignants/soignés, et enfin les contraintes liées au système de santé, comme le manque de matériel fondamental qui contribue à déshumaniser le vécu des femmes dans cet environnement.
Comment expliquer ces violences au sein même de centres où les futures mères vont justement chercher aide et réconfort ?
Le Cerrhud travaille sur cette problématique depuis 1995 avec d’autres institutions comme la London School of Hygiene and Tropical Medicine et l’Institut de médecine tropicale d’Anvers. Les données récoltées permettent d’établir une théorie plausible, qui invoque la notion de « capital », tel que le définit le sociologue français Pierre Bourdieu.
Le mécanisme primordial qui peut expliquer les violences subies, c’est la différence systématique de « capital culturel » et de « capital symbolique » entre les soignants et les soignés. Et plus ce différentiel est grand, plus il y a de risque que la patiente subisse des violences. Qu’elle soit riche ou pauvre, très entourée ou non.
Pouvez-vous préciser ?
Celui qui détient la connaissance sur l’accouchement, c’est le soignant. Que ce capital soit fondé sur des connaissances réelles ou des données qui ne sont pas internationalement reconnues, seule sa voix porte. Il dispose donc d’un capital culturel largement supérieur.
Ensuite, nos sociétés accordent une valeur symbolique très forte aux prestataires. Le médecin est considéré comme un demi-dieu. En épouser un ou une est perçu comme un élément de prestige social. La femme qui arrive à l’hôpital, au contraire, confesse d’emblée sa vulnérabilité. Dans un pays comme le Bénin, où il y a 397 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes selon les chiffres de 2017, le risque inhérent à la grossesse et à l’accouchement imprègne profondément les mentalités.
Il est donc très courant d’entendre dire d’une femme pendant la période d’accouchement qu’elle a un pied dans la tombe. Il faut bien se rendre compte qu’il est près de cent cinquante fois plus probable pour une femme à partir de l’âge de 15 ans de mourir à cause d’une grossesse ou lors de l’accouchement au Bénin qu’en France. La femme s’abandonne donc au soignant. Du point de vue culturel et symbolique, le rapport entre les soignants et les soignées est très déséquilibré. C’est dans ce déséquilibre que s’installe la violence.
Les femmes sont-elles toujours passives face à ces violences ?
Non, pas toutes. Au Bénin, en milieu urbain, la libéralisation de l’information médicale a construit des « patientes expertes ». Mais encore faut-il que la voix de la femme soit écoutée. Ensuite, les femmes ne sont pas des murs dans lesquels on tape sans qu’il ne réagisse. La stratégie que l’on a pu observer consiste à minimiser le plus possible la violence tout en optimisant le résultat des soins. Elles réagissent simplement à des degrés divers selon leurs ressources. Les plus touchées par les violences sont les « naïves », qui ignorent les règles. Elles vont être des cibles « faciles ».
C’est aussi compliqué pour celles qui, certes connaissent les règles, mais ne peuvent les respecter. Une femme qui sait qu’elle doit payer pour pouvoir être bien suivie lors de son accouchement, sans avoir l’argent nécessaire, va essayer de négocier. Mais elle s’expose tout de même aux railleries, à la honte. D’autres encore connaissent les règles et savent qu’elles les ont respectées, ce qui leur permet d’être plus exigeantes en termes de qualité des soins.
Depuis la publication des premières études, des mesures ont-elles été prises ?
Les travaux ne nous permettent pas de quantifier la maltraitance, mais nous savons qu’elle perdure. En 2017, le gouvernement béninois a commencé à mettre en place une série d’actions pour moraliser les pratiques des soins. Il y a des efforts explicites pour fermer des formations sanitaires considérées comme illégales, introduire des sanctions. Une ligne verte a été créée pour que les comportements abusifs puissent être dénoncés. Mais nous avons besoin de plus de recul pour mesurer les effets de ces stratégies.
Quels sont les obstacles majeurs au changement ?
Le plus net au Bénin, c’est l’absence de redevabilité. Les soignants n’ont pas de compte à rendre. Cette réalité s’appuie sur la perception du médecin tout-puissant, le secret médical, la technicité du jargon médical qui le rend inaccessible à tout un chacun. Il faudrait une justice spécialisée sur le système de santé et le parcours médical du patient devrait être documenté pour donner de la transparence. L’autre obstacle majeur réside dans l’absence d’une politique de financement de la santé qui prenne le sujet dans sa globalité et donne place à l’usager des services de santé.
La violence médicale se limite-t-elle à la femme et l’accouchement ?
Homme ou femme, le capital symbolique du malade est faible. Il est plus souvent déterminé par la nature de la maladie que par le sexe. Mais je n’exclus pas que ce qu’il se passe dans l’environnement de soins soit aussi accentué par l’auto-vulnérabilisation des femmes dans la société. Je trouve, par exemple, qu’exiger de la femme qu’elle paie avant d’accoucher, qu’elle en sorte vivante ou non, elle et son enfant, est une violence de genre inadmissible. Cette exigence n’est pas spécifique à la femme mais là, en l’occurrence, c’est elle qui en subit les conséquences. Et peut le payer de sa vie.
Faudrait-il alors que les soins de maternité deviennent gratuits ?
Depuis 2009, la césarienne est gratuite au Bénin. Mais cela n’a pas fait disparaître les violences. D’autres ont surgi. Quand c’est gratuit pour la femme qui va accoucher, c’est que la société paie pour elle. On va donc penser qu’elle est bien chanceuse et qu’elle n’a pas à revendiquer quoi que ce soit. Son capital symbolique s’en trouve encore plus réduit. En plus, un soignant aura moins de scrupule à lui extorquer de l’argent…
Que faire alors ?
Il faut mieux étudier la question en se décentrant de la personne soignée, considérer les accompagnants, et ne pas oublier que les auteurs de violences ne sont pas seulement le médecin ou la sage-femme. Cuisinières ou gardiens peuvent aussi exercer des violences, verbales par exemple. Ensuite, il faut réduire le différentiel entre patiente et soignant en valorisant la femme qui donne la vie. Les cérémonies officielles doivent leur rendre hommage.
Enfin, les soignants doivent eux-mêmes être soignés. Ils sont constamment exposés à la mort et on sait peu de cas de leur état psychologique. Les chercheurs doivent se demander comment la banalisation de la mort, indispensable à la survie psychologique du soignant, dans un environnement où la mortalité est très élevée, peut conduire à la violence dans les soins.
48% DES JEUNES FILLES CIBLÉES VACCINÉES À MBOUR
Quarante-huit pour cent des jeunes filles de 9-12 ans représentant la cible annuelle du district de Mbour ont été vaccinés contre le cancer du col de l’utérus dans le cadre de la campagne de gratuité instaurée par les pouvoirs publics sénégalais
Quarante-huit pour cent des jeunes filles de 9-12 ans représentant la cible annuelle du district de Mbour ont été vaccinés contre le cancer du col de l’utérus dans le cadre de la campagne de gratuité instaurée par les pouvoirs publics sénégalais, a indiqué Nacka Seck Diawara, superviseur du Programme élargi de vaccination (PEV) pour le compte dudit district.
"Sur une cible annuelle de 5380, nous avons eu à vacciner les 48%. C’est un bilan positif, parce que depuis l’introduction du vaccin contre le col de l’utérus et l’effectivité de sa gratuité pour les filles âgées de 9 ans, nous avons, d’abord, commencé par la formation des acteurs et autres parties prenantes, notamment les enseignants, les acteurs communautaires, pour un succès total de cette opération", a-t-elle dit dans un entretien avec l’APS.
Il y a ensuite que la disponibilité du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), "a permis de bien démarrer la vaccination au niveau de tous les points de prestation des services’’, d’où les "résultats satisfaisants" obtenus par le district sanitaire de Mbour, selon Ndack Seck Diawara.
Même si les responsables du district sanitaire de Mbour ont obtenu des résultats jugé positifs, il n’en demeure pas moins que "des obstacles" ont été notés durant ces vaccinations de routine, à cause de "rumeurs" ayant précédé le démarrage de ces activités, a dit Mme Diawara, également responsable de la surveillance des maladies à potentiel transmissible.
"Nous sommes parvenus à surmonter ces obstacles, parce que nous avons sollicité l’appui des enseignants pour enrôler le maximum de jeunes filles. Pour ce faire, nos équipes se déplacent au niveau des établissements scolaires pour mieux atteindre les filles-cibles de cette vaccination", a-t-elle expliqué.
Pour arriver à ses objectifs, le district sanitaire compte "utiliser le canal communautaire, notamment les communicateurs traditionnels, les journalistes et autres professionnels des médias, les Associations sportives et culturelles (ASC) qui ont été impliquées dès le début", a-t-elle indiqué.
Cela devrait "nous permettre d’atteindre les filles même en dehors des salles de classe, parce que toutes les filles-cibles ne sont pas à l’école", a noté le superviseur du PEV pour le compte du district sanitaire de Mbour.
Selon Ibrahima Bodian, responsable de l’éducation, de l’information et de la communication du district sanitaire de Mbour au moment du lancement officiel de la campagne de vaccination contre le cancer du col de l’utérus, l’an dernier, "cette maladie est une réalité au Sénégal et tout le monde doit s’y mettre pour son éradication".
Il note que grâce à ses partenaires étrangers, le district sanitaire de Mbour dispose désormais d’un bâtiment et d’une colposcopie pour des examens du col de l’utérus, du vagin et de la vulve, permettant de détecter les lésions précancéreuses et cancéreuses.
"Si le cancer du col de l’utérus est une réalité dans ce pays et que le vaccin est disponible pour prévenir cette maladie, il est du devoir de tout chef de famille de faire en sorte que les jeunes filles âgées de neuf ans soient vaccinées", a dit Bodian, actuellement à la retraite.
De la prévention d’éventuels cas à la prise en charge du cancer du col de l’utérus, le district sanitaire de Mbour "est bien outillé. A partir même des postes de santé, le vaccin est disponible", a-t-il assuré.
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BATTLE DE BREAKDANCE AU SÉNÉGAL
Le groupe sénégalais Power Crew a remporté en 2018 le titre de meilleure vidéo lors de la Battle of the Year, évènement annuel avec les meilleurs groupes de breakdance. Reportage à Dakar.
Au sommaire de l'émission BBC Sport Afrique du 7 octobre 2019 :
- Sujet de la semaine : confessions d'un footballeur nigérian hermaphrodite qui est passé du foot féminin au foot masculin
- Entretien : première recordman du monde africaine du marathon, la Kényane Tegla Loroupe dédie désormais sa vie aux réfugiés
- Reportage : le groupe sénégalais Power Crew a remporté en 2018 le titrede meilleure vidéo lors de la Battle of the Year, évènement annuel avec les meilleurs groupes de breakdance. Reportage à Dakar.
- L'inspiration : Leon Manyisa (17 ans) est déjà international A dans l'équipe nationale de football d’Eswatini, l'ex-Swaziland. Il rêve de marcher sur les traces de son idole Cristiano Ronaldo.
Présentation : Babacar Diarra (@BabsDiarra)
Invitée : Mbalia Touré, médecin en charge de l'équipe nationale de football du Sénégal
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LA VÉRITÉ SUR LA MORT INTRIGANTE DE ADJA CAMARA AU TECHNOPOLE.
On en sait un peu plus sur l’histoire de la mort intrigante de Adja Camara, dont le corps sans vie a été découvert , dans l’un des bassins du technopole. Selon des parents de la victime rencontrés à la morgue de Dantec, cette dernière n’a pas été tué
On en sait un peu plus sur l’histoire de la mort intrigante de Adja Camara, dont le corps sans vie a été découvert mardi dernier à 15h, dans l’un des bassins du technopole. Selon des parents de la victime rencontrés à la morgue de l’hôpital Aristide Le Dantec, cette dernière n’a pas été tuée ni agressée.
« D’après le rapport de l’autopsie, Adja Camara est morte noyée. Depuis un certain temps, elle était sujette à des troubles mentales caractérisées par des fugues du domicile familial. », a confié l’oncle de la victime.
PAR LA CHRONIQUEUSE DE SENEPLUS, RAMA SALLA DIENG
LES COULEURS DE L'ÉCRIVAIN
EXCLUSIF SENEPLUS - L’afropolitanisme, le féminisme, l’exploration intérieure, ses motivations, la France et les étudiants étrangers... Entretien avec Mohamed Mbougar Sarr, auteur entre autres, de "Silence du Choeur"
Rama : Est-ce que le terme “Afropolitain” a une résonance chez vous Mbougar ? Pourquoi pas ?
Mbougar : S’il en a une, celle-ci serait purement intellectuelle. La notion m’intéresse dans la mesure où elle interroge une identité tendue entre deux pôles au moins : un pôle africain et un autre, généralement occidental. C’est une situation, voire une condition proche de la mienne, en apparence ; mais lorsque je creuse le terme, que je vois l’acception qu’en donne Achille Mbembe ou Taiye Selasie, par exemple, je ne me définirais pas exactement comme tel. La compréhension que j’ai du terme est celle d’une identité plurielle bien sûr (mais toute identité l’est), mais aussi circulatoire, peut-être même revendiquée dans la multiplicité d’ancrages culturels entre lesquels on navigue. Mon ancrage culturel profond, même si j’en ai désormais d’autres auxquels je tiens, demeure profondément africain. Comme écrivain, comme homme tout simplement, j’ai l’impression que l’enfance est fondamentale dans la substance et la texture de l’imaginaire. Mon enfance est profondément sénégalaise. Je me sens sénégalais, africain, et je connais mieux cette identité première. Je suis heureux qu’elle ait rencontré d’autres identités, d’autres espaces, et qu’elle ait évolué à leur contact. Mais je ne pense pas être dans une quête d’identité. Je ne ressens pas cette tension. Ce qui m’intéresse, ce sont les Hommes, comment ils se rapportent les uns aux autres, d’où qu’ils viennent. Ce qu’ils apportent. Ce qu’ils disent. C’est finalement cela qui dit le plus d’eux. Je trouve, dans mon cas particulier, qu’Afropolitain est un pléonasme, une redondance. Je suis Africain, donc du monde entier, naturellement. Cette sorte d’esthétique et d’éthique de l’ici et du là-bas, du proche et du lointain, est juste. Mais je ne veux pas la prouver. Je trouve parfois étrange que « l’Africain » doive encore devoir préciser qu’il est de facto (pas toujours de jure, hélas, mais c’est sur ce point qu’il faut travailler) du monde. J’interroge tous les suffixes qu’on accole à « Afro », de façon générale. Mais j’admets que les trajectoires et expériences diffèrent. Je n’ignore pas non plus les rapports de force politiques. Il faut aussi avoir les moyens d’être afropolitain.
Rama : Pourquoi écrivez-vous ?
Mbougar : Redoutable question. Ses raisons d’écrire n’apparaissent pas toujours clairement à un écrivain, sans oublier qu’elles peuvent changer avec le temps, l’âge, la situation... Mais aujourd’hui, je crois que les raisons que j’ai d’écrire sont les mêmes que celles qui me font lire : pour, d’une part, atténuer provisoirement la solitude fondamentale que je crois être au cœur de notre condition ; et, d’autre part, pour tenter d’aller plus loin dans la compréhension de l’expérience humaine sous toutes ses formes. Mais je pourrais, plus lapidairement, dire, tel Beckett : « bon qu’à ça ! »
Rama : Diriez-vous que votre location, et votre genre, ont une influence sur vos choix artistiques ?
Mbougar : Je ne peux pas être aveugle au fait qu’écrire comme homme, noir, à partir de la France, est tout autre chose qu’écrire comme femme, blanche, installée dans le Sine-Saloum. Avoir conscience de cette configuration, du lieu d’où on parle comme on dit, est important. Mais cela ne signifie pas que je m’astreigne à ce que la société, ou l’air du temps, attend de la « structure identitaire » qui est la mienne. Je crois, comme écrivain, qu’il faut toujours aller à la source de l’universel, de ce qui fait de nous des êtres humains par-delà nos particularités. Or la source de l’universel n’est jamais qu’au fond de la singularité. C’est donc dans cette singularité qu’il faut forer pour l’atteindre. Le travail de l’imaginaire et de la fiction me permet de me projeter dans des singularités qui ne sont pas précisément les miennes. Je me mets dans la tête de femmes, dans la peau de travestis, dans le cœur de bisexuelles, dans le regard de bourreaux djihadistes. Ce sont des points de vue desquels je cherche une seule chose : la condition humaine.
Rama : Justement la condition humaine que vous racontez avec réalisme et nuances à travers les voix des ragazzi dans Silence du Chœur(Présence Africaine, 2017). Vous êtes venu en France étudiant, que vous inspirent la hausse des frais d’inscription universitaire dans ce pays, la surprenante décision de l’Angleterre d’étendre le visa étudiant à 2 ans (au lieu de 4 mois) en plein contexte de Brexit, l’état de l’éducation et l’enseignement supérieur au Sénégal ?
Mbougar: Il y aurait tant à dire sur cette hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers (hors UE) en France ! Je la trouve scandaleuse, discriminatoire, cynique, bête, triste. Mais elle ne fait que confirmer la terrible et sauvage puissance du libéralisme, qui règne aujourd’hui jusqu’au cœur de l’université publique française. Tout son honneur était jusqu’ici de mettre le savoir à la portée de tous. Par cette mesure, elle promeut une inégalité devant le savoir, une inégalité économique, créée, pensée, voulue, soutenue par une politique. Je trouve cela affreux. J’ai l’impression que la France, parfois, oublie que son rayonnement, son soft-power, passe aussi par tous les étudiants qui se sont formés dans ses universités et qui promeuvent sa formation dans d’autres pays. La Grande-Bretagne semble, elle, avoir compris que les étudiants étrangers représentaient presque toujours une opportunité pour le pays, qu’ils y restent ou partent après leurs études. Quant à l’enseignement supérieur du Sénégal, j’ai longtemps été très critique à son égard. Je le suis toujours, mais je comprends aussi qu’il traîne un problème structurel de trente ans. Et ce problème est simple : les enseignants n’arrivent plus à enseigner ; ils sont quasiment devenus des assistants sociaux. J’ai l’impression qu’ils sont un peu laissés à eux-mêmes. Et dans ces conditions, la stimulation intellectuelle qui doit être l’atmosphère naturelle de l’université ne me semble pas possible : enseignants comme étudiants n’ont pas la tête à l’entretenir, si même les conditions matérielles élémentaires de travail peinent à être réunies.
Rama : Votre premier (Terre Ceinte, Présence Africaine, 2015) comme votre dernier roman (De Purs Hommes, Philippe Rey, 2018), explorent des thèmes que d’aucuns pourraient qualifier de féministes : le droit à l’autodétermination et aux libertés individuelles, sexuelles (deux jeunes condamnées pour adultère et pour leurs idées d’une part et de l’autre d’autres inquiétés pour leurs pratiques sexuelles et leurs convictions personnelles). Mais bien plus que cela, vos romans posent la question : qu’est ce qu’être un Homme (au delà de notre genre) ? Qu’est-ce qu’être un intellectuel et quels en sont les périls ? etc. Êtes-vous un féministe Mbougar ? Ou avez-vous juste écrit des romans féministes ?
Mbougar : Je réfléchis beaucoup à cette question : qu’est-ce qu’être un intellectuel ? Je ne pense pas, comme certains, que ce soit une question dépassée ou sans importance. Il y a des jours où je me demande si un écrivain peut être considéré comme un intellectuel. Cela dépend, je crois, de la forme et du cadre de sa production, de l’ordre de son discours, en quelque sorte. Un écrivain qui commet un roman peut faire réfléchir, réfléchir lui-même sur une question donnée, mais je ne l’appellerais pas intellectuel. Pour moi le roman doit aussi être un lieu de pensée, mais la pensée du roman est très différente de la pensée philosophique, ou sociologique, ou historique, dont la forme canonique est l’essai. Mais un écrivain peut intervenir, hors-roman, dans le débat public, par un essai, une tribune, un entretien. A ce moment-là, il a des prétentions intellectuelles, et il doit les assumer. Tout ce que je dis là donne en creux ma définition toute personnelle de l’intellectuel : tout individu qui, à partir d’une discipline ou d’un champ de la connaissance, participe par l’écrit ou l’oral, dans le cadre universitaire ou non, à l’intelligence d’un sujet collectif. Cela veut dire trois choses à mes yeux : premièrement, que la parole d’un intellectuel est un peu plus dense et recherchée qu’une simple opinion de marché hebdomadaire ; deuxièmement - c’est l’évidence- qu’il y a plusieurs types d’intellectuels et d’interventions en tant qu’intellectuel (je renvoie là aux réflexions de Foucault sur la question) ; enfin, que la parole d’un intellectuel l’engage tout entier, et seul, sur le chemin de la recherche de la vérité -ce qui est le but ultime. Les périls qui le guettent, à partir de là, sont ceux auxquels expose toute quête de vérité : avoir des adversaires et parfois des ennemis, avoir quelques amis mais être le plus souvent seul, douter, être démenti (mais ce n’est pas exactement un péril), être incompris. Mais être prêt à tout cela fait partie du « courage de la vérité ».
Je serai plus bref quant à votre deuxième question : oui, je suis féministe, c’est-à-dire que j’estime (attention, je vais enfoncer des portes ouvertes) que les femmes sont des êtres humains à part entière, et comme telles, ont droit à la même dignité, à la même liberté, aux mêmes droits. Cette définition minimale du féminisme telle que je le vois se retrouve dans mes romans. J’essaie en tout cas d’y mettre des femmes qui ont choisi de suivre leur désir, où qu’il les mène. Comme écrivain, ma réflexion sur le féminisme évolue : au départ, je croyais que cela signifiait toujours construire des personnages féminins positifs, presque idéals. Ce n’est plus le cas : je crois qu’il faut donner à voir des personnages féminins libres d’aller à rebours des figures idéales (qui sont souvent des figures idéales telles que les hommes en rêvent). J’essaie désormais de peindre des figures féminines plus complexes, plus mêlées, moins stéréotypées. Je cherche ainsi leur humanité profonde. C’est aussi cela, je crois, être féministe.
Rama : La parenté et la parentalité occupent aussi une place centrale dans vos écrits. Est-ce une fascination pour vous ?
Mbougar : Je n’ai pas d’enfants. Mes réflexions ou hypothèses sur le fait d’être parent viennent donc surtout de mon observation, pas d’une expérience personnelle. J’ai beaucoup observé mes parents dans la manière qu’ils avaient d’assumer ce statut. Et plus généralement, à travers la question de la parentalité, c’est surtout celle de la transmission qui m’intéresse. Je ne suis pas toujours sûr de savoir ce qu’un parent doit transmettre (les parents eux-mêmes le savent-ils vraiment ?). Quelle est la limite entre transmettre des valeurs et se projeter en un être qu’on peut être tenté d’éduquer en songeant non à sa vie, mais aux regrets de la nôtre ? Quelle liberté laisse-t-on à l’enfant de ne pas recevoir notre legs, ou de l’utiliser contre nous ? On utilise parfois le verbe « se reproduire ». Au sens littéral, je trouve l’expression parfois effrayante : ai-je envie de me « reproduire » ? Cela m’interroge, même si je suis convaincu que c’est une expérience qui peut aussi être très heureuse et harmonieuse.
Rama : Que vous inspirent les féminismes contemporains ? Les notions de « masculinité », « féminité » ? « Genre » ?
Mbougar : L’essentiel pour moi est qu’il ne s’agisse pas de chapelles dogmatiques, ou de termes figés abstraits derrière lesquels il n’y a que des théories. Je crois que tout discours sur le genre, quelle que soit sa situation, doit d’abord partir du réel, du réel et de l’expérience, des expériences. Il n’y a qu’ainsi, à mon avis que l’on peut garder une pertinence et une vitalité à ces débats : en acceptant qu’ils sont complexes, non systématiquement transposables, structurels, mouvants, et longs à prendre racine dans les esprits et les imaginaires. Toutes ces notions (masculinité, féminité, genre), à mon avis, mettent moins en jeu la question de l’identité que celle du pouvoir. Est-ce qu’une domination (économique, physique, symbolique) s’exerce sur un être humain, est-ce que cet être humain est rabaissé parce qu’il est une femme, parce qu’il ne correspond pas à ce qu’on attend d’un homme, parce que son orientation sexuelle n’est pas hétérosexuelle ? Je trouve qu’on gagnerait beaucoup à avoir une approche plus sensible de ces questions, en partant de la vulnérabilité, ou de la fragilisation. Mais j’ai l’impression qu’on se rue parfois sur des discours politiques guerriers et à prétention englobante. On en oublierait presque qu’aucune vie sensible ne correspond à un slogan. Mais nous vivons à une époque où les slogans sont plus efficaces que l’exploration d’une vie sensible.
Rama : Si les thèmes choisis semblent suggérer que vous êtes un écrivain engagé, dans vos écrits, vous semblez faire le choix de laisser toutes les voix résonner à intensité égale. Sans jugement. Sans parti-pris. Êtes-vous de ceux qui pensent que la couleur de l’écrivainest de n’en avoir aucune ? Pourquoi ?
Mbougar : Je vais prendre prétexte de cette question pour revenir à la pensée du roman, que j’évoquais plus haut. Je suis romancier. Et pour moi, un romancier, dans son œuvre, doit toujours essayer de suspendre son jugement -en particulier son jugement moral- ce qui ne veut pas dire qu’il n’en a pas. Mais l’espace romanesque doit d’abord à mes yeux être un espace ouvert, où, hypothétiquement, tous les choix sont possibles, se croisent, s’affrontent, cheminent, se séparent. Je crois que tout l’art du romancier est là, dans sa capacité à être non pas forcément absent, mais effacé, ambigu. La fiction doit donner plusieurs pistes, ouvrir plusieurs chemins (à travers personnages, situations, dialogues, réflexions), et laisser le lecteur les arpenter et se faire sa propre idée des choses. A des questions, le romancier en rajoute d’autres. Et il doit pouvoir, pour cela, être en mesure de faire entendre avec force des idées opposées aux siennes, que nul d’ailleurs, ne lui demande. Je renverserai donc votre proposition : la couleur de l’écrivain est de pouvoir les avoir toutes. Dans son œuvre, en tout cas.
Rama : Quelle place accordez-vous à l’exploration intérieure dans vos écrits académiques ?
Mbougar : Mes écrits académiques sont orientés vers la littérature, ou la théorie littéraire, plus justement, même s’ils dialoguent beaucoup avec les grandes disciplines des sciences humaines et sociales. L’université ne laisse pas toujours, hormis dans quelques disciplines, la latitude de s’impliquer intérieurement plus profondément que les règles académiques ne le permettent. Cela change tout lentement, cependant. J’ai toujours pensé qu’aborder la littérature par la recherche était approfondir sa manière de lire les textes. Rien n’est plus personnel. Lire un texte, c’est le laisser déployer en soi plusieurs sens. La polysémie d’un texte n’apparaît jamais en soi ; elle a toujours besoin d’une subjectivité qui la révèle. Lire, interpréter, restent des gestes d’abord personnels. C’est ce que j’essaie de mettre en avant, en respectant les bases universitaires, naturellement. C’est cet équilibre qui est compliqué. Mais le fait d’être en même temps romancier m’aide beaucoup dans la lecture d’autres auteurs. Je sens une connivence plus profonde, je suis plus attentif aux mouvements même de l’écriture. Enfin, dans ma propre écriture universitaire, j’essaie de plus en plus d’être écrivain. D’avoir une sorte « d’érotique de l’écriture » qui signifie simplement ceci : ne pas oublier le plaisir du texte, la sensualité de l’écriture, qui est une composante du plaisir de la connaissance.
(Je ne suis pas sûr que c’était le sens de votre question, mais enfin, je l’ai interprétée ainsi…)
Rama : Quelle femme a eu le plus d’impact sur vous, et pour quelle raison ?
Mbougar : Réponse simple et classique : ma mère. On parlait tout à l’heure de transmission. Elle m’a transmis une de ses qualités, précieuse et indispensable quand on est écrivain : la patience. Mais il y a une autre raison : c’est en l’observant que j’ai commencé à avoir mes premières réflexions sur ce que signifiait être une femme dans la société sénégalaise.
Rama : Si vous étiez une femme, qui seriez-vous ?
Mbougar : Il y en a énormément. Je garde secrètes la plupart d’entre elles, par pure jalousie.
Mais j’en donne volontiers quelques-unes, des héroïnes de la littérature, comme écrivaines ou personnages : Antigone, Ken Bugul, La Marquise de Merteuil, La Grande Royale, Nedjma, Anaïs Nin, La Sanseverrina, Anna Karénine, Marie-Vieux Chauvet, Foedora de Malicante, Madame de Mortsauf. J’aurais aussi beaucoup aimé être Nina Simone, qui est romanesque à souhait. Et Toni Morrison, la grande et regrettée Toni Morrison qui nous manquera. Et Angela Davis aussi. S’il reste une petite place, elle est pour Suzanne Césaire.
Rama Salla Dieng, Lecturer in Africa and International Development School of Political and Social Science, Université d’Edimbourg
Horreur au Technopole de Dakar. Une femme a été retrouvée morte, les yeux arrachés, rapporte Vox Populi. Selon le journal, la dépouille a été repêchée dans un bassin. La victime, la quarantaine, habiterait Cambérène.
Le corps a été retrouvé dans un piteux état et il y avait des traces visibles de violence sur la dépouille. La jeune dame était vêtue d’une robe de couleur bleue et portait une bague sur laquelle il est mentionné Adjara, rapporte le journal.
Ce sont des mécaniciens alertés par les aboiements des chiens errants qui ont découvert le corps de la victime. Ce sont eux qui ont par la suite alerté les sapeurs pompiers.
Selon les services des eaux et forêts, il ne s’agit pas d’un cas isolé puisque quatre autres cas similaires ont été découverts sur le même site ces derniers temps. Une enquête est en cours.
DAKAR, SAINT-LOUIS, DIOURBEL ET ZIGUINCHOR CIBLES
Dans l’objectif de montrer l’importance de lutter contre les violences faites aux femmes, le collectif Jama a initié une tournée intitulée « Deet du waaw (Siif na dakk) » en vue d’éradiquer les violences et autre viols que subissent les femmes.
En prélude à cette campagne prévue dans les régions de Dakar, Ziguinchor, Saint-Louis et Diourbel, le collectif a organisé un point de presse tournant principalement autour de la sensibilisation sur les viols et la compréhension de l’acceptation du NON.
En conférence de presse à Dakar, le collectif Jama est revenu sur l’importance de sa campagne intitulée « Deet du waaw (siif na dakk)» qui est une tournée de réflexion et de mobilisation contre le viol et les violences conjugales. A cet effet, il appelle toutes les femmes de Dakar comme des régions, qui sont concernées par ces questions de violences conjugales et de viols, à s’impliquer dans cette lutte basée sur le genre de manière générale.
Selon Leyty Fary Ndiaye, membre du collectif Jama, la tournée est pour lutter contre le viol et faire la promotion du consentement: «On a des activités itinérantes qui vont se dérouler à Dakar, Saint-Louis, Diourbel et Ziguinchor d’ici à novembre avec des groupes qui sont dans les villes qu’on va visiter et l’idée est de travailler avec tout le monde pour déconstruire les stéréotypes liés aux femmes, aux genres et pour remettre au centre la question du contrôle de son corps, remettre au centre la femme et dire qu’elles font un travail important dans les régions, aussi reparler de tout ça ensemble et défendre les droits de tout le monde » souligne-t-elle.
Avant de revenir sur le choix des régions : « Les régions visées sont Ziguinchor, Diourbel, Saint-Louis et Dakar. En fait, c’est un choix plutôt aléatoire sauf pour le cas de Diourbel où on parle beaucoup de violences. On a choisi ces régions-là parce qu’il fallait faire un choix, mais le travail est important dans toutes les régions et on espère pouvoir le faire éventuellement dans toutes les localités », renchéritelle.
Dans la foulée, elle fera part des activités que le collectif compte mettre en place pour cette campagne : « Les activités que nous mettrons en place vont être des « waxtaan » où des groupes non mixtes juste des femmes à peu près vingt (20) personnes vont parler des situations qu’elles vivent, qu’elles ont vécues, et vont parler de violences conjugales, de viols etc.
L’idée c’est que ces « waxtaan » là soient repris par les communautés et que même quand on n’est plus là, que ces femmes puissent continuer à créer ces espaces-là pour elles-mêmes, à se les approprier.
A côté de ça, on a des « open mike » (microphone ouvert) qui sont des activités de micro ouvert où ça va être des groupes composés de slameurs, rappeurs, des personnes qui font de la photo, des dessins, qui vont venir s’exprimer sur ces questions-là encore une fois , donc par un moyen plus artistique. On va aussi faire la sensibilisation dans les écoles, lycées et universités en plus de ces panels comme celui-ci. Mais qui sont des conversations encore une fois, sans expert. Tout le monde a quelque chose à dire sur le viol et a son avis là-dessus et on doit le combattre ensemble. L’idée n’est donc pas de parler pour mais plutôt de parler avec les communautés », termine-t-elle.
A noter que ce collectif dirigé par 5 femmes aspire à ce que le viol soit criminalisé et que les femmes victimes puissent s’exprimer aisément sans complexe ni gêne.
L’ONP LANCE UN PROJET D’APPUI AUX PRODUCTEURS ET UTILISATEURS DE STATISTIQUES DE GENRE
Dans le but de mieux contribuer à l’efficacité de la stratégie nationale d’équité et d’égalité de genre au Sénégal, l’Onp a mis en place un projet intitulé Programme d’Appui aux Producteurs et utilisateurs de Statistiques de Genre (Papusg)
D’un coût de plus de 518 millions Fcfa, ce projet a été lancé hier par le ministre de la Femme, Ndèye Saly Diop Dieng.
«L’Observatoire National de la Parité est une institution rattachée à la présidence de la République qui contribue à travers le suivi, l’évaluation et les études, à promouvoir la parité entre les hommes et les femmes dans les politiques publiques. Il formule au besoin des propositions de réformes ou des programmes pour renseigner sur les inégalités entre les sexes dans les domaines économique, social et politique». Toutefois, selon la présidente de l’Onp Fatou Kiné Diop, ce travail reste difficile à cause de la faible couverture sectorielle en données désagrégées selon les sexes. «Cette situation est liée d’une part à l’insuffisance de la mesure des enjeux par plusieurs acteurs, et d’autre part à la faible capacité de plusieurs secteurs à produire des données désagrégées (lorsqu’elles peuvent l’être).
À terme, l’intégration du genre dans les documents nationaux d’orientation, de programmation ou de bilan demeure largement insuffisante, et partant, freine l’utilisation optimale du potentiel des femmes aux plans politique, économique et social», souligne t-elle. Cette situation justifie d’ailleurs la formulation du Programme d’Appui aux Producteurs et Utilisateurs de Statistiques de Genre (Papusg) qui va «contribuer à l’efficacité de la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent et de la Stratégie nationale d’équité et d’égalité de genre, à la sensibilisation sur les enjeux et les défis des statistiques de genre, au renforcement des capacités techniques des cibles en vue de la production de statistiques désagrégées selon les sexes et leur utilisation adéquate dans le cadre de leurs missions respectives.
La finalité de ce programme consiste à appuyer l’intégration du genre dans les documents nationaux de bilan et de programmation», a indiqué Mme Diop. D’un cout global de 518.550.000 Fcfa, le Papusg s’étalera sur 3 ans à compter de 2019 et couvrira 5 régions du Sénégal.
L’exécution de ce programme financé par l’Aecid est placée sous la responsabilité de l’Onp. Le ministre de la Femme Ndèye Saly Diop Dieng considère ce programme comme une grosse opportunité. «Le Papsug s’inscrit dans la perspective de la Stratégie nationale de Développement de la Statistique couvrant la période 2014-2019. Non seulement, c’est une contribution à la promotion de la culture statistique, mais il se positionne aussi comme la réponse aux défis qui avaient été identifiés dans l’étude-diagnostic de base de ladite stratégie. Il s’agit en particulier de l’inadaptation des ressources humaines et de la faible couverture des besoins.
Dès lors, ce nouveau programme va poser les bases d’une réponse nationale à notre adhésion aux objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 dont l’ODD 17 souligne l’importance de la mesure statistique comme outil pour évaluer les politiques en place et identifier les cibles spécifiques que l’action politique doit viser», déclare le ministre Ndèye Saly Diop Dieng.
LA CHRONIQUE HEBDO D'ELGAS
AMILO, LANGUE DE V.I.P DU KEBETU
EXCLUSIF SENEPLUS - Impertinente, les crocs affûtés, les idées non moins engageantes, elle s’est fait une réputation de dure-à-cuire qui, avec ses 36.000 followers, anime les débats de l’oiseau bleu, couleur Sénégal - INVENTAIRE DES IDOLES
« Kebetueuse » est son surnom sur Twitter. Elle a à son actif plusieurs « clashs » sur le réseau de l’oiseau bleu où son parlé cru dérange. Une prise de bec notamment avec l’ancien ministre El Hadj Hamidou Kassé qui avait perdu ses nerfs. Sur cette nouvelle scène des clivages politiques et sociaux, Aminata Lo de son vrai nom, est une actrice qui donne à voir la vie virtuelle sénégalaise, ses sens et ses contresens. Rencontre et portrait d’une femme de son temps, vraie et clivante.
Elle a tenu à prévenir d’emblée : « Je n’aime pas les choses carrées et solennelles ». La voix qui lâche cette mise au point est claire, énergique et chaleureuse. A l’autre bout du fil, pendant un bref entretien, on ne devine presque rien de ce qui a fait la renommée de cette jeune femme d’une trentaine d’années sur Twitter. Forte en gueule, râleuse, impertinente, belliqueuse, les crocs affûtés, les idées non moins engageantes, et la plume vive, elle s’est fait en quelques années une réputation de dure-à-cuire qui, avec son pseudo sans équivoque Kebetueuse, ses 36.000 followers, ses 250000 tweets, ses coups de becs, anime les débats et autres jacasseries de l’oiseau bleu, couleur Sénégal.
Sur son goût pour la légèreté, l’impertinence, elle reprend presque à son compte le mot de Desproges « on peut rire de tout, absolument tout. Oui trop de sérieux m’indispose, j’aime le style décontracté ». Cet empressement à rire n’est-il pas une manière de cacher une sensibilité ? On ne le saura. Rien pourtant ne destinait cette adolescente dynamique, pépite de l’école Saldia – groupe scolaire coté de la capitale sénégalaise dont elle honora les couleurs en génie en herbes – à incarner un franc-parler aux limites de l’insolence, qui déchire souvent les convenances sénégalaises de la pudeur. Porte-étendard du groupe lors du concours Gëstu, compétition en génie en herbes entre écoles privées, cette responsabilité lui apprend, confie-t-elle, à « défendre ses idées ». La même hargne revit sur twitter. Jadis en 140 caractères, comme aujourd’hui en 280, elle promène sa curiosité sur tous les sujets, sociétaux comme internationaux, avec un sens du contrepied et une radicale quête de la vérité, qu’elle dit tenir de ses jeunes années.
Twitter, scène politique annexe
Pour qui consacre un peu de temps à Twitter, il est facile de noter que le réseau social, plus que les autres, s’invite régulièrement dans la presse où il oriente voire domine l’agenda. Ce qu’il est maintenant convenu d’appeler des clashs ou des buzz, finissent par garnir les colonnes des journaux. Rares sont désormais les articles qui ne mentionnent pas, ou n’intègrent pas, des tweets pour illustrer ou donner à voir la source de leurs billets. Twitter et ses captures d’écran, dans la spontanéité, sont devenus des pièces à convictions dans les rapides procès d’humeur et d’opinions qui font le lit et la lie du réseau social. C’est d’ailleurs cette rapidité à gazouiller « la spontanéité et surtout le melting pot » du réseau, qui ont séduit Amilo, surnom de celle qui se nomme Aminata Lo à l’état civil. Elle correspondait à son tempérament à fleur de peau, elle qui ne s’alourdit pas de protocoles, de bienséances et autres salamalecs. Ce côté direct, sans détour, permet de donner une force aux messages, que ni les lourdeurs voyantes de Facebook, ni les images toilettées d’Instagram n’offrent. Deux réseaux sur lesquels elle ne traine pas beaucoup, aucun compte Facebook et des visites rares sur Instagram, qui obtient un peu de ses faveurs car elle a un faible pour la photographie.
Dans le long entretien qu’elle nous accorde, que vous retrouverez sur cet espace, elle donne l’impression d’un poil à gratter insensible aux remarques « Vous savez les gens ont leur opinion sur moi, qu’ils tachent de la garder pour eux. Si ceux qui pensent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient davantage... ». Grinçante et grincheuse, avec son visage poupon, ses joues potelées, et une grande douceur dans le regard, celle qui assume ses contradictions et « reconnaît ses erreurs » n’est pas souvent « d’accord avec elle-même », concède-t-elle. Quand on l’interroge sur Twitter en tant que repaire préférentiel d’une jeunesse dakaroise favorisée, reléguant par conséquent les classes populaires, elle botte en touche et se rebelle : « En quoi la jeunesse dakaroise est-elle favorisée ? ». On sent qu’on a froissé une de ses convictions. Elle reprend, philosophe : « Twitter est juste une petite représentation, un échantillon de la jeunesse sénégalaise ». Cette tendance à dépolitiser les sujets suit toute la trame de l’entretien, où sa radicalité ne se convertit pas toujours en combat réel, mais s’incarne dans le virtuel. Pour la politique, elle n’ambitionne rien d’autre que sa position de « critiqueur », même si son vœu est de voir plus de jeunes se mobiliser « en se dotant d’une culture énorme, en conscientisant les plus jeunes et en s’engageant politiquement pour assurer la relève ». Sur ses occupations, comment elle gagne sa vie, on ne saura rien, elle oppose un déconcertant droit à la discrétion. Twitter sert ses « coups de gueule », rien d’autre, elle n’aime ni l’affichage, ni dévoiler son coin d’intimité. Par protection, par fuite ? On ne se risquera pas à l’interpréter. Faut-il pour autant ne s’arrêter qu’à la surface de ce qu’elle dit ? Pas vraiment. Quand on creuse, ce qu’elle donne à voir c’est une pensée articulée, avec ses forces et ses faiblesses, qui jette un regard désenchanté sur le Sénégal et son devenir. Dès que l’enjeu de la discussion n’engage plus sa personnalité intime, elle est loquace et combative.
La repolitisation par le numérique
L’essor de Twitter, dont le Sénégal est un des hubs continentaux dynamiques, ne doit rien au hasard. Très vite, l’oiseau bleu a trouvé ses aises, avec ses codes, son langage, ses meetings, ses acteurs. Dans le nouveau langage numérique qui a été le canal de l’afro-optimisme 2.0, le réseau social est apparu comme le médium idéal pour changer la narration sur l’Afrique. Il ne fallait plus, pour les instigateurs de la nouvelle narration prophétique, que s’adjoindre les leaders d’opinions, les activistes, les pionniers du web, pour leur confier les relais du nouveau récit. Coïncidence ou presque, au même moment, l’exaspération face à la politique a conduit nombre de jeunes citadins à préférer les assemblées virtuelles, les forums civils, pour enchâsser la repolitisation dans une nouvelle dépolitisation, autour du moteur numérique. Parmi les acteurs les plus notables de cette bascule, le réseau des africtivistes, assemblée de blogueurs fondée par Anna Gueye. Ils sont devenus les interlocuteurs favoris de nombres d’ONG, de financiers, qui promeuvent, à travers leurs relais, le vœu de démocratisation. Si Amilo n’est pas toujours tendre avec les blogueurs de ce réseau, cible récurrente de son acrimonie, elle leur doit pourtant l’éclosion de cette sphère numérique, où la voix d’une minorité détourne des lourds problèmes sociaux au profit du mirage technologique. Elle leur reconnaît toutefois une utilité.
Les politiques ne sont ainsi plus les prescripteurs des influences. Les activistes, à l’aise dans le micro-blogging, soutenus par des forces étrangères, sont devenus les vrais influenceurs. Le terme d’influence, du reste, est presque devenu une injure tant il désigne cette nouvelle vulgate de l’apparence et des gloires faciles. A la question de savoir si elle se considère comme une influenceuse, elle se dérobe. « En ce qui me concerne, certes j’ai beaucoup d’abonnés et je suis très suivie, suivre au vrai sens du terme,mais, tempère-t-elle, une personne peut avoir de nombreux « likes » ou « RT » sans pour autant que ce qu’elle dit importe ». Elle n’a rien fait pour être suivie, et le fait que ses tweets déclenchent les polémiques, éclairent sur les clans qui s’affrontent dans des logiques qu’il nous est difficile de déchiffrer, n’est que purement fortuit. D’ailleurs affirme-t-elle ne rien connaître de ce mot d’influence qu’elle récuse. Sur la saturation dans le virtuel et le mirage du numérique, elle se veut lucide et fustige l’abrutissement qu’accélère le réseau « c’est tellement rageux de voir que ceux qui de manière générale représentent l’avenir ne s’intéressent que particulièrement à de faux débats et futilités ». Sur l’existence de batailles rangées en « clans » sur le réseau, elle prétend l’avoir démasqué et fait des threads dessus. Ce qu’elle donne à voir, c’est un usage du réseau conscient, addictif, mais lucide.
Une jeune femme énergique et radicale
Mais là où son propos est le plus dur, c’est contre Macky Sall et son régime. Elle peint la présidence de l’ancien maire de Fatick en pouvoir abusif, antidémocratique, et en veut pour preuve l’instrumentalisation de la justice pour abattre des opposants. Elle partage ce combat avec Guy Marius Sagna, dont elle aime le panache. Politiquement, Amilo n’est engagée dans aucun parti mais son intérêt pour la question vient de loin. Elle a voté pour la première fois en 2007, pour Cheikh Bamba Dieye qu’elle trouvait « constant, posé, cultivé et bagarreur quand il le faut. Toujours dans des combats de principes d’où sa cohérence à laquelle elle s’identifie beaucoup. »
Cette jeune inconditionnelle de Fatou Diome, qui puise ses références autant Lady Diana que Marilyn Monroe ou encore Coumba Gawlo Seck, voyage éclectiquement d’un sujet à l’autre, grande lectrice, amatrice de scrabble, de natation, et de photographies. De ces passions ou occupations, se dessine le portrait en pointillé d’un goût pour l’esthétique et pour la vérité, qu’elle tient de valeurs familiales précocement transmises. Pour expliquer l’origine de cette liberté de ton, elle lève un coin de voile sur l’héritage familial « J'ai grandi dans une famille où il n'y a pas de norme hiérarchique, la plus petite personne a le droit de s'exprimer librement, de faire ses choix de vie...d'aucuns me reprochent ma liberté de ton ce que je leur concède, mais il est nécessaire qu'ils sachent que leur morale n'est pas mienne ». La verdeur de son propos déplaît beaucoup. Elle choque mais ne s’en émeut guère. Un acteur majeur de la twittosphère sénégalaise confie ainsi « son inconfort » à parler d’elle : « du temps où il voyait ses tweets il les trouvait très violents ». Chez d’autres, ce langage ne passe tout simplement pas : elle collectionne les blocages de ceux qui la trouvent effrontée, impolie, radicale, s’empressant pour qualifier ses tweets de recourir à l’expression « d’excessifs donc insignifiants » pour la disqualifier. A l’image d’officiels de la république, comme l’ancien ministre et porte-parole de la présidence El Hadj Hamidou Kassé qui s’était emporté contre elle dans un échange où il l’avait traitée de « guenon ».
L’impolitesse, une tare rédhibitoire ?
Ses tweets clivent. D’autres prennent sa défense : Fary Ndao, géologue et animateur populaire et apprécié de la twittosphère sénégalaise, résume ainsi le personnage : « Je dirais que Amilo, alias Kébétueuse, est la voix irrévérencieuse nécessaire à tout débat public. Sa force est sa cohérence, rarement mise à mal, au fil de ses différentes interventions. Je désapprouve, du fait de mon caractère personnel sans doute, sa véhémence quasi systématique, car cela détourne parfois l'attention de l'auditoire du cœur de son propos avec lequel j'ai par ailleurs de larges convergences de vue. Mais je défends cette liberté de ton » Même son de cloche du côté d’un retraité de twitter qui a échangé souvent avec elle et qui décrit une personne « entière, impulsive, qui aime la confrontation, qui la cherche. Parfois, ce n’est même pas sérieux au fond mais ça alimente son besoin d’adversité. Elle a un besoin permanent de subversion. » Plus loin, il confie aussi « elle cache son côté humain, c’est la personne qui prend bien soin de ses proches, les aide, les soutient. » Ces témoignages donnent crédit à cet adage : l’excès est une preuve d’authenticité. On a pu percevoir que ce tempérament forgé cache sans doute une fragilité, et qu’elle s’empresse de rire ou de s’emporter, pour peut-être éviter de pleurer. L’insolence du propos n’a elle rien de nouveau. Dans les communautés sénégalaises de femmes, leboues par exemple, l’insulte n’était pas une vulgarité mais un élément du langage, qui signait d’ailleurs la liberté des femmes. La crudité voire la cruauté du propos faisait partie d’une grammaire du dialogue qui parachevait le pouvoir matriarcal.
Des contradictions et une fibre politique
A force de se consacrer à ses coups de becs sur twitter, on oublierait presque que Amilo écrit régulièrement, sur un espace, medium, auquel elle a pris goût. Elle y communique ses états d’âmes et ses écrits ambitieux, bien suivis. Une chose demeure quand on lit ce blog, espace annexe où elle gratifie ses lecteurs de ses opinions - dont un récent reportage sur le basket -, on est ému par sa franchise, sa bravoure, la fragilité de ses certitudes. Sur twitter comme dans l’entretien, à coup de mots salés, elle tire le portrait d’une démocratie inexistante qu’elle déplore. Sa parole ne n’arrête pas là, elle s’indigne contre l’homosexualité, « interdit par l’islam point », et identifie Wally Seck comme la source de propagation du mal. Le propos est clair, net, sans détour. Elle n’en démord pas, et se fait le porte-voix du rejet dominant dans la société qu’elle adosse tout bonnement à l’injonction islamique. Même tonalité de la critique quand il s’agit de l’exhibition religieuse, elle fait une distinction entre la religion pure et les croyants impurs dont elle fustige les manifestations tapageuses. Sur l’émigration et le désir d’ailleurs qui touche la majorité des jeunes, elle pointe les responsabilités locales, l’horizon miné. Elle ne se laisse pas bercer par la responsabilité de la France dans le malheur sénégalais. Pour elle « les discours sur la décolonisation émanent directement d’une certaine élite occidentalisée vivant le plus souvent en occident. Leurs discours sont souvent vains face à des jeunes sans perspective d’avenir dans leur propre pays (chômage, manque d’éducation…) » Son espoir ? « Que la jeunesse se politise, intègre les partis pour gagner en expérience, faire la politique autrement en évitant les mensonges, les promesses, le populisme, être proche et à l’écoute des populations » Sur la décolonisation « Ce n’est pas mon combat et ça ne le sera pas ; très honnêtement je ne les suis même pas. La décolonisation elle s’est faite en 1960 et pour cela je suis parfaitement en phase avec Fatou Diome quand elle demande qu’on arrête la victimisation». Sur le féminisme « mal compris par les femmes et les hommes sénégalais dans leur globalité. C’est vraiment compliqué. Je suis plutôt pour le women empower women. Que toutes femmes s’unissent et on fera ensemble de belles choses ». Presque d’un programme politique.
Mélange de progressisme et de conservatisme, propos parfois contradictoires, la pensée d’Amilo a cependant l’avantage d’être sans fards, et fraîche. Non aseptisée, critiquable, elle permet toutefois le débat. C’est cette fibre, perçue dans un moment où la virtualité fait partie des enjeux dans la quête politique, qui a motivé ce portrait. C’est une possibilité du débat qu’elle offre, avec toutes les scories inhérentes : la cacophonie, les invectives. C’est le prix à payer dans un pays, où l’injonction au « respect » est l’étouffoir des dissidences, donc de la diversité des opinions. L’impolitesse est bienvenue, c’est un moyen de résistance, à condition qu’elle ne soit pas seule et qu’elle soit une posture.
Mine de rien, on en a fait du chemin avec Amilo. Celle qui récusait les solennités, qui n’aimait pas le sérieux du monde, devient pourtant et à notre grand bonheur, sérieuse, battante. La fibre qui se dessine chez cette jeune femme est politique, affective, dure et sociale. Où tout cela mènera notre petite idole ? On ne le sait. C’est une femme de son temps qui respire le vent de l’époque et en recrache les particules fines, tantôt parfumées, tantôt malodorantes. Une langue de V.I.P, verte, chatoyante, chaleureuse avec ses papilles parsemées de venin.
DES CENTAINES DE MAROCAINES SIGNENT UNE TRIBUNE POUR DÉNONCER DES LOIS "LIBERTICIDES" SUR L'AVORTEMENT
Dans une tribune publiée lundi, des centaines de Marocaines proclament avoir déjà violé les lois de leur pays sur les mœurs et l'avortement. Elles entendent ainsi soutenir Hajar Raissouni, journaliste jugée pour "avortement illégal" et "débauche".
Dans une tribune publiée lundi, des centaines de Marocaines proclament avoir déjà violé les lois de leur pays sur les mœurs et l'avortement. Elles entendent ainsi soutenir Hajar Raissouni, journaliste jugée pour "avortement illégal" et "débauche".
Elles plaident pour l'assouplissement de lois marocaines "qui n'ont plus lieu d'être". Des centaines de Marocaines se sont déclarées "hors la loi" en proclamant avoir déjà violé les lois "obsolètes" de leur pays sur les mœurs et l'avortement, dans un manifeste publié lundi 2 septembre dans plusieurs médias marocains au nom des libertés individuelles.
La tribune, qui constitue une rare démarche de cette ampleur, est également publiée dans le quotidien français Le Monde, qui en fait la une de son édition du mardi 24 septembre.
"Nous sommes hors la loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n'ont plus lieu d'être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d'un avortement", affirment les signataires dans une rare démarche de cette ampleur.
"Lois liberticides et inapplicables"
"La culture du mensonge et de l'hypocrisie sociale génère la violence, l'arbitraire, l'intolérance. Ces lois, liberticides et inapplicables, sont devenues des outils de vengeance politique ou personnelle", déclare le manifeste lancé sous forme de pétition ouverte aux hommes.
Le texte corédigé par l'écrivain franco-marocaine Leïla Slimani porte symboliquement 490 signatures, en référence à l'article 490 du code pénal marocain qui punit de prison les relations sexuelles hors mariage.
Sa publication coïncide avec la troisième audience du procès de Hajar Raissouni, une journaliste en détention depuis fin août pour "avortement illégal" et "débauche" (sexe hors mariage). Cette reporter du quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum dénonce une "affaire politique" depuis son arrestation.
"Défendre toutes les vies brisées"
Sa demande de remise en liberté a été rejetée la semaine dernière par le tribunal de Rabat, tout comme celle de son fiancé, du médecin, de l'infirmier et de la secrétaire médicale, arrêtés en même temps qu'elle. L'audience de lundi doit être consacrée au fond, les "vices de forme" soulevés par la défense n'ayant pas été retenus.
Au-delà de ce cas, le manifeste des "Hors-la-loi" veut "défendre toutes les vies brisées par le déshonneur, l'infamie ou la prison", a déclaré à l'AFP Leïla Slimani, nommée en 2017 représentante personnelle du président français Emmanuel Macron pour la Francophonie.
"C'est une campagne portée par des femmes de tous bords, enseignantes, banquières, femmes au foyer, étudiantes, artistes ou intellectuelles", a précisé à l'AFP la réalisatrice Sonia Terrab, co-autrice du texte.
Le manifeste évoque dans sa forme le manifeste féministe dit des "343 salopes" qui a fait basculer la loi sur l'avortement en France au début des années 1970.
En 2018, la justice marocaine a poursuivi 14 503 personnes pour débauche, 3 048 pour adultère, 170 pour homosexualité et 73 pour avortements, selon les chiffres officiels. Entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc, selon des estimations.