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4 avril 2025
Femmes
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LA CONNAISSANCE, UNE ARME POUR LA JEUNESSE
Ndioro Ndiaye a pofité de la cérémonie de clôture de la campagne "0ne Billion Rising" pour sensibiliser filles et garçons sur la nécessité de savoir et l'espoir qu'ils représentent pour le Sénégal de demain
C’est aux cotés des enfants que l’ambassadeur Ndioro Ndiaye a clôturé la campagne ‘’One Billion Rising’’. ‘’Je porte un message d’espoir pour ces enfants et en même temps, j’essaye de leur faire comprendre que les filles comme les garçons, ont le droit d’aller à l’école", a-t-elle déclaré. Selon Ndioro Ndiaye, l’éducation reste la seule alternative contre les violences faites aux femmes. ‘’Pour lutter contre les violences faites aux femmes, il faut s’armer de connaissances. Notre arme c’est la connaissance, parce que si vous ignorer vos droits vous ne pouvez pas les défendre’’, a-t-elle soutenu.
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SPORT, LES FEMMES NE LÂCHENT PAS L'AFFAIRE
Au dernier Marathon de Dakar, à la mi-avril, seuls 15,6 % des participants étaient des femmes, un chiffre révélateur d'un tabou culturel et social fort - Illustration
Le Point Afrique |
Jane Roussel |
Publication 22/04/2019
« Une femme qui fait du sport ? C'est bizarre », s'exclame Mamadou Saïdi, avec un air à mi-chemin entre dégoût et plaisanterie. Il est technicien dans un laboratoire pharmaceutique de Dakar, il est venu participer au marathon de Dakar avec plusieurs collègues, des femmes. Sur la course, divisée en trois formats : 10 km, semi-marathon et marathon, il n'y a pas beaucoup de Sénégalaises inscrites, seulement 15,6 % (sur un total de 19 % toutes nationalités confondues). En comparaison, les femmes représentaient 24,5 % des inscrits du dernier marathon de Paris le même week-end, et 40 % sur le 10km de Paris. Est-ce à dire que le sport est la chasse gardée des hommes ?
Un frein culturel et social ?
Nous voici donc en plein cœur du marathon de Dakar : échauffement général à quelques mètres de la ligne de départ en ce matin du dimanche 14 Avril. Entre les 11 000 coureurs, les femmes sont difficiles à croiser, et pour cause elles ne sont que 2 000. Pourtant, Mamadou Saïdi est entouré de deux collègues, Fily Farmata et Fatoumata Kamara qui protestent en coeur : « Comment ça c'est bizarre une femme qui fait du sport ? Tu es misogyne ! ». Elles le font taire d'un geste de la main et rient. Avant de poursuivre sur leurs habitudes sportives.
Cela dit, elles ne font pas souvent du sport, pas par manque d'envie, mais par manque de temps principalement, explique la première. La seconde l'interrompt et rectifie : selon elle, c'est surtout parce que la société en décide autrement. « Le sport ne fait pas partie de notre quotidien. Au Sénégal, on dit que pour les femmes la priorité c'est le mari et les enfants », reprend Fatoumata. Ses journées sont une course contre la montre : à 8h du matin, elle arrive au travail, ne le quitte qu'à 20h, pour aller coucher les enfants et préparer à manger à son mari. “Même si on trouve le temps de faire du sport, c'est difficile d'y aller parce qu'on est épuisée », renchérit-elle.
Quand une championne s'exprime
Même la vice championne du monde d'athlétisme Marie-Josée Ta Lou, d'origine ivoirienne, acquiesce. Elle est sur le village départ du marathon en tant que marraine de l'événement. « En Afrique, nous n'avons pas la pratique du sport parce qu'on se dit que la femme africaine est faite pour rester au foyer », explique-t-elle. Les femmes elles-mêmes font perdurer cette tradition. Et en tant que seule fille d'une fratrie de quatre, elle a fait face à certaines réticences, surtout du côté maternel : « Quand j'ai commencé à faire du sport, ma mère me disait : le sport c'est pas fait pour toi, ton frère en fait déjà. Toi, je veux que tu ailles à l'école et que tu deviennes médecin ou avocate ». Chambouler les traditions n'est pourtant pas si mal vu que par les hommes, selon elle. D'ailleurs, Aïcha Jasmina Fall, qui a fondé une association de sport pour les femmes, raconte que sa mère ne comprend toujours pas : « Mais pourquoi tu vas courir plutôt que rester t'occuper de tes enfants ? », lui demande-t-elle. Ce qui l'a conduite à arrêter d'argumenter tout en continuant la course !
Une question d'esthétique
Le second problème du sport et des femmes au Sénégal réside dans les changements physiques. Une femme qui fait du sport court le risque de ne plus correspondre au standard de la belle femme africaine « avec des rondeurs, des seins et 15 000 kilomètres de fesses ! », plaisante Marie-Josée Ta Lou. Les femmes sont d'ailleurs les premières à reprocher à leurs homologues sportives de ne pas être assez « féminines avec leurs muscles ». Bébélor et Khadi, étudiantes à Dakar, sont sur la ligne de départ, échauffées et bien décidées à atteindre leur objectif. Et de raconter toutes les fois où leurs mères, copines et cousines leur ont dit « tu ressembles à un homme depuis que tu fais du sport ».
Donc un acte militant…
De fait, on ne peut ne pas penser que courir, boxer, jouer au foot soit un acte militant pour les femmes au Sénégal. Et elles sont de plus en plus nombreuses à s'y mettre. Marie-Josée Ta Lou confie que c'est « un grand combat” qu'elle a dû mener, contre l'avis de sa famille : “Je fais du sport et ça ne m'empêche pas de m'occuper du ménage ! », plaisante-t-elle, avant de parler de cette « nouvelle génération de femmes qui montrent qu'on peut être une femme africaine, faire du sport et même d'autres activités en plus ! ». Bébélor et Khadi sont de cette nouvelle génération. Elles ont fait de l'activité physique un acte militant. La première a d'ailleurs choisi un sport de combat, le taekwondo dont elle est ceinture noire. Le soir, alors que la corniche s'emplit de coureurs, Khadi s'y rend aussi. Les femmes ne sont pas nombreuses à fouler l'artère sportive de Dakar. Le résultat ? « Les hommes te voient courir et t'embêtent ». Elle relate les moqueries, et leur « prétention à être ton coach, sous prétexte qu'ils sont des hommes ». Assez remontée, elle insiste : « quand ils me disent ça, je les mets au défi de courir contre moi. Ils ne tiennent jamais le rythme que j'impose et abandonnent à chaque fois. Ça me fait plaisir ! ».
… au quotidien
Ce combat, Aïcha Jasmina Fall le mènent au quotidien grâce à son association « Linguère ». Le terme signifie « femme, reine qui met au monde les héritiers ». Elle l'a montée avec deux amies, toutes mamans. Au départ, elles allaient courir avec un ami pour « jauger l'atmosphère ». Elle se souvient, amusée, des réactions des hommes sur leur chemin : « Mais pourquoi elles courent, qu'est-ce qu'elles ont ? », s'interrogaient-ils. En quelques mots, elle conclut sur ce tabou du sport, qui explique le peu de coureuses sur le marathon : « J'imagine que ça met des barrières ». Des barrières contre lesquelles elle lutte grâce à l'association, devenue une véritable communauté de sportives. Nombreuses sont celles qui ont peur d'être jugées, surtout pour les plus âgées, alors elles louent des locaux semi-fermés pour les mettre en confiance, à l'abri des regards. « Elles viennent en grand boubou, se déshabillent pour faire du sport et remettent leur boubou pour repartir. Ni vu ni connu ! », raconte la jeune femme de 31 ans.
Le sport, une question de santé publique
Aïcha est infirmière, elle a fait un diabète de grossesse alors qu'elle attendait sa première fille. C'est de là qu'est née son association, d'une prise de conscience autour du bien-être et de la santé. « La nutrition et l'éducation à la santé en général est quasi inexistante au Sénégal », explique-t-elle. Et la nourriture particulièrement riche… Cela crée un « véritable problème de santé publique », souligne Soham El Wardini, maire de Dakar. Elle-même joggeuse, témoigne de l'urgence de faire changer les mentalités concernant le sport. « Des maladies comme l'hypertension artérielle et le diabète font des ravages dans notre pays, nous devons dire aux gens de bouger, de brûler des calories ! ». Si les jeunes en prennent conscience progressivement, les plus âgées ont davantage de mal. Cela dit Soham El Wardini remarque de plus en plus de femmes d'un certain âge sur la corniche, en tenue traditionnelle, en train de marcher.
« Les Sénégalaises, plus préoccupées de leur santé que les hommes, écoutent quand on leur dit de faire du sport », souligne Awa, responsable logistique à la direction des sports de la ville de Dakar. Dans les clubs de randonnée pédestre, elles sont plus nombreuses que les hommes. Elle ajoute, triomphante : « Les sportifs du dimanche, ce sont les femmes ! ». Aux yeux de certains, le sport permet de sublimer les courbes : « Dans certaines familles, les hommes incitent leurs épouses à faire du sport, ils ont vu tout l'intérêt esthétique ! », plaisante Awa. De son côté, Aïcha Fall, s'est inscrite à la danse alors que son mari, sénégalais comme elle, l'encourageait à se trouver une activité sportive. Il voyageait beaucoup, la laissant de longs moments seule à la maison. Sur le village départ, deux jeunes adolescentes discutent, la plus âgée fait du basket, la plus jeune s'apprête à faire 10 km en ballerines. Ce matin, elles sont venues courir le marathon en famille, avec leur père, très fier d'être accompagné de ses filles. Le signe que les mentalités bougent.
LA RÉVOLUTION DU RETOUR AU NATUREL
Des ancestrales coiffures africaines à la libération de leur texture naturelle, les cheveux afro, longtemps stigmatisés, sont aujourd’hui l’objet d’une réappropriation aussi créative qu’émancipatrice
Peigne brûlant, cuir chevelu abîmé ou foulard imposé, voici quelques-unes des pratiques employées par l’entreprise coloniale et esclavagiste sur le cheveu afro, comme le note notamment la sociologue Juliette Sméralda dans Peau noire, cheveu crépu – L’histoire d’une aliénation (Editions Jasor). Depuis des siècles, il est discriminé, animalisé, suspecté d’être moins hygiénique et beau que le cheveu lisse – mais est aujourd’hui célébré pour son potentiel esthétique et engagé.
Mouvement “nappy”
Avant Juliette Sméralda ou encore l’experte Aline Tacite, leurs consœurs anglo-saxonnes s’étaient déjà pensé la capillarité des afro-descendants comme outil sociologique et activiste. Portant fièrement son afro, Angela Davis affichait les liens intrinsèques entre estime de soi, intimité et militantisme. En Amérique, Noliwe M. Rooks, auteure, chercheuse et professeure à l’université de Cornell a écrit Hair Raising – Beauty, Culture and African American Womenen 1996, une petite révolution à l’époque.
En France, ce n’est qu’au début des années 2000 que le sujet commence à émerger, d’abord sur des forums comme Beauté d’Afrik, où les groupes de discussion alimentent la conversation sur la manière dont on peut prendre soin de ses cheveux “au naturel”, sans aucune altération chimique. Ce retour au naturel va être le début de ce que la presse appellera le mouvement “nappy”, qui peut avoir plusieurs traductions, mais est souvent présenté comme la contraction de natural et happy, “heureux d’être soi-même”. Ce processus de retour au naturel s’apparente à une révolution, les femmes noires étant auparavant vouées à se défriser dès le plus jeune âge.
"Une idée de beauté basée sur des normes blanches"
“Il y a toute une génération qui a grandi avec une idée de beauté basée sur des normes blanches. Ce sont des agressions et des traumatismes vécus dès l’enfance, dans les remarques comme dans la violence des pratiques, qui mènent à l’alopécie entre autres”, explique Eymeric Macouillard Gillet, activiste et conférencier. On parle de produits cancérigènes, de brûlures à cause de cette crème composée principalement de soude et d’ammoniaque, deux produits dangereux et utilisés par de nombreux coiffeurs afro pour “discipliner” les cheveux.
“C’est une affaire de domination : le Blanc se désigne à la fois comme la norme et l’idéal, à commencer par l’esthétique. C’est un exercice de contrôle”, ajoute-t-il. Effectivement, difficile d’oublier qu’en 2016, un lycée sud-africain voulait interdire à des lycéennes de laisser leurs cheveux au naturel – ils étaient considérés comme “peu soignés”. Plus récemment, en Martinique, c’est un petit garçon de 4 ans qui a été pointé du doigt en raison de sa chevelure jugée “négligée”.
La blogueuse Fatou N’Diaye contre l'invisibilisation et la discrimination
Depuis, les cheveux afro, texturés, frisés ou crépus sont entrés dans le paysage médiatique. Une visibilité initiée par les premières blogueuses phare de la sphère afro française : Curlidole, BrownSkin ou BlackBeautyBag pour ne citer qu’elles. Cette dernière, plus connue sous le nom de Fatou N’Diaye est de celles qui ont réussi à s’imposer jusqu’à en faire leur métier. Depuis la création de son blog BlackBeautyBag en 2007, elle est devenue un modèle français pour la représentation des femmes noires dans leur ensemble. Coiffure, mode et beauté incluses.
Aujourd’hui égérie pour L’Oréal, son discours est resté le même et valorise la création afro sous toutes ses formes. Avec ses 130 000 abonnés sur Instagram, autant sur Facebook et plus de 13 000 sur Twitter, son succès n’est plus à démontrer. Douze ans après la création de son blog, elle use de sa visibilité pour faire passer des messages, notamment auprès des marques avec lesquelles elle travaille. “En tant que femme noire française, dans une société soi-disant libre, j’ai grandi en ne voyant personne dans les publicités, à la télévision, qui me ressemblait. Cette invisibilisation et cette discrimination me suggéraient que ma beauté ne méritait pas d’être montrée, célébrée ; le défrisage découle de là, d’une pression autour de l’assimilation depuis l’enfance”, dit-elle.
Dans son travail de consulting auprès de nombreuses grandes marques de cosmétiques, elle conseille de ne pas utiliser des mots comme “cheveux indomptables, sauvages, crinières de lionne, car ça nous ramène à une chosification et une animalisation ancienne”.
Le cheveu afro et ses infinies possibilités
Depuis les années 2010, c’est sur le tapis rouge que le combat se mène, avec des célébrités comme Aïssa Maïga ou Lupita Nyong’o qui arborent des coiffures majestueuses, remettant le cheveu afro et ses infinies possibilités sur le devant de la scène. Des mouvements comme Hrach is beautiful (hrachdésigne les cheveux crépus dans les pays du Maghreb) créé par Samia Saadani et Yassin Alamy apportent une autre dimension au sujet, rappelant que les cheveux texturés et les stéréotypes qui vont avec concernent tous les afro-descendants.
De nombreux livres font la part belle à cette chevelure, que ce soit pour les adultes avec des conseils pratiques comme dans Beauté noire – Cosmétiques faits maison pour peaux noires et cheveux crépus (La Plage, 2018) de Michèle Nicoué-Paschoud ou pour les enfants avec un discours sur l’estime de soi (Comme un million de papillons noirs de Laura Nsafou, Cambourakis, 2018).
C’est même une forme d’art : l’artiste capillaire Nadeen Mateky recrée des coiffures ancestrales à la portée symbolique : une coiffe nommée Wata (en référence à la déesse Mami Wata), imagine une sorte de pirogue qui traverse un fleuve ; elle y ajoute raphia, bambou et fil de fer pour montrer avec quelle richesse et quelle diversité peut composer le cheveu afro. “C’est le seul cheveu qui défie les lois de la gravité, il faut le porter comme une couronne”, s’exclament à l’unisson Fatou N’Diaye et Nadeen Mateky.
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QUI SONT LES GRANDES FIGURES FÉMININES DU CONTINENT AFRICAIN ?
Tant de femmes ont fait l'Histoire de l'Afrique, comment expliquer qu'elles soient absentes des enseignements ?
Elles sont reines, prophétesses, militantes, et ont contribué à l’histoire du continent africain. Si l’on pense volontiers à la reine Nefertiti, d’autres femmes ont marqué le continent africain à l’image d’Anne Zingha d’Angola, qui a permis d’éviter la colonisation du pays au XVIIème siècle, la Nigériane Funmilayo Ransome Kuti qui a livré un combat exemplaire pour l’émancipation et l’autodétermination des femmes sur l’Afrique de 1923 à sa mort en 1977, ou encore Aoua Keïta, sage-femme, militante et femme politique malienne au XXème siècle. Entre sources orales et écrites, comment s’y prendre pour retracer leur histoire ? Comment expliquer que ces femmes soient absentes des enseignements ?
Avoir une peau lisse et sans aspérités nécessite à la fois des produits de qualité, une routine, et une alimentation saine - Chronique beauté sur RFI avec Aminata Thior, fondatrice de Setalmaa
Pour de nombreuses femmes, la beauté passe par la peau. Elles la veulent lisse et sans imperfections. Pour cela, il faut plusieurs choses : des produits de qualité, adaptés au type de peau. Cela nécessite également d’adopter une routine, et d’avoir une alimentation saine. La vie ici, avec Aminata Thior, fondatrice de Setalmaa.
LES MILLE ET UNE VIES DE MAFALL MBOUP
Un policier radié suite aux évènements d’avril 1987 raconte ses nombreuses vies
Dakar, 15 avr (APS) - Mafall Mboup, 66 ans, a vécu plusieurs vies depuis sa radiation de la police nationale il y a 32 ans, suite aux évènements des 13 et 14 avril 1987 qui ont conduit à cette mesure collective consistant à congédier des cadres des personnels de police, un drame dont il parle avec d’autant plus de détachement que le destin lui a depuis donné une seconde chance de reconstruire sa vie.
M. Mboup, en service à la Brigade mobile de sûreté (BMS) de Diourbel de 1984 à 1987, est une des victimes de la mesure de radiation collective prise par le président Abdou Diouf et entérinée par un vote de l’Assemblée nationale, suite à ce qui a été qualifié de "grève des policiers".
Les 13 et 14 avril 1987, des membres des forces de police basés à Dakar avaient occupé la voie publique pour manifester contre une décision de justice condamnant six de leurs collègues à des peines d’emprisonnement fermes.
Cette manifestation inédite, qui enfreignait en plus les règles statutaires régissant les policiers, était en réalité une occasion de protester contre leurs conditions de vie jugées difficiles, selon des observateurs.
A l’initiative du président Abdou Diouf alors au pouvoir, les députés ont procédé au vote de la loi 87-14 portant-radiation des cadres des personnels des forces de police, soit 1245 policiers au total tout grade confondu.
Cette affaire est en lien avec celle du receleur "Baba Ndiaye" qui serait décédé dans les locaux de la Police où il aurait subi un interrogatoire qualifié de musclé, rappelle Mafall Mboup.
L’agent judiciaire de l’Etat avait fait appel de la condamnation des policiers chargés de l’enquête portant sur cette affaire, mais les agents des forces de police, frustrés par cette situation et déjà fort mécontents de leur sort en général, ont tenu à se faire entendre, a-t-il ajouté.
Avec le recul, Mafall Mboup estime que "cette décision de liquidation des policiers n’était pas une décision souveraine de l’Etat du Sénégal". Il évoque plutôt "un problème politique. L’Etat avait besoin de diminuer (le nombre de) fonctionnaires et cela est tombé sur les policiers", a-t-il soutenu.
Les institutions de Breton Woods avaient demandé à l’Etat du Sénégal de dégraisser la fonction publique, affirme l’ancien policier, ajoutant que la douane était le corps visé à l’époque pour mettre en application ces injonctions des institutions financières internationales.
"Cela n’a pas été notifié par écrit. Nous n’avons reçu aucune lettre pour nous dire si on a été radié ou pas. C’est lorsque je me suis rendu au ministère de Finances pour récupérer mon bon de caisse (placement financier) que je n’ai pas trouvé, que j’ai compris que je faisais partie des radiés", explique-t-il.
"C’était un vendredi. Je me suis dit que c’est la volonté divine, en bon talibé mouride. En tant que croyant, je m’en suis remis à Dieu parce que c’est lui qui décide de tout. Je suis quelqu’un qui fait face aux problèmes qui se présentent à moi en les prenant avec philosophie. J’ai pu, avec la foi, surmonter tout ça", ajoute M. Mboup.
Fonctionnaire brigadier à l’époque (première classe-troisième échelon), il percevait à l’époque "près de 200 mille francs CFA", un niveau de salaire assez important dans les années 1980-1990.
"De retour à la maison, j’ai informé mes épouses de la situation" nouvelle, qui allait avoir des conséquences dramatiques dans la vie de cet agent de police, puisqu’en "(…) en moins d’un an, elles ont commencé à changer d’attitude à mon égard", fait-il savoir, la voix étreinte par l’émotion.
"Elles ont commencé à répéter sans cesse qu’elles vont partir. Finalement je m’en suis remis à Dieu et je les ai libérées et elles sont parties avec mes enfants qui étaient des mineurs parce que le plus âgé avait cinq ans", a ajouté ce père de trois bouts de bois de Dieu à cette période.
La radiation actée pour lui et ses compagnons d’infortune, Mafall Mboup a décidé de changer radicalement de vie pour se consacrer pleinement à d’autres activités pendant 7 ans, avant de voir le bout du tunnel.
Un changement radical pour ce natif de Sigui Diagne, un village de la commune de Ndindy (Diourbel), qui avait intégré la police le 1 er octobre 1975, avant d’être affecté à Kédougou, où il a passé six années, de 1978 à 1984.
"A l’époque, lorsque les choses se sont confirmées, raconte-t-il au sujet de sa radiation, j’ai décidé d’acheter une charrette à eau parce que je ne pouvais pas tendre la main".
"Les gens disaient que j’étais fou", mais puisque "je n’avais personne pour m’aider, j’ai décidé de faire ce travail en disant qu’il n’y a pas de sot métier et il me fallait prendre en charge mes parents dont je suis le fils ainé", indique le policier retraité, passé par l’armée (Génie militaire) dont il avait rejoint les rangs en octobre 1972, avant d’être libéré du service militaire.
Un passé qui le prédestinait à la débrouille. Et de fait, sa nouvelle activité lui permettait de joindre les deux bouts avec un gain quotidien de 3000 francs CFA. Mais du jour au lendemain, le père de famille a perdu l’estime de ses proches, principalement de ses femmes qui ne pouvaient accepter son choix de se reconvertir dans la vente d’eau.
"Elles me disaient d’arrêter la vente d’eau par charrette par pur complexe. Pour elles, c’était dévalorisant de passer de policier à vendeur d’eau en charrette. Pour démarrer cette activité, je n’avais que 100 mille francs CFA, d’ailleurs je n’ai exercé ce travail que pendant 7 mois seulement. Je me suis dit que c’est un métier noble", indique l’ancien policier.
Mafall a touché à presque tous les métiers pour subvenir aux besoins de ses parents qui étaient sous sa responsabilité au sein de sa petite maisonnette en construction à cette époque.
"Heureusement pour moi, je n’étais pas en location, j’avais ma propre maison, même si elle n’était pas assez bien construite. J’ai également fait des activités dans les colonies de vacances, j’ai été journalier à l’usine de la Sonacos entre autres. J’ai touché à tout parce que je ne voulais pas tendre la main. J’ai vécu ce calvaire jusqu’en 1993 lorsqu’on a créé le corps de la police municipale", a-t-il renseigné.
Après cette traversée du désert, le destin est venu lui offrir une occasion de se relancer, avec la création de la police municipale par Abdou Diouf.
"Avec cette nouvelle création, on avait besoin de faire un mois de recyclage après 7 ans d’absence. C’était pour voir notre mental et notre état d’esprit puisque qu’on était resté longtemps sans exercer le métier", note-t-il.
Mafall Mboup a exercé dans ce nouveau corps durant cinq, avant d’être reversé dans "la police d’Etat" en 1998 et de faire valoir ses droits à la retraite. Il demeure toutefois actif, malgré sa retraite et son âge avancé.
"Actuellement, je préfinance les éleveurs qui sont dans le commerce de bétail au niveau des marchés hebdomadaires. Une fois qu’ils ont atteint une assise financière, on se partage les bénéfices, et s’ils ne sont pas en mesure de bien dérouler l’activité, ils me remboursent la somme que je leur avais remis pour le démarrage. Dans un premier temps, je ne finance que deux personnes", précise-t-il.
S’y ajoute qu’après avoir été abandonné par ses deux femmes parties avec ses trois enfants suite à sa radiation, Mafall Mboup a refait sa vie avec une autre femme qu’il juge plus compréhensive.
"C’est en fin 1993 que je me suis remarié et on a eu un garçon et deux filles. Et coup du sort, celles qui m’avaient abandonné ont voulu revenir, ce que je n’ai pas accepté parce que pour moi un couple c’est pour le meilleur et pour le pire. De plus, je ne pouvais plus vivre avec elles parce que j’aurais toujours le souvenir qu’elles m’avaient trahi. Donc ce n’était plus possible", assène-t-il.
par Cheikh Mbacké SENE
NÉNÉ FATOUMATA TALL EST BIEN À SA PLACE
Les faux procès faits à la ministre sur sa nomination et son niveau d’étude sont indignes d’un Sénégal qui a à cœur de valoriser son capital le plus cher : sa jeunesse
Les faux procès faits à Mme la ministre Néné Fatoumata Tall sur sa nomination et son niveau d’étude sont indignes d’un Sénégal qui a à cœur de valoriser son capital le plus cher: sa jeunesse. Référence d’une jeunesse consciente, compétente et engagée, Néné Fatouma TALL a fait ses preuves dans la fonction publique comme PCA de la Lonase et mérite amplement la confiance du Chef de l’Etat, mais aussi le respect de ses camarades de parti et concitoyens. Mieux encore, elle incarne parfaitement à la fois l’aspiration de la jeunesse d’être représentée par un(e) jeune et contribue la valorisation de la femme dans notre pays.
Il faut se rendre à l’évidence que le Sénégal se rajeunit (plus de 50% de sa population composée des moins de 40 ans, les 2/3 étant des femmes).Il faut également se réjouir d’avoir une jeunesse, saine consciente, patriote, engagée et capable de construire et contribuer de façon efficiente et valeureuse à l’émergence du pays. Néné Foutama Tall, Assome Aminata DIATTA, Amadou HOTT ou encore Cheikh BAKHOUM ou Birame FAYE … incarnent, entre autres, parfaitement ce que je pourrai appeler « The new generation of young Senegalese leaders».
Génération aux allures assez anglo-saxonnes dans la démarche pour ne pas dire en mode « FastTtrack », elle est le porte drapeau d’une jeunesse qui se veut plus impliquée, plus responsabilisée et plus efficiente.
La confiance que le Chef de l’Etat a placée en eux, n’est pas anodine. A travers ces nominations, le Président Macky Sall ne se distingue pas seulement par sa volonté d'aller au-devant des jeunes, mais par la place qu’il leur accorde depuis son accession à la magistrature suprême. Une considération renforcée avec la réussite d’un parfait casting,en mettant les gens qu’il faut à la place qu’il faut et en répondant à ces jeunes qui n’ont pas vote pour lui.
Néné Foutama Tall est une jeune sénégalaise lambda de la banlieue, qui a fait ses preuves sur le terrain par un engagement et une disponibilité sans faille pour son pays. Non sans être bien formée. Alors les critiques et interprétations politiciennes ne ridiculisent plus qu’il n’arrangent ceux qui les profèrent. Comme on dit, le loup attaque le troupeau par l’agneau parce qu’il le trouve plus à sa portée. Mais l’on sait aussi que lorsqu'un troupeau de moutons est bien uni, il n'osera jamais attaquer.Ceci, pour dire à mes camarades du parti et à mes concitoyens que la confiance et solidarité aident à réduire au néant les velléités politiciennes discourtoises, lesquelles ne font avancer en rien le pays, et n’ébranlent pas plus qu’il ne galvanise le Chef de l’Etat.
Macky Sall fonctionne au quotidien en tenant compte de l’intérêt supérieur de la Nation et de l’épanouissement de ses concitoyens
"La jeunesse est le sourire de l'avenir (…)" dixit Victor Hugo. Le président Macky Sall en est conscient. En Homme de vision, il s’est toujours évertué à ne poser que des actes qui vont dans le sens de l’intérêt supérieur de la Nation et de l’épanouissement de ses concitoyens. Parfois l’honnêteté intellectuelle devrait nous contraindre – et à juste titre - à poser de côté les considérations politiques, et reconnaître l’œuvre visible de tous et à tous les niveaux du Président Macky Sall. Il ne s’agira là que d’une honnêteté vis à vis de soi-même et de la remise sur orbite - et en bonne place – de la solidarité concitoyenne et de l’unité nationale. Il y a un temps pour polémiquer et un temps pour travailler. Parler, s’arroger de méchancetés n’a jamais fait avancer qui que ce soit. D’autant plus que, la discipline et l’attitude exemplaire de Macky Sall (connues de tous) devraient moralement nous contraindre à lui devoir respect, au delà même de l’institution qu’il incarne et symbolise. Ce digne Guide de la Nation n’a jamais eu de propos discourtois envers qui que ce soit. Il voue un respect admirable et équitable à toutes les familles confrériques et religieuses du pays, toutes les ethnies, toutes les régions, tous les genres, et de surcroit installe le pays sur les rails de l’émergence. Que demander de plus lorsqu’on a le messie rêvé ?
L’opinion ne peut ignorer les avancées significatives accordées (de droit) à la jeunesse et aux femmes par le Président Macky SALL et devraient unanimement s’en réjouir. Pendant longtemps le pays a été entre les mains d’hommes politiques qui s’accaparaient de tous les postes (avec des cumuls de fonctions) sans jamais penser à la jeunesse, de mieux en mieux formée, qui a faim d’agir et de servir, et qui était toujours laissée en rade. Le Président Macky SALL change tout cela. Il responsabilise de plus en plus les jeunes et donne à la femme sénégalaise la place méritée. Les exemples sont nombreux et à tous les niveaux (Aminta Touré à la primature, Aminata Tall au CESE, Awa Ndiaye à la CDP…). Comment réussir la transition générationnelle, avoir des futurs grands dirigeants dignement représentatifs des différentes couches de la population si on n’offre pas à qui de droit l’opportunité de servir ? Comment promouvoir une jeunesse compétente à la chose publique si on ne lui donne pas l’opportunité de se familiariser avec l’appareil d’Etat ?
La meilleure manière de parachever et maintenir le Sénégal dans la dynamique d’émergence est de responsabiliser sa jeunesse et lui permettre d’engranger le maximum d’expériences pour mieux servir aujourd’hui et mieux encadrer demain. Même l'exclusion et la marginalisation des jeunes en difficulté est aujourd’hui un crime, à plus forte raison celle des jeunes qui ont de la compétence à faire valoir et qui ne demandent qu’à servir. Alors, il m’est difficile de comprendre les attitudes de certains de mes concitoyens qui émettent des critiques sans argument fondé à l’endroit de certains nouveaux ministres dont les compétences ne sont plus à l’ordre du jour.
Alors pour finir, je me tourne vers ma camarade et sœur, illustre Ministre de la République Néné Fatoumata Tall pour te dire « restes toi-même, modèle d’une jeunesse compétente et capable, ne répondre à aucune polémique, utilises ce temps à faire avancer le pays et à mériter la confiance du Chef de l’Etat ».
Je termine toujours par cette phrase de mon défunt père (Que Dieu lui accorde ses faveurs et le place aux côtés du Prophète PSL et de Serigne Touba Cheikhoul Khadim): “Rien n’est plus gratifiant pour un homme que de servir sa communauté, son pays”. Que Dieu bénisse ce Sénégal.
Cheikh Mbacké Sene est Consultant en Communication et Intelligence économique, président du Forum Economique Generescence de Dakar, Cadre républicain (APR)
DE LA DÉPÉNALISATION DE L'AVORTEMENT
Chercheuse au prestigieux Centre national de recherche scientifique, Marième N'Diaye s'est confiée au Point Afrique sur le sort fait à l'avortement au Sénégal
Le Point Afrique |
Marlène Panara |
Publication 12/04/2019
Petits cadavres de bébés retrouvés dans des sacs plastique, sur des parkings ou des terrains vagues… Régulièrement, la presse sénégalaise se fait l'écho de ces macabres découvertes devenues au fil des années un fléau d'envergure dans le pays. D'après l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), les procès des mères incriminées représentaient même 25 % des affaires jugées dans les tribunaux d'assises en 2012. Pour le moment, à ce crime, la prison reste la seule réponse apportée par la société.
La dépénalisation de l'avortement pourrait-elle en être une autre ? La question est posée, car le Sénégal compte parmi les pays les plus restrictifs au monde en matière d'avortement : l'interruption volontaire de grossesse (IVG) y est purement et simplement interdite. Sans conditions. Une grossesse non désirée issue d'un viol ou d'un inceste ne fait pas exception à la règle. Et pourtant, plusieurs acteurs de la société civile se battent pour que le pays légalise l'avortement médicalisé, dans les conditions stipulées par le protocole de Maputo.
Qui sont-ils ? Une libéralisation de la loi est-elle envisageable ? Marième N'Diaye, chercheuse au CNRS, a répondu au Point Afrique.
Le Point Afrique : Quelle est la législation actuellement en cours au Sénégal ?
Marième N'Diaye : L'avortement est interdit par le Code pénal. L'article 305 punit en effet les femmes y ayant eu recours d'une peine pouvant aller de six mois à deux ans de prison et d'une amende comprise entre 20 000 et 100 000 F CFA. Les personnes qui ont procuré ou tenté de provoquer un avortement à une femme enceinte sont condamnées plus sévèrement encore : les peines vont de un à cinq ans de prison. Quant aux médecins et personnels de santé, ils risquent au minimum cinq ans de suspension, voire l'interdiction d'exercer. En revanche, l'article 35 du code de déontologie médicale autorise tout de même ce que l'on appelle « l'avortement thérapeutique », pour sauver la vie de la mère. Mais la procédure est lourde : l'accord de trois médecins est nécessaire, et le protocole de décision doit être adressé sous pli recommandé au président de l'ordre des médecins pour déclencher la procédure. Il faut également savoir que les médecins ont une clause de conscience. Ils peuvent donc tout à fait refuser de pratiquer une IVG, mais doivent adresser la patiente à un confrère qualifié.
Comment l'avortement est-il perçu par la société sénégalaise ? Existe-t-il un mouvement qui milite pour l'assouplissement de ces règles ?
Il y a effectivement des militants qui, pour défendre leur cause, s'appuient sur la signature du protocole de Maputo. Ce texte prévoit, entre autres, la légalisation de l'avortement dans certaines circonstances. L'article 14C l'autorise uniquement « en cas d'agression sexuelle, de viol, d'inceste, et lorsque la grossesse met en danger la santé morale et physique de la mère, ou la vie de la mère et du fœtus ». Ce protocole additionnel à la charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatifs aux droits des femmes en Afrique a été ratifié par le Sénégal. Mais les autorités n'ont toujours pas harmonisé les lois du pays, et l'avortement médicalisé n'est donc toujours pas autorisé. Ses défenseurs militent pour cette harmonisation.
Quelle est la position des autorités sénégalaises sur le sujet ?
Ce qu'il est intéressant de souligner, c'est que les gouvernants se sont saisis de la question. La contradiction entre les textes ratifiés et la réalité a poussé le ministère de la Santé à commanditer des études sur la situation dans le pays. Leurs résultats ont permis de tirer la sonnette d'alarme, et de fournir des chiffres. Cela a conduit l'État à créer une « Task Force pour l'avortement médicalisé ». Le but : réunir un comité consultatif pour réfléchir à des propositions destinées à libéraliser la loi. Ce comité a été très investi par les associations de femmes, et notamment par celle des juristes sénégalaises (AJS), l'association des femmes médecins (AFEMS) et le réseau Siggil Jigeen. Le milieu associatif est donc un acteur majeur de la lutte pour la légalisation de l'avortement, même si, à la base, l'initiative a été impulsée par le gouvernement. Le personnel médical, lui, est plutôt en retrait. La Task Force organise des rencontres, des sensibilisations destinées notamment au personnel de santé. Mais ils ne sont pas en avant de la mobilisation.
Si l'État est à l'initiative d'un assouplissement de la loi, pourquoi la dépénalisation de l'avortement n'est-elle toujours pas actée ? Qu'est-ce qui bloque ?
L'État a créé la Task Force pour temporiser, pour dire à la société « on travaille sur une solution consensuelle ». Ce qui bloque aujourd'hui, c'est la réaction que pourraient avoir les associations et groupes religieux. Et qui est très craint par le gouvernement. Créée officiellement en 2010, le comité n'a vraiment été actif qu'à partir de 2013. À l'époque, la majorité présidentielle se montrait favorable à une libéralisation de la loi sur le principe. Mais selon plusieurs militantes, Macky Sall a estimé que ce type de réforme difficile serait plus facilement abordable lors d'un deuxième mandat. Puisqu'il n'y aura plus de perspective de réélection pour lui.
Entre 2012 et 2017, toutes les conditions d'un vote semblaient pourtant réunies : le chef de la majorité parlementaire, Moustapha Diakhaté, avait affirmé à plusieurs reprises être favorable à une réforme. Et les postes de ministres de la Justice et de la Santé étaient respectivement occupés par Sidiki Kaba, ancien président de la Fédération internationale de la ligue des droits de l'homme (FIDH), et Awa Coll Seck, membre de l'association des femmes médecins… Mais l'horloge électorale n'a pas permis au débat de se faire une place.
Quelle pourrait être la réaction des religieux ?
L'église catholique, minoritaire, est très hostile. Selon le dogme, dès qu'il y a fécondation, il y a vie et donc un avortement est inenvisageable. Selon les écoles juridiques de l'islam sunnite, il peut y avoir plus de marge de manœuvre. Mais le rite malékite, qui prévaut au Sénégal, a une position assez restrictive et condamne sévèrement l'avortement. Plusieurs groupes religieux ont clairement fait savoir leur hostilité. En janvier 2017 par exemple, la ligue des oulémas du Sénégal a émis une fatwa – reprise en boucle dans la presse – qui menaçait les députés qui légaliseraient la pratique.
Quelle est la position de la société civile sur l'avortement ? Comment est-il perçu par les jeunes ?
L'avortement est encore tabou, et les femmes ayant eu recours à cette pratique restent stigmatisées. Le poids de la religion est fort. Mais la question est débattue, les positions commencent à bouger. Les associations de femmes ont donné un coup d'accélérateur au débat, en mettant en avant dans leurs campagnes le lien entre la hausse des violences sexuelles et la problématique de l'avortement. Plusieurs rapports de l'ONU et de l'AJS notamment ont souligné le paradoxe qui existait entre d'un côté une forte dénonciation des agressions sexuelles, et de l'autre l'interdiction pour ces femmes d'avorter de leur violeur. Elles ont donc une double peine. Cette situation parle aux gens, et permet de montrer que ces femmes ne sont pas des criminelles mais des victimes. Car ce n'est pas l'avortement pour toutes qui est demandé, c'est l'avortement dans des circonstances particulières, prévues par le protocole de Maputo.
Même dans le milieu judiciaire, la donne change. Bien que le milieu judiciaire soit réputé conservateur, certains juges ont souligné, notamment par voie de presse, la problématique de l'infanticide – récurrente et devenue presque banale au Sénégal –, qui pose la question de l'avortement. Les magistrats appellent donc à se questionner sur les raisons de ces infanticides, et sur la réponse de la justice. Est-ce que les incarcérations sont adaptées à ce phénomène ? N'aurait-on pas moins d'infanticides si on autorisait les femmes à avorter en certaines circonstances ? Aujourd'hui le débat est ouvert.
La contraception peut-elle aussi faire partie de la solution ?
L'accès à la contraception au Sénégal est encore problématique. La loi sur la santé de la reproduction (2005) vise à la rendre accessible à tous, sans discrimination d'âge ou de sexe. Mais dans les faits, son utilisation reste faible bien qu'en forte progression : en 1997, seulement 8 % des femmes mariées pratiquaient la contraception, contre 23 % en 2016. Mais il y a encore une différence notable entre le texte, qui a priori encourage la prise de contraceptifs, et la pratique, où persistent encore les difficultés d'accès, de la méconnaissance et une différence de traitement selon le statut des femmes.
58% DES FEMMES DANS LE MONDE UTILISENT DES CONTRACEPTIONS MODERNES
Le rapport sur l’état de la population mondiale montre que beaucoup d’efforts ont été faits dans le domaine de la santé de la reproduction. 58% des femmes utilisent aujourd’hui des méthodes modernes de contraception contre 24% en 1969.
Le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) a publié, le Jeudi dernier, le rapport sur l’état de la population mondiale. Le document indique que beaucoup de progrès ont été accomplis depuis 1969. Par exemple, le nombre moyen de naissances par femme était de 4,8 contre 2,9 en 1994. « Aujourd’hui, il est de 2,5 », peuton lire dans un communiqué. Le rapport souligne que « le taux de fécondité dans les pays les moins avancés a chuté de 6,8 en 1969 à 5,6 en 1994 et à 3,9 en 2019. Le nombre de décès maternels liés à la grossesse est passé de 369 pour 100 000 naissances vivantes en 1994 à 216 en 2015 ».
Le document révèle que 24 % des femmes utilisaient des méthodes modernes de contraception en 1969, contre 52 % en 1994 et 58 % en 2019. Toutefois, il fait savoir que de nombreuses femmes sont encore privées de leurs droits reproductifs. « Elles sont environ plus de 200 millions de femmes qui voudraient éviter une grossesse mais n’ont pas accès aux informations et services relatifs à la contraception moderne », souligne l’Unfpa grâce aux plaidoyers des Organisations de la société civile, le nombre de grossesses non désirées et de décès maternels a chuté. Mais, le document informe que dans les pays en situation d’urgence, 500 femmes et filles meurent chaque jour en donnant la vie.
Le rapport sur l’état de la population mondiale passe aussi en revue les progrès accomplis en matière de santé reproductive. Le communiqué rappelle que l’Unfpa a démarré, en 1969, ses activités en tant que premier organisme des Nations unies chargé de la croissance démographique et des besoins de santé reproductive.
Selon la directrice exécutive de l’Unfpa, Dr Natalia Kanem, le fait est que de nombreuses femmes sont encore privées du pouvoir de prendre des décisions relatives à leur corps, notamment de choisir si et quand elles souhaitent concevoir un enfant. Elle ajoute que « le fait de ne pas disposer de cette capacité qui influe sur de nombreux autres aspects de la vie, allant de l’éducation à la rémunération en passant par la sécurité, empêche les femmes de définir elles-mêmes leur avenir ». Mme Kanem rappelle que c’est la première fois que le rapport dispose des données sur la capacité des femmes à prendre des décisions dans trois domaines fondamentaux. Il s’agit des relations sexuelles avec leur partenaire, de l’utilisation de la contraception et de la santé. « Dans les 51 pays où de telles informations sont disponibles, seules 57 % des femmes mariées ou en couple sont capables de faire leurs propres choix dans chacun de ces trois domaines », commente-t-elle.
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