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5 avril 2025
Femmes
ÉTAT DES LIEUX DU #METOO AFRICAIN
Si le mouvement de libération de la parole reste faible sur la Toile, le travail de sensibilisation aux abus sexuels sur les femmes est bien en marche en Afrique
Le Point Afrique |
Eva Sauphie |
Publication 03/04/2019
« Doyna » (ça suffit en wolof) « Fini les chuuuut », « J'ai décidé de vivre », « Say no », autant de campagnes digitales créées en réaction aux violences et abus sexuels faits aux femmes qui résonnent du Sénégal au Bénin, de la Côte d'Ivoire au Cameroun. Dernièrement, c'est le hashtag #MêmePasPeur qui a fait du bruit lors de la 26e édition du Fespaco, le festival du cinéma panafricain de Ouagadougou (Burkina Faso). C'est dans le cadre d'une conférence sur la place des femmes dans l'industrie du cinéma africain et de la diaspora organisée au Marché africain du cinéma et de la télévision (Mica) que les langues se sont peu à peu déliées.
Des témoignages poignants...
Il y a d'abord eu le témoignage bouleversant de Nadège Beausson-Diagne. Après dix-huit ans de silence, l'actrice franco-ivoirienne a révélé avoir été harcelée sexuellement et menacée de viol sur deux tournages différents. Puis c'est Azata Soro, la deuxième assistante du réalisateur burkinabè Tahirou Tasséré Ouédraogo, qui s'est exprimée en avouant les violences qu'elle a subies par ce dernier sur le plateau de la série Le Trône. Aujourd'hui défigurée, elle reste le visage des violences faites aux femmes qui sévissent en toute impunité dans l'industrie du cinéma africain. Si son agresseur a été jugé et condamné, il aura fallu attendre une table ronde en présence des médias pour que la profession agisse et que le cinéaste se voit radié de la compétition à la suite de l'appel au boycott impulsé par les organisatrices. Cette prise de parole publique est historique en Afrique, et a fait couler de l'encre dans la presse européenne et africaine. Pourtant, l'opération n'aura pas eu le même impact que ses pendants occidentaux sur les réseaux sociaux.
... dans un contexte international de défiance par rapport aux abus
Le mouvement #MeToo a éclaté en octobre 2017 aux États-Unis avec l'affaire Weinstein et a pris une ampleur mondiale. Il a rapidement été suivi par sa version francophone, #BalanceTonPorc, dénonçant le harcèlement et les abus sexuels dont sont victimes les femmes dans le milieu professionnel. De son côté, l'Afrique a toujours été discrète sur la question. Pourtant, selon une enquête des Nations unies, une femme africaine sur trois serait victime d'une agression sexuelle au cours de sa vie. Les révélations au Burkina et la création de #MêmePasPeur auraient pu déclencher le mouvement viral de libération de la parole tant espéré. Or aucun témoignage digital n'est venu renforcer l'élan de solidarité féminine amorcé en février dernier sur le terrain. « Les femmes africaines n'ont pas pris l'habitude de communiquer avec des hashtags, mais il n'y a pas un jour sans qu'elles témoignent dans des groupes physiques ou digitaux privés », tient à souligner Minou Chrys-Tayle, web-activiste camerounaise de 26 ans, qui reçoit des quantités de messages « inbox » via Twitter et Facebook depuis le lancement de sa campagne J'ai décidé de vivre.
Comment cela s'explique-t-il ?
Pour Pascale Obolo, productrice et réalisatrice membre du collectif des cinéastes non alignées – à l'origine de la table ronde de Ouaga –, les raisons sont aussi symboliques. « L'industrie du cinéma est telle sur le continent qu'il n'existe aucune star africaine femme qui jouisse d'une exposition mondiale suffisante pour porter le mouvement », estime-t-elle. Or Minou Chrys-Tayle considère que les femmes ont besoin de mettre un visage sur la lutte. C'est pourquoi cette représentante de la nouvelle génération de féministes en Afrique, elle-même victime de violences par son compagnon au Bénin, a décidé de stariser le combat à travers son opération digitale aux allures de couverture de magazine féminin. Pour incarner la justice, qu'elle juge aveugle dans les sociétés africaines, celle qui se définit comme une survivante a choisi de photographier l'avocate Alice Nkom, lauréate du prix Amnesty des droits de l'homme en 2013, aux côtés de femmes « fortes ». Minou Chrys-Tayle espère d'abord laisser une trace du mouvement pour les générations en place et à venir. Elle s'apprête à lancer une plateforme de recueil de témoignages et d'informations réservés aux femmes africaines victimes de violences courant mai 2019.
Quid des structures de lutte en place ?
Si les structures ne manquent pas, leur visibilité est faible. « Les associations travaillent dans l'ombre et ne fédèrent qu'une petite poignée de militantes, constate Laetitia Tonyè Loè, réalisatrice du documentaire Les Prisonnières du silence, sorti cette année pendant la Journée internationale des droits de la femme. Or, sans exposition, il ne peut pas y avoir d'éveil collectif », reconnaît la féministe camerounaise. Cette dernière a également créé la campagne de libération de la parole « Fini les chuuuut » sur Twitter. Celle-ci a eu la chance de bénéficier du soutien de l'Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF) au Cameroun. Cofondée par Aissa Doumara Ngatansou, récemment auréolée du prix Simone Veil pour son action par le président français Emmanuel Macron, cette organisation plaide auprès des décideurs pour mettre fin aux mariages forcés et précoces et à toutes sortes de violences faites aux femmes. Parce que, selon les militantes, la lutte doit d'abord passer par les foyers et une série de réformes des textes juridiques relatifs à la famille. La seule manière de faire bouger les lignes et les mentalités. « Les lois au Cameroun condamnent les viols, mais la société continue à juger les victimes. C'est donc encore très difficile pour elles de parler », concède Laetitia Tonyè Loè, pour qui il a été extrêmement difficile de réunir des témoignages en raison de la pression familiale. Le pays investit dans le ministère de la Promotion des femmes et de la famille, « mais aucun ministère du droit des femmes n'existe", s'indigne Minou Chrys-Tayle. "On fait tout pour éviter les divorces, même si demeurent au sein de la famille des violences et viols conjugaux ! » accuse-t-elle. Le regard de la société est tel que les populations sont les premières victimes de la désinformation. La Journée internationale des droits de la femme qui se tient le 8 mars a des allures de grande parade festive, comme dans la plupart des pays de l'Afrique de l'Ouest. « On confond cette journée militante et d'accès à la connaissance de nos droits avec la fête des Mères, s'indigne Minou Chrys-Talye. On organise des soulevés de kabas, ça frôle l'indécence », renchérit Laetitia Tonyè Loè.
La sensibilisation, une question-clé
Selon un sondage réalisé par Doyna, un mouvement citoyen sénégalais lancé sur sa page Twitter (plus de 2 000 followers) pendant la campagne internationale "16 jours d'activisme contre les violences sexistes », 50 % des femmes seraient favorables au travail de sensibilisation, contre 18 % seulement à la prise de parole. Une tendance qui révèle l'urgence de mener un travail d'encadrement et d'éducation auprès des victimes. Les besoins sont bien réels, mais les réalités ne sont pas les mêmes qu'en Occident. Raison pour laquelle Laetitia Tonyè Loè a choisi de ne pas diffuser son film à la télévision, mais de privilégier des projections-débats pour favoriser l'échange avec le public et « créer une vraie expérience », pour que les femmes repartent en connaissant leurs droits. Des ateliers voient le jour en Afrique, mais finissent par disparaître faute de financements et de soutien. « Il faut centraliser les problématiques liées aux violences contre les femmes et trouver des fonds via des institutions locales ou internationales », assure Pascale Obolo, qui espère mettre en place, via son collectif de cinéastes, des safe spaces dans plusieurs villes africaines qui fonctionneront de manière autonome. Outre le partage d'expériences, ces ateliers auront pour ambition d'encadrer et de former juridiquement les femmes travaillant dans le milieu du cinéma.
« En France, la plupart des actrices ont des agents qui connaissent les textes de loi sur les violences sexuelles et sexistes. En Afrique, les femmes n'ont ni argent ni agent et ne savent même pas qu'elles peuvent porter plainte. » Mais, qu'il s'agisse du milieu professionnel ou privé, la bataille contre les violences faites aux femmes a un coût. « Il faut un soutien étatique pour en finir avec ce problème de santé publique en Afrique, parce qu'il s'agit bien de sauver des vies », conclut Minou Chrys-Tayle.
LA CHRONIQUE HEBDO D'ELGAS
SIBETH NDIAYE & DANIELE OBONO, FAUSSES JUMELLES DE LA POST-COLONIE
EXCLUSIF SENEPLUS - Victimes, avant de faire leurs preuves, d’un préjugé tenace, c’est une part de rêve, qu’on leur ôte - À ce jeu, il peut être tentant de ne voir en elles que les illustrations d’une France incurablement raciste - INVENTAIRE DES IDOLES
Les entrées à l’Elysée de nouveaux présidents offrent toujours des moments précieux. Dans la période récente, on se souvient bien sûr de la famille recomposée de Nicolas Sarkozy, montant les marches comme à Cannes en mai 2007. Le blond impérial des enfants Jean et Pierre Sarkozy, la joie candide du petit dernier Louis, le chic silencieux et glacial de Cécilia. Le vernis étincelant d’une famille unie à l’assaut du pouvoir couvait déjà, pourtant, les blessures conjugales de l’ancien maire de Neuilly. Mais rien ne transparut. Le moment avait sa grâce inaltérable. Hollande, théoricien de la normalité au sommet de l’Etat, en fut aussi bon praticien. On ne retient presque rien de sa passation, sinon l’inélégance de ne pas avoir raccompagné Sarkozy à sa voiture en 2012, dans une animosité sans filtre qu’affichait le nouveau locataire. Le protocole perdit en tact, ne gagnant rien en retour, sinon la prestance de Valérie Trierweiler, appelée déjà, sur ce perron élyséen, à jouer des premiers rôles circonscrits dans le flou d’un statut matrimonial. Comme scène de ce théâtre quinquennal, pourtant éphémère, le perron du palais avait l’allure plus fraîche en 2017, comme énergisé d’un engouement nouveau. Brigitte et Emmanuel Macron en étaient presque les acteurs secondaires. Dans les premiers rôles, il y avait la bande de trentenaires, spin doctors de classe, génies des coulisses, cracks complices, qui ont porté, dans un dégagisme savant, Macron au pouvoir. Dans une mise en scène millimétrée, la garde rapprochée est entrée à l’Elysée ensemble, boys & girl band insouciants, semblant sous le crépitement des flashs, dans un de ces moments bénis, à l’irradiation contagieuse. Sibeth Ndiaye était dans le lot, seule femme, la mine hésitante, mais parfaitement colorée. Eblouissante et souriante, elle aimantait la caméra. Attestation supplémentaire d’un temps nouveau où l’image vaut plus que le discours, la jeune proche, chargée des relations avec la presse, accrochait un nouveau trophée à son palmarès.
Ombre & lumière du pouvoir
Des jours plus tôt, un documentaire de Yann l’Hénoret dans la fabrique de la victoire, donnait déjà à voir le rôle de Sibeth dans ce club du pouvoir : premier cercle du président, muse et garde-fou incontournable, au besoin grondée pour quelques ratés, elle restait tout de même symbole de cette pratique nouvelle, teintée de jeunisme, vierge d’expérience, mais bourrée de volontarisme et de lexique entrepreneurial. Entre Sibeth et Emmanuel, c’est la rencontre entre le coup de foudre et le coup de ruse, le symbole et l’opportunité, l’intérêt et la sincérité. En un mot : l’alliage nécessaire dans le temps de la communication politique. Sa promotion à l’heure où l’équipe s’effrite est comme la sanction légitime d’une dévotion de la première heure. Symbole pour symbole, c’est la filiation des nominations dont le coup « diversitaire » tend à voiler la sanction légitime du mérite.
De ce pouvoir fringant, de golden boys et de golden girls, à l’assemblée nationale, en passant par les milieux d’activismes décoloniaux, les conseils de surveillance de la sorbonne, il y a bien un monde. Danièle Obono se tient à l’autre bout. L’oratrice nationale de la France insoumise ne s’est pas construite dans la naphtaline du pouvoir. Rudoyée, suspectée, attaquée, sans être que victime, elle a une pratique de l’opposition avec des pointes radicales qui ont à voir avec un parcours et des convictions. Des deux côtés du pouvoir, la lumière éclaire différemment deux femmes noires, sensiblement le même âge, aux portes de la quarantaine, fausses soeurs des contentieux postcoloniaux, dont elles deviennent, tour à tour, les égéries, les héroïnes, les victimes, les faire-valoir, voire les imposteurs. Seule demeure systématique contre elles, la constante mise à l’index des femmes (pas que noires) en politique, sur qui pèse le soupçon d’une usurpation qui procède par tous les poncifs racistes et sexistes. Victimes, avant de faire leurs preuves, d’un préjugé tenace, c’est une part d’insouciance, de rêve, qu’on leur ôte. Elles sont attendues. On projette sur elles bien des fantasmes. On leur prête plus qu’elles n’ont. A ce jeu, il peut être tentant de ne voir en elles que les illustrations d’une France incurablement raciste. C’est du reste l’une des analyses les plus promues comme explication du malaise. Il y a bien du vrai, l’hystérie contre elles porte les germes de l’hostilité d’une France qui a mal à sa diversité, et qui peine à inclure dans son corps républicain celles qui font du reste le choix de l’intégrer au prix de certains sacrifices. Toutefois, s’arrêter au racisme, c’est manquer de voir une complexité du sujet, l’existence d’une double assignation : celle que les minorités peuvent entretenir et celle qu’on leur assigne. C’est un impensé ou alors un négligé dans l’analyse : l’affirmation identitaire est double, possiblement antagoniste, surtout quand elle aspire à un même espace national.
Privilège de classe ou d’ethnie ?
De Danièle Obono, on sait plus ou moins vaguement qu’elle est fille d’ancien homme politique gabonais. Que les hoquets démocratiques de ce petit pays dans les années 80 ont contraint beaucoup d’intellectuels, dont son père, porteurs de rêves de pluralité et d’ambition politique, à s’exiler comme ce fut le tarif dans beaucoup de pays africains. La France est, dans la majorité des cas, le pays du salut. Les intellectuels francophones y vont ou y retournent, dans un amour acide et ombilical. Quand la petite Danièle arrive dans le sud de la France, elle entre à peine dans l’adolescence. De la bourgeoisie gabonaise qui fut son berceau, elle garde les apparences et les minima, mais baigne dans un début d’anonymat. Les privilèges ne voyagent pas hélas ou alors avec bien des plafonds, les frontières les filtrent surtout dans le sens Sud-Nord. A trop psychologiser, on pourrait attribuer à cette frustration originelle, l’entaille visible de cette écorchée politique qui s’engluera dans des études interminables de sciences sociales à la Sorbonne dont une thèse (non soutenue) est le marqueur. Sursis de ceux que le système capitaliste nargue, et formation intellectuelle solide, la thèse est souvent le compromis auquel consent l’ambition des étudiants étrangers, là où macère un mélange de frustrations diverses, mais aussi amorce d’une arrogance du savoir et du prêche intellectuel combatif.
Parfait contre-exemple de ce parcours, Sibeth Ndiaye en garde pourtant des traces semblables. Fille de hauts dignitaires de l’Etat sénégalais, respectivement acteur précurseur du multipartisme sénégalais pour son père dans les année 80 et première femme présidente du conseil constitutionnel pour sa mère, elle a eu une voie quasi-tracée. Comme toute la caste des dirigeants africains, les enfants vont à l’étranger, en France en particulier, se former, avec la promesse de revenir « faire » le pays. Pour un retour au pays, statistiquement, il y en a dix qui restent en France, pour diverses raisons tout aussi subjectives que générales, avec les conditions de tranquillité économique et de paix sociale, parmi les raisons les plus fréquentes. Sibeth, arrivée quant à elle à la fin de l’adolescence à Paris, est restée. Pas besoin de thèse, le master, visa pour le statut standard de cadre, lui suffira pour se frayer un chemin qui la conduira dans les coulisses du parti socialiste, dont elle connaîtra les cases jeunes, avant de trouver chez Claude Bartolone et Arnaud Montebourg des protecteurs avec plus d’étoffe, avant d’entamer son idylle avec Macron.
Les pères de l’extraversion
Résumons à mi-parcours : Du Sénégal au Gabon, les patriarches des deux femmes, des hautes sphères nationales, qu’ils soient dans le pouvoir ou dans la chasse de celui-ci, ont fait le choix presque naturel d’expédier leurs enfants en France. Il y a possiblement à redire de cela sur la notion de responsabilité nationale et politique. Mais comment s’y prendre sans le faire dans un procès qui peut vite revêtir des accents staliniens ? Peut-être juste constater que l’Afrique reste une terre de matière première inachevée, une terre victime et complice d’une triple extraversion : de son économie, de sa culture, et de ses talents, ou plus précisément de ses fils. Même ceux qui avaient le bagage pour résister à la corruption alimentaire endémique dans le continent, ont dû le quitter dans une fuite formalisée devenue la tradition de l’élite noire.
Les études démographiques peinent à mettre un mot, un nom, sur cette réalité, achoppant sur des querelles de chiffres bien anecdotiques, manquant de voir que l’immigration est d’abord l’affaire de l’élite africaine. A ce compte, opposer François Héran et Stephen Smith, c’est se complaire dans des querelles de postures car l’immigration africaine en France reste, bon an mal an, l’affaire des classes supérieures africaines, en long ou en court séjour. La masse intermédiaire espérant quant à elle, des périples clandestins - qui eux-mêmes exigent un seuil de prospérité ou si la formule pose un problème, des fonds accumulés. Nuances de classes et de castes que l’on retrouve dans l’hétérogénéité de la diaspora africaine, non réductible à un statut social ou ethnique commun. Sibeth a fait le parcours de tous les bac + 5. Bonnes écoles, stages, embauches. C’est l’aller simple pour un ascenseur social qui fonctionne parce qu’on reste dans les hautes sphères. La suite, c’est changer de statut à la préfecture, être naturalisé français : garder le passeport français pour une gratitude affective et des facilités administratives incomparables, mais réserver au pays du cœur les préférences ou les nostalgies de l’identité. Sibeth, à ce jeu, française en 2016, trouble les lignes, elle est insaisissable, même si elle semble avoir embrasser davantage la France.
En discutant moi-même lors d’un débat à Sciences Po avec Danièle Obono en février 2018, en hommage à Cheikh Anta Diop, scientifique et égyptologue sénégalais et panafricain, la députée a affirmé avoir demandé sa naturalisation, je la cite à un adjectif près, pour éviter les « démarches harassantes en préfecture ». Incroyable voire ahurissante, pour une députée de la république française, ce mot disait tout l’inconfort d’une situation postcoloniale, entre celle à qui la France « a tout donné » comme l’a dit Sibeth, et celle qui réclame à la France une dime coloniale toujours tardive à venir réparer le dégât de l’histoire. Cette ligne de fracture se retrouve même dans le choix des études, dans le pays de l’immigration, entre les privilégiés et les galériens, qui comme dans une évidence, entretiennent avec la France une relation schizophrénique.
Racisme et antiracisme : asymétrie et double assignation
Voilà, proprement, comment naît la double assignation : les indigènes revendiquent leurs origines comme part centrale de leur identité. Ils la posent comme la condition d’un vivre-ensemble aux contours renégociés. Ils s’habillent d’apparences, de discours, souvent de radicalité, de cette identité dans un combat politique dont l’antiracisme est souvent la voix de consécration pour anticiper les reproches et les annihiler. Danièle Obono a clairement fait sien ce discours, dont elle devient l’égérie, parfois jusqu’à la caricature, raccrochant au wagon de cette colère, les diatribes contre le libéralisme. La France Insoumise et son insoumission deviennent donc parfaitement le terrain de convergence de ce militantisme, clairement dans une défiance d’un ordre assimilé à la perpétuation coloniale. Celles et ceux, du reste, qui font l’autre choix, de s’inscrire dans une voix d’intégration, voire d’assimilation, peuvent subir les attaques de premières comme étant les agents dociles d’une domination à travers l’emploi d’un lexique dépréciatif et violent. Dans la renégociation du pacte post-colonial, on oublie une masse de silencieuse, au profit d’agitateurs divers, en survolant la diversité des profils de la migration, dont les statuts, les trajectoires, les histoires, les désirs, ne peuvent être captifs d’un discours d’activistes. Sibeth Ndiaye subira les attaques politiques comme Marlène Schiappa et beaucoup d’autres avant elles. On l’accablera parce que c’est le jeu. Idem pour Obono, à la différence près que le débat qui se pose avec elle va au-delà de la politique, il a fait son entrée dans l’université et l’érection progressive de murs qui restreignent l’échange. C’est plus globalement, le débat postcolonial et décolonial, dans sa vaste étendue, dont elle est sinon l’avatar politique, l’agent d’entretien.
Afrique, la variable d’ajustement ?
Et l’Afrique ? Elle sera à travers les deux figures, aux abonnés absents. On partagera par pays interposés la gloire de Sibeth et sa gloire seule, et on partagera dans le grand rejet de France, le combat d’Obono, assimilé au panafricanisme et à l’ivresse de la révolution permanente. Les deux femmes diront leur fierté d’être africaine comme toujours. Voilà bien ce qu’on en garde du continent, quelques restes, que l’on remet à l’occasion comme on met un pagne décoratif, pour remuer les origines et soigner la fuite d’un départ contraint, activement ou passivement. Mais le destin du continent est affaire trop sérieuse pour être sous-traitée dans le jeu d’une diaspora potentiellement aliénatrice. Au rejet raciste il faut ajouter, sans que cela ne soit à dose égale, la question d’une double assignation, secrétée par les victimes (attitrées) elles-mêmes. Ce qui naturellement ne doit pas affaiblir la lutte contre les discriminations et aussi, les impostures. Ce qui ne doit dissuader de juger, d’évaluer, en liberté, sans la morsure de l’accusation raciste, le vrai contenu du discours politique des deux idoles, sujettes comme d’autres aux boulettes, aux déficiences, que l’on peut percer à jour. L’identité ne doit être l’essence politique, mais l’acte et le propos. Le glissement des lignes est l’ouverture du confusionnisme qui anesthésie le débat dont il ne reste que les excommunications et les anathèmes. Dans les épisodes politiques récents, Danièle Obono et Sibeth Ndiaye ont servi une matière politique médiocre, parfaitement critiquable, parfois bien désolante, dans le standard, du reste, d’une politique nationale dans un avachissement général.
Elles sont par conséquent difficilement des martyrs postcoloniaux, seulement « attaquées » parce que femmes et noires. Céder à cette facilité de lecture c’est nourrir les rentiers de l’antiracisme moderne, à la recherche, de victimes comme on soudoie des vaches d’or. Elles sont même des privilégiées au sens plein du mot, et même le symbole d’une montée possible vers les lieux du pouvoir. L’aspect final de la double assignation tient dans le fait que les lectures en Afrique de la vie politique française sont biaisées par des regards déviés par des affects liés à l’histoire. Les succès artistiques, politiques, économiques, d’enfants originaires d’Afrique, sont vus comme « légitimement » africains. La frontière nationale disparaît. Une gloire que l’on rapatrie ensuite, dont on oublie presque le caractère de facto exclusivement français, au profit d’une ethnie qui devient le primat. Dans un mouvement identique de réduction à l’origine, l’extrême droite renvoie les immigrés à cette identité que certains d’entre eux revendiquent. De cette cacophonie naît le malaise car l’absence de récit, nouveau et fédérateur, inclusif et non partisan, crée des brèches dans une république bien fragile, car la chose publique est émiettée en factions multiples.
Fausses jumelles & vraies cousines de caste
Sibeth Ndiaye et Danièle Obono sont presque comme deux jumelles post-coloniales, qui disent la diversité d’abord au sein des minorités, des histoires familiales, des éclairages sur un pays, un continent. Deux jumelles aux ADN troublés, au capitaux différents voire contraires, mais il reste comme le goût acide d’une condition commune : celle de devoir trainer comme une remorque, des passifs anciens, des histoires bien trop grandes pour elles et dans lesquelles, elles sont des variables d’ajustements des postures classiques sur l’immigration : l’illusion angéliste et l’illusion de la fermeture. Si l’intersection reste un outil d’analyse recevable qui outrepasse du reste le seul cadre du féminisme, elle gagnerait à être employée aussi à l’intérieur des communautés pour s’apercevoir comment les clivages sont intérieures et que tout front de race ou de genre, est une négation des diversités primaires.
Des coulisses du pourvoir avec leurs fastes que Sibeth Ndiaye arpentera plus encore, maintenant promue porte-parole du gouvernement, aux salles de conférences des universités en passant par l’assemblée nationale où Danièle Obono a ses habitudes, c’est le récit des deux côtés du pouvoir, en lui seul, élégant pour faire mentir l’idée d’une convergence « ethnique » presque naturelle. En traversant la méditerranée, Obono a perdu sa bourgeoisie tout comme presque Sibeth Ndiaye. Privilégiées de naissance et déclassées ailleurs, privilégiées ici qui ne mesurent pas leur chance par rapport aux vraies assignées, noms du renoncement des pères en Afrique, et exportatrices, en conséquence ou en résignation, de l’énergie du combat en France. Fausses jumelles et vraies cousines de caste de la Post-colonie.
Les réformes de l’administration, l’encombrement urbain, la spéculation foncière, les constructions anarchiques, la jeunesse – Macky décline les grands axes de son quinquennat
Le chef de l'Etat a fait part lors de sa prestation de serment, de sa volonté d'oeuvrer pour un "Sénégal nouveau" au cours de son second mandat. Un quinquennat axé sur le déroulement de la phase 2 du PSE.
PAR NOTRE PHOTOGRAPHE DE SENEPLUS, BOUBACAR BADJI
MULTIPLE PHOTOS
LA BELLE PRESTATION DES DAMES
EXCLUSIF SENEPLUS - Venues de toutes les contrées, elles brillaient de mille couleurs, ajoutant une touche esthétique à la prestation de serment de Macky Sall - REPORTAGE PHOTOS
Elles étaient là. Ces belles dames majestueusement drapées dans des tenues taillées express pour une prestation de beauté. Venues de toutes les contrées, elles brillaient de toutes les couleurs, apportant ainsi une plus-value esthétique au centre des expositions de Diamniadio, lors de la prestation de serment du président Macky Sall, ce mardi. Dans le viseur de notre photographe Boubacar Badji, la belle prestation des grandes dames à Diamniadio.
Reportage Photos.
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ÉTAT DES LIEUX DE LA CULTURE AU SÉNÉGAL
EXCLUSIF SENEPLUS - Comment réhausser la politique culturelle ? Que faire pour donner vie aux centres culturels ? Quid de l'héritage de Senghor et des autres pionniers ? SPÉCIAL SANS DÉTOUR AVEC PENDA MBOW, LATIF COULIBALY, MBOUGAR ET ELGAS
La politique culturelle est toujours à l’image de celui qui préside aux destinées du pays. Pour le ministre Abdou Latif Coulibaly, la politique culturelle forte et suffisamment affirmée du Sénégal dans les années 60 est dûe au fait que Leopold Sedar Senghor en avait fait plus qu'un instrument de développement. "Le ministère de la Culture était le plus important", rappelle l'historienne Penda Mbow, par ailleurs fonctionnaire au ministère de la Culture sous le régime du premier président sénégalais. Malheureusement, notent les invités, les politiques d'ajustement structurel, ont contribué au démantèlement de plusieurs lieux de création, tels que l'université de Mutant.
Un autre diagnostic fait par les invités de Sans Détour concerne à la fois, la perception assez limitée que peut avoir une partie de la population de la culture, et une politique culturelle marquée par des fractures. A ce propos, Mohamed Mbougar Sarr relève deux Sénégal : celui des oasis culturels, principalement concentré dans les grandes villes et un autre Sénégal des déserts, marqué par une pauvreté infrastructurelle. Toute chose que l'Etat s'emploie à corriger, selon le ministre Abdou Latif Coulibaly qui relève qu'on ne saurait faire de la culture, un instrument de développement dans un océan de dénuement.
L'intégralité de l'émission Sans Détour, réalisée en partenariat avec l'école d'image numérique Sup'Imax, est à suivre en vidéo.
SIBETH NDIAYE, DE L'OMBRE À LA LUMIÈRE
La native de Dakar, nouvelle porte-parole, fait partie de la garde rapprochée de Macron depuis plusieurs années - Lors de la passation de pouvoir ce matin avec Benjamin Griveaux, l’ancienne madame communication du président est revenue sur son parcours
En France, trois nouveaux ministres se sont assis autour de la table à l’Elysée pour le conseil des ministres, dont Sibeth Ndiaye, nouvelle porte-parole du gouvernement. La native de Dakar, âgée de 39 ans, fait partie de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron depuis plusieurs années. Lors de la passation de pouvoir ce matin avec Benjamin Griveaux, l’ancienne « madame communication » d’Emmanuel Macron est revenu sur son parcours atypique.
Sibeth Ndiaye a évoqué son enfance en Seine-Saint-Denis, ce département de la région parisienne où, a-t-elle dit, « rien n’est simple mais où tout est possible ». Elle admet aussi avoir douté avant de passer de l’ombre à la lumière.
Mais elle s’est rappelé ce que lui disaient ses parents sénégalais. « C'est aussi au Sénégal le pays de ma naissance que j'ai puisé le courage de gravir cette marche en toute humilité. C'est dans mon enfance que j'ai été chercher ces paroles souvent prononcées par nos parents pour nous aider mes sœurs et moi à briser les plafonds de verre: là où tu es, tu es à ta place. »
Sa place a longtemps été celle de conseillère presse d’Emmanuel Macron. Un poste qu’elle occupe au ministère de l’Economie, puis pendant la campagne présidentielle et enfin à l’Elysée. Proche parmi les proches du président, elle connait Emmanuel Macron par cœur.
Avec son caractère bien trempé, avec son langage parfois cru, elle a depuis deux ans un rapport souvent conflictuel avec les journalistes. Elle a appliqué à la lettre le verrouillage de la communication présidentielle, assumant de mentir pour défendre son mentor.
Elle confiait il y a un an qu’elle ne ferait jamais de la politique en pleine lumière. Emmanuel Macron l’a visiblement convaincue du contraire.
OULIMATA DIOUM CITÉE DANS UNE AFFAIRE DE 13 MILLIARDS
(sénePlus.com, Dakar) Oulimata Dioum femme d'affaires accusée sur une affaire de 13 milliards: la révélation est faite par les Echos.
Le journal fait état d'abus de confiance et d'escroquerie autour d'un projet dans lequel la dame était impliquée.
SIBETH NDIAYE ENTRE AU GOUVERNEMENT
La native de Dakar, précédemment chargée de la presse à l'Élysée, est nommée ce dimanche, secrétaire d'Etat porte-parole du gouvernement d'Edouard Philippe
Sibeth Ndiaye siège désormais au gouvernement français. L'ancienne chargée de la presse à l'Elysée a été nommée par Emmanuel Macron, secrétaire d'État porte-parole du gouvernement, à la faveur d'un remaniement intervenu ce dimanche. C'est une consécration pour cette quadragénaire, née à Dakar. Elle avait notament crevé l'écran à travers ses interventions aux côtés du candidat d'En Marche, lors de la campagne présidentielle de 2016.
Mère de trois enfants, Sibeth Ndiaye est la fille de Fara Ndiaye, ancien numéro deux du PDS. Sa mère Mireille Ndiaye, décédée en 2015, est une haute magistrate qui a présidé la chambre pénale de la Cour de cassation du Sénégal puis a été présidente du Conseil constitutionnel de 2002 à 2010. Pour Sibeth Ndiaye citée par wikipedia, son enfance « s’est nourrie du récit de la lutte pour les indépendances à laquelle [ses] parents, étudiants venus des colonies, ont participé». Ses trois sœurs vivent en Afrique, l'une à Lomé (Togo), l’autre entre Lagos (Nigeria) et Abidjan (Côte d'Ivoire), l’aînée à Dakar.
LES FEMMES EN PREMIÈRE LIGNE POUR TRAQUER LA TUBERCULOSE
Le directeur de cabinet du ministre de la Santé et de l’Action sociale, Alioune Waly Diouf, a invité, jeudi, les femmes à contribuer significativement à la réponse à la tuberculose.
Dakar, 28 mars (APS) - Le directeur de cabinet du ministre de la Santé et de l’Action sociale, Alioune Waly Diouf, a invité, jeudi, les femmes à contribuer significativement à la réponse à la tuberculose.
’’Il nous faut davantage responsabiliser les femmes pour mettre fin à la tuberculose. Pour accélérer la riposte, je lance un appel aux femmes, pour participer et contribuer significativement à la réponse aux défis nationaux et internationaux’’, a-t-il déclaré.
Il intervenait lors d’une rencontre de mobilisation contre la tuberculose axée sur le thème : ’’Responsabiliser les femmes pour mettre fin à la tuberculose’’.
Le directeur de cabinet se dit convaincu qu’avec une meilleure orientation, les femmes pourront atteindre les groupes les plus vulnérables et participer ainsi, à l’atténuation de la stigmatisation et de la discrimination.
A travers leurs différentes organisations, a-t-il poursuivi, les femmes doivent utiliser leur leadership pour vulgariser le message sur la tuberculose.
Selon lui, ’’responsabiliser la femme, permettra de réduire la charge tuberculeuse dans la population à travers un meilleur suivi du traitement et une intensification de la recherche des cas’’.
Il exhorté ainsi toutes les femmes, des toutes les organisations, à ’’se joindre au ministère de la Santé et de l’Action sociale, pour contribuer à l’accélération nationale de la riposte contre la tuberculose’’.
Venue représenter la ministre de la Famille, Fadoum Sy a estimé qu’il ’’est donc, temps que les organisations des femmes leaders s’impliquent davantage dans la lutte contre ce fléau’’.
Cette lutte, a-t-elle ajouté, passera nécessairement par des activités de sensibilisation en vue de la prévention de la maladie.
Les grands défis auxquels il faut faire face résident, selon elle, dans le diagnostic et le traitement des malades.
Elle a par ailleurs appelé les femmes à œuvrer pour mettre fin à la stigmatisation des malades, en les accompagnant tout au long de ces épreuves.
Pour sa part, Dr Innocent Nzeyimana, chargé des opérations d’urgence sanitaire à l’OMS, a apprécié ’’les progrès accomplis par le Sénégal dans la lutte contre la tuberculose avec l’appui des partenaires techniques et financiers’’.
Ces progrès ont permis, selon lui, d’avoir un taux de succès thérapeutique de 89% pour la tuberculose pharmaco-sensible en 2017, et un taux de guérison au cours de la même année de 84% des patients présentant une tuberculose pharmaco résistante.
Il a toutefois noté que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour le tiers des patients tuberculeux non encore vus dans les structures sanitaires.
UN GARAGE AUTOMOBILE DE FEMMES QUI DÉMONTE LES PRÉJUGÉS
Depuis treize ans, la patronne de Femme Auto met les mécaniciennes à l’honneur dans son établissement installé en banlieue de Dakar
Le Monde Afrique |
Matteo Maillard |
Publication 28/03/2019
Chaque jour, c’est un balai millimétré. Rama fait signe à Yandé de reculer. Elle tourne le volant d’une main, l’autre sur le rétroviseur et, dans un créneau d’experte, passe entre une dizaine de véhicules enchevêtrés pour garer le pick-up dans la seule place libre du garage. Pendant ce temps, Fatou montre à la stagiaire Rokhaya le moteur fatigué d’une Toyota sous le regard bienveillant de Ndèye, la patronne. Au Sénégal, Femme Auto est le seul garage qui a fait de l’intégration des mécaniciennes sa priorité.
« Dès le départ, j’ai voulu un garage 100 % féminin pour montrer au monde entier que c’est un métier qui peut être exercé par une femme aussi bien qu’un homme », lance Ndèye Coumba Mboup. C’est en 2006, avec ses propres économies, qu’elle décide d’ouvrir son enseigne dans la banlieue de Dakar.Si elle n’a pas encore atteint son objectif 100 % féminin, c’est parce que les écoles de mécanique automobile sénégalaises « ne produisent pas encore suffisamment de femmes diplômées », explique-t-elle. Ndèye doit donc pour l’instant se résoudre à un garage mixte, où elle fait cependant régner une stricte parité hommes-femmes entre sa vingtaine d’employés. « Et les femmes y occupent les rôles de supervision en priorité », tient-elle à préciser. La patronne veut que son garage soit un havre de tolérance dans lequel les deux sexes apprennent à travailler dans le respect mutuel.
Havre de tolérance
C’est après treize ans dans le métier que Ndèye en a eu assez d’être salariée. Assez aussi du dédain de certains clients, comme cet homme d’affaires aisé qui a refusé qu’elle répare sa berline. « Ça m’a fait tellement mal, j’en ai pleuré longtemps », se souvient celle qui ne voulait pas qu’une autre fille vive le même affront. Alors, elle s’est lancée dans l’aventure.
Pionnière dans le pays, Ndèye a depuis inspiré d’autres jeunes mécaniciennes. Si dans sa promotion de 1993, elle était la seule femme, désormais, le métier ouvre de plus en plus facilement ses portes à la gente féminine.
Ndèye est arrivée là un peu par hasard, à cause de son père, comptable au chômage, qui ne voulait pas qu’elle fasse le même métier que lui. « Etant l’aînée, j’ai pourtant dû le seconder en trouvant rapidement un travail pour nourrir la famille. J’avais un BTS en technologie et la mécanique me semblait un bon choix. »Le job était dur. Elle se rappelle avoir eu envie d’abandonner, cassée physiquement par les moteurs qu’elle devait porter, les pièces qu’il fallait démonter et nettoyer plusieurs fois d’affilée. Elle aurait laissé tomber si son père ne l’avait pas soutenue.
Son assistante technique, Fatou Mbaye, 34 ans, exprime son admiration : « Si je n’avais pas vu Ndèye à la télé dire que les femmes doivent se battre, travailler pour subvenir à leurs besoins, j’aurais sans doute abandonné mes études de mécanique comme de nombreuses Sénégalaises. Elle m’a donné du courage. Elle répétait que tous les métiers étaient bons pour les femmes. Que l’essentiel était d’être digne. »
Fatou, elle, est venue au métier par son frère, électromécanicien. D’abord graisseuse chez Shell, elle a longtemps été la seule femme des garages où elle a exercé, avant de rejoindre celui-ci, comme les huit autres mécaniciennes de Femme Auto. « Etre avec des femmes peut être rassurant, confie-t-elle. Même si on se fâche parfois, l’atmosphère est bonne, on se respecte et on se soutient comme une famille. »
« Qualité du service »
Pour les mécaniciennes, Ndèye est une mère ou une « tata », comme l’appelle Rama Toulaye Ba, 27 ans dont huit dans le secteur. « J’ai choisi ce garage car c’est plus accueillant d’être entre femmes même si j’ai l’habitude de travailler avec des hommes. » Rama rêve depuis toute petite d’être militaire. Mais elle a échoué plusieurs fois au concours de la gendarmerie. Les mains dans la terre ou le cambouis, « peu importe, j’aime ce métier, mais je voudrais porter l’uniforme. » Si cette année, elle tentera à nouveau le concours, entre-temps, elle continue « à tout donner pour satisfaire les clients », qui se pressent devant le garage.
De nombreuses entreprises et ONG confient désormais les réparations de leur parc automobile à Femme Auto. « Lors de la campagne présidentielle de février, nous avons même eu à nous occuper de véhicules des candidats dont ceux des équipes du président Macky Sall, s’enorgueillit Ndèye. Ce qui intéresse la plupart des gens, ce n’est ni ton âge ni ton sexe, mais la qualité du service. C’est par l’effort que nous arriverons à faire évoluer la société », spécifie-t-elle avant de se remettre au travail.