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3 avril 2025
Opinions
Par Habib Demba FALL
ENTRE ETRE ET PARAITRE, LE COUT DES APPARENCES
J’ai souvenance de ce conseil d’un enseignant, boute-en-train devant l’Éternel, qui estimait qu’il fallait se garder de choisir sa future épouse un jour de fête. Et ça, il le disait sans rire !
J’ai souvenance de ce conseil d’un enseignant, boute-en-train devant l’Éternel, qui estimait qu’il fallait se garder de choisir sa future épouse un jour de fête. Et ça, il le disait sans rire ! Son argumentaire était simple : le jour de fête, la sueur ne dégouline pas du visage des demoiselles comme cela pourrait être le cas les jours ordinaires. Et là encore, c’est pour celles qui sont aguerries aux tâches domestiques. Notre enseignant suggérait aux jeunes prétendants une visite surprise chez leur petite amie, un jour ordinaire, à l’heure où les ménagères établissent leurs quartiers entre le lavoir et la cuisine, pour se faire une idée du profil de la future maîtresse de leur maison.
Ce n’était pas encore le temps du fast-food ou de la « cuisine » par commande électronique qui expose ses victuailles sur toutes les plateformes numériques. C’était encore le temps où les cordons bleus vantaient la saveur de leur main, pour reprendre une formule imagée en langue wolof. C’était le temps où la fille s’échinait à maîtriser l’art culinaire, le nettoyage des habits et l’entretien d’une maison, balai en main. Une manière de faire ses armes pour éviter de perdre le passage de grade une fois sous le toit conjugal. En cas de défaillance, c’était une lettre à remettre aux parents par le colis (humain) retourné à son expéditeur, la maman.
Ce scénario de la honte se disait dans les chaumières pour inviter les futures mariées à maîtriser les tâches domestiques, et je ne sais pas pourquoi ! C’était le temps où tout était presque vrai, tout était naturel, la gloire comme la honte. Tout se mesurait à l’aune d’une certaine authenticité et d’une capacité à surmonter les épreuves et à relativiser les succès tant la vie peut jouer des tours à cause de la précarité qui la caractérise. La réalité elle-même ne se soumettait pas au maquillage autant qu’aujourd’hui. La vérité sans fard peuplait les humbles demeures dans la solidité des liens de parenté et de voisinage, dans l’humilité des patriarches et le dévouement des continuateurs de leur œuvre. Il y avait quelque chose d’authentique en la bienveillance et en la colère de chacun. Et maintenant ? C’est simple : je passe le savon à la vérité et tout est faussement plus clair ; je prends la boule et la masse me visite.
Les fabriques de rondeurs pullulent et les peaux blanches s’affichent sous une âme noire. Le make-up, roi de la transformation physique spectaculaire, contamine maintenant les comportements ! Ces usines à cosmétiques sont tenues par des alchimistes qui rivalisent de coquetterie, si bruyamment. Cette « chirurgie » inesthétique et si atypique explose les audiences des live sur les réseaux sociaux. Ne feignons pas l’ignorance ! Un évènement social en vue ? C’est le changement de teint express, plus rapide qu’un coup de pinceau de maître sur la toile.
La garde-robe, les cils et les ongles représentent l’attirail du faux pour donner du relief au « grand jour ». L’invitée, en concurrence avec elle-même, surclasse la reine du jour, qu’elle soit mariée ou récemment sortie de la maternité. Bijoux et sacs, fièrement exhibés, font le job. Le Sénégal, à ce rythme, deviendra l’un des pays où l’on bat les records de transformation physique par des moyens loin d’être conventionnels. Bien sûr, notre village planétaire expose, dans sa vitrine, des nez, des mentons ou des poitrines reliftés.
Être bien dans sa peau signifie une grosse tentation du paraître. Sous les flashes des photographes comme sous les yeux des témoins d’une de ces parades du clinquant, le spectacle mondain pousse à des extrêmes vertigineux. Le récit de la gloire d’un jour justifie tous les supplices à faire subir à la peau ou simplement à l’organisme. Les « pharmaciennes » de la mue rapide créent, par leur cocktail, une nouvelle génération d’égéries des officines de beauté les exposant à des pathologies fatales à la peau, voire… Ce phénomène a pris de l’ampleur, dépassant les timides tentatives de faire un mix de deux ou trois produits pour devenir une calamité physique au cœur des communautés. Les promotrices sont devenues des stars du web. Leurs shows sont très suivis et leur phrasé commenté dans les salons et dans la rue.
Elles sont des symboles d’une certaine réussite sociale. Sont-elles cependant les seules coupables ? La forte exposition des nouveaux canons de beauté est un produit d’appel. Dans ce sens, cette fièvre de la transformation physique interroge surtout notre relation au paraître, au-delà de la controverse plaçant sous les feux de l’actualité des vendeuses de « mélanges » cosmétiques douteux. Le culte du superficiel (pour les poses de différents objets), et de l’apparence (pour le changement de teint), crée une sorte d’addiction fatale. Il s’agit d’un cercle vicieux qui mène au pire comme pour tous les abus. Ce n’est pas la peau qui est malade ; c’est la tête qui fonctionne au silicone et le cœur à la substance chimique. Une certaine idée de la beauté promeut l’extravagance en chassant le naturel en matière d’esthétique. Hélas, dans le domaine de la transformation physique, le naturel ne revient pas (facilement) au galop ! Le jour où le sujet à cette addiction voudra revenir à sa nature, sa beauté ne sera qu’un fossile au cœur des décombres du temps et de la chimie.
par l'éditorialiste de seneplus, pierre sané
LE GRAND DÉCLIN OCCIDENTAL
EXCLUSIF SENEPLUS - Le dollar s’incline, la force militaire se révèle impuissante, l’influence morale a disparu. C’est la fin de cette civilisation, la plus barbare de l’histoire de l’humanité. Soyons audacieux : pensons le monde post-Occident
Le déclin d’un empire est toujours une farce qui se termine en tragédie. Donald Trump est l’annonciateur de la tragédie qui s’en vient en accélérant la chute de l’empire.
Il se dit que le début de la période de l’extinction des dinosaures a provoqué un changement radical dans le comportement de ces créatures. Leurs rugissements étaient devenus assourdissants et leurs agissements extrêmement agressifs.
C’est exactement le cas aujourd’hui quand on observe ce qui se passe dans cet Occident et particulièrement aux États-Unis. Ca à commencé il y à longtemps par des mensonges sur les peuples conquis et soumis (la farce), suivis par des guerres interminables qui affaiblissent l’empire à l’international. Et ne soyons pas naïfs, Trump mènera des guerres quoiqu’on en dise, car il faut bien faire tourner le complexe militaro-industriel, première cotation à la bourse de Wall Street. Ajoutons les inégalités qui les rongent à l’interne et qu’ils refusent de corriger. Et je ne mentionne même pas des classes politiques pitoyables au pouvoir qui ne sont sûrement pas à la hauteur des défis. Ce sont plutôt des dirigeants Tik Tok alliés à des oligarques insatiables. On sait ce que ça a donné dans les 1920-1930.
Depuis la révolution néolibérale et néoconservatrice de Ronald Reagan, les politiques publiques américaines et européennes ont pris des voies surprenantes qui auront comme effets évidents de :
- diviser la société, d’encourager la division le long de lignes raciales et idéologiques, et d’amplifier les conflits qui créent la méfiance et affaiblissent l'unité nationale ;
- d’affaiblir l'éducation, d’abaisser progressivement les normes et d’éloigner l'attention de la pensée critique ; de créer une population plus facilement influencée et moins informée ;
- de nuire à la santé publique ; de promouvoir l'utilisation généralisée d'aliments malsains, de produits chimiques et pharmaceutiques conduisant à des maladies chroniques et à une dépendance programmée.
- de briser les liens communautaires, de saper les structures familiales et communautaires, en favorisant l'isolement et l'individualisme plutôt que le soutien collectif ;
- de contrôler le récit, en limitant la liberté d'expression et la censure des points de vue alternatifs, de créer une culture où les gens ont peur de parler ouvertement ;
Tout cela concourt au déclin que les initiatives de Trump vont accélérer. L’objectif étant d’enrichir les riches. Encore et encore. Les empires s’écroulent de l’intérieur.
La production intellectuelle sur le déclin de l’Occident et du capitalisme est aujourd’hui florissante, mais très peu voire aucun Africain ne s’y est aventuré. C’est regrettable. Je me souviens de la production intellectuelle sur la fin du communisme et de l’Union Soviétique qui a nourri les stratégies géostratégiques de “containment”du communisme par les Occidentaux. Ou de l’apport des intellectuels dans les révolutions dans le Sud global.
J’interpelle donc nos historiens, politologues, etc. pour qu’ils nous éclairent sur les implications de ce déclin de l’Occident afin qu’on puisse anticiper et agir.
Les dinosaures ont disparu et l’Occident disparaîtra. Le dollar s’incline, la force militaire se révèle impuissante, l’influence morale a disparu, la technologie se propage et la Chine s’impose déjà comme la première puissance économique mondiale en synergie avec les BRICS. Aujourd’hui le poids économique du G7, c’est 26% du PIB mondial ; le BRICS c’est 35%. Cherchez l’erreur. Peu à peu, l’Occident disparaît de nos imaginaires.
Après tout, on parle d’un ensemble qui ne représente que 7% de la population mondiale, mais qui continue à avoir l’arrogance de prétendre diriger le monde. Par la violence militaire. Mais on voit qu’Israel, le bras armé de l’Occident au Moyen Orient a perdu sa « guerre » à Gaza malgré l’horrible génocide commis contre les Palestiniens, s’inscrivant dans la longue tradition des horreurs infligées aux peuples du Sud global. En Ukraine, l’Otan s’apprête à subir la défaite la plus humiliante de son histoire et à ravaler son arrogance.
On pourrait croire qu’ils tireraient les leçons de ces déconvenues. Mais non! La seule solution pour le Sud global, c’est de leur infliger des défaites dont ils ne se relèveront plus jamais. C’est le prix à payer pour la paix mondiale.
Oui. C’est la fin de cette civilisation qui a été la plus barbare de l’histoire de l’humanité, comme on le voit à Gaza aujourd’hui. Brutalité, genocides, extermination, sauvagerie sont les marques de fabrique de ce que nous Africains entre autres avons connu. Maintenant ils sont en plus tétanisés par les conséquences de ce qu’ils ont infligé à notre environnement naturel tout en exigeant que tout le monde en paye le prix.
Il nous appartient désormais de réfléchir et de dialoguer avec le Brésil, l’Inde, la Russie, l’Iran, la Chine, l’Indonésie et l’Afrique unie à comment bâtir un monde meilleur. Laissons l’Occident s’enfermer dans sa forteresse et crouler dans ses contradictions internes avec sa population déclinante. Quant à nous, notre dynamisme démographique nous portera sur le toit du monde avec 41% de la population mondiale en 2100. Quoi qu’on dise, c’est un atout, sauf pour ceux qui ont peur de l’Afrique. C’est leur problème.
Nous avons mieux à faire : inventer le futur et laisser les dynosaures disparaître puisque que nous n’y pouvons rien.
Oui, le Sénégal est un petit pays mais rien ne nous empêche de penser le monde et d’imaginer une Afrique prospère, juste et puissante. Au Sénégal, nous avons le privilège d’avoir enfin depuis 60 ans un leadership patriotique intelligent et déterminé. Soyons audacieux : pensons le monde post-Occident. C’est après tout l’héritage de Cheikh Anta Diop.
par Mamadou Ndoye
ABDOULAYE DIEYE, UN BÂTISSEUR DE PONTS POUR LA DÉMOCRATIE
EXCLUSIF SENEPLUS – Il laisse derrière lui un héritage inestimable dans la lutte pour la démocratie. Son engagement intellectuel et son sens du consensus ont marqué les Assises Nationales, la CNRI et Sursaut Citoyen
J’ai appris avec une profonde tristesse, la nuit dernière, le décès du Professeur Abdoulaye Dièye. Étant hors de Dakar, je n’ai malheureusement pas pu lui rendre hommage en assistant à la levée du corps à l’hôpital Principal. À sa mémoire, je tiens à témoigner en reconnaissance de son inestimable contribution à la cause de la société civile et en particulier à celle de Sursaut Citoyen (SC). Je n’insisterai pas sur ses remarquables compétences professionnelles, ni sur le rôle éminent qu’il a joué dans le déroulement et les résultats des Assises Nationales (AN) et de la Commission Nationale de Réforme des Institution (CNRI). D’autres, mieux qualifiés que moi, ses collègues de l’Ucad et les leaders des AN, en ont témoigné éloquemment.
Ce que je veux souligner ici, c’est le pont qu’il a non seulement construit, mais incarné pour permettre une transition interactive et fertilisante entre les conclusions des AN et de la CNRI d’une part et le Pacte de Bonne Gouvernance Démocratique de SC d’autre part. La question n’était pas simple : fallait-il écarter les conclusions des AN parce qu’elles appartenaient à un passé révolu ou étaient insuffisamment adaptées aux réalités locales ? La réponse que le Professeur Dièye a aidé à élaborer : s’asseoir sur la légitimité établie et l’approche d’élaboration collégiale de la substance des conclusions des AN et de la CNRI pour ouvrir les portes du consensus national requis par le contexte d’incertitude née de la crise et de la violence, celui centré sur l’essentiel : le vivre ensemble libres, dans la paix, la justice et la solidarité.
Au-delà du sens ainsi donné au consensus national, son expertise et sa pertinence ont fortement contribué à l’identification des piliers de ce vivre ensemble : État de droit et ses principales caractéristiques (séparation et équilibre des pouvoirs, indépendance de la justice, primauté du droit, respect des libertés individuelles et collectives, égalité des citoyens devant la loi…), gouvernance responsable (transparente, équitable, redevable, participative, efficace et efficiente) ; administration non partisane, compétente et dévouée au service du public ; démocratie participative (centrée sur le citoyen et la promotion d’une citoyenneté consciente et active aussi bien dans l’exercice de ses droits et libertés que dans l’accomplissement de ses devoirs et obligations). Ce rappel thématique me semble d’autant plus opportun qu’il évoque des moments exceptionnels. Les membres de SC ont vécu ces instants avec le Professeur Abdoulaye Dièye.
Que ce soit dans les combats démocratiques contre l’arbitraire et la répression tous azimuts du régime Macky Sall, où le Professeur Dièye a pris toute sa place pour jouer pleinement son rôle d’intellectuel engagé et de militant démocrate à travers la lumière apportée aux débats publics sur ce qu’est le droit en la circonstance et grâce à ses fortes prises de position publiques, individuellement ou au sein de collectifs. Que ce soit dans les fameuses « conversations citoyennes », tenues en présentiel au Radisson Blu, ouvertes à distance à des centaines de participants à travers le monde et dont la plupart ont été animées ou modérées par le Professeur Dièye. À toutes ces occasions, les membres de Sursaut ont pu pleinement apprécier, au-delà de la large expertise juridique du spécialiste de droit, la profondeur du penseur et la pondération de l’homme.
Oui, sa modestie impressionnait autant que sa science. Un modèle à offrir à la jeunesse ! C’est sans nul doute une immense perte pour SC, la société civile et le monde universitaire. Alors, le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre est de persévérer dans la lutte pour le triomphe des idéaux, des valeurs et des principes profondément humains qui ont guidé les combats qu’il a menés à travers les AN, le projet de la CNRI et le PBGD de SC.
Au nom de SC, j’adresse nos sincères condoléances à la famille du Professeur Dièye ainsi qu’à ses collègues et amis. Que la terre lui soit légère et que son âme trouve le repos dans un paradis à la hauteur de ce qu’il a été pendant son court voyage terrestre : un homme de bien.
Mamadou Ndoye est Coordinateur de Sursaut Citoyen, Groupe de réflexion et d’action pour la sauvegarde de la démocratie et l’État de droit.
Par Mody Niang
POUR QUI NOUS PREND-IL VRAIMENT, CE BACHIR FOFANA ?
Oui, je me pose bien cette question chaque fois que j’ai fini de lire ou d’écouter Bachir Fofana. Il croit que nous sommes amnésiques, que nous avons oublié tout ce qui s’est passé avant le 24 mars 2024.
Oui, je me pose bien cette question chaque fois que j’ai fini de lire ou d’écouter Bachir Fofana. Il croit que nous sommes amnésiques, que nous avons oublié tout ce qui s’est passé avant le 24 mars 2024. D’autres compatriotes pensent comme lui et croient que le Sénégal est né après cette date historique. Bien avant lui, le vieux président Wade pensait comme lui. N’est-ce pas lui qui disait de nous que « nous avions du mal à nous souvenir de notre dîner de la veille, et que nous ne croyions qu’à l’argent et aux honneurs ». C’est exactement en walaf qu’il le disait en ces termes : « Senegaale, boo ko laaje lumu réere biig dula ko wax, te gëmul ludul nguur ak xaalis ». Et c’est dans cette conception peu valorisante de l’homo senegalensis qu’il nous a gouvernés pendant douze années. Longue période pendant laquelle il se permettait de nous en faire voir de toutes les couleurs et nous en faire entendre de tous les sons.
Je ne connaissais pas Bachir Fofana à l’époque et ne m’aventurerais pas, partant, à avancer qu’il était bleu. Il devait quand même être relativement jeune. En tout cas il se permet de raconter parfois, et souvent d’ailleurs, n’importe quoi par écrit, sur les plateaux de télévisions ou devant les micros de radios. Du moins, de certaines télévisions ou de certaines radios. Un de ses textes, qui prennent de plus en plus l’allure des « Lundis de Madiambal Diagne », a retenu mon attention. Il a pour titre « Un président ne se lamente pas, il agit » et a été publié, naturellement, par le journal Le Quotidien. C’était au lendemain de la « Conférence des administrateurs et managers publics (CAMP) » organisée le 20 janvier 2025 au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD).
Bachir Fofana commence par exprimer sa solidarité à Abou Diallo et à Oumar Sow alors « en prison pour des propos que le procureur de la République qualifie de déclarations de nature à inciter à la discrimination ethnique » Et, selon lui, « tout démocrate et amoureux de la liberté devrait leur apporter son soutien » car, « leur arrestation est la énième manifestation de la dérive autoritaire et partisane dont le régime en place s’est fait l’auteur, en quelques petits mois d’exercice du pouvoir ». Il n’oublie pas « Bah Diakhaté, Amath Suzanne Kamara, Commissaire Keïta, les directeurs de publication des journaux Le Quotidien et La Tribune, Cheikh Yérim Seck, Bougane Guèye Dany, Kader Dia (qui) sont tous passés entre les mains de ce pouvoir liberticide ». Et notre « ami » d’Ousmane Sonko d’inciter « tous les républicains et démocrates de ce pays (à) se mobiliser pour arrêter ces harcèlements à la fois injustes et dangereux pour la paix et la stabilité du Sénégal ». Et toujours lui, de se demander « où sont les universitaires très prompts à pondre un texte sous le régime de Macky Sall ». Je me demande, moi aussi, où il était pendant cette période, surtout entre février 2021 et mars 2024. Peut-il nous citer un seul texte, si court fût-il, qu’il a pondu pendant ces trois lourdes années qui ont coûté particulièrement cher à Pastef et à ses responsables, à leurs militants ou simples sympathisants, et même à tout le pays ? Au contraire, chaque fois que je l’entendais, et je l’écoutais souvent, il cherchait à enfoncer son « ami ».
Naturellement, il n’oublie pas Moustapha Diakhaté, à qui il souhaite un bon retour parmi « eux », Moustapha Diakhaté « qui hume l’air après deux mois à l’ombre pour ses opinions politiques ». Deux mois de prison pour « da ngaa alku », une seule expression « que tout le monde utilise tous les jours, selon lui, (et) qui a été considérée par le procureur de la République comme une insulte, et cela lui a valu un séjour carcéral ». Non, Bachir – si je peux vous appeler ainsi – ce n’est pas cette expression qui lui a valu ses deux mois de prison. « Da ngaa alku », c’est d’un citoyen à un autre. Alors que Moustapha Diakhaté, qui ne supportait pas la victoire éclatante du candidat d’Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye, a dit, s’adressant à tout le peuple sénégalais, du moins à ceux et à celles qui ont voté Diomaye, « da ñoo alku ». En d’autres termes, ces gens-là sont maudits, ne bénéficiant plus de la bénédiction divine. Je n’exagère pas. Il a insulté près de deux millions de Sénégalaises et de Sénégalais. Il a dit pire, en les traitant de crétins. Ce qui devrait normalement lui valoir bien plus de deux mois. Á sa sortie de prison, il a déclaré sur la RFM : « Je suis encore plus que jamais déterminé à consacrer ma vie à la défense de la démocratie et des Sénégalais.» Du moins, c’est ce que lui fait dire son ami Bachir Fofana. Tant mieux, s’il consacre sa vie à ce noble objectif qui, malheureusement, n’a rien à voir avec les propos indécents qu’on lui connaît jusqu’ici, surtout si Ousmane Sonko en est la cible !
Pour revenir à la Conférence de Diamniadio, Bachir Fofana précise d’emblée qu’une seule chose y a retenu son attention : « Les lamentations du président de la République ». Un président de la République qui se lamente, poursuit-il, c’est tellement rare que cela mérite d’être souligné. Et il cite le président de la République Diomaye dans ce qu’il appelle ses larmes : « D’abord, un État contraint dont les marges de manœuvre budgétaire et financière n’existent quasiment plus, une Administration républicaine, mais manquant de cohérence et figée dans des schémas dépassés, alors même que les réalités socio-économiques évoluent rapidement, marquées notamment par la transformation numérique et l’essor de l’Intelligence artificielle »
Et le président de la République de poursuivre, toujours selon Bachir, ses lamentations en indiquant avec regret, « que, de plus en plus, le secteur parapublic est hypertrophié, faisant souvent doublon à l’administration centrale, budgétivore et dont la contribution aux dividendes de l’État reste trop faible ». Ce n’est pas tout, et le président de la République continue ce que notre Bachir appelle ses pleurs. « Il entend (ainsi) se départir des services publics complexes et coûteux qui limitent l’efficacité des politiques publiques et ternissent l’image de l’État (et) dès lors, il est impératif de refonder l’Administration, pour la rendre plus moderne, plus proche des citoyens et plus efficiente dans ses missions ». Et, ce serait là, selon Bachir, « l’objectif même de cette Conférence des administrateurs et managers publics, qui se veut un espace de dialogue, de réflexion et d’orientation stratégique ».
D’abord, l’objectif qu’il donne ici, n’est pas exactement le même que celui de la Conférence des administrateurs et des managers (CAMP) qui réunissait les participants « en vue d’assurer une mise à niveau (sous forme de Master Class) et une revue prospective collective ». Ce n’est vraiment pas le même objectif. Cette conférence a été l’occasion pour le Président de la République, dans son introduction, de présenter le Sénégal que lui et son gouvernement ont hérité du vieux président-politicien et de son successeur et sosie. Un Sénégal lourd de difficultés qu’ils ont mis du temps à identifier à tous les niveaux de l’État. Des difficultés auxquelles, après identification, il faut faire face avec des réformes profondes qui ne tarderont pas à être mises en œuvre, qui ont commencé d’ailleurs, et Bachir et de nombreux compatriotes de son acabit ne tarderont pas à s’en rendre compte, naturellement, avec amertume. Tout le Sénégal doit être informé de cette situation particulièrement difficile, avec d’énormes dysfonctionnements dont les solutions ne se trouvent pas du jour au lendemain. Au mensonge, le président Bassirou Diomaye Faye a préféré dire la vérité même en se lamentant et en pleurnichant, contrairement à ses deux prédécesseurs. Oui, le président Diomaye Faye a parfaitement raison de nous décrire le Sénégal tel que lui et son gouvernement l’ont trouvé. Un pays avec d’énormes difficultés, un pays en ruine qu’on ne remettra pas à l’endroit du jour au lendemain, avec des mensonges. Il faut plutôt mettre le peuple devant ses responsabilités. C’est ce que le président Diomaye Faye a fait le 20 janvier 2025.
Donc, pour notre Bachir Fofana, un président de la République ne doit pas se lamenter. « Il ne devrait pas, non plus dire ça », nous rappelant ainsi le titre d’un livre de deux journalistes français d’investigation consacré aux cinq années de pouvoir de François Hollande, avec qui ils ont eu autant d’années d’entretiens publics. Il nous raconte, qu’en 2012, « au premier conseil des ministres du premier gouvernement de Macky Sall, nouvellement élu, à l’unisson, Abdoulaye Daouda Diallo, ministre du Budget, et certains de ses collègues, avaient annoncé que les caisses de l’État (étaient) vides». Le tout nouveau président-politicien leur signifia vite « qu’il ne s’agissait pas de communiquer sur le phénomène, mais de s’atteler à régler les problèmes pour lesquels ils ont été élus ». Il fallait donc mentir au peuple plutôt que de communiquer sur le phénomène sur la vérité. C’est là la différence nette entre son Macky Sall et le duo qu’il « adore », Diomaye-Sonko.
Bachir nous entretient ensuite, à sa manière, du premier voyage de Me Abdoulaye Wade élu le 19 mars 2000 et installé le 1er avril. Il lui fait dire, sur les perrons de l’Élysée, qu’il était venu « chercher des armes car l’armée du Sénégal est sous-équipée (et) que les caisses de l’État sont remplies d’argent ». Je ne m’attarderai pas sur le temps employé à « est » et à « sont ». Ce qui retient mon attention est plus important : il a fait dire au père de Karim Meïssa Wade ce qu’il n’a pas dit. Il avait exactement dit qu’il venait en France acheter des armes, car le Sénégal en avait assez de certains agissements de « pays mineurs », faisant ainsi maladroitement allusion à nos voisins. Ce qui, bien sûr, n’avait pas l’heur de plaire à ses pairs des pays visés qui, pour la moindre peccadille, étaient prêts à sortir de leurs gonds. Quant « aux caisses de l’État remplies d’argent », c’est dans un autre contexte qu’il l’avait dit et d’ailleurs pas exactement en ces termes. Il avait exactement dit, répondant à une question : « En réalité, je n’ai pas trouvé les caisses vides. » « C’est bien plus tard, selon Bachir, que les Sénégalais ont su par l’entremise de Idrissa Seck, que la situation héritée des socialistes était bien catastrophique ». Selon toujours notre Bachir national, « il dira que pour ne pas casser l’espoir du Peuple, et surtout continuer de bénéficier de la confiance des partenaires, ils étaient dans l’obligation de ne pas communiquer sur la situation réelle du pays ». Idrissa Seck racontait d’ailleurs des histoires, si c’est bien lui qui avait tenu de tels propos. Quand il quittait le pouvoir, Abdou Diouf ne nous avait pas laissé un pays comme celui que nous ont laissé ses successeurs. Le vieux président-politicien le savait très bien. On se rappelle bien le Plan Sakho-Loum qui avait sorti le pays de bien de difficultés nées des politiques d’ajustements structurels et de la dévaluation du franc CFA.
Ce texte est long, peut-être trop long et il est temps de le conclure, de le conclure provisoirement car je suis loin d’en avoir terminé avec Bachir Fofana. Ce texte sera bientôt suivi d’un second, peut-être d’un troisième, pour lui administrer la preuve à lui, à Papa Malick Ndour et à de nombreux autres du même acabit, que nous sommes loin, très loin d’êtres des amnésiques. « Un président ne doit pas dire ça », « Un président ne doit pas faire ça », a-t-il plusieurs fois répété dans son « Lundi ». Nous connaissons deux présidents qui ont dit plus, qui ont dit pire ; qui ont fait plus, qui ont fait pire. Le lecteur en a déjà une idée, avec les déclarations sur les perrons de l’Élysée du vieux président-politicien, lors de son premier voyage en France, après son accession à la magistrature suprême, le 1er avril 2000. Il en aura bien d’autres, après avoir lu les contributions qui suivront in shaa ALLAH et peut-être, avoir écouté quelques-unes de mes vidéos.
Dakar, le 29 janvier 2025
Mody Niang
PAR HABIB DEMBA FALL
ENTRE ÊTRE ET PARAÎTRE, LE COÛT DES APPARENCES
"J’ai souvenance de ce conseil d’un enseignant, boute-en-train devant l’Éternel, qui estimait qu’il fallait se garder de choisir sa future épouse un jour de fête. Et ça, il le disait sans rire ! Son argumentaire était simple..."
J’ai souvenance de ce conseil d’un enseignant, boute-en-train devant l’Éternel, qui estimait qu’il fallait se garder de choisir sa future épouse un jour de fête. Et ça, il le disait sans rire ! Son argumentaire était simple : le jour de fête, la sueur ne dégouline pas du visage des demoiselles comme cela pourrait être le cas les jours ordinaires. Et là encore, c’est pour celles qui sont aguerries aux tâches domestiques. Notre enseignant suggérait aux jeunes prétendants une visite surprise chez leur petite amie, un jour ordinaire, à l’heure où les ménagères établissent leurs quartiers entre le lavoir et la cuisine, pour se faire une idée du profil de la future maîtresse de leur maison.
Ce n’était pas encore le temps du fast-food ou de la « cuisine » par commande électronique qui expose ses victuailles sur toutes les plateformes numériques. C’était encore le temps où les cordons bleus vantaient la saveur de leur main, pour reprendre une formule imagée en langue wolof. C’était le temps où la fille s’échinait à maîtriser l’art culinaire, le nettoyage des habits et l’entretien d’une maison, balai en main. Une manière de faire ses armes pour éviter de perdre le passage de grade une fois sous le toit conjugal. En cas de défaillance, c’était une lettre à remettre aux parents par le colis (humain) retourné à son expéditeur, la maman.
Ce scénario de la honte se disait dans les chaumières pour inviter les futures mariées à maîtriser les tâches domestiques, et je ne sais pas pourquoi ! C’était le temps où tout était presque vrai, tout était naturel, la gloire comme la honte. Tout se mesurait à l’aune d’une certaine authenticité et d’une capacité à surmonter les épreuves et à relativiser les succès tant la vie peut jouer des tours à cause de la précarité qui la caractérise. La réalité elle-même ne se soumettait pas au maquillage autant qu’aujourd’hui. La vérité sans fard peuplait les humbles demeures dans la solidité des liens de parenté et de voisinage, dans l’humilité des patriarches et le dévouement des continuateurs de leur œuvre. Il y avait quelque chose d’authentique en la bienveillance et en la colère de chacun. Et maintenant ? C’est simple : je passe le savon à la vérité et tout est faussement plus clair ; je prends la boule et la masse me visite.
Les fabriques de rondeurs pullulent et les peaux blanches s’affichent sous une âme noire. Le make-up, roi de la transformation physique spectaculaire, contamine maintenant les comportements ! Ces usines à cosmétiques sont tenues par des alchimistes qui rivalisent de coquetterie, si bruyamment. Cette « chirurgie » inesthétique et si atypique explose les audiences des live sur les réseaux sociaux. Ne feignons pas l’ignorance ! Un évènement social en vue ? C’est le changement de teint express, plus rapide qu’un coup de pinceau de maître sur la toile.
La garde-robe, les cils et les ongles représentent l’attirail du faux pour donner du relief au « grand jour ». L’invitée, en concurrence avec elle-même, surclasse la reine du jour, qu’elle soit mariée ou récemment sortie de la maternité. Bijoux et sacs, fièrement exhibés, font le job. Le Sénégal, à ce rythme, deviendra l’un des pays où l’on bat les records de transformation physique par des moyens loin d’être conventionnels. Bien sûr, notre village planétaire expose, dans sa vitrine, des nez, des mentons ou des poitrines reliftés.
Être bien dans sa peau signifie une grosse tentation du paraître. Sous les flashes des photographes comme sous les yeux des témoins d’une de ces parades du clinquant, le spectacle mondain pousse à des extrêmes vertigineux. Le récit de la gloire d’un jour justifie tous les supplices à faire subir à la peau ou simplement à l’organisme. Les « pharmaciennes » de la mue rapide créent, par leur cocktail, une nouvelle génération d’égéries des officines de beauté les exposant à des pathologies fatales à la peau, voire… Ce phénomène a pris de l’ampleur, dépassant les timides tentatives de faire un mix de deux ou trois produits pour devenir une calamité physique au cœur des communautés. Les promotrices sont devenues des stars du web. Leurs shows sont très suivis et leur phrasé commenté dans les salons et dans la rue.
Elles sont des symboles d’une certaine réussite sociale. Sont-elles cependant les seules coupables ? La forte exposition des nouveaux canons de beauté est un produit d’appel. Dans ce sens, cette fièvre de la transformation physique interroge surtout notre relation au paraître, au-delà de la controverse plaçant sous les feux de l’actualité des vendeuses de « mélanges » cosmétiques douteux. Le culte du superficiel (pour les poses de différents objets), et de l’apparence (pour le changement de teint), crée une sorte d’addiction fatale. Il s’agit d’un cercle vicieux qui mène au pire comme pour tous les abus. Ce n’est pas la peau qui est malade ; c’est la tête qui fonctionne au silicone et le cœur à la substance chimique. Une certaine idée de la beauté promeut l’extravagance en chassant le naturel en matière d’esthétique. Hélas, dans le domaine de la transformation physique, le naturel ne revient pas (facilement) au galop ! Le jour où le sujet à cette addiction voudra revenir à sa nature, sa beauté ne sera qu’un fossile au cœur des décombres du temps et de la chimie.
PAR Ismaila Madior Fall
HOMMAGE AU PROFESSEUR ABDOULAYE DIÉYE
EXCLUSIF SENEPLUS - Avec un sens élevé des relations humaines, il était détenteur de la méthode pour être bien avec tout le monde. Il dédaignait les positions convoitées pour s’intéresser à celles qui n’avaient pas de preneur
Avec la disparition soudaine du professeur Abdoulaye Diéye, la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop vient de perdre un de ses éminents membres qui faisait l’unanimité.
Ayant cheminé avec lui pendant une trentaine d’années dans les équipes pédagogiques, le département de droit public, la Faculté et d’autres activités extra-universitaires, je voudrais, pour saluer, sa mémoire et lui rendre hommage, dire quelques mots sur l’homme (I) et l’universitaire (II).
L’homme
Notre collègue Abdoulaye Diéye, que ses proches appelaient affectueusement Pape, était pétri de qualités exceptionnelles dont je retiendrai l’humanité et l’urbanité. Il nourrissait un sentiment de bienveillance, de compassion envers autrui. D’une courtoisie exquise et d’une générosité connue de tous, Abdoulaye était toujours prêt à porter assistance, apporter aide et soutien. Il accueillait toute l’équipe pédagogique de droit constitutionnel chez lui pour les pré-délibérations, avec un « tiebou djeun » du standard saint-louisien. Sa maison était ouverte à tout le monde. On côtoie chez Pape, membres de la famille, amis, voisins…
Doté d’un savoir-vivre à nul égal, il savait identifier avec discrétion les situations où son apport s’avérait utile. Il était à la disposition exclusive de la Faculté et disponible pour les collègues et les étudiants. Avec un sens élevé des relations humaines, il était détenteur de la méthode pour être bien avec chacun et tout le monde. Dans ce monde, par essence controversé qu’est l’Université, il a su faire l’unanimité.
L’universitaire
L’universitaire a une double vocation : enseignant et chercheur. Souvent l’un l’emporte sur l’autre chez la plupart des universitaires. Abdoulaye Diéye a su concilier les deux et répondre à la double obligation : former pour l’Humanité et publier pour la carrière et la gloire scientifique.
Recruté en 1994 comme assistant, Abdoulaye Diéye était un enseignant compétent, dévoué à la tâche et maître dans la pédagogie. Il savait parler un langage accessible aux étudiants, recenser le matériau du cours approprié au niveau de ses apprenants. Sa manière d’évaluer les étudiants et le grand soin qu’il donnait aux examens exprimaient son sens élevé du devoir et de la déontologie. Cette grande maîtrise de la pédagogie innée, mais qui lui venait aussi de son passage au Lycée où il a enseigné, a fait sa réputation au niveau des jeunes enseignants à qui il donnait les ficelles pour bien débuter la carrière et les étudiants qui se bousculaient à ses séances de TD.
Il dédaignait les positions que tout le monde visait pour s’intéresser à celles qui n’avaient pas de preneur. C’est ainsi qu’il a assuré pendant de longues années la coordination de l’équipe pédagogique de droit constitutionnel dont l’enseignement était assuré par le professeur El Hadj Mbodj. Son office se caractérisait par la rigueur, la flexibilité, l’ouverture d’esprit, le travail bien fait. Il faisait partie des enseignants qui s’acquittent le plus consciencieusement de leur service. Toujours disponible pour servir, il a dispensé des enseignements dans la plupart des disciplines du droit public (droit administratif et droit constitutionnel) et à tous les niveaux : de la capacité au master. Un des rares qui s’apprêtait, avec le cours de droit administratif, à prendre sa retraite au premier cycle dans les amphithéâtres souvent désertés par les séniors. C’était un enseignant dans l’âme.
Le chercheur, rigoureux et persévérant qu’il a su être, a pu effectuer les publications requises pour accéder au grade de rang magistral. Auteur d’une thèse en droit foncier sénégalais, Diéye était un juriste ouvert sur toutes les disciplines. Ses travaux, patiemment réalisés, qui portent autant sur le droit administratif, que le droit constitutionnel ou le droit communautaire, lui ont ouvert les portes de la reconnaissance par les pairs et la communauté épistémique.
Après l’Université qu’il a servi avec dévouement et bravoure, le Professeur Abdoulaye Diéye a aussi été utile à la cité dans d’innombrables missions au service du pays dont je ne citerai que deux : les travaux de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI) et ceux de la Commission nationale de réforme foncière (CNRF) dont il a été rapporteur. Il était un grand intellectuel qui savait travailler de concert avec d’autres ou assumer seul des positions dans des rubriques occasionnelles qu’il appelait : « ce que je pense ».
Cher Abdoulaye, tout, dans ton parcours de vie, indique que le Bon Dieu t’a accueilli dans son Paradis.
Que la terre de Ndar, que tu as tant aimée, te soit légère.
Par Sidy DIOP
SOULEYMANE BACHIR DIAGNE, L’ART DE DÉPLAIRE AUX GRINCHEUX
Depuis quelques jours, les attaques se multiplient contre Souleymane Bachir Diagne. Il est reproché au philosophe de s’être tu sur les événements sanglants que le Sénégal a connus entre 2021 et 2024.
Depuis quelques jours, les attaques se multiplient contre Souleymane Bachir Diagne. Il est reproché au philosophe de s’être tu sur les événements sanglants que le Sénégal a connus entre 2021 et 2024.
Certains auraient aimé qu’il prenne position. Il a beau répondre qu’il ne s’est jamais prononcé en politique, mais ce n’est pas assez pour calmer l’ardeur des nouveaux fabricants de sens. Qu’un esprit lumineux comme celui de Souleymane Bachir Diagne, philosophe de renom, faiseur de ponts entre les cultures, se retrouve en ligne de mire des esprits chagrins… cela aurait presque quelque chose de comique, si ce n’était si désolant.
Qu’a donc fait ce penseur, salué partout ailleurs dans le monde, pour mériter les traits empoisonnés de quelques tireurs de l’ombre ? Être lui-même, tout simplement. Et ça, au Sénégal, pays où la culture de l’autodérision le dispute parfois à celle de l’autodestruction, c’est apparemment une faute. Les critiques ? Toujours les mêmes rengaines. Trop occidental, dit-on, comme si l’ouverture d’esprit était une trahison. Trop éloigné des « vraies préoccupations » des Sénégalais, comme si la philosophie n’avait de valeur que dans les palabres électoralistes. Trop intellectuel, oserait-on presque reprocher à cet homme d’être savant dans un monde où le bruyant et le superficiel triomphent. Bachir Diagne, c’est l’élégance intellectuelle qui détonne dans un brouhaha d’opinions instantanées.
Et pour cela, il faut le punir. Mais pourquoi donc, au Sénégal, s’acharne-t-on à tailler en pièces nos icônes dès qu’elles brillent un peu trop fort ? Serait-ce le syndrome du baobab, cet arbre majestueux qui, par sa simple prestance, provoque chez certains la tentation de le scier ? Nous avons un génie parmi nous, et au lieu de le célébrer, nous tentons de le rabaisser, de l’amputer de sa grandeur, comme pour mieux justifier notre propre immobilisme. Souleymane Bachir Diagne, c’est l’anti-doxa incarné. L’homme qui refuse les clivages faciles, qui concilie les savoirs du monde entier, de l’Afrique à l’Europe, de l’islam à la modernité.
C’est celui qui nous rappelle que nos racines sont universelles et que le futur se construit avec l’intelligence du passé. Mais non, au pays du mbalax et des polémiques stériles, on préfère le réducteur au révélateur. Et pourtant, combien de pays rêveraient d’avoir un tel ambassadeur ? Bachir Diagne n’est pas seulement un philosophe. Il est un message vivant : celui que l’excellence africaine n’a pas besoin de complexes. Celui que nous avons quelque chose à offrir au monde, et pas seulement dans les stades de football ou les concerts internationaux.
Alors, pourquoi ne savons-nous pas célébrer nos icônes ? Est-ce par manque de confiance en nous-mêmes ? Par peur de reconnaître que la grandeur existe ici, chez nous, et pas seulement chez les autres ? Ou est-ce, plus simplement, par paresse intellectuelle, cette manie de préférer le raccourci du dénigrement à l’effort de la compréhension ? À ceux qui critiquent Souleymane Bachir Diagne, posez-vous cette simple question : que faites-vous pour élever le pays, sinon abaisser ceux qui essaient ? Que faites-vous pour inspirer la jeunesse, sinon lui apprendre à mépriser ce qui est grand ? Que faites-vous pour le Sénégal, sinon le réduire à l’étroitesse de vos perspectives ?
Souleymane Bachir Diagne, lui, n’a pas le temps de répondre. Il écrit, il pense, il enseigne. Il prouve que la philosophie n’est pas qu’un luxe, mais une nécessité. Il montre que le Sénégal peut produire autre chose que des clichés, qu’il peut aussi offrir au monde des idées, des visions, des horizons. Il est temps de célébrer nos icônes, non pas par simple patriotisme, mais parce qu’elles nous élèvent, qu’elles nous tirent vers le haut. Bachir Diagne, c’est un phare dans la nuit de nos doutes. Apprenons à allumer plus de lumières, au lieu de les éteindre.
Par Oumar BA
LES JOJ : URBANISME ET AUTRES ENJEUX
Dakar accueillera les Joj en 2026. Certainement, le Sénégal, pays de la Teranga et habitué aux grandes rencontres internationales, organisera l’événement avec le professionnalisme des différentes parties prenantes.
Dakar accueillera les Joj en 2026. Certainement, le Sénégal, pays de la Teranga et habitué aux grandes rencontres internationales, organisera l’événement avec le professionnalisme des différentes parties prenantes. Oui, nous avons eu le Festival mondial des arts nègres, ainsi que les sommets de la Francophonie ou de l’Oci, et plus récemment les forums mondiaux de l’Eau ou de l’Economie sociale et solidaire dont chacun se fera son propre bilan. Concernant les Joj, il serait intéressant d’essayer de savoir ce qu’il en restera, une fois les rideaux baissés et la flamme éteinte. Autrement, quel legs en restera-t-il en termes de bilan et d’impact ?
Plus que toute autre rencontre internationale, les Jeux Olympiques ont cette particularité de créer des chocs de temporalités extraordinaires. En effet, le court instant (15 jours de frénésie) se conjugue de manière irrégulière aux années de préparations, mais et surtout aux décennies postérieures marquées (positivement ou non) par les aménagements, les infrastructures et les coûts (notamment différés) de l’évènement.
Cet article se veut une modeste contribution à la réflexion sur l’héritage et l’impact des Joj à venir.
Souvent, les Jeux ont été décriés pour leurs coûts exorbitants et leurs éléphants blancs, infrastructures gigantesques ou inadaptées tombées en désuétude ou abandonnés juste après l’événement. On pourrait citer Rio, Athènes, ou encore Montréal (1976) qui a continué à payer la facture pendant… 30 ans.
Mais il est aussi arrivé que les Jeux fussent de grandes réussites, pas seulement comme activité ponctuelle, mais aussi par l’héritage qu’ils ont porté, les impacts urbains ou socio-économiques produits sur les villes hôtesses, ainsi que l’image des pays d’accueil.
En réalité, «les Jeux Olympiques ont été le prétexte à la réalisation de grands travaux espérés depuis très longtemps», ainsi que le déclarait le maire de Barcelone en 1992. Par exemple, Mexico (68) a permis le développement du métro et du Périphérique. Munich (72) a anticipé sur la réversibilité des infrastructures avec l’ancien village olympique (le fameux Olydorf à l’architecturale pionnière) transformé en quartier estudiantin modèle. Mais, Barcelone (92) fait figure de parangon. Aujourd’hui encore, l’ensemble des quinze (15) sites construits pour les Jeux sont toujours utilisés et presque tous les sites permanents. En fait, les dirigeants locaux (le maire étant l’ancien économiste au département d’Urbanisme de la ville) étaient mus par le développement urbain et le rayonnement de la ville. Les objectifs principaux du plan stratégique visaient, entre autres, la transformation des anciens sites industriels tombés en désuétude, le réaménagement de quartiers entiers, la rénovation de sites historiques (la gare ferroviaire Estació del Nord) et patrimoniaux, l’ouverture vers le front de mer (Port Olympic), le développement des transports communs et l’amélioration de la mobilité urbaine, etc.
Plus récemment, Paris 2024 a permis, à la suite de la Coupe du monde de 98, de rénover davantage une bonne partie de la Plaine Saint-Denis, de renforcer son attractivité, d’opérer un développement tertiaire en équilibre avec la mixité urbaine, de pousser encore plus loin le concept de réversibilité des bâtiments et d’améliorer fortement les transports et la mobilité. Des innovations ont même été apportées au droit de l’Urbanisme et de la Construction, plus spécifiquement le permis de construire.
Les Jeux portent aussi une grande dimension culturelle. Par exemple, London Festival (2012) a abrité plus de 1300 événements dans plus de 1270 lieux, des milliers d’artistes, plus de 16 millions de visiteurs et plus de 170 œuvres d’art permanentes. Chaque quartier, musée, théâtre, place, parc public ou monument a été peu ou prou «hacké» par les artistes. A Paris, la cérémonie d’ouverture des Jeux a été l’occasion de mettre en valeur la grande richesse du patrimoine culturel et architectural de la capitale française, déjà destination touristique majeure.
En 2026, que montrerons-nous de notre culture sénégalaise et africaine ? Il ne s’agira pas seulement de patrimoine existant, mais aussi de stimuler la grande créativité de nos artistes.
En termes de marketing territorial, les Jeux ont permis aux villes d’accueil de se positionner comme villes globales. En effet, la focalisation de tous les projecteurs internationaux et la diffusion sur les écrans du monde sont l’une des plus grandes opérations de promotion d’un territoire. Dakar, Diamniadio, Saly et le tourisme sénégalais sauront-ils saisir toutes ces opportunités offertes ? Car il ne s’agira pas seulement de montrer des compétitions sportives, mais de promouvoir des territoires, des peuples, et de construire un narratif efficace et attractif autour du pays de la Teranga et de la vivacité de la jeunesse africaine. L’artisanat, la valorisation des savoir-faire locaux devront trouver, ici, des opportunités de rayonnement et des challenges nouveaux.
Evénements populaires, les Jeux sont des moments forts dédiés à la vitalité et à la jeunesse en général. Cela est renforcé par le fait que ceux à venir leur sont dédiés exclusivement. Il ne s’agit pas des athlètes et autres compétiteurs, mais de la Jeunesse dans toutes ses composantes. Par exemple, les Jeux de Lausanne ont intéressé plus de 150 000 étudiants et élèves autant dans la conception de la maquette que dans la composition de la chanson officielle («Start now»). Plus de 80 000 élèves ont pu découvrir et s’essayer à des sports nouveaux, avec la possibilité de se découvrir ainsi de nouvelles vocations ou passions. Le Village Olympique (Vortex) a été transformé en logements étudiants… Certainement aurons-nous l’occasion de ressusciter ou redynamiser le sport universitaire, notamment avec l’Uassu ou toutes formes nouvelles à inventer. Cela passera par un programme ambitieux de création ou mise à niveau des infrastructures sportives à l’échelle nationale, pas seulement Dakar. Un esprit sain dans un corps sain…
Les Jeux offrent des opportunités extraordinaires pour raffermir la gouvernance urbaine dans les villes éponymes. Certes, parce qu’elle porte, en son nom, la candidature, la Ville assure normalement le leadership. Mais du fait de la grande diversité des enjeux (sport, transports, culture, tourisme, sécurité publique, communication, écologie, etc.) et des acteurs (locaux, nationaux, publics et privés, populations), il importe, comme gage de succès, de travailler à trouver les bonnes articulations, la coordination, et surtout l’inclusion, la mobilisation et la cohésion autour de l’atteinte des objectifs communs et partagés. Concernant Dakar, l’Etat a ce rôle d’arbitre et de facilitateur entre les différentes parties prenantes, notamment la Ville de Dakar et le Cojoj. C’est ici que le partenariat public-privé trouve tout son sens, car la participation active des grandes entreprises nationales et locales est une condition essentielle de la réussite et la réalisation matérielle des Jeux. Le Btp par les infrastructures à construire, les commerces, hôtels et restaurants par l’afflux massif de clients et touristes qui évidemment utilisent les moyens de transport et toutes les facilités offertes (ou vendues) par la ville. Et il est heureux que, récemment, le Conseil des ministres ait annoncé que la Primature prendrait le taureau par les cornes. Au-delà des missions de coordination et de monitoring, vivement que les réunions interministérielles soient des instances d’auto-émulation, de facilitations, de dialogue constructif entre tous les stakeholders.
Enfin, les Jeux comportent des enjeux diplomatiques très importants, car ils marquent ou renforcent le soft power des Etats. Certes le contexte géopolitique de l’époque (chute du Mur, fin de l’apartheid, etc.) a-t-il contribué à l’ampleur et au succès de Barcelone. Encore fallait-il savoir saisir les opportunités historiques. Aussi le Sénégal devrait-il prendre conscience, à cette occasion unique, d’être le porte-flambeau de la Cedeao et de l’Afrique subsaharienne, car ces Jeux inédits ne sont pas près d’être organisés dans cette partie du monde avant deux décennies au moins. Et le succès ou non de Dakar influera forcément sur la crédibilité des futures candidatures africaines. Il y a un leadership sous-régional ou continental qui est en jeu…
Pour les pays qui ont réussi leurs Jeux, en plus du bilan sportif, matériel, économique ou diplomatique, c’est surtout l’héritage immatériel qui est resté. Le fort sentiment de cohésion populaire autour d’un projet commun et la fierté née de la réussite dans l’organisation de l’événement. Ce bilan immatériel participe de la cohésion nationale, du renforcement de l’image de la réputation du pays, de la fierté nationale et du sentiment patriotique qui sont autant de ferments au développement socio-économique de la Nation. En ce sens, les Jeux devraient constituer plus qu’une utopie mobilisatrice…
«Citius, Altius, Fortius -Communiter» (plus vite, plus haut, plus fort -ensemble) : voilà ce à quoi nous invite la devise olympique, mais aussi les exigences de la construction d’un Sénégal souverain et prospère. Oumar BA Expert urbaniste Citoyen sénégalais
Par Oumar NDIAYE
LES DEFIS DE LA FORCE UNIFIEE DE L’AES
Créée en 2014, la Force conjointe du G5 Sahel composée du Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad, n’a pas pu faire la différence face à la situation que traverse le Sahel depuis une décennie
Encore une force conjointe, mixte ou multinationale en Afrique de l’ouest et plus généralement dans la zone sahélo-saharienne.
Du G5 Sahel à cette nouvelle Force unifiée mise en place par les pays de la Confédération des États du Sahel (Aes) en passant par la Force mixte multinationale du bassin du Lac Tchad, elles sont légion ces alliances militaires pour faire face aux lésions sécuritaires qui assaillent presque l’ensemble des pays de la bande sahélo-saharienne et aujourd’hui les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest. A-t-on tiré les leçons de toutes ces expériences antérieures qui tant bien que mal ont apporté des réponses à l’urgence sécuritaire du Sahel malgré les échecs inhérents à la marche d’une coalition militaire ?
Créée en 2014, la Force conjointe du G5 Sahel composée du Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad, n’a pas pu faire la différence face à la situation que traverse le Sahel depuis une décennie. Avec ses tares congénitales depuis sa mise en place et aussi sa dépendance financière vis-à-vis des donateurs extérieurs, le G5 Sahel devrait suivre une réorientation stratégique pour réussir son ambition de faire de cette zone « un espace de sécurité et de développement ».
Beaucoup de ses membres fondateurs, à l’exception de la Mauritanie et du Tchad, traînent des déficits structurels et opérationnels de leurs systèmes de sécurité depuis des années. Ce qui fait que ces appareils ont eu d’énormes difficultés à s’adapter aux couleurs et à l’ampleur des nouvelles menaces dites asymétriques.
Sa petite sœur, la Force unifiée de l’Aes ne risque-t-elle pas de connaître le même sort que le G5 Sahel tant son accouchement présente les mêmes signes cliniques ? Les appareils sécuritaires de ces trois pays n’ont pas connu de grandes améliorations de leur santé opérationnelle et structurelle avec le terrorisme jihadiste qui ne cesse de progresser. Si nous considérons les difficultés pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et aussi de l’Union africaine à mettre en place leur Force en attente pour répondre rapidement aux urgences sécuritaires, il sera ainsi difficile pour ces trois pays d’y aller rapidement pour que cette Force unifiée réponde aux défis opérationnels et fonctionnels.
« Dans cet espace commun, nos forces pourront désormais intervenir ensemble avec cette Force unifiée, qui est pratiquement prête, avec un effectif de 5.000 hommes. Elle aura non seulement son personnel, mais ses moyens aériens, terrestres, de renseignement et, bien sûr, son système de coordination. Il s’agit d’une question de semaines avant qu’elle ne soit opérationnelle», a déclaré, la semaine dernière, le Général Salifou Mody, ministre d’État chargé de la Défense nationale du Niger. En attendant de travailler sur les défis de l’interopérabilité, c’est-à-dire l’aptitude des armées alliées à agir ensemble de manière cohérente, efficace et efficiente, il serait intéressant de voir comment ces trois pays, le Burkina, le Mali et le Niger pourront mobiliser face à leurs urgences sécuritaires internes 5.000 soldats qui constituent presque une brigade.
A cela s’ajoutent les moyens aériens et terrestres y afférent pour des pays comme le Mali et le Niger avec l’immensité de leurs territoires. Ces trois pays, qui mettent en avant la souveraineté dans leur approche sécuritaire, ont fait partir les Forces occidentales principalement françaises pour après faire appel ou en phase de faire appel à l’appui d’autres pays dont la Russie via ses groupes militaires comme supplétifs de leurs appareils sécuritaires. Avec l’effondrement du régime baasiste en Syrie, qui était sous l’aile protectrice russe, il n’est pas opportun de prendre ce pays comme allié stratégique dans la mise en place de cette Force unifiée de l’Aes.
La Russie qui s’est perdue dans le bourbier ukrainien ne pourra aider continuellement les pays sahéliens face au guêpier jihadiste.
Autant de défis opérationnels et structurels que la Force unifiée de l’Aes devra surmontter pour se mettre sur la ligne de départ et faire face au jihadisme… oumar.ndiaye@lesoleil.sn
Par Mamadou Oumar Kamara
SOIGNER PAR-DELA LE CORPS
Nous allons évoquer la méthode, voire l’école instituée par Pr Henry Collomb, psychanalyste agrégé en neuropsychiatrie, ancien chef du Département psychiatrie du CHU Fann
Il s’agira aujourd’hui d’art-thérapie. En Occident, elle est souvent admise dans sa valeur strictement scientifique ; définie comme un accompagnement thérapeutique à travers la création artistique. En Amérique du Nord, c’est principalement au moyen des arts visuels, tandis qu’en Europe, le menu s’élargit : musique (musicothérapie), théâtre, danse, entre autres spectacles vivants. Cela se rapproche mieux de nos réalités africaines, avec le recours à des moyens souvent perçus comme folkloriques mais renfermant des bienfaits capables de panser l’âme autant que le corps.
Nous allons évoquer la méthode, voire l’école instituée par Pr Henry Collomb, psychanalyste agrégé en neuropsychiatrie, ancien chef du Département psychiatrie du CHU Fann. Après son arrivée à Dakar à la fin des années 1950, le psychiatre avait réussi sa mission de fracturer « la conception qui voulait réduire le psychique à quelque chose de médical », tel qu’il s’en explique à la page 26 du livre « Psyché, L’Histoire de la sensibilité » de Hubert Fichte. En intégrant le « ndëpp » dans sa thérapie, avec « Pencum Fann », il l’entendait comme un rite de réintégration, de désenvoûtement et de renaissance. Car le malade mental est considéré comme désengagé de sa tradition, de sa famille, donc de sa culture, suite aux assauts de « rab ».
Mais en toile de fond (et même dans la forme), c’est tout en art que c’est servi. Le « ndëpp », rite sacré lébou, est une cérémonie d’exorcisme au rythme de battements de tambours, de chants et de danse.
Au-delà de son univers mystique, sa couverture et ses secousses sont purement artistiques. La musique notamment. L’ingénieur de son et producteur Pape Armand Boye, sur sa page Facebook, offre des exemples qui peuvent s’y rapporter, à travers deux vidéos. Sur la première, il expose le rapport du plaisir à la douleur dans la production musicale. Il explique comment, dans la composition, la musique agit sur la neurobiologie pour guérir les peines et colorer tout un réseau d’émotions. Le diptyque texte/mélodie refuse pourtant le déni de la réalité, et aide l’auditeur à se détacher de sa souffrance. Pour l’illustration, il présente le titre « Adou Calpé » d’Ismael Lô (Version opus « Diawar »). Pour l’autre, il choisit « Bamako » de Youssou N’Dour pour établir l’écriture qui pénètre la sensibilité de l’auditeur. Pape Armand dénote l’importance du refrain et du chœur, encore sous l’aspect neurobiologique. Il a été découvert l’ocytocine, l’hormone de l’amour ou de la confiance. Quand un groupe chante en chœur, cette hormone se déclenche chez les individus. Lorsque ce chorus se répète dans notre conscience, il nous attache à la chanson pour la relier à un vécu. Ce, engendrant inéluctablement un sentiment bienfaisant et rédempteur, par l’amour et la confiance suscités. Abdoul Edouard Dia évoque la musicothérapie dans son livre « Hermès T., ou l’ultime secret d’Akhenaton », avec Thierno Hill qui sort progressivement de son coma au son de douces mélodies de son enfance. La musicothérapie, aujourd’hui en plein progrès, s’impose comme un levier de soin, capable d’apaiser les troubles psychoaffectifs, les déséquilibres comportementaux et les dérèglements sensoriels. Comme avec Thierno Hill, la musique en résonance avec son histoire, réanime ses sens et assure sa santé mentale. Elle ne se contente pas de soigner, elle ramène à la (belle) vie. Le « xalam » est d’une nature et d’une capacité fabuleuse, par sa constitution d’abord. Peau de chèvre morte pour sa couverture, la carcasse faite de bois mort et cinq cordes à partir de queues de bêtes mortes. On y ajoute également les ongles, peaux mortes, utilisés comme médiators de cette guitare traditionnelle. Tous éléments morts, pour constituer un instrument musical qui dialogue avec l’humain, donc prend vie, et ravive même le cœur meurtri. On prête cette réflexion souvent àSerigne Mansour Sy Balkhawmi (père de l’actuel Khalif des Tidjanes, Serigne Babacar Sy Mansour), et parfois à son petit frère Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh. Toujours est-il qu’elle est d’une vérité certaine et est spirituellement chargée de sens. Un superbe moyen de guérir l’âme au-delà du corps. (Vous aurez remarqué que nous ne statuons nulle part sur la licéité de la musique. Nous ne disons pas qu’elle est halal, ni qu’elle est haram. Juste célébrer sa puissance agissante sur le corps et l’âme).