Notre pays, sur forte prescription des plus hautes autorités politiques, s’interroge sur les voies et moyens d’optimisation des rendements de notre administration publique. Certes, l’équation est difficile mais elle est inévitable et de sa résolution se dessineront notre avenir économique et notre forteresse pour un partage mutuellement avantageux de notre espace géographique. En effet, sans une administration publique forte, transparente, dotée d’une réactivité stratégique d’exception, efficace et efficiente, point d’émergence socio-économique.
Ceci résulte du fait que les créateurs de richesse et générateurs d’emplois ne peuvent doper leur inventivité que dans un univers propice à l’explosion de leur génie en dormance. Le monde bouge ! Nous pouvons évoquer, sans prétendre à l’exhaustivité : les changements climatiques, les catastrophes naturelles devenues récurrentes, l’insécurité alimentaire, la répartition disruptive des ressources générées dans un espace géographique donné, l’essentiel des richesses captées par des élites sans empathie, une diffusion asymétrique de l’information, une exploitation sans limite des ressources naturelles des pays pauvres, un obscurantisme entretenu par l’ignorance des uns et la passivité des autres, une volonté extrême de puissance de certains grands pays voulant s’ériger en gendarmes mondiaux, un fanatisme incontrôlé, une xénophobie révoltante, les doutes planant sur nos communautés économiques régionales telles que la Cedeao, etc.
Face à de tels éléments d’une gravité sans borne, l’heure devrait être, me semble-t-il, à la synergie de toutes les intelligences, de tous les moyens et tous les efforts pour – d’une part, densifier notre carapace dans ce monde d’interconnexion sans ,vraiment, une réelle empathie – et d’autre part, nous réinventer pour assurer une souveraineté plurielle(alimentaire, énergétique, monétaire..) En abrégé, conjuguons à la première personne du pluriel! Car nous avons des ressources humaines de qualité. Pour preuve, il m’est inconnu et je ne me souviens d’aucun domaine dans lequel des compatriotes ne sont pas cités pour leurs compétences, leur sérieux et leur dévouement. Ils sont dans les organisations internationales, professeurs dans les plus grandes universités du monde, leaders de grandes multinationales, membres de prestigieuses sociétés savantes du Nord et du Sud, leaders dans les grandes sociétés civiles du monde.
Ces experts sont aujourd’hui affolés par la violence des débats à l’échelle nationale et craignent toute participation au débat citoyen de peur d’être insultés, chahutés par des personnes qui n’ont d’autre force que leur courage et leur parfaite ignorance. Il faut honorer la connaissance comme un aimant, dans la construction d’une émergence économique aux dividendes partagés. C’est le prix à payer cash pour un Sénégal décomplexé, entreprenant, riche d’une exploitation optimale de ses diverses potentialités. À mon humble avis, un appel à candidatures pour les prestigieux postes de notre administration s’impose. Toutefois, la refondation doit être globalisante .Et sans doute, l’appel à candidatures est une première pierre précieuse dans la constitution de cercles de qualité totale que j’ai déjà désignés sous le vocable « d’équipes nationales de compétences », forces motrices d’une émergence normée. Mon vécu professionnel national et international m’incite à penser qu’une administration à la recherche d’une performance constamment revigorée doit:
1- recruter dans ses différents compartiments sur concours
2- nommer ses dirigeants par appel à candidature, assorti d’une véritable enquête de moralité ;
3- exiger une lettre de mission annuelle pour tous les cadres, signée par l’intéressé et son supérieur hiérarchique direct ;
4- procéder à une évaluation annuelle sur la base de lettre de mission de l’agent, pour permettre l’avancement de catégorie ;
5- procéder à une évaluation pluriannuelle ou évaluation de carrière sur une fréquence à déterminer. Ainsi, le grade n’est plus octroyé en fonction de la durée à un poste mais plutôt sur la base de l’efficacité et de l’efficience de l’agent ;
6- distinguer le grade de la fonction occupée. Ainsi, toute personne nommée aura comme salaire, celui correspondant à son grade et des indemnités de fonction.
7- limiter le temps d’occupation d’un poste de Directeur ;
8- plafonner l’âge pour faire acte de candidature dans un appel à compétition ;
9- respecter l’âge de départ à la retraite des Directeurs ;
10- éviter d’avoir des services à forte connotation familiale ;
11- exiger une déclaration annuelle de patrimoine de tous les Directeurs ;
12- mutiplier les formations de mise à niveau des animateurs.
À titre illustratif , dans un proche avenir, l’intelligence artificielle va nous imposer de nouvelles pratiques, il urge de ne pas rater le train. En conclusion, il faut une révolution de nos attitudes et comportements pour une administration publique nouvelle, intrant stratégique, pour un Sénégal nouveau Ces propos sont ceux d’un retraité viscéralement attaché à son pays, d’un ancien combattant assoiffé de paix, de tolérance et de progrès durables et continus pour notre patrimoine commun: le Sénégal.
Par Vieux SAVANE
DE QUI SE MOQUE-T-ON ?
Drôle de pays que le nôtre où l’on fait mine de ne pas se rendre compte qu’il est gangrené par une gestion prédatrice et clientéliste des deniers publics. Tout ce tapage alentour semble bien dérisoire lorsqu’il est question de la reddition des comptes
Les rapports de la Cellule nationale de Traitement des Informations financières (Centif) transmis au Procureur de la République qui font étalage de crimes économiques présumés donnent froid dans le dos.
A bien des égards ils sont révélateurs du rapport au pouvoir qui travaille ce pays qui est le nôtre. Aussi, en lieu et place des indignations, des cris d’orfraie et des mouvements de soutien qui s’époumonent ici ou là, il conviendrait plutôt de s’interroger sérieusement sur une réalité indéniable qui le gangrène et plombe l’économie nationale.
Depuis ces dernières années en effet, le compteur de l’impunité et de la prédation s’affole en attendant que la justice fasse enfin son travail dans le respect de la séparation des pouvoirs. Dernier rempart susceptible de garantir la cohésion sociale, elle a l’obligation, à travers les personnes qui sont censées la dire au nom du peuple sénégalais, de rester fidèle à son serment. Et cela, conformément à l’idéal de la balance, symbole d’équilibre qu’elle incarne, parce que censée ne pencher ni d’un côté ni de l’autre. En dehors de toute connivence, refusant d’être aux ordres, il lui revient de dire le droit en ayant pour seule boussole, une conscience trempée dans l’éthique et la déontologie. C’est à ce prix qu’elle pourra contribuer à l’éveil d’une nouvelle confiance citoyenne autour de laquelle pourra s’édifier et se consolider le vivre-ensemble.
Et cette dernière, convient-il de le rappeler, se noue autour de l’exemplarité. Les dirigeants actuels doivent par conséquent montrer qu’ils incarnent au premier chef, la rupture systémique à laquelle ils appellent. Aussi, importe-t-il qu’ils nous montrent de la simplicité, de l’humilité et de l’ardeur au travail en prônant une vigilance à toute épreuve, refusant de succomber à cet ego hypertrophié qui aveugle et fait sombrer dans l’hubris d’un pouvoir fait d’arrogance et d’irresponsabilité.
Au premier chef sont-ils donc appelés à s’éloigner de cette culture de l’apparat voire du m’as-tu vu avec ces énormes bolides en provenance des usines de l’Occident décrié et/ou d’Asie, et qui coûtent aux deniers publics. L’Asie aurait dû au contraire, servir plutôt de modèle, pour avoir montré sa capacité à compter sur ses propres forces. Voilà un continent qui a misé sur l’ingéniosité et le sens de l’engagement et du don de soi des citoyens guidés par la volonté patriotique de transformer positivement un espace, naguère humilié par la domination étrangère, en pays qui emprunte avec panache le chemin de la souveraineté économique.
Déprivatiser les trottoirs du palais
A rebours de tout cela, la gouvernance impériale semble prendre ses quartiers sous nos cieux. Les tenants du pouvoir sont encore dans un m’as-tu vu, fait de sirènes, de gyrophares et de cortèges tapageurs. Avec en prime, pour le chef de l’État, des déplacements sur des parcours jalonnés par un impressionnant dispositif des forces de l’ordre. Sans compter cette régression démocratique qu’on peine à comprendre et que même les régimes précédents n’avaient osé imposer et qui consiste en la privatisation des trottoirs qui bordent le Palais présidentiel, c’est-à dire la maison des Sénégalais. Ils sont interdits à la circulation piétonne; mesures inadmissibles en dehors des périodes de crise, puisqu’il s’agit d’un espace public. Aussi, est-il souhaitable que le gouverneur du Palais puisse corriger ce qui ressemble à un abus de pouvoir d’un autre temps. Et pour tout clore, tout dernièrement le chef de l’État a présidé un séminaire relatif à l’administration pour appeler à plus d’efficacité, oubliant de relever que la première mesure à prendre car commandant tout le reste, et que les autorités doivent incarner au premier chef, est de rompre avec l’heure sénégalaise. Cet alibi paresseux qui pétrifie la ponctualité et ouvre un grand boulevard au laxisme, jusqu’à pas d’heure.
Il urge alors que les mots épousent les choses dans le sens d’une rupture qui refuse de se complaire dans l’incantation, oubliant que la puissance performative est de l’ordre du champ mystico-religieux, contrairement à celui de la réalité concrète qui nécessite que l’on se confronte à elle. En dehors des mots, des belles promesses et des décisions sans lendemains qui chantent. Une manière de s’inspirer ainsi de Thomas Sankara, une des références du pouvoir actuel, qui lui avait l’honnêteté de se conformer à l’idéal auquel il appelait. Avec simplicité et humilité, il circulait dans une petite voiture, incitait avec vigueur à une consommation endogène, à l’image du port « Faso danfani ».
La gouvernance n’est pas un gâteau à partager
L’actuel pouvoir avait par ailleurs promis de se démarquer du népotisme et de toute forme de tribalisme en ayant recours à des appels à candidature pour là aussi, finir par se noyer dans le poto-poto partisan, oubliant que la gouvernance n’est pas un gâteau à partager, ni une récompense pour services rendus mais question de compétence et de sens aigu du service public. Ce qu’on attend de nos dirigeants c’est de transpirer, de voir leurs cheveux blanchir sous le harnais, leurs mines préoccupées, à cœur de sortir le Sénégal de l’ornière. On attend d’eux qu’ils révolutionnent notre rapport au pouvoir. Que l’on n’ait plus à se réjouir de la nomination d’une tierce personne à un poste de responsabilité signifiant par-là, qu’elle va avoir accès aux ressources. Les urgences devraient pourtant être ailleurs au regard des problèmes de santé, de l’emploi, de la promotion positive des femmes dans les sphères de décision, des enfants talibés qui se voient voler leur avenir, etc. Alors que l’école est obligatoire ne les voilà-ils pas jetés dans la rue à la merci de toutes sortes de prédateurs sexuels et autres usuriers ? Autre signe inquiétant, on voit se poursuivre en dépit de toutes les campagnes de prévention et des mesures de répression, des vagues de départ de jeunes par pirogues, au risque de leur vie, en dépit des rêves et du « Projet », à la recherche d’une bouée d’espérance. Sans compter que le front syndical est entrain de se réchauffer, du fait de l’impatience qui commence à gagner certains secteurs sociaux.
La rupture systémique promue doit donc impérativement s’éloigner de la fétichisation des slogans pour avoir l’obsession de dérouler un chemin autre, en n’ayant pas en ligne de mire un second mandat car cela implique des calculs politiciens avec tout ce que cela suppose comme renoncement à des principes. Qu’importe du reste ce qui adviendra, car s’impose un sens du sacrifice, puisqu‘il faudra balayer toutes les mauvaises habitudes acquises durant ces dernières années, lesquelles se sont sédimentées autour du clientélisme et de la prédation.
Assurément, le souverainisme ce n’est pas passer son temps dans une conflictualité de dénonciation, mais s’inscrire dans une démarche de compter sur ses propres forces, comme axe central articulé autour de l’ouverture aux autres. Il s’agit en effet d’inverser la donne de l’échange inégal en se focalisant sur ce qui permet d’être maître de son destin. En somme consommer ce que l’on produit et produire ce que l’on consomme, car liberté ne peut être sous tutelle
L’impératif de justice
Drôle de pays que le nôtre où l’on fait mine de ne pas se rendre compte qu’il est gangrené par une gestion prédatrice et clientéliste des deniers publics ! Pour s’en convaincre, il suffit tout simplement de se souvenir de ce président de la République issu de la première alternance démocratique proférant ces paroles effarantes dès l’acceptation de sa défaite par l’opposition. « Nos problèmes d’argent sont maintenant terminés » avait-il clamé. Avec une brutalité teintée d’un cinglant cynisme, il posait ainsi un désastreux rapport au pouvoir ressemblant à un nid de la poule aux œufs d’or qui ne demande qu’à être pillé.
En réalité il ne faisait que mettre en exergue une vision qui s’est infusée dans le corps social et qui se traduit par le fait que, dès lors qu’une personne est nommée à un poste de responsabilité, ce qui intéresse d’emblée, ce ne sont pas les défis à relever mais la cagnotte qu’elle va devoir gérer. On se souvient aussi d’un autre président issu de la deuxième alternance qui se targuait d’avoir mis sous le coude des dossiers diligentés par l’inspection générale d’Etat (Ige), dans l’optique de neutraliser des adversaires politiques potentiels. Il menaçait aussi de se défaire de tout directeur de société nommé par ses soins en cas de défaite électorale, incitant ainsi à puiser allègrement dans les ressources publiques. Pourvu que ça rapporte gros sur le plan électoral !
A l’évidence, il est attendu ici que la justice s’empare des dossiers qui lui sont soumis par la Centif et puisse les instruire équitablement. A charge et à décharge, loin des calculs et des pressions politiques. Tout ce tapage alentour semble bien dérisoire lorsqu’il est question de la reddition des comptes. A se demander de qui se moque-t-on ?
Par B. Khalifa NDIAYE
PARFUM D’AFRIQUE
Il a plané comme un parfum d’Afrique au-dessus du stade Ngalandou Diouf de Rufisque, samedi lors de la rencontre Teungueth FC – Jaraaf, les deux derniers représentants du Sénégal en compétitions continentales des clubs.
Il a plané comme un parfum d’Afrique au-dessus du stade Ngalandou Diouf de Rufisque, samedi lors de la rencontre Teungueth FC – Jaraaf, les deux derniers représentants du Sénégal en compétitions continentales des clubs.
Et à l‘arrivée, malgré les 5 buts inscrits, la victoire des visiteurs (3 – 2) et un spectacle parfois plaisant, on a compris en partie pourquoi nos « Africains » peinent à exister à l’international : nos équipes ont du mal à être constantes sur un match complet. Teungueth FC avait très tôt ouvert le score et tellement dominé la première période qu’on a un moment pensé que le Jaraaf était encore groggy et ne s’était pas totalement remis de son élimination en phase de poules de la Coupe de la CAF, une semaine plus tôt à Alger.
Et qu’à l’inverse, les Rufisquois, qui n’avaient pas pu passer le tour préliminaire de la Ligue des champions, avaient eu le temps de digérer leur désillusion d’août dernier face au Stade d’Abidjan. Même si par ailleurs ils sont carrément à la ramasse en championnat et éliminés de la Coupe du Sénégal. Battus dans le jeu et dans l’envie, les « Vert et blanc » semblaient avoir du mal à retrouver leurs esprits et à revenir aux joutes domestiques après avoir, eux, failli fréquenter les cimes continentales. Et puis changement de décor à la reprise.
Le Jaraaf transfiguré s’est enfin décidé à … commencer son match. Alors, les locaux de TFC perdent pied, le temps d’encaisser trois buts avant, eux aussi, de se rappeler qu’ils étaient champions du Sénégal en titre et qu’ils avaient un rang à défendre. Mais ils ne purent que réduire la marge dans le temps additionnel. Intermittents du jeu (et accessoirement du spectacle), Jaraaf et TFC ont aussi alternativement eu Eole pour autre adversaire. Ceci explique certainement cela. Car aucune des deux formations n’a réellement développé son jeu lorsqu’elle avait le vent de face. Or, pour exister, surtout en Afrique, il faut savoir s’accommoder à certains facteurs exogènes, tels que le vent, la canicule, la pluie, la fraicheur pour ne pas dire le froid.
Samedi, ce n’était pas l’Afrique même si deux ex « Africains » étaient de sortie en rattrapage de la 10e journée du championnat de L1. On ne s’est certes pas ennuyé, mais on était en droit d’attendre bien plus. Le retour sur le continent passe par des prestations bien plus convaincantes. Surtout que, même s’il s’est arrêté aux portes des quarts de finale de la Coupe de la CAF, le Jaraaf a donné des idées à certaines formations qui rêvent de réussir à faire au moins autant. L’US Gorée qui n’a plus humé l’enivrant parfum d’Afrique depuis bientôt 20 ans mène « la révolte » et même les promus Wally Daan et Oslo s’amusent à jouer les trouble-fête.
C’est vrai que, comme dans la pub d’une certaine boisson énergisante, « l’Afrique donne des ailes ». Mais, attention à ne pas se les brûler et gare à la gueule de bois des lendemains de terribles désillusions. PS : Pour rester en Afrique, ce soir, le Sénégal connaîtra ses premiers adversaires à la CAN de football « Maroc 2025 ». Les spécialistes de la météo sportive auront ainsi presque onze mois (et le début de la compétition le 21 décembre prochain) pour tirer des plans sur la comète.
Par Elhadji Ibrahima THIAM
L’ADMINISTRATION SENEGALAISE, CETTE DEDAIGNEUSE
«Nous avons une administration républicaine, mais souvent figée dans des schémas dépassés ». a déclaré le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye lors de la Conférence des administrateurs et des managers publics (Camp) du 20 janvier dernier
«Nous avons une administration républicaine, mais souvent figée dans des schémas dépassés ». S’il y avait une seule phrase à retenir du speech du chef de l’État Bassirou Diomaye Faye lors de la Conférence des administrateurs et des managers publics (Camp) du 20 janvier dernier, c’est bien celle-là.
On pourrait y ajouter, une administration hypertrophiée, banalisée, paralysée, démystifiée et désacralisée que cela ne choquerait pas le commun des Sénégalais qui, dans leur écrasante majorité, ont une très mauvaise perception de leur administration et des services qu’elle leur offre. Et c’est à raison. Quel Sénégalais n’a pas, une seule fois de sa vie, été victime de lenteurs administratives ? Combien de fois un usager, sur pieds dès les premières heures de l’aube, brave une longue distance, débarque dans un service pour un document administratif et constater l’absence du préposé à ce service ou bien se voir jeter à la figure que le document en question n’est pas encore disponible ?
Pièces d’état civil, carte d’identité nationale, casier judiciaire, passeport, permis de conduire ou simple légalisation de papiers, le Sénégalais lambda n’est pas toujours certain d’entrer en possession de son document dans des délais raisonnables à l’ère du numérique. À plusieurs niveaux, la qualité de service au sein de l’administration sénégalaise est défectueuse. Prenons l’exemple de l’accueil au sein des structures hospitalières publiques, il est tout sauf accueillant, réconfortant, rassurant, chaleureux.
À la place, malade et accompagnant récoltent dédain et discourtoisie d’un fonctionnaire au regard torve comme s’il avait devant lui un quémandeur plutôt qu’un ayant droit d’un service public précis. Si ailleurs le client est roi, dans nos services publics l’usager est un valet qui doit aussi faire face aux longues attentes d’un préposé au service pour qui le respect des horaires est le cadet de ses soucis. On le voit donc, le laïus du président de la République résume de manière éloquente le mal qui ronge l’administration sénégalaise, engluée dans une complexité et une lourdeur des procédures de services publics qui en déroute plus d’un usager.
Au-delà de la bonne gestion des deniers publics, ce qui est surtout attendu des managers et administrateurs publics, c’est d’impulser une véritable rupture dans le fonctionnement des services sous leur autorité. Le diagnostic est posé depuis toujours, mais le chantier demeure inachevé. Et justement, parlant de schéma, il nous revient la mise en place, en 2013, du Schéma directeur de modernisation de l’Action publique (Sdmap) dont le but était, à l’époque, de simplifier les procédures d’offres de services publics. Pour sa mise en œuvre, il fut même créé une Délégation générale à la réforme de l’État et à l’assistance technique (Dgreat). Il n’en fut rien. Plus récemment, des ministères, avec différentes appellations – Réforme du service public, Transformation du secteur public, Renouveau du service public – ont été érigés pour prendre la question à bras-le-corps.
Les mauvaises habitudes persistent. Chaque nouvelle dénomination ministérielle cachant une réalité profonde difficile à juguler. Il faut croire que lenteurs et lourdeurs semblent être consubstantielles à l’administration sénégalaise, au grand détriment des pauvres usagers réduits à pousser plaintes et complaintes sans lendemain. L’actuel ministre de Fonction publique et de la Transformation du Service public (tiens, tiens), dans la foulée du constat présidentiel, a lancé des concertations pour la réforme du service public qu’il qualifie « d’impératif moral ». On lui souhaite bonne chance, espérant qu’il ne sera pas démoralisé face à cette tâche herculéenne dont les morales de l’histoire sont jusqu’ici peu inspirantes.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
FATOU NDIAYE SOW, UNE POÉSIE POUR LA MÉMOIRE
EXCLUSIF SENEPLUS - Sa poésie minimaliste capture l'essence même de l'histoire africaine, des souffrances de l'esclavage à l'espoir de la renaissance. Dans "Gorée", chaque mot est pesé, chaque image est ciselée pour porter la mémoire d'un continent
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Fatou Ndiaye Sow nous entraîne dans son univers poétique de simple manière. Les images sont épurées, touchant l’essence du verbe « dans les hauteurs célestes », aboutissant à la pureté de la parole.
Cette poésie minimaliste évoque la minutie du graveur de pierres, elle laisse des traces sur les rochers lisses par la « mer immense, mer sans limite ».
Le style est intensément poétique, retenu et déployant des figures scintillantes comme « les vagues nacrées ». Cette poésie, qui inspire la beauté de l’aube et l’infini de l’horizon, porte en elle une unité émotionnelle qui bâtit un ton personnel.
Puis l’imaginaire de la poétesse se métamorphose, le « je » devient un autre. On remonte le courant de l’histoire, « un soir sans lune », pour suivre le récit insoutenable de la déportation, de l’esclavage et de l’exploitation qui perdure.
Gorée, texte poétique à la beauté saisissante, est la somme de la douleur du génocide, du sang qui jonche la poussière « de routes inconnues », de l’espoir qui renaît à relever la tête, à dire la vérité, sa conviction, à ne pas laisser se briser les liens de l’histoire, à retrouver le corps meurtri de l’Afrique qui a laissé son souffle dans les Caraïbes et aux Etats-Unis d’Amérique.
La renaissance africaine est contenue dans cette élévation de la mémoire, dans les chants amers et féconds du monde noir qui résonnent sur toute la terre. L’âme africaine est dans toutes les musiques du monde, elle se livre pour répandre l’histoire des royaumes déchirés, la longue traversée mortelle, la fougue du désir retrouvé, la dignité à se connaître et la grandeur à renaître.
Née en 1937 à Tivaouane (Sénégal), Fatou Ndiaye Sow a été professeure à l’école primaire. Elle a publié de la littérature pour la jeunesse, « Takam-takam », éditions N.E.A., 1981 et a composé des nouvelles encore inédites. Elle est membre fondatrice du comité international des femmes écrivaines. Elle est décédée subitement le 23 octobre 2004, alors qu’elle participait à un congrès de femmes écrivaines africaines à New York.
Un sort scellé. Un destin brisé. Une vie en lambeaux. Une grande déchirure. Conscience violée. Je ne suis qu’un objet qui vole au gré du vent. Aucun regard. Aucun amour. Aucune haine même. Parce que je suis inexistant
Ô mon Dieu, pourquoi suis-je destiné à être cet être que tout le monde balaie du regard dans les rues ? Et surtout dans les rues de Dakar, où nous pullulons tels des rats d’égout. Ô bon Dieu, pourquoi tant de pitié envers l’être que je suis ? Pourquoi un tel évitement du regard des gens ? L’on me fuit et me poursuit. Je suis une proie facile. L’on me viole du regard. Toujours à la recherche de la pitance. En guenilles. La main tendue et dans le froid. Je grelotte. Je pleure. En effet, la pitié se lit sur le visage de bon nombre de passants. Je suis très fatigué, bon Dieu. Je pense à mes parents qui, emportés par une irresponsabilité sourde et faute de moyens voire d’une crise économique aigüe, m’ont abandonné dans les bras de quelqu’un qui se fait passer pour un maître coranique. Alors qu’il est un faux dévot. Ô Dieu, pourquoi cette vie de chien ? Même un chien a une vie plus confortable que la mienne. Personne, je pèse et soupèse mes mots, ne m’aime ! Aucun regard. Aucun amour. Aucune haine même. Parce que je suis inexistant. L’on fait semblant de me voir mais je suis invisible. Je ne compte pour personne. Ce qui importe pour mon maître coranique, c’est ce que je rapporte tous les soirs, à la fin d’une journée de marathon et de dur labeur. Seule la pitance l’intéresse. Ô sacrilège ! Ô désespoir ! Mon Dieu, pardonne à mes parents, à mon maître censé m’apprendre le Coran et à l’Etat parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font !
L’irresponsabilité de mes parents
Je devais être un élève ou disciple apprenant le Coran. Tels sont mes dessein et destin. Que nenni. Le maître coranique, à la voix mielleuse, habillé de jolis atours et d’un boubou blanc, fit croire à mes pauvres parents que j’étais destiné à l’apprentissage du Coran. En effet, il m’enleva de la tendresse familiale et fit de moi son esclave. Un destin brisé auquel je fais face tous les jours. Et pourtant, j’étais un bon élève avant que l’on m’arrachât à l’affection de mes parents. L’on me prédit un bel avenir mais mes parents n’y avaient peu ou pas cru. L’occasion s’offrit et l’on m’offrit à ce charlatan des mots. Ce charlatan qui fait du Coran son fonds de commerce. Je ne puis croire que c’est mon destin mais en l’alchimie de la condescendance et de la bonne parole qui a germé dans certains esprits malsains. En effet, le mot talibé découle du mot apprenti. Celui qui veut apprendre et a une soif de connaissance. C’est ce qu’on dit à mes parents que je ne condamne pas. Ils sont ce qu’ils sont. Et moi, l’objet de leur désir. Un être ne devant pas avoir droit au chapitre. Un être calfeutré dans un silence assourdissant et la mort dans l’âme. C’est fort de café ce que je veux dire : j’ai été vendu comme un vilain esclave.
Mon maître coranique
Ô mon maître ! Lui-là, je le condamne fermement ! Il fit de moi ce qu’il voulut que je fusse. C’est-à-dire son objet. Sa chose. Son jouet. M’a-t-il appris quelque chose ? En effet, il a mis dans mon crâne, embué de contre-vérités, que quelques versets du livre saint. Lui-là, c’est faites ce que je dis mais ne dites pas ce que je fais. La chicotte est sa communication. Il est très économe de parole. Un sacré artiste, celui-là ! Et que dire de l’heure de la prière, il n’en fait pas trop son affaire. Pour lui, cela le dérange à tel point qu’il préfère aller dormir. Un de ses jeux favoris, c’est de nous réveiller en nous versant des sceaux d’eau froide sur le visage. Et tout en nous répétant d’aller à la quête de la pitance et de nous exiger le montant que nous devions ramener à la maison. A défaut de somme exigée, la chicotte fera sa mue. En rire ou en pleurer ? Telle est la vie dans la plupart des daras de ce Sénégal-là. Et moi, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cette chienne de vie ? Je ne peux le dire. J’ai du mal à trouver les mots parce qu’ils n’arrivent pas à sortir de ma gorge profonde. Un sort scellé. Un destin brisé. Une vie en lambeaux. Une grande déchirure. Conscience violée. Je ne suis qu’un objet qui vole au gré du vent.
Le rôle de l’Etat
L’Etat sénégalais dans toute sa splendeur. Cet Etat dans toute sa providence. Cet Etat protecteur. Qu’a-t-il fait pour parer à cette décrépitude de la société ? Une sans loi et encore moins investie dans l’amour du prochain. Rien et tout dans le vent ! Alors autant vaut la parole publique ? Elle n’est plus sacrée et surtout au Sénégal. Ce pays a failli à une de ses missions premières. Celle de protéger ses propres enfants. Mais à l’heure actuelle, l’on assiste à une résurgence de ce phénomène social. La pauvreté à tous les étages. A chaque coin, il existe des moi et des moi, en loques, la morve au nez, le visage si triste à réveiller un mort, et tendant la main et ne sachant même pas réciter un verset du Coran. Il est des moments où l’Etat semble oublier ce qui fait sa force de demain, sa jeunesse. Cette richesse qui coule de source que nous envie la vieille Europe. L’Etat, les talibés et la responsabilité des hommes ? Une drôle d‘histoire menée de main de maître par certains lobbys tapis à l’ombre. Et chacun y trouvant son compte. Mais bon Dieu, fais que ma situation change ! Me demande si je pourrais tenir face à cette dangereuse cavalcade parce que je suis las de vivre ainsi. Vivement que la vieille faucheuse vienne m’emporter et autant en emporte l’enfant talibé que je suis ! Né pour souffrir. Né pour ne plus compter dans ce bas-monde happé par la décadence d’une société. L’on parle in fine de Sénégal-50 et de son Agenda national de transformation, l’ère du président Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko. De zéro talibé dans les rues de Dakar et dans les grandes villes du Sénégal. Vivement la repentance de tous les acteurs ! Vivement que demain soit aujourd’hui. Vivement la fin de ce calvaire tuant à petit feu la société d’où pourrait surgir un jour une violente révolte embrasant tout sur son chemin. A ma muse doublée d’un bel esprit d’une matinée sur fond d’une conversation succulente posée sur les deux bords de la Méditerranée que t’est destinée cette supplique de l’enfant talibé pour réveiller le catharsis sommeillant en nous.
par Abdoul Aziz Diop
LE TESTAMENT POLITIQUE DE MAMADOU DIA
Le désarroi d'Ousmane Camara face aux insuffisances du Sénégal contemporain le pousse à une relecture radicale de l'indépendance. Mais les témoignages historiques, notamment ceux de Mamadou Dia, révèlent une réalité plus nuancée
Prenant la parole à l’occasion de la cérémonie de présentation du rapport significatif d’étape – « Introspection, rétrospection et prospection : 50 ans d’indépendance en Afrique de l’Ouest » –, initié et réalisé par la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), l’ancien juge Ousmane Camara dit être « effrayé par ce qui est arrivé » au Sénégal pendant et après les événements de décembre 1962. L’ancien ministre dans les gouvernements des présidents Senghor et Diouf considère alors que « jusqu’à présent nous vivons la même chose ». Et Ousmane Camara d’ajouter qu’« en réalité, nous n’étions pas indépendants. Cette indépendance était un leurre. Tous nos problèmes découlent de cela ». C’est qu’à ses yeux, « Senghor et Dia n’étaient que des pions ». Cette sentence est d’un grand intérêt quoique confusément sévère et polémique. Son intérêt est tel qu’elle pousse son auteur à proposer au pays « la tenue d’états généraux de l’histoire du Sénégal ». Mais c’est là que tout se complique puisque « l’histoire, avertit le grand romancier Argentin Enesto Sabato, est faite d’oublis et de sophismes ».
Ce n’est qu’en 1979, cinq ans après sa libération de prison et trois ans après son amnistie, que l’instituteur Mamadou Dia - qui fut, pendant treize ans, le secrétaire général du Bloc démocratique sénégalais (BDS), sénateur, député à l’Assemblée nationale française, député du Sénégal, maire de Diourbel et président du Conseil du gouvernement du Sénégal –, céda à la pression d’amis et de jeunes pour apporter son témoignage sur l’histoire politique du Sénégal.
Déjà victime d’une « mesure de rétrogradation » dans sa carrière d’enseignant du fait de son hostilité manifeste aux autorités coloniales et de son refus des mots d’ordre du régime de Vichy, Dia donna à la création du BDS « le sens d’une protestation contre la politique de la SFIO, qui se traduisait par l’inféodation à un parti politique européen ». Pour, comme disait Senghor, « tuer le vieil homme sénégalais » plutôt tenté par le « parti de clients » et le « remaniement de l’idéal de jadis », Dia, animé d’une conviction profonde et d’un désintéressement absolu, suscita une véritable « autonomie de pensée et d’action » en récusant, dès la Libération, tout arrimage aux partis européens. Très tôt, Mamadou Dia cria son indignation contre les « effets regrettables des compromissions » qui firent de Dakar et de Thiès des villes d’occupation par suite de la mutation des bases de la Communauté en bases militaires punitives et d’agressions contre les peuples qui se révoltent. « Dès 1961, écrit Mamadou Dia dans ses Lettres d’un vieux militant (Compte d’auteur, 1991), il y a eu des négociations avec le gouvernement français pour l’évacuation totale des bases françaises ». « Dans le domaine monétaire, ajoute-t-il, nos négociations avaient prévu la création d’une zone monétaire dans la région, zone monétaire indépendante de la zone franc. » D’ores et déjà, il nous paraît impossible de ne pas nous interroger sur ce qui s’est passé par la suite au détour d’« états généraux de l’histoire du Sénégal ».
A la différence d’autres témoins de l’histoire, Dia accusa Senghor de son vivant, lui offrant ainsi la possibilité de répondre. « C’est bien aux mutations subies par l’homme Senghor que l’on doit les avatars du Sénégal de l’après indépendance », tranche Mamadou Dia dans les colonnes du mensuel d’expression et de combat Andë Sopi. Mais Dia ne se contente pas d’une accusation. Les témoignages de Senghor dans une interview accordée à Bara Diouf, fin 1978, lui font justice quand on lui jeta à la face l’action de son gouvernement contre la classe ouvrière, le Parti africain de l’indépendance (PAI), le pluralisme et la démocratie entre 1959 et 1960. Quid du « pion » ? Dia répond lui-même : « Oui, j’ai été toujours ami de la France, mais jamais son agent. » En 1959, Mamadou Dia adressa à De Gaulle « une vigoureuse lettre de protestation » - ce sont ses mots – et fit arrêter deux Français impliqués dans un complot contre la Guinée. Dia réagissait ainsi à un communiqué diffusé à l’époque par Radio-Conakry et dans lequel le président Ahmed Sékou Touré accusait le Sénégal preuves à l’appui. Dia agissait en ami de la France tout en se défendant d’en être l’agent ou le « pion ». C’est que « nulle part dans le bréviaire du politique, il n’est écrit l’incompatibilité entre le nationalisme en actes et l’amitié pour les autres peuples dont les dirigeants respectent votre personnalité et ne piétinent pas vos droits ». Dia s’efforça d’élargir le champ de la coopération du Sénégal avec le reste du monde. Il prôna aussi « une solidarité de condition avec le Tiers-monde » contre « la coopération extravertie », facteur de « servitude économique », perceptible à travers, entre autres, « le Programme général d’importation (PGI) selon lequel, sous prétexte d’économies des devises, les importations du Sénégal hors CEE sont soumises à licences ». L’élargissement des relations avec l’Afrique au sud du Sahara achoppa, lui, sur « le renversement de tendance ou l’ère de l’auto-colonisation ».
On connaît la suite qui révulse Ousmane Camara, le poussant à se demander : « pourquoi en 2011 nous n’avons ni eau ni électricité ? » Dia déplora aussi l’état d’arriération d’un pays qui fut « le fer de lance du développement de l’Afrique, à l’aube des indépendances nationales ». Nous devons commencer par le dire si nous voulons des « états généraux de l’histoire » pour l’action. Mamadou Dia y contribue à travers son œuvre « que l’on n’aura pas tort de lire comme un testament politique à l’adresse de la jeunesse d’Afrique ».
En image, au recto de la page vierge de mon recueil de chroniques (octobre, 2003), les mots du président Dia écrits par son épouse sous sa dictée et qu’il signa lui-même de sa main de patriarche des bonnes causes sénégalaises, africaines et mondiales.
PAR Frédéric Kwady Ndecky
VIGILANCE FACE À LA MONTEE DES DISCOURS ETHNICISTES
EXCLUSIF SENEPLUS - Ces propos, qu’ils soient le fruit d’émotions mal maîtrisées ou de manipulations cyniques, sèment des graines de division qui, si elles ne sont pas extirpées rapidement, pourraient compromettre notre avenir commun
"Saytaane waxul dëgg waaye yàq nam xel" – Proverbe wolof (« Satan ne dit pas la vérité mais provoque le doute »)
Ne négocions jamais notre vivre ensemble !
Le Sénégal, pays d’équilibre et de résilience, a toujours su surmonter les épreuves pour préserver son unité et sa stabilité. Cependant, cette harmonie, fruit d’un héritage commun bâti au fil des décennies, est aujourd’hui mise à l’épreuve par la montée préoccupante des discours ethnicistes. Ces discours, comme le rappelle le proverbe wolof, ne disent pas forcément la vérité, mais sèment le doute et divisent. Ce doute, pernicieux et insidieux, menace de fragiliser notre cohésion sociale et d’alimenter des fractures qu’aucun citoyen responsable ne peut ignorer.
L’histoire politique et sociale du Sénégal témoigne d'une remarquable capacité à surmonter des crises profondes. La crise politique de 1988, marquée par des contestations post-électorales et des tensions prolongées, fut l’un des premiers épisodes de turbulences majeures qui ont secoué notre démocratie naissante. Quelques années plus tard, en 1993, l’assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel a plongé le pays dans une autre crise de grande ampleur, mettant à l’épreuve notre système politique et notre stabilité institutionnelle. Cependant, loin de sombrer dans la division, ces épreuves ont incité le Sénégal à prendre un tournant décisif. En renouant avec le dialogue national, en engageant des réformes profondes et en renforçant la transparence du processus électoral, le pays a non seulement surmonté ces crises, mais a aussi renforcé ses bases démocratiques. Ainsi, malgré la gravité de ces événements, le peuple sénégalais a fait preuve de retenue, de résilience et d’une profonde volonté de justice, permettant à notre pays de préserver sa stabilité.
Entre 2021 et 2023, le Sénégal a traversé une autre période de turbulence, marquée par des manifestations virulentes nourries par l’insatisfaction économique et des tensions politiques exacerbées. Des milliers de jeunes, frustrés par des défis sociaux et économiques, sont descendus dans les rues pour exprimer leur mécontentement. Ce contexte aurait pu dégénérer, mais fidèle à son héritage de dialogue, le Sénégal a su éviter le pire et amorcer un retour à la stabilité. Ces épisodes, bien que difficiles, illustrent notre capacité collective à protéger l’unité nationale et à surmonter les défis dans un esprit de paix. Ce sont ces valeurs que nous devons continuer à promouvoir et préserver sans compromis.
Cependant, la montée des discours ethnicistes représente une menace nouvelle et insidieuse. Ces discours, souvent portés par des acteurs en quête d’intérêts politiciens ou par des opportunistes malintentionnés, jouent sur les peurs et les préjugés, opposant des communautés qui, depuis toujours, vivent ensemble. Ces propos, qu’ils soient le fruit d’émotions mal maîtrisées ou de manipulations cyniques, ne reflètent aucune vérité, mais sèment des graines de division qui, si elles ne sont pas extirpées rapidement, pourraient compromettre notre avenir commun. Nous devons les combattre avec fermeté et refuser qu’ils érodent les bases de notre vivre ensemble.
La Constitution sénégalaise, dans son préambule, affirme avec force que « le Sénégal est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Elle consacre l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Ces principes fondamentaux constituent le socle de notre vivre ensemble. Mais aussi solides soient-ils, ces textes ne suffiront pas à garantir notre unité si nous, citoyens, ne prenons pas pleinement conscience de notre responsabilité. La vigilance collective est impérative. Chacun doit s’interroger : à qui profitent ces discours de haine ? Pourquoi laisser prospérer des idées qui mettent en péril cet héritage précieux que nos anciens ont bâti avec courage et détermination ?
Nous n'avons pas le droit de ternir le legs précieux de nos illustres aînés, hommes et femmes d'exception, porteurs de sagesse, de courage et de dignité, qui ont façonné le Sénégal tel que nous le connaissons aujourd'hui. Des figures politiques emblématiques, telles que Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Lamine Gueye, Waldiodio Ndiaye, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Majhemout Diop, Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho, Landing Savané et bien d’autres – qu'ils aient exercé le pouvoir ou incarné l’opposition – ont joué un rôle fondamental dans la construction de l'État et la consolidation de la démocratie. Dans le domaine religieux, des leaders comme Cheikh Ahmadou Bamba, El Hadj Malick Sy, Seydina Limamou Laye, Cheikh Al Islam Ibrahim Niasse (Baye Niasse), Monseigneur Hyacinthe Thiandoum, Monseigneur Théodore Adrien Sarr, et bien d’autres ont incarné l'unité nationale et œuvré sans relâche pour la paix sociale et le dialogue interreligieux. Des intellectuels et écrivains tels que Cheikh Anta Diop, Ousmane Sembène, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, entre autres, ont enrichi notre culture et affirmé notre identité. Ces figures, issues de divers horizons, ont bâti et nous ont légué une nation forte et solidaire. Leur héritage est un bien précieux que nous avons le devoir de préserver et de transmettre.
Le Sénégal ne peut se permettre de céder à ces dérives. Notre diversité culturelle, ethnique et religieuse a toujours été une richesse, jamais un obstacle. C’est cette diversité qui a permis à notre pays de rester un modèle en Afrique et dans le monde. En mars 2024, lorsque pour la première fois un opposant est arrivé au pouvoir dès le premier tour sans contestation, nous avons montré au monde ce que nous sommes capables d’accomplir lorsque nous restons unis. Cette avancée majeure dans notre processus de construction nationale et de consolidation démocratique, largement saluée par la communauté africaine et internationale, témoigne de la solidité de nos institutions et de la maturité de notre démocratie.
Ne laissons pas des discours irresponsables détruire ce que des générations ont bâti avec courage et détermination. Le Sénégal est notre bien commun, un héritage précieux que nous avons le devoir de transmettre intact, sinon renforcé, aux générations futures.
Unissons-nous pour défendre notre unité nationale.
Unissons-nous pour dire non aux discours de division et de haine.
Unissons-nous pour protéger notre vivre ensemble, car de lui dépendent notre stabilité et notre avenir.
Ne négocions jamais notre vivre ensemble !
PAR SALLA GUEYE
BUSINESS FAMILIAL EN PLEINE RUE
"Dakar, capitale de la convivialité, de l’hospitalité et, apparemment, du business florissant des mendiants. Si vous traversez la ville, vous ne pouvez pas les manquer. Ce ne sont pas seulement des individus isolés..."
Dakar, capitale de la convivialité, de l’hospitalité et, apparemment, du business florissant des mendiants. Si vous traversez la ville, vous ne pouvez pas les manquer. Ce ne sont pas seulement des individus isolés, non, ils ont formé des « familles d’affaires » bien structurées. Le père, la mère, les enfants… tous sur le terrain, à l’affût de la générosité des automobilistes. Et des passants !
Le plus impressionnant, c’est que l’équipe a bien appris sa stratégie : le père occupe le bord du rond-point, la mère reste là pour « assurer » la garde et les enfants, eux, sont les plus performants en manœuvres acrobatiques entre les voitures. Comme quoi, la famille, ça peut aussi rimer avec business !
Ces petites scènes de la vie dakaroise rappellent à quel point le « masslaa » prend toutes les formes possibles.
Au-delà de l’accueil chaleureux et des sourires, Dakar sait aussi offrir des opportunités… même aux plus téméraires. Après tout, chez nous, tout est possible, y compris des familles entrepreneuriales à la recherche de quelques pièces, voire de grosses fortunes, pour parfaire leur business model. La Teranga, n’est-ce pas un concept qui s’adapte à toutes les générations ?
PAR Aoua Bocar LY-Tall
JE N’AI JAMAIS TRAITÉ LES MILITANT-E- DE PASTEF DE TERRORISTES
EXCLUSIF SENEPLUS - En parcourant récemment les commentaires d'un de mes posts sur Cheikh Anta Diop, je suis tombée sur l'origine de cette vieille accusation. C’est à croire que presser de condamner et de salir, certaines personnes lisent mal
Je n’avais jamais su pourquoi certaines personnes m’accusaient d’avoir traité les militant-e-s de Pastef de terroristes. Avant, je le mettais simplement sur le compte d’une campagne de salissage dans les réseaux sociaux que les gens subissent de nos jours ici et sous d’autres cieux. Je ne l’ai compris que le 23 janvier 2025. Au chevet de ma grande-sœur malade et hospitalisée, je me suis mise à lire un peu de tout sur mon téléphone portable. Entre autres, je suis entrée dans ma page Facebook et visité les commentaires de mon post du 29 décembre 2024 annonçant le 101ème anniversaire de naissance de mon Maitre à penser Cheikh Anta Diop. Il y avait 760 commentaires. D’aucuns soulignaient sa grandeur ou son érudition, d’autres exprimaient leur enthousiasme face à ma nomination au Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) à titre de représentante des personnalités qualifiées du milieu des lettres, d’autres formulaient des félicitations, des encouragements et des prières, certains me dénigraient et/ou m’invitaient à démissionner du poste. Bien entendu, certains me défendaient contre leurs propos.
C’est au cours de cette lecture que j’ai découvert le post d’un certain Diallo Diallo, datant de deux (2) semaines. Il l’illustrait par un texte daté du 6 mars 2021 et me posait la question : « C’était votre publication ? Non ? » C’est alors que j’ai compris la source de l’accusation d’avoir taxé les militant-e-s de Pastef de terroristes. C’est à croire que presser de condamner et de salir, certaines personnes lisent mal. Ce post commence pourtant de façon claire. Comme titre, j’écris* : « Alerte ! Alerte ! Le Sénégal en danger de l’envahissement par des terroristes. » À ce que je sache, ceux qui envahissent un pays, viennent de l’extérieur ? Non ? Donc, s’ils viennent de l’extérieur, ce ne sont pas des sénégalais-e-s.
Mieux, j’ajoute : « Il était invraisemblable en effet que la violence des destructions et des meurtres soient le fait de la jeunesse sénégalaise (jeunes, enfants & étudiant-e-s-) de façon concomitante dans plusieurs villes du Sénégal …» Je poursuis : « L’avis de monsieur Sékou Sangharé, un panafricaniste guinéen nous explique l’infiltration des terroristes dans ces manifestations de jeunes au Sénégal.» Je termine par : « Lisez l’alerte et restons vigilant-e-s ! Tout le reste du texte vient de monsieur Sangharé qui explique : « La stratégie des terroristes présents au Sénégal se déroule en 4 phases. » Puis, il détaille : - 1, -2, -3, - 4 en allant à chaque fois à la ligne. Ensuite, il apporte d’autres précisions avec ce sous titres : « Qui sont ces terroristes ? » (Cf.: https://afriqueconfidentielle.com/continent/senegal/le-panafricaniste-sekou-sanghare-alerte-sur-un-complot-terroriste-visant-le-senegal/) C’est dire que contrairement à ce qu’on a prétendu, j’ai même disculpé la jeunesse sénégalaise dont les militant-e-s du Pastef comme on peut le lire ici sur ma publication au complet sur Facebook (Cf. : https://www.facebook.com/story.php?story_fbid=4030942573597346&id=100000449281317&_rdr) Et, si certains n’avaient pas compris ou n’était pas d’accord avec le point de vue de M. Sangharé, quelqu’un du pseudonyme anticonformiste Aln a appelé ses amis (Nouha DjitteCheikh Mbaye Malamine Fall Ronaa Gueye ) et leur a dit : «Venez voir la publication entière. Cette dame n'a fait que partager.Je crois que l'acharnement est infondé. J'ai suivi ces publications de 2021 à 2024 mais c'est une panafricaniste pure.» C’est en effet ce qu’on connait de moi. Je salue son honnêteté.
D’ailleurs, comment pourrais-je taxer les "Pastéfiens" de terroristes alors que j’y compte beaucoup de gens qui me sont très chers. Il y a parmi eux mes propres jeunes sœurs et enfants, des neveux, des nièces dont j’ai contribué à former certains politiquement dans le RND alors qu’ils/elles étaient des adolescent-e-s et nous suivaient partout où nous allions rencontrer Cheikh Anta (chez lui, dans son bureau, aux meetings et procès du RND, etc.). Aussi, parmi les gens du Pastef, j’ai des collègues pour lesquel-les j’ai le plus grand respect, de l’estime, voire de l’admiration ainsi que de grand-e-s ami-e-s de longue date. Pour n’en citer qu’un seul, je peux parler de mon cousin S.E.M Amadou Tidiane Wone. Au-delà de notre parenté, j’ai eu à collaborer avec lui au Canada quand il y était ambassadeur du Sénégal. Ce, autour de la valorisation de patrimoine historique de l’Afrique que j’y menais, plus précisément autour des Manuscrits de Toumbouctou. De même, j’ai partagé avec lui des plateaux de télévision dans le cadre des Ziarras Omariennes. Militant actif ou sympathisant ouvert du Pastef, il est aujourd’hui ministre-conseiller du président Bassirou Diomaye Faye. Comme pour tant d’autres militant-e-s du Pastef que je connais bien, jamais, il ne me frôlerait l’esprit que cet homme, intelligence et culture par excellence, soit un terroriste ou lié à une formation politique terroriste. Jamais !
Dre Aoua Bocar LYyTall est sociologue/analyste, membre de MESURe et de la Plateforme Aar suñu Eleksion.
*N.B. : je cite tel que j’ai écrit exactement dans le post c’est-à-dire avec beaucoup de majuscules pour mettre en exergue des mots et des propos importants.