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3 avril 2025
Opinions
PAR ATOUMANE TRAORÉ
TIKTOK, LE SYMBOLE D’UN NUMÉRIQUE QUI CHANGE LES RÈGLES DU JEU POLITIQUE
"En exigeant que les États-Unis détiennent 50 % de TikTok dans une coentreprise, Trump affirme un principe fondamental : aucune technologie étrangère ne doit prospérer sur le territoire américain sans un contrôle direct ou indirect des États-Unis."
Donald Trump ne parle jamais sans stratégie. Derrière sa déclaration sur TikTok se cache une ambition claire : préserver la souveraineté des États-Unis dans un monde numérique de plus en plus compétitif. Cette publication ne concerne pas seulement une application de divertissement. Elle symbolise une bataille pour le contrôle des données, des marchés et, par extension, du pouvoir mondial.
En exigeant que les États-Unis détiennent 50 % de TikTok dans une coentreprise, Trump affirme un principe fondamental : aucune technologie étrangère ne doit prospérer sur le territoire américain sans un contrôle direct ou indirect des États-Unis. Cela va au-delà de la sécurité nationale. C’est une question de domination économique.
TikTok, avec ses milliards d’utilisateurs, génère une immense quantité de données. Ces informations, lorsqu’elles sont centralisées et analysées, deviennent une ressource stratégique. Dans un contexte où l’intelligence économique est au cœur des rivalités entre grandes puissances, permettre à une entité étrangère (notamment chinoise) de collecter ces données est vu comme une menace majeure.
Trump agit ici comme un entrepreneur stratégique. Il identifie un actif stratégique – TikTok – et l’intègre dans un cadre économique nationaliste. Il ne propose pas seulement de protéger, mais aussi de monétiser ce contrôle. Les États-Unis, en détenant une part significative de l’entreprise, garantiraient des revenus massifs pour l’économie nationale tout en renforçant leur position stratégique.
Ce type d’approche s’inscrit dans une logique d’éclatement des chaînes de valeur mondiales. Trump veut montrer que les États-Unis sont capables de briser les monopoles technologiques étrangers et de les restructurer à leur avantage. C’est un message clair aux entreprises et aux États étrangers : opérer sur le marché américain implique des conditions strictes.
Enfin, cette déclaration envoie un message politique fort. Elle rappelle que les données, les plateformes technologiques et les infrastructures numériques sont désormais des armes économiques.
Les États-Unis, en s'imposant comme le régulateur ultime de TikTok, montrent qu'ils n’hésiteront pas à utiliser leur pouvoir pour protéger leurs intérêts stratégiques.
Le Président Trump ne cherche pas simplement à sauver TikTok. Il veut redéfinir les règles du jeu numérique mondial. Un mélange de protectionnisme, de stratégie économique et de diplomatie agressive. La souveraineté numérique devient ici une arme de puissance.
Au Sénégal, nos dirigeants perçoivent-ils que le numérique s’affirme comme une nouvelle force stratégique, redéfinissant les réalités et les équilibres géopolitiques à l’échelle mondiale ?
PAR MAGAYE GAYE
ENJEUX ET IMPLICATIONS DU SECOND MANDAT DE TRUMP POUR L'AFRIQUE
Fidèle à sa doctrine, Trump pourrait s'attaquer à des leviers tels que l'AGOA et l’aide publique au développement. Cela pourrait ouvrir la voie à des programmes moins avantageux pour les pays africains...
Le premier mandat de Donald Trump a démontré une doctrine pragmatique centrée sur le principe de "America First".
La poursuite de ce positionnement pourrait constituer une menace majeure pour les relations traditionnelles entre les États-Unis et l'Afrique, en raison d’un désintérêt possible pour le continent.
Fidèle à sa doctrine, Trump pourrait s'attaquer à des leviers tels que l'AGOA et l’aide publique au développement. Cela pourrait ouvrir la voie à des programmes moins avantageux pour les pays africains, dans un contexte de rivalité croissante avec la Chine.
Au plan diplomatique et commercial, une politique d’écrémage sélective pourrait être privilégiée au lieu d’une politique de pénétration massive en Afrique.Trump pourrait opter pour une approche ciblée, en privilégiant des pays comme le Ghana, le Nigeria, l’Éthiopie, le Kenya, le Maroc et l’Afrique du Sud. Pourquoi pas le Sénégal, au nom de son alternance démocratique et de sa position géopolitique stratégique
La rivalité sino-américaine et le retrait des bases françaises pourraient pousser Trump à conclure des accords bilatéraux de libre-échange avec ces nations clés.
Au plan commercial, Trump pourrait maintenir une approche axée sur la convoitise des matières premières
La rivalité États-Unis/Chine
Il est évident que le Président Trump ne ménagera aucun effort pour contrer la Chine sur l'échiquier africain.
La Chine, premier partenaire commercial du continent africain, exporte une grande partie de ses produits et biens d'équipement vers l'Afrique.
Évidemment, au nom de cette guerre commerciale contre la Chine, le nouveau locataire de la Maison Blanche cherchera inévitablement à casser ce cercle commercial sino-africain.
Je crains qu'il n'accentue certaines pressions sur les gouvernements africains.
Cette rivalité pourrait aussi se traduire par une dénonciation des conditions non transparentes entourant les stratégies d'endettement de l'Afrique.
L'Afrique, exportatrice de matières premières pourrait être affectée par une telle rivalité, notamment par une baisse de la demande chinoise et des cours des matières premières plus volatiles si la rivalité commerciale ralentit l'économie mondiale.
Cependant, une telle rivalité pourrait également faire naître de nouvelles opportunités de négociation pour les pays africains.
Sur la question migratoire, le deuxième mandat de Trump pourrait durcir les conditions d’accès aux États-Unis
Une lecture alternative : Un Trump transformé
Un Trump conscient des enjeux mondiaux après quatre ans hors du pouvoir pourrait adopter une posture plus constructive face aux défis mondiaux tels que la guerre russo-ukrainienne, les conflits au Proche-Orient et le sous-développement persistant de l’Afrique.
En tant qu'homme de défis, il pourrait vouloir initier un véritable "Plan Marshall" pour l’Afrique afin de faire du continent un partenaire stratégique privilégié.
PAR SAMBOUDIAN KAMARA
LES INGÉNIEURS DU STATU QUO
"Il est vrai qu’une « grande dépression » attend les (nombreux) « ingénieurs du statu quo », ceux-là qui voudraient que l’Administration reste en format « print » (idéal pour maintenir des étapes dans les procédures administratives..."
Trois sujets ont bipé sur le tableau de bord ces derniers jours, dont le dernier, il y a seulement quelques heures. Le président de la République a annoncé, lundi 20 janvier, à Diamniadio, le lancement d’un « new deal » technologique censé bâtir « un service public moderne, agile et tourné vers l’avenir », via la transformation numérique de l’Administration, la dématérialisation de ses formalités et leur accessibilité simplifiée. New deal ? Initié aux Usa par le président Roosevelt entre 1933 et 1938, c’était un vaste programme de relance économique visant à contrer les effets de « la Grande dépression » causée par le krach boursier de 1929.
Il comprenait des réformes financières, des programmes d’assistance sociale et des grands travaux publics pour réduire le chômage et revitaliser l’économie américaine. Un « new deal » serait effectivement le bienvenu dans le service aux usagers de l’administration sénégalaise. Passons sur l’accueil (le ton acrimonieux ou débonnaire, le mâchage du chewing-gum, le téléphone portable, le dédain), les postes de travail inoccupés, le manque d’orientation et tout le reste, et faisons focus sur l’idée fondatrice du service public : le principe de l’intérêt général.
Cela signifie que les services publics sont conçus pour répondre aux besoins de la société dans son ensemble, plutôt qu’à ceux d’individus ou de groupes spécifiques. L’objectif est de garantir l’égalité d’accès aux services essentiels, tels que l’éducation, la santé, la sécurité et les infrastructures, afin de promouvoir le bien-être collectif et de renforcer la cohésion sociale. Cela renforce le sentiment d’appartenance à la collectivité ; et le Sénégalais, quel que soit son rang social, se sent moins seul après la satisfaction de sa requête auprès de l’Administration.
Il est vrai qu’une « grande dépression » attend les (nombreux) « ingénieurs du statu quo », ceux-là qui voudraient que l’Administration reste en format « print » (idéal pour maintenir des étapes dans les procédures administratives comme autant d’occasions de « fiscaliser » en dehors des impôts), car le changement est inéluctable à ce niveau. L’informatique lève les barrières, supprime les goulots d’étranglement, assure la traçabilité, fait économiser de l’argent et, surtout, raccourcit le temps entre la demande de l’usager et sa satisfaction. Il ne s’agit plus de savoir si on doit le faire ou pas. Mais combien nous coûte chaque jour de retard…. – « Vous avez un superbe ministère ! » C’est un ancien président de groupe parlementaire du Ps qui encourageait ainsi dans les années 90 un ministre chahuté dans l’hémicycle par l’opposition (alors le Pds). Motif ?
Abdou Diouf venait de le nommer ministre de… la Ville et des députés ont estimé que sa présence au conseil des ministres ne s’expliquait que par « le dosage régional », vous savez cette ancienne pratique consistant à faire en sorte que chaque région ait au moins un représentant au gouvernement, une ancienne règle qui n’a pas engagé Ousmane Sonko lors de la formation de son gouvernement. Autre temps, autres mœurs. Cette évocation mémorielle fait écho à la création du Secrétaire d’État aux Coopératives et à l’Encadrement paysan. « Un superbe secrétariat d’État » serait-on tenté de répéter !
Je pense que les coopératives agricoles pourraient être pertinentes dans la conduite d’une politique de souveraineté alimentaire pour un pays comme le Sénégal. Un Dac (Domaine agricole communautaire) dans chaque département, combien de tonnes de maïs ? Moins de céréales importées, et le poulet coûterait moins cher… – Comme prévu, l’Afrique est en rade dans le débat sur les nouveaux maîtres du monde ici-bas : les industriels du numérique. Donald Trump a finalement décidé que Tik-Tok ne sera pas interdit aux Usa. Et nous alors ? Une loi dans ce monde régi par des algorithmes : quand c’est gratuit, c’est toi la marchandise. Ces gens-là, Zuckerberg, Bezos et Musk, c’est même pipe, même tabac, la religion du fric. En 2050, l’Afrique sera l’une des puissances démographiques mondiales. Avec quel réseau social ?
Par Birane GAYE
UN APPETIT A PEINE DISSIMULE POUR LES RESSOURCES NATURELLES AFRICAINES
Tournée africaine du ministre chinois des Affaires étrangères : L’expansion rapide de la présence chinoise sur le sol africain soulève de sérieuses inquiétudes quant à ses conséquences pour les pays-hôtes
L’expansion rapide de la présence chinoise sur le sol africain soulève de sérieuses inquiétudes quant à ses conséquences pour les pays-hôtes. Bien que présentée comme un partenariat stratégique et sincère, par certains dirigeants africains, cette relation asymétrique cache une réalité bien plus douteuse.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a commencé à l’année diplomatique 2025 par une tournée en Afrique. Il s’est rendu en Namibie, en Rdc, au Tchad et au Nigeria, en vue de renforcer les liens diplomatiques et commerciaux entre la Chine et plusieurs pays du continent. Ce voyage témoigne d’un intérêt stratégique de la Chine pour l’Afrique pour satisfaire un appétit croissant pour les ressources naturelles et les avantages économiques qu’y nourrissent ses industries.
Plusieurs médias et experts ont à cet égard analysé la visite du ministre chinois en Afrique en montrant comment chaque étape suivait une logique d’exploitation de ressources locales pour servir les intérêts de Pékin. Alors que la Chine continue de s’implanter plus profondément en Afrique, des critiques émergent sur les méthodes employées, souvent perçues comme des formes d’exploitation, parfois allant jusqu’à des pratiques douteuses, voire de pillage.
L’Afrique, un réservoir de ressources pour la Chine
La tournée de Wang Yi intervient à un moment où la Chine intensifie ses efforts pour sécuriser l’approvisionnement en ressources naturelles essentielles à son modèle économique. En effet, la Chine dépend largement des ressources naturelles africaines pour alimenter ses industries, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des technologies de pointe. Le cobalt, le lithium, le cuivre et d’autres minéraux, présents en grande quantité en Afrique, notamment dans un pays comme la Rdc, sont vitaux pour les industries chinoises, notamment celles liées à la fabrication de batteries et de véhicules électriques.
La stratégie de la Chine repose en grande partie sur l’exploitation de ces ressources en Afrique, dans le cadre de contrats commerciaux et de projets d’infrastructure, souvent à travers des entreprises d’Etat. Ce modèle permet à Pékin de contrôler une part significative des matières premières nécessaires à sa croissance industrielle. Mais cette recherche incessante de ressources n’est pas sans conséquences, tant pour l’environnement que pour les populations locales.
Par cette visite de Wang Yi, en Namibie, au Congo, au Tchad et au Nigeria, la Chine cible ainsi stratégiquement les minerais critiques (lithium, uranium, pétrole), les terres rares et les ressources énergétiques, proposant des investissements massifs en infrastructures (projets ferroviaires, centrales électriques, barrages) comme monnaie d’échange pour un accès privilégié aux matières premières. Cet impérialisme économique où les pays africains deviennent progressivement dépendants des investissements chinois, sans réel bénéfice à long terme.
Les projets d’infrastructure servent principalement les intérêts de Pékin : sécuriser des routes commerciales, faciliter l’extraction des ressources et étendre son influence géopolitique, tout en maintenant ces Etats dans une situation de subordination économique subtile mais efficace.
Une exploitation des ressources souvent critiquée
Les investissements chinois en Afrique sont présentés comme un moyen de soutenir le développement du continent. Ceci a été rappelé encore lors du dernier Forum Chine-Afrique dont les travaux ont été co-présidés par Bassirou Diomaye Faye. A l’issue de cette rencontre, la Chine a encore promis de sortir à nouveau le chéquier pour appâter des économies faibles et largement secouées par la pandémie et la guerre en Ukraine. Pékin annonce 50 milliards de dollars pour l’Afrique, pour les trois ans à venir dont 29 milliards de prêts, 11 milliards d’aide et 10 milliards d’investissements. Soit 10 milliards supplémentaires par rapport au sommet de 2021. Mais la coopération chinoise, notamment en termes d’impact, soulève des inquiétudes croissantes. Des pratiques d’extraction peu scrupuleuses et une gestion négligente des ressources naturelles sont fréquemment signalées. Des rapports soulignent que certaines entreprises chinoises ne respectent pas toujours les normes environnementales ou sociales en vigueur dans les pays africains, notamment ceux au sud du Sahara. Ces pratiques incluent, entre autres, des conditions de travail précaires, un faible respect des droits des travailleurs et des dégâts environnementaux importants, notamment dans les mines de cobalt en République Démocratique du Congo.
Par surcroit, des accords commerciaux entre la Chine et certains pays africains sont souvent accusés de favoriser les intérêts chinois au détriment des bénéfices pour les populations locales. Les autorités africaines, en quête de financement pour leurs projets d’infrastructure, signent parfois des contrats qui ne garantissent pas une gestion équitable des ressources. Dans certains cas, ces accords sont même perçus comme des formes de «pillage légal» des ressources naturelles de l’Afrique, sans que les pays producteurs en tirent des bénéfices durables. L’exploitation des ressources se fait souvent dans des conditions où la part revenant aux populations locales est marginale, et où les retombées économiques pour les pays-hôtes sont limitées.
Des préoccupations ont également été soulevées concernant la transparence des accords, souvent opaques, qui permettent à des entreprises chinoises d’obtenir des concessions de manière douteuse. Une étude du New Lines Institute pointe du doigt la gestion de la corruption, la faiblesse des contrôles locaux et l’absence de réciprocité dans les échanges commerciaux. La Chine, bien qu’investissant massivement en Afrique, n’hésite pas à privilégier ses intérêts nationaux, quitte à fermer les yeux sur des pratiques corruptrices ou nuisibles aux pays africains.
Des relations dominées par les intérêts chinois
La visite de Wang Yi souligne également un autre aspect des relations sino-africaines : la manière dont la Chine façonne les partenariats économiques en fonction de ses propres intérêts. En effet, la Chine a intérêt à renforcer les chaînes de valeur régionales en Afrique, mais en mettant en place des structures qui lui permettent de contrôler directement l’accès aux ressources stratégiques. Cette approche favorise un système où les gains économiques sont orientés principalement vers les entreprises chinoises, renforçant la position dominante de la Chine sur le continent.
Dans ce cadre, la Chine ne se contente pas de bénéficier des ressources naturelles. Elle s’assure également un accès privilégié à des secteurs-clés de l’industrie africaine, tels que la construction, l’énergie et les télécommunications, en imposant des conditions favorables à ses entreprises. Ce modèle s’apparente davantage à une relation de dépendance économique qu’à une coopération équilibrée.
La tournée de Wang Yi en Afrique met ainsi en lumière un modèle de coopération qui sert avant tout les intérêts économiques et stratégiques de la Chine. Surtout que Pékin se soucie si peu, voire pas du tout, du sort des démocraties et des libertés malmenées dans de nombreux pays africains, alors qu’elle a le pouvoir d’exercer une pression sur le sujet. Son refus de se soucier de démocratie est un blanc-seing pour de nombreux autocrates et un permis d’agir en toute impunité, surtout lorsqu’on fleure en plus avec les annonces souverainistes voire anti-occidentales.
L’exploitation des ressources naturelles du continent africain soulève aussi des questions cruciales sur la durabilité de ces relations. Si les promesses de développement et de soutien sont régulièrement avancées, la réalité des investissements chinois en Afrique révèle une logique de domination économique et d’exploitation des ressources, parfois au détriment de l’environnement et des conditions de vie des populations locales.
Une emprise sur les consciences et les économies africaines
Cette exploitation chinoise effrénée compromet aussi bien l’écologie que le développement économique des nations africaines alors que la Cop de Bakou vient de s’achever. La Chine détient désormais 20% de la dette totale des pays africains, soit 134 milliards de dollars. Cette dépendance financière croissante place les nations africaines dans une position vulnérable, limitant leur capacité à négocier des accords équitables.
Autant de révélations qui inquiètent quant à la stabilité future de certains Etats, déjà confrontés à des défis sécuritaires et économiques de taille. En proie depuis plusieurs années à l’influence russe, les Etats putschistes du Sahel rangés sous la nouvelle bannière de l’Aes (Alliance des Etats du Sahel), par exemple, renforcent désormais leur partenariat avec la Chine dont les intentions ne semblent pas plus louables que celles de la Russie de Poutine et ses miliciens de Wagner.
Une nouvelle forme de colonialisme ?
A l’heure où sur le continent la rengaine France-Dégage est sans cesse agitée et où le discours souverainiste sans contenance technique prend de l’ampleur, sont célébrés militants et leaders dont le discours tend au changement de maître. Virer Jean pour adouber Sergueï ou Lee.
La Chine s’infiltre dans cette faille et place ses pions tout en ne reniant rien de ses visées impérialistes. La stratégie chinoise a évolué d’une simple prise de participation minoritaire à un contrôle total de projets miniers majeurs. Cette approche agressive s’apparente à une forme moderne de colonialisme économique, où les ressources africaines sont exploitées au profit principal de l’industrie chinoise.
Alors que la Chine se présente comme un partenaire de développement, la réalité sur le terrain raconte une histoire différente. L’exploitation minière chinoise en Afrique, souvent menée sans respect des lois locales ni considération pour l’environnement et les communautés, pose de sérieuses questions sur la durabilité et l’équité de ce partenariat.
En plus d’être préjudiciable aux populations africaines et à leur environnement, cette stratégie chinoise fait donc de l’ombre aux intérêts russes sur le continent et laisse présager une nouvelle guerre d’influence entre les deux compétiteurs. Il est crucial que les nations africaines réévaluent ces relations et exigent des accords plus équitables qui protègent véritablement leurs intérêts à long terme.
Birane GAYE Expert en géopolitique
Par Mor Ndiaye MBAYE
LE CONTROLE DE LA PRODUCTION A L’AUNE DU FIRST OIL/FIRST GAZ
Dans le cadre de l’exploitation des champs pétroliers, il est essentiel, dès le début, de mettre en place des systèmes de contrôle de production efficaces afin de maximiser les rendements et assurer la sécurité des opérations.
Le Sénégal est entré dans l’ère de la production de pétrole et de gaz avec les démarrages presque simultanés des champs de Sangomar pour le pétrole et de Gta pour le gaz que nous partageons avec la Mauritanie. En cette période cruciale devant marquer le début d’une transformation profonde de notre économie du fait de l’importance des ressources budgétaires attendues, la maximisation du contenu local et le contrôle autonome de la production constituent un impératif auquel les autorités devraient très rapidement se focaliser.
Dans le cadre de l’exploitation des champs pétroliers, il est essentiel, dès le début, de mettre en place des systèmes de contrôle de production efficaces afin de maximiser les rendements et assurer la sécurité des opérations. Ce processus permet de surveiller en temps réel les paramètres de production, de détecter les éventuels problèmes et de prendre des mesures correctives. Il s’agit d’une étape cruciale pour garantir la rentabilité et la durabilité des activités pétrolières, mais aussi et surtout la sincérité des chiffres. Il en va de même pour assurer l’efficacité opérationnelle, la sécurité des travailleurs et la protection de l’environnement. Il importe dès lors de voir comment un contrôle efficace de la production peut influencer la rentabilité et la durabilité des activités pétrolières.
Les opérateurs disposent de systèmes éprouvés de contrôle de la production et des divers paramètres liés au produit et mettent à la disposition des membres de la Joint-venture et de l’Etat, des rapports périodiques de production, mais un Etat avisé ne devrait pas se contenter d’un système déclaratif.
Nos représentants, investis de cette mission de contrôle, que sont Petrosen et la Direction des hydrocarbures ont certes la possibilité de placer des agents sur les plateformes pour prélever eux-mêmes les données à partir des compteurs et ainsi pouvoir les comparer avec les rapports fournis, mais cela n’est pas comparable avec le fait de disposer d’outils, j’allais dire d’un système personnel, de contrôle propre à l’Etat qui prélèvent les données depuis les têtes de puits et les autres compteurs installés à différents endroits du Fpso (usine flottante de production et de stockage).
Quand bien même les outils de mesure sont calibrés et certifiés par des organismes mondialement reconnus, ils doivent périodiquement être soumis à des tests de métrologie qui vérifient leur fiabilité. Il s’y ajoute que les données produites sont reprises par de puissants systèmes informatiques conçus pour en faire les traitements souhaités et restituer les informations produites.
Les fondements du contrôle de la production
Le contrôle de la production renvoie à l’ensemble des processus visant à superviser, réguler et optimiser l’extraction du pétrole sur les champs pétroliers. Cela inclut la surveillance des débits de production et leur régulation, la gestion des pressions dans les puits, ainsi que la mise en place de stratégies pour maximiser l’efficacité des opérations. Il est essentiel pour garantir l’efficacité et la sécurité des opérations. Sans un contrôle adéquat, il y aurait des risques de défaillance des équipements et d’accidents. Il vise ainsi des objectifs multiples allant de l’optimisation des rendements à la réduction des risques opérationnels. En effet, en régulant la production, on peut mieux prévenir les ruptures d’équipements, assurer la sécurité des travailleurs et minimiser les pertes de production. Les enjeux sont donc très importants, car un contrôle inadéquat pourrait avoir des conséquences graves pour l’ensemble du processus d’extraction du pétrole.
Les principes et les outils du contrôle de la production
Comme tout process, le contrôle de production repose sur des principes et des outils. Il s’agit des différentes méthodes et technologies utilisées pour surveiller et réguler la production de manière efficace et efficiente, afin de garantir un processus de production optimal. Parmi ceux-ci, la régulation de la pression et de la température occupe une place prépondérante.
Les méthodes de contrôle de la production sont variées et jouent un rôle crucial dans la gestion des opérations sur les champs pétroliers. La surveillance en temps réel, les capteurs avancés et les systèmes de régulation permettent de garantir une production de pétrole stable et fiable.
Les technologies avancées
L’utilisation des technologies avancées joue un rôle crucial dans l’optimisation des opérations et la maximisation du rendement. Ces dernières permettent de surveiller en temps réel les paramètres de production, d’anticiper les problèmes potentiels et de prendre des décisions éclairées.
Les systèmes de surveillance en temps réel fournissent une visibilité instantanée sur les opérations de production. Ils permettent de collecter, d’analyser et d’interpréter les données en temps réel, ce qui est essentiel pour détecter les fluctuations et les anomalies dans le processus de production. Grâce à ces systèmes, l’Etat est à mesure de faire une injonction aux opérateurs de réagir rapidement aux changements et prendre des mesures correctives, contribuant ainsi à une production plus stable et cohérente.
Il en va de même de l’utilisation de l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique qui transforment le contrôle de la production en permettant aux systèmes de s’adapter et d’apprendre des modèles de production. Grâce aux modèles prédictifs qui intègrent des systèmes experts, ces technologies permettent de prévoir des résultats, des événements, des comportements des puits ou des tendances de production, par l’analyse de données et l’utilisation d’algorithmes évolués d’apprentissage.
Ces technologies permettent d’analyser de vastes ensembles de données, des big data, pour identifier des schémas et des tendances qui échappent souvent à l’œil humain. Elles permettent de prédire les pannes, optimiser les processus de production et minimiser les pertes tout en maximisant la production et réduisant les coûts opérationnels.
Les défis du contrôle de la production
La gestion des risques et des incidents constitue l’un des principaux défis du contrôle de la production sur les champs pétroliers. Il est essentiel de développer des stratégies solides pour anticiper et gérer les risques liés aux opérations de production, afin de garantir la sécurité des travailleurs et la protection de l’environnement. Cela implique la mise en place de mesures préventives, la formation du personnel, ainsi qu’une gestion efficace des situations d’urgence. En outre, la collaboration avec les autorités chargées de la réglementation est cruciale pour assurer la conformité aux normes et réglementations en matière de sécurité et de protection de l’environnement.
Gestion des risques et des incidents
Dans le cadre du contrôle de la production sur les champs pétroliers, la gestion des risques et des incidents revêt une importance capitale. Il est nécessaire de mettre en place des protocoles et des processus rigoureux pour évaluer, prévenir et gérer les risques potentiels liés aux opérations de production. Cela implique la mise en œuvre de programmes de sécurité, la formation du personnel, ainsi que la surveillance continue des installations. De plus, il est essentiel d’établir des plans d’intervention d’urgence pour faire face aux incidents éventuels et limiter leur impact sur l’environnement et les personnes impliquées.
Les questions environnementales
La durabilité et l’impact environnemental doivent être au cœur des préoccupations en matière de contrôle de la production sur les champs pétroliers. Il est essentiel de trouver un équilibre entre les impératifs de production et la préservation de l’environnement. Cela implique l’adoption de technologies et de pratiques respectueuses de l’environnement, telles que la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la gestion responsable de l’eau et des déchets, ainsi que la remise en état des sites après l’exploitation. Parallèlement, il est important de s’engager dans une démarche d’amélioration continue pour minimiser l’empreinte environnementale des activités de production.
Conclusion
Comme on le voit, le contrôle de la production sur les champs pétroliers est un élément crucial pour assurer l’efficacité et la rentabilité des opérations. Il permet de maintenir une production optimale tout en minimisant les risques et en assurant la durabilité environnementale. Les avancées technologiques, telles que les systèmes de surveillance en temps réel et l’intelligence artificielle, offrent des solutions innovantes pour relever les défis liés au contrôle de la production.
En outre, il assure à l’Etat la possibilité d’obtenir des données fiables, exactement les mêmes que celles que prélèvent les opérateurs à la source et ainsi pouvoir valablement challenger ces derniers sur la détermination des parts de production, entre autres aspects hautement stratégiques.
Le partage de production dans les projets en cours étant basé sur un modèle en cinq tranches utilisant des intervalles de production journalière dont chacune détermine la part de l’Etat et celle des opérateurs. Ces parts de production qui reviennent à l’Etat et celles qui reviennent aux opérateurs évoluent généralement en parts de 5 points de pourcentage de la cagnotte à se partager. Cela signifie en d’autres termes que, pour une petite variation d’un baril de la production journalière sur les bornes supérieures des intervalles, l’Etat gagne ou perd 5% dans le partage de production. Dit autrement sur Sangomar, la production déclarée est de 100 000 barils par jour, si on produisait 101 000 barils/jour, les parts de l’Etat augmenteraient de 5%. L’Opérateur a-t-il intérêt à rajouter ce baril ? L’Etat doit-il rester muet sur cette question quand on peut supposer que qui peut produire 100 000/jour devrait pouvoir raisonnablement faire 101 000 ?
Voici entres autres questions qui mériteraient une prise en charge diligente au lieu de se focaliser sur une dénonciation des contrats qui mèneraient inéluctablement vers une impasse désastreuse pour notre industrie pétrolière et partant pour l’image de notre pays.
En définitive, une approche proactive, intégrée, lucide et responsable est essentielle pour garantir le succès à long terme dans ce domaine.
Par Mohamed GUEYE
FAIRE ÉMERGER DES CAPITAINES NATIONAUX
Le recyclage des anciens programmes sous de nouvelles appellations ne suffira pas à relancer l'économie sénégalaise. De la Sonatel aux ressources pétrolières et gazières, le pays continue de voir ses richesses contrôlées par des intérêts étrangers
Même en faisant dans le déni incantatoire, les autorités de ce pays sont obligées de se rendre compte que le coût des produits de première nécessité ne baisse pas, et que le moral de la population de manière globale n’est pas à l’enthousiasme. Il ne s’agit pour autant pas de se contenter de remarquer que les choses ne bougent pas, ou que les promesses d’avant les élections n’ont pas encore vu un début d’exécution – sauf en ce qui concerne la fameuse «reddition des comptes», clone hideuse la Crei avec ses poursuites à l’emporte-pièce qui, on s’en est rendu compte après, n’ont visé qu’une seule personne.
Ce qui intéresse les Sénégalais actuellement, et nos autorités en tête, c’est de permettre aux jeunes Sénégalais de trouver un emploi, et de pouvoir se prendre en charge. Après avoir fait le constat d que le programme «Xeyu ndaw nyi» n’a pas rempli toutes ses missions, malgré les millions qui y ont été placés, le Président Diomaye Faye a décidé de le remplacer par «L’Emploi des jeunes». Un joli coup de sabot à la promotion des langues nationales. Mais passons. Qu’est-ce qui fera marcher l’Emploi des jeunes mieux que «Xeyu Ndaw nyi» ? Même les partisans de Pastef sont pressés de le savoir.
Jusqu’à présent, comme avec le Référentiel «Vision 2050», l’opinion a le sentiment que les idées et les projets de Macky Sall sont réchauffés et servis sous une autre appellation, alors que le fond reste le même. Or, si l’on se dit que ces fameux projets n’ont pas permis de croître le nombre d’emplois dans le secteur non étatique, il faudrait peut-être changer de méthode.
Il a pu être reproché beaucoup de choses à Abdoulaye Wade dans sa gouvernance. Et à juste titre. Néanmoins, personne ne peut effacer les efforts qu’il a accomplis pour garder les bijoux de la famille, au sein de la famille. Déjà, dès son arrivée au pouvoir, et contre l’avis des partenaires techniques et financiers, il n’a pas hésité à saboter le processus de privatisation de la Senelec. Le consortium Elyo-Hydro Quebec, qui prenait déjà ses quartiers dans l’entreprise, a été contraint de faire ses bagages. Le Sénégal y a laissé quelques plumes sans doute. Mais quand on regarde où nous en sommes, surtout par rapport à certains pays africains qui se sont confiés à ces entreprises étrangères, on ne peut quelque part, que se féliciter de la clairvoyance de notre ancien Président.
Les usagers du bateau Aline Sitoé Diatta qui se rendent en Casamance, ont pu se rendre compte avec le temps, que le consortium sénégalais qui gère le navire ne s’en tire pas trop mal. Il s’en tire d’ailleurs si bien qu’il a pu, avec l’appui de l’Etat, ajouter deux navires de transport de marchandises, à celui offert par la Coopération allemande pour uniquement transporter des passagers. La valeur de l’expertise nationale a pu se faire apprécier dans le secteur de l’hôtellerie également, avec la cession de l’hôtel King Fahd Palace au groupe dirigé par Mamadou Racine Sy. Comme avec le navire reliant Dakar à la Casamance, le président Abdoulaye Wade n’avait nullement jugé bon de consulter les anciens gestionnaires de l’hôtel pour décider de reprendre le patrimoine de l’Etat et le confier à des privés nationaux. Plus de 15 ans après ces décisions hardies du chef de l’Etat de l’époque, le Sénégal n’a toujours pas eu à se plaindre de cette gestion. Ces entrepreneurs montrent qu’avec l’appui de la puissance publique, ils sont en mesure de créer des emplois, de produire de la valeur ajoutée et de contribuer à la croissance du Pib. Il y a donc lieu d’étendre leurs expériences à d’autres pans de l’économie nationale.
Tout le monde se vante de la découverte au Sénégal, du pétrole et du gaz. Des rêveurs agitent parfois l’idée saugrenue de se débarrasser des étrangers qui exploitent ces gisements qu’ils ont pu extraire des profondeurs par leur savoir-faire et par leurs moyens financiers. Il y a pourtant des secteurs connexes où l’expertise nationale peut montrer ses pleines capacités et permettre au pays de tirer d’énormes profits de ses ressources gazières et pétrolières. Ce serait assez impardonnable que les autorités politiques regardent le capital étranger accaparer les retombées du «contenu local» dans ce secteur.
C’est d’ailleurs ce que disait il y a quelques années, un dirigeant de confédération patronale sénégalaise. Ce chef d’entreprise se plaignait que l’Etat n’associe que très rarement les investisseurs nationaux dans le capital des grandes entreprises sénégalaises, ou qu’il les écarte des appels d’offres concernant des marchés publics d’envergure. Depuis les années qu’ils crient maintenant pour réclamer le «Patriotisme économique», un régime qui met son patriotisme en bandoulière ne devrait pas ignorer leurs cris. Mieux, il devrait mettre en place un cadre dans lequel devraient pouvoir s’épanouir dans tout leur potentiel, les idées d’innovations sénégalaises.
Aujourd’hui, il n’est plus normal que les Français puissent encore contrôler le fleuron des Télécoms au Sénégal, au point d’entraver sa volonté d’expansion dans d’autres pays. Si l’essentiel du corps dirigeant est essentiel, le pouvoir de décision à la Sonatel, niche toujours à Paris. Il devrait être possible, pour ceux qui prônent le «patriotisme économique», de mettre gentiment à la porte une entreprise qui a pu très largement récupérer ses billes depuis 1997 quand elle est arrivée. Depuis ces années, malgré toutes ses performances, cette société n’a pu développer des emplois dans ce pays, ni permis un développement de start-ups dans son secteur, parce qu’elle les a toujours traitées en concurrentes.
On peut aussi éviter la critique facile qui voudrait que les nationaux ne cherchent qu’à s’engouffrer dans des secteurs mis en valeur par des étrangers. Il y a des secteurs où l’Etat gaspille chaque année des milliards de francs, avec de très faibles retombées pour l’économie nationale. Celui du mobilier national en fait partie. Si l’Etat organisait le secteur, il trouverait des entrepreneurs qui pourraient équiper tous les services de l’Etat avec des produits faits au Sénégal, et qui feraient la fierté du «Consommer local», en permettant d’aider à rééquilibrer la balance commerciale du pays. Tous les pays que nous appelons développés sont passés par ces phases
Aujourd’hui, le Sénégal a les moyens de tenir la dragée haute aux étrangers dans certains domaines. Il suffit d’une ferme volonté politique pour changer les choses. Dans tous les domaines de la production, le pays pourrait trouver des chefs d’entreprise qui soient en mesure de développer le secteur. Et l’Etat ne devrait pas avoir des scrupules à appuyer des entrepreneurs de ce genre. De nombreux pays, comme le Japon, la Corée, la France et même les Etats-Unis d’Amérique, ne se sont jamais gênés pour recourir à des pratiques ce genre. Des pays émergents comme la Turquie s’y adonnent.
Et il y a des mécanismes qui permettent d’éviter que les entrepreneurs ainsi soutenus pervertissent le système en se servant des facilités offertes par l’Etat pour leur seul bénéfice exclusif. Les dirigeants du géant Samsung en Corée, ont été sanctionnés dans leur pays pour des abus de biens sociaux, entre autres. Les dirigeants coréens n’ont jamais oublié que cette entreprise a pu naître grâce à la sollicitude des pouvoirs publics. Et ils le font comprendre à qui de droit en cas de besoin.
Le Nigeria a entamé, depuis quelques années, de faire la promotion de ses «champions économiques» nationaux. Ce qui lui a permis de créer des géants de la nature de Dangote, dans l’industrie et l’agriculture, de Tony Elumelu dans la banque, entre autres. Il a suffi aux dirigeants de mettre en place un cadre qui permette à ces petits entrepreneurs de devenir de grands capitaines. Le Nigéria fonctionne à son rythme et à sa manière. Le Sénégal pourrait s’inspirer de son modèle, et l’adapter à son savoir-faire.
Par Samba Oumar FALL
QUAND L’ARGENT APPELLE L’ARGENT…
Le plus important dans la vie, ce n’est pas d’accumuler des fortunes colossales, mais d’utiliser cette fortune pour le bien de tous. Parfois, il faut savoir vivre de peu tout en pensant aux plus pauvres que soi.
Dimanche dernier, la Rts 2 a passé un vieux tube de l’auteur, compositeur et arrangeur congolais Yvon Bemba Bingui, plus connu sous le nom de Pamelo Mounka. La chanson « L’argent appelle l’argent » était en vogue au début des années 80 et avait connu un succès à l’échelle mondiale.
Un de mes cousins soldats, après sa sortie du gnouf (il avait été jeté au cachot pour avoir insulté un officier), avait déserté de l’Armée pour émigrer au Congo. De son périple, il n’avait ramené pour toute fortune que des cassettes de musiciens congolais dont celle de Pamelo Mounka. Et à longueur de journée, il nous rabâchait avec cette chanson et ses refrains « Mbongo ekobenga mbongo » (l’argent appelle l’argent). « On ne prête qu’aux riches ; jamais vu un riche prêter de l’argent à un pauvre », fredonnait le défunt artiste.
Depuis toujours, l’argent appelle l’argent. Plus on en gagne, plus on en veut encore et encore. Quand on devient millionnaire, on rêve de devenir milliardaire. Ces dernières années, de nouveaux riches ont, comme par enchantement, envahi notre pays. Les milliardaires n’ont jamais été aussi nombreux et rares sont parmi eux ceux dont la fortune s’inscrit dans une longue histoire de famille. D’aucuns ont accumulé des richesses de manière exponentielle, baignent dans l’opulence, possèdent des comptes bancaires bien fournis, de somptueuses villas, des appartements à l’étranger, de rutilantes bagnoles, de sociétés, de jets privés. Ils n’ont aucun souci et subviennent à tous leurs besoins, sans avoir à trimer sous le chaud soleil. La politique est devenue l’un des chemins les plus rapides pour accéder à des postes juteux et stratégiques, mais aussi pour s’enrichir en un clin d’œil.
Elle attire un nombre impressionnant de cadres soucieux du développement de leur cité, mais aussi des opportunistes à la recherche de gloire et de richesse. Ces derniers, une fois qu’ils se voient confier des postes à responsabilités, n’hésitent pas à s’en mettre plein les poches sans passer par quatre chemins. Dans un pays où la pauvreté écrase plus de la moitié de la population, la politique a enrichi beaucoup d’arrivistes qui se sont retrouvés du jour au lendemain aussi riches que Crésus. Mais peut-on devenir milliardaire simplement pour avoir été ministre, directeur de société, député, maire ou ami du président ? La Loi n’interdit à personne d’être riche. Ce qui est interdit, c’est de le faire avec des moyens peu moraux. Et le hic est que quand on demande à un néo-milliardaire de justifier l’origine de sa fortune, ses partisans crient au scandale, à la cabale.
Pourtant, sous d’autres cieux, ils sont légion ces hauts responsables mis en examen pour corruption, trafic d’influence, faux et usage de faux, blanchiment d’argent, détournement de deniers publics ou enrichissement illicite. D’anciens chefs d’État, de gouvernement, ministres en ont aussi eu pour leurs grades. Au Sénégal, l’enrichissement illicite relève du droit pénal commun. C’est un délit bien inséré dans le Code pénal. Il n’y a rien d’alarmant ni de dégradant de poursuivre un délinquant économique, fut-il ancien ministre, haut fonctionnaire de l’État… Quand l’argent appelle l’argent, on doit être en mesure de justifier la licéité de ses avoirs. C’est pourquoi la traque des biens mal acquis est un combat pour l’éthique et la bonne gouvernance.
Il pourrait lutter contre la délinquance économique et financière et aussi marquer la fin de l’impunité. Dans la sourate At-Takathur (la course aux richesses), Allah avertit pourtant les personnes qui consacrent leurs efforts à vouloir plus que ce que possèdent les autres, à surpasser les autres par la richesse. Mais, c’est comme si cette admonestation était tombée dans les oreilles de sourds. Dans un monde où avoir de majestueuses villas, de rutilantes voitures, de sulfureuses femmes, une stabilité financière est perçue comme la clé d’une vie heureuse, la course aux richesses continue de faire rage. Et tous les moyens sont bons pour être plein aux as et mener une vie de Pacha. Le plus important dans la vie, ce n’est pas d’accumuler des fortunes colossales, mais d’utiliser cette fortune pour le bien de tous. Parfois, il faut savoir vivre de peu tout en pensant aux plus pauvres que soi.
Par Matel BOCOUM
DES MOTS QUI FÂCHENT…
Masculinité positive, une expression qui fait encore sourire sous nos cieux. Cette trouvaille servirait, pour les plus sceptiques, de brèche pour homogénéiser l’univers. Pour certains esprits, les féministes sont encore passées par là
Masculinité positive, une expression qui fait encore sourire sous nos cieux. Cette trouvaille servirait, pour les plus sceptiques, de brèche pour homogénéiser l’univers. Pour certains esprits, les féministes sont encore passées par là.
Elles posent ainsi les germes d’une féminité ambiante. Non contente de vouloir destituer les hommes de leur titre de chef de famille, des militantes de la cause féminine chercheraient simplement à modifier les lois de la nature, à faire de la femme un homme et de l’homme une femme. Dire que ce concept est d’inspiration onusienne. Dans l’optique de lutter contre toutes sortes de violences basées sur le genre, le système des Nations unies a lancé cette idée.
Il n’est pas question, en fait, de titiller l’ego des hommes, mais de réveiller leur humanité, voire leur humanisme, de les rendre plus bienveillants, attentionnés, de faire d’eux des êtres pleins de compassion envers leurs proches fussent-ils des femmes, des enfants, de leur permettre de se départir de tout comportement d’agressivité. Nos hommes, dans plusieurs pays du monde, ont été formatés dans un esprit de compétition et de domination du « sexe faible ». Mais comme « les mots sont des fenêtres » pour paraphraser Marshall Rosenberg, en utilisant les termes appropriés, il est toujours possible de véhiculer son message sans heurter des consciences et de susciter l’adhésion d’un plus grand nombre de personnes à sa cause.
Si la communication visuelle est très parlante, les mots ont tout aussi leur sens pour inculquer des changements d’attitude. L’ouvrage de Rosenberg, offre, par exemple, des techniques pour améliorer les interactions sociales et maîtriser cet art de vivre dans la complémentarité. Il facilite aussi l’éclosion des attitudes positives et aide à gommer les attitudes négatives qui dominent certains esprits. Son approche est similaire à celle de la masculinisation positive. Au lieu de faire des hommes des mauviettes, il vise simplement à faire émerger ce qu’il y a de positif en chacun et à promouvoir des comportements basés sur l’amour, la bienveillance, l’attention, l’appréciation, tout le contraire de l’égocentrisme et de l’agressivité.
L’auteur Marshall Rosenberg livre des outils pour faciliter le vivre ensemble avec plus de sociabilité. Des mouvements de solidarité comme « he for she », (comprenez il pour elle) ont fait des émules. Il est porté par des hommes, qui ont convaincu des hommes et des garçons, les poussant à prendre parti pour les femmes et les jeunes filles en vue de contribuer au renforcement de l’harmonie sociale. Ce combat a d’ailleurs tout son sens si on se fie à des passages de l’ouvrage « Éclairages sur les féminismes » de Makhtar Diouf, qui met aussi en lumière des pratiques sociales reléguant les femmes en arrière-plan. Il révèle aussi la logique qui sous-tend la démarche des féministes et cette nécessité de savoir jouer sur les mots. « A l’école, les héros qui sont admirés sont toujours des hommes : Persée, Hercule, David, Achille, Napoléon ; pour ce qui est des femmes, en dehors de la seule Jeanne d’arc, on ne leur parle que des courtisanes » rappelle t-il.
Et d’ajouter « dans les romans qu’on leur fait lire, les aventuriers, les marins, les explorateurs, les musiciens, les généraux, les chefs d’Etat sont toujours des hommes auxquels le garçon cherche à s’identifier. Par contre, ce sont des modèles de passivité qui sont proposés à la fille : la belle au bois dormant, Cendrillon, Blanche neige, la femme ou la jeune fille, c’est toujours celle qui reçoit et subit : captive, enchainée, et qui attend d’être délivrée par son prince qui à cet effet combat et défait les dragons. »
Au fil des ans, les mouvements féminins ont tenu à amorcer des ruptures. Elles ont exigé la féminisation de certaines fonctions et grades. Elles se sont érigées contre la féminisation des métiers bas de gamme. Il était plus acceptable, par exemple, de parler d’institutrice, de boulangère, de cuisinière, de serveuse, de travailleuse, d’ouvrière, d’infirmière, de comédienne. Les métiers dits « haut de gamme », avec position de pouvoir, sont du genre masculin. C’est le cas des postes de ministre, député, sénateur, maire, médecin….. Comme quoi la bataille des mots n’est pas toujours vaine…
PAR SALLA GUEYE
PÉDAGOGIE DE LA PEUR
"Imaginez un peu : au lieu de papoter avec leurs enfants, les voilà qui les laissent se faire « éduquer » par un certain « Mawti », ce fameux tiktokeur en mode néo-sorcier, qui fait croire qu’il est l’ange de la mort !"
Le Sénégal, un pays magique… mais à force de vouloir faire de l’éducation, certains parents semblent confondre pédagogie et sorcellerie ! Imaginez un peu : au lieu de papoter avec leurs enfants, les voilà qui les laissent se faire « éduquer » par un certain « Mawti », ce fameux tiktokeur en mode néo-sorcier, qui fait croire qu’il est l’ange de la mort !
Rien de tel pour créer un climat de confiance familial, non ? Qui a eu l’idée de cette méthode sordide, vraiment ? Parce qu’évidemment, au lieu d’expliquer la vie, on préfère injecter de l’angoisse dans les cerveaux encore fragiles.
Et ce phénomène cartonne sur TikTok ! « Vive la pédagogie numérique ! » Finalement, c’est peut-être ça la vraie magie : transformer un enfant bien élevé en petit paranoïaque, et un parent en spectateur complice d’un drame psychologique… Mais qui a dit que l’éducation devait être ennuyeuse ? Je préfère encore retourner à l’époque où les enfants étaient éduqués à coup de claques et de fables !
par Amadou Sarr Diop
L’ETHNICITÉ S’INVITE AUX DÉBATS POLITIQUES
EXCLUSIF SENEPLUS - De Wade à Sonko, en passant par Macky, l'influence des appartenances ethniques dans les stratégies électorales pose question dans un pays où la stabilité s'est bâtie sur le dépassement des clivages identitaires
Avec l’affaire Farba Ngom, le syndrome de l’ethnicité s’invite de nouveau au débat politique. Au lieu de se voiler la face, la question mérite d’être abordée pour poser l'ampleur, en termes de signes précurseurs, d’un malaise social aux conséquences imprévisibles. La guerre des identités, par la politisation de l'ethnicité en contexte africain, a suffisamment fait d'effets dans beaucoup de pays confrontés aujourd’hui à des crises identitaires structurelles. Toujours dans cette stratégie d’ensauvagement des réseaux sociaux, sous fond de haine et de manipulation, l’argument ethno-identitaire émerge, de plus de plus, des querelles politiques au Sénégal.
L’analyse des facteurs de cause à l’origine des guerres ethniques dans les pays en situation de conflictualité, renseigne sur l’impact des débats ethnicistes dans la genèse, la maturation et l’éclosion de conflits identitaires. L’ampleur des conflits ethniques en Afrique a aujourd'hui redonné vigueur aux thèses primordialistes sur l’irréductibilité et l’immuabilité des « ethnicités africaines, promptes à r-émeger dans certains discours politiques et médiatiques ».
La fabrique des identités de résistance contre un ordre politique à partir de l'ethnicisation des conflits politiques ont conduit à des dérives aux conséquences incalculables. Par l’artifice de la politisation du sentiment ethno-identitaire, l’Afrique est un continent exténué par des violences systématiques de toutes sortes. Un bref rappel des conséquences de ce mode opératoire dans certains pays devrait alerter pour sortir de cette dérive ethniciste.
Au demeurant, les crises qui ont secoué les régions des Grands Lacs trouvent leur explication en partie dans cette ethnicisation des crises politico-sociales. On peut évoquer, la guerre civile en Ouganda, les génocides au Rwanda et au Burundi, le conflit au Sud-Soudan et enfin les rébellions dans la province Orientale du Kivu. On se rappelle de l’effroyable génocide des Tutsis au Rwanda estimé à plus de 5,5 millions de morts. En deux journées, celle du 11 avril et la fin d’après-midi du 14 mai 1994, 50 000 Rwandais ont été tués à la machette par leurs voisins sur les collines de Nyamata. D’avril à juillet 1994, on a estimé entre 500 000 et un million de Rwandais tutsis victimes d’une extermination systématique perpétrée par des miliciens (les Interhamwe).
L'autre exemple est la situation post-électorale dramatique connue en Côte d’Ivoire avec l’introduction du concept « d’ivoirité » par Henri Konan Bédié. Durant les cinq mois de violence et de conflit armé qui ont marqué la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d'Ivoire, 3 000 personnes ont été tuées.
Dans un article sur les enjeux géostratégiques de l’ethnicité, je soutenais que la symbolique des identités, comme élément de stratégie politique, a marqué les trajectoires de trois figures du champ politique sénégalais depuis 2000, à savoir Abdoulaye Wade, Macky Sall et Ousmane Sonko. Chacun s‘est servi de l’identité d’appartenance comme site de mobilisation politique. Par la mise en scène idéologique du clientélisme identitaire, chacun a construit des éléments de langage dans la communication de conquête ou de préservation du pouvoir. Il est vrai que l’exemplarité du Sénégal dont les premiers concepteurs de l'État postcolonial ont pris en considération le pluralisme ethnique dans le mode de gouvernance, en tenant compte des équilibres identitaires, peut être considérée comme un cas d’école. Une bonne gestion des différences ethniques, religieuses, voire confrériques, et leur présence équilibrée au niveau des sphères étatiques, ont préservé le Sénégal jusqu’ici de la guerre des identités ethniques et religieuses.
Le Sénégal a établi son unité et sa stabilité sur le socle de la diversité et de la pluralité des croyances et des valeurs de référence. De Senghor à Abdou Diouf, l’option pour la construction de l’État-nation a pris le dessus sur les appartenances identitaires. Il est établi que dans les années 1950, Senghor s’est certes appuyé sur la territorialisation des identités primaires, catégorisant les colonisés en citoyens français (ressortissants des quatre communes) et en indigènes (considérés comme des kaw-kaws, des citoyens du Sénégal de l'intérieur vivant en contexte rural). Mais, cette prépondérance des identités cristallisées autour du terroir, n’a pas connu une instrumentalisation identitariste. Durant ses mandatures, et ceci dans la continuité avec Abdou Diouf, les débats politiques ont été menés, en dépit de fortes adversités assumées, dans l’espace de la neutralité citoyenne, autour des enjeux programmatiques et des indicateurs de gouvernance. Les tempêtes de violence qui ont balayé, par moment, le paysage politique sénégalais, n’ont pas conduit à des dérives ethnicistes ou religieuses. On peut supposer que la qualité du personnel politique d’alors (formaté dans des partis politiques ayant érigé la formation idéologique des militants en priorité) y a beaucoup contribué.
A ce niveau, le Sénégal se distingue de la plupart des pays en Afrique qui ont connu la guerre des identités autour des enjeux de pouvoirs et de contrôle des ressources par des stratégies d’ethnicisation des polarités idéologiques et politiques.
Les mutations politiques amorcées à partir de 2000 sont révélatrices des influences ethno-identitaires au niveau de l’électorat dans certaines localités du Sénégal. C’est avec le président Wade qu’a véritablement commencé dans la stratégie électorale la mise en dividende politique des identités de proximité par l’instrumentalisation de son appartenance à la confrérie mouride. Son allégeance ostentatoire à cette confrérie a servi, par moment, de levier d’agitation, de mobilisation politique, dans les zones où les mourides sont représentatifs. Concernant le président Macky Sall, l’énonciation de la notion de « titres fonciers », un élément de langage fortement usité dans la communication politique de ses partisans, pour marquer la prédominance politique de sa coalition dans deux régions où son ethnie d'origine Hal pulaar et celle adoptive Sérère sont fortement présentes, est révélatrice du vote affectif et ethno-identitaire lié à sa double appartenance ethnique dans un contexte politique et électoral traversé par l’impensé du débat ethnique.
Les résultats enregistrés lors de l’élection présidentielle de 2019 dans le Fouta, berceau de son ethnie d’origine Hal pulaar (Matam 93,26 %, Podor 93,40%) et dans la région de Fatick (79,78%) majoritairement habitée par son ethnie d’adoption (sérères), révèlent l’impact des affects ethno-identitaires dans la mobilisation politique et électorale. Le phénomène Sonko n’est pas exempt de l’empreinte de l’ethno-identitaire, au regard des performances électorales de sa coalition politique dans sa région d’origine. Sonko s’est construit, en un temps record, une base politique dans la région naturelle de la Casamance marquée par le sentiment ethniciste et régionaliste fortement entretenu par la présence d’une rébellion en lutte contre l’État du Sénégal depuis plus de quatre décennies. Lors des deux dernières sélections locales (2020) et législatives (2022), l’alliance dirigée par Sonko réalise une percée politique inédite dans cette région du Sud. Sur les 30 communes que compte la région, la mouvance présidentielle Benno Bokk Yaakar n’a gagné que celle rurale de Boutoupa-Camaracounda. La forte mobilisation et la passion exprimée des populations du Sud lors du procès opposant Ousmane Sonko et la masseuse Adji Sarr, s’inscrivent dans cet ancrage symbolique des origines.
Ce détour sur ces trois figures politiques les plus emblématiques durant ces deux dernières décennies, vise à montrer combien sont fragiles en Afrique les équilibres ethniques. A chaque fois que des enjeux politiques et ceux liés à la prise ou à la conservation du pouvoir, atteignent un certain niveau de conflictualité, les rapports de force politiques peuvent faire vaciller les socles ethniques pour en faire des leviers de mobilisation partisane. L’impensé des discours sur l’ethnicité nous situe dans le rituel de la diversion idéologique des élites politiques africaines, à des fins de détournement des opinions de la pauvreté systémique à laquelle sont confrontées de larges couches sociales et, surtout, la jeunesse qui vit dans la précarité et qui est hantée par les incertitudes du lendemain.
Pour le Sénégal, rien n’est gagné, il faut faire preuve de vigilance. C’est par l'intelligence dans la gouvernance et le management de nos institutions et, surtout, du leadership transformationnel, qu’on peut induire un approfondissement de la démocratie par la prise en charge du quotidien des sénégalais. Les enjeux sont multiples pour les artisans de la troisième alternance, dont la mise en chantier des transformations systémiques promises constitue un impératif institué au regard de leurs engagements pour le triomphe du Grand soir tant rêvé par une jeunesse pressée.
Amadou Sarr Diop est sociologue, enseignant-chercheur à l’université Cheikh Anta Diop.