SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
4 avril 2025
Opinions
Par Maguèye Touré
HOMMAGE AU PROFESSEUR MOUSSA DAFF
C’est avec émotion et tristesse que nous avons appris le rappel à Dieu, le lundi 3 février 2025, de Moussa Daff, Professeur titulaire des Universités de classe exceptionnelle à la retraite, spécialiste de linguistique et de grammaire.
C’est avec émotion et tristesse que nous avons appris le rappel à Dieu, le lundi 3 février 2025, de Moussa Daff, Professeur titulaire des Universités de classe exceptionnelle à la retraite, spécialiste de linguistique et de grammaire. De cet illustre disparu, nous voudrions retenir l’image d’un homme avenant, accessible, généreux et ouvert d’esprit ainsi que d’un intellectuel et d’un chercheur qui aura beaucoup contribué au rayonnement de la Francophonie. Après avoir été en grande partie à l’initiative de la création du certificat de spécialisation en littératures francophones à la Faculté des Lettres et sciences humaines de l’UCAD et dirigé des thèses en francophonie, le Professeur Daff est aussi connu pour avoir, en sa qualité de chercheur, apporté une contribution éminente à la réflexion sur les problèmes éducatifs en Afrique francophone, sous l’éclairage de la nécessaire cohabitation entre le français et les langues nationales. Ses publications dans le domaine de la didactique des langues ainsi que son travail d’expertise visant l’introduction des langues nationales dans le système éducatif l’ont mobilisé jusqu’à sa disparition.
L’essentiel des Institutions francophones en charge de l’éducation et de la formation ont eu recours au savoir et à l’engagement du Professeur Daff pour l’élaboration de leurs programmes, qu’il s’agisse de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), de la Conférence des Ministres de l’Education de la Francophonie (CONFEMEN), de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) ou de l’Institut de la Francophonie pour l’Education et la Formation (IFEF).
A cet égard, il est utile de rappeler que le Professeur Daff a été le président du comité scientifique des Premiers Etats généraux de l’enseignement du français en Afrique subsaharienne francophone, manifestation unique dans le genre, organisée par l’OIF et qui s’est tenue à Libreville en 2003. Il a par la suite dirigé avec brio les travaux de l’atelier régional de suivi en Afrique de l’Ouest, organisé à Atakpamé au Togo en 2004. Les recommandations principales de ces états généraux étaient axées sur la nécessité d’introduire les langues nationales dans les systèmes éducatifs des pays francophones d’Afrique. Ces recommandations ont connu d’une certaine façon une mise en œuvre, avec le programme francophone Ecole et Langues nationales (ELAN), administré actuellement par l’IFEF.
Le Professeur Daff fut aussi un des membres éminents du Haut Conseil de la Francophonie, instance de conseil et d’orientation qui, sous le magistère du Président Abdou Diouf à la Francophonie, réunissait un panel représentatif de hautes personnalités reconnues dans leurs domaines de compétence. Dans la même dynamique, il s’est beaucoup investi dans le comité scientifique du 15e Sommet de la Francophonie de Dakar en 2014.
Ce formateur émérite et pédagogue averti a été aussi exercé les fonctions de Président de la Conférence des Organisations internationales non gouvernementales francophones (COING), structure qui est la principale interlocutrice de l’Institution francophone en ce qui concerne la société civile.
La contribution multiforme du Professeur Moussa Daff au rayonnement de la Francophonie dans ses dimensions les plus nobles est donc incontestable et digne d’éloge.
Récemment encore, il a eu à s’engager pleinement dans l’animation et la consolidation du Réseau africain des Maisons de la Francophonie (RAMF), à la suite de la création, en 2020, du Réseau international des Maisons de la Francophonie (RIMF).
La Francophonie perd donc, avec la disparition du Professeur Daff, un acteur généreux qui a contribué fortement au renforcement de certains de ses volets les plus importants, notamment ceux relatifs à l’éducation, à la formation, à la jeunesse
Nous présentons à sa famille biologique, à tous ses proches et amis, à la communauté universitaire et au monde francophone, nos plus sincères condoléances. Puisse le Seigneur agréer ses œuvres et que la terre de Podor lui soit légère.
PAR Djibril Ndiogou Mbaye
SORRY DONALD, ON NE VOUS LAISSERA PAS DÉPORTER LE PEUPLE DE PALESTINE
EXCLUSIF SENEPLUS - Le monde n’est pas le dernier niveau de la Trump tower. Le souverainisme à outrance n’est pas la panacéee, c’est de l’intégrisme appliquée à la gestion de l’État. Il vous laisse à l’entrée du concert des nations « civilisées »
Le président américain, vient d’annoncer vouloir faire de Gaza « la Côte d’Azur du moyen Orient ». Depuis quelques semaines, le président américain nouvellement élu, son slogan « America first » en fusil d’épaule, son hyperactivité et son arrogance économique en bandoulière, avec une tête grosse comme ça, et avant même sa prestation de serment, a commencé à tirer sur tout ce qui bougeait et même ce qui ne bougeait pas .
Trump-tout-puissant se prend pour le « deus ex machina* » à l’échelle planétaire, capable de gouverner le monde, d’influer sur la destinée de tous les peuples, d’éteindre tous les foyers de conflits, quoi qu’il en coûte.
Gesticulant à tout-va, il veut le Canada comme 51e État, annexer le Groenland et le canal de Panama, agresser économiquement ses partenaires commerciaux les plus importants, avant d’annoncer se concerter avec le roi Abdallah II de Jordanie et le général Al Sissi d’Égypte dans le but de déporter sur leur territoire la population de Gaza. En terme plus simple, il veut déporter la civilisation multi-séculaire palestinienne dans des camps de fortune. Des camps qui rappellent d’autres camps où furent déportés et concentrés les ancêtres de leurs bourreaux actuels et dont nous condamnons l’ignominie encore aujourd’hui. Mais cette fois-ci, il serait inadmissible de laisser l’histoire bégayer. Monsieur Trump ignore que tout n’est pas à vendre et que le monde n’est pas le dernier niveau de la « Trump tower ».
Il est notoire que Trump et ses électeurs n’ont que faire du reste du monde et de leur culture. Aussi, sont-ils imperméables à l’histoire, l’identité culturelle, le lien entre la nation palestinienne et le territoire sur lequel elle vit depuis des siècles, avant même l’existence des États-Unis d’Amérique.
Ils ne comprennent pas que la dignité, la fierté de ce peuple qui préfère rester sur la terre de ses aïeux que les bombes ont presque totalement détruite, est hors du commerce juridique. Gaza ne sera jamais « la Côte d’Azur du moyen Orient », comme vient de le suggérer M. Trump !
Ce peuple meurtri, quotidiennement torturé, qui vient de perdre plus de 45 000 de ses enfants non-combattants, illustres innocents, qui n’ont comme seul tort que d’être nés sur un lopin de terre, objet de la convoitise de son voisin. Son voisin Israël dont le peuple fut autrefois recherché, déporté et massacré dans des camps de concentration comme Auchswitz. Israël qui est aujourd’hui sujet à une amnésie sélective mais qui semble avoir bien assimilé le chant et la danse lugubre de son bourreau.
Décidément, le ridicule ne tue pas celui qui veut rajouter de la détresse à la détresse d’un peuple déjà à genoux. Quelqu’un devrait-il faire un dessin à Trump afin qu’il comprenne qu’il fonce tout droit sur le mur du crime contre l’humanité ?
Ce qu’il vient de déclarer sur la déportation de la population pour faire de Gaza une station balnéaire n’est rien d’autre qu’une apologie d’un crime.
Car au delà d’autres droits inaliénables comme le droit des peuples a l’autodétermination, ou à disposer d’eux-mêmes, le droit international et les conventions dont certains ont été inspirés par le massacre injuste et révoltant des juifs, condamnent sans équivoque ce que préconise Monsieur Trump.
En effet, « la déportation de population ou d’individus est interdite quel qu’en soit le motif par la quatrième Convention de Genève (art. 49 et règle 130 de l’étude sur les règles du DIH coutumier publiée par le CICR en 2005).
• La puissance occupante ne pourra pas procéder à la déportation ou au transfert d’une partie de sa propre population civile dans les territoires occupés par elle.
• Ces pratiques constituent des crimes de guerre (GIV art. 147). Elles participent aussi de crimes tels que la purification ethnique ou le génocide.
• La déportation et le transfert sont également qualifiés de crime de guerre et de crime contre l’humanité par le statut de la Cour pénale internationale, adopté à Rome en juillet 1998 (art. 8.2.a.vii , 8.2.b.viii , et art. 7.1.d). Le transfert par la puissance occupante de sa propre population civile dans le territoire occupé est aussi considéré comme un crime de guerre (art. 8.2.b.viii). Les auteurs de ces crimes peuvent donc être jugés, sous certaines conditions par la Cour pénale internationale.
Il faut dire que même B. Netanyahu, malgré son impertinence légendaire a toujours pris la précaution de ne déplacer les populations palestiniennes qu’à l’intérieur de leur propre territoire, même si c’est à chaque fois pour permettre à Tsahal de procéder à sa basse besogne sur des civils innocents restés sur place.
Donald candidat ne craignait déjà pas la justice des États-Unis. Il a pourtant été définitivement condamné par cette même justice à payer 5 millions de dollars (4,8 millions d’euros) à une autrice qu’il avait agressée sexuellement dans les années 1990.
Donald devenu président ne craint pas la Cour pénale internationale. Il se croit au-dessus de la justice internationale, n’écoute personne, mais personne n’est dupe. C’est un stratège politique qui applique une ruse déjà décodée.
Les politiques sont comme des joueurs de poker, ils usent et abusent de l’art du bluff pour déstabiliser et décontenancer leurs adversaires.
Personne ne le laissera déporter « le petit million et demi » de palestiniens dont il parle. D’ailleurs à ce propos, il n’a pas les bons chiffres car il faut dégrever les dizaines de milliers de morts depuis le 7 octobre, à cette population palestinienne qui diminue progressivement au fil des raids de son « coalisé ».
Si Trump prônait la déportation de la population israélienne, le monde se serait dressé contre lui de la même vigueur.
"L'héritage dont je serai le plus fier sera celui d'avoir été un faiseur de paix et un rassembleur", a promis ce lundi 20 janvier Donald Trump, investi 47e président américain, dans son discours d'investiture.
Si pour l’Ukraine, le président Donald Trump préconise des négociations avec la Russie, même sans le président Zelinski (ce qui est injuste), pour Gaza, il prétend vouloir user de la force en déplaçant les populations.
Mais peut-on vraiment construire une paix juste et durable par la guerre l’oppression ou l’injustice ? La réponse est évidemment non !
C’est la raison pour laquelle, il faut cesser de le prendre par les sentiments en lui faisant miroiter le Nobel de la paix. Cette distinction doit se mériter. Déjà que l’erreur avait été faite en le décernant à Barack Obama par anticipation, sans que le compte y soit à l’arrivée. Il n’est pas question de récidiver en violant une fois de plus, avec un autre président américain, les principes fondateurs, de ce prestigieux prix, si chers à Alfred Nobel.
Trump a le choix entre une reconnaissance américano-américaine et le Nobel avec une entrée mémorable dans la grande Histoire de l’humanité toute entière, en réalisant les conditions de sont succès : réussir « l’exploit » de faire accepter à son poulain sioniste les trames d’une solution à deux États, seule solution acceptable et viable et dans la foulée la reconnaissance de l’Etat de Palestine.
Le président Trump gagnerait à profiter des trois ans et 11 mois qui lui restent pour redorer son blason et celui de son pays et se faire une stature de grand homme d’État à l’international, en plongeant dans les flots de l’Hudson, la flamme de l’injustice qu’il a remplacé avec la belle flamme de l’indépendance et de la liberté, que la miss liberty brandit, à l’embouchure de ce fleuve, depuis 1876 , le centenaire de l’indépendance des USA .
La statue de la Liberté est empreinte de symbolisme. Offerte par la France son nom initial était « La liberté éclairant le monde ». La torche qu'elle tient dans la main droite représente la lumière de la liberté qui, malheureusement n’a jamais éclairé la Palestine. Elle s’est arrêtée juste à sa frontière avec Israel. Quel dommage.
Ces symboles devraient inspirer le locataire de la Maison Blanche en lui rappelant ce qui fait la grandeur de l’Amerique. Une Amérique qui n’est pas reconnue par ses pairs n’est pas une grande Amérique. Seule la reconnaissance consacre la grandeur.
On ne respectera les USA que par son comportement de modèle, de référence. Or une référence doit être juste et ce que le monde entend en ce moment, par la voix de son premier représentant, n’est pas juste.
Personne ne laissera le président Trump déporter les palestiniens.
Il est heureux de constater le refus, même timide de la Jordanie et de l’Égypte et le front que semble enfin constituer le monde arabe, avec cette fois si une intransigeance affichée par l’Arabie Saoudite, le géant de la région. Ce monde arabe si puissant lorsqu’il est uni, qu’il aurait pu imposer un Etat palestinien depuis longtemps.
La France vient également de condamner ce projet funeste de déportation qui prône la négation du peuple et de la souveraineté palestinienne et aussi l’incontournable solution à deux États.
Mais la paix n’arrange pas tout le monde et parfois, même pas ceux qui prétendent travailler exclusivement pour sa réalisation.
« America first » ? Ok ! Car le souverainisme est dans l’air du temps. Mais le souverainisme à outrance n’est pas la panacéee, car c’est de l’intégrisme appliquée à la gestion de l’État.
Le souverainisme avec arrogance et mépris ne paie pas non plus, il vous laisse à l’entrée du concert des nations « civilisées », au ban de la société économique. Si Monsieur Donald Trump, pense tenir entre ses mains le destin du peuple palestinien et d’un monde qui existe depuis cinq milliards d’années sans lui, il se trompe. Aujourd’hui, il ne maîtrise que son propre destin et celui des USA et encore …
La meilleure façon de régler le conflit, d’assurer la sécurité d’Israël, est moins la déportation des Palestiniens que l’émergence d’un État palestinien voisin et frère d’un État légitime d’Israël. C’est bien le moment car le Hamas est fatigué et ses chefs exterminés, Israël est épuisé et ses opérations militaires inefficaces. Tuer n’est pas une solution.
Par Rokhaya DIALLO
LE HANDICAP, A L’HEURE DE L’EVALUATION
La nécessaire mise en cohérence des politiques sociales avec la Vision Sénégal 2050 a amené le Chef de l’Etat à rappeler et à instruire le Gouvernement quant à la place primordiale qu’il convient d’accorder aux personnes vivant avec un handicap
La nécessaire mise en cohérence des politiques sociales avec la Vision Sénégal 2050 a amené le Chef de l’Etat à rappeler et à instruire le Gouvernement quant à la place primordiale qu’il convient d’accorder aux personnes vivant avec un handicap dans toutes les politiques d’équité et d’inclusion sociale, lors du Conseil des ministres du 27 novembre 2024.
Le fait est qu’après avoir ratifié la Convention des Nations-Unies relative aux droits des personnes vivant avec un handicap en 2008, les autorités sénégalaises ont voté la loi d’orientation sociale n° 2010-15 du 06 juillet 2010, relative à la promotion et à la protection des droits des personnes vivant avec un handicap, conformément aux dispositions de ladite Convention.
Cette loi qui précise l’orientation et le cadre juridique des personnes vivant avec un handicap, qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables, dont l’interaction avec diverses barrières peut porter atteinte à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité, précise en son article 5 que » sont considérées comme obligations nationales, les politiques publiques de l’Etat, nécessaires à la prévention des handicaps, leur traitement, leur prise en charge, la réadaptation, l’éducation, la formation professionnelle, l’insertion socio-économique et l’intégration sociale des personnes vivant avec un handicap ».
Mais si cette loi comprend neuf dispositions à édicter par décret, l’Etat n’a pris depuis lors que deux décrets relatifs aux commissions départementales et à l’éducation spéciale, alors que la signature des décrets prévus par la loi assure absolument une pleine intégration et une participation effective des personnes vivant avec un handicap comme souligné dans les résultats du rapport d’évaluation de la politique nationale du handicap (2022, DPPPH).
L’article n°3 de la loi d’orientation sociale impute au ministère chargé de l’Action sociale l’obligation de délivrer à toute personne vivant avec un handicap une carte spécifique dénommée « carte d’égalité des chances », sur proposition des commissions techniques mises en place depuis 2012, mais force est de constater qu’en douze années, ledit ministère n’a produit que près de 100.000 cartes, pour une population d’environ un million cinq cent mille personnes handicapées.
C’est pourquoi, il convient d’accorder une attention particulière à la directive du Chef de l’Etat relative à l’évaluation du processus de délivrance de la carte d’égalité des chances et à l’obligation pour le Sénégal d’identifier une stratégie nationale de promotion des personnes handicapées. Si la « carte d’égalité des chances » permet à son titulaire de bénéficier des droits et avantages en matière d’accès aux soins de santé, de réadaptation, d’aide technique, financière, d’éducation, de formation, d’emploi, de transport, ainsi qu’à tout autre avantage susceptible de contribuer à la promotion et à la protection des droits des personnes vivant avec un handicap, le processus de production empêche les personnes vivant avec un handicap de bénéficier de tous leurs droits. Le processus de production semble souffrir de l’approche utilisée ainsi que de l’absence d’une base de données, mais aussi d’un instrument fiable.
Il est impossible de concevoir des politiques publiques et des interventions coconstruites et inclusives en l’absence d’une base de données. Les outils utilisés par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) par rapport au recensement des personnes vivant avec un handicap, dont celui du Washington group, se révèlent peu pertinents, car omettant de fait certaines catégories de personnes vivant avec un handicap, dont les Albinos et les personnes de courte taille, encore que certaines barrières socioculturelles cachent à autrui certains types de handicap.
Il est dès lors essentiel de confier cette étape de recensement et de dénombrement aux Centres de Promotion et de Réinsertion sociale, animés par des travailleurs sociaux, par ailleurs formés et spécialisés dans l’accompagnement et la réinsertion sociale des personnes vivant avec un handicap, conformément aux dispositions de l’article n°9 de la Convention n°159 de l’O.I.T.
Le second obstacle à la mise en place de politiques et d’interventions inclusives relève de l’absence d’un instrument d’identification des personnes vivant avec un handicap et de mesure du handicap. Il convient avant tout d’accepter à la suite des travaux de Verena KECK associés à ceux de l’équipe de recherche composée de Fatima HALANTINE et GUNVOR Berge et de M.Mbodj (2022) que le handicap dépend des contextes culturels et socioculturels dans lesquels il émerge, ce qui autorise à retenir en définitive une approche situationnelle en termes d’instrument de mesure du handicap.
En conséquence, le verbe « être handicapé » devrait être posé de la manière suivante:
– Handicapé dans quelle situation?
– Dans quelle situation suis-je handicapé?
– Dans quelle situation es-tu handicapé?
– Dans quelle situation est-il handicapé?
Mais pour en arriver là, il a fallu passer par différentes manières de percevoir et donc de définir le handicap, dépendamment de notre représentation de l’Homme, notamment dans sa relation avec l’environnement.
Le modèle individuel est essentiellement biomédical car cantonnant tout phénomène observé au niveau du corps uniquement, et la maladie étant bien entendu perçue comme un enchainement causal, que l’on retrouve à l’origine de la Classification Internationale des Maladies et des problèmes de santé connexes (C.I.M.), O.M.S. Genève 1993.
Les limites du modèle individuel dit curatif, relèvent de la diminution des maladies infectieuses du fait de l’antibiothérapie, de l’accroissement des maladies chroniques, de la baisse de la mortalité infantile et du vieillissement de la population, le tout provoquant un accroissement des guérisons avec séquelles, ce qui met en évidence les limites du modèle curatif.
En 1975, les Nations Unies ont adopté la Déclaration des droits de la Personne Handicapée, pour proclamer ensuite 1981, « Année Internationale des Personnes Handicapées », marquant ainsi le début du programme de la « Décennie des Nations Unies pour la personne Handicapée ». C’est suivant cette dynamique que sera élaborée la classification des conséquences des maladies, avec une première classification internationale des Handicaps (C.I.H.) en 1980 en Anglais par l’O.M.S., pour être traduit en Français en 1988.L’objectif vise à fournir une meilleure information sur les conséquences des maladies, sans aucune compréhension de la globalité du phénomène du handicap, ce modèle se présentant comme un modèle causal.
Les recherches effectuées depuis 1987 par le Comité québécois et la Société canadienne sur la CIDIH (CQCIDIH-SCCIDIH) ont mené à l’élaboration d’une proposition expérimentale d’une nouvelle classification (FOUGEYROLLAS et al. 1989, 1991, 1993, 1995, 1996). Cette proposition basée sur une approche positive et interactive, décrit le processus de production des situations de handicap.
Ce nouveau modèle démontre qu’une situation de handicap devrait être considérée comme étant le résultat situationnel d’un processus interactif impliquant deux séries de variables causales:
– d’une part les caractéristiques de la personne c’est-à-dire ses déficiences et ses incapacités découlant de maladies, traumatismes ou autres troubles;
– d’autre part les caractéristiques physiques ou socioculturelles de son environnement créant des obstacles ou facilitant sa participation sociale dans une situation donnée: vie familiale, emploi, éducation, loisir etc.
Le problème du processus de production de la carte d’égalité des chances au Sénégal se trouve dans l’option C.I.H. et C.I.V., qui référent tous les deux à l’approche médicale, laquelle ne figure pas sur la loi d’orientation sociale. Le recours à un médecin spécialisé en qualité d’expert peut être requis exceptionnellement par la commission départementale d’accréditation, mais ne constitue nullement une condition de délivrance de la carte. La M.HA.VIE met l’accent sur la situation de participation sociale et situation de handicap qui correspondent au degré de réalisation des habitudes de vie, résultant de l’interaction entre d’une part, des déficiences, des incapacités et des autres caractéristiques personnelles et d’autre part, de facilitateurs ou des obstacles environnementaux (Mbodj, 2022).Le nombre restreint d’outils sur la mesure des handicaps et des facteurs environnementaux a incité à développer la « mesure des habitudes de vie (MHAVIE) » et la « mesure de la qualité de l’environnement » ainsi que de favoriser leur utilisation avec des personnes vivant des conséquences à long terme des maladies et traumatismes.
L’option pour un processus interactif de production du handicap et son outil qu’est la M.HA.VIE impose la stratégie de réadaptation à base communautaire, précisée par le document d’orientation conjoint sur la RBC du Bureau International du Travail (BIT), de l’UNESCO et de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), avec les objectifs suivants :
– Faire en sorte que les personnes handicapées puissent maximiser leurs aptitudes physiques et mentales, accéder aux services et opportunités offerts à toute la population et devenir des contributeurs actifs à la communauté et à la société dans son ensemble, par la conscientisation ;
– Dynamiser les communautés pour qu’elles promeuvent et protègent les droits humains des personnes handicapées, par le renforcement des capacités des familles et la création et l’organisation de nouvelles structures au sein des communautés ;
– Mobiliser les communautés autour du handicap en termes de prévention et de promotion de la santé.
Il s’agit en définitive, d’une stratégie de développement communautaire visant la réadaptation, l’égalisation des opportunités et l’intégration sociale de toutes les personnes handicapées, qui est mise en œuvre grâce aux efforts conjugués des personnes handicapées elles-mêmes, de leurs familles et de leurs communautés. La participation de la communauté est toujours nécessaire pour promouvoir et respecter les droits de l’homme des personnes handicapées et leur permettre de devenir des membres actifs de la société. La collaboration entre les différents organismes, secteurs et professionnels est essentielle à tous les niveaux pour appuyer cette approche globale de la réadaptation. Les professionnels de la santé collaborent avec les individus et les populations locales à la planification, au fonctionnement et à la surveillance des services. Elle est aujourd’hui envisagée comme une stratégie destinée à assurer aux personnes handicapées l’inclusion, les droits et l’égalité des chances. Sa pratique est passée d’une approche essentiellement médicale de prestation de services, souvent focalisée sur un seul domaine (comme la santé ou l’éducation), à une approche multisectorielle basée sur les droits.
Deux points de stratégie devraient être pris nécessairement en compte lors de la conception d’une nouvelle stratégie de prise en charge des personnes handicapées :
– la famille comme unité d’analyse et d’intervention de manière à rejoindre les dispositions de l’article n°17 de la Constitutions du Sénégal ;
– le respect des dispositions de l’article n°3 du Code Général des Collectivités territoriales, en rendant aux commissions techniques départementales leurs prérogatives en matière de conception et de mise en œuvre de la compétence transférée Action sociale, laquelle devrait être logée au ministère en charge du développement communautaire.
Je voudrais pour conclure, voir par cette adresse du Président de la République, une matérialisation du « jubanti » en matière de droits humains et de justice sociale, puisqu’il sera surtout question enfin, de l’affirmation d’une réelle volonté politique de changement au bénéfice d’une frange importante de la population exclue et marginalisée de tous les dispositifs d’intégration sociale, malgré l’existence d’un cadre juridique.
Et pour terminer, mettre en cohérence la politique nationale du handicap, compétence transférée, avec le nouveau référentiel des politiques publiques en logeant la direction au département en charge du développement communautaire et de la Solidarité nationale.
par Mody Niang
ENCORE NON BACHIR, LE SÉNÉGAL N’EST PAS NÉ LE 24 MARS 2024
On nous rebat les oreilles avec les supposés écarts du nouveau pouvoir. Mais que dire des dérapages présidentiels depuis mars 1963 ? Que dire surtout de ces vingt-trois dernières années ?
Dans ma contribution publiée le 30 janvier dernier, j’annonçais qu’elle serait suivie d’une seconde, peut-être d’une troisième, pour administrer la preuve à Bachir Fofana, à Papa Malick Ndour comme à de nombreux autres du même acabit qui pensent comme eux que nous sommes loin, très loin d’être amnésiques et que personne ne peut nous faire croire, une seule seconde, que le Sénégal est né le 24 mars 2024. « Un président ne doit pas dire ça », « Un président ne doit pas faire ça », répétait-il souvent dans son « lundi » publié après la Conférence des Administrateurs et des Managers publics (CAMP) du 20 janvier 2025. Même si Bachir Fofana ne le sait pas, ou feint de ne pas le savoir, fermant hermétiquement les yeux et se bouchant les oreilles sur tout ce qui s’est passé depuis le 7 mars 1963 et, en particulier, depuis ce fameux 1er avril 2000, nous connaissons des présidents, en tout cas au moins deux présidents qui ont dit plus, qui ont dit pire ; qui ont fait plus, qui ont fait pire.
En conclusion de ma première contribution, je promettais aux lecteurs qui en avaient déjà une idée, avec les déclarations sur les Perrons de l’Élysée du vieux président-politicien, lors de son premier voyage en France, après le 1er avril 2000, qu’ils en auront bien d’autres après avoir lu la seconde contribution, c’est-à-dire celle-ci. Je commencerai par l’ancien président-politicien avant de revenir sur son prédécesseur et sosie. Combien de fois, pendant douze ans, a-t-il dit ce qu’un président de la République ne doit pas dire, et fait ce qu’il ne doit pas faire. Premier ministre déjà, il votait sans carte d’identité à Fatick.
Je pourrais me contenter d’une seule de ses déclarations, que pratiquement tout le monde se rappelle d’ailleurs et qu’aucun président d’un pays sérieux n’ose faire, celle-ci : « Si je n’avais pas mis mon coude sur les dossiers que j’ai sur mon bureau, beaucoup de gens iraient en prison ». Naturellement, dès le lendemain, les commentaires sont allés bon train et dont bon nombre ne le ménageaient pas. Il comprenait alors qu’il avait commis une bévue et a voulu se corriger mais en en commettant une plus grosse encore. « Je ne parlais pas de tous les dossiers mais de celui Sindiély Wade seulement car, je ne peux pas envoyer en prison en même temps le frère et la sœur ». Donc, c’est lui qui décide de l’envoi ou non des gens en prison. Comme Bachir Fofana nous prend pour ce que nous ne sommes, je rappelle qu’il s’agissait du lourd dossier du FESMAN où Sindiély était gravement mise en cause. Le lendemain d’ailleurs ou le surlendemain, j’ai publié une contribution qui avait pour titre « Et s’il est établi que le frère et la sœur sont tous les deux des voleurs ! », Sud quotidien du 12 février 2014.
Bachir, un président peut-il dire ça, un président vraiment digne de la fonction ? Où étiez-vous, vous et les autres qui pensent comme vous ? Le président Bassirou Diomaye Faye a vraiment bon dos. Des bêtises – je ne peux les appeler qu’ainsi –, l’ancien président-politicien en a dit bien d’autres ? Je rappelle seulement, en campagne électorale pour le référendum de mars 2016, au grand Théâtre Doudou Ndiaye Coumba Rose, il a dit, en direction de la pauvre opposition : « Que cela vous plaise ou non, vous supporterez ma politique ! ». Un président de la République peut-il se permettre de dire ça, et sans état d’âme ? Oubliait-il qu’il tirait son pouvoir de gouverner de la constitution, comme l’opposition celui de s’opposer ? Vous a-t-on entendu ou lu à l’époque, vous comme les autres qui prennent plaisir à tirer à boulets rouges sur le président Diomaye et son Premier ministre ?
Dans son même « lundi », Bachir Fofana répète qu’« un président ne doit pas faire ça », mettant naturellement en cause le président Diomaye Faye dans son introduction de la CAMP. Bachir n’a d’yeux et d’oreilles que pour lui et son Premier ministre. Pourtant, des présidents, plus exactement l’ancien président-politicien et son prédécesseur et sosie ont fait pire, si toutefois Diomaye a fait
Des « hauts faits d’armes » du premier, je retiendrai seulement quelques-uns. On se rappelle le comportement inacceptable de l’ancien ministre Moustapha Diop envers les magistrats de la Cour des Comptes. Le président de la Commission des Comptes et de Contrôle des Entreprises et ses collègues se sont rendus au siège du Fonds de Promotion d’Entreprenariat féminin « pour rencontrer le staff et lui présenter le programme de travail de la vérification conformément à leur mission ». Informé de la présence des enquêteurs, Moustapha Diop, alors Ministre délégué auprès du ministre de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, chargé de la Microfinance et de l’Économie solidaire, s’invite à la réunion. Le Président de la commission lui fait alors remarquer que sa présence ne s’imposait pas du fait que ce n’était qu’une réunion de prise de contact.
Le ministre délégué, qui n’a certainement pas apprécié les mots du président de la Commission, entre dans une colère noire et s’adresse alors à ses « invités » en ces termes vigoureux : « Vous êtes de petits magistrats de rien du tout, payés pour me déstabiliser ». Et il ne s’arrête pas en si bon chemin, selon le journal Léral net du mardi 15 juin 2015 qui rend compte de l’événement. « Vous ne faites pas partie des magistrats de la Cour des comptes, mais de la Cour de règlement de comptes », leur lança-t-il, avant de les mettre dehors sans autre forme de procès.
Le président de la Commission et ses collègues naturellement très en colère, s’en ouvrent au président de la République et exigent une sanction sévère contre le ministre délégué ? Pour toute réponse, l’ancien Président-politicien leur présente publiquement les excuses de son ministre. Monsieur Bachir Fofana, un président de la République digne de la fonction doit-il vraiment faire ça ? Où étiez-vous à l’époque, vous et les autres qui pensent comme vous ? Vous a-t-on alors entendus ou lus ?
Ce n’est pas tout Monsieur Fofana. Pendant qu’il était le Directeur général du COUD, Cheikh Oumar Hane a fait l’objet d’une enquête par l’Ofnac, vérification qui a abouti à un lourd dossier. Le 31 décembre 2018, si mes souvenirs sont exacts, après son message à la Nation, l’ancien président-politicien répondant à des journalistes, a pris publiquement sa défense alors que son dossier était entre les mains du Procureur de la République. Il est allé plus loin en reprochant à l’OFNAC d’avoir outrepassé ses prérogatives. Ce n’est pas tout. L’OFNAC fait en général des recommandations dans ses rapports d’activités. Dans celui de l’année 2014-2015, sa première recommandation était celle-ci ; « Relever de ses fonctions le Directeur du Coud pour entrave à l’exécution normale d’une mission de vérification et prendre toutes les mesures utiles pour qu’il ne lui soit plus confié la responsabilité de diriger un organisme public. »
Que s’était-il passé ? Les enquêteurs, après avoir bouclé leur mission, se sont rendu compte que ce qui se passait au Coud en matière de gestion scandaleuse, était encore bien plus grave que ce que dénonçait la plainte qui justifiait cette première mission. Un second ordre de mission chargea alors de nouveaux enquêteurs de poursuivre le travail. Cheikh Oumar sachant que ce qui l’attendait était plus grave encore, s’opposa catégoriquement à l’exécution de cette nouvelle vérification, en allant jusqu’à menacer le premier responsable des enquêteurs et à accabler la présidente de l’OFNAC d’alors de tous les péchés d’Israël.
Bachir, et vous tous et vous toutes qui pensez comme lui, imaginez-vous ce qui allait se passer malgré son lourd dossier qui dormait d’un sommeil profond sur la table du Procureur de la République et cette recommandation de l’OFNAC qui l’accablait ? Trois à quatre mois plus tard, Cheikh Oumar Hane est nommé, contre toute attente, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Bachir, un président sérieux doit-il faire ça ? Vous êtes-vous fait entendre à l’époque, vous comme les autres ? Bachir, nous n’accepterons jamais qu’on fasse table rase de tout ce qui s’est passé pendant vingt-quatre longues années de nauséabonde gouvernance et nous enfermer dans les neuf mois des nouveaux gouvernants.
Et ces quelques exemples que j’ai pris sur l’ancien président-politicien ne sont que des peccadilles, comparés aux mille scandales qui ont jalonné sa nébuleuse gouvernance. Il en sera ainsi des exemples que je prendrai sur son prédécesseur et sosie, dans la prochaine contribution, celle-ci étant déjà longue ? En attendant, je rassure Bachir Fofana : ce n’est point sa personne qui m’intéresse, mais ce qu’il dit et écrit sur la gouvernance en cours depuis le 2 avril 2000. Des amis m’ont fait cas d’injures dont je serais la cible depuis la parution de ma première contribution. Heureusement que je ne lis pas de tels commentaires. Mais l’un de mes amis m’a fait parvenir par WhatsApp une vidéo où Bachir Fofana s’en prend sévèrement à ma personne. J’ai fait quand même les efforts nécessaires pour l’écouter. Voici ce qu’il dit de moi en walaf « Boo nekke ci deukk, te yaw xamoó sa bopp, tekki woó dara, Senegaal lifiy problèmes lepp, Senegaal lifiy problèmes lepp, mu man cee waxtaan, loola lepp mu teg kofa, ne ci bachir Fofana mu amul solo mii rek, lay wax. » Traduit en français, son discours donne : « Si tu vis dans un pays, en ignorant qui tu es vraiment, un pays où tu ne signifies rien, au lieu de te préoccuper du Sénégal qui en a tant besoin, tu fais de Bachir Fofana ta cible ». Il me remercie pour avoir publié une longue contribution avec pour titre : « Qui est ce Bachir Fofana ? » Il devait vraiment être hors de lui ; il ne retient même pas le titre de ma contribution qui est celui-ci : « Pour qui nous prend-il vraiment, ce Bachir Fofana ? » Deux titres totalement différents. Encore une fois, ce n’est pas sa personne qui m’intéresse.
L’animatrice de l’émission entre en jeu et dit : « Mody yaw la ame temps yi de ». Depuis ces temps derniers, tu es la cible de Mody, dit-elle. Certainement, elle n’a même pas lu la contribution. Un autre, un de ces « chroniqueurs » d’une télévision que je ne nomme pas, se fait entendre en posant une question : « C’est Mody qui a été condamné avec Papa Alé ? Oui, s’empresse de répondre Bachir : pour diffamation. Ils parlaient effectivement de la plainte de Cheikh Oumar contre Papa Alé et moi, Pape pour avoir publié un livre basé sur son lourd dossier de l’Ofnac moi, pour avoir préfacé le livre et y avoir qualifié sa gestion de scandaleuse ? Nous avons été effectivement condamnés en première instance et nos avocats avaient naturellement interjeté appel. L’audience s’est tenue il y a moins de deux mois et nous attendons la délibération. Comme Bachir Fofana et ses co-animateurs ignorent presque tout de la plainte, je leur apprends qu’elle date de février 2020 ?
Je précise bien en février 2020. Le 16 mars 2018, donc deux ans avant la plainte, j’ai publié une contribution à deux quotidiens : Walfadjri et La Cloche. Elle avait pour titre : « Communiqué de presse du Directeur général du Coud : un tissu de contrevérités ». C’était pour démentir catégoriquement la totalité d’un communiqué qu’il avait publié deux jours auparavant. La contribution est longue de cinq (5) pages où je mets en évidence tous les scandales qui ont jalonné sa gestion du Coud. Je supplie Bachir de faire l’effort de lire la contribution. Il comprendra, s’il est honnête, que je n’ai diffamé personne et devrait se poser aussi la question de savoir pourquoi ce M. Hane a attendu deux longues années pour porter plaine contre moi, parce que simplement j’avais préfacé un livre et traité sa gestion de scandaleuse ? Enfin je rappelle à Bachir que j’ai travaillé sur le dossier M. Hane, en ma qualité de Conseiller spécial de la présidente de l’Ofnac d’alors, Mme Nafy Ngom Kéïta, chargé de la lutte contre la corruption dans le système éducatif sénégalais. Je n’avais pas encore démissionné.
Bachir, j’arrête cette contribution ici. La troisième vous causera sûrement plus de soucis mais, dans tout ce que j’écrirai, vous ne lirez pas un seul mot qui fera penser à une injure. Moi, j’ai horreur des injures et préfère de loin les arguments.
Par Mohamed GUEYE
METTRE NOTRE ARGENT DANS LES DECHETS
Au-delà de tout cela, nos dirigeants ont sans doute oublié que d’autres pays ont expérimenté, toujours au forceps, ce principe de forcer les populations à prendre en charge le nettoiement de leur cadre de vie.
Samedi dernier, le président de la République et son Premier ministre ont, chacun de son côté, procédé au rituel du nettoiement de certains coins de nos cités, officiellement dénommé Setal sunu reew. Un programme qui avait connu un certain engouement à ses débuts, mais qui, depuis, a connu une certaine lassitude. La preuve en est que ses initiateurs ont décidé de faire une pause après 9 semaines, afin de réfléchir au moyen de relancer l’activité. Le Président a parlé de «réévaluer le programme» afin de le rendre pérenne et plus efficace. A Louga où il se trouvait, le Premier ministre a parlé de «changement de paradigme» pour permettre à des jeunes impliqués «d’accéder à des activités génératrices de revenus». Comme on avait applaudi l’initiative, on ne peut qu’applaudir encore plus fort la volonté de remise en cause.
Cela signifie au moins que les gens se sont posé la question de l’utilité de ce qu’ils sont en train de faire. Car il est établi qu’ils n’ont pas, avec leur initiative, inventé la roue. La volonté de rendre propre notre environnement n’a pas attendu le nouveau pouvoir. Quand ils accompagnent leur activités de la chanson «Set» de Youssou Ndour, ils doivent ne serait-ce qu’implicitement, reconnaître que le mouvement Set setal dans tous les quartiers de nos zones urbaines, date des années 1990, avec la sortie de cette chanson, qui a vu les Associations sportives et culturelles (Asc) des quartiers rivaliser de propreté, pour embellir leur cadre de vie. Si le mouvement s’est essoufflé avec le temps, c’est parce qu’il a manqué d’appui institutionnel. Ni Abdou Diouf ni Abdoulaye Wade n’ont su canaliser les mouvements des jeunes et profiter de leur dynamisme.
Après ce long intermède du mouvement Set setal, le Président Macky Sall a amené avec lui ses «cleaning days», les journées nationales du nettoiement, visant toujours le même but : rendre le Sénégal plus propre. On doit se rendre à l’évidence que si ce mouvement avait été une réussite, l’actuel duo au pouvoir ne viendrait pas avec son Setal sunu reew pour faire oublier les «Bësup setal». Tous ont négligé l’implication des citoyens dans leurs initiatives pensées de trop haut.
Au-delà de tout cela, nos dirigeants ont sans doute oublié que d’autres pays ont expérimenté, toujours au forceps, ce principe de forcer les populations à prendre en charge le nettoiement de leur cadre de vie. Nous ne rappellerons pas Pol Pot au Kampuchea démocratique, qui avait transposé le principe de la Chine de Mao Zedong. Ces gentils dirigeants, pleins de sollicitude pour leur population, ont pu séduire Mobutu Sese Seko au Zaïre, qui a créé le «Salongo» pour contraindre toute sa population, des fonctionnaires des bureaux aux petits élèves des écoles primaires, à se mettre au nettoyage. Même les ministres étaient tenus de s’y soumettre. Mais comme dans tout système où règne la corruption, cette politique n’a duré que le temps où le dictateur s’y est intéressé. Quand il a tourné son attention vers d’autres buts, le pays est (re)devenu l’un des plus négligés du continent. Il n’empêche que Kagame a repris le flambeau où Mobutu l’avait laissé tomber, et lancé le principe d’«Umuganda». Chaque dernier samedi du mois, dans la matinée et jusqu’à 15h, tout le monde sort, se retrousse les manches et prend, qui son balais, qui son râteau, et le nettoyage de la ville commence. L’homme fort est encore solidement vissé à Kigali et permet au système de continuer. Souhaitons au Peuple rwandais qu’il ait pu faire en sorte de perpétuer cet esprit de propreté qui rend aussi belle la ville de Kigali.
Il est évident que le système politique ainsi que le tempérament du Peuple sénégalais ne pourraient s’accommoder des contraintes qu’imposent les dictateurs à leurs populations. D’où sans doute la trouvaille de notre Premier ministre de créer des Gie de jeunes pour renforcer les programmes de Setal. On se demande bien comment il pense pouvoir initier des activités génératrices de revenus pour ces groupements de jeunes. Compte-t-il leur apprendre à fabriquer des balais ou des brouettes qu’ils mettront à la disposition de ceux qui vont nettoyer nos rues ?
Il ne s’agira certainement pas de remplacer la Sonaged par ces associations. Même s’il est de notoriété publique que cette société d’Etat a de sérieuses difficultés pour rémunérer ses actuels partenaires dont le travail justement, consiste à maintenir propre le cadre de vie, elle dispose néanmoins de l’expertise et des ressources humaines formées à la tâche. Remplacer cela par des jeunes oisifs, même s’ils sont à la recherche d’emploi, ne sera pas aussi aisé que l’on pourrait le croire. Le meilleur moyen serait plutôt de doter cette entreprise de suffisamment de moyens pour lui permettre de revaloriser le traitement de ses employés et ne pas les laisser à l’état de misérables.
Il est assez difficilement à concevoir, et surtout à accepter, que la propreté de notre pays fasse l’objet de débats et de politique politicienne. Depuis que les politiques d’ajustement structurel ont affecté des entreprises comme la Sias, pour ceux qui s’en rappellent, nos dirigeants n’ont plus jamais retrouvé la meilleure formule pour offrir un cadre de vie digne des ambitions des Sénégalais pour leur pays. Ce ne sont pourtant pas les moyens qui manquent. C’est un ancien ministre de l’Environnement, M. Thierno Lô, qui disait, je cite, «il y a à boire et à manger dans les ordures». Cela devrait être vrai, si l’on entend des personnalités qualifier les déchets de «Or dur». Pourtant, le traitement fait à nos cantonniers ou aux trieurs de Mbeubeuss ne le laisserait pas penser. Cela pousse nos jeunes gens à penser qu’il faudrait avoir raté sa vie pour s’adonner au métier de cantonnier. Or, dans un pays comme la Belgique par exemple, la profession est réservée aux nationaux. Les émigrés n’ont plus le droit d’exercer, tellement le traitement salarial est valorisant. Pourquoi ne ferions-nous pas pareil ?
Il faudrait d’abord que nos dirigeants fassent sortir la politique du nettoiement, et consacrent les moyens et les ressources engendrés à l’éducation des citoyens à la propreté. Apprendre aux gens à ne pas salir, n’est-ce pas le meilleur des moyens de nettoyer ? L’intérêt sera alors de voir notre Exécutif consacrer son énergie à des questions plus importantes et moins triviales, comme le moyen de se passer de l’aide étrangère, tel que l’a rappelé hier le Premier ministre Sonko. Il en a d’autant besoin, lui qui, sous prétexte d’aller nettoyer un petit espace à Louga, a mobilisé une vingtaine de grosses cylindrées, parmi les plus puissantes, pour faire un aller-retour sur nos routes cabossées. Il a voulu réduire les niches de gaspillage, notamment dans les voyages internationaux, en imposant une certaine austérité aux fonctionnaires. Mais mobiliser tant de véhicules, avec un nombre conséquent de serviteurs de l’Etat, pour soulever quelques pelletées de terre devant les caméras de télévision, dépêchées spécialement de Dakar pour l’occasion, est-ce une méthode rationnelle d’utilisation des ressources de l’Etat ? Surtout quand on se dit que de son côté, le président de la République consacre autant de moyens, sinon plus, à faire la même chose, juste pour les belles caméras des télés et des sites d’information.
PAR MATEL BOCOUM
DE L’AUDACE À NE PAS REVENDRE
L’affaire des boulettes ou suppositoires a soulevé une vague d’indignation dans notre pays. Des jeunes dames ont cherché à fleurir leur jardin en semant les germes qui diminuent les espérances de vie de leurs cibles.
L’affaire des boulettes ou suppositoires, qui donnent du relief aux seins et aux fesses, a soulevé une vague d’indignation dans notre pays. Des jeunes dames ont cherché à fleurir leur jardin en semant les germes qui diminuent les espérances de vie de leurs cibles.
Elles ont usé d’un flair créatif pour briller au soleil. Elles ont ainsi donné raison à une croyance ancrée dans certains milieux d’affaires : l’imagination et l’audace sont plus importantes que la connaissance. Avec audace, elles ont su se vendre et vendre leurs produits qui offrent un large fessier et des seins rebondis. Ces jeunes entrepreneurs ont cultivé la confiance en soi, fait fi des conventions médicales et gagné la confiance de leur clientèle. Leur audace a été payante. Elles sont en phase avec une nouvelle tendance notée à Sénégal : vénérer l’apparence même si elle est artificielle. Leur arrestation fait pleurer dans les chaumières.
Comme toutes les stars des réseaux sociaux, elles étaient en passe de s’ériger en modèles de réussite. Il leur fallait de peu pour rejoindre le cercle de ceux qui exhibent sur le Net leur empire financier, leur capacité à mener une vie de patch et à faire bling-bling. Elles auraient bataillé ferme pour sortir des griffes d’un passé difficile. Aux yeux de certains, elles ont du mérite. Elles sont passées de « zéro à héros » pour reprendre une star de la musique sénégalaise. D’aucuns commencent à nourrir des craintes d’un orage judiciaire. Sous nos cieux, le pouvoir financier a l’avantage d’accorder une certaine prééminence sur les autres. Il offre une couronne invisible.
Quand on est prompt à faire preuve de largesses, à taper fort à l’œil, on existe forcément et on passe pour le meilleur des êtres. Une société très portée sur les détails, le matériel et le « m’as-tu-vu » fait également pousser des ailes. Les défauts sont vite érigés en vertu. Le seul hic, la nature étant très jalouse, la chute peut être fatale. À travers les témoignages poignants des victimes des boulettes et des familles endeuillées, l’on se rappelle que la beauté peut coûter cher. Surtout pour celles qui tiennent, coûte que coûte, à devenir des canons de beauté, appréciés et valorisés dans leur entourage ou à appâter les mâles, friands de bonne chair.
Ce n’est pas un péché, elles ne méritent pas le banc des accusés pour leur penchant à l’artificiel. Tout est question d’état d’esprit. « La femme est soucieuse naturellement de ses ornements, de sa beauté, des modes, alors que l’homme ne l’est pas, ou moins », souligne, dans son célèbre ouvrage « Les droits de la femme en islam », Ayatolah Mortadhâ Motahhary. Une autre enquête, menée par le Csa, met aussi en lumière « le rapport de la femme à la beauté ». Elle révèle que « loin des clichés sur la beauté, les femmes se font belles avant tout… pour elles-mêmes, pour avoir confiance en elles (50%) puis aussi de manière secondaire pour affirmer leur style, leur personnalité (26%) et seulement 16% pour plaire.
C’est une contrainte pour uniquement 7% d’entre elles », non sans révéler que les jeunes l’utilisent comme arme de séduction. Les hommes sont très portés sur le visuel au moment où les femmes ont toujours accordé une grande importance à l’esthétique. Ce n’est pas fortuit si les mots élégance et beauté sonnent féminin, si des pratiques ont été instituées, dans les sociétés traditionnelles, pour établir une différenciation sexuée entre hommes et femmes.
Le tatouage des lèvres et des gencives, le perçage des oreilles et la scarification ont jadis fait tache d’huile et renforcé la beauté de la femme. Les nostalgiques tirent du plaisir à rappeler l’authenticité qui prévalait à cette époque. Ils déplorent le culte de l’apparence artificielle, qui génère plus de dégâts que de bienfaits. Des scientifiques donnent souvent de belles leçons de vie : si la femme, otage de son amour pour l’homme, essaie souvent de multiplier les initiatives pour l’attirer et le retenir, l’homme est le plus souvent l’esclave de son désir. Il peut se révéler insatiable en dépit de tous les faux semblants…
PAR SIDY DIOP
LES NUANCES DU POSSIBLE
Au Sénégal, comme ailleurs, les débats se crispent trop souvent autour d’une opposition simpliste : le bien contre le mal, les nantis contre les démunis, les modernes contre les traditionalistes, les partisans du changement contre les gardiens du temple."
Au Sénégal, comme ailleurs, les débats se crispent trop souvent autour d’une opposition simpliste : le bien contre le mal, les nantis contre les démunis, les modernes contre les traditionalistes, les partisans du changement contre les gardiens du temple.
Ces antagonismes dessinent un monde binaire, où chaque camp brandit ses vérités comme des armes et où l’adversaire devient un obstacle plutôt qu’un interlocuteur. Pourtant, la réalité est infiniment plus complexe. La vie n’est ni blanche ni noire, et c’est en acceptant ses nuances que l’on pourra bâtir un avenir commun. À Dakar, dans le tumulte du vibrant marché Sandaga, entre les étals de fruits et les klaxons pressés, une marchande de beignets converse avec un jeune cadre en costume, venu acheter son petit-déjeuner.
Elle incarne une économie informelle qui nourrit des milliers de familles ; lui, la promesse d’une modernité en marche. Ils se croisent, s’échangent un sourire et poursuivent leur route. Deux mondes que tout semble opposer et qui, pourtant, coexistent et s’enchevêtrent. Dans les salons feutrés où se dessinent les politiques publiques, le même affrontement se rejoue : faut-il favoriser l’industrialisation ou soutenir l’agriculture familiale ? Accueillir les capitaux étrangers ou protéger les entrepreneurs locaux ? À chaque dilemme, certains tranchent avec la fermeté de ceux qui refusent le doute.
Mais pourquoi choisir entre le passé et l’avenir, entre l’ouverture et la souveraineté, quand on peut conjuguer les deux ? Le Sénégal, avec son histoire de brassages et d’influences, est un pays de synthèse. De Saint-Louis à Ziguinchor, les héritages peul, sérère, mandingue ou wolof se mêlent aux réminiscences coloniales, aux aspirations panafricaines et aux promesses du numérique. Vouloir enfermer cette mosaïque dans des catégories rigides serait une erreur. C’est en conciliant les énergies de toutes les composantes de la nation que l’on construira un avenir solide. Prenons l’éducation, ce levier essentiel du développement. Certains prônent la généralisation du numérique, la robotique dans les écoles et l’apprentissage du codage dès le plus jeune âge. D’autres défendent les « daaras » et les savoirs ancestraux.
Pourquoi opposer ces deux visions, alors qu’une école moderne pourrait s’enrichir des valeurs d’endurance et de discipline inculquées par les maîtres coraniques, tout en formant des générations à l’ère numérique ? Les mêmes logiques de complémentarité s’appliquent à l’économie. Il ne s’agit pas de substituer une réalité à une autre, mais d’articuler le formel et l’informel, l’urbain et le rural, la grande industrie et l’artisanat. Plutôt que de considérer les petits vendeurs de rue comme un problème à éradiquer, pourquoi ne pas les intégrer dans une dynamique qui leur offre des infrastructures adaptées, des financements, une reconnaissance légale ? Les défis sont immenses, mais les ressources le sont aussi.
La jeunesse sénégalaise déborde de créativité. Sur les réseaux sociaux, elle interpelle, innove, entreprend. Dans les villages, elle réinvente l’agriculture, réhabilite les savoirs locaux et explore de nouvelles formes de solidarité. Il ne lui manque que des cadres propices à son épanouissement, des ponts entre les aspirations et les moyens d’y parvenir. Bâtir le Sénégal exige de dépasser les clivages artificiels, de refuser la facilité des oppositions tranchées. Entre le noir et le blanc, il y a toute une palette de gris, de rouges flamboyants, de bleus profonds, de jaunes éclatants. C’est en embrassant cette diversité que l’on donnera au pays les couleurs de son avenir.
Par Samba Oumar FALL
EN MODE SUPPOSITOIRE
Certains hommes aiment chez les femmes les beaux yeux, d’autres les poitrines plantureuses, tandis que la grande majorité a un penchant pour les courbes voluptueuses, les fesses généreuses, bien proportionnées.
Des goûts et des couleurs, ça ne se discute pas. D’une personne à l’autre, les préférences esthétiques varient. Certains hommes aiment chez les femmes les beaux yeux, d’autres les poitrines plantureuses, tandis que la grande majorité a un penchant pour les courbes voluptueuses, les fesses généreuses, bien proportionnées.
Cette attirance des pygophiles pour les callipyges, s’il est souvent la conséquence d’un esprit perverti, est un phénomène que certains scientifiques ont tenté de justifier à travers des études … C’est un secret de polichinelle que Dieu a créé la femme, lui a donné la forme, la couleur et le teint qu’Il a voulus. Certaines sont nées très belles, d’autres moins belles. Donc la beauté ne se décrète pas ; c’est un don, une faveur divine. Mais aujourd’hui, nombreuses sont ces femmes qui se sentent très mal dans leurs corps. Celles qui sont belles aspirent à l’être davantage, tandis que la majorité est obsédée par une très belle ligne, un teint éclatant, de l’allure, bref, un plastique de rêve.
Dans cette course à l’éternelle beauté, les plus nanties ont souvent recours à des interventions esthétiques. Liposuccion, rhinoplastie, lifting du visage, abdominoplastie, lipofilling des seins, augmentation mammaire et vaginoplastie, tout y passe. On ne veut plus d’un visage potelé ni d’un nez épaté, crochu et on n’a que faire des poitrines tombantes, on les veut fermes ou sulfureuses. Des fesses trop plates ou trop flasques, n’en parlons même pas ; on les désire plus larges et bien rebondies pour attirer les convoitises. Au Brésil, la plastie des fesses et des implants mammaires est (presque) un sport national. Normal quand l’un des fondateurs de la chirurgie esthétique, feu le professeur Ivo Pitanguy, est Brésilien.
Surnommé le « chirurgien des stars » et considéré comme un maître incontesté du bistouri, il a opéré des dizaines de célébrités mondiales. Il s’y ajoute que le lifting brésilien des fesses, ou Brazilian Butt Lift (Bbl) est l’une des chirurgies esthétiques les plus populaires au monde. Cette intervention qui combine la technique de lipoaspiration à celle du lipomodelage permet de rehausser la forme et la taille des fesses. Si le fétichisme des fessiers est aujourd’hui répandu dans le monde, le virus n’épargne pas le Sénégal. Chez nous, les femmes ne plaisantent pas lorsqu’il s’agit de leur apparence physique.
Effet de mode ou complexe ? Ce qui est sûr, c’est que le culte du corps frise aujourd’hui l’obsession et certaines femmes, à force de vouloir être coquettes, sont prêtes à tout ; quitte même à mettre leur santé en péril. Tous les moyens sont donc bons pour s’offrir des hanches sinueuses et des fesses généreuses, en harmonie parfaite avec le reste du corps. Aujourd’hui, le bistouri n’est plus l’exclusivité des riches. Des Dr popotin à deux sous et autres experts de beauté qui ne comprennent rien de l’anatomie d’un fessier pullulent sur les réseaux sociaux, proposant en vente libre des solutions miracles pour obtenir, de manière non chirurgicale, la même silhouette que Kim Kardashian. Alima Sow alias « Alima Suppo », en référence aux suppositoires prétendument capables de faire grossir des fesses et pas du tout conformes aux normes pharmaceutiques, fait partie de ce lot.
Son stratagème marketing sur les réseaux sociaux basé sur des promesses de transformations corporelles a réussi à jouer sur les émotions de beaucoup de femmes qui n’ont pas les moyens de recourir à la chirurgie esthétique ni aux injections de graisse. Poussées par leur mal-être et en quête de solutions pour satisfaire leurs fantasmes, elles sont tombées dans le piège, loin de se douter que ces « boulettes » dangereuses, toxiques, prises par voie rectale, posent un véritable problème de santé publique. Leur utilisation, dit-on, a provoqué chez les usagers des irritations, des inflammations, des infections graves et parfois même la mort. Inconscience quand tu nous tiens ! Heureusement que la Police a mis fin à cette arnaque en démantelant la mafia de vendeurs clandestins de ce produit.
La course à l’éternelle beauté vaut-elle un tel suicide esthétique ? Avoir un fessier bombé et bien arrondi mérite-t-il d’introduire dans son corps des substances toxiques ? Que non ! Comme le disait si bien Victor Hugo : « Aucune beauté extérieure n’est complète si aucune grâce intérieure ne l’éclaire ! La beauté intérieure irradie comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps ». Chacun est libre de vouloir être beau, mais l’être à n’importe quel prix relève de la pure folie, d’un suicide.
Par Samba Oumar FALL
Par Ibrahima Gassama
CONSEQUENCES ET ANALYSE STRATEGIQUE DE LA FIN DE L’AIDE AU DEVELOPPEMENT DES ÉTATS-UNIS
Des programmes comme le PEPFAR (lutte contre le VIH/SIDA) et les projets d’infrastructure financés par l’USAID, dont dépendent de nombreux pays, sont menacés et pourront éventuellement disparaître.
Une seconde administration Trump, s’appuyant sur les politiques de son premier mandat, supprime l’aide au développement destinée à l’Afrique jusqu’à nouvel ordre, comme son administration vient de l’annoncer. Des programmes comme le PEPFAR (lutte contre le VIH/SIDA) et les projets d’infrastructure financés par l’USAID, dont dépendent de nombreux pays, sont menacés et pourront éventuellement disparaître.
Pour certains pays d’Afrique comme le Malawi, le Mozambique et le Soudan du Sud, où l’aide américaine représente plus de 10 % des budgets de la santé publique, ces coupes brutales pourraient fragiliser les systèmes de santé et aggraver la pauvreté. Il faut donc s’attendre à ce que dans le court terme plusieurs populations vulnérables d’Afrique, dont la prise en charge était liée à cet aide, en subissant les conséquences les plus lourdes.
Toutefois, cette nouvelle donne devrait inciter les gouvernements africains à renforcer la mobilisation de leurs ressources domestiques, en luttant contre les paradis fiscaux et les flux financiers illicites, qui coûtent au continent plus de 88 milliards de dollars, soit l’équivalent de 3,7 % de son PIB continental, selon une Rapport de la CNUCED sur le développement économique en Afrique.
De la dépendance à l’innovation : une opportunité pour l’autonomie
La réduction de l’aide américaine devrait favoriser la recherche de solutions locales de la part des gouvernements africains. Par exemple, les parcs industriels éthiopiens et la base manufacturière émergente du Nigeria démontrent un potentiel de transformation vers des industries à plus forte valeur ajoutée. Cependant, des défis demeurent : 35 % des Africains vivent encore sous le seuil de pauvreté et le chômage des jeunes dépasse 20 % dans de nombreux pays. Quand l’aide extérieure vient à disparaître, les gouvernements devront trouver un équilibre entre austérité et investissements dans l’éducation et les PME. La suppression de l’aide pourrait nous forcer à affronter les inefficacités systémiques, mais sans filets de sécurité, le risque de troubles sociaux est réel dans plusieurs pays d’Afrique.
L’activation de ZLECAf peut-elle être la solution?
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ratifiée par 47 des 54 pays du continent, vise à faire passer le commerce intra-africain de 18 % à 50 % d’ici 2030. Dans une approche stratégique cohérente, un retrait américain de l’aide au développement devrait accélérer sa mise en œuvre par effet de substitution. En éliminant 90 % des droits de douane, la ZLECAf pourrait générer 450 milliards de dollars de croissance du PIB et sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté d’ici 2035, selon la Banque mondiale. Cependant, des lacunes en infrastructures comme des routes défaillantes, le déficit d’approvisionnement en énergie et des barrières non tarifaires, comme la lourdeur administrative, peuvent freiner les progrès recherchés. Par exemple, pour un entrepreneur africain, la ZLECAf aurait besoin de systèmes de paiement numérique et de procédures douanières simplifiées.
Donc, sur certains aspects logistiques et administratifs, la coopération régionale et internationale avec certains pays en développement (partenariat sud-sud) devient une urgence stratégique.
S’affranchir de la domination occidentale par des réalignements stratégiques
L’approche « America First » de Trump pourrait réduire l’influence politique de l’Occident, laissant à l’Afrique une marge de manœuvre pour redéfinir ses partenariats. La Chine demeure un investisseur majeur sur le continent. Elle finance 20 % des infrastructures africaines et a un besoin démesuré en ressources et en commerce pour soutenir sa croissance économique. Dans le même sillage, l’Afrique pourrait aussi renforcer ses liens avec les États du Golfe ou le Sud global. La véritable souveraineté exige de diversifier les partenariats et de rejeter les accords classiques d’exploitants sans contreparties raisonnables.
Pour cette raison, la ZLECAf doit s’accompagner de politiques industrielles pour valoriser les exportations, au moins par une première transformation sur le continent, et pas seulement les matières premières brutes.
Défis à venir : combler le vide laissé par les américains
Un retrait américain va créer un vide qui sera rempli par des puissances concurrentes, entrainant une nouvelle dynamique sur le marché mondial. Par ailleurs, la dislocation actuelle de certaines entités comme la CEDEAO, de laquelle l’AES prend son autonomie sur quasiment la moitié de sa superficie, les conflits militaires sur le continent ainsi que les barrières commerciales peuvent ralentir et menacer la réussite et l’opérationnalisation de la ZLECAf. Avec tous les enjeux à surmonter, il devient évident que sans aide au développement, les dirigeants africains doivent privilégier l’unité du continent aux gains à court terme qui sont peu durables.
De la prudence à l’optimisme
Quelque soient les innovations que les africains mettront en place pour s’adapter à la nouvelle donne, la suppression de l’aide ne suffira pas à provoquer une révolution, surtout dans le domaine de la bonne gouvernance. Dans beaucoup de pays africains, il est important de souligner que les réformes de gouvernance et de mesures anticorruption sont de véritables défis. Toutefois, cela ne devrait guère occulter le besoin d’investir massivement dans des domaines comme l’agrobusiness, les énergies renouvelables et la nouvelle économie du savoir, surtout dominée par l’intelligence artificielle. Il faudrait former de manière soutenue notre jeunesse et en faire le fer de lance de ce renouveau tant espéré.
Le retour de Trump présente une double réalité : des perturbations à court terme mais aussi des opportunités à long terme. Pour l’Afrique, la voie à suivre repose sur l’accélération du commerce à l’intérieur du continent, la promotion de l’innovation et l’exigence d’une gouvernance responsable. La nouvelle guerre commerciale qui s’annonce sous l’ère Trump nous apprend à suffisance que c’est par le commerce que les nations se développent. Comme le dit un proverbe : « Quand la musique change, il faut changer de danse. » La fin de l’aide américaine pourrait être le premier pas vers un avenir plus autonome, à condition que l’Afrique danse à son propre rythme
L'HEURE DE LA REVOLUTION AGRICOLE A SONNE
Il est temps d'opérer un véritable changement de paradigme. Avec le recul, nous espérons que nous regarderons cette période comme le tournant décisif qui aura mis fin à la colonisation intellectuelle dans les sciences agronomiques.
L e nombre de personnes touchées par la faim en Afrique est alarmant et ne cesse de s'aggraver. Le rapport des Nations unies “L'État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde” révèle que l'Afrique est la région la plus touchée par l'insécurité alimentaire dans le monde. La prévalence de la sous-alimentation est de 20,4 % (environ 298,4 millions d'Africains), soit plus du double de la moyenne mondiale. Ce chiffre n'a cessé d'augmenter depuis 2015.
Le changement climatique et les conflits aggravent le problème. Mais celui-ci est plus profond : il réside dans les stratégies utilisées depuis l'ère postcoloniale pour produire de la nourriture et lutter contre la malnutrition. Bien que les taux d'insécurité alimentaire varient d'un bout à l'autre du continent, et qu'ils soient pires en Afrique centrale et occidentale, il n'en constitue pas moins un défi à l'échelle de la région.
Je suis un spécialiste de la sécurité alimentaire et de l'agriculture en Afrique. Dans un nouveau livre, Decolonising African Agriculture : Food Security, Agroecology and the Need for Radical Transformation (Décoloniser l'agriculture africaine : sécurité alimentaire, agroécologie et nécessité d'une transformation radicale), je soutiens que pour mieux nourrir l'Afrique, les décideurs et les bailleurs de fonds devraient :
• réduire l'importance accordée à la production agricole commerciale comme moyen de remédier à l'insécurité alimentaire;
• cesser de penser que le développement agricole consiste uniquement à commercialiser l'agriculture et à soutenir d'autres industries;
• adopter une approche agroécologique qui utilise les connaissances des agriculteurs et les processus écologiques naturels pour produire davantage avec moins d'intrants externes, tels que les engrais.
Les approches conventionnelles ont échoué dans divers contextes et pays. J'examine ce qui ne va pas dans la manière dont les gouvernements envisagent l'agriculture et ce sur quoi il faut plutôt se concentrer pour lutter contre la crise de la faim en Afrique.
SE CONCENTRER SUR L'AGRICULTURE DE PRODUCTION
De nombreuses idées fondamentales concernant l'agriculture remontent à l'ère coloniale. La science moderne des cultures, ou agronomie, a été développée en Europe pour servir les intérêts coloniaux. L'objectif était de produire des cultures qui profiteraient aux économies européennes. Bien que cette approche ait été critiquée, elle influence encore fortement l'agriculture aujourd'hui. Elle repose sur l'idée que produire davantage de nourriture suffira à résoudre le problème l'insécurité alimentaire.
La sécurité alimentaire comporte six dimensions. Si l'augmentation de la production alimentaire peut répondre à l'une de ces dimensions - la disponibilité des aliments - elle ne répond souvent pas aux cinq autres : l'accès, la stabilité, l'utilisation et l'autonomie des populations.
L'insécurité alimentaire n'est pas toujours liée à un manque absolu de nourriture, mais à l'incapacité des gens à se procurer la nourriture disponible. L'instabilité des prix peut être l'une des raisons. Il se peut aussi que les gens n'aient pas de combustible pour cuisiner. Les pratiques agricoles peuvent ne pas être durables. C'est souvent le cas lorsque les agriculteurs n'ont qu'un contrôle limité sur les méthodes et les produits qu'ils cultivent.
Le Mali, pays d'Afrique de l'Ouest, par exemple, s'est concentré sur les exportations de coton en pensant que cela stimulerait la croissance économique et que les cultivateurs de coton pourraient utiliser leurs nouveaux équipements et engrais pour produire plus de nourriture. Les recherches montrent cependant que cela a conduit à la destruction des ressources du sol, à l'endettement des agriculteurs et à des taux alarmants de malnutrition infantile.
Un autre exemple est celui des initiatives de réforme agraire post-apartheid de l'Afrique du Sud, qui a adopté un modèle d'agriculture commerciale à grande échelle. Ce modèle a conduit à des taux élevés d'échec des projets et n'a guère permis de lutter contre les taux élevés de malnutrition
L'AGRICULTURE COMME PREMIERE ETAPE
Le deuxième défi majeur dans la lutte contre les taux élevés de malnutrition en Afrique est que de nombreux pays et organisations internationales n'accordent pas de valeur au développement agricole en tant que tel. Il est considéré comme la première étape vers l'industrialisation
L'agriculture commerciale est devenue primordiale. Elle tend à se concentrer sur une seule culture, avec des intrants coûteux (comme les engrais) et des connexions avec des marchés lointains. Les petites exploitations, axées sur la production pour la consommation domestique et les marchés locaux, sont moins appréciées. Ces exploitations ne contribuent peutêtre pas de manière significative à la croissance économique nationale, mais elles aident les pauvres à atteindre la sécurité alimentaire
Par exemple, l'Alliance pour la révolution verte en Afrique a financé un projet de commercialisation du riz au Burkina Faso. Les agricultrices ont été encouragées à abandonner leurs pratiques traditionnelles, à acheter des intrants, à travailler avec des semences améliorées et à vendre sur des marchés urbains plus importants. Malheureusement, la recherche à laquelle j'ai participé a révélé que cela n'apportait pas de grands avantages nutritionnels aux participants.
Il y a aussi le cas du Botswana. Avec l’essor de ses exportations de diamants dans les années 1980, le pays a délaissé la quête de l’autosuffisance alimentaire, considérant que l’agriculture ne contribuait pas de manière significative à l’économie. La sécurité alimentaire des habitants ruraux les plus pauvres et des femmes s'en est trouvée compromise.
L'AGROECOLOGIE : LA VOIE A SUIVRE
Face aux échecs répétés des approches conventionnelles, il est temps d'envisager une manière différente de résoudre les problèmes de sécurité alimentaire de l'Afrique
L'agroécologie - l'agriculture en symbiose avec la nature - est une approche plus décoloniale. Elle englobe la recherche formelle des scientifiques et les connaissances informelles des agriculteurs qui expérimentent dans leurs champs.
Les agroécologistes étudient les interactions entre les différentes cultures, les cultures et les insectes, et les cultures et le sol. Cette étude peut révéler des moyens de produire davantage avec moins d'intrants externes coûteux. Il s'agit d'une option plus durable et moins coûteuse
Les exemples courants de pratiques agroécologiques dans les systèmes agricoles africains sont la polyculture, qui consiste à planter différentes cultures complémentaires dans le même champ, et l'agroforesterie, qui consiste à mélanger les arbres et les cultures. Ces systèmes diversifiés ont tendance à avoir moins de problèmes de parasites et sont plus aptes à maintenir la fertilité des sols
Aucun pays africain n'a encore pleinement adopté l'agroécologie, mais des exemples prometteurs, souvent non planifiés, témoignent de son potentiel..
Au Mali, par exemple, les agriculteurs ont brièvement abandonné la culture du coton en 2007-2008 en raison de la faiblesse des prix. Il y a alors eu une augmentation de la production de sorgho. Cela a permis au pays d'éviter les troubles sociaux et les protestations contre les prix des denrées alimentaires qui ont eu lieu dans la plupart des pays voisins.
Quelques projets de réforme agraire en Afrique du Sud ont permis de diviser les grandes exploitations en parcelles plus petites, avec un taux de réussite plus élevé et davantage de bénéfices en termes de sécurité alimentaire. Cela suggère qu'une approche différente, moins commerciale, est nécessaire.
LE DEBUT D'UNE REVOLUTION
L'agroécologie est une voie prometteuse pour faire face à l'aggravation de la crise alimentaire en Afrique
Elle est également soutenue par de nombreuses organisations de la société civile africaine, telles que l’Alliance pour une souveraineté alimentaire en Afrique et le Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d'Afrique de l'Ouest.
Les dirigeants africains et les donateurs ont tardé reconnaître la nécessité d'une approche différente. Nous commençons cependant à voir des signes de changement. Par exemple, l'ancien ministre sénégalais de l'Agriculture, Papa Abdoulaye Seck, a suivi une formation d'agronome traditionnel. Il voit aujourd'hui l'agroécologie comme une meilleure voie à suivre pour son pays. L'Union européenne a également commencé à financer un petit nombre de programmes expérimentaux d'agroécologie.
Il est temps d'opérer un véritable changement de paradigme. Avec le recul, nous espérons que nous regarderons cette période comme le tournant décisif qui aura mis fin à la colonisation intellectuelle dans les sciences agronomiques.