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3 avril 2025
Opinions
PAR MATEL BOCOUM
DE L’AUDACE À NE PAS REVENDRE
L’affaire des boulettes ou suppositoires a soulevé une vague d’indignation dans notre pays. Des jeunes dames ont cherché à fleurir leur jardin en semant les germes qui diminuent les espérances de vie de leurs cibles.
L’affaire des boulettes ou suppositoires, qui donnent du relief aux seins et aux fesses, a soulevé une vague d’indignation dans notre pays. Des jeunes dames ont cherché à fleurir leur jardin en semant les germes qui diminuent les espérances de vie de leurs cibles.
Elles ont usé d’un flair créatif pour briller au soleil. Elles ont ainsi donné raison à une croyance ancrée dans certains milieux d’affaires : l’imagination et l’audace sont plus importantes que la connaissance. Avec audace, elles ont su se vendre et vendre leurs produits qui offrent un large fessier et des seins rebondis. Ces jeunes entrepreneurs ont cultivé la confiance en soi, fait fi des conventions médicales et gagné la confiance de leur clientèle. Leur audace a été payante. Elles sont en phase avec une nouvelle tendance notée à Sénégal : vénérer l’apparence même si elle est artificielle. Leur arrestation fait pleurer dans les chaumières.
Comme toutes les stars des réseaux sociaux, elles étaient en passe de s’ériger en modèles de réussite. Il leur fallait de peu pour rejoindre le cercle de ceux qui exhibent sur le Net leur empire financier, leur capacité à mener une vie de patch et à faire bling-bling. Elles auraient bataillé ferme pour sortir des griffes d’un passé difficile. Aux yeux de certains, elles ont du mérite. Elles sont passées de « zéro à héros » pour reprendre une star de la musique sénégalaise. D’aucuns commencent à nourrir des craintes d’un orage judiciaire. Sous nos cieux, le pouvoir financier a l’avantage d’accorder une certaine prééminence sur les autres. Il offre une couronne invisible.
Quand on est prompt à faire preuve de largesses, à taper fort à l’œil, on existe forcément et on passe pour le meilleur des êtres. Une société très portée sur les détails, le matériel et le « m’as-tu-vu » fait également pousser des ailes. Les défauts sont vite érigés en vertu. Le seul hic, la nature étant très jalouse, la chute peut être fatale. À travers les témoignages poignants des victimes des boulettes et des familles endeuillées, l’on se rappelle que la beauté peut coûter cher. Surtout pour celles qui tiennent, coûte que coûte, à devenir des canons de beauté, appréciés et valorisés dans leur entourage ou à appâter les mâles, friands de bonne chair.
Ce n’est pas un péché, elles ne méritent pas le banc des accusés pour leur penchant à l’artificiel. Tout est question d’état d’esprit. « La femme est soucieuse naturellement de ses ornements, de sa beauté, des modes, alors que l’homme ne l’est pas, ou moins », souligne, dans son célèbre ouvrage « Les droits de la femme en islam », Ayatolah Mortadhâ Motahhary. Une autre enquête, menée par le Csa, met aussi en lumière « le rapport de la femme à la beauté ». Elle révèle que « loin des clichés sur la beauté, les femmes se font belles avant tout… pour elles-mêmes, pour avoir confiance en elles (50%) puis aussi de manière secondaire pour affirmer leur style, leur personnalité (26%) et seulement 16% pour plaire.
C’est une contrainte pour uniquement 7% d’entre elles », non sans révéler que les jeunes l’utilisent comme arme de séduction. Les hommes sont très portés sur le visuel au moment où les femmes ont toujours accordé une grande importance à l’esthétique. Ce n’est pas fortuit si les mots élégance et beauté sonnent féminin, si des pratiques ont été instituées, dans les sociétés traditionnelles, pour établir une différenciation sexuée entre hommes et femmes.
Le tatouage des lèvres et des gencives, le perçage des oreilles et la scarification ont jadis fait tache d’huile et renforcé la beauté de la femme. Les nostalgiques tirent du plaisir à rappeler l’authenticité qui prévalait à cette époque. Ils déplorent le culte de l’apparence artificielle, qui génère plus de dégâts que de bienfaits. Des scientifiques donnent souvent de belles leçons de vie : si la femme, otage de son amour pour l’homme, essaie souvent de multiplier les initiatives pour l’attirer et le retenir, l’homme est le plus souvent l’esclave de son désir. Il peut se révéler insatiable en dépit de tous les faux semblants…
PAR SIDY DIOP
LES NUANCES DU POSSIBLE
Au Sénégal, comme ailleurs, les débats se crispent trop souvent autour d’une opposition simpliste : le bien contre le mal, les nantis contre les démunis, les modernes contre les traditionalistes, les partisans du changement contre les gardiens du temple."
Au Sénégal, comme ailleurs, les débats se crispent trop souvent autour d’une opposition simpliste : le bien contre le mal, les nantis contre les démunis, les modernes contre les traditionalistes, les partisans du changement contre les gardiens du temple.
Ces antagonismes dessinent un monde binaire, où chaque camp brandit ses vérités comme des armes et où l’adversaire devient un obstacle plutôt qu’un interlocuteur. Pourtant, la réalité est infiniment plus complexe. La vie n’est ni blanche ni noire, et c’est en acceptant ses nuances que l’on pourra bâtir un avenir commun. À Dakar, dans le tumulte du vibrant marché Sandaga, entre les étals de fruits et les klaxons pressés, une marchande de beignets converse avec un jeune cadre en costume, venu acheter son petit-déjeuner.
Elle incarne une économie informelle qui nourrit des milliers de familles ; lui, la promesse d’une modernité en marche. Ils se croisent, s’échangent un sourire et poursuivent leur route. Deux mondes que tout semble opposer et qui, pourtant, coexistent et s’enchevêtrent. Dans les salons feutrés où se dessinent les politiques publiques, le même affrontement se rejoue : faut-il favoriser l’industrialisation ou soutenir l’agriculture familiale ? Accueillir les capitaux étrangers ou protéger les entrepreneurs locaux ? À chaque dilemme, certains tranchent avec la fermeté de ceux qui refusent le doute.
Mais pourquoi choisir entre le passé et l’avenir, entre l’ouverture et la souveraineté, quand on peut conjuguer les deux ? Le Sénégal, avec son histoire de brassages et d’influences, est un pays de synthèse. De Saint-Louis à Ziguinchor, les héritages peul, sérère, mandingue ou wolof se mêlent aux réminiscences coloniales, aux aspirations panafricaines et aux promesses du numérique. Vouloir enfermer cette mosaïque dans des catégories rigides serait une erreur. C’est en conciliant les énergies de toutes les composantes de la nation que l’on construira un avenir solide. Prenons l’éducation, ce levier essentiel du développement. Certains prônent la généralisation du numérique, la robotique dans les écoles et l’apprentissage du codage dès le plus jeune âge. D’autres défendent les « daaras » et les savoirs ancestraux.
Pourquoi opposer ces deux visions, alors qu’une école moderne pourrait s’enrichir des valeurs d’endurance et de discipline inculquées par les maîtres coraniques, tout en formant des générations à l’ère numérique ? Les mêmes logiques de complémentarité s’appliquent à l’économie. Il ne s’agit pas de substituer une réalité à une autre, mais d’articuler le formel et l’informel, l’urbain et le rural, la grande industrie et l’artisanat. Plutôt que de considérer les petits vendeurs de rue comme un problème à éradiquer, pourquoi ne pas les intégrer dans une dynamique qui leur offre des infrastructures adaptées, des financements, une reconnaissance légale ? Les défis sont immenses, mais les ressources le sont aussi.
La jeunesse sénégalaise déborde de créativité. Sur les réseaux sociaux, elle interpelle, innove, entreprend. Dans les villages, elle réinvente l’agriculture, réhabilite les savoirs locaux et explore de nouvelles formes de solidarité. Il ne lui manque que des cadres propices à son épanouissement, des ponts entre les aspirations et les moyens d’y parvenir. Bâtir le Sénégal exige de dépasser les clivages artificiels, de refuser la facilité des oppositions tranchées. Entre le noir et le blanc, il y a toute une palette de gris, de rouges flamboyants, de bleus profonds, de jaunes éclatants. C’est en embrassant cette diversité que l’on donnera au pays les couleurs de son avenir.
Par Samba Oumar FALL
EN MODE SUPPOSITOIRE
Certains hommes aiment chez les femmes les beaux yeux, d’autres les poitrines plantureuses, tandis que la grande majorité a un penchant pour les courbes voluptueuses, les fesses généreuses, bien proportionnées.
Des goûts et des couleurs, ça ne se discute pas. D’une personne à l’autre, les préférences esthétiques varient. Certains hommes aiment chez les femmes les beaux yeux, d’autres les poitrines plantureuses, tandis que la grande majorité a un penchant pour les courbes voluptueuses, les fesses généreuses, bien proportionnées.
Cette attirance des pygophiles pour les callipyges, s’il est souvent la conséquence d’un esprit perverti, est un phénomène que certains scientifiques ont tenté de justifier à travers des études … C’est un secret de polichinelle que Dieu a créé la femme, lui a donné la forme, la couleur et le teint qu’Il a voulus. Certaines sont nées très belles, d’autres moins belles. Donc la beauté ne se décrète pas ; c’est un don, une faveur divine. Mais aujourd’hui, nombreuses sont ces femmes qui se sentent très mal dans leurs corps. Celles qui sont belles aspirent à l’être davantage, tandis que la majorité est obsédée par une très belle ligne, un teint éclatant, de l’allure, bref, un plastique de rêve.
Dans cette course à l’éternelle beauté, les plus nanties ont souvent recours à des interventions esthétiques. Liposuccion, rhinoplastie, lifting du visage, abdominoplastie, lipofilling des seins, augmentation mammaire et vaginoplastie, tout y passe. On ne veut plus d’un visage potelé ni d’un nez épaté, crochu et on n’a que faire des poitrines tombantes, on les veut fermes ou sulfureuses. Des fesses trop plates ou trop flasques, n’en parlons même pas ; on les désire plus larges et bien rebondies pour attirer les convoitises. Au Brésil, la plastie des fesses et des implants mammaires est (presque) un sport national. Normal quand l’un des fondateurs de la chirurgie esthétique, feu le professeur Ivo Pitanguy, est Brésilien.
Surnommé le « chirurgien des stars » et considéré comme un maître incontesté du bistouri, il a opéré des dizaines de célébrités mondiales. Il s’y ajoute que le lifting brésilien des fesses, ou Brazilian Butt Lift (Bbl) est l’une des chirurgies esthétiques les plus populaires au monde. Cette intervention qui combine la technique de lipoaspiration à celle du lipomodelage permet de rehausser la forme et la taille des fesses. Si le fétichisme des fessiers est aujourd’hui répandu dans le monde, le virus n’épargne pas le Sénégal. Chez nous, les femmes ne plaisantent pas lorsqu’il s’agit de leur apparence physique.
Effet de mode ou complexe ? Ce qui est sûr, c’est que le culte du corps frise aujourd’hui l’obsession et certaines femmes, à force de vouloir être coquettes, sont prêtes à tout ; quitte même à mettre leur santé en péril. Tous les moyens sont donc bons pour s’offrir des hanches sinueuses et des fesses généreuses, en harmonie parfaite avec le reste du corps. Aujourd’hui, le bistouri n’est plus l’exclusivité des riches. Des Dr popotin à deux sous et autres experts de beauté qui ne comprennent rien de l’anatomie d’un fessier pullulent sur les réseaux sociaux, proposant en vente libre des solutions miracles pour obtenir, de manière non chirurgicale, la même silhouette que Kim Kardashian. Alima Sow alias « Alima Suppo », en référence aux suppositoires prétendument capables de faire grossir des fesses et pas du tout conformes aux normes pharmaceutiques, fait partie de ce lot.
Son stratagème marketing sur les réseaux sociaux basé sur des promesses de transformations corporelles a réussi à jouer sur les émotions de beaucoup de femmes qui n’ont pas les moyens de recourir à la chirurgie esthétique ni aux injections de graisse. Poussées par leur mal-être et en quête de solutions pour satisfaire leurs fantasmes, elles sont tombées dans le piège, loin de se douter que ces « boulettes » dangereuses, toxiques, prises par voie rectale, posent un véritable problème de santé publique. Leur utilisation, dit-on, a provoqué chez les usagers des irritations, des inflammations, des infections graves et parfois même la mort. Inconscience quand tu nous tiens ! Heureusement que la Police a mis fin à cette arnaque en démantelant la mafia de vendeurs clandestins de ce produit.
La course à l’éternelle beauté vaut-elle un tel suicide esthétique ? Avoir un fessier bombé et bien arrondi mérite-t-il d’introduire dans son corps des substances toxiques ? Que non ! Comme le disait si bien Victor Hugo : « Aucune beauté extérieure n’est complète si aucune grâce intérieure ne l’éclaire ! La beauté intérieure irradie comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps ». Chacun est libre de vouloir être beau, mais l’être à n’importe quel prix relève de la pure folie, d’un suicide.
Par Samba Oumar FALL
Par Ibrahima Gassama
CONSEQUENCES ET ANALYSE STRATEGIQUE DE LA FIN DE L’AIDE AU DEVELOPPEMENT DES ÉTATS-UNIS
Des programmes comme le PEPFAR (lutte contre le VIH/SIDA) et les projets d’infrastructure financés par l’USAID, dont dépendent de nombreux pays, sont menacés et pourront éventuellement disparaître.
Une seconde administration Trump, s’appuyant sur les politiques de son premier mandat, supprime l’aide au développement destinée à l’Afrique jusqu’à nouvel ordre, comme son administration vient de l’annoncer. Des programmes comme le PEPFAR (lutte contre le VIH/SIDA) et les projets d’infrastructure financés par l’USAID, dont dépendent de nombreux pays, sont menacés et pourront éventuellement disparaître.
Pour certains pays d’Afrique comme le Malawi, le Mozambique et le Soudan du Sud, où l’aide américaine représente plus de 10 % des budgets de la santé publique, ces coupes brutales pourraient fragiliser les systèmes de santé et aggraver la pauvreté. Il faut donc s’attendre à ce que dans le court terme plusieurs populations vulnérables d’Afrique, dont la prise en charge était liée à cet aide, en subissant les conséquences les plus lourdes.
Toutefois, cette nouvelle donne devrait inciter les gouvernements africains à renforcer la mobilisation de leurs ressources domestiques, en luttant contre les paradis fiscaux et les flux financiers illicites, qui coûtent au continent plus de 88 milliards de dollars, soit l’équivalent de 3,7 % de son PIB continental, selon une Rapport de la CNUCED sur le développement économique en Afrique.
De la dépendance à l’innovation : une opportunité pour l’autonomie
La réduction de l’aide américaine devrait favoriser la recherche de solutions locales de la part des gouvernements africains. Par exemple, les parcs industriels éthiopiens et la base manufacturière émergente du Nigeria démontrent un potentiel de transformation vers des industries à plus forte valeur ajoutée. Cependant, des défis demeurent : 35 % des Africains vivent encore sous le seuil de pauvreté et le chômage des jeunes dépasse 20 % dans de nombreux pays. Quand l’aide extérieure vient à disparaître, les gouvernements devront trouver un équilibre entre austérité et investissements dans l’éducation et les PME. La suppression de l’aide pourrait nous forcer à affronter les inefficacités systémiques, mais sans filets de sécurité, le risque de troubles sociaux est réel dans plusieurs pays d’Afrique.
L’activation de ZLECAf peut-elle être la solution?
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ratifiée par 47 des 54 pays du continent, vise à faire passer le commerce intra-africain de 18 % à 50 % d’ici 2030. Dans une approche stratégique cohérente, un retrait américain de l’aide au développement devrait accélérer sa mise en œuvre par effet de substitution. En éliminant 90 % des droits de douane, la ZLECAf pourrait générer 450 milliards de dollars de croissance du PIB et sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté d’ici 2035, selon la Banque mondiale. Cependant, des lacunes en infrastructures comme des routes défaillantes, le déficit d’approvisionnement en énergie et des barrières non tarifaires, comme la lourdeur administrative, peuvent freiner les progrès recherchés. Par exemple, pour un entrepreneur africain, la ZLECAf aurait besoin de systèmes de paiement numérique et de procédures douanières simplifiées.
Donc, sur certains aspects logistiques et administratifs, la coopération régionale et internationale avec certains pays en développement (partenariat sud-sud) devient une urgence stratégique.
S’affranchir de la domination occidentale par des réalignements stratégiques
L’approche « America First » de Trump pourrait réduire l’influence politique de l’Occident, laissant à l’Afrique une marge de manœuvre pour redéfinir ses partenariats. La Chine demeure un investisseur majeur sur le continent. Elle finance 20 % des infrastructures africaines et a un besoin démesuré en ressources et en commerce pour soutenir sa croissance économique. Dans le même sillage, l’Afrique pourrait aussi renforcer ses liens avec les États du Golfe ou le Sud global. La véritable souveraineté exige de diversifier les partenariats et de rejeter les accords classiques d’exploitants sans contreparties raisonnables.
Pour cette raison, la ZLECAf doit s’accompagner de politiques industrielles pour valoriser les exportations, au moins par une première transformation sur le continent, et pas seulement les matières premières brutes.
Défis à venir : combler le vide laissé par les américains
Un retrait américain va créer un vide qui sera rempli par des puissances concurrentes, entrainant une nouvelle dynamique sur le marché mondial. Par ailleurs, la dislocation actuelle de certaines entités comme la CEDEAO, de laquelle l’AES prend son autonomie sur quasiment la moitié de sa superficie, les conflits militaires sur le continent ainsi que les barrières commerciales peuvent ralentir et menacer la réussite et l’opérationnalisation de la ZLECAf. Avec tous les enjeux à surmonter, il devient évident que sans aide au développement, les dirigeants africains doivent privilégier l’unité du continent aux gains à court terme qui sont peu durables.
De la prudence à l’optimisme
Quelque soient les innovations que les africains mettront en place pour s’adapter à la nouvelle donne, la suppression de l’aide ne suffira pas à provoquer une révolution, surtout dans le domaine de la bonne gouvernance. Dans beaucoup de pays africains, il est important de souligner que les réformes de gouvernance et de mesures anticorruption sont de véritables défis. Toutefois, cela ne devrait guère occulter le besoin d’investir massivement dans des domaines comme l’agrobusiness, les énergies renouvelables et la nouvelle économie du savoir, surtout dominée par l’intelligence artificielle. Il faudrait former de manière soutenue notre jeunesse et en faire le fer de lance de ce renouveau tant espéré.
Le retour de Trump présente une double réalité : des perturbations à court terme mais aussi des opportunités à long terme. Pour l’Afrique, la voie à suivre repose sur l’accélération du commerce à l’intérieur du continent, la promotion de l’innovation et l’exigence d’une gouvernance responsable. La nouvelle guerre commerciale qui s’annonce sous l’ère Trump nous apprend à suffisance que c’est par le commerce que les nations se développent. Comme le dit un proverbe : « Quand la musique change, il faut changer de danse. » La fin de l’aide américaine pourrait être le premier pas vers un avenir plus autonome, à condition que l’Afrique danse à son propre rythme
L'HEURE DE LA REVOLUTION AGRICOLE A SONNE
Il est temps d'opérer un véritable changement de paradigme. Avec le recul, nous espérons que nous regarderons cette période comme le tournant décisif qui aura mis fin à la colonisation intellectuelle dans les sciences agronomiques.
L e nombre de personnes touchées par la faim en Afrique est alarmant et ne cesse de s'aggraver. Le rapport des Nations unies “L'État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde” révèle que l'Afrique est la région la plus touchée par l'insécurité alimentaire dans le monde. La prévalence de la sous-alimentation est de 20,4 % (environ 298,4 millions d'Africains), soit plus du double de la moyenne mondiale. Ce chiffre n'a cessé d'augmenter depuis 2015.
Le changement climatique et les conflits aggravent le problème. Mais celui-ci est plus profond : il réside dans les stratégies utilisées depuis l'ère postcoloniale pour produire de la nourriture et lutter contre la malnutrition. Bien que les taux d'insécurité alimentaire varient d'un bout à l'autre du continent, et qu'ils soient pires en Afrique centrale et occidentale, il n'en constitue pas moins un défi à l'échelle de la région.
Je suis un spécialiste de la sécurité alimentaire et de l'agriculture en Afrique. Dans un nouveau livre, Decolonising African Agriculture : Food Security, Agroecology and the Need for Radical Transformation (Décoloniser l'agriculture africaine : sécurité alimentaire, agroécologie et nécessité d'une transformation radicale), je soutiens que pour mieux nourrir l'Afrique, les décideurs et les bailleurs de fonds devraient :
• réduire l'importance accordée à la production agricole commerciale comme moyen de remédier à l'insécurité alimentaire;
• cesser de penser que le développement agricole consiste uniquement à commercialiser l'agriculture et à soutenir d'autres industries;
• adopter une approche agroécologique qui utilise les connaissances des agriculteurs et les processus écologiques naturels pour produire davantage avec moins d'intrants externes, tels que les engrais.
Les approches conventionnelles ont échoué dans divers contextes et pays. J'examine ce qui ne va pas dans la manière dont les gouvernements envisagent l'agriculture et ce sur quoi il faut plutôt se concentrer pour lutter contre la crise de la faim en Afrique.
SE CONCENTRER SUR L'AGRICULTURE DE PRODUCTION
De nombreuses idées fondamentales concernant l'agriculture remontent à l'ère coloniale. La science moderne des cultures, ou agronomie, a été développée en Europe pour servir les intérêts coloniaux. L'objectif était de produire des cultures qui profiteraient aux économies européennes. Bien que cette approche ait été critiquée, elle influence encore fortement l'agriculture aujourd'hui. Elle repose sur l'idée que produire davantage de nourriture suffira à résoudre le problème l'insécurité alimentaire.
La sécurité alimentaire comporte six dimensions. Si l'augmentation de la production alimentaire peut répondre à l'une de ces dimensions - la disponibilité des aliments - elle ne répond souvent pas aux cinq autres : l'accès, la stabilité, l'utilisation et l'autonomie des populations.
L'insécurité alimentaire n'est pas toujours liée à un manque absolu de nourriture, mais à l'incapacité des gens à se procurer la nourriture disponible. L'instabilité des prix peut être l'une des raisons. Il se peut aussi que les gens n'aient pas de combustible pour cuisiner. Les pratiques agricoles peuvent ne pas être durables. C'est souvent le cas lorsque les agriculteurs n'ont qu'un contrôle limité sur les méthodes et les produits qu'ils cultivent.
Le Mali, pays d'Afrique de l'Ouest, par exemple, s'est concentré sur les exportations de coton en pensant que cela stimulerait la croissance économique et que les cultivateurs de coton pourraient utiliser leurs nouveaux équipements et engrais pour produire plus de nourriture. Les recherches montrent cependant que cela a conduit à la destruction des ressources du sol, à l'endettement des agriculteurs et à des taux alarmants de malnutrition infantile.
Un autre exemple est celui des initiatives de réforme agraire post-apartheid de l'Afrique du Sud, qui a adopté un modèle d'agriculture commerciale à grande échelle. Ce modèle a conduit à des taux élevés d'échec des projets et n'a guère permis de lutter contre les taux élevés de malnutrition
L'AGRICULTURE COMME PREMIERE ETAPE
Le deuxième défi majeur dans la lutte contre les taux élevés de malnutrition en Afrique est que de nombreux pays et organisations internationales n'accordent pas de valeur au développement agricole en tant que tel. Il est considéré comme la première étape vers l'industrialisation
L'agriculture commerciale est devenue primordiale. Elle tend à se concentrer sur une seule culture, avec des intrants coûteux (comme les engrais) et des connexions avec des marchés lointains. Les petites exploitations, axées sur la production pour la consommation domestique et les marchés locaux, sont moins appréciées. Ces exploitations ne contribuent peutêtre pas de manière significative à la croissance économique nationale, mais elles aident les pauvres à atteindre la sécurité alimentaire
Par exemple, l'Alliance pour la révolution verte en Afrique a financé un projet de commercialisation du riz au Burkina Faso. Les agricultrices ont été encouragées à abandonner leurs pratiques traditionnelles, à acheter des intrants, à travailler avec des semences améliorées et à vendre sur des marchés urbains plus importants. Malheureusement, la recherche à laquelle j'ai participé a révélé que cela n'apportait pas de grands avantages nutritionnels aux participants.
Il y a aussi le cas du Botswana. Avec l’essor de ses exportations de diamants dans les années 1980, le pays a délaissé la quête de l’autosuffisance alimentaire, considérant que l’agriculture ne contribuait pas de manière significative à l’économie. La sécurité alimentaire des habitants ruraux les plus pauvres et des femmes s'en est trouvée compromise.
L'AGROECOLOGIE : LA VOIE A SUIVRE
Face aux échecs répétés des approches conventionnelles, il est temps d'envisager une manière différente de résoudre les problèmes de sécurité alimentaire de l'Afrique
L'agroécologie - l'agriculture en symbiose avec la nature - est une approche plus décoloniale. Elle englobe la recherche formelle des scientifiques et les connaissances informelles des agriculteurs qui expérimentent dans leurs champs.
Les agroécologistes étudient les interactions entre les différentes cultures, les cultures et les insectes, et les cultures et le sol. Cette étude peut révéler des moyens de produire davantage avec moins d'intrants externes coûteux. Il s'agit d'une option plus durable et moins coûteuse
Les exemples courants de pratiques agroécologiques dans les systèmes agricoles africains sont la polyculture, qui consiste à planter différentes cultures complémentaires dans le même champ, et l'agroforesterie, qui consiste à mélanger les arbres et les cultures. Ces systèmes diversifiés ont tendance à avoir moins de problèmes de parasites et sont plus aptes à maintenir la fertilité des sols
Aucun pays africain n'a encore pleinement adopté l'agroécologie, mais des exemples prometteurs, souvent non planifiés, témoignent de son potentiel..
Au Mali, par exemple, les agriculteurs ont brièvement abandonné la culture du coton en 2007-2008 en raison de la faiblesse des prix. Il y a alors eu une augmentation de la production de sorgho. Cela a permis au pays d'éviter les troubles sociaux et les protestations contre les prix des denrées alimentaires qui ont eu lieu dans la plupart des pays voisins.
Quelques projets de réforme agraire en Afrique du Sud ont permis de diviser les grandes exploitations en parcelles plus petites, avec un taux de réussite plus élevé et davantage de bénéfices en termes de sécurité alimentaire. Cela suggère qu'une approche différente, moins commerciale, est nécessaire.
LE DEBUT D'UNE REVOLUTION
L'agroécologie est une voie prometteuse pour faire face à l'aggravation de la crise alimentaire en Afrique
Elle est également soutenue par de nombreuses organisations de la société civile africaine, telles que l’Alliance pour une souveraineté alimentaire en Afrique et le Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d'Afrique de l'Ouest.
Les dirigeants africains et les donateurs ont tardé reconnaître la nécessité d'une approche différente. Nous commençons cependant à voir des signes de changement. Par exemple, l'ancien ministre sénégalais de l'Agriculture, Papa Abdoulaye Seck, a suivi une formation d'agronome traditionnel. Il voit aujourd'hui l'agroécologie comme une meilleure voie à suivre pour son pays. L'Union européenne a également commencé à financer un petit nombre de programmes expérimentaux d'agroécologie.
Il est temps d'opérer un véritable changement de paradigme. Avec le recul, nous espérons que nous regarderons cette période comme le tournant décisif qui aura mis fin à la colonisation intellectuelle dans les sciences agronomiques.
THECONVERSATION.ORG
PAR OUMAR NDIAYE
IMPLICATION NORMALE ET NATURELLE DU SÉNÉGAL
"D’abord, sur le terrain militaire, 13 soldats sud-africains, trois Malawiens, deux Tanzaniens et un Uruguayen sont morts au cours d’affrontements récents dans l’est de la République démocratique du Congo."
Le président Bassirou Diomaye Faye a eu, samedi dernier, des entretiens, qu’il juge « fructueux », avec ses homologues congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagamé sur la situation qui sévit actuellement dans la zone des Grands Lacs. Le Sénégal doit naturellement et normalement s’investir dans la recherche de solution pour apaiser la tension pour plusieurs raisons. D’abord, sur le terrain militaire, 13 soldats sud-africains, trois Malawiens, deux Tanzaniens et un Uruguayen sont morts au cours d’affrontements récents dans l’est de la République démocratique du Congo.
Ces militaires sont membres de deux missions internationales qui sont actuellement déployées dans ce pays, à savoir la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) et celle de la Communauté de développement de l’Afrique australe en Rdc (Samidrc).
La Monusco a en son sein plusieurs éléments sénégalais. D’ailleurs, l’actuel commandant par intérim de la force militaire est Sénégalais, le général Khar Diouf. Ce dernier a eu même des prédécesseurs sénégalais à ce poste. C’est le cas des généraux Bacacar Gaye et Mountaga Diallo. Ainsi, si la situation de tension sécuritaire perdure, la vie des soldats sénégalais peut être en danger, étant entendu que la Monusco, en vertu de la résolution 2765 (2024) du Conseil de sécurité, qui a renouvelé son mandat d’une année, peut être une force d’interposition en appuyant les Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) dans leurs efforts pour stopper l’expansion territoriale du groupe armé « Mouvement du 23 mars » (M23) dans la province du Nord-Kivu. Ensuite, les relations bilatérales entre le Sénégal et le Rwanda se sont densifiées ces dernières décennies eu égard à la participation, sous bannière des Nations unies, de militaires sénégalais au Rwanda.
L’histoire du capitaine Mbaye Diagne, un officier sénégalais ayant sauvé beaucoup de vie lors du génocide tutsi en 1994, jusqu’à y perdre la vie, est toujours présente dans la mémoire collective. Ainsi, depuis 1994, les échanges ont continué à solidifier la relation entre Dakar et Kigali avec des visites fréquentes de leurs dirigeants de haut niveau. Paul Kagamé a été le premier chef d’État à venir au Sénégal, du 11 au 13 mai dernier, après l’accession au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye.
Une visite durant laquelle plusieurs pistes de coopération ont été abordées. Le Sénégal a ainsi plusieurs atouts à mettre en avant pour s’impliquer davantage dans cette crise qui, à la longue, risque de créer un désastre humanitaire énorme et une instabilité sécuritaire qui sera difficile à juguler.
PAR ALIOUNE FALL DIOP
UNE GOUVERNANCE EN QUESTION
La reddition des comptes, la responsabilité et la transparence sont les piliers de l'accountability. Pourtant, ces principes semblent aujourd’hui menacés au Sénégal. La justice est-elle devenue un instrument de persécution politique ?
La reddition des comptes, la responsabilité et la transparence sont les piliers de l'accountability. Pourtant, ces principes semblent aujourd’hui menacés au Sénégal. La justice est-elle devenue un instrument de persécution politique ? L’État respecte-t-il encore les libertés fondamentales ? Une analyse critique de la situation politique actuelle.
Une justice instrumentalisée pour éliminer les opposants ?
Non, la justice ne doit pas servir d’arme de persécution politique. Pourtant, c’est devenu une pratique courante avec une désinvolture qui frise le ridicule. Aujourd’hui, un seuil inquiétant est en train d’être franchi, illustrant la tactique du « lawfare ».
Le « lawfare » consiste à instrumentaliser la justice pour écarter des concurrents politiques. Il commence par des accusations sans preuves, relayées par des campagnes médiatiques acharnées. Les cibles doivent ensuite se justifier sans fin, avant d’être condamnées à des peines de prison ou des amendes.
Le cas du député Mouhamadou Ngom, privé de son immunité parlementaire sans motif valable, en est un exemple frappant. Mais il n’est pas le seul. D’anciens ministres, des élus, des journalistes et des chroniqueurs sont victimes d’une répression politique, simplement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression.
L’État de droit en péril
Il ne peut y avoir de démocratie sans État de droit. La puissance publique doit respecter les libertés fondamentales, socle de notre République et de notre cohésion nationale.
Michel Barnier le rappelait :
"La fermeté de la politique pénale est indissociable du respect de l'État de droit, de l’indépendance et de l’impartialité de la justice, que nous devons défendre avec vigueur et abnégation."
Pourtant, au Sénégal, l’indépendance de la justice est mise à rude épreuve.
Un gouvernement aux décisions improvisées
Les comptes-rendus du Conseil des ministres traduisent un amateurisme préoccupant. Au fil des décisions, on constate un pilotage à vue, des promesses vagues et une absence criante d’analyse.
Le Premier ministre semble vouloir tout contrôler, accumulant des responsabilités impossibles à assumer seul. Mais peut-on gouverner efficacement en s’arrogeant tous les pouvoirs ?
Par ailleurs, une récente circulaire du Ministre du Travail ouvre une nouvelle page de l’esclavagisme moderne, suscitant l’indignation. Pendant ce temps, la souveraineté nationale est reléguée au second plan, et les préoccupations sociales sont ignorées.
La peur de l’opinion publique et des réseaux sociaux
Autre constat alarmant : la hantise de déplaire à une base militante ultra-connectée. La peur de perdre un électorat supposé acquis pousse le gouvernement à prendre des décisions précipitées, sans réelle concertation.
Le débat politique est étouffé par des stratégies superficielles, dictées par les réactions sur les réseaux sociaux plutôt que par une vision à long terme.
Un mandat sous haute tension
L’histoire d’un mandat s’écrit jour après jour. Mais bien souvent, ce n’est qu’avec le recul que l’on réalise l’impact des décisions prises. Le gouvernement actuel est-il en train de poser les bases d’une gouvernance exemplaire ou d’un régime marqué par l’instrumentalisation et l’improvisation
L’avenir nous le dira.
Par Fatou Warkha SAMBE
LE POISON DES STANDARDS DE BEAUTE
L’actualité au Sénégal a été marquée la semaine passée par une affaire qui en dit long sur nos sociétés : le démantèlement d’un réseau de vente de suppositoires censés augmenter le volume des fesses.
L’actualité au Sénégal a été marquée la semaine passée par une affaire qui en dit long sur nos sociétés : le démantèlement d’un réseau de vente de suppositoires censés augmenter le volume des fesses. Alima Sow, plus connue sous le nom de Alima Suppo, la fabricante de ces produits cosmétiques, ainsi que ses acolytes ont tous été déférés devant le Parquet le mercredi 29 janvier. Leur procès, initialement prévu pour le vendredi 31 janvier 2025, a été renvoyé au mercredi 5 février.
Si je salue l’intervention des autorités pour mettre fin à cette pratique dangereuse, je ne peux m’empêcher de voir une forme d’injustice. Pendant que j’écrivais ces lignes, une publicité défilait sur une chaîne de télévision nationale : un tradi-praticien vantait des produits miraculeux censés tout soigner -diabète, hypertension, stérilité, impuissance sexuelle, infections… Ces comprimés noirs, soigneusement emballés dans une boîte anodine, sont vendus librement et promus en toute impunité. La seule différence avec les produits de Alima Suppo ? Le mode d’emploi. Là où ses suppositoires promettaient des courbes généreuses, ceux du tradi-praticien promettent une virilité accrue. Certains vont même jusqu’à prétendre qu’ils peuvent augmenter la taille de l’appareil génital masculin. Alors, pourquoi arrêter Alima et laisser prospérer ces autres pratiques, qui ont probablement les mêmes conséquences désastreuses sur la vie des Sénégalais ?
Si on me dit que c’est le début d’une vaste opération pour régulariser et garantir la sécurité de ce que nous consommons, j’applaudis. Mais je ne peux m’empêcher de m’interroger en voyant les réactions sur la toile après la descente de la police. Les clients d’hier sont aujourd’hui ceux qui dénoncent les méfaits de ces produits. Plus personne ne veut être vu comme consommateur ou consommatrice. Pourtant, ce commerce a prospéré, attirant de nombreuses femmes persuadées qu’elles ne seront jamais assez belles si elles ne modifient pas leur apparence.
L’engouement pour la chirurgie esthétique et les procédures comme le Brazilian Butt Lift (Bbl) témoigne de l’ampleur de cette quête du corps façonné selon des injonctions masculines et marchandes. Mais comme dans tant d’autres aspects de la société, ce sont toujours les plus précaires qui en subissent les pires conséquences. Si le Bbl est une opération risquée, il est au moins pratiqué par des professionnels de santé, avec un encadrement médical, même si cela ne garantit pas toujours la sécurité. En revanche, les boulettes vendues au marché Zing, là où poissons, tissus et légumes s’entremêlent, sont distribuées par des personnes sans aucune qualification. Pourtant, celles qui choisissent la chirurgie et celles qui consomment ces boulettes ont en réalité le même souhait, obéissent aux mêmes pressions sociales. La seule différence, ce sont les moyens financiers qui, paradoxalement, ne garantissent pas forcément la santé dans ce cas.
Dans notre société, le corps des femmes est une marchandise, un chantier ouvert à toutes les critiques et à toutes les modifications. Il est toujours trop ceci ou pas assez cela. Trop gros, trop mince, trop noir, trop vieux, trop «naturel». Les femmes sont façonnées par des standards imposés par les industries de la mode, de la cosmétique et, aujourd’hui, des réseaux sociaux. Ces normes, souvent hypersexualisées, dévalorisent les corps qui ne rentrent pas dans le moule et font de l’apparence un critère de réussite sociale.
Nous vivons dans un paradoxe absurde : nous sommes une population noire, mais avoir la peau claire est devenu un sésame implicite pour être valorisée. Dans les cérémonies, les événements mondains, même dans les contextes les plus banals, celles et ceux qui occupent une place de choix sont souvent ceux et celles dont la peau est plus claire. Résultat : des milliers de femmes se blanchissent la peau, détruisant leur mélanine -leur seule barrière naturelle contre le soleil- pour correspondre à des critères de beauté qui les éloignent d’elles-mêmes. Ce phénomène n’est pas une simple tendance, c’est une violence institutionnalisée.
Mais ce mal ne touche pas que les femmes. Les hommes, eux aussi, subissent une pression croissante pour incarner une virilité fantasmée, qui passe par un corps musclé, une puissance sexuelle exacerbée et une domination physique et sociale
Les plateformes comme TikTok, Instagram et Snapchat n’ont fait qu’intensifier cette obsession pour le corps parfait. Les influenceurs ou plutôt les marchands d’illusions proposent des solutions rapides et bon marché, souvent sans avertir des dangers
Mais ces plateformes ne se contentent pas d’influencer : elles façonnent nos perceptions de nous-mêmes, normalisent des standards de beauté inaccessibles et facilitent la promotion de ces produits toxiques. De la commande à la livraison, tout se fait en quelques clics. Plus besoin de sortir de chez soi pour s’empoisonner lentement. Le business de la transformation corporelle est une machine bien huilée, où la régulation est quasi inexistante.
Qui est responsable ? Les plateformes qui laissent ces contenus proliférer ? Les influenceurs qui capitalisent sur nos insécurités ? Ou la société qui glorifie ces transformations et criminalise celles qui ne peuvent pas accéder aux alternatives «haut de gamme» ?
Ces produits prétendument miraculeux cachent en réalité des dangers bien réels : infections graves, perturbations hormonales, risques de cancer, dépendance psychologique… Le manque de régulation et d’éducation sanitaire permet à ce marché clandestin de prospérer, ciblant principalement les personnes vulnérables.
Des études ont montré que l’usage de produits éclaircissants contenant de l’hydroquinone ou des corticostéroïdes entraîne des risques graves, notamment l’insuffisance rénale, des brûlures cutanées et le cancer de la peau. Le Bbl, bien que médicalement encadré, présente également un taux de mortalité alarmant. L’utilisation excessive d’aphrodisiaques, largement promue sur les marchés et les médias, peut causer des troubles cardiovasculaires, des dysfonctionnements érectiles chroniques et même des problèmes rénaux graves. Ces produits, souvent fabriqués sans aucun contrôle sanitaire, mettent en péril la santé reproductive masculine. Au Sénégal, comme ailleurs en Afrique, la prolifération de ces pratiques menace directement la santé publique et révèle l’ampleur du contrôle exercé sur les corps féminin et masculin au nom d’injonctions irréalistes.
La loi sénégalaise est pourtant claire : seuls les professionnels de santé habilités peuvent prescrire ou vendre des médicaments, et ces derniers doivent être obtenus exclusivement en pharmacie. Mais alors, pourquoi ces pratiques persistent-elles malgré un cadre légal strict ? Parce que ces normes sont ancrées dans une société qui ne laisse pas aux femmes le droit d’exister autrement qu’en fonction de leur apparence. Parce que le contrôle du corps féminin est un outil de domination sociale. L’Etat doit prendre ses responsabilités, mais nous devons aussi, en tant que société, remettre en question ces diktats qui asservissent nos corps. Il ne s’agit pas seulement d’interdire ces pratiques, mais de transformer en profondeur la manière dont nous percevons la valeur et la beauté des femmes.
Si nous voulons une société plus juste, où chacun et chacune peut exister sans compromis, il est impératif d’agir. Cette responsabilité incombe à toutes et tous. Il ne s’agit pas seulement de pointer du doigt les industries qui exploitent nos insécurités, mais aussi de questionner notre propre rôle dans cette perpétuation. Chaque fois que nous glorifions un standard inatteignable, que nous relayons une publicité toxique ou que nous restons silencieux face aux injonctions oppressives, nous participons à ce système destructeur. Il est temps de refuser cette logique, de promouvoir des représentations diverses et de valoriser la pluralité des corps. Le changement ne viendra pas d’en haut, il commence avec nous, dans nos choix quotidiens, nos discours et notre engagement à ne plus laisser ces normes dicter nos vies.
Par Demba Moussa Dembélé
CHRONIQUE D’UNE RUPTURE ANNONCEE !
Au mois de mai 2025, la CEDEAO fêtera son 50e anniversaire amputée de trois de ses membres, le Burkina Faso, le Mali et le Niger qui ont officialisé leur départ de l’organisation le 29 janvier 2025.
Au mois de mai 2025, la CEDEAO fêtera son 50e anniversaire amputée de trois de ses membres, le Burkina Faso, le Mali et le Niger qui ont officialisé leur départ de l’organisation le 29 janvier 2025.
Comment en est-on arrivé là ?
Tout a commencé le 9 janvier 2022 quand, pour la première fois et en violation flagrante de ses propres textes, la CEDEAO décida d’asphyxier un pays membre en réaction à un coup d’Etat. En effet, le syndicat des « chefs » d’Etat de la CEDEAO avait pris la décision illégale, honteuse et inhumaine contre le peuple malien en lutte contre le terrorisme, en imposant un embargo total, avec la fermeture des frontières terrestres et aériennes, le rappel des ambassadeurs accrédités à Bamako et le gel des avoirs du Mali à la BCEAO. Mais le peuple malien répondit à ce coup de poignard dans le dos par une mobilisation historique le 14 janvier, impliquant des millions de personnes à travers tout le pays et dans la Diaspora. Cette réponse populaire puissante et déterminée était un message adressé à la fois aux dirigeants de la CEDEAO et aux puissances étrangères qui avaient influencé leurs décisions.
Car, pour le peuple malien, il n’y avait pas de doute que celles-ci avaient été dictées notamment par la France, qui s’était sentie humiliée par la demande de retrait de ses troupes du sol malien. Mais la fermeté des dirigeants maliens et la résistance de leur peuple finirent par faire échec à l’embargo et aux autres mesures de la CEDEAO. On pensait que la leçon avait été bien retenue par les dirigeants de celle-ci. Malheureusement, leur aveuglement et les influences étrangères les pousseront à franchir un nouveau cap dans le cas du Niger.
L’exemple du Niger
En effet, après le coup d’Etat survenu au Niger le 26 juillet 2023, le syndicat de « chefs » d’Etat s’était illustré de la manière la plus inhumaine qui soit par des décisions illégales et d’une ampleur sans précédent, prises à la hâte contre le peuple nigérien. Le Sommet extraordinaire de la CEDEAO tenu le 30 juillet 2023 à Abuja (Nigeria), avait pris des mesures draconiennes contre le Niger, pour soi-disant « restaurer la démocratie » dans ce pays, y compris par la force. Et cela, contre la volonté du peuple nigérien dont le soutien au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) s’était exprimé de façon massive lors de grands rassemblements organisés à Niamey et dans de nombreuses autres villes du pays.
Comme cela avait été fait contre le Mali, la CEDEAO avait décidé, une fois de plus, de violer ses propres textes en instaurant un embargo total contre le Niger, avec la fermeture des liaisons terrestres et aériennes et le gel des avoirs du pays au sein de la BCEAO. Pour asphyxier davantage le pays, le Nigeria voisin ordonna la coupure brutale de l’approvisionnement en électricité, en violation flagrante des clauses contractuelles entre les deux pays. Cette coupure avait provoqué de nombreux décès dans les hôpitaux, y compris des bébés dans des couveuses, selon les autorités nigériennes.
En plus de ces mesures, la CEDEAO avait donné un ultimatum d’une semaine au CNSP pour « restaurer l’ordre constitutionnel » ou risquer une intervention militaire. Mais le CNSP resta ferme et répondit par le mépris à la menace d’intervention militaire de la CEDEAO, tout en se préparant à face à toute agression extérieure. Le 31 juillet, le Burkina Faso et le Mali publièrent un communiqué commun dans lequel ils disaient considérer toute attaque contre le Niger comme une « déclaration de guerre » contre leurs pays. Ils mettaient en garde contre une telle attaque qui entrainerait leur sortie de la CEDEAO. Un avertissement clair, net et solennel adressé à un syndicat discrédité et devenu un instrument au service de puissances étrangères contre les peuples de la région. Face à la fermeté du CNSP, à la solidarité du Burkina Faso et du Mali et surtout à la formidable mobilisation du peuple nigérien, la CEDEAO finira par capituler, malgré les velléités guerrières de la France relayées par ses laquais ivoirien et sénégalais.
Mais pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, la coupe était pleine. La CEDEAO était devenue un danger pour leurs pays et leurs peuples. Car, ils ne peuvent pas accepter que celle-ci ait pu tenter d’asphyxier des pays membres en guerre contre le terrorisme, par des décisions illégales et inhumaines prises sous l’instigation de forces extérieures. Dès lors, le compte à rebours vers la rupture avec la CEDEAO avait commencé.
Un fossé infranchissable
Au mois de septembre 2023, les trois pays avaient décidé de former l’Alliance des Etats du Sahel (AES), prenant ainsi un virage radical guidé par le patriotisme, l’indépendance et la souveraineté. C’est au nom de ces principes que les trois pays ont pris la résolution de ne plus se laisser dicter ce qu’ils doivent faire ou dire, par quelque pays que ce soit. C’est en vertu de ces principes qu’ils ont décidé de rejeter les diktats de la CEDEAO et de ne plus prendre en considération ses communiqués et menaces.
A leurs yeux, ce sont ces principes que la CEDEAO a perdus en devenant un instrument entre les mains de certaines puissances étrangères, comme la France. Cette constatation rendait difficile, voire impossible, toute réconciliation avec celle-ci. C’est ainsi qu’en janvier 2024, les trois pays prirent la décision de quitter l’organisation et de prendre leur destin en main. C’est dans cet esprit, qu’ils jetèrent les bases d’une Confédération, qui fut entérinée le 6 juillet 2024 lors du Sommet des chefs d’Etat tenu à Niamey. Trois domaines furent retenus pour la feuille de route de la Confédération : la Défense, la Diplomatie et le Développement.
Comme on le voit, les développements notés dans les pays de l’AES rendaient de plus en plus improbable toute possibilité de réconciliation avec la CEDEAO. Cela explique l’échec de toutes les tentatives menées dans ce sens par le Sénégal et d’autres pays et même par l’Union africaine.
La responsabilité des « alliés » de la France
Dans l’éclatement de la CEDEAO, la Côte d’Ivoire et le Sénégal sous Macky Sall ont eu une très grande part de responsabilité. Alassane Ouattara et Macky Sall étaient parmi les plus farouches partisans des décisions illégales et inhumaines prises contre le Mali et le Niger. Ils jouaient les va-t’en guerre contre ces deux pays pour venir au secours de la France. Quand la CEDEAO avait menacé le Niger d’intervention militaire pour remettre au pouvoir Mohamed Bazoum, une marionnette de Macron, la Côte d’Ivoire et le Sénégal étaient en première ligne.
Les dirigeants de ces deux pays s’étaient distingués par leur discours guerrier contre les militaires nigériens et leurs décisions de mobiliser des contingents militaires prêts à être envoyés au Niger. Au Sénégal, Macky Sall avait ordonné le regroupement à Thiès des soldats qui devaient aller se battre dans les rues de Niamey ! Lui et Alassane Ouattara acceptèrent tout du président français Emmanuel Macron dans sa croisade haineuse contre les militaires maliens et nigériens, au point de soutenir des mesures visant à asphyxier des peuples africains en guerre contre le terrorisme !
La gestion catastrophique des crises au Mali et au Niger par les dirigeants de la CEDEAO a semé les germes qui ont abouti à son éclatement. Cette situation est le résultat d’une profonde crise de leadership. Sous la conduite de dirigeants faibles et sous influence, la CEDEAO s’est éloignée des préoccupations des peuples pour devenir un syndicat voué à la défense des seuls intérêts de ses membres et un jouet entre les mains de puissances étrangères. Il faut espérer voir l’arrivée au pouvoir de nouveaux leaders capables de la réconcilier avec ses idéaux originels.
Par Sidy DIOP
LE RING DES AFFAIRES
Il y a des rancunes qui s’évaporent avec le temps, et d’autres qui s’accrochent comme un vieux chewing-gum sous une table. Bertrand Touly, lui, fait partie de la deuxième catégorie.
Il y a des rancunes qui s’évaporent avec le temps, et d’autres qui s’accrochent comme un vieux chewing-gum sous une table. Bertrand Touly, lui, fait partie de la deuxième catégorie. L’ancien patron du Lamantin Beach n’a pas oublié l’histoire de la drogue cachée dans son bureau par Luc Nicolaï, et il compte bien récupérer son dû, franc CFA par franc CFA.
Alors, le 20 février, on va sortir le marteau du juge des criées à Mbour. Vente aux enchères. Un terrain nu, aux Domaines de Capparis.
Un joli bout de terre appartenant à Luc Nicolaï, qui risque de disparaître sous les coups de la justice et des mises des amateurs d’opportunités immobilières. Luc Nicolaï, jadis roi des arènes, promoteur de lutte à la réputation aussi musclée que ses combattants, voit aujourd’hui ses biens partir un à un. C’est qu’une condamnation à cinq ans de prison, même avec un an de sursis, ça laisse des traces. Et un Bertrand Touly qui ne lâche pas l’affaire, c’est comme un lutteur qui refuse de tomber : ça peut durer longtemps.
Mbour s’apprête donc à assister à un « cabaxal » décisif. Pas sur le sable de l’arène, mais devant un tribunal, où le dernier combat entre un hôtelier tenace et un promoteur de lutte en difficultés pourrait bien sceller définitivement le sort de l’affaire.