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3 avril 2025
Opinions
par l'éditorialiste de seneplus, Arona Oumar Kane
MULTIPLE PHOTOS
SILENCE, ON DÉPENSE !
EXCLUSIF SENEPLUS - Il est indispensable d’expliquer aux Sénégalais comment nous en sommes arrivés à dépenser près de 30 milliards de FCFA en frais médicaux pour 1% de la population, sans aucun rapport avec le contexte sanitaire
Arona Oumar Kane de SenePlus |
Publication 08/02/2025
Les frais d’hospitalisation des agents de l'Administration publique sénégalaise ont connu une hausse record en 2024. D’après les chiffres publiés par la DPEE[1], ils atteignent pour la première fois le montant exceptionnel de 29,9 milliards de FCFA en 2024, pulvérisant ainsi le précédent record de 15,3 milliards de FCFA qui avait logiquement été établi en 2020, année de la Covid-19.
30 milliards de FCFA en 2024 : Près du double des dépenses de la Covid
Depuis la fin de la pandémie, ce poste de dépense était resté sur une tendance annuelle baissière jusqu’à descendre sous les 12 milliards en 2023. Ce saut spectaculaire de +18 milliards par rapport à l’année dernière, soit une hausse de +149%, ou +14,6 milliards par rapport à l’année Covid, soit une hausse de +95,4%, paraît donc tout à fait exceptionnel.
Pour rappel, les agents de l'Administration publique, actifs et retraités, bénéficient, avec leurs familles, d’une couverture partielle de leurs frais médicaux (hors achat de médicaments). Pour obtenir cette couverture, le bénéficiaire demande une “imputation budgétaire” auprès de la Direction de la Solde, un sésame qui lui permet ensuite de ne payer que 20% des frais, l’Etat prenant en charge les 80% restants. Pour les hospitalisations, l’Etat règle l’intégralité de la facture et effectue une retenue sur salaire des 20% dûs par l’agent. Cette prise en charge peut également passer par des mutuelles de santé auxquelles certains agents sont affiliés, moyennant une cotisation retenue sur leurs salaires que l’Etat complète et verse à ces organismes.
Les montants imputés sont publiés tous les mois par la DPEE et les données disponibles, que nous avons analysées, remontent à janvier 2006. Cette perspective de 18 ans permet de voir le caractère inhabituel de cette hausse.
Deux facteurs pour expliquer cette explosion en 2024
Tout d’abord, un montant de 4,5 milliards a été enregistré sur le mois de janvier 2024, probablement pour une régularisation par rapport aux deux précédents mois, novembre et décembre 2023, sur lesquels un montant nul (0 FCFA) a été enregistré. Cette probable régularisation pourrait toutefois ne pas être la seule explication du montant très élevé de janvier 2024 car, comme nous le signalions dans une précédente publication, des mouvements suspects avaient également été constatés sur la masse salariale à la veille de l’élection présidentielle.
L’autre facteur, plus évident, se trouve dans l’augmentation continue des dépenses mensuelles sur ce poste, depuis l’avènement du nouveau pouvoir. En effet, alors que les frais d’hospitalisation mensuels des fonctionnaires tournaient, depuis quelques années, autour d’un milliard de FCFA, ils ont commencé à croître de façon soutenue depuis le mois d’avril 2024, passant de 1,1 milliard à 1,5 puis à 1,6, puis 1,7 jusqu’à atteindre 2,5 milliards de FCFA en Novembre, avant d’exploser littéralement à 9,5 milliards en décembre !
Une nécessaire clarification
Dans un contexte de fortes incertitudes pesant sur la situation économique du pays, et de marges de manœuvre budgétaires et financières qui n’existent quasiment plus, pour reprendre l’expression du président de la République, ces chiffres sur les frais d’hospitalisation des agents de l'Etat posent problème et doivent être adressés par le gouvernement. Il est indispensable d’expliquer aux Sénégalais comment nous en sommes arrivés à dépenser près de 30 milliards de FCFA en frais médicaux pour 1% de la population, sans aucun rapport avec le contexte sanitaire.
Ces dépenses de santé sans précédent doivent faire l’objet d’une clarification, à l’image du déficit abyssal de plus de 2200 milliards de FCFA creusé dans le budget 2024 - autre record historique. Si ces chiffres publiés par la DPEE correspondent effectivement à des décaissements destinés à régler les frais médicaux des fonctionnaires, alors il va falloir expliquer pourquoi ils ont atteint ces proportions. Il en va de la crédibilité et de la réussite du Projet. La Vision Sénégal 2050, tant vantée, n’aura de matérialisation concrète qu’au prix d’une gestion rigoureuse et transparente des deniers publics. Les Sénégalais doivent avoir foi dans la manière dont leur argent est dépensé si on veut les mobiliser autour d’un projet national.
Plaidoyer pour un accès plus large aux informations financières de l’Etat
Enfin, nous profitons de cet article pour rendre un hommage mérité aux agents de la DPEE et de l’ANSD[2], et les remercier pour la qualité de leur travail de collecte et de diffusion des données économiques et financières.
Nous avons pu réaliser cette étude, et celles qui l’ont précédée, grâce à des données rendues publiques à travers ces deux structures. Nous rappelons, comme nous l’avons écrit dans l’article intitulé le Projet est mal parti, que ce travail s’inscrit dans une action de veille citoyenne et d’alerte à l’endroit des autorités. Il s’agit d’un exercice rigoureux et honnête d’analyse et de vérification, basé exclusivement sur des données officielles et publiques. Nous lançons donc un plaidoyer pour un accès plus large aux informations financières de l’Etat - dans les limites légales, bien entendu - pour nous permettre de faire ce travail de veille et d’alerte avec plus d’efficacité.
Direction de la Solde - DPEE - Direction Général du Budget
Calculs et Analyse Graphique avec SIADE, Système Intégré d’Analyse de Données Économiques, par Bangath Systems
[1] Direction de la Prévision et des Etudes Economiques
[2]Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie
par Makhtar Diouf
MIEUX COMPRENDRE NATIONS NÈGRES ET CULTURE
EXCLUSIF SENEPLUS - Cheikh Anta Diop s’inscrit dans ce que Louis Aragon nommait ‘la rééducation de l’homme par l’homme’, une lutte pour sortir des ténèbres. En Afrique, ces ténèbres furent imposées par le colonialisme et l’esclavage
L’ouvrage le plus connu de Cheikh Anta Diop est Nations nègres et culture. De l'antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l'Afrique Noire d'aujourd'hui publié à Paris en 1954.
La falsification de l’histoire
Pour Cheikh Anta Diop (1923 – 1986), l'humanité a pris naissance en Afrique dans la région des Grands Lacs à cheval sur la Tanzanie, l'Ethiopie, le Kenya et la vallée de l'Oromo.
L'Afrique est aussi le berceau de la civilisation. Les premiers Egyptiens qui étaient des Nègres, ont inventé la philosophie, les mathématiques et la médecine. La Grèce est à l'origine de la civilisation occidentale, mais ses plus grands savants (Thalès, Pythagore, Archimède, Platon, Hippocrate ...) sont tous allés puiser leur science dans l'Egypte nègre. Tous ces faits, tient à préciser l'auteur, portent les témoignages des fouilles archéologiques et de grands historiens de l'Antiquité comme Hérodote, Diodore, Strabon, Pline, Tacite. Et de rappeler que l'histoire n'est rien d'autre que découverte d'une vérité oubliée. C’est sans doute pour cela que Hegel a tenu à séparer l’Egypte de l’Afrique.
En dehors des historiens de l’Antiquité gréco-romaine, Cheikh Anta Diop s’est inspiré d’auteurs plus récents, partisans de l’antériorité des civilisations nègres. Ils ont pour noms : Volney (1757 – 1820), Abbé Henri Grégoire (1750-1831), Jean-François Champollion dit Champollion le jeune (1790 -1832), Antênor Firmin (1850-1911), Maurice Delafosse (1870 – 1926), Leo Frobenius (1873 – 1938).
De ces écrits, il ressort que les habitants de l’ancienne Egypte étaient de teint noir et étaient en avance dans les domaines scientifiques et philosophiques. Selon l’Allemand Leo Frobenius, ces Africains étaient civilisés jusqu’à la moelle de leurs os. Il ajoute qu’il ne connaît aucun peuple du Nord susceptible d’être comparé à ‘’ces primitifs’’ en terme de civilisation.
Cheikh Anta ayant lu ces écrits, soutient que le colonialisme a tout fait pour rendre les Africains amnésiques de leur passé : le but est d'arriver, en se couvrant du manteau de la science, à faire croire au Nègre qu'il n'a jamais été responsable de quoi que ce soit de valable, même pas de ce qui existe chez lui… L'usage de l'aliénation culturelle comme arme de domination est vieux comme le monde. Chaque fois qu'un peuple en a conquis un autre, il l'a utilisée. C'est pour les besoins de la colonisation de l'Afrique, « pour lui apporter la civilisation », que l'histoire a été falsifiée... La colonisation politique et économique est indissociable de l’entreprise de colonisation des esprits. Pour justifier la traite négrière et l'oppression coloniale, le thème de l'absence de culture (de l'esprit) chez les Noirs d'Afrique est invoqué (Diop 1954, 3° imp. 1979 : 14).
Cheikh Anta élabore ce livre dans la période 1948-53, en pleine période d’effervescence intellectuelle du Paris de l’après-guerre. Il n’a pas ses habitudes dans les cafés ‘’Flore’’ et ‘’Deux Magots’’ du quarter Saint-Germain-des-près de l’intelligentsia française, plutôt présent dans les bibliothèques pour ses recherches. Alors que les écrivains noirs s’intéressent les uns à la dimension culturelle, les autres à la dimension politique pour émotivement demander l’indépendance, il se met en symbiose sur les deux positions. Si l’Afrique a été colonisée pour lui apporter la civilisation, dans la mesure où il est révélé que la civilisation africaine est antérieure à la civilisation occidentale qui lui est même redevable, c’est tout le socle de la justification de la colonisation qui s’écroule. L’indépendance devient logiquement une exigence historique, cette fois scientifiquement démontrée. Comme il le dit : il ne s’agit pas de se créer de toutes pièces une histoire plus belle que celle des autres de manière à doper moralement le peuple pendant la période de lutte pour l’indépendance nationale, mais de partir de cette idée évidente que chaque peuple a une histoire…Si par hasard notre histoire est plus belle qu’on ne s’y attendait, ce n’est là qu’un détail heureux qui ne doit plus gêner dès qu’on aura apporté à l’appui assez de preuves objectives, ce qui ne manquera pas d’être fait ici (Nations nègres, éd. 1979, t. 1, p. 19).
Lorsqu’il assiste au Congrès des écrivains et artistes noirs en 1956, il a déjà écrit Nations nègres et culture. Cheikh Anta Diop revient sur ces thèses dans des publications ultérieures comme Antériorité des civilisations nègres (1967), Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro-africaines (1977), et dans son dernier ouvrage Civilisation ou Barbarie. Anthropologie sans complaisance (1981).
Remuements intellectuels autour de Nations nègres et culture
Nations nègres et culture est présenté par Aimé Césaire comme le livre le plus audacieux qu'un Nègre ait jusqu’ici écrit et qui comptera à n’en pas douter dans le réveil de l’Afrique (‘’Discours sur le colonialisme’’,1955, pp. 33/34).
Dans la France coloniale de l’époque, et même dans la France d’après 1960, les thèses de Cheikh Anta sont ressenties comme une onde de choc, comme un séisme psychique. Elles dérangent, donc rencontrent inéluctablement des détracteurs. C’est le sort fait partout dans le monde et à toutes époques de l’histoire à tous ceux qui professent des idées nouvelles. Le phénomène de résistance au changement est tenace et universel.
Les turbulences intellectuelles provoquées par ce livre font penser à cet incendie allumé par les idées, dont parlait Marx dans ses écrits de jeunesse. L’histoire abonde de situations où des porteurs d’idées nouvelles sont traités de fous et persécutés.
Le savant astronome italien Galileo Galilée (1564-1642) en avait fait les frais au 17ème siècle par emprisonnement. Son ‘’crime’’ avait été de reprendre la thèse de l’héliocentrisme développée au siècle précédent par l’astronome polonais Nicolas Copernic (1473 – 1543) selon laquelle la terre tourne autour du soleil. La croyance tenace à l’époque était que c’est le soleil qui tourne autour de la terre.
S’y ajoute en France l’hostilité des nostalgiques de la colonisation et des militants du néocolonialisme. Les écrits d’anthropologues et historiens européens sur l’antériorité des civilisations nègres n’étaient pas très connus, et émanaient de Blancs. On pouvait les ignorer, les classer dans la marginalité. Mais lorsque des écrits plus percutants sur le même thème proviennent d’un Nègre dont on pensait que la capacité intellectuelle était très limitée, c’est une autre histoire. Mais Cheikh Anta a eu la réaction scientifique attendue d’un intellectuel du type idéal.
Lorsqu’en 1970 il est sollicité par le Français René Maheu, directeur général de l’Unesco, pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique, il pose des conditions pour sa participation : que l’ouvrage traite de l’histoire ancienne de l’Afrique avec l’origine des anciens Egyptiens, que l’Unesco organise d’abord un Colloque auquel il sera fait appel aux plus grands spécialistes mondiaux de l’égyptologie, qu’ils soient informés deux ans avant pour leur permettre de se préparer, de fourbir leurs armes pour une confrontation scientifique des thèses, et que le colloque se tienne en Egypte même, au Caire.
Le Colloque se tient au Caire du 28 janvier au 3 février 1974, en présence d’une vingtaine de scientifiques d’Amérique (Canada, Etats-Unis), d’Europe, (Finlande, France, Suède), d’Afrique (Egypte, Soudan), de six observateurs et de deux représentants de l’Unesco. Cheikh Anta y vient avec son disciple l’historien congolais Théophile Obenga. Ils y font une grosse impression. Dans le rapport final présenté par le professeur français Jean Devisse, pourtant contestataire des thèses de Cheikh Anta, on peut lire : la très minutieuse préparation des communications des professeurs Cheikh Anta Diop et Obenga n’a pas eu, malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l’Unesco, une contrepartie aussi égale. Il s’en est suivi un véritable déséquilibre dans les discussions.
Ce qui signifie qu’il n’y a pas eu photo : on sait qui sont les vainqueurs de cette confrontation scientifique.
Leurs présentations argumentées, convaincantes, comme le souligne le rapport final amènent l’Unesco à admettre les racines noires et linguistiques de l’Egypte pharaonique : les anciens Egyptiens étaient de teint noir ; leur langue n’est pas une langue sémitique comme l’arabe ; c’est une langue négro-africaine. Ce qui fait que l’Afrique entre de plain-pied dans l’histoire de l’humanité, contrairement à la thèse du philosophe allemand Hegel qui ne reposait sur aucune base scientifique. L’ouvrage Histoire générale de l’Afrique va être publié en huit volumes à partir de 1980 avec cette nouvelle donne.
Après le Colloque du Caire et la publication de cet ouvrage, on pouvait penser que le débat était clos. Que non ! L’hostilité à l’égard des thèses de Cheikh Anta en France ne connaît pas de répit.
L’Antillais Jean Yoyotte, professeur au Collège de France, présenté comme égyptologue, l’attaque agressivement : Cheikh Anta Diop était un imposteur. Un égyptologue incapable de lire le moindre hiéroglyphe. Son œuvre est nulle, remplie d’erreurs. Il dit tout cela dans une interview avec des propos d’une extrême incohérence. Lui, l’idée d’indépendance des Antilles de ses ancêtres ne l’a jamais effleuré.
L’université française était pourtant bien représentée à ce colloque par Jean Devisse, Jean Vercoutier, Nicole Blanc et Jean Leclant. Aucun de ces éminents spécialistes n’a tenu de tels propos sur Cheikh Anta. Celui-ci troublait leurs convictions antérieures, mais ils le respectaient. Il se trouve seulement qu’il n’est pas aisé pour un professeur au bord de la retraite de remettre en cause ce qui lui a été enseigné et qu’il a lui-même enseigné durant des décennies.
Toute œuvre est sujette à des critiques. Mais pourquoi attendre que l’auteur dont on est contemporain ne soit plus là pour lui adresser des critiques condamnées à être sans réponses de sa part ? Comme le fait cet autre, Alain Froment dans les années 1990 avec son article ‘’Science et conscience : le combat de Cheikh Anta Diop’’, avec ces propos : des préjugés dans la recherche du passé africain ; des procédés discutables ; des affirmations sans preuves ; des concepts ambigus ; la tentation raciste. Cheikh Anta serait un raciste ? L’historienne française spécialiste de l’Afrique Catherine Cokery-Vidrovitch porte à Froment une réplique cinglante dans la même revue Cahiers d'Etudes Africaines, 1992.
Comment se fait-il que ces ‘’éminents égyptologues’’ n’aient pas été invités au Colloque du Caire qui avait réuni les plus grands spécialistes mondiaux de l’égyptologie ? Pourquoi n’ont-ils pas attaqué Cheikh Anta de son vivant ? Pourquoi n’ont-ils pas été aussi irrespectueux à l’égard des scientifiques français qui ont établi que les anciens Egyptiens étaient noirs, remarquablement civilisés et pénétrés de sciences ? Ils n’ont eu que des réactions épidermiques, n’ont lancé que des procès d’intention, prêtant à leur adversaire (ou ennemi) des motivations inavouables.
La démarche scientifique de Cheikh Anta Diop
Après avoir écrit Nations nègres et culture, Cheikh Anta Diop ne prétend pas fermer la porte à des précisions à apporter à cet ouvrage : l’ensemble du travail n’est qu’une esquisse où manquent toutes les perfections de détail. Il était humainement impossible à un seul individu de les y apporter : ce ne pourra être que le travail de plusieurs générations africaines. Nous en sommes conscients et notre besoin de rigueur en souffre : cependant les grandes lignes sont solides et les perspectives justes (p. 29-30, tome 1, ed. 1979).
Il est du devoir intellectuel de ceux qui se considèrent comme ses disciples de répondre à cet appel à s’activer sur ces pointillés qu’il a tracés.
Le substrat préexistant
Cheikh Anta n’a rien inventé. Et il le précise bien dans la préface de la première édition 1954 : Cet ouvrage n’est pas une « invention » de données. L’invention doit être distinguée de la découverte. On invente quelque chose qui n’existait pas, on découvre quelque chose qui existait. Il s’est lui, inscrit dans la découverte. Il n’est pas parti creatio ex nihilo, c’est-à-dire de rien. Il est parti creatio ex materia, c’est-à-dire création à partir d'un substrat préexistant conçu autour de deux éléments : le premier est constitué par les écrits d’auteurs anciens et modernes qu’il cite abondamment en plus des travaux archéologiques. Ces auteurs, historiens et anthropologues n’étaient préoccupés que par le constat scientifique de l’antériorité des civilisations nègres, sans s’impliquer dans la quête d’indépendance des peuples africains colonisés. La vérité scientifique était leur seule motivation.
Le second élément est constitué par les partisans de la thèse ‘’’l’Afrique a été colonisée pour être civilisée’’.
Qui sont ces colonisateurs des esprits ? Cheikh Anta n’en cite qu’un seul : Gobineau, qui n’a fait que disserter sur les thèses négrophobes de ses prédécesseurs pour conclure que les Noirs n’avaient que des dons artistiques. Cheikh Anta ne parle d’ailleurs de Gobineau que lorsqu’il reproche à Senghor de s’être inspiré de celui-ci pour dire que l’émotion est nègre, la raison est hellène. En fait, Senghor avait pastiché Aristote qui disait que la femme est centre d’émotion et l’homme centre de raison.
Les mentors négrophobes de Gobineau comme Montesquieu, Voltaire, Victor Hugo, Albert Sarraut, Jules Ferry, Paul Broca et ses disciples de la Société d’Anthropologie de Paris (SAP) ne sont pas mentionnés dans Nations nègres … même pas dans la bibliographie. C’est en se plongeant dans leurs élucubrations négrophobes qu’on arrive à mieux comprendre le bien-fondé du projet de Cheikh Anta en écrivant ce livre.
La SAP a été créée par Paul Broca comme un laboratoire de ‘’racisme scientifique’’. Elle utilise des méthodes anthropométriques comme la craniométrie avec l’usage d’un goniomètre pour mesurer la taille du cerveau. Elle utilise aussi la phrénologie (science du cerveau) pour établir que les circonvolutions du cerveau du Nègre sont différentes de celles du cerveau du Blanc. Pour démontrer ‘’scientifiquement’’ l’infériorité intellectuelle du Nègre qui est d’une race inférieure.
La SAP créée en 1859 est reconnue d’utilité publique par le ministère de l’Instruction publique qui lui alloue des fonds en plus de ceux de mécènes libéraux intéressés. C’est un instrument utilisé sous la Troisième République pour l’entreprise coloniale de la France avant la Conférence de Berlin de 1885 du partage de l’Afrique.
L’esprit scientifique : Gaston Bachelard
Dans les années 1940, étudiant en philosophie à La Sorbonne, Cheikh Anta a eu comme professeur Gaston Bachelard qui y a enseigné la philosophie de 1940 à 1954.
Les biographies sommaires de Cheikh Anta mentionnent cette étape de son parcours universitaire. Et c’est tout. N’y a t-il pas quelque rapport entre ces cours et les écrits de Cheikh Anta Diop ?
Lorsque Cheikh Anta commence à écrire, Bachelard (1884 – 1962) avait déjà publié trois de ses ouvrages :
- Le Nouvel Esprit scientifique, 1934 ;
- La Formation de l'esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective, 1938 ;
- La Philosophie du non : essai d'une philosophie du nouvel esprit scientifique, 1940.
Le concept présent dans ces trois ouvrages est ‘’esprit scientifique’’. Il renvoie à la connaissance scientifique objective, avec la qualité qui doit être celle de l’intellectuel chercheur. Mais il peut arriver que celui-ci s’arcboute à ses connaissances antérieures, les jugeant immuables, victime de ce que les psychosociologues appellent ‘’phénomène de résistance au changement’’. C’est parce que, dit Bachelard, l'esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit. Alors que pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique. La démarche intellectuelle du chercheur est, dit Bachelard, de sortir l’esprit de l’enfance, rendre à la raison humaine sa fonction de turbulence et d’agressivité. Ce faisant, le chercheur rencontre ce que Bachelard appelle des obstacles épistémologiques (l’épistémologie est la théorie de la connaissance) qui sont durs à éradiquer, car ils ont une consistance psychologique.
Bachelard propose des armes intellectuelles de bombardement de ces obstacles à la connaissance scientifique : rupture, brisure, césure, coupure, fracture. Pour Bachelard l’histoire des sciences ne se fait pas dans la continuité mais dans la discontinuité. En cela, il se distingue de l’autre philosophe français Henri Bergson (1859 -1962) partisan de la continuité. C’est par questionnement, en rectifiant des erreurs qu’on arrive à la connaissance scientifique. C’est la coupure épistémologique qui permet de passer d’un raisonnement à un autre. Il s’agit en fait de régler des comptes avec une conscience philosophique d’autrefois comme disait Marx dans son cas personnel.
Cheikh Anta est parti de ces écrits antérieurs en leur appliquant ce que j’appelle ‘’la méthode Bachelard’’. Le terme esprit fréquent chez Bachelard vient aussi dans les propos de Cheikh Anta qui parle de colonisation des esprits.
Il démonte ainsi le vieux paradigme de la falsification de l’histoire selon laquelle l’Afrique aussi noire que la couleur de ses habitants, plongée dans les ténèbres a été colonisée pour lui apporter la civilisation.
Lorsque le 9 janvier 1960, il soutient, à la Sorbonne, sa thèse de Doctorat d’État ès Lettres L’Afrique noire précoloniale et L’unité culturelle de l’Afrique noire, il met au début du manuscrit cette dédicace :
A mon Professeur Gaston Bachelard, dont l’enseignement rationaliste a nourri mon esprit.
Encore le mot ‘’esprit’’. La dette intellectuelle de Cheikh Anta Diop à l’égard de Gaston Bachelard n’a pas encore été bien mise en évidence. Louis Althusser, Pierre Bourdieu, Michel Foucault avec son livre L’Archéologie du savoir (1989) sont présentés comme des héritiers de Gaston Bachelard. Cheikh Anta Diop doit être ajouté sur la liste au plan de la méthode.
Deux écrits postérieurs à Cheikh viennent ajouter à une meilleure compréhension de Nations nègres et culture.
L’idéologie scientifique : Georges Canguilhem
L’un est celui d’un autre intellectuel français proche de Bachelard dont il se veut le continuateur. Il s’agit de Georges Canguilhem (1904-1962), philosophe, historien des sciences et médecin. Canguilhem propose le terme idéologie scientifique dans un ouvrage de 1977 Idéologie et rationalité dans l'histoire des sciences de la vie. Ce qui déroute dans la mesure où les termes ‘’idéologie’’ et ‘’science’’ sont généralement conçus comme antinomiques, contradictoires.
Canguilhem définit l’idéologie scientifique comme une pensée préscientifique’, qui n’est rien d’autre qu’une aventure intellectuelle antérieure à la science qui elle, se constitue en passant par des exigences méthodologiques. L’idéologie scientifique est ainsi une sorte de proto-science, c'est-à-dire une science non encore arrivée à maturité. Ce qui fait qu’elle est pénétrée par des idées et des valeurs qui lui sont étrangères, mais qui en retour légitiment les pratiques sociales et l'ordre politique et économique.
Ce livre de Canguilhem est publié 17 ans après Nations nègres…, mais il vient en appui à la démarche de Cheikh Anta qui dénonce ceux qui se couvrent du manteau de la science. Ils sont partis du postulat de l’infériorité des nègres pour essayer d’en faire une démonstration scientifique.
On peut ainsi comprendre que la littérature négrophobe et les écrits pseudo-scientifiques de la Société ‘Anthropologie de Paris relèvent de l’idéologie scientifique. Leurs préjugés et leurs convictions sur les Noirs et sur l’Afrique ont été la cible de Cheikh Anta dans une démarche scientifique et non dans une réaction émotionnelle.
D’un paradigme à l’autre : Thomas Kuhn
L’autre écrit qui vient en appui à une meilleure compréhension de Nations nègres et culture est le livre de l’Américain Thomas Samuel Kuhn, historien des sciences, La structure des révolutions scientifiques, 1962.
Le terme paradigme d’origine grecque signifiant modèle ou exemple est remis à l’honneur par Kuhn. Il reconnaît avoir été frappé par le nombre et l’étendue des désaccords entre spécialistes des sciences sociales. Ce qui l’a amené au concept de paradigme. Il définit le paradigme comme ce qui est partagé par les membres d’une communauté scientifique, et la communauté scientifique est constituée par ceux qui partagent un paradigme. Le paradigme est ainsi une certaine façon de penser.
Mais, ajoute Kuhn, lorsque par la suite, un paradigme est confronté à des problèmes qu’il ne peut résoudre, qu’il est contesté, il cède la place à un nouveau paradigme On passe ainsi d’un paradigme à l’autre. Ce que Cheikh Anta a fait.
Cheikh Anta par son parcours universitaire peu commun (Philosophie, Histoire, Linguistique, Mathématiques, Physique, Chimie) ne peut pas comprendre la thèse de l’infériorité intellectuelle du nègre. Combien d’intellectuels occidentaux pouvaient se prévaloir d’un tel background intellectuel ? Il estime qu’il est lui-même le produit d’un héritage ancestral. La condition de l’homme africain est au centre de ses préoccupations. Il l’exprime clairement dans son dernier livre Civilisation ou barbarie de 1981 :
L’Africain qui nous aura compris est celui-là qui après la lecture de mes ouvrages aura senti naître en lui un autre homme, animé d’une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion.
Cheikh Anta se situe ainsi dans ce que l’écrivain communiste Louis Aragon appelait la rééducation de l’homme par l’homme en le sortant des forces des ténèbres. Dans le cas de l’Afrique, les ténèbres ont été installées par le colonialisme après l’esclavage pour inférioriser l’homme africain.
Sans l’exprimer, Cheikh Anta Diop nourrissait le rêve de voir les jeunes Africains dans leur grande majorité se hisser à la hauteur de la densité intellectuelle pluridisciplinaire qui était la sienne, lorsqu’il leur lançait : Armez-vous de science jusqu’aux dents !
Par Baba DIENG
DIOMAYE-SONKO, DEUX MARCHANDS DE CAUCHEMARS AU SERVICE DU DESESPOIR
Le Sénégal est dramatiquement devenu un pays où le rêve -ce moteur des sociétés humaines-, à cause de ses dirigeants, n’est plus permis. Tout participe à son abandon. Les utopies ne libèrent plus, elles enchaînent
Le Sénégal est dramatiquement devenu un pays où le rêve -ce moteur des sociétés humaines-, à cause de ses dirigeants, n’est plus permis. Tout participe à son abandon. Les utopies ne libèrent plus, elles enchaînent. C’est désormais une «grande nuit» qui s’annonce, avec les hantises de sa pénombre. Les temps sont durs. Et nos dirigeants, qui nous vendaient le «miracle» il y a à peine quelques mois, sont déterminés à nous le faire comprendre. Nos imaginaires de décollage économique spectaculaire sont à nouveau calfeutrés. Nos peurs et inquiétudes, elles, par contre, émergent.
L’antienne de l’apocalypse est aujourd’hui de mise : «Il n’y a rien sous nos tropiques.» L’indigence est notre seconde nature. Rien n’est plus efficace que cette rengaine désespérante pour momifier nos énergies. Là où il n’y a pas d’espoir, dit Camus, il faut l’inventer. Car, sans espoir, nos forces sont en hibernation.
Rêver dans un pays en ruine ? Pas si facile… L’émigration circulaire -ce subterfuge aux allures d’un aveu d’incompétence de ces gens-là, chantres d’un souverainisme forcené- est là pour nous en donner une idée claire : les jeunes, nos vaillants bras, veulent partir, et l’Etat ne s’y oppose pas ! Abass Fall, comme Ulysse de retour à Ithaque, a fièrement brandi l’accord qu’il a obtenu pour exporter, au Qatar, une bonne partie de nos têtes bien faites. L’Espagne et ses travaux champêtres, eux, sont convoités et font rêver.
Le Premier ministre, toujours paré de ses atours d’opposant, avait déclaré, à la stupéfaction générale, que le pays est au fond du gouffre, que nos chiffres sont falsifiés. En termes clairs : il n’y a rien dans le Sénégal dont ils ont hérité ; tout a été gaspillé, bradé, volé, truqué. Un pays en décombres. Et qu’il faudra serrer la ceinture, car la marche vers le progrès économique sera longue et inextricable.
Nous étions en train de ruminer la déclaration cauchemardesque du Pmos avant que le Président Diomaye, lui aussi, s’invite au drame : l’Etat est financièrement asphyxié jusqu’à l’évanouissement. Mais que son train de vie, lui, ne se refuse rien. Aporie ! Il a déploré ceci : «D’abord, un Etat contraint dont les marges de manœuvre budgétaire et financière n’existent quasiment plus, une Administration républicaine, mais manquant de cohérence et figée dans des schémas dépassés, alors même que les réalités socio-économiques évoluent rapidement, marquées notamment par la transformation numérique et l’essor de l’Intelligence artificielle.» Diomaye aime les mauvaises nouvelles, il se «lamente», dira un esprit peu fréquentable.
Récemment, et très exceptionnellement, l’on a eu droit, de la part du Pmos, à une bonne nouvelle : 60 projets de transformation systémique du pays vont sortir de terre. Fait-il du Mao ou du Wade ? C’est toujours appréciable, en tout cas, de donner aux gens des raisons d’espérer de meilleurs futurs. La politique, c’est aussi l’art de transformer des préoccupations en espoirs.
L’espoir, c’est comme le pain, il est vital. Il faut le garder en lieu sûr, à l’abri de ce qui peut le corrompre ou le travestir. Ce travail se fait dans la production d’imaginaires, par le truchement de discours.
L’exigence de vérité et de transparence doit cohabiter en bons termes avec la nécessité de maintenir l’espoir. Le «lexique d’optimisme officiel» dont parle Armand Farrachi est parfois salvateur, surtout pour cette jeunesse si tentée par l’ouverture de nouvelles utopies, celles émancipatrices. Vendez-nous du rêve, de l’espoir ! C’est ce dont nous avons besoin. Soyez des «marchands de rêves», et non de cauchemars : sic itur ad astra !
PAR Babacar Korjo Ndiaye
BIRAME SOULEYE, UN MINISTRE EN MODE FREESTYLE
Notre ministre a un talent rare. Celui de toujours dire ce qu’il ne faut pas, au moment où il ne faut pas, avec une assurance qui force l’accablement. Bientôt, il ne lui restera bientôt plus que son miroir pour l’écouter sans grimacer
Il faut dire que notre ministre a un talent. Un talent rare. Celui de toujours dire ce qu’il ne faut pas, au moment où il ne faut pas, avec une assurance qui force le respect… ou plutôt l’accablement. Il parle, et c’est comme un bulldozer sans frein sur une route pleine de nids-de-poule : ça cahote, ça cogne, et ça finit toujours en sortie de route. Gaalu njoobeen du teer!
Dernière sortie en date ? Pour répondre à ceux qui affublent les militants de son parti du qualificatif de Salafistes (au sens le plus explosif du terme), il a eu l’illumination suivante : « Ma mère est la fille du vénéré Aladji Ahmad Ndieguene. Comment peut-elle enfanter un Salafiste ?... » Voilà donc la nouvelle génétique ministérielle : une bonne mère ne peut enfanter un mauvais fils. Au-delà de l’étrange biologie qu’il nous propose, le message est limpide : si vous êtes Salafiste, c’est que votre mère a raté son coup. Un bel hommage aux valeurs familiales, mais un petit scandale pour la communauté salafiste du Sénégal, qui appréciera sûrement d’être reléguée au rang d’erreur maternelle. Bon Xataraayu!
Mais ce n’est pas la première fois que notre ministre brille par sa finesse oratoire. Rappelez-vous quand, en pleine euphorie post-électorale, il a jugé bon de rappeler aux promoteurs de lutte que l’État ne sponsoriserait plus leurs combats. « Ces spectacles archaïques ne sont pas notre priorité », aurait-il presque soufflé en filigrane. Un avis respectable… sauf que personne ne lui avait rien demandé. On l’imagine, la bouche en cœur, expliquant aux lutteurs que désormais, ils devront se contenter de l’amour du public et de la sueur du mbapatt. C’est ainsi qu’il a réussi un exploit : unir toute une industrie contre lui, du promoteur de l’arène nationale au dernier batteur de tam-tam du village.
Et puis, il y a eu l’épisode Touba. Là encore, il voulait faire une démonstration. Prouver que son parti n’a jamais tenté de séduire les autorités religieuses de la ville sainte. Il aurait pu le dire calmement, avec intelligence, en finesse. Mais non, c’est mal le connaître. « Moi, avant l’élection, je n’avais jamais mis les pieds à Touba ! » a-t-il fanfaronné avec sa verve habituelle. Ah bon ? Donc en plus de ne pas séduire, vous n’avez même pas daigné faire acte de présence ? Voilà qui est habile. Si l’objectif était de convaincre que les nouveaux dirigeants n’ont aucun lien avec Touba, mission accomplie.
Ce ministre est un homme de convictions, certes, mais surtout un homme de convictions mal formulées. Un artiste du faux pas verbal. Un virtuose du mauvais timing. On lui a demandé d’apprendre à parler sans heurter. Mais visiblement, chez lui, c’est un talent inné : heurter, c’est son mode d’expression naturel.
À ce rythme, il ne lui restera bientôt plus que son miroir pour l’écouter sans grimacer.
Par MOUSTAPHA TAMBADOU
SOUTENIR LE KUYAN BAA, UN DEVOIR, UNE NECESSITE
Eriger en Casamance, dans une région repoussée à la périphérie des programmes de développement culturel les plus acceptables, une infrastructure d’accès et de diffusion dotée d’équipements de dernière génération ?
Eriger en Casamance, dans une région repoussée à la périphérie des programmes de développement culturel les plus acceptables, une infrastructure d’accès et de diffusion dotée d’équipements de dernière génération? Tel était, tel est le projet d’Omar Camara, promoteur du KUYAA BAA, du nom du Bois sacré mandingue. Cela pouvait ressembler à un défi colossal, un défi à la fois ambitieux et téméraire. A un rêve impossible.
Peintre au génie et au talent internationalement consacrés, Omar se veut, avant tout, le fils de cette région meurtrie lancée depuis des décennies dans la quête pathétique d’une paix se dérobant constamment aux espoirs les plus ardents.
Son rêve est celui de l’enfant du pays ayant eu la chance de traverser l’Atlantique sans confier sa vie à une frêle embarcation risquant de le livrer, à l’instar de milliers de ses frères et sœurs, à la furie meurtrière des flots. Après avoir obtenu loin de ses terres une reconnaissance et une aura à sa dimension il a choisi de mettre sa réussite acquise de haute lutte, au service des siens. Le nom choisi pour l’espace culturel qu’il construit dans la forêt de ziguinchoroise de Diabir, jadis lieu d’affrontements meurtriers, KUYAN BAA est en soi, doublement, l’emblème de la fierté identitaire et de la culture obstinée du vivre ensemble. Petit à petit, avec des moyens personnels péniblement réunis et le seul soutien de quelques partenaires et mécènes étrangers, le KUYANN BAA sort e terre. Et, déjà, on y organise des événements tels que des expositions internationales d’arts visuels, des rencontres échanges animés par des artistes et critiques venus de divers coins d’Afrique et d’Europe. Déjà Omar avance dans l’illustration, et la promotion de la richesse culturelle et du génie artistique de son terroir , bien sûr, mais également de notre pays et de notre continent. Qui n’a, par exemple, jamais entendu parler de la Biennale Z’ARTS la biennale des arts visuels de Ziguinchor qu’il a fondée?
Cet événement phare du KUYAN BAA a organisé cette année sa treizième édition. C’est-à-dire, pour s’exprimer sans langue de bois, a survécu à 26 années d’inénarrables difficultés dans la mise en place des activités que nous venons d’évoquer, pourtant unanimement saluées pour leur importance dans la mise en lumière des patrimoines et des génies. Hélas, découragé par l’inaction des autorités nationales et territoriales, déçu par l’indifférence des sponsors, Omar Camara est aujourd’hui à bout de souffle et tout près de jeter l’éponge.
Ensemble, refusons cette sinistre éventualité.
Par Fadel DIA
L’ONU A-T-ELLE ENCORE SA PLACE À NEW YORK ?
L'arrêt brutal de l’aide américaine sera douloureuse car beaucoup trop de personnes ont commis l’erreur d’en dépendre mais, et c’est le bon côté de cette décision, cela peut mettre fin à plusieurs mythes qui l’entourent
Dans une allocution solennelle prononcée à la télévision nationale à l’occasion de la commémoration de la mort de son père, le roi Mohamed VI a annoncé que le Maroc allait racheter à l’Espagne, l’ensemble des iles Canaries, qui sont, après tout, des terres africaines, pour en faire un Dubaï de l’Atlantique, autrement plus attractif et plus enchanteur que celui du Golfe Persique, et aux portes de l’Europe. Quant aux populations locales, elles seront tout simplement transférées dans le pays dont elles parlent la langue, l’Espagne.
On apprend par ailleurs que le président Poutine a révoqué tous les actes qui avaient abouti à la dissolution de l’URSS en 1991 et qu’en conséquence les pays baltes ou l’Ukraine sont réintégrés dans la Russie et que le pouvoir y sera désormais exercé par des gouverneurs nommés par Moscou. En conséquence Vlodmyr Zelenski est purement et simplement révoqué de ses fonctions.
Enfin, le président Xi Jinping a pris la décision de constituer une Grande Chine et de mettre fin à l’indépendance des états à populations majoritairement chinoises, Taiwan, mais aussi Singapour et la Malaisie. Le cas du Viet Nam et des autres pays de la sous- région sera examiné ultérieurement, après examen du taux de sinité de leurs populations respectives… Fake news stupides ? Absurdités ? Oui, mais d’autres du même acabit polluent les médias depuis plusieurs jours sans qu’on doute de leur authenticité, assurément parce que leur signataire est coutumier des faits. Nous sommes entrés dans l’ère de l’absurdité, celle de la force brutale et du « maa tey », celle du déni des grands principes tant chantés par les pays occidentaux qui s’en sont proclamés les inventeurs et les gestionnaires exclusifs. Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, respect de la dignité de la personne humaine, égalité des hommes et des peuples etc., tous ces grands principes sont aujourd’hui bafoués dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique du Nord, à l’intérieur de leurs frontières et à l’extérieur.
Le « bafoueur » en chef s’appelle Donald Trump et s’il nous inquiète plus que les autres, c’est parce qu’il est capable de tout et aussi parce qu’il peut faire tout ce qu’il a promis de faire, y compris le pire ! Ce n’est pas son principal allié, le seul qui compte à ses yeux et dont on se demande si ce n’est pas surtout son manipulateur, qui l’en dissuaderait. C’est en tout cas une forfaiture que le chef du gouvernement de l’Etat d’Israël adoube ce qui n’est rien d’autre que la réédition des crimes qui constituent l’essentiel du cahier de charge de victimaire de son pays. Netanyahou fait peu cas des paroles d’un de ses éminents compatriotes qui disait que l’une des leçons que les Israéliens d’aujourd’hui devraient tirer des malheurs subis par leurs ancêtres, c’est de faire en sorte que ça ne recommence pour personne!
Mais Donald Trump ne s’en prend pas qu’aux Palestiniens. Il porte aussi l’estocade à tous ceux qui bénéficiaient peu ou prou de l’aide américaine, et dans certains cas, il s’agit d’un acte criminel puisque cela peut mettre en danger la vie de millions de personnes qui en dépendaient, pour leur santé ou leur survie. La suspension, ou plus radicalement l’arrêt, de l’aide américaine au développement sera douloureuse parce qu’elle a été brutale et que, malheureusement, beaucoup trop de personnes ont commis l’erreur d’en dépendre mais, et c’est le bon côté de cette décision, cela peut mettre fin à plusieurs mythes qui l’entourent.
Le premier de ces mythes, c’est de croire que c’est une aide désintéressée et purement humanitaire et le premier à réfuter cette assertion est le mieux placé pour le faire : c’est celui qui tient les ciseaux, c’est le chef du « département de l’efficacité gouvernementale », Elon Musk, qui trouve même qu’elle est « criminelle ». Il est en tout cas de notoriété publique, qu’elle cible des objectifs bien précis, vise à servir d’abord les intérêts stratégiques du bailleur et qu’elle a quelquefois des relents de service de renseignements, voire d’espionnage méthodique. Elle n’est pas non plus, et c’est le deuxième mythe, aussi généreuse qu’on le croit et si elle est importante en chiffres absolus, elle est insignifiante au regard de la richesse américaine. Les Etats-Unis ne viennent qu’au 25ème rang mondial si l’on rapporte leur aide à leur PIB : 0,24%, quand la Norvège est à 1,09% !
Il s’agit enfin d’une aide discrétionnaire puisque, pour les derniers chiffres connus, les 4 pays africains qui figurent dans le top 10 de ses principaux bénéficiaires (Ethiopie, Soudan du Sud, Nigéria, RDC, soit au total près de 470 millions d’habitants) ont reçu, ensemble, bien moins de la moitié de ce qu’a reçu la seule Ukraine, qui compte dix fois moins d’habitants …C’est en tout cas la preuve que ce n’est pas « l’aide » qu’ils apportent aux pays pauvres qui peut empêcher les Etats-Unis d’être « great again ».
Une Amérique arc-boutée sur ses dollars et qui ne rêve que de plages et de terrains de golf, une Amérique opposée à la promotion des droits de l’Homme, à la fourniture d’une aide humanitaire conséquente aux plus démunis, au développement durable et à la garantie du droit international, peut - elle être un abri sûr pour l’Organisation des Nations-Unies ? New York n’avait pas été choisie pour abriter son siège pour des raisons purement logistiques et stratégiques, mais aussi parce qu’au sortir de la deuxième Guerre mondiale, les Etats-Unis représentaient la puissance qui avait vaincu les régimes dictatoriaux et qui prêchait la liberté et l’émancipation des peuples.
Mais aujourd’hui ils ont pratiquement quitté le navire ONU, ils se sont retirés de ses organismes les plus symboliques, dont aucun pourtant ne met en péril le bien-être des Américains, et il n’est même pas exclu qu’ils arrêtent toute contribution à son fonctionnement ! Ils ont à nouveau claqué les portes de l’OMS et de l’UNESCO, bêtes noires de Donald Trump, chargées de veiller sur nos corps et nos esprits, et celles du Conseil des Droits de l’Homme, dont la mission est la promotion et la protection des droits humains les plus fondamentaux.
Ils sont sortis de l’Accord de Paris sur le climat signé sous l’égide de l’ONU et dont l’une des ambitions était de fournir aux pays pauvres les moyens d’atténuer les effets du changement climatique dont les pays développés sont les principaux responsables. Ils ont réduit de façon significative leur contribution au fonctionnement de l’URNWA qui a sous son mandat 6 millions de réfugiés palestiniens, 700 écoles et 500.000 élèves. Ils ont pris des sanctions contre la Cour Pénale Internationale, dont ils ne sont pas membres, au seul motif qu’elle s’est interrogée sur la responsabilité du Premier ministre israélien dans le génocide qui est en cours à Gaza, etc.
Les Etats-Unis de Donald Trump ont donc renié tous les principes qui sont à la base de la création de l’ONU, au point qu’on peut se poser la question de savoir si celle-ci peut décemment maintenir son siège dans la métropole d’un pays qui lui est hostile et qui travaille à la discréditer ! C’est une question que malheureusement personne n’osera poser : si dans leurs salons feutrés les chefs d’Etats et rois du monde entier murmurent que Trump est fou ou vulgaire, aucun n’osera l’admonester, car il leur fait peur, pas seulement parce qu’il est fort, mais aussi parce qu’il peut tout dire et tout faire. Nous sommes revenus au temps de Gengis Khan !
PAR ISMAILA DIALLO
S’AFFRANCHIR DE LA DÉPENDANCE
Il y a des moments dans l’histoire d’un peuple où l’épreuve devient l’étincelle du renouveau. La suspension de financements étrangers, notamment ceux décidés par l’administration Trump, sonne pour le Sénégal comme un électrochoc brutal mais nécessaire.
Il y a des moments dans l’histoire d’un peuple où l’épreuve devient l’étincelle du renouveau. La suspension de financements étrangers, notamment ceux décidés par l’administration Trump, sonne pour le Sénégal comme un électrochoc brutal mais nécessaire. Pendant des décennies, nous avons vécu sous perfusion, croyant que l’aide extérieure était une solution alors qu’elle n’était qu’un poison lent, un piège doré qui nous a maintenus dans la soumission et la précarité.
Mais aujourd’hui, l’illusion se dissipe. Nous sommes face à une vérité implacable : personne ne viendra nous sauver. Personne ne construira notre avenir à notre place. La dépendance nous a enfermés dans un cycle vicieux où nous empruntions pour rembourser des dettes, où nos ressources étaient pillées tandis que nous restions spectateurs de notre propre appauvrissement.
Le Premier ministre Ousmane Sonko l’a dit avec force : notre développement doit être endogène. Ce n’est plus une simple option, c’est un impératif vital. Il est temps de rompre avec cette fatalité économique qui nous condamne à tendre la main. Il est temps d’ouvrir les yeux sur nos propres richesses, sur notre potentiel inexploré. L’industrialisation n’est pas un rêve lointain, elle doit être une réalité immédiate. Nos ressources naturelles, notre jeunesse dynamique, notre intelligence collective sont les véritables leviers de notre prospérité.
Mais pour cela, il faut un changement radical. Il faut briser les chaînes de la corruption qui gangrène nos institutions. Il faut traquer l’évasion fiscale, bloquer les fuites de capitaux, récupérer chaque franc volé au peuple sénégalais. Chaque entreprise, chaque citoyen doit comprendre que l’intérêt national prime sur les intérêts personnels. Ce combat est celui de la dignité, de la souveraineté et de la justice.
L’histoire nous observe. Sommes-nous prêts à écrire un nouveau chapitre ? Un chapitre où le Sénégal ne sera plus un mendiant du monde, mais un bâtisseur de son propre destin ? Un chapitre où nous transformerons nos matières premières au lieu de les exporter brutes pour enrichir d’autres nations ?
La réponse ne viendra pas d’ailleurs. Elle est en nous. Le choix nous appartient : subir ou se relever.
Et cette fois, nous avons l’obligation de nous relever.
PAR MANSOUR FAYE
SCANDALEUSE DÉCISION PAR ARROGANCE ET IGNORANCE
La récente conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’OMVG à Banjul continue de faire des vagues. L'ancien ministre dénonce une décision, qui, selon lui, compromet les intérêts stratégiques du Sénégal dans le projet énergétique régional.
La conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement de l’OMVG s’est tenue récemment à Banjul où le Senegal était représenté par son Premier ministre. Pour rappel, cette instance est la plus haute dans l’architecture de la gouvernance du système. Entre autres prérogatives, par résolution, elle peut décider définitivement des points d’échanges ayant connu des blocages, pour diverses raisons, au niveau de l’instance du conseil des Ministres de l’organisme.
Je précise que l’OMVG, comme l’OMVS, fonctionne, par consensus à toutes les échelles et pour tous les sujets. Les projets initiés par les pays membres les engagent sur l’endettement et le partage du productible, selon une clé de répartition définie de commun accord.
L’OMVG a initié un projet Energie qui a deux composantes:
- un réseau de transport (appelé ligne d’interconnexion ou autoroutes de l’électricité) de plus de 1700 km, dont le financement dépasse les 700 millions USD;
- l’aménagement hydroélectrique de Sambangalou pour la production d’énergie d’environ 128 Mégawatts et le régulation du fleuve Gambie avec un financement de près de 400 Millions d’euros.
L’exploitation de la production (comme d’habitude) nécessite la création d’une société d’exploitation et de gestion.
C’est ainsi que la SOGESART a été créée.
Lors du processus de négociations pour sa mise en œuvre, il était clairement défini que le Sénégal se positionnerait pour abriter le Siège (probablement à Kedougou) mais surtout prendre le poste de Directeur Général, tout au moins durant la période de remboursement de l’investissement.
Je rappelle que le Senegal, étant le seul pays membre éligible au niveau des partenaires financiers, s’est porté garant de l’endettement de ce projet.
À Banjul, notre frivole tout Puissant Son Altesse Sérénissime « demi-dieu », faisant fi des conseils et suggestions des experts du secteur, aurait pris la décision catastrophique et incompréhensible de ne se contenter que du poste de SG, laissant ainsi les choix du siège et du DG aux deux autres pays membres.
Il semble ignorer que le SG d’une structure d’exécution n’a aucune influence sur les décisions ou la gestion du DG.
La seule question atone qui l’intéressait, était celle relative à l’exonération ou non sur l’accord de siège, nonobstant tous les autres avantages. Thieyy….la fiscalité, toujours la fiscalité…j’ai encore vraiment peur pour notre pays!
En tout de état de cause, le Sénégal n’aura aucune maîtrise sur la viabilité et la rentabilité de la SOGESART. Le risque réel que la garantie donnée par notre pays soit appelée , n’est pas à écarter. Aujourd'hui, tous les acteurs sénégalais du secteur sont effarés et désolés au plus haut point.
Dommage pour notre pays qui subit les conséquences de cette hérésie qui entraîne d'énormes pertes d'opportunités, notamment des emplois; mais pire encore, des risques inutiles de remboursement de centaines de millions de US dollars.
Ah! Quelle vision limitée et .... patriotique!
PAR DR NGAGNE FALL
PUBLICATION DE LA LISTE DES MÉDIAS RECONNUS, ENTRE CONFUSION ET INCOHÉRENCE
Ce travail de reconnaissance en vue d’une régulation efficace et dynamique des médias aurait gagné en fiabilité et en transparence si le MCTN avait pris le temps d’étudier le secteur en profondeur
La volonté du MCTN de réguler le secteur des médias est à saluer car les reformes ont été menées à un temps record dans un but d’assainir l’écosystème médiatique qui est en souffrance depuis plusieurs années, cependant il convient aussi de relever quelques observations qui pourraient aider à mieux affiner la démarche. Le ministère a publié une liste pour chaque catégorie de médias jugés conforme aux dispositions du code de la presse. La liste telle que publiée donne l’impression que nous disposons de cinq catégories de médias, à savoir les télévisions, les radios généralistes, la presse écrite, les radios communautaires, la presse en ligne et les Webtv. Cette classification semble ignorer la spécificité de chaque média et rend difficile le travail de reconnaissance et de régulation.
D’abord concernant les télévisions, un travail de fond aurait permis de faire la différence entre les types de télévisions, sur la même liste, on mélange les télévisions généralistes (Tfm, Waltv, 2stv…), les télévisions régionales (Saloum tv), les télévisions religieuses (Touba tv Mourchid tv, Médina Baye tv) et les chaînes internationales (F24, China tv). Ces chaînes découlent certes du modèle de flot (programme de flux), mais elles appartiennent à des catégories différentes tant dans le mode de financement que dans la régulation. En les regroupant sur une même liste, on leur attribue des fonctions et des missions similaires.
Pourquoi c’est important, si on applique le code de la presse dans toute sa rigueur, les télévisions religieuses ne devraient jamais figurer sur la liste, car l’article 144 du code la presse précise qu’« aucune licence ne peut être accordée à un parti politique, à une alliance ou groupe de partis politiques, à une ethnie ou à un groupe d'ethnies et à une communauté́ religieuse. » Sur la liste y figurent au moins 7 chaînes religieuses et une chaîne appartenant à un groupe ethnique. Donc, sur le tableau présenté, seulement 7 chaînes sont des télévisions généralistes qui se distinguent des autres de par leur portée générale et leur valeur informationnelle.
Le même constat sur la liste des radios enregistrées ou on mélange les radios généralistes, commerciales (Rfm, Walfm, Sudfm...), les radios musicales(Vibe radio), les radios internationales et quelques stations qui devraient figurer sur la liste des radios communautaires (Zigfm, Alfayda fm). Dans certains cas, on ne fait pas de différence entre groupes de presse et le support appartenant au même groupe de presse. Dans la catégorie radios enregistrée, on cite Emedia, Groupe futurs média Walfadri qui ne sont pas des radios mais des groupes ou entreprises de presse regroupant plusieurs supports médiatiques.
Le même mélange de genre est constaté sur la liste des médias en ligne. La démarche pose problème, vu, les exigences du code la presse, on ne peut pas mesurer la conformité d’un média en ligne par le simple fait d’un dépôt de dossier. Le code précise que le média en ligne doit employer, à titre régulier, au moins trois (3) journalistes, En outre, l’entreprise de presse en ligne doit disposer d’un directeur de publication et d’un rédacteur en chef justifiant respectivement d’au moins dix (10) années et sept (07) années d’expérience professionnelle. Le médias doit mettre, à disposition du public, un contenu original, composé d’informations présentant un lien avec l’actualité et ayant fait l’objet, au sein du service de presse en ligne, d’un traitement à caractère journalistique, notamment dans la recherche, la vérification et la mise en forme de ces informations. Au vu de ces exigences, on ne peut pas définir la conformité de ces médias en ligne sans faire une analyse de contenu des sites concernés pour évaluer la nature et la valeur journalistique des informations diffusées.
Ce travail de reconnaissance en vue d’une régulation efficace et dynamique des médias aurait gagné en fiabilité et en transparence si le MCTN avait pris le temps d’étudier le secteur en profondeur. Avec le bouleversement numérique, le travail de régulation des médias est devenu très complexe, des études sérieuses ou une simple consultation des travaux universitaires en amont auraient pu permettre une bonne compréhension et une meilleure appréhension des enjeux du secteur des médias.
Par Habib Demba FALL
FEMME DE PUB, UNE PUDEUR MISE A NU
Nos yeux et nos oreilles se plaindront sans doute du spectacle mondain qui défile comme un long fleuve d’obscénités. Ce n’est pas un propos sorti du néant.
Nos yeux et nos oreilles se plaindront sans doute du spectacle mondain qui défile comme un long fleuve d’obscénités. Ce n’est pas un propos sorti du néant. Je tiens cette réflexion de la relation à ce Jour du Jugement dernier qui a peuplé notre jeunesse. « Bessoum penc » est le rendez-vous de la balance.
Un révélateur de la trajectoire des uns et des autres dans cette Vallée des larmes tant décriée pour ses leurres mais toujours adorée pour ses luxures. Ici, puisqu’il faut que quelques-uns s’indignent et condamnent pendant que d’autres zyeutent discrètement, le verdict est sans appel : chorus pour une condamnation publique du viol de la morale publique pour des âmes dévergondées ayant osé déchirer le silence des anges violés. Ça, oui ! L’impudique parade de la licence met à nu la morale publique.
Que voulez-vous ? Au pays des paravents, l’annonce d’une marche de femmes dans leur tenue d’Eve, sous le titre de « Nue/Taatu néén », choque forcément. J’exagère ? Heureusement, elles n’ont pas produit d’affiche pour cette véritable secousse suscitée au pays de l’isoloir et de la gymnastique lexicale pour nommer la vérité. Si, Si ! Impossible de tout dire au Sénégal ! Je sais. Chaque énoncé émane de son contexte social et finit par y retourner en message comestible. La prise de parole et chaque attitude révèlent une capacité à se fondre dans le moule social.
Sauf à être anticonformiste, brisant ainsi les silences convenus sur des pathologies sociales de notre époque. Le viol fait partie de cette face hideuse de notre société au même titre que cette impudeur placardée sur toutes les rues à travers des bouts de tenue, des mots salaces qui dépassent la suggestion et la grande tentation du nu qu’une exagération confond avec la coquetterie. Attention : la quasi-nudité ne justifie pas le cruel appétit des violeurs ! Cette part d’animalité révèle l’affreux instinct qui pousse à bondir carrément sur des proies souvent faciles. Défense de résister parce que, quelquefois, c’est un ticket pour le trépas.
Des victimes ont quitté ce monde sous les souillures de forcenés. Une écrivaine sénégalaise de renom, plume sans fard et respectabilité affirmée qui n’est autre que Ken Bugul, si l’on en croit Le Quotidien, a elle-même exprimé sa disponibilité à marcher nue pour dénoncer les monstres embusqués dans les demeures, au coin de la rue, les administrations ou, simplement, les transports. Elle a dû bousculer les tabous en exposant l’indicible hypocrisie de « bien-pensants », acceptant l’impudeur lorsqu’elle est tue ou privée. Cependant, il importe de se pencher sur cette folle escapade vers le nu, qui banalise celui-ci dans notre société même si, banalement, ce corps social ne l’accepte pas. Trop souvent, le nu est une tenue provoquée et voulue.
Proportionnellement au rétrécissement du tissu dont certaines ont besoin pour bien s’habiller, la décence ne se mesure même plus en mètres ou en yards. Il suffit de peu pour avoir une tenue qui détone ! Les mensurations les plus prisées par certaines de nos sœurs sont celles qui exposent des rondeurs. C’est une autre forme de publicité qui donne raison à une idée cruelle du produit d’appel. Un publiciste danois a sorti un jour cette phrase cruelle : « Si vous voulez vendre une voiture, mettez une femme à côté. Si la voiture ne se vend pas, déshabillez-la. Si elle ne se vend toujours pas, c’est que la voiture n’est pas bonne. » No comment !
La femme en elle-même est un objet de publicité. Naguère, une certaine idée du marketing disait qu’un produit adopté par la femme est facilement adopté par la famille. Il en est ainsi des magazines people achetés par des femmes ou des hommes mais lus, en fin de compte, par tout le monde. Son image se confond avec le matériel proposé à la vente, non parce qu’elle est l’utilisatrice principale dans le foyer, mais bien parce qu’elle incarne elle-même la chose au-delà du fait qu’elle est une personne. Les deux sujets de curiosité, proposés à une attirance foncièrement vénale, fusionnent en un objet de marketing. La démarche lascive se transforme en un bolide au design lisse. L’expression corporelle interprète la sensualité à l’extrême.
Quand la technologie s’en mêle, il devient possible de transformer un brin d’allumette en liane et un pied carré en orfèvre du ballon rond, seigneur de la sape ou rossignol de la chanson. Et cela devient viral ! L’explosion des médias sociaux et la peopolisation de certains supports d’informations créent un traitement très osé du corps. Nos yeux sont habitués à la nudité et nos âmes s’accommodent de cette la dérive qui n’est pas qu’une expression acceptée de « la tenue d’Adam et d’Eve » dans la nuit des temps. Erreur !
À l’état de nature, la nudité est une évidence qui ne peut heurter tout simplement parce que l’habit n’a pas la valeur de couverture. Aucune convenance n’est bafouée, aucun tabou brisé non plus. Impossible de regretter ce qu’on n’a pas connu, voyons ! Dans nos sociétés moulées dans les tenues, ce n’est pas le cas. Les temps ont changé. Le nu attire, fascine, choque et aliène les grilles de perception du physique faisant du corps une matière de marketing érotique ou exotique. Nous voici au temps du viol de l’imaginaire des cibles d’une publicité qui enjambe les bornes.