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5 avril 2025
Société
par l'éditorialiste de seneplus, ada pouye
VALORISER L’HISTOIRE ET LA CULTURE DES PEUPLES D’ASCENDANCE AFRICAINE
EXCLUSIF SENEPLUS - Il serait naïf de penser que la discrimination se limite au domaine interracial. Nous sommes à la croisée des chemins entre exclusion organisée et nécessite de réécrire le récit de l’identité multiforme de nos peuples
Il faut veiller à ce que l’Afrique ne fasse pas les frais du progrès humain. ( ) froidement écrasée par la roue de l’histoire(…).on ne saurait échapper aux nécessités du moment historique auquel on appartient ». Cheikh Anta Diop
L’avènement de la suprématie blanche aux États-Unis et la montée en puissance des ultra-droites en Europe invitent à une indéniable prise de conscience de ces courants pour les peuples d’ascendance africaine. Nous sommes à la croisée des chemins entre exclusion organisée et nécessite de réécrire le récit de l’identité multiforme de nos peuples. Construire une identité pour un peuple victime de dénis d’identité est un exercice mémoriel difficile du fait du matraquage culturel et médiatique qui produit et assène des archétypes des cultures humaines dominantes depuis des siècles. Selon Jung “ l’archétype se définit comme le symbole de l’être primitif, contenu de l’inconscient collectif qui se trouve dans l’imaginaire d’un individu, les productions culturelles d’un peuple”.
Le Sénégal avec l’accession au pouvoir d’une jeunesse patriotique décomplexée peut en prendre le leadership pour convoquer le premier congrès mondial des peuples d’ascendance africaine à Gorée.
Environ de 200 millions de personnes d’ascendance africaine concernées vivent en Amérique et des millions d’autres dans les autres régions continentales (Europe, Asie et moyen orient). Leur particularité́ reste la pauvreté́, la marginalité et la vulnérabilité.
La discrimination prive les gens de leurs droits, ce qui conduit à l'érosion des croyances et des pratiques culturelles et à une crise d'identité́ générale. Il s'agit d'un stratagème utilisé au fil du temps par des forces désireuses de contrôler prioritairement les ressources. Lorsque les colons sont arrivés en Afrique, ils se sont comportés comme si le continent était un vaste espace matériel et sans habitants humains. Dans les écoles, l'histoire enseigne encore que David Livingstone a découvert le lac Victoria, ce qui nie complètement la riche histoire des Bantous et des tribus nilotiques qui pêchaient sur ses rives et constituaient une plaque tournante vitale pour le reste du continent. Vasco De Gama s'est vu attribuer tout le mérite d'avoir « découvert » les routes et les vents commerciaux vers l'Inde, négligeant complètement le commerce dynamique entre l'Afrique et l'Asie, comme en témoignent les broderies complexes des robes portées par la royauté́ Ethiopienne et les perles de porcelaine et de verre provenant de Chine et de Perse trouvées dans les ruines du Grand Zimbabwe, qui sont antérieures de plusieurs siècles à la colonisation européenne. Les exploits de Winston Churchill et d'Alexandre le Grand sont évoqués avec beaucoup de ferveur, tandis que Zwangedaba : (1785-1848) fut le premier roi des peuples Ngoni et Tumbuka du Malawi, de Zambie et de Tanzanie du clan Jere Ngoni de 1815 à 1857). Les horreurs du règne d'Idi Amin Dada sont présentées comme un exemple de mauvaise gestion africaine, alors que les exploits du roi Léopold, qui a tué 10 millions de Congolais, sont minimisés. De plus, il a été décoré́ de l'Ordre de la Jarretière en 1916, huit ans après avoir été contraint de céder le pays au gouvernement belge...
Les Nations Unies avaient consacré les années 2015-2024 comme décennie des personnes d’ascendance africaine (Résolution de l’assemblée générale des Nations Unies A/RES/68/237) victimes de toutes les formes d’esclavage et de la colonisation. Elles continuent cependant de subir une exclusion sans précèdent de toutes les sphères de la vie économique, politique, sociale et culturelle.
« Reconnaissance, justice et développement », cette déclaration constitue la première plateforme pour aborder cette question cruciale des droits de l'homme, qui touche au moins 16 % de la population mondiale si l'on considère uniquement les Africains vivant en Afrique.
Même l’aide au développement au continent n’est pas fournie aux propres conditions africaines. Il existe une pléthore de projets mal planifiés dans lesquels des ploutocrates souvent instrumentalisés de la communauté se voient sciemment confier la responsabilité́ de développer des projets d'infrastructures complexes, ce qui entrainé des conséquences désastreuses dont la communauté́ locale est blâmée. La plupart des aides seront assorties de réserves quant à l'origine de l'équipement et à la personne qui dirige la gestion du projet – avec de grandes disparités de revenus entre les expatriés et les locaux. Il n’est pas rare de voir un chef de projet embaucher des « oui-oui » au profit de personnes compétentes qui dénonceront les mauvaises décisions. Le pire, c’est lorsque « l’aide » se présente sous la forme d’un prêt dépensé par les pouvoirs en place mais payé par les populations locales qui n’ont pas eu leur mot à dire sur ce qui les attend.
Les Africains de la diaspora cachent leur fierté africaine chez eux, craignant d’afficher leur culture par peur des moqueries et de l’exclusion. Il est donc d’autant plus poignant de retrouver certaines traditions persistantes chez les Africains qui ont été expulsés de force de leur pays d’origine il y a des siècles.
L’Afrique est confrontée à une multitude de défis dont les conséquences se répercutent sur la diaspora africaine – y compris sur les descendants des esclaves capturés de force.
L'Afrique souffre d'une multitude de problèmes, dont les résultats se reflètent dans la diaspora africaine. La corruption et la mauvaise gestion, qui ne sont pas propres à l'Afrique, sont présentées comme des exemples de l'incompétence africaine. Ainsi, alors que le pétrole a apporté́ le développement et la richesse au Moyen- Orient, il a entrainé́ la violence et la dégradation de l'environnement là où il a été trouvé en Afrique. Peu d'attention est accordée au fait que la structure de direction en Afrique a été héritée des colonialistes qui ont monté les tribus les unes contre les autres pour prendre le contrôle, contrairement au Moyen-Orient, qui n'a jamais été colonisé de la même manière que l'Asie et l'Afrique. Si les puissances coloniales ont cédé́ leur souveraineté́ aux pays africains, on ne parle guère du fait qu'elles ont utilisé leur secteur privé pour garder le contrôle d'actifs et de ressources clés en Afrique, même si elles prétendent que les gouvernements africains ont le choix de leurs partenaires commerciaux.
La Résolution 75/314 des Nations Unies dans laquelle il a créé une instance permanente de consultation offre à la communauté́ africaine une occasion unique qui, si elle est exploitée efficacement, changera la donne pour les personnes d'ascendance africaine en Afrique et dans la diaspora. Il est impératif que de véritables représentants soient réunis pour relever tous les défis, de manière objective et tournée vers l'avenir. Ce qui a été fait ne peut être défait, mais un présent positif construira un avenir positif.
Il serait naïf de penser que la discrimination se limite au domaine interracial. La discrimination en elle-même est nuancée et sa forme change en fonction de la situation géographique, du développement socio-économique et de divers autres facteurs. La discrimination est un sujet sensible qui peut facilement dérailler. Il est donc impératif que le déballage soit facilité d'une manière objective et tournée vers l'avenir, avec le principe de base « d'abord, ne pas nuire ». En 2050, la population d’ascendance africaine pourrait atteindre environ 2,8, a 3 milliards de personnes, ce qui représenterait un tiers de la population mondiale. Aucun peuple d’ascendance africaine souverain soit-il, ne peut se développer de manière isolée en dehors d’un mouvement d’ensemble de construction d’une conscience collective.
Restaurer la fierté́ des peuples d’ascendance africaine
Les trois objectifs principaux sont les suivants
Établir une plateforme où les personnes d'ascendance africaine prennent l'initiative d'engager les partenaires et les parties prenantes à aborder les questions de discrimination de manière positive et constructive (Outsiders).
Créer un réseau solide où les personnes d'ascendance africaine, en particulier les jeunes hommes et femmes, peuvent partager des informations et échanger des idées et des expériences, apprendre les uns des autres et aborder les questions africaines d'un point de vue africain. (Initiés)
Rassembler, traiter et diffuser les communications d'Afrique positive.
En Afrique, les gens sont « divisés » selon de nombreux critères : le pays, la tribu, le village, la religion, l'âge, le sexe, les facteurs ruraux/urbains et socio-économiques, pour ne citer que les plus évidents. Toutes les données mondiales et universitaires collectées en Afrique et sur l’Afrique sont conservées et traitées en dehors du continent. Ce coffre-fort inestimable devra être exploité pour changer le discours négatif et construire la fierté́ africaine sur la base de faits et de réalités prouvés.
L’avenir de l’Afrique, pour sa nécessaire croissance, passe par la reconnaissance de sa légitimité́, avec la puissance de sa créativité́, son authentique originalité́ culturelle, et sa juste place dans le monde et son indispensable respect dans ses institutions exigent une impérieuse mobilisation et une rigoureuse implication de toutes ses forces populaires et dirigeantes afin de marquer, non seulement son histoire, mais aussi et surtout son identité spécifique et son rôle majeur dans l’esprit des autres continents. L’Afrique ne doit plus espérer ou recueillir d’eux un regard compatissant, mais exiger des actes pérennes et honorables, empreints de considération équitable et de droiture réciproque.
L'EXCISION EN RECUL
Dans la région de Kédougou, où la tradition semblait immuable, d'anciennes exciseuses deviennent désormais les gardiennes de ce changement. Une transformation qui redonne espoir dans un pays où 25% des femmes sont encore victimes de ces mutilations
(SenePlus) - D'après Le Monde, une révolution silencieuse s'opère dans le sud-est du Sénégal, où des dizaines de villages renoncent officiellement à la pratique de l'excision, pourtant profondément ancrée dans les traditions locales. Cette avancée significative, qui s'est concrétisée en 2024, est le fruit d'un travail de terrain acharné mené par des militants dévoués à la cause.
Dans la région de Kédougou, où le taux d'excision atteint le chiffre alarmant de 91%, le village de Dakatéli illustre parfaitement les défis de cette lutte. Comme le rapporte Le Monde, "toutes les femmes sont mutilées" dans cette commune de 5000 habitants, selon les mots de l'ancienne exciseuse Bineta Kanté Diallo. Cette réalité persiste malgré une loi de 1999 qui rend la pratique passible de six mois à cinq ans d'emprisonnement.
L'Organisation mondiale de la santé distingue trois types d'excision, allant de l'ablation partielle du clitoris à l'infibulation complète. Les conséquences sont dévastatrices, comme l'explique Youssouf Sène, infirmier-chef dans le village voisin de Kévoye : "C'est une pratique aux conséquences irrémédiables". Il souligne notamment que "l'excision est pratiquée avec des objets souillés sans stérilisation ni désinfectant, avec la même lame pour plusieurs femmes", augmentant considérablement les risques d'infection par le VIH.
Le changement s'est amorcé en 2023 avec la signature de la déclaration d'Ethiolo par cinquante et un villages du département de Salémata. En 2024, vingt et une autres localités ont suivi le mouvement, portant à 16 000 le nombre d'habitants sensibilisés, selon Hervé Bangar, coordinateur de projets dans la région de Kédougou pour l'ONG Tostan.
Cette évolution est particulièrement significative dans une zone où cohabitent quatre communautés - Bassaris, Bédiks, Peuls et Coniaguis - et où la pratique était justifiée par des interprétations erronées des textes religieux. Le processus de sensibilisation, qui s'étend sur trois ans, vise à obtenir "l'abandon de la pratique par conviction, plutôt que par injonction", comme le souligne Hervé Bangar.
Les premiers résultats sont encourageants. Edith Kema Boubane, une "facilitatrice" de 26 ans formée par l'ONG Tostan, témoigne : "Grâce à notre combat, [ma fille] a été épargnée." L'infirmier Youssouf Sène confirme observer moins de cas d'hémorragie causés par des excisions récentes.
Cependant, comme le rappelle Hervé Bangar dans Le Monde, le combat est loin d'être terminé : "Il ne suffit pas de sensibiliser une fois, une exciseuse, ni un village, ni deux, ni même dix. Il faut aller toujours plus loin, y compris de l'autre côté de la frontière guinéenne, très poreuse." Cette mise en garde prend tout son sens quand on sait que la Guinée voisine affiche un taux d'excision de 95% chez les femmes de 15 à 49 ans, selon l'Unicef.
PASTEF ET LES RELIGIEUX, UN MALAISE PERSISTANT
Des tensions avec les salafistes aux frictions avec l'Église catholique, en passant par les désaccords avec la communauté mouride, le parti peine à gérer ses relations avec les différentes sensibilités religieuses
Depuis son accession au pouvoir, le parti PASTEF (Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité) fait face à des défis complexes dans ses relations avec certaines communautés religieuses du pays. Les récents propos tenus par le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Birame Soulèye Diop, lors de la cérémonie officielle du Gamou de Fass-Diacksao, ont ravivé les tensions entre le parti au pouvoir et une frange de la société sénégalaise, notamment les salafistes. Ces déclarations, jugées désobligeantes, ont suscité une vague de réactions et expose les fractures entre le parti au pouvoir et les familles religieuses, autrefois perçues comme des alliées potentielles.
Lors de cette cérémonie religieuse, le ministre Birame Soulèye Diop a tenu des propos qui ont choqué une partie de l’assistance et, au-delà, une communauté religieuse entière. Interrogé sur la possibilité que des figures politiques de premier plan, comme Ousmane Sonko ou le Premier ministre, puissent se convertir au salafisme, le ministre a répondu avec une fermeté qui a été perçue comme une attaque directe contre cette mouvance islamique.
« Comment une personnalité de cette trempe (Ousmane Sonko) pourrait-elle se convertir en salafiste ? Comment le Premier ministre, un petit-fils de Mame Rawane Ngom et un descendant direct d'El Hadj Ahmadou Ndiéguene, pourrait-il se permettre de devenir salafiste ? Un salafiste ne saurait être issu de cette famille religieuse (...). Aucun patriote n’est salafiste », a déclaré Birame Soulèye Diop, suscitant une onde de choc dans les rangs des salafistes et au-delà.
Ces mots, perçus comme une stigmatisation d’une communauté religieuse, ont immédiatement provoqué des réactions vives. Alioune Badara Mbengue, professeur de lettres, imam à la mosquée de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et auteur du livre Salafisme et Convictions, a été l’un des premiers à répondre avec véhémence. Dans une publication intitulée RESPECT AUX SALAFISTES !, il a dénoncé ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique des divergences religieuses.
Une réponse cinglante de la communauté salafiste
Alioune Badara Mbengue n’a pas mâché ses mots. Il a rappelé que les salafistes, loin d’être des ennemis de la nation, sont des citoyens engagés, respectueux des lois et soucieux du bien commun. « Monsieur le Ministre ignore peut-être que des salafistes ont soutenu son candidat et ont voté pour lui. Non pas parce qu’il est salafiste ou non, ou parce qu’il entend "salafiser" les Sénégalais, loin s’en faut, c’est tout simplement parce qu’ils ont découvert qu’ils se retrouvent dans pas mal de qualités incarnées par PASTEF et ses leaders, telles que : le patriotisme, le don de soi, la responsabilité, l’équité, l’insubordination aux lobbies et systèmes mafieux... », a-t-il écrit.
L’imam a également souligné que ces propos rappellent les pratiques de l’ancien régime, accusé d’avoir souvent instrumentalisé les différences religieuses pour diviser les communautés. « Il fait partie de ce qui était reproché au régime passé, son immixtion dans le champ religieux pour diviser les communautés et mettre les unes contre les autres », a-t-il ajouté, appelant à plus de retenue et de respect de la part des responsables politiques.
Dr Mouhamed Lo, une autre figure respectée de la communauté salafiste, a également réagi dans un enregistrement audio de cinq minutes. Il a appelé à la neutralité des responsables politiques et à l’évitement des querelles religieuses et ethniques. « C’est une insulte envers les salafistes et un manque de respect notoire », a-t-il déclaré, tout en rappelant que les autorités doivent éviter de tenir des propos qui pourraient enflammer les tensions.
Baye Ndiaye, résident à Tivaouane Peul et militant engagé de Pastef, exprime son désaccord avec les propos tenus par Biram Souleye. Selon lui, ce dernier s'est trompé en raison d'une certaine diabolisation des salafistes, qu'il associe à tort à une opposition systématique aux confréries religieuses. Baye Ndiaye souligne que Biram Souleye méconnaît l'origine et la réalité du salafisme, précisant que de nombreux salafistes sont en réalité des soutiens d'Ousmane Sonko et ont voté pour lui lors des élections.
Il estime que l'intention de l’ex maire de Thiés n'était pas de nuire, mais que ses propos ont été formulés de manière naïve, révélant un problème de communication. Baye Ndiaye rappelle par ailleurs le rôle clé joué par Dr. Ahmad Lo dans l'apaisement des tensions entre Ousmane Sonko et le régime de Macky Sall, lors de la période préélectorale.
De même, Imam Al Amine Dramé, proche de Pastef, partage cette préoccupation et considère la sortie de Biram Souleye comme une erreur stratégique. Selon lui, ces propos maladroits pourraient nuire aux relations diplomatiques, notamment dans un contexte où un grand imam d'Arabie Saoudite est attendu prochainement au Sénégal. Ce dignitaire religieux est censé diriger une prière à la Grande Mosquée, un événement symbolique qui renforce les liens entre les deux pays.
Imam Dramé craint que les déclarations de l’ancien président du groupe parlementaire, perçues comme polémiques, ne créent des tensions inutiles et n'affectent la sérénité de cette visite importante. Il insiste sur la nécessité de mesurer les conséquences de telles prises de parole, surtout dans un environnement religieux et politique aussi sensible.
Une relation complexe avec les confréries religieuses
Les tensions entre PASTEF et les communautés religieuses ne se limitent pas aux salafistes. En septembre 2024, Cheikh Oumar Diagne, ancien Directeur des moyens de la présidence, avait déjà suscité la polémique en critiquant les écrits de Serigne Touba, fondateur de la confrérie mouride. Ses propos avaient provoqué une onde de choc à Touba, capitale relligieuse du mouridisme, et un collège de 28 petits-fils du Cheikh avait produit un réquisitoire pour dénoncer ces attaques.
« Jamais depuis l’indépendance, un acteur politique ou public n’a affirmé sa haine et son hostilité envers toute la communauté, à commencer par ses leaders religieux comme l’a fait Cheikh Omar Diagne à visage découvert et si clairement », ont-ils écrit, appelant les tenants du pouvoir à réagir. Une marche de protestation avait même été planifiée, avant d’être interdite par le préfet de Dakar.
Ces incidents ont remis en cause les difficultés de PASTEF à gérer ses relations avec certaines confréries religieuses, pourtant influentes dans le paysage politique sénégalais. Le refus de prise en charge des hôtes du Magal de Touba (septembre 2024), un événement religieux majeur pour les mourides, avait déjà été à l’origine de la première discorde entre le parti au pouvoir et cette confrérie.
Voile à l’école : le choc entre Sonko et l’église catholique
Les clivages dépassent les communautés musulmanes. En aout 2024, Ousmane Sonko avait déclenché une polémique en s’en prenant aux écoles catholiques qui interdisent le port du voile. « Certaines choses ne peuvent plus être tolérées dans ce pays. En Europe, ils nous parlent constamment de leur modèle de vie et de style, mais cela leur appartient. Au Sénégal, nous ne permettrons plus à certaines écoles d’interdire le port du voile », avait-il déclaré, promettant des mesures strictes contre les établissements qui enfreindraient cette directive.
La réaction de l’Église catholique ne s’était pas fait attendre. L’Abbé André Latyr Ndiaye, une figure respectée du clergé, a répondu par une lettre ouverte en défendant la position des écoles privées catholiques, tout en rappelant leur engagement envers le respect et la paix. « L’école catholique, imprégnée de ces valeurs, n’a aucune raison de craindre le voile, un symbole religieux également ancré dans l’histoire chrétienne », avait-il écrit, citant les écrits de saint Paul aux Corinthiens.
Ces tensions successives posent la question de la stratégie de PASTEF vis-à-vis des communautés religieuses, qui constituent pourtant une base électorale importante. Avant l’accession au pouvoir, les relations entre le parti et les salafistes étaient au beau fixe. « Ils entretenaient de bons rapports et constituent une base électorale importante pour eux », confie Baye Ndiaye.
Cependant, les récents incidents peuvent fragiliser cette alliance. Les salafistes, qui avaient soutenu PASTEF lorsqu’il était dans l’opposition pour ses valeurs de patriotisme et de lutte contre la corruption, se sentent aujourd’hui trahis par des propos qu’ils jugent stigmatisants. « Nous pensions finir, depuis l’avènement de ce nouveau régime, d’entendre de tels propos désobligeants et qui font souffrir. Hélas... ! », déplore Alioune Badara Mbengue.
Ces récentes polémiques pointent ainsi les défis auxquels PASTEF est confronté dans sa gestion des relations avec les communautés religieuses. Alors que le parti s’est construit sur une dénonciation des injustices et des stigmatisations, il semble aujourd’hui tomber dans les travers qu’il dénonçait hier. « Gouverner, c’est rassembler et non diviser », rappelle un observateur politique.
Ousmane Sonko lui-même, lors de la campagne de dénigrement dont il a été victime, a su répondre avec mesure sans jamais heurter une communauté. Il est donc d’autant plus troublant de voir des membres de son gouvernement tenir des propos qui risquent de creuser un fossé entre PASTEF et des segments importants de la société sénégalaise.
Dans un pays où le religieux et le politique sont intimement liés, la gestion des relations avec les communautés religieuses est un devoir pour le parti au pouvoir. Pour éviter de se couper d’une partie de sa base électorale, PASTEF devra faire preuve de plus de retenue et de respect envers toutes les sensibilités religieuses. Car, comme le rappelle Alioune Badara Mbengue, « un patriote peut être salafiste, mouride, catholique ou autre. Ce qui compte, c’est son engagement envers la nation. »
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LES CONFIDENCES DE YOUSSOU N'DOUR
La star internationale de la musique sénégalaise livre un témoignage explosif sur ses relations avec le pouvoir. Entre résistance et influence, il dévoile comment il a pesé sur le destin politique de son pays
Dans un entretien accordé au podcast "Oui Hustle", l'icône de la musique sénégalaise Youssou N'Dour a levé le voile sur ses relations complexes avec le pouvoir politique, révélant notamment son opposition frontale à l'ancien président Abdoulaye Wade.
L'artiste mondialement reconnu s'est exprimé sans détour sur son engagement politique, expliquant sa vision du rôle d'un artiste dans la société : "Un président, un ministre, c'est une personne qui partage le même pays. Le président a une force, mais vous aussi vous avez une force. L'avancement du pays dans votre domaine vous concerne aussi, même si vous n'êtes pas président ni ministre."
Cette conception l'a conduit à s'opposer fermement à la tentative de "monarchisation" du pouvoir sous Wade. "Je me suis battu contre la monarchisation du pouvoir du temps de Wade", affirme-t-il, expliquant que cette opposition l'a naturellement rapproché de Macky Sall, alors candidat à la présidence. "On était en phase sur ça, donc il a gagné, j'ai participé à le faire gagner", révèle l'artiste.
Youssou N'Dour rejette catégoriquement l'idée de rester en retrait des affaires publiques : "Je ne peux pas croiser les bras. Ma loyauté et ma reconnaissance par rapport à mon pays ne me le permettent pas." Cette position l'a amené à collaborer avec différents gouvernements, tout en maintenant son indépendance d'esprit et sa liberté de parole.
L'artiste appelle également à une redéfinition des relations entre la France et le Sénégal, critiquant le manque de clarté actuel : "La France gagnerait énormément à ce que ces relations soient beaucoup plus claires." Il plaide pour une meilleure utilisation du potentiel de la diaspora, qui selon lui "a cette chance de connaître les deux cultures."
Dans un contexte où le Sénégal devient producteur de gaz et de pétrole, Youssou N'Dour reste optimiste pour l'avenir du pays, soulignant l'importance de sa stabilité démocratique et de la liberté d'expression, tout en appelant à la vigilance sur la gestion de ces nouvelles ressources.
CI LA ÑU BOKK S'INDIGNE
Le Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes, monte au créneau pour défendre les militantes convoquées à la Brigade des mœurs. Il fustige la montée des conservatismes
Dans un communiqué parvenu à notre rédaction, le Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes appelle à briser l'omerta sur les violences faites aux femmes au Sénégal. L'organisation, connue sous le nom "Ci la ñu bokk", dénonce la convocation de militantes à la Brigade des mœurs comme une tentative d'intimidation inacceptable. Elle met en lumière le paradoxe d'une société qui s'offusque davantage des manifestations contre les violences que des violences elles-mêmes.
"Nous, Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes, venons apporter notre soutien effectif aux sœurs militantes suite à leur convocation à la Brigade des mœurs, le 22 janvier 2025, pour avoir décidé de manifester leur indignation contre les violences faites aux femmes.
Nous relevons que la perspective d’opter pour une forme d’indignation est la préoccupation majeure des « gardiens auto-proclamés de la vertu » muets sur les viols et autres violences perpétrées quotidiennement sur les femmes et les enfants. Cela en dit long sur la légitimation sociale de celles-ci !
Comment rester silencieuses sur le cas d’une petite fille de 9 ans tombée enceinte après avoir été violée par son maître coranique, sur une fillette de 12 ans violentée puis tuée misérablement dans une salle de douche, sur le cas d’une jeune tétraplégique tombée enceinte après avoir été violée, sur tous ces autres cas de violences sexuelles ou de viol commis sur des femmes et des mineur.e.s, des crimes récurents par centaine chaque année au Sénégal ?
Pourquoi s’acharner sur des voix féministes refusant l’omerta qui laisse les victimes à leur sort ?
Pourquoi contribuer à faire de notre société une communauté non humaine ?
Et nous dénonçons, au-delà de cette convocation, le rétrécissement de l’espace d’expression publique des femmes et la montée des conservatismes tendant à réduire leur droit de manifester et de se faire entendre dans la défense des causes qu’elles portent.
Le Cadre de Concertation se déclare solidaire de la lutte de toutes les femmes et des hommes pour la préservation des droits humains des femmes et des enfants ainsi que le respect de leur dignité, lutte qui intègre des activités de contestation dans l’espace public en toute liberté."
par Abdoul Aziz Diop
LES GRANDES VICTOIRES RÉPUBLICAINES DU PROFESSEUR DIÈYE
EXCLUSIF SENEPLUS - Il est celui dont les éclairages juridiques ont rendu d’indépassables services à l’ensemble du corps social auquel il a appartenu jusqu’à son plus qu’inattendu dernier souffle
Qui est mieux placé que ses anciens étudiants pour parler du Professeur Abdoulaye Dièye ? En voici un - Amadou Ba -, croisé sur le réseau social et professionnel LinkedIn, dont le témoignage sur l’exemplarité de l’universitaire se passe de commentaire : « Le Professeur Abdoulaye Dieye a guidé nos premiers pas à la Faculté de droit de Dakar. Ses enseignements en système politique sénégalais, en droit administratif, droit constitutionnel et droit foncier ont toujours orienté le pédagogue dans une dimension compréhensible de l’étude du droit public. Il fut un excellent pédagogue doté d’une courtoisie exemplaire et d’une humilité débordante envers les étudiants de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP). »
Que dire d’autre ? Rien ou presque ? Oh, que si ! Le Professeur Abdoulaye Dièye était l’un des principaux interlocuteurs des journalistes qui veulent informer juste et vrai, des hommes et femmes politiques intègres, des activistes bien inspirés, des organisations de la société civile, du citoyen abusé ou désabusé et j’en oublie. Tout cela, en un seul homme, interpelle les intellectuels. Mais qui sont-ils, les intellectuels ? Celui de Sirinelli et Ory « ne se définit pas par ce qu’il est, mais par ce qu’il fait ». Il « est quelqu’un qui se caractérise par son intervention sur le terrain du politique en tant qu’il met en débat les affaires de la cité ». « L’écart entre [les] promesses des penseurs de métier et la situation des hommes est plus scandaleux qu’il ne fut jamais », écrivait Paul Nizan. Le résultat est le même lorsque, de l’avis de Pierre Bourdieu, « la pensée critique [se réfugie] dans le "petit monde" académique, où elle s’enchante elle-même d’elle-même, sans être en mesure d’inquiéter qui que ce soit en quoi que ce soit ». C’est qu’« une théorie doit servir…», disait Gilles Deleuze. « Je n’essaie pas de protéger ma vie après coup par ma philosophie, ce qui est salaud, ni de conformer ma vie à ma philosophie, ce qui est pédantesque, mais vraiment, vie et philo ne font plus qu’un », expliquait, pour sa part, Jean-Paul Sartre. Et depuis que « la politique est partout », « (...) l’intellectuel, au sens où (…) l’entend Edward Said, est (…) quelqu’un qui refuse quel qu’en soit le prix (…) les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir (…). Non pas seulement qui, passivement, les refuse, mais qui, activement, s’engage à le dire en public ». L’intellectuel de Cheikh Anta Diop enfin serait celui dont « la qualité essentielle du langage authentiquement révolutionnaire est la clarté démonstrative fondée sur l'objectivité des faits ». À la fois intellectuel de Sirinelli et Ory, Nizan, Bourdieu, Deleuze, Sartre, Said et du grand parrain de son université, le Professeur Abdoulaye Dièye est celui dont les éclairages juridiques ont rendu d’indépassables services à l’ensemble du corps social auquel il a appartenu jusqu’à son plus qu’inattendu dernier souffle.
La science victorieuse de Dièye
Les nombreuses victoires, toutes républicaines, du Professeur Abdoulaye Dièye, sont avant tout celles du citoyen dont la présence, dans les assemblées indignées, rassurait et dépassionnait les débats sans rien enlever à leur gravité. Et puisqu’elles sont nombreuses les victoires, qu’il me soit permis de partager ici l’une d’elles, celle dont j’ai toujours entre les mains les dits et non-dits on ne peut plus convaincants hier, aujourd’hui et encore demain.
Le 23 août 2011, le Mouvement du 23 juin (M23) organise un forum à l’hôtel Ngor Diarama à Dakar sous le thème révélateur : « Pourquoi le président sortant Abdoulaye Wade ne peut pas être candidat à sa propre succession à l’élection présidentielle sénégalaise du 26 février 2012. » Des constitutionnalistes (d’abord au nombre de cinq) répondirent unanimement et sans équivoque aux deux questions cruciales que les Sénégalais se posaient :
« Le président de la République sortant Abdoulaye Wade peut-il constitutionnellement briguer un nouveau mandat (troisième du genre) ? »
« Le Conseil constitutionnel est-il compétent pour se prononcer sur la recevabilité ou non de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade ? »
S’agissant de la première question, il ressort de l’intervention des juristes qui ont participé au forum qu’aussi bien l’esprit que la lettre de la Constitution de 2001, interdisaient au président de la République sortant de briguer un nouveau mandat en 2012. L’esprit a été confirmé par le président de la République lui-même qui en 2007, en réponse à une question d’un journaliste de RFI (Christophe Boisbouvier) à l’occasion d’une conférence, a affirmé avoir « bloqué le nombre de mandat à deux ». S’agissant de la lettre, il est important de noter que l’intervention du pouvoir constituant originaire a pour effet de substituer un ordre constitutionnel à un autre. Il est ainsi question d’application immédiate. Sur cette base, le président élu en 2000 sous l’empire de la Constitution de 1963 pour un mandat de 7 ans allait se voir appliquer le principe de la durée de 5 ans en vigueur de la Constitution de 2001. C’est pour lui permettre de faire ses 7 ans que les dispositions transitoires de l’article 104 ont été prévues. L’article 104 n’est donc pas superfétatoire. Il vient apporter une dérogation au principe de l’application immédiate en précisant que le président de la République en fonction poursuit son mandat jusqu'à son terme. Toutes les autres dispositions de la présente Constitution lui sont applicables. Dérogation est ainsi apportée au principe de la durée seulement. Ce qui revient à dire que l’alinéa 2 de l’article 27 qui limite le nombre de renouvellements du mandat à un lui est applicable dès 2007. Le premier mandat a été consommé en 2007, le second le sera en 2012. Un troisième mandat est impossible
Concernant la deuxième question, il faut bien admettre qu’aux termes de l’article 2 de la loi organique n° 92-23 du 30 mai 1992, le Conseil constitutionnel reçoit, conformément aux dispositions des articles 24, 25, 28, 29, 31 et 35 de la Constitution les candidatures à la Présidence de la République. Il arrête la liste des candidats, statue sur les contestations relatives aux élections du président de la République et des députés de l’Assemblée nationale et en proclame les résultats.
Nulle trace de l’article 27. Sur ces bases certains estiment que le juge n’a pas à se prononcer sur la question de la recevabilité de la candidature du Président sortant. Il n’apprécierait la validité d’une candidature qu’au regard des seules dispositions des articles 28 et 29 de la Constitution et LO 112 du code électoral, qui prévoient que le candidat doit avoir exclusivement la nationalité sénégalaise, jouir de ses droits civils et politiques, être âgé de 35 ans au moins le jour du scrutin, savoir écrire, lire et parler couramment la langue officielle, être en règle avec la législation fiscale, se conformer à l’article 4 de la Constitution, avoir déposé le cautionnement, être présenté par un parti politique ou une coalition de partis politiques légalement constituée ou être accompagné de la signature d’un certain nombre d’électeurs s’il s’agit d’un candidat indépendant.
- D’abord le texte sur le Conseil constitutionnel date de 1992 période pendant laquelle les dispositions de l’article 27 n’existaient pas. Le travail d’actualisation qui aurait dû être fait ne l’a pas été.
- Ensuite l’article LO 116 du code électoral dispose : « pour s’assurer de la validité des candidatures déposées et du consentement des candidats, le Conseil constitutionnel fait procéder à toute vérification qu’il juge utile. » On le voit bien, la marge d’appréciation du Conseil ne fait l’objet d’aucune limitation. Celui-ci peut donc examiner la validité des candidatures au regard du code électoral et de toutes les dispositions pertinentes de la Constitution, les articles 27 et 104 y compris
- Enfin, même si (hypothèse d’école) le juge constitutionnel se déclarait incompétent, que fera-t-il quand un candidat se fondant sur l’article LO 118, lui fait parvenir une réclamation sur l’inscription d’une autre candidature ? La loi prévoit qu’il doit statuer sans délai. Ce ne sera certainement pas pour répéter qu’il est incompétent. »
Le 13 octobre 2011, la messe et la prêche, auxquelles le M23, regroupant plus de 149 organisations de la société civile, des partis politiques, des mouvements citoyens et des personnalités indépendantes, était suspendu, avaient alors été dites et bien dites grâce notamment au Professeur Abdoulaye Dièye. Connu pour son bel esprit d’équipe, Dièye associa sa voix à celle du quintuor dont les quatre autres membres étaient les constitutionnalistes Babacar Guèye, Mounirou Sy, Ameth Ndiaye et Me Doudou Ndoye, Avocat, juriste (…).
Les professeurs de droit des Universités Demba Sy, El Hadj Mbodj et Ababacar Guèye livrèrent, à d’autres occasions, les mêmes conclusions.
Telle fut la méthode qui consacra la « Révolution », c’est-à-dire la conjonction entre la contestation et une grande idée, celle de défense de l’ordre constitutionnel pour l’égale soumission de tous à la loi fondamentale. En communiquant de la sorte, le Mouvement du 23 juin enclenchait la phase révolutionnaire de la protestation qui ne s’arrêta qu’après la victoire républicaine à laquelle le nom du Professeur Dièye ne peut être dissocié.
Plus personne n’ignore la suite dont l’un des points culminants est la formation de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI) dont Dièye fut le rapporteur et le défenseur infatigable. Les candidats à l’élection présidentielle du 24 mars 2024 sauf un, Mahammed Boun Abdallah Dionne (Paix à son âme), - le président Diomaye compris -, signataires des conclusions de la CNRI, saluent aujourd’hui la vie et l’œuvre du Professeur Dièye.
De l’homme politique notoire Madior Diouf qui nous quitta, il y a seulement quelques jours sans nous avoir auparavant appelés à son chevet, je rappelais dans un court post les considérables contributions éthique, intellectuelle et politique. Aux professeurs Diouf et Dièye, partis là-haut presque en même temps, la merveilleuse récompense réservée aux justes est sans l’ombre d’un doute la meilleure consolation pour les familles, les collègues, les étudiants, les amis et le peuple dont ils sont issus.
Abdoul Aziz Diop est ancien porte-parole du M23, ancien président de la commission communication dudit mouvement et co-rédacteur de l’ouvrage collectif « M23 : Chronique d’une révolution citoyenne » (Les Éditions De La Brousse, Dakar, 2014).
par Elimane H. Kane
ABDOULAYE DIÈYE, UN REPÈRE DE VALEURS TIRE SA RÉVÉRENCE
Nous venons de perdre un membre éminent de notre nation dont l’ampleur de sa contribution intellectielle et professionnelle est restée invisible car il ne s’est jamais préoccupé de la visibilité de sa propre personne
Abdoulaye Dieye qui vient de nous quitter est un homme d’une dimension rare. Un intellectuel rigoureux, spécialiste incontournable et inébranlable dans son domaine, mais surtout un adepte de la justice cognitive et militant engagé pour la République démocratique.
Je l’ai connu affable, humble et bienveillant et j’ai appris à travers les témoignages de ses parents, collègues et proches qu’il était un époux, un père et un camarade attentionné, solidaire avec un sens élevé de la famille et de la corporation.
J’ai découvert le jeune docteur en droit à un moment particulier de double opacité : un changement de siècle et une première alternance démocratique intervenue au Sénégal. Entre 1999 et 2000, alors jeune étudiant et militant du Forum civil, nous étions engagés dans l’organisation des débats publics sur l’élection présidentielle de février-mars 2000 et ensuite sur le projet de référendum proposé par Abdoulaye Wade en janvier 2021.
Pendant les joutes intellectuelles entre juristes et politistes qui avaient polarisé les débats de l’époque, j’ai été particulièrement fasciné par les positions justes et simples brillamment exposées par ce juriste hors du commun. Mes schèmes d’analyse sociologiques me rapprochaient davantage de ses positions, tellement il avait une ouverture d’esprit et une sensibilité aux réalités pratiques et dynamiques sociales, en sortant du cadre dogmatique et réactionnaire « des standards internationaux ». Pour lui, le peuple compte avant le prince.
Ce monsieur me parlait et j’ai cherché à mieux le connaître. Ce qui fut faciliter par notre engagement commun au Forum civil pendant plusieurs années, et aussi dans d’autres cadres comme les Assises nationales et dernièrement dans une large coalition d’OSC pour porter le Pacte National de Bonne Gouvernance proposé aux candidats de l’élection présidentielle de 2024.
Prof comme beaucoup l’appelait, était devenu mon consultant particulier sur les questions constitutionnelles et foncières. Nous avons eu beaucoup de débats numériques et en présentiel sur différents sujets. Son texte portant avant-projet de Constitution tiré des conclusions des Assises et affiné dans le cadre des livrables de la CNRI est un chef-d’œuvre qui mérite d’être considéré comme un document de référence par les autorités actuelles pour accomplir le travail de refondation.
Au moment où il refusait beaucoup de sollicitations et même de se prononcer publiquement sur certaines questions (il était dépité par l’absence d’actes conséquents des décideurs et la versatilité de certains de ses collègues par rapport aux conclusions des commissions de réformes sur les institutions et le foncier , il me consacrait de son temps pour des débats sur des questions importantes qui méritaient des éclairages. Il me fit même l’honneur de la confidence, lors du dernier débat que nous avons animé ensemble à la RTS pendant la soirée électorale des élections législatives dernières que désormais pour accepter une invitation à un débat, il doit s’assurer de la qualité des co-débatteurs et c’est parce que - il a tenu à le dire - c’était moi et le prof Sylla de l’UGB qu’il a donné son accord. Quelle marque sollicitude et de bienveillance !
Nous venons de perdre un membre éminent de notre nation dont l’ampleur de sa contribution intellectielle et professionnelle est restée invisible car il ne s’est jamais préoccupé de la visibilité de sa propre personne, encore moins des avantages et prestiges que pourtant son rang et sa dimension pouvaient lui permettre. Il a choisi de toujours rester humblement dans les rangs, comme un soldat de la patrie et de la vérité scientifique.
Que ton âme repose en paix, cher Abdoulaye et que le prestige et les honneurs cousent ton manteau dans les lieux les plus élevés du paradis.
Repose en paix à Saint-Louis que tu n’as jamais quitté, au service du savoir et de notre patrie.
PAR Aliou Gori Diouf
POUR UNE RECONSIDÉRATION DE L’APPROCHE DES ÉTUDES D’IMPACT ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL
Ces évaluations, qui devraient servir de garde-fou contre les dérives écologiques, se révèlent incapables de saisir la complexité des interactions entre activités humaines et écosystèmes sur le long terme
Les études d’impact environnemental et social, un outil d’évaluation aux perspectives limitées. Les études d’impact environnemental et social (EIES) sont souvent présentées comme des outils d’aide à la décision, permettant d’évaluer les effets potentiels d’un projet, y compris extractif, sur les écosystèmes et les populations. Elles abordent des aspects clés tels que la qualité de l’air, la pollution des sols, la dégradation des formations végétales, la disponibilité des ressources en eau, les impacts sur la faune et la biodiversité. Ces évaluations incluent des analyses qualitatives et quantitatives des impacts, mais sans une véritable mise en perspective à long terme.
Une vision trop limitée des impacts écologiques
L’une des principales failles des EIES est qu’elles ne prennent pas en compte la dynamique des écosystèmes sur le long terme. Lorsqu’elles identifient des impacts sur les ressources naturelles (eau, flore, faune, sols, micro-organismes), elles se contentent généralement de les quantifier et de les analyser dans le court terme sans intégrer leur impact sur les capacités de régénération des écosystèmes sur le
long terme. Or, toute pression anthropique sur un écosystème a des répercussions à court, moyen et long terme, sur la structure, sur le fonctionnement et sur les services écosystémiques (purification de l’eau, séquestration du carbone, régénération des sols, maintien de la biodiversité).
Ces dimensions fondamentales ne sont pas suffisamment approfondies dans les études actuelles dans une perspective long-termiste. Les analyses se limitent souvent à l’échelle temporelle du projet, en négligeant les transformations lentes et cumulatives qui continueront d’impacter les écosystèmes bien après la fin des activités des projets et qui pourraient les déstructurer et définitivement affecter leurs capacités à délivrer leurs services.
Une absence de prise en compte des coûts économiques et sociaux des dommages écologiques
Au-delà des impacts écologiques, les coûts économiques et financiers des dégradations écologiques sont rarement évalués dans les EIES. Or, la perte de biodiversité, la pollution des ressources en eau, la destruction des sols productifs et la déforestation ont des conséquences économiques directes et indirectes, qui se manifestent souvent sur le moyen et long terme par entre autres la réduction de la productivité agricole et des ressources halieutiques, la contamination des ressources en eau entraînant la multiplication des risques sanitaires et des plus tard l’augmentation des coûts de traitement de l’eau potable, l’exposition accrue aux risques climatiques et catastrophes naturelles, et enfin les coûts de restauration écologique extrêmement élevés.
De plus, les implications sociales sur le moyen et le long terme des dégradations écologiques sont rarement détaillées. La disparition des écosystèmes, et avec eux des ressources naturelles essentielles à la subsistance des populations locales conduirait ipso facto à, entre autres, un appauvrissement économique des communautés, des conflits sociaux liés à l’accès aux ressources, une migration forcée des populations affectées, une dégradation des conditions sanitaires due à la pollution et à la perte de services écosystémiques vitaux.
Ces aspects sont systématiquement sous-évalués ou écartés des rapports d’impact ainsi que le coût qu’exige leur correction.
Un besoin urgent de réformer l’approche des EIES
La manière dont les EIES sont conduites ne répond plus aux exigences du développement soutenable (durable). Il est incohérent de prétendre promouvoir un développement soutenable en se focalisant uniquement sur les impacts à court terme et en négligeant les effets écologiques, économiques et sociaux à moyen et long terme.
Il est donc essentiel de :
Repenser les méthodologies des EIES pour intégrer une analyse des impacts sur la résilience et la régénération des écosystèmes,
Inclure une comptabilité écologique et économique des dégradations environnementales dans l’évaluation des projets,
Exiger des études de suivi sur plusieurs décennies après l’arrêt des activités, afin de mesurer les impacts réels et leur évolution,
Mettre en place une obligation de compensation écologique renforcée, garantissant la restauration des écosystèmes dégradés.
Pour un alignement des études d’impact environnemental et social aux enjeux actuels et futurs. Donc, dans une perspective de la soutenabilité/durabilité, les EIES actuelles sont incomplètes, car elles n’intègrent pas les véritables coûts environnementaux, économiques et sociaux à long terme. Or, un projet qui génère des profits immédiats mais laisse derrière lui un passif écologique et social désastreux ne peut être considéré comme un projet de développement.
Si l’objectif est réellement de concilier croissance économique et préservation des systèmes écologiques pour les générations actuelles et futures, alors il devient impératif de réviser profondément la manière dont les impacts écologiques et sociaux sont évalués, anticipés et compensés. Sans cela, les EIES resteront un simple outil de validation administrative, et non un véritable levier de planification pour un avenir durable.
Dr Aliou Gori Diouf est géographe, spécialiste en environnement et changement climatique
Son parcours impressionnant, alliant expérience ministérielle et expertise à la BAD, illustre la tradition sénégalaise d'excellence dans les institutions internationales. Cependant, le chemin vers la présidence de la BAD s'annonce complexe
Amadou Hott, économiste, ancien ministre sénégalais de l’Economie, du plan et de la coopération et ancien vice-président de la Banque africaine de développement (Bad) en charge de l’énergie, du climat et de la croissance verte, est candidat pour la présidence de cette institution. Une candidature en droite ligne de ce qu’a été le Sénégal dans le monde : avant la découverte du pétrole et du gaz, la principale richesse de notre pays était la qualité de ses ressources humaines et de sa diplomatie. Le Sénégal ne compte pas sur l’échiquier mondial, il pèse.
En effet, d’illustres personnalités sénégalaises ont eu à diriger de grandes institutions africaines et mondiales ; ce qui a augmenté notre prestige. L’Unesco et la Fao ont été dirigées par Amadou Makhtar Mbow, de 1974 à 1987, et Jacques Diouf, d’août 1994 à fin juin 2011. Quant à Kéba Mbaye, il a été président du Tribunal arbitral du sport (Tas) et président de la Commission d’éthique du Comité international olympique (Cio). Et que dire de Lamine Diack, président de l’Iaaf de 1999 à 2011 ?
Plus récemment, nous avons, depuis mars 2021, Makhtar Diop, Directeur général de la Société financière internationale (Sfi), la branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée principalement au secteur privé dans les pays émergents. Auparavant, il était viceprésident de la Banque mondiale pour les infrastructures et vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique subsaharienne.
Ou encore Abdoulaye Diop, ancien ministre du Budget, nommé président de la Commission de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa). Abdoulaye Diop fut précédé à la présidence de la Commission de l’Uemoa par l’ancien Premier ministre Cheikh Hadjibou Soumaré et, à la création de cet organe communautaire, par Moussa Touré.
Sidi Ould Tah, actuel président de la Badea, pourrait faire la différence
C’est dire que la candidature de l’ancien ministre Amadou Hott, soutenue par le Sénégal, est une très bonne chose. D’ailleurs, le Sénégal mobilise un soutien régional et international pour son candidat dont les compétences et le leadership sont mis en avant pour diriger la Banque africaine de développement (Bad). «M. Amadou Hott, candidat du Sénégal à la présidence de la Banque africaine de développement, bénéficiera du soutien nécessaire», dira Yassine Fall, ministre de l’Intégration africaine et des affaires étrangères, lors de la cérémonie de lancement de la candidature de l’ancien ministre de l’Economie, du plan et de la coopération, en présence de plusieurs membres du gouvernement et d’autres personnalités sénégalaises, d’ambassadeurs au Sénégal de nombreux pays et de dirigeants du secteur privé. Pour Mme Fall, Hott est «un choix mûrement réfléchi et motivé par le parcours exceptionnel et les compétences remarquables de l’ancien ministre». C’est le «choix du président de la République, Son Excellence M. Bassirou Diomaye Faye». Mieux, «c’est une candidature très forte» qui «incarne parfaitement le leadership dont la banque a besoin». L’électrification, l’alimentation, l’industrialisation et l’amélioration de la qualité de vie des Africains sont les principaux défis que doit continuer à relever la Banque africaine de développement, selon Yassine Fall. Des «défis multiples» auxquels s’ajoutent l’urgence climatique, les crises sanitaires, la consommation numérique, la problématique des jeunes et l’autonomisation des femmes.
La Banque africaine de développement(Bad) va désigner, le 29 mai 2025 à Abidjan, le successeur du Nigérian Akinwumi Adesina. Le président de la Bad est élu par le Conseil des gouverneurs pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. Le président actuel a été élu le 28 mai 2015 et a commencé son premier mandat le 1er septembre 2015. Il a été réélu le 27 août 2020 et a entamé son second et dernier mandat le 1er septembre 2020.
La Sud-Africaine Bajabulile Swazi Tshabalala, Viceprésidente principale de la Bad, a démissionné de ses fonctions en octobre dernier en raison de sa candidature à la présidence de cette institution financière. Amadou Hott a également démissionné de ses fonctions d’Envoyé spécial du président de la Bad chargé de l’Alliance pour l’infrastructure verte enAfrique. Selon le magazine économique et financier «Financial Afrik», le Béninois Romuald Wadagni, le Tchadien Abbas Mahamat Tolli etle Zambien Samuel Maimbo sont également candidats.
Et la dernière candidature annoncée est celle du Mauritanien Sidi Ould Tah, actuel président de la Banque arabe pour le développement en Afrique (Badea). D’ailleurs, c’est une candidature qui pourrait faire la différence, car aucune candidature des pays d’Afrique du Nord ne se profile, alors qu’ils représentent plus de 20% des droits de vote. Mieux, Ould Tah est soutenu officiellement par le Président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, qui est un atout fort pour sa candidature. Le pays des Eléphants représente 3, 6% des votes et se trouve parmi les 20 pays qui ont le plus de pouvoir de vote.
Amorcer la rupture ou assurer la continuité ?
Pour cette élection, deux logiques s’affrontent : faire dans la continuité de l’action de Adesina (réélu en 2020, mais très controversé parce qu’accusé de népotisme, et ayant même fait l’objet d’une enquête). C’est dans ce camp que se situent Amadou Hott ou le Zambien Samuel Munzele Maimbo qui est vice-président de la Bad en charge du budget. Or, cette proximité avec l’actuel président Adesina pourrait, selon Jeune Afrique, «lui porter préjudice auprès des actionnaires non régionaux», même si elle ne semble pas affecter son image auprès des pays africains. En effet, est-ce de bon ton d’être perçu comme le continuateur de l’œuvre de quelqu’un dont le mandat a été jugé peu reluisant et fortement décrié par la Société civile africaine, qui lui reproche de trop miser sur l’investissement privé ?
Et de l’autre côté, il y a les partisans d’une rupture, comme le Tchadien Mahamat Abbas Tolli très soutenu par les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) et par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac). L’ancien Gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a réussi à fédérer toute l’Afrique centrale autour de sa candidature. D’ailleurs, le Cameroun a officiellement renoncé à présenter un candidat pour la présidence de la Bad, se rangeant derrière la candidature du Tchadien. En effet, dans l’impossibilité de départager ses deux prétendants potentiels, l’économiste Albert Zeufack, directeur pays de laBanque mondiale, et Marie-LaureAkin-Olugbade, actuelle vice-présidente de la Bad, Yaoundé a choisi de respecter son engagement régional en faveur de Abbas Tolli.
Enfin, Hott aura aussi à faire face à Samuel Munzele Maimbo, qui bénéficie déjà de soutiens conséquents. Jeune Afrique révèle que le Zambien, vice-président à la Banque mondiale, est soutenu par «près de la moitié des pays du continent» grâce aux appuis de la Communauté de développement d’Afrique australe (Sadc) et du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa). Il se dit que son passé de directeur de Cabinet de David Malpass, l’ex-président de la Banque mondiale proche de Donald Trump, pourrait également peser dans la balance, les Etats-Unis étant le deuxième actionnaire de la Bad avec 6, 5% de pouvoir de vote.
Obtenir la double majorité des actionnai- res africains et des actionnaires non afri- cains pour passer
Pour remporter cette élection stratégique, les règles sont précises : le futur président devra obtenir une double majorité.Il lui faudra convaincre à la fois les actionnaires africains, qui détiennent 60% des droits de vote, et les actionnaires non régionaux, principalement occidentaux, qui contrôlent les 40% restants. Côté africain, le Nigeria pèse très fortement avec presque 8, 6% des voix, derrière l’Egypte 6, 5% et l’Algérie qui pèse environ 5%, tout comme l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire représentant, elle, 3, 6%. Parmi les bailleurs non régionaux, on retrouve les Etats-Unis qui représentent 6, 5%, le Japon qui possède 5% des droits de vote, l’Allemagne qui a 4, 1% de l’actionnariat, la France n’étant pas dans les 10 premiers actionnaires de référence, avec seulement 3, 7% des droits de vote
C’est dire que cette élection s’annonce complexe et le jeu des alliances n’est pas pour l’heure favorable au candidat sénégalais. En effet, là où les institutions sousrégionales du Centre et du Sud de l’Afrique font bloc derrière le candidat issu de leurs rangs, Amadou Hott devra faire face au Mauritanien soutenu par Ouattara, le puissant parrain de la zone Cedeao.
L’autre argument qui ne milite pas en faveur du Sénégalais est le «principe de la rotation» dans les institutions régionales et/ou internationales. En effet, il est de bon ton, après 10 ans de gouvernance d’un ressortissant d’un pays de l’Afrique de l’Ouest, de se tourner vers d’autres régions africaines. Donc les pays membres de l’Afrique centrale ou australe vont forcément souhaiter que le poste soit pourvu par une personnalité hors de la région ouest-africaine.
«Gros calibre» a effectivement un gros morceau
Elire Amadou Hott est une tâche ardue, un défi immense. Toutefois, il est loisible de se demander si notre diplomatie, avec à sa tête la ministre «Gros calibre», est capable de fédérer les Africains et même les non-Africains à la candidature du Sénégalais. «Gros calibre» a effectivement un gros morceau pour prouver qu’elle est à la hauteur des ambitions diplomatiques du Sénégal ; même si beaucoup en doutent. En effet, le Sénégal, pays en «ruines» et «sans marges de manœuvre budgétaire et financière», est devenu un pays isolé et sans influence. Déjà, personne n’est en mesure de dire si nos voisins immédiats (Mali, Guinée, GuinéeBissau, Gambie) apporteront leur soutien à Hott. Comme dans le domaine de la communication, une bonne communication interne (diplomatie de bon voisinage) a des effets positifs sur la communication externe (conquête de l’Afrique et de la présidence de la Bad). Si une bonne diplomatie de voisinage existait dans nos rapports avec eux, ces mêmes voisins ne seraient pas les fossoyeurs de nos ambitions africaines. La visite du Premier ministre en Mauritanie, suivie de l’envoi d’un émissaire mauritanien auprès du président Diomaye, sonne comme un désaveu du voyage de Sonko. L’on se rappelle que l’actuel Premier ministre avait fustigé l’accord de partage de la production du champ gazier de Gta. Il trouvait que ledit accord était en défaveur du Sénégal et promettait d’y revenir une fois au pouvoir, non sans dire que «ceux qui parlent de rapport de bon voisinage sont des hypocrites».En janvier 2017, lors de l’élection du président de la Commission de l’Union africaine, le candidat sénégalais Abdoulaye Bathily n’avait même pas reçu le soutien des voisins. En tout cas, le Sénégal n’a même pas pu obtenir tous les votes des pays de la Cedeao.
De plus, le Sénégal pourrait-il battre le candidat soutenu par ADO et la Côte d’Ivoire qui pèse 16 mille milliards de budget pour 2025 avec une balance commerciale excédentaire, première producteur de cacao et deuxième en café ? Non sans oublier que Birame Soulèye Diop, actuel ministre de l’Energie, alors opposant, avait créé un incident diplomatique en accusant le Président Ouattara d’avoir fait assassiner son successeur désigné, Amadou Gon Coulibaly. Les populistes ne règlent pas les problèmes, ils en créent d’autres pour cacher leur incompétence.
MOUSSA BALA FOFANA DELIVRE UN PLAN POUR PIKINE
Le Ministre de l'Urbanisme, des Collectivités Territoriales et de l'Aménagement des Territoires a consacré sa deuxième journée de séjour à Saint-Louis à une descente sur le terrain pour visiter quelques chantiers dans le cadre du renouveau urbain
Le Ministre de l'Urbanisme, des Collectivités Territoriales et de l'Aménagement des Territoires a consacré sa deuxième journée de séjour à Saint-Louis à une descente sur le terrain pour visiter quelques chantiers dans le cadre du renouveau urbain Moussa Bala Fofana révèle que le quartier de Pikine va être une priorité dans le Programme National d'accès au logement et de rénovation urbaine.
Également, la restructuration de Pikine sera une priorité du point de vue des enjeux et du poids démographique, a promis le Ministre avant d'inviter tous les citoyens et l'ensemble des délégués et conseillers de quartier à se mobiliser autour de l'activité du "Sétal Suñu Réew" de ce samedi.
La journée d’hier, vendredi 31 janvier, a été consacrée au renouveau urbain à travers une visite de travail effectuée par le Ministre de l’Urbanisme, des Collectivités Territoriales et de l’Aménagement des Territoires, Moussa Bala Fofana accompagné d’une forte délégation de chefs de services.
« Quand on parle de renouveau urbain on parle à la fois de structuration urbaine mais aussi de rénovation urbaine. C’est dans le cadre du programme national d’accès au logement et au renouveau urbain. C’est un programme qui vise à aider les Sénégalais à avoir accès à au logement mais surtout aussi à un cadre de vie mais un cadre de vie qui répond à nos besoins et nos aspirations. Ce qu’il faut retenir c’est que Pikine est un exemple et un cas d’école avec des enjeux majeurs liés au poids démographique ; à l’assainissement ; au changement climatique qui me change rien aux besoins d’accès au logement et à un cadre urbain rénové et renouvelé. Voilà pourquoi nous sommes venus parler avec les citoyens, descendre sur le terrain voir nous-mêmes ce que le conseil de quartier voit comme priorité et objectif avec nos services, la Fondation Droit à la ville ; l’Urbanisme ; le cadre de vie et l’adjoint au Gouverneur qui nous a accompagné pour que nous puissions voir sur le terrain l’applicabilité des instructions que nous a donné le Président de la République, à savoir d’être proche des populations », a-t-il expliqué avant de reprendre les propos de celuici qui disait « gouverner, c’est écouter ». L’autorité ministérielle a rappelé que c’est bien de recevoir des rapports faire des audiences et faire des études mais à un moment donné il faut descendre sur le terrain et écouter le citoyen qui est tous les jours en contact avec les problèmes. Il a promis que Pikine va être une de leurs priorités dans le Programme National d’accès au logement et de rénovation urbaine.
« La restructuration de Pikine sera une priorité du point de vue des enjeux que nous avons, mais surtout du poids démographique qui est un poids assez conséquent. Aujourd’hui, nous sommes venus sur le terrain pour parler avec l’ensemble des services du Ministère, pas uniquement pour une concertation à propos de la décentralisation, mais nous voulons parler d’accès au logement et gestion du cadre de vie », a fait savoir M. Fofana. Ce samedi, il compte redescendre sur le terrain pour prendre part à l’activité de nettoiement communément appelée « Sétal suñu Réew ». Nous allons faire ce que nous avons l’habitude de faire à savoir sortir pour changer notre cadre de vie et j’encourage vraiment tous les citoyens et l’ensemble des délégués et conseillers de quartier à se mobiliser autour de cette activité et nous voulons qu’elle soit portée par nos communautés notamment les conseillers de quartier qui sont aujourd’hui les cellules de base de notre politique publique. Nous voulons faire de nos délégués de quartier les acteurs de ce changement systémique mais nous ne pourrons jamais réussir si ces derniers ne prennent pas en charge le changement que nous voulons », a-t-il conclu.