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4 avril 2025
Développement
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LA FAMILLE DE MAMADOU DIA RETROUVE SA FIERTÉ
"On rend à César ce qui lui appartient" : pour sa fille Madeleine Dia, le Sénégal répare une injustice historique en honorant Mamadou Dia, sous les applaudissements de sa famille et des riverains
Le Sénégal a officiellement rebaptisé le boulevard Général-de-Gaulle au nom de Mamadou Dia, figure emblématique de l'indépendance nationale. L'annonce a été faite lors du Conseil des ministres du mercredi 2 avril 2025 par le président Diomaye Faye.
Cette décision historique intervenue à la veille du 65e anniversaire de l'indépendance, marque une étape importante dans la reconnaissance du rôle crucial joué par Mamadou Dia dans l'histoire du pays.
"Un contentement immense, une très grande joie," confie sa petite-fille Fatou Samb, visiblement émue. "Nous disons vraiment merci au président Diomaye. Il n'était pas obligé de le faire, on ne fait que le remercier."
Pour les proches de celui qu'on surnommait affectueusement "Maodo", cette reconnaissance est perçue comme un acte de justice historique : "On rend à César ce qui lui appartient," souligne Madeleine Dia, sa fille.
L'ancien boulevard Général-de-Gaulle, artère emblématique de Dakar, avait accueilli le deuxième défilé de l'indépendance le 4 avril 1962, une initiative prise par Mamadou Dia lui-même alors qu'il occupait la fonction de président du Conseil.
Les riverains saluent également cette initiative : "Donner le nom de ce boulevard à Mamadou Dia, c'est très bien. Il mérite même plus," témoigne l'un d'eux. "Je suis sûr que la majorité des Sénégalais sont contents."
Ce changement s'inscrit dans une démarche plus large des nouvelles autorités visant à impulser un mouvement de réappropriation de l'histoire nationale, après d'autres initiatives concernant les tirailleurs et les anciennes bases françaises.
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LA GENDARMERIE NATIONALE EN FORCE
Blindés ultramodernes, drones de surveillance et unités d'élite : la gendarmerie a déployé un dispositif impressionnant lors du défilé de la fête de l'indépendance ce 4 avril, témoignant d'investissements majeurs dans la sécurité nationale
À l'occasion de la célébration du 65ème anniversaire de l'indépendance du Sénégal ce vendredi 4 avril 2025, la gendarmerie nationale a présenté un impressionnant dispositif sécuritaire lors du défilé militaire traditionnel.
Le public a pu découvrir la Légion de Gendarmerie d'Intervention (LGI), une unité de réserve générale à la disposition du président de la République, articulée en 18 escadrons répartis en trois groupements. Cette formation polyvalente assure aussi bien le maintien de l'ordre que la défense opérationnelle du territoire.
L'accent a été mis sur les nouvelles acquisitions technologiques avec la présentation de véhicules blindés ultramodernes : les Cobra 2 d'une autonomie de 700 km, les MOS polyvalents et les VN3 équipés de systèmes stabilisateurs de tir de haute précision.
Le défilé a également mis en valeur des unités spécialisées comme la section cynophile avec ses chiens d'intervention, l'unité de protection de l'environnement et l'escadrille de drones d'appui, capable d'effectuer des missions de surveillance jusqu'à 120 km de distance.
La sécurité maritime n'est pas en reste avec la présentation de vedettes fluviales de 7 et 9 mètres, particulièrement mobilisées dans la lutte contre l'immigration irrégulière le long du littoral sénégalais.
Cette démonstration de force s'inscrit dans un contexte régional marqué par des menaces terroristes croissantes, le trafic de stupéfiants et les flux migratoires irréguliers.
RIGUEUR ET COHÉSION, LE QUOTIDIEN DES ARTILLEURS SÉNÉGALAIS
Réveil à l'aube, entraînement physique intense et discipline militaire forge l'esprit des soldats du bataillon d'artillerie, ces spécialistes du feu dont l'emblème, le dragon "Ninki Nanka", symbolise puissance et précision
Niché entre la plage de la Voile d’Or et les cimetières de Bel-Air, le camp général Mountaga Diallo semble à la fois veiller sur l’histoire et scruter l’horizon. Dos tourné à l’océan Atlantique, ce bastion stratégique de l’armée sénégalaise abrite le quartier du bataillon d’artillerie, une unité dite de réserve générale vouée au soutien exclusif des autres formations.
C’est dans ce cadre à la fois stratégique et martial que notre immersion a eu lieu, à la découverte d’une unité peu connue mais essentielle, dont la devise claque comme une promesse : ’’En tout temps, et en tous lieux’’.
A six heures, le froid matinal colle encore aux feuillages et aux visages. À l’entrée du camp, une silhouette imposante attire l’attention et le regard du visiteur. Il s’agit d’une pièce d’artillerie, la célèbre batterie de 155 mm, fièrement dressée comme une sentinelle, le canon tendu vers le ciel.
Un symbole fort pour une unité qui, à l’image du ”Ninki Nanka”, le dragon cracheur de feu qui leur sert d’emblème, se veut redoutable, invisible et décisive.
C’est l’adjudant Diallo de la DIRPA qui accueille l’équipe de l’Agence de presse sénégalaise. Après les formalités d’usage auprès du chef de poste, nous entamons, guidés par un soldat, une marche à travers un chemin sinueux bordé d’arbres.
Derrière le feuillage, apparaissent les bâtiments du quartier général : le poste de commandement, les dortoirs, et, plus loin, la messe, point névralgique de la vie communautaire.
‘’Jusqu’au dernier obus, nous combattrons’’
La messe, où nous rejoignent le commandant de bataillon et notre guide du jour, le lieutenant Seck, est un lieu chargé de symboles. ‘’Jusqu’au dernier obus, nous combattons’’ ; ‘’Couronnes de fer éternelles, nous poserons sur les tombes’’ ; ‘’Rideau de fer aux amis, rideau de feu aux ennemis ; ‘’La famille dans les airs, terreur et désarroi sur terre’’, lit-on sur les murs. Des citations qui témoignent de l’esprit de corps et de la détermination inébranlable des artilleurs
Le lieutenant Seck, jeune officier à la moustache fine et au regard déterminé, nous salue avec courtoisie et nous présente le programme du jour. Soudain, le clairon retentit, direction la place d’armes pour la levée des couleurs.
Un moment solennel, empreint de discipline et de respect, où chaque soldat, raide comme un piquet, fixe le drapeau montant au rythme de l’hymne national.
Rigueur physique et esprit de cohésion
L’ambiance change rapidement. Les cordialités cèdent la place au sport. Après un échauffement minutieux, le bataillon entame un parcours de quatre kilomètres à travers le camp, rythmé par des chants militaires. En tête du peloton, les voix résonnent : Fatigué ? Sergent fatigué ? Jamais ! Jamais, sergent fatigué ! Jamais !
La course se termine, symboliquement, au pied de la batterie 155. Des exercices de renforcement musculaire prennent le relais. Les visages transpirent, mais les esprits restent soudés. L’artilleur, avant d’être un technicien du feu, est un soldat complet, forgé dans l’endurance et la précision.
Nous poursuivons notre visite sur le terrain de volley, où s’entraîne l’équipe finaliste du tournoi militaire 2024. ‘’C’est la plus redoutée’’, glisse avec un sourire notre guide, fier de ses hommes.
Le terrain fait face au parcours du combattant. Là, quelques soldats franchissent avec agilité les obstacles qui simulent les conditions extrêmes du champ de bataille. Chaque épreuve franchie est un pas de plus vers la maîtrise de soi, une répétition silencieuse de ce qui pourrait, un jour, être réel.
La salle d’honneur et des traditions : mémoire vivante d’un bataillon de feu
En quittant le terrain de volley, le lieutenant Seck nous conduit vers un autre espace emblématique du camp, la salle d’honneur et des traditions du bataillon d’artillerie. Là, nous attend Pape Malick Sané, maréchal des logis(mdl)-chef et conservateur passionné de ce sanctuaire chargé de mémoire.
Ici, chaque photo, chaque insigne, chaque pièce exposée raconte une part de l’histoire, parfois méconnue, de cette unité mythique. Devant nous, un pan de mur est couvert de portraits dont certains en noir et blanc.
‘’Là, nous avons quelques photos de nos anciens, des anciens artilleurs. Ici, nos attributs esthétiques d’armes : l’insigne de corps, la patte de col, l’équipement de bras… (…)’’, dévoile-t-il à ses hôtes.
Pape Malick Sané entame alors un récit passionnant, retraçant les grandes étapes de l’unité, avec en sourdine, l’hymne des artilleurs joué par un baffle posé au coin de la salle.
Le Mdl-chef s’arrête devant une vieille photo. ‘’Il s’agit du colonel Pierre Faye du nom du premier chef de corps du bataillon. C’est ici que nous sommes en ce moment. Le bataillon porte ce nom en son hommage’’, explique-t-il.
Au centre de la salle trône une maquette du ”Ninki Nanka”, le fameux dragon cracheur de feu.
Il montre ensuite un canon exposé à l’intérieur. ‘’Celui-là, c’est un 105 SM2, un canon historique. Pendant [le conflit] en Casamance, en 1997, c’était le seul canon utilisé sur le terrain. Il est chargé d’histoire pour nous’’.
Deux filières, un même souffle
Sur un autre panneau, les missions du bataillon sont exposées. A ce propos, Pape Malick Sané précise que ce bataillon est composé de deux filières principales : sol-sol et sol-air.
‘’Les artilleurs sol-sol visent les cibles terrestres. Ceux du sol-air, ce sont les spécialistes de la lutte anti-aérienne. On les appelle les canonniers. Mais avant toute chose, il y a le renseignement. Si le renseignement est bon, la mission est réussie. Ça, c’est notre vérité’’, dit-il.
Il s’arrête ensuite devant un tableau soigneusement mis à jour. ‘’Là, ce sont tous les chefs de corps du bataillon, depuis sa création’’, nous lance-t-il, désignant deux figures majeures, le Chef d’état-major général actuel des armées, le général Mbaye Cissé, et le général de division Mountaga Diallo, dont le camp porte son nom.
Puis, il désigne un étendard dans une vitrine, le premier drapeau, reçu le 1er février 1977, représentant la reconnaissance officielle du bataillon comme unité à part entière.
Dans un coin de la salle, un mannequin arbore la tenue de cérémonie du canonnier. Des trophées sportifs sont aussi alignés sur une étagère. ‘’On ne fait pas que tirer au canon, hein !”, lance-t-il avec un clin d’œil. ‘’On sait aussi courir, jouer, gagner.’’
Après ces mots, on repart avec la certitude que derrière chaque manœuvre d’artillerie, chaque salve tirée, chaque entraînement, se trouvent des hommes et des femmes qui portent un héritage vivant. Un bataillon qui, fidèle à sa devise, veille en tout temps, et en tous lieux.
Le maniement des armes, tout une discipline
A quelques dizaines de mètres non loin, le regard ferme, la voix assurée, l’adjudant Emile Junior Sène, instructeur armement, donne des cours à la salle ”Ninki Nanka”. A ses côtés, le maréchal des logis Nouha Diémé, de la Batterie LRM (Lance-roquettes multiples).
Autour de lui, les visages se figent, l’attention est totale. Dans cette salle immense, le silence pèse plus que l’arme elle-même. Le Mdl Diémé poursuit son enseignement, les mains posées sur un fusil M16.
‘’Le M16 est une arme de précision, une extension de votre volonté sur le champ de bataille. Il ne s’agit pas seulement de tirer. Il s’agit de savoir pourquoi et comment tirer. Vous devez comprendre chaque pièce, chaque ressort, chaque cran de sûreté’’, lance-t-il à l’endroit des auditeurs
Il énumère les parties : le boîtier de culasse, la poignée pistolet, le canon, le levier d’armement, la hausse réglable, la bretelle, le chargeur. Les élèves prennent note, les traits tirés mais l’esprit en alerte.
L’adjudant Emile Junior Sène prend la relève et martèle : ‘’Le maniement des armes, ce n’est pas un rituel, c’est une discipline. Quand vous montez cette arme, quand vous la démontez, quand vous la nettoyez, c’est votre vie que vous préparez. Et celle de vos frères d’armes. Vous devez être capable de tirer juste, de tirer vite, et surtout de tirer quand il faut.’’
Les soldats en formation, exténués mais droits, acquiescent en silence. Dans leurs yeux, une même certitude, celle que cette arme, ils devront un jour s’en servir. Et ce jour-là, aucun doute ne devra venir troubler leur doigt sur la détente.
Historique et montée en puissance du 1er Bataillon d’artillerie
Ce récit nous est conté par l’adjudant-chef Babacar Ndour, retrouvé en pleine séance de formation à la salle des cadres
‘’Le 1er Bataillon d’Artillerie, véritable réserve générale, est né de la Compagnie d’armes lourdes. Il a été créé en septembre 1969, initialement équipé de canons de 105 mm, de 40 mm, de mortiers de 81 mm, et de groupes armés de mitrailleuses 12,7 mm’’, nous confie-t-il
Implanté d’abord au camp Lat Dior, le bataillon a connu plusieurs délocalisations : camp Arsenal en décembre 1969, camp Fédéro en mai 1970, puis camp des Mamelles en juin 1975.
Depuis sa création, le bataillon a été commandé par 20 chefs de corps. Le premier étant le lieutenant-colonel Pierre Faye, et le plus récent est le chef d’escadron Mohamed Moustapha Seck, en poste depuis juillet 2024.
Il a rappelé que ‘’le 1er bataillon d’artillerie a été de toutes les grandes opérations nationales dont dernièrement au Nord-Sindian en février 2022, dans la zone militaire numéro 5’’.
‘’Sur le plan international, le bataillon a participé à presque toutes les opérations extérieures : Congo-Zaïre (1978), Sud-Liban (1978), Fodé-Kaba (Gambie, 1981), Tempête du désert (Arabie Saoudite, 1990), Liberia (1992), et récemment, Gambie et Guinée-Bissau’’.
Dans le cadre des accords de défense de la CEDEAO, le bataillon constitue aujourd’hui l’artillerie de la force sous-régionale. Il a aussi contribué à des missions de l’Union africaine et de l’ONU, renseigne Babacar Ndour
Il a indiqué que la montée en puissance s’illustre par la création d’un deuxième bataillon à Louga.
A terme, ‘’chaque bataillon comptera cinq unités, ‘’une Batterie de commandement et de service (BCS), une batterie de 155 mm TF1 (acquis en 2017), une batterie de LRM (lance-roquettes multiples), une batterie de 105 mm LG1 (remplaçant la 105 HM2), et des systèmes sol-air’’, a-t-il ajouté.
‘’Les TF1 ont révolutionné les capacités opérationnelles avec une mise en batterie rapide, une portée de 24 km, étendue à 28 km avec kit RTC, tandis que le LRM offre une portée de 20 km. La 105 LG1, plus mobile et moderne, est parachutable et héliportable, avec une portée de 11 à 17 km’’, précise l’adjudant-chef.
En ce qui concerne la composante sol-air, il a indiqué que ‘’les anciens canons de 40 mm ont été progressivement remplacés, d’abord par des canons de 20 mm, ensuite les obus de 45 mm en 2000, et enfin, les missiles QW2 en 2023, mieux adaptés aux menaces modernes’’.
A la manœuvre du feu : rencontre avec la batterie 105
Alors que la matinée touche à sa fin, le lieutenant Seck nous propose un détour par la zone de stationnement des pièces d’artillerie. Là, trône l’imposante batterie 105, véritable pièce maîtresse du dispositif feu du bataillon. Près de l’un des canons, un groupe de soldats s’affaire dans un ballet rigoureux, répétant les gestes appris des centaines de fois.
Le chef de pièce, un sous-officier à la posture droite et au regard perçant, accepte de nous parler et partager avec passion la noblesse de sa fonction :
‘’Être chef de pièce, ce n’est pas juste commander un canon. C’est veiller à ce que chaque mouvement, chaque commande, chaque projectile soit exécuté avec rigueur et sécurité. Le 105 mm est une arme redoutable, mais elle ne pardonne pas l’erreur. Chaque tir, chaque réglage d’élévation, chaque orientation azimutale, doit être parfait”, tient-il à préciser.
Il pose la main sur la culasse, comme s’il saluait un compagnon fidèle. ‘’La batterie 105 est une arme très robuste. Elle a fait ses preuves sur tous les terrains. Quand elle parle, elle impose le silence. Sa portée, sa précision, sa cadence de feu en font une pièce d’appui incontournable’’, signale-t-il.
Le chef de pièce évoque aussi le lien fort entre les hommes de l’équipe ‘’Une batterie, c’est une famille”.
‘’Chacun joue un rôle, pointeur, chargeur, chef de pièce, conducteur (…) mais quand on est en position, il n’y a plus de grades. Il y a une seule chose qui compte : l’efficacité. Le tir doit partir, dans les temps, avec la précision d’une horloge suisse’’, dit-il, les yeux brillant de fierté.
Dans le souffle du dragon : déploiement tactique de la batterie LMR
Le soleil s’est levé haut dans le ciel de Bel Air lorsque nous rejoignons un vaste terrain dégagé situé à la lisière du camp. Là, trois impressionnants véhicules d’artillerie se tiennent prêts : Bouniack, Guilles et Niafena, les redoutables LRM (Lance-roquettes multiples).
La scène est réglée au millimètre. Un soldat en treillis impeccable s’avance vers nous. Il se présente d’un ton calme mais assuré. ‘’Je suis le chef de pièce LRM. LRM, c’est Lance-roquettes multiples. C’est un système d’origine ukrainienne. Il se compose de deux grandes parties : la partie automobile et la partie artillerie’’, explique-t-il.
Devant nous, l’engin dévoile ses lignes robustes, ses 40 tubes disposés en quatre rangées désordonnées, un désordre savamment orchestré.
‘’Les tubes ne sont pas numérotés de façon linéaire. C’est voulu. Cette disposition pêle-mêle assure la stabilité de l’engin pendant le tir. Le tube central, le numéro 28, est notre point de référence pour la précision’’, souligne le soldat.
Il poursuit, pointant tour à tour chaque membre de son équipe :’’Chaque pièce est servie par quatre personnels : un chef de pièce, un pointeur, un conducteur et un servant collimateur. Le pointeur est mon adjoint, le conducteur manœuvre le véhicule et déclenche le tir, tandis que le collimateur est responsable de l’alignement optique’’
A quelques mètres, l’exercice démarre. Les engins, précédés par une équipe de reconnaissance, se mettent en position selon un plan d’implantation précis. Les gestes sont rapides, coordonnés, presque chorégraphiés.
‘’Une fois la reconnaissance faite, l’équipe de topographie installe la position de batterie, oriente les pièces, et prépare la zone”, explique le chef de batterie, qui nous rejoint.
‘’C’est cette planification qui permet la rapidité et la précision. Une fois les pièces orientées, le poste de tir (PT) transmet les éléments à chaque chef de pièce. Et là, tout s’enchaîne : affichage, synchronisation (…) et le feu.’’, précise-t-il.
‘’On est réputés pour être rapides. C’est vrai. Mais cette efficacité vient du travail de l’ombre. De la reconnaissance, de la coordination, et surtout, de la confiance entre nous’’, fait-il valoir.
Incursion au pas de tir
Dans le même sillage, nous avons été conviés à une séance exceptionnelle sur le pas de tir, ce territoire sacré où le bruit des détonations se mêle à la concentration absolue des hommes en uniforme.
Là, les éléments du GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) s’exercent aux côtés de quelques canonniers du bataillon. L’atmosphère est tendue mais fraternelle, chacun concentré sur sa cible, sur sa respiration, sur son tir.
Après leurs enchaînements rigoureux, ils nous invitent à nous essayer à l’exercice. Mais pas avant une mise en condition sérieuse.
L’un des formateurs nous explique patiemment les différentes composantes de l’arme, le chargeur, le canon, l’organe de visée, puis les règles strictes de sécurité à savoir ”ne jamais pointer une arme chargée, doigt hors de la queue de détente jusqu’au dernier moment, toujours vérifier l’état de l’arme’’.
Ensuite viennent les bases du tir, ‘’position du corps, alignement des organes de visée, contrôle de la respiration, pression progressive sur la détente.’’
Puis, à notre tour. Je prends position, les genoux un peu fléchis, les bras tendus mais fermes. Premier tir. Puis un second. La tension monte, le bruit sec du tir me claque dans les oreilles. Résultat ? Quatre tirs sur cinq dans le corps de la cible. Petite satisfaction intérieure.
Mais la palme revient à ma collègue. D’un calme olympien, elle ajuste ses tirs et… trois impacts nets dans la tête du mannequin. Silence dans le groupe. Puis un cri, mi-blagueur, mi-sincère : ‘’Shoot head !’’, s’exclame un des soldats. Elle n’en revient pas. Nous non plus. Un des gendarmes lui dit dans le dos : ‘’toi, on t’emmène en mission !’’.
C’est dans cette ambiance à la fois électrique et bon enfant que nous avons quitté le pas de tir, direction la dernière étape de la journée.
Neutralisation d’une menace aérienne
L’adrénaline coulait encore dans nos veines lorsque fut entamée la dernière manœuvre de notre immersion. Elle était exécutée par l’unité sol-air, mettant en exergue des pick-up équipés de lance-missiles de type QW2.
Cette arme de dernière génération, récemment intégrée à l’arsenal, est dotée d’une caméra thermique avec vision nocturne. Redoutable et précise, elle est capable d’identifier et de traquer tout type d’aéronef en fonction de la chaleur qu’il dégage, assurant ainsi une défense antiaérienne efficace, même dans les conditions les plus obscures.
Dans le cadre de cet exercice tactique, l’unité sol-air a simulé une riposte à une attaque aérienne en remplaçant l’avion hostile par un drone, reproduisant fidèlement un scénario de menace asymétrique moderne. L’objectif est de démontrer la réactivité et l’efficacité du système de défense antiaérienne face à des cibles de petite taille et à basse altitude.
Le dispositif repose sur un pick-up équipé du lance-missiles QW2. Dès la détection du drone identifié grâce à la caméra thermique embarquée, le système entre en phase d’alerte. Le signal thermique du drone, bien que faible comparé à celui d’un avion de chasse, est suffisamment capté par la technologie du QW2.
La procédure s’enclenche avec l’acquisition de la cible, puis le verrouillage automatique. Une fois le feu autorisé, le missile est tiré avec une grande précision. La simulation se conclut par la destruction du drone, symbolisée par une explosion en altitude.
Cet exercice, exécuté en présence du sergent-chef à la retraite, Gana Ndour, souligne la capacité de l’unité sol-air à s’adapter aux menaces contemporaines, notamment les drones qui deviennent de plus en plus courants dans les théâtres d’opération modernes. Il met aussi en lumière la montée en puissance technologique du bataillon d’artillerie, capable désormais d’assurer une couverture anti-aérienne efficace en toute autonomie.
Témoignage du sergent-chef à la retraite, Gana Sène,
Grand de taille, toujours robuste, en veste de cuir et lunettes claires, le sergent-chef Gana Sène impressionne par sa prestance autant que par sa mémoire intacte des faits de guerre. A la retraite aujourd’hui, c’est avec émotion qu’il accepte de revenir sur son parcours et la place capitale de l’artillerie dans les grandes opérations de l’armée sénégalaise.
Incorporé dans l’armée le 1er septembre 1981, il suit sa formation à Dakar Bango avant d’être affecté au bataillon d’artillerie en 1982. Il y restera 37 ans, jusqu’à sa retraite en 2017. Durant cette période, il a servi dans toutes les unités du bataillon : artillerie sol-sol, artillerie sol-air, batterie de commandement et de service.
Gana Sène explique avec clarté le rôle stratégique de l’artillerie dans les opérations de grande envergure.
A travers ses récits, on comprend la complexité technique de l’artillerie, la topographie de précision, calculs balistiques, coordination millimétrée avec les unités au sol. ’’Il faut être très fort en topographie. Pour appuyer un ami à 20 kilomètres sans le voir, il faut avoir la tête sur les épaules, être lucide, compétent, méthodique’’, souligne-t-il.
Il raconte également les évolutions du métier, du calcul manuel des coordonnées à l’aide des sinus, cosinus et logarithmes, à l’usage d’ordinateurs modernes avec logiciels de tir qui donnent en quelques clics les éléments initiaux, les charges, les corrections balistiques.
Mais au-delà de la technique, ce sont les opérations marquantes qui restent gravées dans sa mémoire, autant de fronts où l’artillerie a joué un rôle décisif. En Casamance, au Libéria contre les milices de Charles Taylor, ou en Guinée-Bissau, lors d’un épisode resté célèbre.
‘’Les rebelles avaient placé leur base à 11,4 km, pensant que nos 105 ne pouvaient pas les atteindre (portée 11,1 km). Ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’une batterie de 155 mm venait d’arriver. Quand elle a ouvert le feu, ils ont cru que c’était la France. La presse parlait des “bateaux français” qui bombardaient. Mais non, c’était l’artillerie sénégalaise.’’, raconte-t-il ironiquement.
L’artilleur à la retraite termine avec une touche de fierté et de transmission. ‘’Ce que je faisais à l’époque avec des cartes, des calculs, des tables de tir, les jeunes aujourd’hui le font avec un logiciel. Mais il faut toujours l’esprit, le métier, la précision. C’est ça l’artillerie’’, martèle ainsi l’ancien canonnier.
MARCO RUBIO SALUE LE LEADERSHIP SÉNÉGALAIS
Le secrétaire d'État américain a adressé ses félicitations officielles au Sénégal pour l'anniversaire de son indépendance, soulignant l'importance du partenariat entre les deux nations
(SenePlus) - Marco Rubio, secrétaire d'État américain, a adressé ses félicitations au peuple sénégalais à l'occasion du 65e anniversaire de son indépendance célébré ce 4 avril 2025.
"Au nom des États-Unis d'Amérique, je tiens à exprimer mes sincères félicitations au peuple du Sénégal pour le 65e anniversaire de votre indépendance", a déclaré M. Rubio dans un communiqué officiel publié par le Département d'État.
Le chef de la diplomatie américaine a profité de cette occasion pour réaffirmer l'engagement des États-Unis envers leur partenariat avec Dakar. Il a également exprimé son désir de renforcer la coopération bilatérale : "Je me réjouis d'élargir notre étroite collaboration sur un large éventail d'initiatives qui renforcent les relations bilatérales pour le bénéfice mutuel de nos deux nations."
Le secrétaire d'État a particulièrement mis en avant l'importance du leadership sénégalais dans la région : "Les États-Unis apprécient énormément le leadership du Sénégal dans la protection des libertés fondamentales et la promotion de la sécurité régionale."
31 ENFANTS DE LA CEDEAO DÉFILERONT À ZIGUINCHOR
Ce défilé symbolique mettra en lumière l'importance de la coopération entre les quinze États membres, malgré le récent retrait du Niger, du Burkina Faso et du Mali
Quelque trente et un enfants de la CEDEAO issus de la Sénégambie méridionale (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau), vont prendre part au défilé à Ziguinchor, à l’occasion du 65e anniversaire de l’indépendance du Sénégal, pour montrer l’importance et la place de l’intégration régionale, a annoncé Alexandre Gomis, coordonnateur de la maison des citoyens de la CEDEAO.
“31 enfants de la CEDEAO vont défiler et arborer les drapeaux de leur pays ce vendredi à Ziguinchor l’occasion du 65e anniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté” internationale, a indiqué le coordonnateur de la maison des citoyens de la CEDEAO, jeudi, soir, lors d’un point de presse.
“L’intégration est une chance. Il y a le retrait des trois pays (Niger, Burkina Faso et Mali) de la Communauté des Economique des Etats d’Afrique de l’ouest. Ce défilé des enfants de la CEDEAO a pour objectif de montrer l’importance et la place de l’intégration régionale”, a expliqué M. Gomis, en présence du directeur exécutif d’ENDA Tacid, Souleymane Barro.
“Il faut pousser les pays à revenir dans le bloc communautaire. Ils n’ont aucun intérêt à se départir”, a-t-il insisté, faisant savoir que ces enfants représentent les quinze États membres de la CEDEAO sans exception.
Pour lui, “l’intégration est un impératif, un levier du développement”.
Ces enfants ont dans une déclaration exprimé leurs “profondes” préoccupations aux chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO. Ils ont demandé d’interdire, proscrire, mettre hors la loi et/ou refuser définitivement et de manière définitive toute fermeture de frontières des Etats de la CEDEAO pour l’intérêt supérieur des populations.
Ils ont exhorté les chefs d’État et gouvernement de la CEDEAO à instituer les défilés des enfants de la CEDEAO lors de la célébration des fêtes d’indépendance dans tous les Etats membres de la CEDEAO.
Ils ont invité les Etats de l’AES (Alliance des Etats du Sahel), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, à rejoindre la maison CEDEAO pour une meilleure intégration des communautés et des peuples.
Les enfants de la CEDEAO ont aussi appelé les chefs d’Etat de la CEDEAO à sauvegarder l’institution pour, disent-ils, mieux renforcer la citoyenneté communautaire.
Par Gilles Eric Foadey
DE LA PRISON À LA PRÉSIDENCE…POUR UNE AUBE NOUVELLE SALVATRICE (?)
EXCLUSIF SENEPLUS - Il y a assez de signes annonciateurs de ruptures. Ce n’est ni la néo-opposition qui s’adonne à attaquer de manière crypto personnelle Ousmane Sonko, ni les pseudo chroniqueurs indécents qui ébranleront ce pouvoir
À la question, sans réponse, de Yakham Mbaye au président finissant Macky Sall de ce qui allait leur advenir après son départ, ce dernier a trouvé une parade en faisant voter une loi d’amnistie, taillée pour être… amnésique.
Pastef qui n’était pas preneur de cette loi, si tant est qu’elle excluait les forfaitures telles que les disparitions forcées, les tortures, les assassinats et autres traitements inhumains dégradants, s’est abstenu de ne pas la voter en promettant qu’une fois au pouvoir elle la retirerait.
Un an jour pour jour après sa victoire incontestée à l’élection présidentielle de mars 2024 suivie de celle des élections législatives anticipées de novembre 2024 remportées, haut la main, il lui fallait à présent passer à l’acte en tenant l’une des ses promesses électorales capitales consistant à se départir de cette loi scélérate.
Seulement, voilà que ceux-là même qui avait voté cette loi inique ont braqué des quatre fers pour son abrogation totale pour ainsi asseoir une impunité de fait.
Comment s’y prendre ? Abroger, totalement ou partiellement, annuler ou interpréter la loi ?
L’exercice était, on ne peut plus, complexe. Si elle est abrogée expressément, il faudrait qu’elle soit explicitement énoncée dans un texte nouveau ; tacite ou implicite, elle pourrait l’être en raison de l’introduction, dans un nouveau texte, de dispositions incompatibles avec la disposition antérieure. Le dilemme est sacrément cornélien.
Au finish, la loi fut interprétée en délimitant clairement son champ d’application. La nouvelle loi d’amnistie ainsi interprétée, ne léserait pas les tiers, tous les tiers, tout en rendant justice aux disparus de force (Didier Badji et Fulbert Sambou) au torturé à mort (Francois Mancabou) et à la soixantaine, voire plus, de morts et de traumatisés à vie aux fins de mettre fin à ce cycle barbare précédant les élections au Sénégal. Plus Jamais !
Flasback…
Après avoir été réélu en 2019 de manière illégitime et avec un score annoncé à l’avance, Macky Sall, au lieu de mieux gouverner s’est plutôt attelé à « réduire l’opposition à sa plus simple expression ». Le parti est devenu prébendier en prenant le pas sur la patrie et la gouvernance sobre et vertueuse.
Pour ne rien y arranger la morbide Covid fit son apparition 2020 et la paix des braves s’est imposée aux acteurs de la classe politique via une loi d’habilitation qui donnait ainsi un blanc-seing au gouvernement de Macky Sall. Un couvre-feu fut installé et les citoyens qui ne le respectaient pas furent violentés. Pendant qu’ils étaient cloitrés chez eux, les forbans se remplissaient les poches et la bedaine. Sous la pression des bailleurs, un rapport a établi que plus de 1000 milliards de nos francs ont été détournés sans que l’on puisse, jusqu’à présent, exiger des coupables de rendre compte.
Alors que Macky Sall et Idrissa Seck étaient en mode « je t’aime moi non plus », le Pastef avec son leader charismatique Ousmane Sonko traçaient leur sillon et jouaient les empêcheurs de tourner en rond avec leur « Projet » porteur de rupture, vendu et accepté par une bonne partie des Sénégalais. Pendant que Macky Sall caressait l’idée d’un troisième et improbable mandat, Ousmane Sonko avait fini de convaincre les plus sceptiques avec ses ouvrages : « Solutions pour un Sénégal nouveau », « Pétrole et gazau Sénégal : Chronique d’une spoliation » et celui co-écrit avec son frère de parti, Balla Moussa Fofana « Les territoires du développement ».
À cette fin, il lui fallait liquider Ousmane Sonko et les siens. Un complot se tramait. Il vit le jour par un frais matin d’harmattan du mois de mars 2021. Complot trop gros pour être vrai. Ousmane Sonko, dans un lieu où il aurait pu se garder de s’y rendre, aurait violé une fille. Adji Sarr qu’elle s’appelle. Dakar s’embrase. Trois années de braise en perspective. Entre la levée de l’immunité d’Ousmane Sonko et les convocations pour se rendre au tribunal et les procès, Dakar et le Sénégal s’enflamment. Il y aura une accalmie temporaire. Le pouvoir de Macky Sall était dans la rue. Pastef pouvait le prendre. Suite à la médiation du Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké, Ousmane Sonko a accepté sa requête, affirmant que le légaliste qu’il est souhaiterait que Macky Sall termine son mandat, non sans lui exiger des gages dont la libération de la centaine de ses militants et sympathisant déjà emprisonnées. Macky s’y plie en affirmant qu’il a « compris ». Pure diversion. Il revient à la charge, en achetant armes et munitions de manière indue et en recrutant davantage d’hommes dans les FDS. Dakar et ses points névralgiques sont occupés par des chars de combat et des FDS encagoulés. En attendant le procès pour « viols répétitifs avec menaces de mort », Ousmane Sonko se retranche sur Ziguinchor, dont il est entretemps devenu maire. Pendant qu’il s’y trouve, on le juge in absentia. Verdict : Il fut blanchi à grandes eaux par un prétoire qui s’est prêté au voyeurisme et à des propos scabreux. Ousmane Sonko sera donc condamné pour le délit désuet et obsolète de « corruption de la jeunesse ». Une jeunesse massivement en phase avec lui pour faire aboutir le « Projet » salvateur (?). Cette jeunesse est traquée, brutalisée et arrêtée par milliers. Certains ont donné de leur vie. Pour le gouvernement de Macky Sall et de ses juges, ces jeunes sont considérés comme étant des forces spéciales et/ou occultes.
De retour sur Dakar Ousmane Sonko fera face à un procès en diffamation contre Mame Mbaye Niang. Il perd le procès. La sentence ne lui permettra plus d’être éligible aux élections. Entre temps, il est mis sous arrêt, barricadé, chez lui pour près de deux longs mois. Quand il s’en sort, ce sera pour être accusé de « vol de téléphone portable » et emprisonné. Son parti est dissous et ses camarades les plus en vue sont embastillés. Il s’adonne à une grève de la faim graduelle et très médiatisée. De sa cellule, stratège qu’il est, il prépare des plans alternatifs à sa candidature qu’il sait qu’elle sera invalidée. Macky quant à lui s’astreint, difficilement, mais finalement à renoncer à son troisième mandat et…reporte les élections à quelques heures de l’ouverture de la campagne électorale pour les présidentielles. Mobile du report ? Le Conseil Constitutionnel ayant décidé que Karim Wade n’étant pas exclusivement Sénégalais, lui dénie sa participation à l’élection présidentielle. Se sentant irrité, le sieur Wade a accusé deux juges du Conseil d’avoir été corrompu. Et que le corrupteur serait… Amadou Ba candidat à la succession de Macky Sall. Vite fait, une Commission d’enquête parlementaire est mise sur pied avec les députés de l’APR et du PDS. Toute cette manœuvre avait pour but, non pas seulement, de ramener Karim Wade dans la course mais surtout Ousmane Sonko. Hélas c’était mal connaitre Ousmane Sonko fervent adepte du « don de soi pour la patrie ». Dans la solitude de son domicile où il fut, de force, barricadé il avait déjà concocté des plans alternatifs en mettant en orbite une diversité de candidatures qui ont tous passé le filtre du parrainage. Du fond de sa cellule, il attendait le moment propice pour abattre sa carte maîtresse : Bassirou Diomaye Diakhar Faye, l’élu du choix clairvoyant du généreux Ousmane Sonko qui devrait porter le projet.
Libérés tous les deux avec des milliers d’autres patriotes, à moins de dix jours du démarrage de la campagne, Ousmane s’effaça pour propulser Diomaye en faisant comprendre aux Sénégalais et à ses troupes que Sonko moye Diomaye et que Diomaye moye Sonko. Telle une osmose fusionnelle, la mayonnaise a pris. Dakar et le Sénégal étaient en liesse. La victoire en chantant. Elle s’est matérialisée dès la fin du crépuscule le 24 Mars comme pour sonner le départ des crapules. La messe était dite. Le lendemain 25 mars, présage du sort, Bassirou Diomaye Diakhar Faye fête son anniversaire et devient, à 44 ans le cinquième Président de la République du Sénégal. Ousmane Sonko est son Premier ministre. Un duo inédit prend les rênes du Sénégal.
Une aube nouvelle s’est levée. Sera-t-elle salvatrice ?
De quoi le Projet est-il le nom ? Dénommé Vision Sénégal 2050, il devrait s’arrimer sur un « pacte national fondé, d’une part sur la probité et l’intégrité des détenteurs de l’autorité publique » d’où le slogan, sous forme du tryptique, « Jub, Jubal, Jubbanti », que l’on pourrait traduire en français par « Dresser, Corriger et Redresser ». Tâche titanesque, mais pas impossible s’il en est, lorsque l’on considère le rapport du Sénégalais à la discipline, à l’argent, à la rigueur et à la préservation de son environnement.
En décidant dès le début de leur magistère de convoquer les Assises de la Justice, il y a lieu de s’attendre à ce que ses conclusions soient adoptées avec célérité aux fins de réconcilier les Sénégalais avec leur justice, longtemps perçue comme une justice aux ordres de l’exécutif en place. Si la justice fait diligemment sa mue, elle sera une composante significative, voire essentielle, pour accompagner la mise en œuvre ordonnée des quatre axes principaux contenus dans la Vision Sénégal 2050 que sont : la bonne gouvernance, une économie compétitive et pas extravertie, une durabilité, le renforcement du capital humain et l’équité sociale.
Seulement, la matérialisation de ces axes pour assurer un développement durable exige un changement structurel et systémique aussi bien dans le management de l’Administration centrale que dans les modes de gestion des secteurs primaire, secondaire et tertiaire tout comme dans les chaînes de valeurs y afférent.
Un an à l’épreuve du pouvoir le duo Diomaye-Ousmane a-t-il eu les coudées franches pour mettre en œuvre la Vision Sénégal 2050 en initiant sa phase quinquennale 2024-2029 au regard du legs des douze années de Macky Sall?
En formant un gouvernement volontariste et pas pléthorique avec à la clef des ministres « apolitiques » titulaires de Départements de souveraineté (Justice, Forces armées, Intérieur, Souveraineté alimentaire) le ton était donné pour faire face aux innombrables défis qui sont les leurs. La volonté politique est affirmée mais ne saurait, à elle seule, suffire. Il va falloir sérieusement se retrousser les manches pour y parvenir en travaillant de manière conséquente. Les conclusions des Assises de la justice étant actées, il est attendu qu’elles soient mises en œuvre. Le président de la République départi de son boubou de membre du Pastef, semble de par les actes qu’il pose être au-dessus de la mêlée... même s’il demeure toujours dans le Conseil Supérieur de la Magistrature. L’on pourrait toujours s’en accommoder. Par contre, il faudrait impérativement donner corps aux réformes approuvées dont le toilettage du corpus du Code pénal et du Code de Procédure Pénale surtout dans leurs dispositions portant sur la loi anti-terroriste promulguées en 2021 et décriées de tous. C’est d’un impératif catégorique en attendant de construire d’autres lieux plus humains pour la population carcérale et matérialiser la mutation promise pour la Justice. Cette justice chamboulée, mais pas encore totalement refondée devrait à bien mener la reddition des comptes en toute impartialité et sans acharnement aucun. En clair, ceux qui ont fauté devront rendre compte selon les dispositions de la loi en la matière. Car, transiger avec la reddition des comptes aurait des conséquences sérieuses sur ce premier quinquennat. Le nouveau Pool (Pôle ?) judiciaire financier de même que l’Ofnac sont attendus sur ce terrain. Quoiqu’à l’Ofnac à défaut de ne pouvoir démettre, pour l’heure, son patron Serigne Bassirou Gueye il serait prudent de revisiter ses prérogatives.
L’autre mammouth à abattre est l’Administration centrale, voire la fonction publique. Fortement politisée au cours des deux dernières décennies, elle doit être assainie et requinquée par des profils qui servent avec loyauté la République. C’est certainement fort de cela que lors de la tenue de la toute première Conférence des Administrateurs et Managers publics (CAMP), le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a donné un signal fort ambitieux pour la transformation de la fonction publique avec comme objectif, la « rationalisation des dépenses de l’État et l’amélioration de ses marges de manœuvre budgétaires, dans le cadre d’un assainissement durable et d’une gestion vertueuse des finances publiques ». Ce faisant, « l’affairisme d’État » ne saurait plus prospérer en matière notamment de la commande publique qui gagnerait à être centralisée le plus tôt possible car, pour l’heure, l’administration est certes « républicaine » mais, elle manque de cohérence tout en étant « figée dans des schémas dépassés, alors même que les réalités socio-économiques évoluent rapidement, marquées notamment par la transformation numérique et l’essor de l’intelligence artificielle ».
À cette fin, le temps est également venu d’accélérer la transformation numérique de nos administrations. La dématérialisation des formalités et leur accessibilité simplifiée représenteront des gages de transparence, de redevabilité et de bonne gouvernance.
La stratégie « New Deal Technologique » qui repose sur trois piliers fondamentaux que sont : la souveraineté numérique, la modernisation de l’administration et le développement de l’économie numérique et du savoir devront satisfaire à cette exigence des temps modernes.
Mais comment s’atteler à ces urgences si l’on sait que dès sa prise de fonction le gouvernement du Sénégal par la voix de son Premier ministre, Ousmane Sonko, a déclaré tout de go que sa gouvernance sera une de vérité et que les fondamentaux macroéconomiques sont désastreux et qu’il avait hérité d’un « pays en ruine ».
Comme pour confirmer ses déclarations, l’Inspection Générale des Finances (IGF), en Septembre 2025, faisait état de manquements criants dans la gestion de la comptabilité publique. Manquements confirmés par la Cour des Comptes trois mois plus tard qui évoquait des « falsifications ». Le FMI après s’être imprégné dudit rapport parlera de « dettes cachées » du fait de « misreporting » ou en français, pas facile de « faussification des faits ». Par qui et pour qui? En interne déjà, il y avait des gens qui savaient. L’ancien directeur pays de la BCEAO l’aurait affirmé. Au sein du FMI aussi on le savait. Mieux, les autorités actuelles avant d’être au pouvoir avaient tiré sur la sonnette d’alarme quant au manque d’orthodoxie dans la tenue de la comptabilité publique. Au total, la Cour des Comptes évoque la « possibilité de référés ou de déférés » car, ces faits peuvent non seulement constituer des fautes de gestion, mais des infractions pénales.
Malgré tout, les salaires sont régulièrement payés, les dettes cumulées dûs au paysans honorées et des baisses significatives sur les denrées de première nécessité opérées.
En clair, le Sénégal fait face à des défis budgétaires importants. Des réformes audacieuses et rapides, notamment la suppression des exonérations fiscales indues et la réduction des subventions énergétiques aux plus riches, sont cruciales pour assurer la viabilité des finances publiques pour ainsi placer la dette sur une trajectoire descendante. Mieux, Il serait judicieux pour l’État du Sénégal d’ajuster sa fiscalité en tenant compte surtout du secteur informel majoritaire qui, pour l’essentiel, échappe au paiement de l’impôt. C’est le lieu de rappeler que la dette n’a jamais développé un pays et qu’un pays souverain devrait compter sur ses ressources endogènes et des mécanismes internes innovants internes pour asseoir les bases de son développement.
En faisant de la souveraineté son viatique pour développer le Sénégal, voilà que, comme une aubaine, le début de la gouvernance de Pastef a coïncidé avec l’exploitation du pétrole et du gaz. Avec l’exploitation desdites ressources couplée surtout à la transformation de leurs dérivés que sont entre autres, le diesel, le kérosène, l’essence et le gaz butane, l’espoir est quasi permis de s’attendre à ce qu’elle ait un effet d’entrainement pour développer principalement les secteurs primaire et secondaire.
La production bien que modeste est très stratégique. Les revenus attendus de ces ressources devraient atteindre des milliards de dollars. Ces revenus pourraient jouer un rôle clé dans l'accélération du développement économique du Sénégal, notamment en soutenant des projets d'infrastructure et en favorisant la diversification industrielle.
Ce développement pourrait également générer des bénéfices économiques en optimisant la chaîne de valeur locale. Au total, Le Sénégal ferait mieux d’opter pour la construction d'un secteur intermédiaire afin de raffiner sa propre part de brut et, très probablement, de signer un droit de préemption sur le coût et le bénéfice du pétrole du partenaire d'exploitation, de sorte qu'elle puisse cesser d'importer des combustibles avec des devises rares, améliorer sa balance commerciale et ses paiements et renforcer ses fondamentaux macro-économiques.
Alors que le Sénégal importe quasiment l’essentiel des aliments de base et de produits finis dont il a besoin, engendrant ainsi une balance commerciale extrêmement déficitaire supérieure à 4000 milliards FCFA en 2023, l’exploitation du pétrole et du gaz devraient contribuer, en partie, à asseoir les bases d’une politique agricole pour atteindre l’autosuffisance et booster l’industrialisation.
Il est tout à fait possible qu’au bout de la fin du premier quinquennat du Pastef au pouvoir, que des céréales comme le riz, des fruits, des produits maraichers et autres pommes de terre, carottes et oignons dont les Sénégalais sont de grand consommateurs ne puissent plus être importés et que les jeunes Sénégalais au lieu de s’inscrire en masse pour être ouvriers agricoles en Espagne ou en Italie demeurent chez eux pour être des entrepreneurs agricoles qui produisent et transforment localement les dits produits agricoles.
Il en va de même pour l’industrialisation à commencer par les produits rudimentaires de la modernité. En 2018, 0,98% était la part allouée au ministère de l’Industrie. Il faudrait chercher l’erreur… Voici un secteur-niche générateur de milliers d’emplois significatifs et durables que le « vrai secteur privé, celui qui veut et sait entreprendre, qui veut travailler sérieusement et honnêtement » aux dires du Premier ministre Ousmane Sonko, devrait prendre en charge.
Il n’est pas concevable aujourd’hui que les outils de la modernité, dont nous ne pouvions nous passer au quotidien, soient toujours importés. Qu’est-ce qui nous empêche de produire localement, en interdisant en amont leur importation, couteaux, cuillère, fourchettes, ampoules électriques, articles de plomberie, robinetterie, aiguilles, dés à coudre, seringues médicales ? Et, la liste est longue. Ce faisant, il est quasi certain que le problème de l’emploi et de l’employabilité des jeunes, formés convenablement, sera définitivement résolu.
Avec la volonté politique affichée des nouvelles autorités, il n’est pas si difficile d’industrialiser le secteur secondaire si les prérequis nécessaires sont édictés.
Au total et à la veille de la célébration de la fête nationale, sous le magistère du duo fusionnel Ousmane-Diomaye il y a assez de signes annonciateurs de ruptures. Ce n’est ni la néo-opposition qui s’adonne à attaquer de manière crypto personnelle Ousmane Sonko, ni les pseudo chroniqueurs indécents qui ébranleront ce pouvoir. En cas de dérives, ce pouvoir sera contenu par ses propres électeurs. C’est le moindre mal qu’on leur souhaite. Ils nous ont séduits en nous annonçant la fin de la dépendance. Bonne fête d’indépendance sur le Boulevard Mamadou Dia.
Gilles Eric Foadey est journaliste, consultant media, et interprète-traducteur de conférence. Il réside à Johannesburg, Afrique du Sud, et travaille à Addis-Abéba, en Éthiopie. Il fut responsable de la Communication du NEPAD de 2009 à 2016.
LE COORDINATEUR DE L'APR AUX MAINS DE LA JUSTICE FRANÇAISE
Ancien ambassadeur itinérant de Macky Sall et figure influente de la diaspora sénégalaise, Amadou Daff est en garde à vue pour un présumé détournement d'un demi-million d'euros de fonds publics à Mantes-la-Jolie
(SenePlus) - Un séisme judiciaire ébranle la communauté sénégalaise en France. Amadou Daff, ancien ambassadeur itinérant de Macky Sall et coordinateur en France du parti de l'ex-président, a été placé en garde à vue avec son épouse pour des soupçons de détournement massif de fonds publics, selon des informations exclusives révélées par Europe 1.
Le couple a été interpellé mercredi par les forces de l'ordre dans les Yvelines, où M. Daff exerçait jusqu'à récemment des fonctions de conseiller municipal à Mantes-la-Jolie. D'après les révélations du journal l'affaire a débuté début 2023 suite à un signalement au procureur de la République de Versailles.
À l'origine de cette procédure, un audit d'experts-comptables réalisé auprès de plusieurs associations bénéficiant de subventions publiques. L'une d'entre elles, dédiée à la médiation dans les quartiers de Mantes-la-Jolie et dirigée par Amadou Daff, a particulièrement attiré l'attention des enquêteurs.
"L'audit a mis en évidence un possible système de fausses factures et de sociétés fictives", précise une source proche du dossier. Les investigations menées par le parquet de Versailles se sont rapidement concentrées sur le sexagénaire, directeur de l'association aujourd'hui fermée.
Selon les informations du média, le personnage central de l'affaire "est soupçonné d'avoir régulièrement détourné des fonds publics en enregistrant des fausses factures à travers cette association". Plus préoccupant encore, "le montant du préjudice sur 10 années passées au peigne fin par les policiers dépasserait le demi-million d'euros", affirme une source policière.
Amadou Daff, 60 ans, n'est pas un inconnu dans le paysage associatif et politique franco-sénégalais. Très implanté à Mantes-la-Jolie auprès de la communauté sénégalaise, il a exercé des fonctions d'élu local jusqu'à une décision récente de la justice administrative.
En effet, comme le rapporte Europe 1, il "a été démis de ses fonctions l'année dernière du conseil municipal par la justice administrative en raison de son absence dans les bureaux de vote lors des élections européennes du 9 juin 2024, alors qu'il était convoqué pour siéger comme assesseur." Son siège a été attribué à Pierre Bédier, président du conseil départemental des Yvelines, qui figurait sur la même liste électorale.
Les liens entre les deux hommes semblaient étroits puisque, selon les informations d'Europe 1, "tous deux s'étaient rendus en 2019 au Sénégal dans le cadre d'un voyage d'une délégation du département des Yvelines pour soutenir des projets locaux, selon le site internet du département."
Mais c'est surtout son rôle auprès de l'ancien président qui retient l'attention. Le média précise qu'Amadou Daff "avait été désigné par l'ancien président de la Républiquel, Macky Sall comme ambassadeur itinérant et coordinateur en France de son parti, l'Alliance pour la République."
Un réseau associatif étendu
Le parcours d'Amadou Daff révèle une présence significative dans le milieu associatif. Europe 1 souligne qu'il "a aussi été à la tête de plusieurs entités associatives d'aide à la médiation, liées au développement du Sénégal ou encore à la solidarité des migrants."
Cette position lui aurait potentiellement permis d'établir un réseau d'influence important, tant dans la communauté sénégalaise qu'auprès des institutions françaises locales.
À ce stade de l'enquête, Europe 1 indique que "ni l'entourage d'Amadou Daff ni la ville de Mantes-la-Jolie ni le parquet de Versailles n'ont pu, pour l'heure, répondre à nos questions." L'instruction judiciaire se poursuit donc, tandis que le mis en cause et son épouse demeurent en garde à vue.
Cette affaire intervient dans un contexte politique délicat pour l'ancien président sénégalais Macky Sall, qui a quitté le pouvoir en 2024 après une période de tensions politiques dans son pays.
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DIOMAYE MISE SUR L'UNITÉ ET LA DISCIPLINE BUDGÉTAIRE
Le président a conjugué dans son discours en marge de la célébration du 4 avril, réalisme économique et ambition nationale, détaillant les chantiers prioritaires de son gouvernement. Il appelle à l'unité face aux "défis nombreux et complexes"
Le président Bassirou Diomaye Faye a prononcé ce jeudi 3 avril 2025 une allocution solennelle à la veille de la fête nationale. Dans son discours, il a mis l'accent sur l'unité nationale, les réformes économiques et les projets de développement.
Évoquant la convergence de cette célébration avec la fin du Ramadan et le carême chrétien, le président a rappelé que "la foi est notre plus belle richesse" et nourrit la capacité des Sénégalais à vivre ensemble dans l'harmonie.
Sur le plan économique, il a présenté les mesures d'assainissement des finances publiques, notamment l'apurement des arriérés dus aux opérateurs agricoles (70 milliards FCFA versés sur 113 milliards constatés) et du secteur BTP (62 milliards FCFA).
Parmi les projets annoncés figurent :
La phase 2 du programme d'autonomisation des femmes (107 milliards FCFA)
Un programme de 3 000 fermes intégrées sur 15 000 hectares
Le lancement des coopératives agricoles communautaires
La poursuite de la baisse des prix des denrées de première nécessité
Le chef de l'État a également évoqué l'entrée du Sénégal dans "l'ère de la production pétrolière et gazière", promettant transparence et bénéfices pour le peuple sénégalais, ainsi que des avancées dans la renégociation des contrats.
Concernant les infrastructures, il a mentionné la phase 2 des forages ruraux, le projet de "grand transfert d'eau" pour 15 millions de Sénégalais et l'accélération de l'électrification rurale.
Faye a annoncé la finalisation des lois sur la transparence et l'avancement des réformes judiciaires, ainsi que la tenue prochaine d'une Journée nationale du dialogue sur le système politique.
"L'histoire des nations nous enseigne que le chemin du développement nécessite des sacrifices collectivement consentis", a-t-il déclaré, appelant les Sénégalais à la résilience et à la solidarité face aux défis actuels.
AIR SÉNÉGAL ET AIBD, DES PATIENTS AU PRONOSTIC VITAL ENGAGÉ
Le gouvernement dresse un tableau alarmant des deux sociétés nationales de transport aérien. Le Premier ministre exige des audits approfondis, notamment sur des contrats classés "secret-défense" ayant englouti 200 milliards FCFA
L’aéroport international Blaise Diagne (AIBD SA) et la compagnie nationale de transport aérien Air Sénégal SA ont été dépeintes, jeudi, lors d’une réunion interministérielle axée sur leur situation financière, comme des sociétés “à l’agonie”, des ”patients au pronostic vital engagé”, des ”malades”, du fait de “graves difficultés financières”.
Il ressort d’un document compilant les décisions prises par le Premier ministre, Ousmane Sonko, que ”des enjeux critiques persistent dans les deux entités”.
AIBD et Air Sénégal font face à de ”graves difficultés financières menaçant leur pérennité et leur capacité à jouer pleinement leur rôle dans l’économie du pays”, relève ce document final.
Le gouvernement a rappelé que, depuis sa création en 2018, l’Etat a injecté dans la compagnie nationale Air Sénégal près de 181 milliards FCFA.
”Pourtant, elle fait aujourd’hui face à une dette dépassant 118 milliards FCFA, après avoir enregistré des pertes successives de 89 milliards FCFA en 2022 et 57 milliards FCFA en 2023”, indique le document lu par le ministre secrétaire général du gouvernement, Ahmadou Al Aminou Lô.
En outre, ajoute M. Lô, plus de 100 milliards FCFA ont été dépensés en locations d’avions, alors que ”le plan d’actions de relance de la compagnie, initié en 2022, n’a finalement été réalisé qu’à hauteur de 5%”.
Faisant l’”état des lieux”” concernant Air Sénégal, le ministre secrétaire général du gouvernement pointe ”des défaillances managériales”.
Le Premier ministre veut voir plus clair dans les contrats secret-défense à l’AIBD
Le document révèle que la société AIBD SA ”se trouve aujourd’hui dans une situation critique”.
En guise d’exemple, son budget pour l’exercice 2024 avait été fixé à 23 milliards FCFA pour des ressources propres ne s’élevant qu’à 6 milliards FCFA, déplore-t-il.
“Cette dérive s’explique notamment par une explosion des effectifs, passés de 275 agents en juin 2021 à 983 en 2024”, indique la même source.
Les autorités font remarquer que les 200 milliards FCFA issus de la Redevance pour le développement des infrastructures aéroportuaires (RDIA), destinés au développement du hub aérien, ”ont été consommés à travers des contrats classés secret-défense, dont la justification reste à établir”.
Le Premier ministre a insisté pour que la lumière soit faite sur ces contrats classés secret-défense par des audits ”approfondis” menés par les corps de contrôle. Le chef du gouvernement soupçonne en effet des abus.
Il a demandé d’emblée d’auditer les marchés et le personnel de l’AIBD, d’annuler les contrats non essentiels et de rationaliser les dépenses.
En outre, relève le gouvernement, ”aucune évaluation n’a été faite, dans le sens de la revoyure de la convention de concession liant AIBD SA au concessionnaire de l’exploitation de l’aéroport Blaise de Diagne de Dakar, la société LAS (LIMAK/AIBD/SUMA)”.
Le gouvernement a assuré de la nécessité de réévaluer cette convention avec le gestionnaire de l’AIBD et reste engagé pour une reprise en main, dans un moyen terme, dans le cadre de sa politique de souveraineté.
SONKO EXIGE DES COMPTES AVANT LE DÉCOLLAGE DU TRANSPORT AERIEN NATIONAL
"Des avions qui ne décollent pas" malgré 180 milliards de francs CFA investis: Ousmane Sonko ordonne des audits rigoureux d'Air Sénégal et de l'AIBD, qualifiés de "symboles de la gestion catastrophique" de l'ancien régime
La relance de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD SA) et d’Air Sénégal SA, deux sociétés nationales de transport aérien dans une situation difficile, ne peut se faire sans des audits “approfondis”, a déclaré jeudi, le Premier ministre, Ousmane Sonko.
“Il est important que nous sachions ce qui s’est exactement passé (dans la gestion d’AIBD et d’Air Sénégal) et d’en tirer toutes les conséquences en termes de reddition des comptes”, a-t-il notamment insisté.
Ousmane Sonko estime, en effet, qu’on ne peut mettre “plus de 180 milliards de francs CFA” dans la compagnie aérienne et se retrouver avec “des avions qui ne décollent pas”.
Le chef du gouvernement présidait un conseil interministériel sur la situation des deux sociétés, au Building administratif. Une réunion à laquelle ont pris part les ministres en charge des Transports aériens, des Forces armées, de l’Intérieur, du Travail, de l’aménagement du territoire, du Tourisme, les représentants de leurs collègues des Finances et de l’Economie ainsi que du secteur privé national.
“La vision et les orientations stratégiques que vous avez présentées aujourd’hui ne souffrent d’aucune contestation solide, c’est un bon document pour relancer et sauver le secteur (aérien)”, a-t-il dit, saluant la présentation faite par le directeur général de Air Sénégal, Tidiane Ndiaye, et celui d’AIBD, Cheikh Bamba Dièye.
Le Dg de Air Sénégal, Tidiane Ndiaye, a fait observer que sur les 8 avions de la compagnie, 4 sont cloués au sol.
Une “vaste entreprise de prédation”
Le Premier ministre a ordonné, face à cette “vaste entreprise de prédation” autour d’Air Sénégal et d’AIBD, “de faire des audits de la gestion des deux sociétés”.
“Il faudra identifier et sanctionner (les responsables de ces manquements), sinon ça ne servira à rien”, a dit le chef du gouvernement, rappelant que ces deux entités du secteur aérien sont des “symboles de la gestion catastrophique” de l’ancien régime.
Ousmane Sonko a aussi souligné la nécessité de mettre les corps de contrôle sur les audits d’Air Sénégal et d’AIBD. Il a demandé également que des audits internes soient faits par les tutelles technique et administrative.