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4 avril 2025
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LA SG DE L’ASSOCIATION INTERNATIONALE DES FEMMES FRANCOPHONES LIVRE SON DIAGNOSTIC
Invitée de l’émission Objection de la radio Sudfm, Mme Diouf, Marie Bernadette Amy Ndione a préconisé une distinction pratique entre les besoins pratiques des femmes et leurs intérêts stratégiques.
La Secrétaire générale de l’Association internationale des femmes francophones a passé en revue hier, dimanche 09 mars, l’évolution de la politique d’autonomisation des femmes au Sénégal. Invitée de l’émission Objection de la radio Sudfm (privée), Mme Diouf, Marie Bernadette Amy Ndione tout en saluant les efforts accomplis par le Sénégal dans le cadre de la promotion des droits de la femme, a préconisé une distinction pratique entre les besoins pratiques des femmes et leurs intérêts stratégiques.
La Secrétaire générale de l’Association internationale des femmes francophones a dressé un état des lieux de l’évolution de la politique d’autonomisation des femmes au Sénégal. Invitée de l’émission Objection de la radio Sudfm (privée) hier, dimanche 9 mars, Mme Diouf, Marie Bernadette Amy Ndione a salué les efforts accomplis par le Sénégal dans le cadre de la promotion des droits de la femme. En effet, selon elle, sur le plan juridique, le Sénégal a fait des avancées significatives en matière d’égalité des sexes en citant notamment l’intégration de l’égalité homme-femme dans toutes les constitutions et l’adoption de lois spécifiques en faveur des femmes qui montrent, selon elle, une volonté politique de réduire les inégalités. Sous ce rapport, elle a cité plusieurs dispositions législatives et réglementaires adoptées par le Sénégal en faveur des femmes dont notamment l'équité fiscale en 2008, la modification du Code pénal en la faveur de l’intégration des dispositions relatives aux violences conjugales, à la répression de l'excision, du viol.
« L’une des avancées majeures reste la possibilité pour les femmes de transmettre la nationalité depuis 2013, ce qui est une grande victoire pour l’égalité des droits », a-t-elle soutenu. Toutefois, poursuivant son propos, la Secrétaire générale de l’Association internationale des femmes francophones a fait remarquer que « malgré ces progrès juridiques, l’application effective des lois reste un défi » pour le Sénégal. Citant la stratégie nationale d’autonomisation des femmes, la Secrétaire générale de l’Association internationale des femmes francophones a assuré que le diagnostic de ce document révèle la persistance « des inégalités dans l’accès à l’emploi, les écarts salariaux et la représentativité dans certains secteurs clés qui plombent l’éclosion du talent féminin »
Sous ce rapport, elle a cité les secteurs tels que l'agriculture, l'élevage, la pêche, l'artisanat mais aussi l'énergie où la présence des femmes est quasi inexistante. « Nous avons également constaté que 68 % du cheptel appartenait aux hommes, tandis que le salaire minimum des femmes était de 68 000F, contre 108 000F pour les hommes. La différence est flagrante. De plus, selon l’audit de la fonction publique réalisé en 2014, les femmes ne représentent que 23 % des effectifs. Cela montre qu’elles sont sous représentées dans ce domaine et qu’il reste encore beaucoup d’efforts à fournir pour améliorer la situation », a-t-elle lancé avant d’ajouter. « C’est bien de s’occuper des besoins pratiques des femmes comme l’accès à l’eau mais l’intérêt stratégique, c’est comment faire pour corriger toutes ces formes de discriminations qui plombent l’éclosion du talent féminin »
Par ailleurs, préconisant une distinction pratique entre les besoins pratiques des femmes et leurs intérêts stratégiques, Marie Bernadette Amy Ndione a aussi prôné la révision de l’article 152 du Code de la famille concernant la puissance maritale, de l'article 153 surle choix de la résidence, de l'article 111 relatif à l'élévation de l'âge du mariage, ainsi que de l'article 196 concernant l'interdiction de la recherche de paternité.
Par Baba DIOP
LE KHEUD DU 8 MARS
Le quartier de Ton’s est le paradis des mosquées. La densité de ces lieux de dévotion, comparée à celle de la population n’a pas d’égale. Il y a le diaka wolof, le diaka sérère, le diaka diola, le diaka mandiack, le diaka balante, le diaka naar,...
Le quartier de Ton’s est le paradis des mosquées. La densité de ces lieux de dévotion, comparée à celle de la population n’a pas d’égale. Il y a le diaka wolof, le diaka sérère, le diaka diola, le diaka mandiack, le diaka balante, le diaka naar, le diaka mandingues. A les citer tous, on attraperait un mal de gorge. Les anciens douaniers, policiers, pénitenciers, braconniers s’y sont mis pour ériger leur propre mosquée. Les origines de cette dispersion se perdent dans la nuit des temps.
Aujourd’hui à chacun sa chapelle, au grand bonheur des hirondelles de ndogou et de kheud qui parcourent les mosquées, les yeux rivés sur les différents menus proposés. Après tout c’est le restaurant du Bon Dieu. Une table ouverte à toutes et à tous.
Le malheur et le bonheur de Ton’s sont que toutes ces mosquées ceinturent sa maison et n’affichent pas la même heure de l’appel à la prière.
Samedi dernier, fête de la femme, Ton’s avait à cœur de décorer Tata, pour lui montrer que « tiofél dafa baré doolé ». Il avait pour le kheud du 8 mars, dressé une jolie table sur laquelle se croisaient toutes sortes de fromages : fromage à pâte molle et croûte fleurie, à pâte molle et croûte lavée, à pâte persillée, formage de brebis, de chèvre, sans oublier le fromage blanc. Pain, croissant, tacos et petits fours, le palais de Tata sera aux anges. Rien que du bon. Les premiers rayons du soleil apparurent laissant derrière eux le salaatou. Et Tata, malgré l’heure tardive de dire : « ku kheudoul, mane kheudena, teyla 8 mars » et Ton’s d’affirmer : kheudou 8 mars lu dagan la. Sargal djiguen ci diamou Yalla la bok ».
BABA DIOP
LE DIRECTEUR GENERAL DU BUDGET N’EST PLUS
Le Directeur général du Budget, Abdou Diouf, est décédé vendredi soir, à Dakar, à la suite d’un malaise. Il s’est éteint à l’âge de 46 ans, laissant derrière lui un parcours exemplaire au service de l’État et de l’Administration publique.
Le Directeur général du Budget, Abdou Diouf, est décédé vendredi soir, à Dakar, à la suite d’un malaise. Il s’est éteint à l’âge de 46 ans, laissant derrière lui un parcours exemplaire au service de l’État et de l’Administration publique.
Haut fonctionnaire émérite, Abdou Diouf s’est distingué par son engagement indéfectible et son expertise reconnue dans le domaine des finances publiques. Son parcours illustre une carrière marquée parla rigueur, la compétence et un profond dévouement à la gestion des ressources de l’État.
Il a notamment exercé au sein de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), à Ouagadougou, où il a contribué activement à l’élaboration des politiques budgétaires et aux travaux d’intégration économique à l’échelle sous régionale. En sa qualité de chef de la Division chargée des Etudes économiques et des Statistiques à la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor, il a joué un rôle central dans l’analyse et l’évaluation des finances publiques. Fort de son expertise, il a ensuite été nommé coordonnateur de la Direction générale du Budget, avant d’être appelé, en janvier dernier, à en prendre officiellement la tête.
La disparition prématurée de Abdou Diouf constitue une perte inestimable pour l’administration financière du pays. Le ministère des Finances et du Budget tient à honorer la mémoire d’un homme dont l’intégrité, la compétence et le sens du devoir ont marqué ses collaborateurs ainsi que l’ensemble de la fonction publique.
Dans un hommage appuyé, le ministère souligne : «M. Diouf a consacré sa carrière au service de l’État avec intégrité, compétence et un profond sens du devoir. Homme d’une loyauté exemplaire et d’une grande générosité, animé d’un patriotisme sans faille, il a toujours placé l’intérêt général au cœur de son action.»
Inspecteur principal du Trésor, M. Diouf a été nommé Directeur général du Budget le 22 janvier 2025. Auparavant, il occupait le poste de coordonnateur de cette même Direction, fonctions qu’il a exercées avec un dévouement sans faille et un professionnalisme exemplaire. Son engagement, son sens du service public et sa vision éclairée des finances publiques laisseront une empreinte indélébile dans le paysage budgétaire et économique national.
L’ETAT LACHE DU LEST
Un vent de décrispation semble souffler dans le bras de fer qui oppose depuis lors les enseignants du Supérieur et les pouvoirs publics.Du coup, le syndicat qui exécutait des mots d’ordre de grève exprime son ouverture à un dialogue permanent
Un vent de décrispation semble souffler dans le bras de fer qui oppose depuis lors les enseignants du Supérieur et les pouvoirs publics. Pour cause, le SAES annonce la signature par l’Etat, le 7 mars 2025, du décret pour la réversion des pensions de retraite des ayants cause, point d’orgue de sa plateforme revendicative. Du coup, le syndicat qui exécutait des mots d’ordre de grève exprime son ouverture à un dialogue permanent pour un espace universitaire apaisé.
Le bras de fer entre le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES) et l’Etat, par le biais du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri), est en passe de prendre une nouvelle tournure. Le décret relatif à la réversion des pensions aux veuves et veufs, un des principaux points de cristallisation de la plateforme revendicative du SAES, a été paraphé le 7 mars 2025. Dans une lettre adressée à ses militants, le Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur (SAES) a annoncé que le décret relatif à la réversion a été signé par les autorités publiques. « À la suite de la rencontre entre le Premier Ministre et le SAES, le 13 décembre 2024, le gouvernement s’était engagé à signer le décret le 18 décembre 2024. Après l’expiration du préavis de grève le 13 janvier 2025 et à l’issue de la lutte menée par le SAES, ainsi que de la rencontre tripartite entre les syndicats, le gouvernement et le patronat, le décret a finalement été signé le 7 mars 2025 », peut-on lire dans le communiqué. Selon le secrétariat général national du SAES, cette « nouvelle version du décret intègre la réversion aux ayants-cause ainsi que la prime de recherche dans le calcul de la liquidation de la pension. Elle exige également la régularisation des cotisations au titre des régimes de base et complémentaire pour les enseignants et chercheurs en service détaché, condition préalable à l’obtention de l’allocation spéciale de retraite ». Dans la foulée, le syndicat a tenu à remercier et à féliciter, dans son texte, tous ses militants pour « leur mobilisation exceptionnelle dans la lutte visant à réparer l’injustice subie par les familles des collègues décédés ». Il a également appelé ses militants à « rester mobilisés et vigilants pour la résolution des autres points du protocole d’accord du 6 janvier 2023 ».
Ce vent de décrispation qui souffle désormais sur les universités publiques touchées par un mouvement de grève des enseignants, les mardi 18 et mercredi 19 février, ouvre la porte au règlement de la crise qui secoue ces institutions. Pour autant, le SAES a réaffirmé « son engagement à œuvrer de manière constructive pour un espace universitaire apaisé ». Il a de même exprimé « sa disponibilité et son ouverture à un dialogue permanent afin de traiter les autres points du protocole d’accord, dans le but d’assurer une stabilité durable au sein du sous-secteur de l’enseignement supérieur ».
Par Henriette Niang KANDE
DES VACHES LAITIÈRES POUR HONORER LES DAMES
Réceptionner des vaches laitières le 8 mars, n’est-ce pas aussi rappeler que la femme, dans les mentalités officielles, reste avant tout celle qui nourrit, qui veille au bien-être du foyer. Une vision que l'on pourrait qualifier d'ancestrale
Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, est d'ordinaire l'occasion de discours inspirants, avec plus ou moins de sincérité, voire de quelques mesures politiques en faveur de la cause féminine. Mais cette année, le ministère de l'Agriculture et de l'Élevage a frappé fort, en célébrant les femmes à sa manière : en réceptionnant... des vaches laitières.
« Heureux » hasard du calendrier ? Métaphore imprudente ? Révélation involontaire d’une pensée d’un autre âge ? Démonstration inconsciente de l'imaginaire collectif qui réduit encore trop souvent la femme à une figure maternelle et nourricière ? Le symbole peut prêter à sourire, ou à grincer des dents.
Si la symbolique de l'événement fait hausser quelques sourcils, elle s'inscrit dans un contexte gouvernemental qui ne brille pas par sa parité, ni par un souci croissant pour la cause féminine. Le président de la République et le Premier ministre, chacun, heureux époux de deux épouses, dirigent un gouvernement où les femmes tiennent sur les doigts d'une main, pouce non compris. Elles sont quatre sur trente deux dépositaires de maroquins ministériels. Ce qui fait dire à certains que la parité, c'est bien joli, mais ça ne nourrit pas son homme. Ni ses vaches, d'ailleurs.
On se souvient qu’au début du Ramadan, le directeur général du Port Autonome de Dakar, avait signé un communiqué pour attribuer aux employées de la société, des horaires spécifiques, en ayant l’amabilité de penser à la fameuse tâche féminine du « togg ndogu », cette manie, même au sommet de l’Etat, d’encore et toujours réduire les femmes aux besognes ménagères.
Réceptionner des vaches laitières le 8 mars, n’est-ce pas aussi rappeler que la femme, dans les mentalités officielles, reste avant tout celle qui nourrit, qui veille au bien-être du foyer et qui assure la subsistance des siens. Une vision que l'on pourrait qualifier d'ancestrale, voire d'archaïque, mais qui trouve manifestement encore sa place dans les hautes sphères du pouvoir.
Pendant qu’ailleurs des femmes et des hommes prenaient la parole pour dénoncer les inégalités, notre bon ministre, lui, ne manquait pas d’éloges sur ces braves bêtes, symboles de prospérité et de productivité. Dans le communiqué publié, il n'a pas manqué de saluer dans une démonstration d’éloquence rustique, "le projet [qui] vise à améliorer la productivité du cheptel, développer les cultures fourragères, moderniser les élevages ». Pas un mot pour les femmes éleveuses. Les plus beaux qualificatifs ont été adressés aux vaches et leur coût mis en avant : « depuis 2017, grâce à un partenariat public-privé, le Sénégal a importé 6732 génisses de race laitières performantes (Holstein, Montbéliarde, Normande, Jersiaise, Brune) pour un investissement de 13 milliards F FCA, dont 5,4 milliards F CFA de subvention étatique ». Source : le ministre (sic).
Pourtant, ce sont les femmes éleveuses, au même titre que les hommes, qui représentent l’épine dorsale de l'économie rurale domestique. Elles se lèvent à l'aube, bien avant que les coqs n’aient l'idée de chanter. Elles sèment, bêchent, récoltent et commercialisent ce que la terre, (cette année très capricieuse, soit dit en passant), veut bien offrir. Elles nourrissent le petit bétail, veillent sur la santé des bêtes, et entre deux traites, gèrent aussi leur foyer. On les félicite toujours pour leur courage, mais on oubliera sûrement de leur donner quelques génisses. Pendant ce temps, ses bêtes, elles, bénéficient de plus d'attention de la part des institutions publiques. Peut-être parce qu'elles, au moins, produisent du lait sans réclamer l'égalité de droits fonciers, la lutte contre les violences dont elles sont victimes, ou l’autonomisation économique. Devrait-on s’attendre à une cérémonie de réception de poules pondeuses de race, le jour de la fête des Mères ?
Au final, ce 8 mars aurait pu être l'occasion pour le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, d'annonces fortes en faveur des femmes qui s’activent dans le domaine couvert par son département pour mieux résorber le gap persistant encore dans les mentalités sénégalaises. Monsieur Diagne n’a même pas compris l’ironie de la situation. Une chose est cependant sûre : l’histoire retiendra qu’en 2025, en pleine journée internationale des droits des femmes, un ministre de la République a préféré glorifier des vaches laitières plutôt que de parler des droits des femmes. Peut-être pour confirmer que dans son esprit et dans ce pays, ces droits-là, avancent au rythme d'une vache laitière qui rumine. À chacun sa vision du progrès.
Par Fadel DIA
DIEU, QUE C’EST DUR D’ÊTRE LE PLUS FAIBLE !
Se doutaient-ils que de nombreux chefs d’Etat ou hommes politiques africains ont vécu, face à leurs homologues occidentaux, un sort aussi humiliant que celui du président ukrainien, sans que jamais la « communauté internationale » ne s’en émeuve ?
Avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les Européens ont pris une leçon. Une dure leçon sur les rapports des forces entre les Nations. Ils ont appris combien il était pénible d’être en face d’un interlocuteur qui vous martèle sans ménagement que « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Se doutaient-ils que de nombreux chefs d’Etat ou hommes politiques africains ont vécu, face à leurs homologues occidentaux, un sort aussi humiliant que celui du président ukrainien, sans que jamais la « communauté internationale » ne s’en émeuve ?
L’image de Zelenski assis surle rebord de son fauteuil dans une salle remplie de journalistes complaisants, loin de ses conseillers et comme pris en tenaille entre le président et le vice-président américains, en appelle d’autres moins médiatisées, car les affres qu’il a subies ont toutes leurs pendants, notamment dans les cahoteuses relations franco-africaines.
On remarquera que c’est d’abord la tenue même du président ukrainien qui a fait débat. Cela peut paraitre dérisoire si l’on considère l’enjeu de sa visite, mais on a jugé que son accoutrement était une offense à la solennité des lieux et même au peuple américain. Il avait pourtant fait de gros efforts en troquant son éternel teeshirt kaki contre un pull noir. Il était « sur son trente et un », ironisera Trump. Mais l’important c’était de le déstabiliser.
La tenue a toujours été un éternel sujet de préoccupation pour les dirigeants africains en visite en France, même si leurs efforts sont souvent mal récompensés puisque le costume newlook imaginé par le couturier de Diomaye Faye n’est aux yeux des médias français qu’une sorte de « robe ». C’était sans doute pour ne pas subir un affront qui blesserait sa masculinité de Peulh que le président Umaro Sissoco Mballo s’était mis en frais pour recevoir son homologue français en portant son plus beau costume européen. Mais, manque de chance, Macron dont le sans-gêne est bien connu et qui voulait « faire peuple », à moins que ce ne soit pour se mettre à son aise, avait tombé la veste et invité son hôte à en faire autant. A Bissau et contrairement à ce qui s’est passé à Washington c’est le visiteur qui avait trouvé à redire sur l’accoutrement de celui qui le recevait, et c’est encore plus humiliant !
Après l’estocade vestimentaire, le président ukrainien avait subi une attaque classique et récurrente dans nos relations avec les pays occidentaux, celle de l’ingratitude. Les mots du porteflingue de Trump, le vice-président Vance, lui reprochant de ne pas avoir dit merci aux Etats-Unis qui avaient sauvé son pays de la débâcle militaire et sociale sont, presque mot pour mot, ceux que le président français avait adressés aux chefs d’Etat africains qui avaient osé décliner le maintien de ses soldats sur leur sol. Il y a cependant une différence de poids entre les deux cas, puisqu’ à ma connaissance, l’Ukraine n’a jamais fait l’objet d’une exploitation coloniale de la part des Etats-Unis ni versé le sang de ses fils pour la défense de leur territoire.
Le coup de grâce a été ensuite donné par Donald Trump, à sa manière. Brutale et sans nuances. C’est alors que la scène est devenue « amazing », pour reprendre un des termes de son pauvre langage, et digne d’une série télévisée. Mais sa colère n’est que la répétition, le bling- bling en moins et la morgue en plus, de celle qui avait saisi de Gaulle, le 26 septembre 1958, après le discours prononcé par Sékou Touré devant l’Assemblée territoriale guinéenne.
Les grandes puissances ont en effet l’égo délicat. Leurs chefs usent de la même argumentation et ne laissent passer aucun affront. Face à Trump, Zelenski avait eu le tort, non seulement de refuser de signer des accords pouvant compromettre le patrimoine et l’intégrité territoriale de son pays, mais aussi de plaider pour la défense des valeurs démocratiques. Devant de Gaulle, Sékou Touré avait osé dire que « le premier et indispensable besoin de son pays était celui de sa dignité », qu’il n’y a pas de dignité sans liberté et que les Guinéens préféraient « la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ».
Les deux impertinents avaient droit aux mêmes sanctions et la première qui leur fut appliquée c’est l’annulation pure et simple des rencontres et des diners initialement prévus. Le Général de Gaulle, qui sous le coup de la fureur avait oublié son képi à l’Assemblée, ira plus loin dans la mesquinerie, puisqu’il refusera de laisser Sékou Touré s’embarquer dans l’avion qui devait les conduire ensemble dans la capitale fédérale de l’AOF, Dakar !
Au moins Zelenski n’a été humilié que devant une poignée de collaborateurs, alors que c’est dans un amphithéâtre bondé d’étudiants de son pays que le président du Burkina s’était vu traiter par Macron, encore lui, de vulgaire frigoriste contraint d’aller réparer le fonctionnement, toujours aléatoire en Afrique, de la climatisation.
Si nous devions tirer une morale des déboires de Zelenski c’est que, bien plus que nous, ce sont probablement les Européens qui sont les dindons de la farce de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et que l’Occident est au bord de la fracture. A la conférence de Munich, dont le seul thème était la crise ukrainienne, le vice-président et idéologue de Trump, avait fait volontairement hors sujet en tançant vertement les Européens qu’il avait accusés d’avoir abandonné la liberté d’expression ! C’était le thème où le bât les blesse le plus, car s’ ils ont beau répéter qu’être démocrate, c’est laisser s’exprimer ceux qui ne sont pas de votre avis , ou s’ils se plaisent à nous admonester sur l’imperfection de notre pratique démocratique, ils ne supportent pas qu’on leur fasse des remontrances dans un domaine dont ils prétendent assurer seuls l’état civil.
Mais ce qui a le plus surpris les Béotiens que nous sommes, c’est de réaliser qu’ils étaient totalement perdus et désemparés à l’idée que les Etats Unis allaient restreindre leur contribution à la défense de leurs états, ce qui pourrait expliquer qu’ils aient été surpris que nous voulions assurer seuls notre propre sécurité. Quel Africain pouvait imaginer que ces pays qui se proposaient de les protéger, même malgré eux, étaient en réalité des assistés et que les Etats-Unis, premiers contributeurs du budget de l’OTAN, assuraient à eux seuls, 70% des dépenses militaires de l’organisation !
Après les menaces de Trump, qu’ils semblaient découvrir, les Européens ont fini par sonner le branlebas et appelé à la mobilisation générale, celle des hommes et celle des moyens, non pour préserver la paix mais pour se préparer à la guerre. Ils se sont livrés à quelques fanfaronnades sur leur « force tranquille », proféré des menaces, avec quelques dissonances. Si Emmanuel Macron a préfèré, prudemment, tirer à boulets rouges sur Poutine, comme si Trump était sous son influence ou victime de son chantage, son prédécesseur, François Hollande, affirme péremptoirement que le dernier « n’est plus l’allié des Européens puisqu’il a pactisé avec leurs adversaires », et qu’avec lui, il faut désormais renoncer à la « séduction et à l’argumentation » et user de la « force ». L’ancien président du pays dit « des Droits de l’Homme » pardonne donc plus facilement à l’actuel président des Etats-Unis d’avoir promis « la mort au peuple de Gaza » que d’avoir humilié Zelenski, et même s’il ne parle pas des Etats-Unis mais du seul Trump, sans dire expressément si celui-ci est devenu un « adversaire », sa prise de position à l’emporte-pièce contre un homme qui n’exerce le pouvoir que depuis une quarantaine de jours et qui est connu pour sa versatilité , sonne bizarrement dans la bouche d’un homme dont le pays se vante d’avoir été le premier allié des Etats-Unis et auxquels il doit sa libération et sa renaissance économique. Mais Hollande n’exerce aucun pouvoir, c’est ce qui lui donne cette audace, son chantage à l’amitié exclusive n’est plus de mode, depuis que Nelson Mandela a répliqué à Bill Clinton, qui lui reprochait ses relations avec la Libye de Kadhafi, que les ennemis des EtatsUnis ne sont pas forcément ceux de l’Afrique du Sud. Hollande devrait pourtant savoir que Trump, ce n’est ni Kadhafi, ni Tiani, que Zelenski ne partage pas son avis et a même reconnu, si l’on en croit Trump, qu’il est prêt à retourner à la chambre des tortures. Mais, pour commencer, il devrait nous expliquer quelle est la nature de la « force » à laquelle les Européens pourraient recourir pour faire plier l’homme que la grande majorité des Américains a porté au pouvoir !
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LES UNES E LA PRESSE DE CE LUNDI 10 MARS 2025
Sud Quotidien, Walf Quotidien, Yoor-Yoor Bi, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, Le Verdict News, L'As, Record, Le Soleil, Le Témoin Quotidien, WiwSport
Sud Quotidien, Walf Quotidien, Yoor-Yoor Bi, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, Le Verdict News, L'As, Record, Le Soleil, Le Témoin Quotidien, WiwSport
La situation en République démocratique du Congo illustre une fois de plus l’impuissance de l’Union africaine à résoudre les crises au sein de ses États membres. Les violences se sont intensifiées ces derniers mois dans le pays, impliquant notamment des armées régulières d’autres États de la région des Grands Lacs, en particulier celle du Rwanda, que le président Kagame ne peut plus nier comme à son habitude.
Depuis Dakar, le Professeur Penda Mbow, actrice de la société civile, livre son analyse sur cette crise qui ensanglante le cœur de l’Afrique et dont la communauté dite internationale n’a, selon toute vraisemblance, aucun intérêt à ce que la paix revienne, au vu des comportements de chacun et des inétrêts évidents des multinationales occidentales dans cette partie de l'Afrique.
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POUR QUE NOS LANGUES NE MEURENT JAMAIS
À contre-courant d'une édition dominée par le français, Ndeye Codou Fall Diop fait le choix des langues nationales. Son parcours, d'EJO Editions à la vice-présidence de Fonk Sunuy Làmmiñ, témoigne d'un engagement total
Dans un entretien accordé récemment à Amani TV, Ndeye Codou Fall Diop, directrice d'EJO Editions et vice-présidente de l'association Fonk Sunuy Làmmiñ, partage sa vision pour la promotion des langues nationales au Sénégal et détaille son parcours atypique qui l'a déterminé à devenir une figure incontournable de l'édition en langues locales.
Titulaire d'un baccalauréat littéraire et ayant débuté des études de philosophie à l'université, Mme Diop raconte comment son questionnement sur sa propre langue maternelle s'est développé au fil de son parcours. "J'ai découvert le potentiel de ma langue maternelle et j'ai découvert également que la langue est un vecteur de culture et également vecteur identitaire", explique-t-elle.
La maison d'édition qu'elle dirige, EJO Editions, fondée par l'écrivain Boubacar Boris Diop, est spécialisée exclusivement dans la publication d'ouvrages en langues nationales. Un choix qui ne va pas sans difficultés, notamment financières. "Nous travaillons sur fonds propres", précise-t-elle, tout en mentionnant quelques soutiens occasionnels comme celui du Fonds d'aide à l'édition de la Direction du livre.
Malgré ces contraintes, son engagement reste total : "On ne crée pas une maison d'édition pour attendre de l'aide. On crée une maison d'édition parce qu'on a envie de le faire", affirme-t-elle. Une philosophie qui reflète sa vision de l'édition comme un acte militant plus qu'une entreprise commerciale.
Pour Ndeye Codou Fall Diop, chaque livre publié en langue nationale représente une victoire et un héritage pour les générations futures : "Les paroles s'envolent et les écrits restent. Demain, quand on parlera de l'histoire culturelle et littéraire du Sénégal, on parlera également d'EJO et de LuDef Wou."
Le message central de cette prof de Wolo au Cesti est clair : un pays ne peut se développer en marginalisant la majorité de sa population. "Dans un pays où ceux qui comprennent et parlent les langues étrangères représentent peut-être 20 % de la population, je crois que tout ce que nous devons faire doit tourner autour des langues nationales", insiste-t-elle.
Cette conviction l'a également amenée à cofonder l'association Fonk Sunuy Làmmiñ, qui propose des cours gratuits d'alphabétisation en wolof, pulaar et serer. "Les cours sont gratuits, en présentiel et en ligne, et les gens peuvent s'inscrire et participer", précise-t-elle, soulignant l'engagement bénévole des membres de l'association.
Au-delà de l'alphabétisation, l'association organise également des événements culturels comme "Taataan" pour présenter des ouvrages en langues nationales et rendre hommage aux pionniers du domaine.
Interrogée sur la place des femmes dans le monde littéraire, Ndeye Codou Fall Diop est catégorique : "les femmes doivent s'exprimer parce que, comme on dit, elles sont mieux placées pour parler de leurs propres problèmes." Elle explique que les préoccupations et les perspectives féminines apportent une dimension essentielle à la littérature.
Pour encourager davantage les femmes à prendre la plume, elle recommande de "soutenir des événements comme 'Miss littérature' organisé par Salamata Ousman Diallo ou 'Le salon du livre féminin d'Amina Seck". Par ailleurs, elle suggère que l'on puisse mettre en place des ateliers d'écriture et aider les femmes à publier leurs ouvrages.