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4 avril 2025
Éducation
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
LES BONS RESSENTIMENTS D’ELGAS OU LES VAGUES ÉMANCIPATRICES DE LA DÉCOLONISATION
EXCLUSIF SENEPLUS - L'auteur produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Un penseur et un écrivain talentueux, humaniste et universel
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Dans l’arrière-pays mental d’Elgas, on peut reconnaître toutes les traces d’un penseur et d’un écrivain talentueux, humaniste et universel.
L’essai littéraire est un terrain fertile pour explorer des idées complexes et qui nécessitent souvent plusieurs tentatives. L’essai, à l’appui d'arguments précis, repose sur la réflexion et l’analyse de faits convoqués pour la circonstance. C’est le genre par excellence qui remet en cause la pensée et oblige le lecteur à reconsidérer son arsenal subjectif. L’essai est un court traité d’idées qui se focalise sur un sujet éclairé à travers un prisme choisi. Cet espace très important de l’expression critique est un élément fondamental de la pensée et de ses contradictions.
Dans son ouvrage, Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, El Hadj Souleymane Gassama, alias Elgas, passe en revue, à travers la littérature, la pensée intellectuelle et les sciences humaines de ces dernières décennies, les causes de l’inconfort africain, pour celui qui, par ses connaissances, son talent, son sens artistique, tente de déjouer tous les pièges de l'œuvre post-coloniale. L’auteur, par des chapitres progressifs, passe au crible tous les méfaits intellectuels et humains qu’a engendrés la colonisation.
Ainsi, il évoque plusieurs thématiques qui s’inscrivent dans cette démarche réflexionnelle. Sans tabou, il décrit les ravages de l’aliénation définie par Cheikh Anta Diop ou Franz Fanon entre autres, et comment une nouvelle ère s’est ouverte pour combattre toute allégeance au centrisme européen. Il dresse le portrait de ceux qu’on a accusés d’être des traîtres à l’identité africaine, des accusations parfois maladroites, car elles peuvent être perçues comme stériles.
De même, Elgas convoque le principe des nouveaux rebelles, défendant le panafricanisme et la renaissance, comme armure contre l’aliénation. Mais cette posture contient des nuances qu’il convient toujours de questionner. Car selon lui, il y aurait d’un côté les Africains du continent et les Africains de la diaspora, déjà façonnés par la culture de l’ailleurs ou plutôt de l’exil et qui n’auraient pas les mêmes perceptions de la tension permanente qui existe entre être africain et se penser en tant que tel et être africain déraciné au contact d’un espace qui fait tout pour enfermer. Car il faut le dire, l’accueil social réservé aux nouveaux immigrés est toujours stigmatisant. Il en va de même pour la jeunesse née en Europe, issue d’Afrique, qui est encore et toujours reléguée au second plan de l’organisation occidentale. Pour résister à l’aliénation identitaire, la littérature a souvent proposé deux visions : l’afro-pessimisme versus l’afro-optimisme. Mais cela ne semble pas suffire, nous dit Elgas. Car il y a notamment la question des langues nationales qui ne sont pas devenues les langues d’écriture. Dans la production scientifique ou littéraire, celles-ci combinent parfois à la langue française une forme de « tropicalisme » qui peut encore s’apparenter à une forme de soumission culturelle.
Ainsi, Elgas fait ici un portrait objectif de la situation de l’ère post-coloniale en Afrique et à travers sa diaspora qui n’en a pas encore terminé avec la justification identitaire. Alors quelle proposition fait Elgas pour remédier à ce trouble encore à l'œuvre ? Une bonne nouvelle, c’est de poursuivre la résistance en tout temps et en tout lieu car il existe toujours une faille dans laquelle toute entreprise de colonisation ne prend pas forme. Le simple refus à toute compromission est absout de toute aliénation et de toute corruption de l’esprit. Accepter le terme de “décolonisation” induit la réussite de l’empire colonial, défend Elgas. Force est d’admettre que nous avons conservé une grande partie de notre civilisation et de notre profondeur culturelle. L’avenir et la modernité sont également des affaires africaines, sans être assujetties à un ordre décolonisé. Il ne s’agit plus pour le continent africain d’entrer ou de sortir de l’espace colonial mais bien d’exister par lui-même et pour lui-même. Le risque étant de perdre trop de temps à discourir sur le désordre post-colonial alors que les Africains sont en mesure de créer un espace qui leur ressemble. Et l’urgence demeure de refuser la pensée unique pour conquérir une forme de liberté qui ne connaîtra aucune contestation.
Elgas produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Les contradictions permanentes, les rancœurs, la maltraitance de soi-même, les haines diverses sont les seuls profits à chercher les causes d’un immobilisme lié à l’histoire coloniale. La frise historique du continent africain est très grande, profondément multiple et plurielle. Le continent africain n’a pas pour seul horizon l’occupation européenne et ses méfaits. Elle a existé et a modifié la trajectoire africaine mais sans la déshabiller de ses fondements originels qui sont toujours actifs dans le monde contemporain. La démarche de la renaissance africaine est nécessaire pour recouvrer une pleine confiance mais le continent n’a pas besoin de sortir de la nuit, comme certains le prétendent, il n’a pas à ressusciter, les lumières sont suffisamment nombreuses. Il s’agit plus certainement d’éduquer à la justice cognitive, de porter les flambeaux d’une civilisation qui doit se saisir d’elle-même, de ses atouts pour contribuer, comme toute culture influente, à la modernisation et à l’avenir de l’Humanité.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, Elgas, éditions Riveneuve, Paris, 2023
El Hadj Abdourahmane Diouf propose une approche pragmatique basée sur le dialogue. Son objectif prioritaire : stabiliser le calendrier académique pour permettre aux étudiants de suivre un cursus normal
Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, El Hadj Abdourahmane Diouf a appelé hier, vendredi 06 décembre, les étudiants, les enseignants et les personnels administratifs, techniques et de service des universités sénégalaises à la paix. L’autorité est largement revenue sur les problèmes et maux qui gangrènent présentement le fonctionnement de ces temples du savoir. Des problèmes ayant pour noms l’insuffisance des budgets alloués aux universités, la non-stabilité des calendriers académiques, les bourses d’étudiants entre autres.
«Après huit mois de fonction, nous avons, après une tournée nationale, pu diagnostiquer les problèmes des universités. Il y a eu beaucoup de bruits par rapport à ce qu’on appellerait une crise mais moi je ne l’appelle pas une crise. Tout le monde sait que le budget doit s’inscrire sur 12 mois. Mais quand nous sommes venus, nous nous sommes rendus compte que le budget du Ministère de l’Enseignement Supérieur qui est environ autour de 300 milliards FCFA ne parvenait pas à couvrir la totalité de l’année et je l’ai dit dès les premiers jours et tous les recteurs l’ont dit ainsi que les syndicats d’enseignants et les directeurs des CROUS. Cela veut dire qu’il y a une unanimité sur cette question et qu’il ne s’est pas agi pour nous de nous retrancher autour d’un manque de moyens pour ne pas faire face à nos obligations », a déclaré Dr El Hadj Abdourahmane Diouf rappelant à l’époque que globalement l’Enseignement Supérieur avait besoin de 120 milliards FCFA en plus de 30 autres milliards FCFA de gap qui devaient couvrir les trois derniers de l’année écoulée soit 150 milliards FCFA pour régler les problèmes urgents de l’Enseignement Supérieur.
Le deuxième problème rencontré par les universités c’est celui, selon lui, de la stabilité de l’année voire du calendrier académique avec surtout le chevauchement des années universitaires. Il est revenu sur le séminaire de trois jours organisés à Saly Portudal pour débattre sur la situation des universités sénégalaises. Ainsi, a-t-il poursuivi, pour stabiliser l’année académique il faudrait que les étudiants soient orientés à temps dans les universités. « Le démarrage normal de l’année académique dépendait également de la disponibilité des infrastructures. La rentrée académique au Sénégal pour l’année 2024 c’est d’octobre à mars. », a-t-il expliqué. Cependant, il a tenu à préciser qu’il est toujours dans le temps de mises en œuvre de ses engagements afin de livrer les infrastructures promises, et que l’engagement qui a été pris c’est sur la durée de la rentrée. « Certains étudiants auront une année académique normale tandis que d’autres ne l’auront pas. Mais nous sommes encore dans le temps de réalisation de ses engagements. « J’ai reçu tous les représentants des étudiants et des syndicats des travailleurs bref toutes les parties prenantes des universités pour leur dire qu’on va vers la rentrée académique et toutes les conditions ne sont pas réunies mais essayons de nous serrer la ceinture et de réussir notre rentrée en sachant que le meilleur est à venir », a soutenu Dr Diouf qui dit être dans le principe de responsabilité et qu’il espère que les problèmes seront pris en charge après que le Président de République a promis de mettre en œuvre un programme d’urgence pour les infrastructures dans les universités.
Dr El Hadj Abdourahmane Diouf s’est dit toutefois surpris et écœuré par les scènes de violence dont les étudiants ont fait montre à l’Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ) menant à la fermeture de ce temple de savoir. « Je tiens à rappeler à l’intention de la communauté et de l’opinion publique, un ministre n’a aucun droit ni aucune prérogative pour fermer une université ; le Ministre de l’Enseignement Supérieur qu’on le comprenne, ne peut pas fermer une université ni le Recteur encore moins le Directeur du CROUZ. Il faut savoir comment fonctionnent les universités. C’est plutôt le Conseil académique regroupant toutes les entités de l’université qui, en toute liberté, sans ingérence du Ministre de l’Enseignement Supérieur, a pris la décision de fermer cette université », a-t-il ajouté.
« Je ne veux pas avoir la mort d’un jeune étudiant sur la conscience »
Mais il a déclaré qu’il n’est pas du tout contre cette décision de fermeture de l’UASZ car « cela vaut mieux une situation où il y aurait la mort d’un étudiant. Je ne veux pas avoir la mort d’un jeune étudiant sur la conscience. Je préfère être critiqué sur la fermeture d’une université qu’être critiqué toute la vie sur le fait d’avoir regardé faire dans une université du Sénégal des conditions qui ont abouti à la mort d’un étudiant ou d’un policier parce que cela peut venir de tous les côtés », a expliqué l’autorité ministérielle. Il a rappelé que leur objectif qui est de stabiliser l’année académique n’est pas de fermer une université. C’est ainsi qu’il a conclu en lançant un appel à la paix au sein des universités « car il est important de travailler pour les générations futures ». Toutefois il déclare avec fermeté qu’aucun étudiant d’aucune université n’a le droit de priver ses jeunes frères s’inscrire dans les universités sénégalaises. « Laissez vos jeunes frères et sœurs venir s’inscrire dans les universités », a-t-il lancé à l’endroit des pensionnaires de l’université de Sanar.
Réactions…
Alioune Sène, directeur de la maintenance, des constructions et des équipements
« Nous avons, dans le cadre d’un programme d’urgence, fait le tour dans toutes les universités du pays et nous avons constaté les problèmes soulevés par les étudiants. Nous avons recensé les projets qui peuvent finir à court, moyen et long terme. Nous avons l’Université Assane Seck de Ziguinchor où certains projets sont sur le point d’être livrés. Nous avons également prévu des travaux à l’Université Amadou Makhtar Mbow et au niveau de l’Université Virtuelle. »
Jean Amede Diatta, directeur des Bourses
Le Directeur des Bourses s’est prononcé sur les bourses nationales et celles étrangères. « Pour l’année académique 2023-2024, nous avons payé plus de 99 milliards FCFA pour les bourses nationales. Il faut aujourd’hui plus de solidarité de la part des étudiants qui doivent nous laisser payer selon notre rythme. Le montant des aides payées aux étudiants s’élève à environ 1 milliard FCFA. Pour les bourses étrangères, elles s’élèvent à plus de 6 milliards FCFA attribuées à des milliers de demandes. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 116 milliards FCFA de paiement des bourses nationales comme étrangères en plus aussi des aides. Il y a beaucoup de tuteurs et de désinformations sur le problème des bourses. »
Babacar Diop, directeur du Crous/UGB
Le Directeur du Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (CROUS) est revenu sur les conséquences des moyens de revendications des étudiants qui pèsent lourds à leur niveau. « Les revendications des étudiants sont certes légitimes mais impactent beaucoup sur le CROUS. Parmi les moyens des étudiants pour se faire entendre, ces derniers usent parfois de journées sans tickets ou de non-paiement des chambres, ces mesures coûtent chers au CROUS qui perd des dizaines de millions FCFA. Aujourd’hui l’Etat du Sénégal doit aux repreneurs des universités 23 milliards FCFA. Si vous continuez à user de ces moyens de lutte, vous ne faites que déplacer les problèmes parce qu’on doit énormément d’argent aux repreneurs et cela va asphyxier nos finances. Aujourd’hui les problèmes de l’assainissement sont presque résolus à plus de 90%. Nous lançons un appel à la communauté pour dire « aidez-nous à vous aider ». C’est aussi un appel à la paix que nous lançons autour des valeurs de respect. »
Saliou Diouf, vice-recteur de l’UGB
« La bonne information c’est de dire que le budget est insuffisant, les ressources humaines également et à ce niveau nous attendons l’accompagnement de nos autorités étatiques en augmentant les budgets alloués aux universités pour bien former nos étudiants. Il faudrait, chers étudiants, que l’on aille vers ce pacte de paix lancé ici à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis pour bâtir ensemble ce temple du savoir. »
LES ECLAIRAGES DE LA DIRECTION DES BOURSES
La Direction des bourses a communiqué, hier, les modalités et le calendrier de paiement des allocations d’études pour l’année académique 2024- 2025.
La Direction des bourses a annoncé le démarrage du paiement des allocations pour l’année académique 2024-2025, ce jeudi 5 décembre 2024. Dans une note portée à la connaissance des étudiants des établissements publics d’enseignement supérieur, elle a précisé que ces allocations sont payées annuellement, d’octobre à septembre.
La Direction des bourses a communiqué, hier, les modalités et le calendrier de paiement des allocations d’études pour l’année académique 2024- 2025. «La Direction des bourses porte à la connaissance des étudiants des établissements publics d’enseignement supérieur que les allocations d’études sont payées annuellement, d’octobre à septembre. Ainsi, la dernière mensualité de l’année académique 2023-2024 a été payée au mois d’octobre 2023, correspondant au dernier paiement de l’année universitaire. Néanmoins, un paiement pour les retardataires est envisagé après la clôture définitive des inscriptions dans toutes les universités. Ces arriérés de paiement concernent les étudiants inscrits tardivement ou omis dans les états de l’année académique 2023-2024», informe la Direction des bourses à travers un communiqué.
515 MILLE OU 815 MILLE F CFA A VERSER A CERTAINS ETUDIANTS
Selon la même note, la Direction a annoncé la mise en place de «renouvellements automatiques» pour anticiper sur les paiements de l’année académique 2024-2025. «Le renouvellement automatique consiste à payer tout étudiant n’ayant jamais redoublé antérieurement dans le même cycle et considéré à présent comme un potentiel redoublant en attendant sa réinscription», précise la note. Ce faisant, ajoute le document, «le paiement des mensualités d’octobre et de novembre, pour le compte de l’année universitaire 2024- 2025, commence ce jeudi 5 décembre 2024». Toutefois, la Direction des bourses prévient que ce système de renouvellement automatique prendra fin en mars 2025. Les étudiants non réinscrits à cette date ne pourront plus bénéficier de ces allocations pour l’année en cours. «Le paiement desdits renouvellements automatiques sera arrêté en fin mars 2025 pour tout étudiant non réinscrit jusqu’à cette date, au titre de l’année académique 2024- 2025», lit-on dans le document. Alors, si la Direction tente de rassurer, des étudiants en Master 1 de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) dénoncent un retard de 14 mois dans le versement de leurs bourses. En réponse, ils ont initié depuis ce mercredi 4 décembre, une série de protestations, débutant par une journée sans tickets, et annoncent leur intention de poursuivre leur mouvement tant que leurs revendications ne seront pas satisfaites. Pour certains étudiants en Master, les montants à verser peuvent atteindre 815 mille F Cfa ou 515 mille F Cfa, selon les allocations attribuées aux étudiants (65 mille ou 40 mille, plus les 35 mille de trousseau).
CONFESSIONS D’ENFANTS HORS SYSTEME EDUCATIF
Rencontrés au grand marché de légumes de Thiaroye Gare, dans la banlieue dakaroise, ces enfants nous confient les raisons qui les ont conduits hors du système éducatif.
À leur âge, leur place devrait être à l’école, dans les salles de classe, selon les normes universelles. Mais, faute de moyens financiers ou d’infrastructures scolaires dans leur village, ils s’activent dans le petit commerce, la conduite de calèches, le transport de bagages, ou encore le travail de chaudronnier… Rencontrés au grand marché de légumes de Thiaroye Gare, dans la banlieue dakaroise, ces enfants nous confient les raisons qui les ont conduits hors du système éducatif.
« J’ai 12 ans et je n’ai jamais été à l’école. Je n’ai aucune idée de ce qui s’y passe. Depuis que j’ai arrêté le daara, je suis au marché pour aider ma mère dans son commerce », raconte Ndeye Mbenda, toute souriante. Très à l’aise à côté de son étalage, cette jeune fille gère la table de sa maman, installée à l’arrêt de bus du marché de Thiaroye Gare, en direction de l’autoroute à péage. Habillée d’un t-shirt noir et d’un jean gris, avec un masque sur la bouche et la tête couverte d’un voile noir, elle s’occupe de ses clients, assise sur un grand tabouret qui lui permet d’être à la hauteur de sa marchandise.
Sur son étalage, un mégaphone portatif diffuse sa voix en boucle : « Briquet fouk ak diouroom la, niari briquets faan-weur », « Lipo deux cents le, lipo bo diél deux cents le », « Masque amena. Paquétou masques 1000 francs le. Masque bén diouroom, niari masques fouki deureum, ñienti masques 100 francs. Masque xaalé amena, masque maagu amena », « Mouchoir fouk ak diouroom le, niari mouchoir faan-weer », « Coco gindier amena, coco méw amena ». Ces phrases résument le contenu de l’étalage de la petite Mbenda, qui vient chaque jour au marché, de 8 h à 17 h. « Ma mère me rejoint dès que j’ai terminé de cuisiner », confie-t-elle.
Après quelques minutes d’échanges, sa maman, Awa Niang, nous rejoint avec un récipient d’eau fraîche. Elle vient renforcer le stock d’eau que sa fille a épuisé. Interrogée à son tour sur les raisons qui ont poussé sa fille hors du circuit scolaire, elle raconte : « Je ne me sentais pas bien. J’étais malade ces dernières années, c’est pourquoi Ndeye Mbenda a dû abandonner l’école coranique pour venir m’aider dans le commerce. Elle ne voulait pas aller à l’école. Son rêve a toujours été d’étudier le Coran. C’est pourquoi je ne l’ai pas envoyée à l’école française, contrairement à sa grande sœur qui a obtenu son baccalauréat et suit actuellement une formation diplômante. »
Le fardeau de la survie familiale
Si la petite Mbenda a la chance d’être aux côtés de sa maman pour mener son activité dans ce secteur dominé par les adultes, c’est tout le contraire pour Modou Diop. Originaire de Louga, ce jeune garçon âgé d’une dizaine d’années à peine, se faufile entre les voitures, les caristes et les grands, pour guetter les femmes qui descendent des bus. « Madame, vous voulez un sac ? Prenez un sac pour vos légumes ! », lance-t-il, avec insistance. Tout en sueur, en cette heure où le soleil est au zénith et tout couvert de poussière, il porte à l’épaule, à l’aide d’une petite barre en fer, des dizaines de sacs de riz de 25 kilogrammes vides, recyclés pour contenir des légumes. « Je viens de Louga et cela fait deux mois que je suis au marché de Thiaroye en tant que vendeur de sacs. Je n’ai jamais mis les pieds à l’école française. Je suivais des cours de Coran. Parce que dans notre village, il n’y a pas d’école. J’ai dû quitter le daara, car je devais aider mes parents. Je suis le fils aîné. J’ai deux jeunes frères et, grâce à ce que je gagne ici, ma mère subvient à leurs besoins », explique-t-il, d’un air timide. Cependant, Modou avoue qu’il aurait bien aimé être à l’école. « Malheureusement, dans notre village, il n’y a pas d’école. Et aujourd’hui, si j’avais l’aval de mes parents, je serais à l’école française. Mon plus grand rêve maintenant, c’est d’aller travailler à l’étranger, car ici, les temps sont durs », exprime-t-il, le regard perdu.
Comme lui, Abdou pense aussi à l’école de temps en temps. Ce jeune chaudronnier tient déjà sa cantine au marché de Thiaroye, à côté de celle de son oncle. Assis sur un petit banc en acier, il scie les couvercles des marmites pour tailler les parties débordantes. Ayant quitté l’école coranique très tôt, ce jeune de moins de 15 ans fut apprenti tailleur avant de se convertir en chaudronnier sous l’aile de son oncle maternel. « J’ai été à Touba et à Ndiaye Gueye, un village environnant de Touba, pour suivre l’enseignement religieux. Je n’ai jamais été à l’école. Dans ma famille, tous mes frères et sœurs ont étudié à l’école coranique. Comme tout enfant de mon âge, parfois, je rêve d’être à l’école. Mais, là, je préfère travailler pour aider mes parents plutôt qu’être à l’école. Même si, je reconnais qu’il est important d’être instruit », dit Abdou, les yeux baissés, tout en poursuivant son activité.
Un secteur parfois cruel
Dans un milieu dominé par les adultes, ces enfants soulignent que ces derniers ne sont pas toujours tendres avec eux. « Ce n’est pas évident, à mon âge, d’être dans ce milieu, mais je fais avec. Parfois, je rencontre des clients adultes qui sont très compliqués. Ils me disent parfois des choses désagréables. Mais, je ne leur réponds pas. Je me tais et me concentre sur mon activité », rapporte la petite Ndeye Mbenda d’un air désespéré. Si elle sait comment se comporter dans ce lieu de négoce où elle fait face à toute sorte de personnes, c’est parce qu’elle suit les conseils de sa maman. « Cela fait des années qu’elle m’aide dans le business. Je la sensibilise aussi par rapport aux risques de notre activité, surtout dans la zone où nous sommes. Heureusement, je ne la laisse pas aller trop loin. Elle reste juste dans les parages et devant mon étalage pour que je puisse avoir un œil sur elle. Je veille sur elle et elle ne traverse même pas la route pour aller vendre », raconte sa maman.
Le marché est également compliqué pour Mouhamed, qui a quitté l’école en 2017, en classe de CM1 (Cours moyen 1), à cause des « mauvaises notes » qu’il obtenait, pour devenir transporteur de bagages. « Le marché n’est pas facile pour nous les enfants. Parfois, on s’en sort bien, parfois c’est compliqué. Il peut arriver qu’on rentre le soir avec 500, 1000 ou 2000 francs CFA. Tout ce que je gagne, je le donne à mes parents. Mais, nous rencontrons beaucoup de difficultés », avoue-t-il d’un ton sec. À la question de savoir quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien dans leur travail, Mouhamed se tait un long moment. Sa mine change aussitôt, et ses yeux deviennent rouges. Il fixe son regard comme pour dénoncer quelque chose, mais aucun mot ne sortira de sa bouche. Au bout de quelques minutes, malgré notre insistance, il reste silencieux et, d’un regard fuyant, il lance : « Je retourne travailler », avant de s’éclipser dans la masse de vendeurs et d’acheteurs qui inondent les lieux en cette heure de la journée.
PAR Aminata Ndiaye
DE L'HISTOIRE AUX PRÉMICES D'UNE RÉFORME DU SYSTÈME ÉDUCATIF AU SÉNÉGAL
Sureffectifs chroniques, inadéquation entre formations et marché de l'emploi, instabilité du calendrier académique... l'université sénégalaise peine à trouver sa voie, entre héritage colonial et quête d'identité
Cette Contribution est extraite d'un ouvrage collectif sur la réforme dans les universités, à paraître incessamment.
Au Sénégal, l'école sous sa forme actuelle, n'est pas le produit du développement interne des sociétés traditionnelles. Elle est la création et l'évolution du réseau scolaire qui ont accompagné la pénétration française, dominée par l'idéologie de l'assimilation, davantage accentuée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C'est de cette école que le Sénégal indépendant a héritée (Fall, 2013).
Cependant, éduquer au national a toujours été une sollicitation récurrente pour les différents chefs de l'État sénégalais qui, chacun en ce qui le concerne, a fait de son mieux pour initier soit des réformes, soit des ajustements ou orientations allant dans ce sens.
... « L'éducation, la formation aux métiers, l'emploi, l'entreprenariat des jeunes et des femmes restent des défis majeurs à relever. J'en ferai une priorité élevée des politiques publiques, en concertation avec le secteur privé. Nous devons, à cet effet, revisiter les mécanismes existants, les améliorer et les rationaliser afin qu'ils répondent mieux aux besoins d'emploi et autres activités génératrices de revenus pour les jeunes. »
... « Il y a urgence à gagner notre souveraineté alimentaire en investissant plus et mieux dans l'agriculture, la pêche et l'élevage, les trois mamelles nourricières de notre pays. », (https://www.presidence.sn/fr/actualites.../ 03/04/24).
Même si ses prédécesseurs, quasiment tous avant lui, ont discouru dans ce sens, également, et bien que son discours soit allé plus en profondeur en impératifs à atteindre, eu égard aux résultats discutables jusque-là obtenus en dépit des efforts considérables déployés, ces extraits de l'allocution à la Nation, le 3 avril 2024, du nouveau président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, interrogent notre système éducatif en général et invitent davantage encore à une réflexion approfondie sur l'enseignement supérieur. Un diagnostic de ce « grand corps malade » qu'est le système universitaire public sénégalais s'impose à nous, en tant qu'acteurs et partie prenante du système, depuis plusieurs décennies.
Si on se prend au jeu, a priori, on constate que, dans sa globalité, trois à quatre épisodes de réformes se sont opérés dans le système d'enseignement sans que, toutefois, aucun de ces changements de paradigme n'ait inversé la baisse de qualité qui a été généralement opposée au système considéré, qui pourtant a évolué sans cesse, mais pas nécessairement avec succès.
À y regarder de plus près, la succession des réformes du système éducatif au Sénégal révèle, pour chacune des séquences, l'avènement d'un nouveau président de la République. Autrement dit, chaque président, tirant les leçons du passé, a impulsé « sa réforme », à sa façon, tentant de réinitialiser le système éducatif.
Fort de ce constat, il s'agit, dans cette contribution, de réaliser une analyse des contextes qui ont conduit, depuis l'indépendance, à la nécessité de réformes dans le système éducatif en général et dans l'enseignement supérieur public, en particulier, afin d'alimenter la réflexion sur la nécessité pressante de l'adaptation effective du système aux besoins nationaux, afin de transformer radicalement l'université sénégalaise.
L'exercice se propose ici d'examiner les mutations survenues dans le système au travers des réformes, d'exposer les arguments qui justifieraient l'impérieuse nécessité d'options novatrices à l'aide d'une démarche inclusive et, enfin, de susciter la réflexion en faveur de l'adaptation de l'enseignement supérieur aux besoins locaux pour sa contribution réelle à la prospérité économique jugée indispensable.
Les contextes des réformes dans le système éducatif, de l'indépendance à nos jours
Il est aisé de comprendre que, dès le début de l'indépendance, le contexte était en faveur d'une véritable refondation du système scolaire. Du président Senghor, nous retenons dans son rapport d'orientation au congrès de son parti, l'Union progressiste sénégalaise (UPS), en février 1962 à Thiès, qu'il a insisté sur la mission assignée à l'institution scolaire en ces termes :
« Il est question, disait-il, par l'École, de former le Sénégalais nouveau : un homme préparé à l'action, tourné vers l'action. Or celle-ci suppose, pour être efficace, d'être une action solidaire, faite par et pour l'ensemble de la Nation, dans un projet national unanimement concerté et réalisé. »
Ainsi, des innovations portant sur la question linguistique sont expérimentées à l'école primaire au travers de la méthode « pour parler français » du Centre de Linguistique Appliquée de Dakar (CLAD).
Toutefois, cette première tentative d'adaptation de l'enseignement du français, même si elle tenait compte des réalités linguistiques et socioculturelles, esquivait d'autres questions à la fois fondamentales et urgentes, celles de l'introduction des langues nationales à l'école et du choix d'une langue nationale d'unification.
Retenons cependant, que l'enracinement et l'ouverture, termes si chers au président-poète, vont constituer les deux axes fondamentaux de la loi d'orientation de juin 1971, jetant ainsi les bases théoriques d'une réforme qui, à terme, devrait permettre l'africanisation et la sénégalisation des enseignements.
Par la suite, en application de la loi d'orientation, le décret 72-862 a été articulé autour d'une nouvelle nomenclature du système éducatif. La structuration du système subdivisé en cinq niveaux reste en vigueur jusqu'à présent : l'éducation préscolaire, l'enseignement élémentaire, l'enseignement moyen, l'enseignement secondaire, l'enseignement supérieur (Cissé et al. 2016).
En dépit de ces adaptations parcellaires intégrant quelques réalités locales dans les contenus des programmes, le constat est que la période post indépendance n'a quasiment pas connu de transformations structurelles importantes du système éducatif dans sa globalité. Il est apparu qu'aucun changement significatif par rapport aux orientations et programmes de la période coloniale ne vit le jour malgré les efforts déployés pour reformer le système (Cissé et al., 2016).
Toutefois, au regard des tendances dominantes, il apparaît que la situation géopolitique mondiale, en n'épargnant pas le système éducatif des pays industrialisés, a également impacté ses homologues africains et sénégalais en particulier. Même si des prémices de bouleversement de paradigmes ont réellement commencé à émerger à l'approche des années 70.
Au niveau global, à la fin des années 1960, la survenue de certaines crises telles que la guerre du Vietnam, en suscitant un cycle de contestations de l'ordre existant et une remise en cause de la rigidité des relations humaines et des mœurs dans toute la société (Prost, 2004), a exacerbé le dépérissement de l'espoir d'une démocratisation de l'école : idéal si cher à Jules FERRY, père fondateur de l'école républicaine en France : une instruction publique, gratuite, obligatoire et laïque pour toutes et tous. La quasi-généralisation du mouvement mondial des mouvements de contestations qui s'est exprimée ouvertement en mai 1968, notamment dans les universités, pour se diffuser plus largement dans les années suivantes, n'a pas épargné, dans leur globalité, les systèmes scolaires jugés trop archaïques mais aussi trop injustes. De nouvelles valeurs centrées sur la justice et l'égalité mais aussi sur l'autonomie, la créativité et l'épanouissement personnel ont ainsi émergé partout à travers le monde (Prost, 1997).
La crise des années 70 et ses corolaires parmi lesquels la stagnation des économies industrialisées, l'apparition de nouvelles formes de pauvreté et le point de départ du chômage de masse, a fait le reste des lors que se consolidaient les jalons de la fin des « Trente Glorieuses ». Avec le taux de chômage grandissant, le diplôme a commencé à perdre de sa valeur, créant un désenchantement dans les classes moyennes, notamment parmi bon nombre de jeunes diplômés du système éducatif des pays occidentaux.
Ce nouveau contexte va de plus en plus imposer une nouvelle forme de demande sociale d'éducation. Il ne revient plus seulement à l'école de dispenser aux jeunes la culture et de leur fournir des diplômes ne pouvant pas leur assurer une insertion dans le monde du travail. Une visée utilitaire de l'école s'impose d'elle-même afin d'éviter l'exclusion et le chômage survenus à cause d'un contexte économique de récession. Des empreintes locales ont partout commencé à apparaitre dans les curricula et les systèmes d'enseignement.
Au Sénégal, le mouvement de contestations est également parti de l'université, même si l'élément déclencheur a été d'un tout autre ordre. La réforme Fouchet qui supprimait la première partie du baccalauréat, véritable facteur bloquant pour l'accès à l'enseignement supérieur, a été à l'origine d'une massification des nouveaux bacheliers arrivés à l'Université de Dakar. Les crédits alloués étant insuffisants pour satisfaire cette pléthore de boursiers, il a fallu réajuster les paiements sur 10 mois et non plus sur 12 comme cela a toujours été le cas, afin de satisfaire toute la masse des bénéficiaires. S'en sont suivies des contestations autour des bourses : l'étincelle qui fit sauter la dynamite, le point de départ d'un cycle de manifestations qui se déclenche, atteignant son paroxysme dans la journée du 29 mai 1968, marquée par une intervention policière dans le campus (Gueye, 2017).
Les contestations et les grèves répétitives des élèves et des étudiants se sont ainsi accentuées tandis qu'au niveau du primaire, la dénonciation de la méthode « pour parler français » matérialisée par le CLAD polarisait les critiques. La situation était devenue intenable avec la consolidation du mouvement syndical dans le milieu enseignant : le SUDES remplaçant en 1976 le SES, dissolu de manière arbitraire en 1973 (Fall. (2013).
La cristallisation de la situation dans une ébullition des forces et options en présence a d'ailleurs motivé l'une des premières décisions du nouveau Président de la République, Abdou Diouf, annonçant, ler janvier 1981, la convocation des États Généraux de l'Éducation et de la Formation, dès son premier discours radiotélévisé adressé à la Nation.
Pour se départir d'une école d'assimilation, il était apparu comme une nécessité impérieuse, d'adapter l'école aux réalités du pays, ce qui était devenu inévitable.
Pour cela, le préalable absolu était d'élever le niveau général basique, porteur de la pensée et de la culture du pays colonisateur, avec comme unique vecteur la langue française à maîtriser absolument, et ensuite élargir l'offre à toute la population concernée et ne plus s'adresser uniquement à une élite ingénument ou foncièrement alliée.
La seconde phase des réformes post indépendance démarre ainsi en 1981 avec les États Généraux de l'Éducation et de la Formation pour redéfinir une nouvelle vocation de l'école.
Pour le nouveau président de la République, Abdou Diouf, qui remplaçait ainsi le président Léopold Sédar Senghor, il était impérativement question de créer une école fondée sur les valeurs traditionnelles du pays, longtemps marginalisées, même si dans le même temps il fallait rester ouvert au progrès scientifique et technique mondial.
C'est ainsi que toutes les parties prenantes du système éducatif allant de la Communauté Internationale aux responsables des Agences de Développement, aux chercheurs, universitaires de diverses disciplines en passant par les syndicats, sont invitées du 28 au 31 janvier 1981, après plusieurs mois de concertations, à réformer le système éducatif dans la perspective d'une meilleure articulation des contenus à l'identité socioculturelle nationale et africaine.
« L'École Normale Supérieure est ainsi devenue une institution pédagogique avec un rôle primordial dans la formation des professeurs sénégalais des lycées et collèges du Sénégal. » (Cisse et al. 2016)
Toutefois, malgré tous les efforts déployés pour cette recherche de solutions, de nombreux problèmes persistent. Retenons cependant que, depuis ces États Généraux de 1981, le Sénégal connaît une intense activité de réflexion et de concertation sur le devenir et sur l'avenir de son système éducatif.
Quelle est la place de l'Enseignement Supérieur dans cette vague de réforme ?
En 1990, la fin du monopole universitaire de Dakar est actée avec l'ouverture à Saint-Louis, de l'Université Gaston Berger (UGB). Nous assistons par la suite, avec le président Abdoulaye Wade, à la création en 2007 de deux nouvelles universités à vocation régionale disséminées à l'intérieur du pays, à Thiès et Ziguinchor et d'un Collège Universitaire Régional (CUR) à Bambey, opérationnel la même année même si les textes qui l'ont créé remontent à 2004. Ce CUR constitue l'ancêtre de l'université de Bambey, présentement université Alioune Diop de Bambey.
« L'Université de Bambey est l'héritière du Centre Universitaire Regional (CUR) de Bambey, dont la création remonte en 2004 (cf. décret 2004-916 portant « création et organisation d'un CUR à Bambey »), même si les enseignements n'y auront finalement démarré qu'en 2007. Il s'agissait à l'époque de la première expérimentation au Sénégal du modèle du CUR, et à ce jour, elle reste encore une expérience unique. Selon les termes mêmes retenus à l'issue du séminaire de réflexion sur la carte universitaire (30-31 octobre 2002), les missions du CUR sont « de préparer les apprenants à la formation universitaire (...) et d'assurer la formation professionnelle », en contribuant « à la mise en place des conditions de qualification des citoyens par la formation continue » et en veillant « à valoriser et à développer les atouts (économiques, culturels et sociaux...) au niveau du site d'implantation et des zones voisines ». Dans le décret 2004-916, il est également stipulé que « le CUR est un établissement décentralisé de formation générale et professionnelle universitaire de courte durée répondant aux exigences du développement local », ce qui le distingue donc des universités classiques.
Depuis 2009, le CUR de Bambey a été transformé en université de plein exercice, suite à la promulgation du décret 2009-1221, portant « création, organisation et fonctionnement de l'Université de Bambey »'
En 2013, suite à la Concertation Nationale sur l'Avenir de l'Enseignement Supérieur au Sénégal (CNAES), organisée sous le magistère du président Sall, différentes lignes d'actions prioritaires ont été identifiées avec des recommandations permettant d'initier une réforme destinée à bouleverser en profondeur le système de l'enseignement supérieur. Cette réforme s'est voulue inclusive en impliquant quasiment des acteurs du système de l'enseignement supérieur au Sénégal et de la diaspora autour de paradigmes nouveaux. Les grands thèmes de réflexion ont concerné la gouvernance, la qualité, l'accès, le financement, les ressources humaines, la professionnalisation, l'utilisation des nouvelles technologies de l'information notamment, avec le développement des STEM', la réorientation vers les sciences, la technologie, et la mise en place de filières courtes, techniques et professionnelles avec le lancements des Instituts Supérieurs d'Enseignement Professionnel (ISEP) ; le but final étant, essentiellement, de faire de l'Enseignement Supérieur un levier capital pour le développement socioéconomique du Sénégal.
Deux principes ont été au cœur de l'élaboration des conclusions de cette CNAES : la vision dans le terme consistait à faire de sorte que l'enseignement supérieur et la recherche appartiennent de manière concrète à la Société. Pour cela il faut absolument que l'enseignement supérieur et la recherche deviennent le levier primordial du développement économique, social et culturel. Suite aux débats du 6 au 9 avril 2013 étaient ressorties 78 recommandations, 11 décisions et 69 directives.
Ainsi, de 2013 à 2022, se sont succédés, le programme des réformes prioritaires 2013/2017 de l'enseignement supérieur et de la recherche au Sénégal et le Plan de développement de l'Enseignement supérieur et de la recherche PDESR 2013-2022. Les 11 décisions retenues étaient les suivantes :
1. STEM et professionnalisation : Réorienter le système d'enseignement supérieur vers les sciences, la technologie et les formations professionnelles ;
2. ICT : Mettre les technologies de l'information et de la communication (TIC) au cœur du développement de l'enseignement supérieur et de la recherche ;
3. Gouvernance : Améliorer le pilotage du système d'enseignement supérieur et de recherche et réformer la gouvernance des établissements publics d'enseignement supérieur ;
4. Paix : Instaurer une culture de la paix au sein des établissements publics d'enseignement supérieur ;
5. Carrière : Favoriser la carrière des enseignants, des chercheurs et du personnel administratif, technique et de service ;
6. Affaires sociales : Faire de l'étudiant un acteur de sa formation, favoriser sa réussite et améliorer ses conditions de vie ;
7. Renforcer la carte universitaire pour favoriser l'accès, diversifier l'offre de formation et assurer la qualité de l'enseignement supérieur ;
8. STI : Donner un nouvel élan à la recherche et à l'innovation ;
9. Internationalisation : Ouvrir l'espace sénégalais de l'enseignement supérieur et de la recherche à l'Afrique et au monde ;
10. Gestion : Améliorer la gestion des budgets et de l'équité des universités en mettant en place des procédures et des mécanismes modernes et transparents ;
11. Investissement : Investir dans l'enseignement supérieur et la recherche à la hauteur de notre nouvelle ambition.
Les réformes intervenues dans le pilotage des universités ont amené un recadrage managérial par rapport à l'échelle institutionnelle, qui s'est traduit par un ensemble de dispositifs mis en place. Les instances de délibération sont hiérarchisées du sommet à la base et toutes les composantes de l'Université et de la société y siègent. Les décisions sont prises dans une démarche de co-construction et s'imposent ainsi à tous les organes exécutifs : personnel d'enseignement et de recherche (PER), personnel administratif, technique et de service (PATS) et étudiants).
Rappelons que l'Assemblée de l'Université (A.U) était un centre de décision pour les questions allant de l'ordre académique aux finances en passant par les questions disciplinaires. Avec la loi 2015-26 relative aux universités publiques, le Conseil d'administration, qui permet une meilleure ouverture sur le monde socioéconomique et la société, devient un organe délibératif en lieu et place de l'Assemblée de l'Université qui était présidé par le Recteur. La désignation du Recteur et du Secrétaire général de l'Université se fait après un appel à candidatures et sont créés des postes de Vice-Recteurs. L'Assemblée de Faculté ou Conseil d'Unité de Formation et de Recherche UFR est l'organe décisionnaire au niveau de la Faculté ou de l'UFR et peut éventuellement être présidé par le Recteur. L'Assemblée du département ou de section est la cellule de base de la faculté ou de l'UFR, sur le double plan de l'enseignement et de la recherche.
En outre, au sein des universités publiques, un ensemble de dispositifs vont être mis en place : les cellules internes d'assurance qualité (CIAQ) et des Centre de pédagogie universitaires (CPU), les incubateurs, les structures genre et équité, les responsables de médiation et de dialogue social, les organes de services à la communauté, les structures de génération de ressources, les comités d'éthique et de déontologie, les comités d'audit interne et les cadres stratégiques.
Le Conseil académique, remis entre les mains des universitaires, est l'organe de délibération de toutes les questions d'ordre académique. À ce titre, il a pour missions de délibérer sur les aspects scientifiques, académiques, pédagogiques, disciplinaires et de recherche. Il est chargé notamment de délibérer sur : les programmes et le contenu des enseignements; les mesures et les listes d'aptitude pour la promotion des enseignants et/ou des chercheurs ; le calendrier universitaire ; le régime des études et des examens ; les critères et mécanismes d'autoévaluation des programmes de formation ou d'études des filières des unités de formation et de recherche des facultés, des UFR, des écoles et des instituts selon les référentiels définis par l'Autorité Nationale d'Assurance Qualité de l'Enseignement Supérieur (ANAQ-sup) ; les mesures de nature à améliorer la qualité de l'enseignement et de la recherche ainsi qu'à développer la formation continue ; la création ou la suppression des filières et des structures.
Concernant la culture de l'évaluation institutionnelle, pédagogique, elle s'exerce sous la tutelle ministérielle par l'Autorité Nationale d'Assurance Qualité (ANAQ-Sup). La reddition des comptes s'opère à travers la création d'un comité d'audit au sein du Conseil d'Administration, d'une déclaration de patrimoine exigée de certains responsables par l'Office National de Lutte contre la Fraude et la corruption (Ofnac) et des missions ponctuelles des corps de contrôle qui sont l'Inspection des Affaires Administratives et Financières (IAAF), l'Inspection Générale des Finances (IGF), l'Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP), l'Inspection Générale d'Etat (IGE) et la Cour des Comptes.
Il est toutefois à constater que, même si cette dernière réforme de l'enseignement supérieur de 2013 à nos jours a pu contribuer à travers les grandes orientations à jeter les bases d'une dynamique sociale pouvant servir de leviers de développement (l'élargissement de la carte universitaire sur l'ensemble du territoire, le développement de filières scientifiques et techniques et l'augmentation des ressources investies pour la recherche et la formation des ressources humaines), des défis persistants restent à relever au regard des crises récurrentes qui continuent de secouer le système d'enseignement supérieur au Sénégal.
Une université qui évolue et tente de s'adapter aux besoins
Il serait d'un pléonasme criard que de rappeler que l'histoire de l'université au Sénégal est intimement liée à la colonisation française. En effet, Aristide Le Dantec avait créé en 1918 la première école africaine de médecine à Dakar pour pallier les besoins spécifiques en santé publique. Les 33 médecins français militaires ne pouvant plus suffire à couvrir l'Afrique occidentale française, il s'agissait de former du personnel autochtone pour lancer une campagne de santé publique étendue sur les territoires (Barthélemy, 2010). Avec le déploiement de la scolarisation au niveau primaire et secondaire, des étudiants ont commencé à être envoyés au sein des universités françaises et l'Université de Dakar, qui était d'abord un collège dépendant de l'université de Bordeaux, fut créée en 1957 en tant que 18° université française. Le personnel enseignant était majoritairement français de métropole à cette époque.
Aujourd'hui, l'enseignement supérieur au Sénégal, avec le chemin parcouru ces soixante dernières années, a formé des élites qui interviennent au niveau national et international. La recherche, qui n'a pas toujours les moyens escomptés, est cependant prolixe, remarquable et des partenariats multiples sont engagés dans des politiques de collaboration à l'échelle régionale et internationale, avec des institutions académiques, scientifiques, des ONG, des associations ou des entreprises. Toutefois, un enseignement supérieur stable et de qualité à l'instar des universités de renom au plan international (classements, ranking internationaux) n'est pas encore de mise malgré les transformations notoires amorcées dans la jeune république du Sénégal au fil des décennies, depuis les indépendances, avec les quatre présidents successifs que sont : Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall.
Le sous-secteur de l'enseignement supérieur dans son état actuel
Le sous-secteur de l'enseignement supérieur compte des établissements publics mais également des établissements privés pour lesquels l'ouverture a été autorisée en 1993. Malgré ce dispositif dont le maillage recouvre quasiment l'ensemble du territoire sénégalais, le secteur peine à absorber tous les sortants du cycle secondaire. Dans les années 2000, pour répondre à la pression démographique et afin d'absorber et de fixer les élèves dans leurs terroirs, un nombre important de collèges et de lycées a été déployé sur le territoire. L'élargissement de la carte universitaire ne s'est malheureusement pas réalisé de façon concomitante mais avec plus d'une décennie de retard.
• Le sous-système public d'enseignement supérieur compte en 2024 :
- 9 universités publiques :
• L'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) ;
• L'Université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB) ;
• L'Université Iba Der Thiam de Thiès (UIDT) ;
• L'Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ) ;
• L'Université Alioune Diop de Bambey (UAD B) ;
• L'Université Amadou Mahtar Mbow (UAM) ;
• L'Université du Sine Saloum Elhadj Ibrahima Niass (USSEIN) ;
• L'Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK), ex
Université Virtuelle du Sénégal (UVS), qui dispose de vingt-trois
(23) espaces numériques ouverts (ENO) répartis dans le pays ;
• L'Université Rose Dieng France-Sénégal (URD-FS) ex Campus franco-sénégalais (CFS) qui constitue la 9° Université du pays ; de droit sénégalais, à gouvernance paritaire entre le Sénégal et la France.
- Cinq (5) écoles d'ingénieur, dont quatre (4) intégrées à des universités et une école autonome (école polytechnique de Thiès) ;
- Six (6) instituts supérieurs d'enseignement professionnel (ISEP) qui offrent des formations professionnelles courtes de niveau bac +2 : ISEP de Thiès, ISEP de Richard-Toll, ISEP de Matam, ISEP de Bignona, ISEP de Diamniadio, et ISEP de Mbacké. Huit (8) autres ISEP sont en développement de sorte à couvrir les quatorze (14) Régions administratives du Sénégal.
3 Cf. Loi nº94-82 du 23 décembre 1994 portant statut des établissements d'enseignement privés, modifiée par la loi n°2005-03 du 11 janvier 2005.
• Le sous-système privé d'enseignement supérieur compte, de son côté, selon le rapport sur la situation de l'enseignement supérieur au Sénégal (SAGNA et al., 2022), quelques 230 établissements regroupés au sein de trois organisations faîtières que sont la Conférence des grandes écoles (CGE), la Conférence des établissements privés d'enseignement supérieur (CEPES) et la Fédération des établissements privés d'enseignement supérieur (FEPES)*.
En dépit des acquis engrangés par leurs prédécesseurs, les nouvelles autorités devraient s'atteler aux exigences contemporaines de l'enseignement supérieur. Le « Projet Sénégal Vision 2050 », dont ils sont porteurs, mérite ainsi une attention particulière pour déterminer la façon dont les acteurs devraient s'investir pour la mise en œuvre des propositions concernant l'Enseignement supérieur, la Recherche et l'Innovation.
Les défis actuels
Après l'évaluation des acquis à l'existant qui a déjà été mise en place, le chemin qu'il reste à parcourir vers l'atteinte d'objectifs ambitieux pour une nation qui compte beaucoup sur son système éducatif reste encore long. Car, malgré les résultats plus ou moins probants de la concertation de 2013, le rapport annuel de performance 2022 du MESRI met en lumière certains défis persistants à relever, que nous passons en revue ci-dessous :
• La normalisation du calendrier universitaire
Pour éviter le chevauchement des années académiques, le calendrier universitaire est l'outil indispensable qui se doit d'être maîtrisé et régularisé en tenant compte des perspectives d'échanges avec les universités partenaires à l'international.
C'est un aspect fondamental pour apporter une stabilité à un système d'enseignement qui doit répondre aux critères internationaux de qualité.
L'insatisfaction des trois acteurs du système, à savoir, les PER, PATS et étudiants et la contestation sociale qui s'ensuit induisant tout un cortège de maux, serait l'une des principales causes de ces décalages perpétuels des rentrées universitaires des établissements publics au Sénégal. Les grèves, les troubles à l'ordre public et la paralysie de l'économie sont souvent des conséquences du décalage des rythmes scolaires et particulièrement au niveau universitaire.
La problématique a fait l'objet d'un séminaire de trois jours en mai-juin 2024, sous l'initiative du ministre de l'Enseignement supérieur de la Recherche et de l'Innovation, Dr Abdourahmane Diouf, invitant ainsi toutes les parties prenantes du sous-secteur à réfléchir ensemble, de manière inclusive, autour de la question afin de proposer des solutions idoines permettant de décrisper la situation. Les conclusions et recommandations issues en cours de validation par l'autorité et les instances universitaires sont à mettre en œuvre pour une meilleure sortie de situation de crise.
• L'accroissement continu de la population estudiantine, la question de l'orientation des nouveaux bacheliers et de la mobilité
En 2023, il y a eu cent cinquante-cinq mille cent neuf (155 109) candidats au baccalauréat, soit une augmentation de près de 5 000 candidats par rapport à 2022.
Même si les résultats sont loin d'atteindre les standards internationaux régis par l'UNESCO en matière de ratio nombre de bachelier/ population totale, l'effectif total des admis au baccalauréat de 2023 a été de 77 427, avec un taux de réussite de près de 52% (dont 62% pour le public).
Conséquemment la population estudiantine est en perpétuelle augmentation : en 2023, elle était de 269 556 étudiants répartis entre les établissements publics et privés, dont 137 393 hommes et 132 163 femmes (soit 49,03% de l'effectif). La part des bacheliers sénégalais qui partent étudier à l'étranger ne représente que 7% de ceux qui optent pour une mobilité internationale. En 2023, 15 252 étudiants sénégalais ont été recensés en France, qui est la première destination de nos étudiants à l'étranger (en cinq ans une évolution de + 39% a été constatée). Le Maroc (avec 1251 étudiants en 2021) se trouve en deuxième position et le Canada suit de près (1239 étudiants en 2021) avec des campagnes de recrutement d'étudiants de plus en plus attractives. Malgré le mythe lié à cette mobilité internationale qui offrirait plus d'espoir pour l'avenir, la grande majorité des étudiants sénégalais reste étudier au pays. Ainsi la pression sur les établissements d'enseignement supérieur sénégalais est très forte.
Il reste aussi à prendre en considération les effectifs d'étudiants potentiels exclus actuellement du système universitaire : les bacheliers « cartouchards », autrement dit ceux qui ressortent de l'université avec le même diplôme qu'à l'entrée, en l'occurrence le baccalauréat sans autre diplôme en sus mais aussi les non-orientés pour quelque motif que ce soit (non maîtrise du système de demande d'orientation pour la plupart du temps), la règle étant que tous les bacheliers accèdent à l'université. Certains de ces omis du système optent pour une insertion professionnelle, souvent précaire. Ce sont ainsi, des milliers de jeunes qui peuvent rester insatisfaits car n'ayant pas eu l'opportunité de poursuivre leurs études et qui peuvent se retrouver dans une situation de vulnérabilité.
Selon l'Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, en 2022, le taux brut de la scolarisation des 19-23 ans dans l'enseignement supérieur était de 16,09 % et le taux de chômage de la population en âge de travailler autour de 20%. Selon le Bureau International du Travail, ce sont 3,26 millions de travailleurs de 15 ans et plus® au Sénégal qui occupent un emploi informel. Le nombre de jeunes sans emploi ou en emploi précaire reste difficile à déterminer. Toujours est-il qu'il existe une part très importante de jeunes sénégalais à intégrer et à prendre en charge par le système d'enseignement supérieur au Sénégal afin de leur permettre de monter en compétences et d'accéder à un emploi décent.
• La nécessité de renforcement de l'enseignement en distanciel et autres défis à relever
Au regard des aménagements opérés suite à l'amorce de mise en œuvre des certaines recommandations issues de la dernière réforme, le constat révèle que ce sont des changements majeurs du mode de fonctionnement des universités qui impactent le mode d'organisation des différents services et les relations hiérarchiques des acteurs qui interviennent dans le déroulement des programmes.
Il faut remarquer que l'administration universitaire tendrait à se professionnaliser pour répondre aux défis imposés par les dynamiques sociales au travers d'une contractualisation auprès des politiques publiques avec le contrat de performance (CDP), le développement d'un budget de programme et la dématérialisation progressive des procédures.
Pour procéder à une évaluation de ces dispositifs, il faudrait un recul un peu plus important. Cependant, force est de constater qu'avec les effectifs actuels, le système éducatif a du mal à être performant et n'arrive pas à intégrer une part importante de la masse de jeunes scolarisables à tous les niveaux. Les capacités d'accueil des infrastructures publiques d'éducation sont en-deçà des besoins provoquant une régulation des flux à l'entrée des universités. Malgré les dispositifs mis en place (IFOAD) et le programme « un étudiant, un ordinateur », l'enseignement à distance au sein de l'ensemble des universités n'a pas encore atteint le niveau escompté. L'UVS, devenue présentement l'UN-CHK avec un effectif qui avoisine les 80.000 étudiants avait, à son lancement en 2014, démarré ses activités dans des conditions d'urgence, avec près de 2 000 nouveaux bacheliers orientés ; elle est rapidement devenue la deuxième université du Sénégal en termes de nombre d'apprenants. Ainsi, même si l'apparition de la crise sanitaire du Covid19 a accéléré les initiatives dans ce sens, les autres universités peinent encore à intégrer l'enseignement à distance dans leurs programmes de formation. De nombreux défis restent encore à relever :
- Le renforcement du dispositif technologique et de la capacité de formation dans les Sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM) s'est effectué à travers le développement des écoles d'ingénieurs, des ISEP, des facultés ou UFR à orientations scientifique et technique. Également, l'on a assisté, comme ci-dessus indiqué, à la mise en place en 2014, de l'Université virtuelle sénégalaise (UVS) et des Espaces Numériques Ouverts (ENO) dans chacune des régions du Sénégal. Cela a permis de désengorger les amphithéâtres même si le nombre d'étudiants reste encore important dans les universités par rapport aux capacités d'accueil. S'y ajoute la création d'une multitude de plateformes en ligne à travers le Système d'Information et de Gestion de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (SIGESR) ;
- La stabilisation du nouveau modèle pédagogique et la sensibilisation des utilisateurs (corps enseignant et étudiants) à l'intérêt d'un enseignement hybride, en distanciel, co-modal ou bi-modal, reste encore à renforcer ;
- La généralisation de la formation et de la professionnalisation des tuteurs qui occupent une part importante du corps enseignant de l'université virtuelle ? ;
- L'optimisation du système d'évaluation et de correction des examens qui présente des faiblesses notoires ;
- L'amélioration et la garantie de la qualité des programmes de formations respectant les référentiels-qualité de l'ANAQ Sup et du CAMES.
Les tuteurs jouent le rôle de relais entre les étudiants et la plateforme de l'UVS. Les principales activités pédagogiques des tuteurs consistent : à accueillir et à orienter les apprenants au sein des plateformes d'apprentissage, à y animer des activités pédagogiques (TD, classes virtuelles, forums, etc.), à animer (en présentiel ou à distance) les activités de remédiation au bénéfice des apprenants, à superviser le bon déroulement des activités d'apprentissage, à participer activement au suivi des apprentissages et à la motivation des apprenants, à préparer les apprenants aux évaluations, à contribuer au bon déroulement des évaluations (surveillances, corrections, délibérations, etc.), à participer aux dispositifs dédiés à l'amélioration permanente des enseignements et des apprentissages.
Vers une nouvelle réforme de l'Enseignement supérieur ?
Au plan global et continental, l'évocation de certains évènements naturels et sociaux survenus au cours de ces dernières années, entre autres, Covid, vague de chaleur, inondations, coups d'États militaires dans la zone sahélienne, guerre en Ukraine, prémices de redistribution de la carte géopolitique mondiale, etc., suffit à démontrer que nous vivons dans un monde préoccupant et imprévisible.
Des effets directs du changement climatique au développement des mégalopoles, à la montée en puissance de l'intelligence artificielle en passant par les dynamiques démographiques, notamment en Afrique et au Sénégal, la jeunesse de la population accentue les autres besoins en autosuffisance alimentaire, en infrastructures et moyens indispensables pour une meilleure prise en charge sanitaire. Autant de forces structurelles qui contribuent ainsi à la nécessité de reconsidérer les risques auxquels les populations sont globalement exposées. Ces processus de mutations posent un redoutable défi aux systèmes de prise en charge de tout ordre des populations, notamment au sein des États africains qui éprouvent beaucoup de difficultés à protéger la vie et le bien-être des communautés, tout en soutenant la poursuite d'une activité économique hypothétique.
Sur un autre registre, au plan régional et local, à l'heure des innovations et de la mobilisation des forces partout au travers du monde pour une émergence économique durable, la jeunesse africaine fuit quasiment, sans déchirement, son continent par l'intermédiaire d'une émigration régulière et clandestine principalement vers l'Europe mais aussi vers d'autres pays du monde. À partir de villes telles que Dakar, les migrations vers l'Europe, les USA et d'autres continents, occupent 55% de la dynamique spatiale. Les exodes s'accentuent à la faveur de troubles politiques et économiques qui se multiplient dans les pays d'origine. Certaines de ces formes d'exode sont considérées comme suicidaires ; pourtant, au Sénégal, le choix est assumé par de nombreux jeunes, candidats à ces départs à conditions périlleuses.
Au regard de tous ces faits, le contexte est fondamentalement propice à l'adoption de démarches et d'adaptations nouvelles et innovantes dans la formation, la recherche universitaire prenant en compte les réalités nationales et locales, valorisant les pratiques et savoirs endogènes, tout en s'appuyant sur l'exploitation judicieuse des ressources naturelles propres pour l'amélioration du quotidien de nos compatriotes.
Même si le leitmotiv reste partout semblable, c'est-à-dire chercher la qualité en intégrant les fondamentaux socioculturels, au Sénégal, une « adaptation aux besoins nationaux » s'avère être d'une nécessité impérieuse. Cela d'autant que le contexte récent a fait que les universités ont quasiment touché le fond avec leur fermeture intégrale d'abord, puis partielle, imposée par le Covid-19, et plus récemment leur fermeture quasi arbitraire et sectorielle ; le privé universitaire n'étant pas concerné. Cette situation liée au contexte sociopolitique pré-électoral s'est traduite par des actes de vandalisme qui ont ébranlé l'université-mère (Ucad). Celle-ci a vu sa bibliothèque et nombre de ses infrastructures aussi bien dans le campus social que pédagogique saccagées mais aussi une partie de ses archives brûlées.
Au demeurant, dans un contexte de réouverture de l'université publique en 2023-2024 pratiquement au milieu du calendrier académique malgré les séquelles encore visibles des perturbations ci-dessus évoquées, on assiste quasiment à un redémarrage difficile de l'année en cours. Toutefois, il semble crucial, suite de l'évaluation du système LMD après quasiment plus de 15 ans d'effectivité de mettre en œuvre de manière effective les recommandations issues du diagnostic approfondi qui semble révéler que le dérèglement constaté semble émaner d'une application quasiment pas très appropriée du système. On assiste en effet, non pas à un système LMD mais à des systèmes LMD appliqués différemment au sein des universités sénégalaises. En conséquence, afin d'avoir une meilleure idée de l'efficacité de la CNAES, une évaluation tangible des résultats de son application, plus de 10 ans après sa tenue, devient un impératif. Au regard du contexte géopolitique mondial, africain et local, tout pousse à croire que les nouvelles autorités ne tarderont pas à imprimer leur empreinte sur une nouvelle réforme pour l'enseignement supérieur. Tout indique, en effet, qu'on s'achemine, comme ont eu à le faire ses prédécesseurs, vers une nouvelle réforme à associer au président Bassirou Diomaye Diakhar Faye.
Références : bibliographie/ webographie
Autorité Nationale d'Assurance Qualité de l'Enseignement Supérieur, ANAQ-Sup (2023), Rapport d'activités et de résultats de l'année 2022, Dakar, Sénégal
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Fall A., (2013), « L'école et la nation au Sénégal de 1960 à nos jours. L'histoire d'un malentendu », p. 455-466, ENS Éditions, Lyon, FRANCE.
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Goudiaby, J. & Pilon, M. (2022). La progression de l'enseignement supérieur au Sénégal : des inégalités persistantes. Mondes en développement, nº197, 59-
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Aminata Ndiaye est Professeur titulaire des Universités (UCAD), Directrice des Affaires académiques et juridiques - Direction générale de l'Enseignement supérieur (MESRI).
UNE TRAGÉDIE MÉCONNUE
De la vendeuse de fruits au jeune lycéen, rares sont les Sénégalais qui connaissent vraiment l'histoire du massacre de Thiaroye. Même les descendants des tirailleurs constatent avec amertume que leur sacrifice tombe progressivement dans l'oubli
Ils sont nombreux les Sénégalais qui ignorent ce pan de l'histoire coloniale commune au Sénégal et à l'Afrique francophone. Le 1er décembre 1944, au petit matin, plusieurs dizaines de tirailleurs sénégalais, ayant combattu pour la France pendant la Seconde Guerre, ont été tués par les forces coloniales françaises. Les rares personnes à connaître véritablement cet épisode douloureux de l'histoire coloniale sont les descendants des tirailleurs qui n'étaient pas que des Sénégalais. Ils venaient de 17 pays d'Afrique francophone : Sénégal, République de Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Comores, Congo Brazzaville, etc.
En ce début d'après-midi de lundi, le soleil darde ses rayons. Aissatou, vendeuse de fruits, met en sachet pommes, clémentines. Cette jeune dame, qui dit avoir fait des études jusqu'au CM2, avoue ne pas connaître l'histoire des tirailleurs sénégalais. « C'est quoi ? », s'exclame-t-elle. Sa réaction arrache un sourire au doyen Cheikh Ndiaye, professeur des sciences, de la vie et de la terre. « J'avoue que je connais bien l'histoire des tirailleurs sénégalais ; j'en entends d'ailleurs parler à la radio le 1er décembre de chaque année », confie le septuagénaire. Le massacre des tirailleurs sénégalais est une tragédie méconnue. Ils sont nombreux les Sénégalais qui ignorent ce pan de l'histoire coloniale commune au Sénégal et à l'Afrique francophone. Le 1er décembre 1944, au petit matin, le camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, a été le théâtre d'un événement tragique.
Latyr Pouye en fait partie. « Mon grand-père était un tirailleur et il était un rescapé du massacre de Thiaroye en 1944 », dit-il fièrement. Vigile dans une société de la place, le jeune homme précise que son grand-père l'entretenait souvent de la vie des tirailleurs sénégalais dans les champs de guerre en Europe. « Quand mon grand-père me racontait la guerre, il était un homme. À travers son récit, il me tenait en haleine et me plongeait dans l'atmosphère du conflit », déclare Latyr Pouye. Le jeune homme ajoute que jusqu'à sa mort, son aïeul n'a pas compris le geste des forces coloniales françaises. « La France a été ingrate et injuste à l'égard de nos grands-parents qui ont combattu pour sa libération dans des conditions difficiles », témoigne le vigile, ajoutant que l'histoire des tirailleurs sénégalais mérite d'être connue. « Nos grands-pères ont fait preuve de bravoure dans les champs de bataille en Europe. Malheureusement, après avoir échappé à la mort en Europe, ils ont été lâchement tués à leur retour en Afrique. Leur histoire doit être vulgarisée », insiste Latyr.
Enseigner cette histoire
Dr Adama Baityr Diop, historien qui a enseigné l'histoire générale de l'Afrique à l'université Gaston Berger de Saint-Louis, salue l'initiative du gouvernement. « C'est une heureuse initiative. Les présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall se sont intéressés à la question, mais la décision du Premier ministre Ousmane Sonko de commémorer et de mettre en place un comité scientifique est importante pour le présent et pour l'avenir du Sénégal, surtout dans le contexte africain. Pour la première fois, l'État sénégalais a décidé d'organiser une commémoration d'une grande ampleur », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette commémoration est un évènement marquant de l'histoire du Sénégal et de l'Afrique francophone. « Il est important de se remémorer de cet évènement et d'écrire sur le parcours des tirailleurs », insiste l'enseignant à la retraite, aujourd'hui âgé de 80 ans. L'octogénaire milite même pour l'enseignement de ce pan de l'histoire pour contribuer à la construction d'une mémoire collective partagée et fondée sur la connaissance de notre histoire. « Il faut enseigner cette mémoire dans tous les ordres d'enseignement (de l'élémentaire au supérieur). Les jeunes d'aujourd'hui ont besoin de repères. La mémoire des tirailleurs est importante pour l'intégration africaine », affirme l'enseignant à la retraite.
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BAYE MBALLO, LE PEINTRE QUI SUBLIME LE JAZZ
Le Prof Magueye Kasse décrit le peintre octogénaire Baye Mballo Kébé à qui la BICIS rend hommage à travers une expo à l’agence prestige de la Banque à Dakar dans le cadre de la 15e édition de l’art africain contemporain.
La Banque internationale pour l’industrie et le commerce du Sénégal (BICIS) a rendu hommage au peintre Baye Mballo Kébé dans une exposition qui entre dans le cadre des OFF de la 15e édition de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art) qui met en avant les œuvres de cet artiste connu comme un des précurseurs de la peinture au Sénégal. Pour Magueye Kasse, Baye Mballo sublime le jazz et le blues.
Grand artiste, mais peu connu du grand public, Baye Mbaye Kébé n’en demeure pas moins un artiste de grand talent ayant obtenu beaucoup de distinctions pour la finesse et la justesse de son pinceau depuis des décennies.
Passionné de musique et plus précisément du jazz, dans cette expo hommage sélectionnée pour la Biennale, l’artiste sublime le jazz et le blues dans ses majestueux tableaux à l’agence prestige de l’institution bancaire.
Lors de la cérémonie de vernissage, les différents speakers ont témoigné de l’humilité, de l’humanité de l’homme ainsi que de la qualité de ses œuvres.
Le Prof Magueye Kassé, critique d’arts connu et reconnu, connaît très bien l’artiste dont on parle. Pour le Prof Kassé, regarder ces tableaux donne l’impression de suivre un concert de jazz presque en direct.
Le vernissage s’est tenu en présence des amis, des proches de la famille et de quelques personnalités. En marge de cette cérémonie d’hommages, le Prof Magueye Kassé décortique l’œuvre de l’artiste.
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LA MÉMOIRE DES TIRAILLEURS INSTITUTIONNALISÉE
Un mémorial et un centre de documentation verront le jour à Thiaroye, tandis que des rues porteront le nom de cet événement tragique. L'histoire des tirailleurs intégrera les programmes scolaires, assurant sa transmission aux générations futures
Le président Bassirou Diomaye Faye a dévoilé ce samedi 1er décembre à Dakar plusieurs mesures de préservation de la mémoire des tirailleurs sénégalais, à l'occasion du 80e anniversaire du massacre de Thiaroye.
En présence de plusieurs chefs d'État africains, le président Faye a annoncé cinq mesures majeures pour réhabiliter cette page sombre de l'histoire commune à 17 pays africains. "J'initierai plusieurs mesures de réappropriation de cette histoire commune avec 16 pays africains frères", a déclaré le chef de l'État sénégalais.
Au cœur de ces initiatives figure l'érection d'un mémorial à Thiaroye, conçu comme "un lieu de recueillement et de mémoire ouvert à toutes les nations dont ils étaient originaires ainsi qu'au public". Cette première mesure sera complétée par la création d'un centre de documentation et de recherche dédié aux tirailleurs, destiné à "conserver la mémoire" en recueillant "archives, témoignages et récits".
Le président a également annoncé que des rues et des places porteraient désormais les noms des soldats et de cet événement tragique, "pour inscrire leur sacrifice dans notre quotidien et notre histoire collective". L'histoire de Thiaroye sera par ailleurs intégrée aux programmes scolaires, permettant ainsi aux "générations futures de grandir avec une compréhension approfondie de cet épisode de notre passé".
Enfin, point d'orgue de ces mesures, le 1er décembre a été officiellement décrété "journée du tirailleur", en mémoire du massacre de Thiaroye.
"Cette commémoration ne doit pas être qu'un moment de recueillement", a souligné le président Faye, "qu'elle soit un serment renouvelé, un serment de justice, un serment de mémoire, un serment de vérité pour que plus jamais Thiaroye et les événements similaires ne se répètent sous aucune forme nulle part ailleurs dans le monde".
Ces annonces interviennent dans un contexte marqué par une avancée significative : la reconnaissance officielle par le président français Emmanuel Macron, dans une lettre envoyée à son homologue sénégalais, que "les événements de Thiaroye en 1944 ont abouti à un massacre".
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HOMMAGE À UN PILIER DE L'ÉCOLE DE DAKAR
L’artiste Zulu Mbaye décrit Baye Mballo Kébé, un des précurseurs de la peinture au Sénégal, à qui la BICIS rend hommage dans le cadre des Off du Dak’art 2024, à travers une exposition au sein de l’agence prestige de l’institution bancaire.
La Banque internationale pour l'industrie et le commerce (BICIS) a procédé au vernissage d’une exposition ce jeudi 21 novembre 2024 au sein de son agence prestige ou un hommage mérité a été rendu à l’artiste Baye Mballo Kébé, un artiste multidimensionnel, peu connu du grand public en dépit de son immense talent et de ses distinctions obtenues sur le plan international. Dans cette entrevue, en marge de cette exposition, l'artiste Zulu Mbaye explique qui est Baye Mballo Kebe.
L’hommage est rendu à Baye Mballo Kébé dans le cadre de la 15e édition de la Biennale de l’art africain contemporain dans le sillage des expos Off et c’est aussi une fois de plus le soutien de cette institution bancaire au secteur de l’art.
Précurseur de la peinture au Sénégal avec quelques-uns de ses confrères, c’est à un cet homme aux 80 ans bien revoulus dont le pinceau demeure encore alerte, que la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Sénégal (BICIS), a rendu un hommage mérité au sein de son agence Prestige, en présence d’importantes personnalités, de familles, d’aficionados et de simples curieux ou férus de l’art. Cette exposition très jazzy met en valeur des œuvres dont le penchant pour le jazz est manifestement indubitable.
Artiste multidimensionnel, grand manitou de l’école dite de Dakar en matière d’art, le peintre, l’octogénaire discret et fin a eu droit à l'hommage digne de son œuvre. Discret de caractère, mais aussi de par la corpulence, l’homme prêt à engager chaleureusement une discussion avec quiconque l’accoste.
Baye Mballo est jugé à sa juste valeur par ceux qui connaissent l’homme, qui maîtrisent la finesse de son pinceau et ont expérimenté très souvent son humilité et sa discrétion remarquables. C’est le cas du peintre Zulu Mbaye, directeur du village des arts et bon connaisseur de Baye Mballo Kebe. «Baye Mballo Kebe fait partie de ce qu’on a appelé l‘école de Dakar. C’est quelqu’un qui a fait des études très sérieuses. Après l’école des beaux-arts, il est allé en France ou il a eu beaucoup de distinctions et de reconnaissance avant d’être connu dans son pays », explique Zulu Mbaye.
LE GOUVERNEMENT INVITE A EN FAIRE UNE PRIORITE DANS SON AGENDA
Amnesty International Sénégal, la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), la Ligue Sénégalaise des Droits Humains (LSDH) et Article 19/Afrique de l’Ouest et Sénégal sont pour le statut des daaras
Amnesty International Sénégal, la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), la Ligue Sénégalaise des Droits Humains (LSDH) et Article 19/Afrique de l’Ouest et Sénégal invitent les nouvelles autorités à inscrire, en priorité dans leur agenda la transmission à l’Assemblée nationale pour vote, le projet de loi portant statut des daaras, adopté en Conseil des ministres depuis juin 2018. C’est par le biaisun communiqué conjoint rendu public avant-hier, mercredi 27 novembre, en prélude de la Journée nationale du daara, célébrée hier, jeudi 28 novembre 2024.
«A l’occasion de la célébration de la Journée nationale du daara - école coranique en langue nationale wolof - le jeudi 28 novembre 2024», la RADDHO, LSDH, AfrikaJom Center, Amnesty Sénégal et Article 19, «appellent le président de la République, Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye et son gouvernement à inscrire en priorité dans leur agenda la transmission à l’Assemblée nationale, pour adoption, le projet de loi portant statut des écoles coraniques adopté par le conseil des ministres le mercredi 6 juin 2018».
Selon les signataires du texte, «Le projet de loi a été élaboré après de longues concertations impliquant toutes les parties prenantes de l’enseignement coranique et de la protection des droits de l’enfant au Sénégal : l’Etat, les associations de maîtres coraniques et la société civile. Ce projet de loi organise l’enseignement coranique et fixe ses modalités de financement. Il bannit la maltraitance des enfants et crée des passerelles avec le système de l’éducation nationale notamment l’enseignement technique et professionnel. Avant son examen et son adoption en Conseil des ministres, le projet de loi a été présenté aux principaux chefs religieux musulmans du pays et a recueilli leur adhésion. Son adoption par l’Assemblée nationale et sa promulgation constitueraient des actes forts en matière de protection des droits de l’enfant».
Pour ces organisations de la société civile spécialisées dans la défense des droits humains, «Bien que des efforts aient été faits par l’Etat et des privés pour créer des daaras modernes, l’enseignement coranique au Sénégal reste dominé par le modèle traditionnel du daara. Des centaines de milliers d’enfants qui apprennent le Coran dans les daaras traditionnels sont soumis à la maltraitance et à l’exploitation par la mendicité en violation flagrante de la loi et des traités régionaux et internationaux des droits humains dont l’Etat du Sénégal est partie, notamment la Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant», lit-on dans le document signé Yéya Birane Wane pour la RADDHO, Alassane Seck pour la LSDH, Alioune Tine d’AfrikaJom Center, Alfred Bulakali pour Article 19 et Seydi Gassama pour Amnesty International Sénégal
Le ministère de l’Education nationale a organisé hier, jeudi 28 novembre 2024, la 3e édition de la Journée nationale des Daara. Cette célébration présidée par le Chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, est «dédiée à ces piliers de notre patrimoine spirituel et éducatif». Au programme, il y avait des échanges, des panels et une célébration de l’excellence et de la spiritualité, informe le ministère de l’Education.