Ce qui se passe au Sénégal au sujet des violences faites aux femmes est très inquiétant.
Les femmes sont la cible de harcèlements incessants et quand ce n’est pas de la cyber-violence, c’est directement à leur personne et à leur corps qu’on s’en prend.
Nous devons faire beaucoup plus pour que les femmes se sentent en sécurité au Sénégal et avant tout briser le tabou du viol qui est largement minimisé. Il faut encourager les femmes à parler, c’est la seule façon de lutter.
La violence contre les femmes est un fléau parallèle aux inégalités. Les comportements sexistes et les violences sexuelles sont liés notamment à la persistance dans la société des inégalités entre les femmes et les hommes. Cette violence contre les femmes est perpétuée par des lâches et des criminels, mais quand il est question de viols sur des enfants, là il s’agit de monstres.
Malgré la promulgation en janvier 2020 de la loi criminalisant le viol et la pédophilie, les prédateurs sont en recrudescence et désormais, il ne se passe aucun jour sans que les médias ne parlent de viol, de pédophilie ou d'actes de barbarie à l’encontre des femmes et des enfants.
Pour qu’une société parvienne à protéger ses enfants et à prévenir des violences sexistes et sexuelles à l’école, il faut que son institution ait un discours autoritaire fondé sur le respect et la règle, et soit doté d’outils de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles à l'école.
Il n’y a plus de temps à perdre. Le gouvernement doit adopter de toute urgence une politique ferme pour lutter contre les abus sexuels en milieu scolaire. Ce qui s'est passé dans un CEM de la banlieue avec un professeur d'Anglais qui a engrossé trois de ses élèves en classe de 5ème est juste abject ! Trois vies détruites d’un coup par un éducateur.
Je veux rappeler que le rôle des adultes dans la prévention des violences sexistes et sexuelles est primordial et que si celui qui est censé protéger fait peur, alors qui protégera de la peur ?
La solution est dans l’amélioration de l’accès à la justice pour les femmes victimes de viol et dans la prévention de ce fléau. Le viol et les abus sexuels d’élèves constituent un problème très grave dans le milieu scolaire sénégalais. Il faut beaucoup de courage aux filles et aux familles pour signaler un abus et faire face à la stigmatisation et à l’isolement social consécutif.
La plupart de ces cas ne sont pas signalés et les criminels impunis restent dans la nature. Dans une société conservatrice aux mœurs imprégnées par un machisme ordinaire, il n’est pas rare d’entendre "qu'être un violeur ne définit pas une personne". On vit dans un pays où les femmes sont abusées tous les jours et où elles taisent leurs souffrances. Il faut que cela cesse.
Cette désinvolture est grave. Alors stop ! Brisons le silence et disons non ! La répression doit être exemplaire !
DES FEMMES CRIENT LEUR COLÈRE FACE À LA CULTURE DU VIOL
Des dizaines de manifestantes se revendiquant comme «féministes» ont dénoncé à visage découvert, samedi, à Dakar, le laxisme de la justice et la trop grande tolérance de la société sénégalaise envers les violences faites aux femmes
Des dizaines de manifestantes se revendiquant comme «féministes» ont dénoncé à visage découvert, samedi, à Dakar, le laxisme de la justice et la trop grande tolérance de la société sénégalaise envers les violences faites aux femmes.
Elles étaient une trentaine, réunies sur la place de la Nation, traditionnel lieu des manifestations dans la capitale sénégalaise, à l’appel du tout nouveau Collectif des féministes au Sénégal contre les violences faites aux femmes, créé après une nouvelle retentissante affaire de viol d’une adolescente.
«Justice pour les Louise»
Les manifestantes, assises en cercle, arboraient des pancartes où l’on pouvait lire «Stop à l’impunité», «Brisons la violence, pas les femmes» ou encore «Stop à la culture du viol». Beaucoup d’entre elles portaient un T-shirt barré du slogan «Justice pour toutes les Louise». «Louise» est le pseudonyme d’une jeune fille d’une quinzaine d’années qui a porté plainte, en mai, pour viol contre un de ses condisciples du Lycée français de Saly, station balnéaire située au sud de Dakar.
L’accusé, qui a évoqué une relation consentie, est un jeune homme de 19 ans, fils d’un célèbre journaliste, ce qui a amplifié le retentissement médiatique de l’affaire. Il lui est également reproché d’avoir diffusé une vidéo intime de la jeune fille, mineure.
Arrêté plus d’un mois plus tard
«Malgré la plainte, rien n’a été fait pendant un mois et il a été autorisé à finir son année scolaire. Louise l’a croisé tous les jours à l’école, sous le regard de ceux qui ont vu la vidéo, on en a marre», a déclaré une des manifestantes, Eva Rassour. Ce n’est qu’après la révélation, il y a une dizaine de jours, de la plainte par des médias sénégalais, dont certains ont dévoilé l’identité véritable de Louise où l’ont qualifiée «d’aguicheuse», que l’accusé a été interpellé.
Malgré sa modestie, ce premier rassemblement au Sénégal sous la bannière féministe est un signe encourageant dans une société «très patriarcale», où les affaires de viols restent souvent dans l’intimité des familles, estime Eva Rassour. La porte-parole du nouveau collectif, Aïssatou Sène, a pour sa part réclamé que la loi de 2019 qui a fait du viol un crime, passible de la prison à perpétuité, et non plus un délit, soit appliquée «dans toute sa rigueur», ce qui est loin d’être le cas.
par Jean Pierre Corréa
CE QUE LE SÉNÉGAL DOIT À TATA MARGOT
Pendant presque 20 années, Marguerite Ba Senghor a été proviseure emblématique du Lycée de jeunes filles John Fitzgerald Kennedy, guidant des milliers de jeunes filles sur le chemin de l’excellence
Madame Marguerite Ba Senghor est décédée dimanche dernier à Dakar. En ces temps troubles où l’on ne sait plus quelles valeurs porteuses d’avenir nous devons transmettre à nos enfants, il est bon de se remémorer l’élégance, la bienveillance, la rigueur, la passion d’enseigner qu’incarnait cette dame que toute une génération de jeunes filles et aussi de garçons du temps où elle enseignait l’anglais au Lycée Van Vollenhoven, appelait avec respect et tendresse « Tata Margot ». Pendant presque 20 années, Tata Margot a été proviseure emblématique du Lycée de jeunes filles John Fitzgerald Kennedy, guidant des milliers de jeunes filles sur le chemin de l’excellence, en les mettant sans avoir l’air d’y toucher sur les voies improbables alors de la parité, qu’elle soit entrepreneuriale, politique, ou sociale.
Madame Marguerite Ba Senghor a créé le « label Kennedy », et pour des milliers de jeunes filles, dire qu’on sortait de Kennedy, valait tout de suite attentions, considération et même parfois gage de probable future bonne épouse, tant du haut de son magistère, l’éducation le disputait à l’acquisition de connaissances, faisant comprendre à ces jeunes filles que l’instruction était à coup sûr le premier pas vers leur liberté.
Jeudi, à la Cathédrale Notre Dame des Victoires, il aura manqué au milieu de toutes ces gerbes de fleurs, magnifiant ses obsèques, la prégnance d’une couleur devenue mythique du fait de l’influence de cette proviseure remarquable, celle du rose si singulier qui distinguait les « kennediennes » des autres élèves de Dakar. Même si elles furent nombreuses à se dire en apprenant son décès, que grâce à Tata Margot, elles avaient été merveilleusement préparées à participer à l’éclosion et au développement de notre pays.
Tata Margot, le Sénégal te dit « merci ». Et nous espérons tous que les temps nouveaux permettent aux enseignants d’aujourd’hui de transmettre à leurs élèves, comme elle l’a su si bien le faire, les valeurs qui les disposent à être « dans le temps du monde ».
Un de tes fils.
GÉRALDINE FALADÉ, GARDIENNE DE LA MÉMOIRE DES PIONNIÈRES D'AFRIQUE
La journaliste franco-béninoise consacre un livre aux femmes, trop peu connues, qui ont fait avancer le continent vers l’indépendance et l’unité
Le Monde Afrique |
Gladys Marivat |
Publication 03/07/2021
Ecouter Géraldine Faladé, 86 ans, raconter sa vie, c’est traverser plus d’un demi-siècle de presse et de combats en Afrique. Son parcours remarquable a secoué le public du festival « Atlantide » de Nantes, mi-juin, surpris d’être jusque-là passé à côté de cette journaliste de terrain dont l’aura et l’engagement pour la cause des femmes évoquent à la fois l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé et l’autrice nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.
Ce décalage entre l’importance de ce qu’accomplit une femme et la place que l’histoire lui réserve se trouve justement au cœur de Turbulentes !, le deuxième livre de Géraldine Faladé, paru en août 2020 aux éditions Présence africaine. Une collection de portraits de pionnières – première maire, première enseignante, première médecin, première ministre, etc. – qui se lit d’une traite, tel un formidable bréviaire de la fabrique tronquée des héros nationaux.
Elles sont mariées ou divorcées, mères de six enfants ou d’aucun, toutes invariablement libres et déterminées. Géraldine Faladé, née en 1935 au Dahomey (l’actuel Bénin), les décrit tandis qu’elles font avancer le continent vers l’indépendance et le rêve d’une Afrique unie.
Des combats méconnus
Parmi elles, des militantes comme la Guinéenne Jeanne Martin Cissé et la Sénégalaise Caroline Faye Diop. « Elles ont participé à la création de l’Organisation panafricaine des femmes, à Bamako en 1962 – un an avant la fondation de l’Organisation de l’unité africaine ! », souligne l’écrivaine. Engagée aux côtés du président guinéen Ahmed Sékou Touré, Jeanne Martin Cissé fut vice-présidente de l’Assemblée révolutionnaire de son pays et son ambassadrice à l’ONU. L’enseignante sera la première femme présidente du Conseil de sécurité des Nations unies, quand la Guinée en occupera la présidence tournante en 1972.
Méconnu aussi, le combat de l’enseignante et militante nigériane Funmilayo Ransome-Kuti (1900-1978). Celle qu’on surnomme « la lionne » d’Abeokuta, sa ville d’origine, distribue des ardoises aux vendeuses du marché et à leurs filles afin qu’elles apprennent à lire, à écrire et à défendre leurs droits. Puis elle sollicite l’aide des jeunes de sa famille pour donner des cours d’alphabétisation. Son neveu accepte, c’est le futur Prix Nobel Wole Soyinka. Plus tard, celle qui est aussi la mère du chanteur Fela Kuti voyage dans le monde entier, rencontre Mao Zedong et Jawaharlal Nehru, et n’hésite pas à quitter son parti politique parce qu’il n’accorde pas assez de place aux femmes.
POURQUOI LES FEMMES NE FONT JAMAIS LES PREMIERS PAS…
Dans la bonne tradition sénégalaise, il est inconcevable qu’une femme drague un homme. Le faire serait considéré une forme de déchéance sociale qui pourrait loger celle qui a osé transgresser cette règle de retenue dans la catégorie des femmes de mœurs lé
Elles sont connues pour leurs bonnes recettes en matière de séduction. Elles connaissent également les artifices qui font fondre les hommes les plus blasés voire les plus indifférents. Mais voilà, bien que l’expertise de nos femmes en matière de séduction et d’envoûtement soit reconnue au moins dans la sous-région, derrière ce paravent, beaucoup d’entre elles ont des blocages. Autrement dit, elles sont réticentes à faire les premiers pas pour inviter leur partenaire légitime au lit. Elles en sont donc réduites à user de plusieurs artifices, voire de circonvolutions, pour faire comprendre à leur Aladji Ass qu’elle ont envie de lui. Confidences de dames… et aussi d’hommes à propos de ce blocage.
Dans la bonne tradition sénégalaise, il est inconcevable qu’une femme drague un homme. Le faire serait considéré une forme de déchéance sociale qui pourrait loger celle qui a osé transgresser cette règle de retenue dans la catégorie des femmes de mœurs légères. La logique sociale voudrait en effet qu’elles attendent que l’homme dévoile ses sentiments à leur endroit avant de se découvrir. Une règle sociale sous forme de chape de plomb qui a tendance à survivre au sein des couples. Et jusque dans leur intimité. De ce fait, même de nos jours, la plupart des femmes pensent que c’est l’homme qui devrait prendre les initiatives au lit et pas elles.
Autrement dit, c’est aux mâles de déclencher les hostilités ! A en croire beaucoup d’hommes mariés, si l’épouse attend toujours que le mari fasse le premier pas — ou les premières caresses ! — pour des relations intimes, la monotonie risque de s’installer dans le couple. Ces hommes pensent qu’il ne suffit pas seulement de porter des habits sexy pour les exciter, mais qu’il faudrait aussi que leurs partenaires soient plus provocantes pour attiser davantage leur plaisir, voire le feu sacré de l’acte sexuel. « Il faudrait que les dames brisent certaines barrières et cessent d’être des complexées, car, en matière d’amour, il est du devoir de toutes les parties d’entreprendre et d’amener l’harmonie. La sensualité et beaucoup d’amour dans la vie de couple ne feraient qu’agrémenter les relations intimes », fait savoir ce chauffeur de Ndiaga Ndiaye qui dit avoir horreur des femmes pudibondes.
L’homme a besoin de se sentir désiré et aimé…
Un autre interlocuteur du nom de Serigne Fallou, taximan âgé de 53 ans, pense qu’il est très difficile à nos femmes de montrer en premier à leur mari qu’elles meurent d’envie d’entretenir des rapports intimes avec lui. C’est très rare de voir des femmes sénégalaises le faire. « En tout cas, si vraiment il y a des femmes qui le font, je peux vous dire que leurs conjoints sont comblés. Car, parfois, l’homme a besoin d’être provoqué. Cela réveille tous ses sens et constitue également une preuve qu’il est désiré et aimé », fait savoir notre interlocuteur. Qui soutient que si la femme provoque en premier son partenaire, celui-ci devient plus entreprenant et alors, place à des partie de jambes en l’air souvent inoubliables ! Quant à Wack Sall, la quarantaine, commerçant, il est d’avis que cette retenue, c’est une question d’orgueil et de complexes chez beaucoup de femmes. « Croiser les bras et attendre que l’homme fasse les premiers gestes, c’est révolu. Avec la modernité, beaucoup de choses ont changé. Par conséquent, la donne au sein du couple doit radicalement changer. Les hommes qui ne reçoivent pas beaucoup d’amour dans leur foyer ont tendance à aller dehors pour trouver des femmes plus « jonge et coquines » et qui n’ont pas peur de manifester leur désir sexuel » confie le commerçant.
« Je ne fais jamais les premiers pas de peur d’être traitée de pute »
Khadija Faye, la trentaine, mère de famille divorcée pense que certains hommes sont capables de te traiter de ‘’Tiaga’’ si tu oses faire les premiers pas en matière de sexe. « C’est la raison pour laquelle ça n’a jamais été dans mes habitudes de provoquer mon ex-mari. Cela ne veut pas dire que je n’assume pas pleinement ma vie de couple. Au contraire, à chaque qu’il venait vers moi, je me donnais intensément. Beaucoup d’hommes ont des idées très arrêtées. Si la femme leur manifeste son désir intime, ils peuvent la traiter de dévergondée », confie Khadija Faye. Sokhna T, âgé de 32 ans, abonde dans le même sens. « Il est hors de question que je provoque mon mari. D’abord, je n’ai pas été éduquée comme ça », indique- t-elle tout en faisant un rapport sur ce qu’elle a appelé la lâcheté masculine. A 19 ans, Diadja, prenant le contrepied de ces dames, estime que la femme doit montrer ses désirs et ses sentiments à l’homme qu’elle aime. « Je ne cacherai jamais mes sentiments à mon bien aimé. Quand je me marierai, je n’attendrai jamais que mon mari me provoque pour avoir des relations intimes. A chaque fois que l’occasion se présentera et que je le désirerai, je sauterai sur lui. ‘’Djiguene dayy djongué », martèle la demoiselle avec malice.
« On est en 2021, osez les filles et prenez les devants ! »
Pour Aminata, les histoires de femmes bien éduquées et pudiques sont révolues. Il faut que les femmes osent et prennent l’initiative des opérations au lit. « C’est très important en matière d’amour. Les hommes ont besoin de ça pour mieux étaler leur sensualité. Même si la femme est timide, elle peut parvenir à séduire l’homme sans pour autant passer pour être une dévergondée ». Notre interlocutrice pense que rien que par le regard, le sourire et les gestes, on peut faire comprendre à l’homme qu’il est désiré. Et alors s’envoyer en l’air avec lui pour des parties particulièrement torrides…
FATOUMATA NDIAYE, L'AMAZONE DU FOUTA
Son slogan, ‘’Fouta Tampi’’ fait le tour du Sénégal depuis des semaines. L'ancienne militante de l'APR entend croiser le fer avec les pontes du régime coupables, à ses yeux, d’avoir trahi les promesses faites aux habitants de cette contrée
Son slogan, ‘’Fouta Tampi’’ (le Fouta est fatigué) a fait le tour du Sénégal, depuis des semaines. Mais Fatoumata Ndiaye, Coordonnatrice du mouvement, garde toujours la tête sur les épaules. D’un tempérament fougueux et ne reculant devant aucun obstacle, cette Ouakamoise de naissance, du haut de ses 39 ans, entend porter le combat des populations du Fouta en proie au sous-développement et à l’enclavement de leur terroir. Cette ancienne militante de l’Alliance pour la République (APR), qui a multiplié les petits boulots, entend croiser le fer avec les pontes du régime coupables, à ses yeux, d’avoir trahi les promesses faites aux habitants de cette contrée.
Elle parait un peu fragile, cette femme de taille moyenne et de teint clair, qui s’avance timidement vers la forêt de micros, dans cette rue étroite de l’Unité 16 des Parcelles-Assainies où se tient la conférence de presse du mouvement Y en a marre, ce 21 juin.
Fatoumata Ndiaye, Coordonnatrice du mouvement Fouta Tampi (le Fouta est fatigué !) qui revient d’une visite un peu mouvementée dans la ville de Ourossogui, s’avance lentement, mais sûrement vers les journalistes. Vêtue d’une robe traditionnelle de couleur bleue, les traits de son visage trahissent une certaine fatigue. Les soins du maquillage ont du mal à cacher ses traits tirés. Son menton bien prononcé, ses joues un peu creuses qui délimitent un timide sourire et ses yeux un peu bridés s’enfonçant un peu plus dans son visage, notre héroïne du jour semble encore porter les stigmates de la rude bataille qui l’a opposée aux nervis du maire de Ourossogui, Moussa Bocar Thiam, quelques jours auparavant.
D’une voix faible, cette native de Ouakam revient sur ses multiples péripéties de Ouroussogui, la dernière grande étape de la tournée présidentielle dans le Fouta.
Très vite, la nature reprend le dessus et d’une voix beaucoup plus ferme, elle se lance dans une vraie diatribe contre le régime de Macky Sall et les forces de défense et de sécurité coupables, à ses yeux, d’avoir trahi les aspirations du Fouta et d’avoir laissé le champ libre aux nervis qui se sont attaqués aux membres du mouvement Fouta Tampi.
Le ton est ainsi donné. Déclarée persona non grata par le maire de Ourossogui Moussa Bocar Thiam, elle ne démord pas. Elle compte continuer son combat pour le Fouta. Elle rembobine le film de la journée de manifestations contre le régime de Macky Sall qu’elle accuse d’avoir trahi les aspirations de son ‘’Fouta bien-aimé’’.
L’attitude menaçante des nervis, juchés sur des pick-up, l’indifférence des forces de l’ordre face aux assauts de ‘’boules de muscles’’ qui voient rouge aux moindres protestations contre le régime de Macky Sall. Rien n’échappe au réquisitoire acerbe de la coordonnatrice de Fouta Tampi.
Si les tee-shirts estampillés ‘’Fouta Tampi’’ et les brassards rouges ont déchainé la colère des nervis, la générosité des habitants de la localité lui a aussi rappelé la valeur de son combat pour la résurgence et le rayonnement du Fouta, chers à son idole Thierno Souleymane Baal, leader la révolution torodo en 1776, indique-t-elle avec le sourire.
‘’Des nervis du maire de Ourossogui (NDLR : Moussa Bocar Thiam) ont aussi attaqué une maison où je m’étais réfugiée, après les premières échauffourées. J’ai dû fuir vers la forêt de Kanel, pour échapper aux attaques des nervis, avant de rejoindre Dakar. Je suis déterminée, car on se bat pour une cause juste. Il faut aller jusqu’au bout’’.
Même si la peur, les angoisses et les menaces physiques et verbales semblent avoir un peu émoussé sa combativité, elle n’en demeure pas moins décidée. ‘’Je suis déterminée dans cette quête, car on se bat pour une cause juste et noble. Il ne faut pas avoir peur d’aller jusqu’au bout. Je suis prête à me sacrifier pour le Fouta’’, déclare-t-elle avec force.
Femme de ménage, puis vendeuse de maïs au marché à Ouakam
Mais il faut dire que cette fille d’un vétéran de l’armée sénégalaise porte en elle les cicatrices de la vie. Issue d’une famille polygame et comptant une dizaine de frères et de sœurs, elle a fréquenté, dès l’âge de 7 ans, l’école Camp de Ouakam jusqu’à la classe de CM2. Mais les fins du mois difficiles dans la famille l’ont poussée à abandonner les études. ‘’J’avais un amour incommensurable pour mes parents qui ont divorcé quand j’étais enfant. Je vivais avec ma mère, mais j’allais en vacances chez mon père, à Kanel. J’avais de bonnes notes à l’école, mais devant les difficultés de la vie, j’ai dû arrêter mes études pour aider financièrement ma mère. Ainsi, je suis devenue femme de ménage à la cité Mamelles et j’étais payée 17 500 F par mois’’, souffle-t-elle avec force.
Très débrouillarde, cette mère de quatre enfants s’engage dans la vente de maïs chez elle et au marché. ‘’Je me rendais le plus souvent possible au marché de Thiaroye pour acheter du maïs. Après les avoir grillés, je les revendais au détail près de chez moi et au marché 7/7. Je me rendais sur mon lieu de travail à 16 h pour vendre mes produits. Il m’arrivait de rester là-bas jusqu’à 21 h, quand je n’arrivais pas à écouler mes produits’’, affirme-t-elle.
Toutefois, son premier divorce, au bout de cinq ans de mariage dans le village de Yoff, plus précisément au quartier de Yoff Ndennate, et le décès de son père en 2006 ont ouvert une brèche dans cette carapace qui se veut impénétrable. ‘’Cette période de ma vie a été très douloureuse pour moi, car j’étais très attachée à mon père. Après mon divorce, je me suis rendue au Fouta pour être plus proche de ma mère. Elle avait décidé, en 2000, de retourner vivre au Fouta. On allait cultiver le mil, des haricots et le riz dans notre village de Wodoberé, à 42 km de Matam. Car une grande partie de notre famille est restée au Fouta’’, raconte-t-elle.
Du passage à la section APR de Ouakam à Fouta Tampi
Les balades près des rives du fleuve Sénégal, les couchers de soleil dignes de cartes postales, son amour pour les gens simples au Fouta la poussent à s’engager davantage pour le rayonnement de ce Fouta des terroirs. D’un tempérament fougueux, cette amazone s’engage corps et âme en politique en 2009, pour le candidat Macky Sall, en qui elle fonde tous ses espoirs pour redorer le blason de son terroir.
‘’A mon retour à Dakar, plus précisément dans la maison de mon grand-père à Pikine, j’ai repris mes activités commerciales comme vendeuse de jus et de bananes. Je me suis alors engagée dans les rangs de l’APR que venait de fonder Macky Sall, en 2009. Je me rendais souvent au Fouta pour la campagne d’enregistrement sur la liste électorale pour les personnes âgées. Je militais dans la section APR de Ouakam, avec comme responsable Momar Guèye. Je croyais vraiment qu’on allait changer les choses avec Macky Sall, à cette époque’’, déplore-t-elle.
Un second mariage ne freine pas son ardeur pour la défense des intérêts du Fouta. En effet, elle adhère aussi au mouvement apolitique Président Yedio Fouta (Président souviens-toi du Fouta) fondé par Tilène Ndiaye en 2009 et qui, selon elle, vise à soutenir les initiatives dans beaucoup de domaines comme l’éducation et la santé de base. Attachée à sa liberté sans être libertaire, elle s’engage aussi pour la défense des droits des femmes (mouvement Akhou Yelef Djiguène) dont elle reste toujours membre de cette association. Dotée d’une gouaille sans pareille, au service de son mentor de l’époque Macky Sall, elle se bat sans faille pour le triomphe de l’APR au Fouta et à Dakar, au détriment de son second mariage.
‘’J’ai divorcé à nouveau en 2019 de mon second mari, après 13 ans d’union. On a eu trois enfants. Je crois que mon engagement politique m’a, d’une certaine manière, coûté mon couple. Mon mari, ingénieur en génie civil, n’était pas favorable à cet engagement politique’’, souligne-t-elle, la voix un peu teintée de tristesse.
Naissance de Fouta Tampi
Se présentant comme la voix des sans-voix du Fouta, sa passion pour sa contrée de cœur n’a d’égal, désormais, qu’aversion pour le régime de Macky Sall qui n’a pas respecté ses promesses faites aux Foutankés. Révolutionnaire sans vraiment être réactionnaire, elle lance, en compagnie de Seydou Thiam alias ‘’Baye Niasse’’ et Adama Sy alias ‘’Double cerveau’’, le mouvement Fouta Tampi, le 5 avril dernier. ‘’On s’est connu à travers les réseaux sociaux. On a ensuite échangé par téléphone. A la base, notre mouvement devait s’appeler Fouta Tampi, Fouta Mayi (le Fouta est mort). Mais c’est le premier mot qui accrochait le mieux avec les médias. On est donc resté avec Fouta Tampi. Nous avons lancé le mouvement pour montrer aux Sénégalais les vrais problèmes auxquels font face les habitants du Fouta, loin du saupoudrage et des déclarations du régime’’, confesse-t-elle.
Pour sa grande sœur Diami Sow, cette implication dans le bien-être du Fouta est en droite ligne de son caractère généreux et son amour irréductible pour l’éclatement de la vérité. ‘’Fatou est une personne dévouée à sa mère et ses frères et sœurs. Elle serait capable de faire n’importe quoi pour leur bonheur. En outre, elle est franche et véridique, n’hésitant pas à dire ce qu’elle pense, dans n’importe quelle situation’’, souligne-t-elle.
De son côté, Seydou Thiam, un des membres fondateurs de Fouta Tampi, évoque une femme honnête et à l’écoute de ses amis. ‘’J’ai connu Fatou cette année, dans le cadre de la création de Fouta Tampi. J’ai trouvé une personne engagée, qui ne recule devant aucune difficulté. Elle déteste tout ce qui est lié à la médisance et les commérages, et a un profond respect pour les gens engagés dans la lutte pour le Fouta’’, affirme-t-il.
Exil forcé à Touba pour échapper aux nervis
Les avant-gardistes prennent souvent les coups les durs. Et des coups, Fatoumata Ndiaye avoue en prendre régulièrement. Des coups de fil anonymes, des menaces verbales et physiques ont eu souvent raison de sa témérité et de son courage. ‘’Je dois avouer que, parfois, j’ai peur pour ma sécurité. J’ai dû laisser les enfants à leur père, pour plus de sécurité. Des gens s’incrustent chez moi régulièrement pour me menacer. A un moment donné, je me suis même refugiée à Touba, après la Korité, pour échapper aux intimidations’’, révèle-t-elle.
Indépendante dans l’âme et dans l’esprit, cette disciple tidiane attachée à la philosophie de Serigne Ababacar Sy vit sous une intense pression qui la pousse régulièrement à changer de lieu de résidence à Dakar. ‘’Une fois, des nervis sont venus chez moi à Ouakam pour m’attaquer. Heureusement, des pensionnaires d’une salle de sport sont venus à mon secours et les ont forcés à rebrousser chemin. J’ai même été blessée à la main, avant la Korité, à la cité Comico de Ouakam, après cette attaque par des nervis’’, raconte-t-elle.
Qu’en est-il des plaintes déposées à la police et à la gendarmerie ? Elle lâche un petit soupir : ‘’J’ai porté plainte à plusieurs reprises contre X, mais ça n’a servi à rien, jusqu’à présent. Je pense même trouver une arme pour assurer ma propre sécurité’’, souligne-t-elle.
De nature curieuse sans vainement être une Geek, Fatoumata Ndiaye vit désormais du commerce en ligne via sa page Facebook. ‘’J’expose des produits sur ma page Facebook. Depuis cette plateforme, je peux ainsi discuter avec des clients qui passent leurs commandes’’, renseigne-t-elle.
AVEC LES PLUS BELLES FILLES DU SÉNÉGAL
Regroupées dans une villa à Diamniadio, les quatorze Miss régionales candidates au concours de Miss Sénégal 2021, vivent une expérience de téléréalité en plus des séances de formation et l’expérience de vivre ensemble. Immersion dans leur quotidien
Il est 10h30 dans une villa témoin de la cité Senegindia à Diamniadio. Pendant que la chaleur gagne les corps au dehors, la villa des Miss présente une atmosphère plutôt rafraichissante. Une bonne dose de musique s’empare de toute âme, dès l’entrée dans cette somptueuse habitation à l’allure de ses occupantes.
Les beautés à nulle autre pareille se dévoilent sous leur meilleure forme naturelle. La musique endiablée pousse quelques une à remuer leur frêle corps caché dans des tenues de sport.
Les cheveux, longs ou courts attachés au milieu de la tête, quatorze belles demoiselles, les plus belles du pays selon le concours Miss Sénégal, se déhanchent sur une musique très à la mode. La grande taille des filles pousserait à émettre des soupçons de port de chaussures à talons. Il n’en est rien, elles sont juste élancées, comme il faut pour une Miss.
Les tenues de sport dont le bas leur arrive au nombril trace parfaitement les courbes extra fines de ces demoiselles au bon air, teint frais. Ces beautés à la noirceur d’ébène pour la plupart, contrastent avec la décoration.
Les visages éblouis et gagnés par la gaieté de la musique reflètent un air naturel. A peine, que la musique diminue, les 14 Miss du Sénégal rejoignent le salon du bas pour entamer un cours de coaching sur la beauté devant les caméras de la villa. En effet, l’édition 2021 est faite sous forme de télé-réalité.
Le coach, une Sénégalaise venue de France entame le cours avec un exercice qui s’annonce simple mais en réalité, elle est très éprouvante pour ces filles aussi belles que sensibles. Dès le début du cours, les vieilles habitudes de non initiées tapent à l’œil du directeur artistique. « Les filles il faut rester des Miss », lance-t-il. Elles relèvent brusquement leur buste et étalent leurs épaules avant de croiser machinalement leurs longues jambes.
Des Miss, des histoires, des larmes…
Le premier exercice consiste à fermer lentement les yeux et à se remémorer un évènement marquant. Le coach les pousse à revivre ces moments de leur vie où elles se sont senties très fières d’elle. « C’est une première étape vers la confiance en soi », leur dit-elle.
A peine 5 minutes de méditation, Miss Thiès ouvre brusquement les yeux et émet une grimace indéchiffrable. Elle porte ses deux mains à son visage ressorti, sous l’effet de son crâne rasé à moitié. L’émotion finit par avoir raison d’elle, la jeune Thiessoise étouffe ses premières larmes avec le creux de sa main droite. L’intensité de son ressenti se dégage et elle éclate en sanglots. La caméra se rapproche d’elle.
Le coach lui donne un mouchoir et de l’eau avant de lui demander de partager son évènement.
La jeune fille, teint noir étincelant et à la taille fine, narre sa bouleversante histoire. « Deux jours avant la présélection, mon père est décédé », commence-t-elle, ses larmes se transforment en sanglots. Cette phrase a eu comme un effet détonateur de l’émotion de ses congénères. D’aucunes laissent pointer les larmes de compassion dans leurs yeux, d’autres, gagnées par cette douleur se réfugient dans les épaules de leurs camarades pour pleurer de chaudes larmes. La narratrice continue : « j’y suis quand même allée car mon père me poussait à réussir dans mes projets », dit-elle avant de se fondre en larmes.
L’émotion gagne toute la salle, elles pleurent toutes. Les Miss semblent solidaires même dans ces moments de remémoration de leurs souvenirs douloureux. Il leur est accordé une pause de cinq minutes pour évacuer cette vague de tristesse qui s’est emparée de leurs âmes alors qu’elles étaient toutes joyeuses.
Les Miss rejoignent la salle pour continuer le cours. Au tour de Miss Dakar de livrer son évènement marquant. Les sacrifices de sa mère, sa réussite au Bac la font perdre toute assurance. Elle pleure de chaudes larmes jusqu’à suffoquer. Les autres la suivent également émues…
Pour Miss Fatick, amplement atteinte par cet exercice, sa conversion à l’Islam par le Khalife général des Mourides lui-même la replonge dans une grande émotion qu’elle partage difficilement. Elle narre son histoire, la main portée au cœur, les yeux, rougis par les larmes, levés vers le ciel.
Miss Tambacounda, très affectée par son histoire décide de partager son expérience d’étudiante à Dakar vivant sans sa famille. Miss Math en 2013, cette Miss fait état de la difficile existence d’une fille seule dans la capitale avec toute sorte de « proposition indécente ».
Les membres du comité leur distribuent de l’eau et de la boisson afin qu’elles se rafraichissent. Des larmes sont provoquées par la similitude dans les histoires. Elles regagnent leurs appartements afin de retrouver leurs esprits.
LE FILS DE CHEIKH YÉRIM SECK PLACÉ SOUS MANDAT DE DÉPÔT
Souleymane Sidy Seck vient d'être placé sous mandat dépôt pour viol, détournement de mineure et collecte illicite de données.
Souleymane Sidy Seck vient d'être placé sous mandat dépôt pour viol, détournement de mineure et collecte illicite de données.
Selon Libération online, le fils de Cheikh Yérim Seck avait été arrêté hier avant de bénéficier d'un retour de parquet.
Pour le disculper, ses avocats avaient versé dans le dossier un audio qui serait un échange entre lui et sa présumée victime.
KHADIDIATOU KÉNÉMÉ, UNE BATTANTE À L'ÉPREUVE DE LA VIE
Elle s’active dans le business du foin à Pikine. Portrait d’une femme à qui la vie a « toujours donné des coups », mais qui s’est toujours battue pour rester debout
« La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute ». Cette citation qu’on attribue à Confucius s’applique parfaitement à Khadidiatou Kénémé. À 35 ans, cette femme forte a dû surmonter de difficiles épreuves, notamment deux divorces, pour affronter la vie avec courage. Aujourd’hui, elle s’active dans le business du foin à Pikine. Portrait d’une femme à qui la vie a « toujours donné des coups », mais qui s’est toujours battue pour rester debout.
Lundi 31 mai. Il est environ 11 heures. Une fille d’environ quatre ans arrive. « Vends-moi du mil », baragouine-t-elle. Elle tient une pièce de 100 FCfa à la main. Khadidiatou Kénémé, la propriétaire du magasin, se lève, sourit à cette môme qu’elle a l’habitude de voir, avant d’effectuer la pesée et lui remettre un sachet rempli de grains de mil.
Taille élancée et de teint clair, elle est vêtue modestement. Une robe rouge et noire ample qui lui laisse une liberté de mouvement. Des tresses, quelques bijoux au cou et aux doigts et des boucles d’oreilles sans grande valeur complètent sa mise. Point de maquillage, mais le destin semble avoir déposé une couronne de beauté sur sa figure. Khadidiatou a retrouvé le sourire. Lors de notre second passage, mardi 1er juin, elle avait troqué ce look contre des cheveux artificiels et une taille-basse… Telle une fleur fanée qui rajeunit au printemps, elle a repris goût à la vie. Comme toutes les personnes qui gardent une souffrance enfouie en elles, elle hésite avant de se livrer. Prenant confiance au fil de la discussion, Khadidiatou accepte, enfin, d’évoquer son histoire. « La vie m’a toujours donné des coups, mais je me suis toujours battue pour me relever », commence-t-elle.
Dans son magasin situé à Pikine Ouest, en face de la Cité Sotiba, des sacs de foin sont empilés les uns sur les autres, à côté d’autres de mil et d’aliment de bétail. « Je m’active dans le business du foin depuis deux ans », informe-t-elle.
« Fullay jaay dakhaar »
Avant de se lancer dans ce créneau, elle a essayé plusieurs métiers comme la restauration ou la vente d’habits. Mais, « aucun de ces petits boulots ne me rapportait autant que ce que gagne actuellement », dit-elle sans dévoiler son chiffre d’affaires mensuel. « Mangi sant Yalla (Je rends grâce à Dieu) », se contente-t-elle de dire. C’est par l’intermédiaire de son « meilleur et unique ami » de 10 ans, Cheikh Ndiaye, rencontré lorsqu’elle travaillait dans un fast-food à Pikine rue 10, qu’elle a décidé de se lancer dans le business du foin. Ce dernier lui avait fourni 26 sacs pour commencer. Et son frère lui a prêté le magasin… Aujourd’hui, elle maitrise parfaitement le circuit d’approvisionnement, faisant jeu égal avec les hommes. Pourtant les débuts furent difficiles. « Je suis restée une semaine sans vendre un seul sac. J’ai failli même fermer le magasin », se souvient-elle.
Elle passait même pour une curiosité pour les passants. La grande majorité essayait de la décourager avec des remarques désobligeantes : « Une femme qui vend du foin ! » ; « Tu n’as pas autre chose à faire ? » ou bien « Pourquoi tu ne te (re)maries pas ? » Femme forte, Khadidiatou ne se laisse pas déstabiliser. « Fullay jaay dakhaar », aime-t-elle à répéter. Et puis, elle a toujours gardé cette parole de son défunt père en mémoire : « Le travail anoblit ». Armé de ce viatique, elle refuse donc de lâcher prise parce qu’elle préfère avoir une autonomie financière plutôt que de dépendre de ses parents ou de ses frères.
Si certains trouvaient bizarre qu’une femme s’adonne à la vente de foin, d’autres l’encourageaient, trouvant admirable son courage. C’est ainsi qu’un riche client lui a remis, un jour, une forte somme d’argent (elle ne précise pas le montant) pour l’encourager. « Il m’a remis l’argent en me disant : « Je te le prête » ; c’est bien plus tard qu’il m’avoue qu’il me l’a offert », narre-t-elle, reconnaissante. De cette anecdote, elle tire une leçon : « S’il ne m’avait pas trouvé en train de me battre toute seule, il n’allait pas faire ce geste ».
Progressivement, Khadidiatou Kénémé élargit sa gamme de marchandises, ajoutant d’abord deux sacs de mil, puis du sorgho, ensuite du niébé et de l’aliment de bétail. Avec le sac de foin qui s’échange actuellement à 4500 FCfa, voire 5000 FCfa, elle peut gagner jusqu’à 1000 FCfa le sac, contrairement à ses débuts dans le métier où le sac ne lui rapportait que 300 FCfa. Khadidiatou est un bourreau du travail. « J’ouvre tous les jours de 8h à 23h, même le dimanche, sauf cas de force majeure », confie-t-elle.
Divorcée deux fois, mère de deux enfants
À 35 ans, elle a dû se relever de deux divorces. Le dernier a été particulièrement douloureux. Sa déception est à la hauteur de ses espoirs. L’ex époux est un Sénégalais établi au Gabon. L’union fût scellée à la va-vite, en l’espace d’une semaine. « Parce qu’il voulait m’amener vivre avec lui au Gabon ; je pensais que ce serait la belle vie », raconte-t-elle d’une voix où se lit l’émotion. Une fois au Gabon, elle ne tarda pas à déchanter. « J’étais tellement triste que mes yeux avaient changé. Je prenais des somnifères pour pouvoir dormir. Au bout d’un an, j’ai mis la pression pour obtenir le divorce et rentrer au Sénégal ». Elle n’en dira pas plus pour ne pas dévoiler la vie privée de son ex. Sur les raisons de ce second « échec » de vie conjugale, Khadidiatou pense, rétrospectivement, qu’elle n’avait « pas pris le temps de bien réfléchir et de connaître sa vraie personnalité ». De retour au Sénégal, en 2015, il lui a fallu juste une semaine pour reprendre son destin en main. « Je me sentais libérée ; je ne voulais surtout pas dépendre de mes frères ou m’apitoyer sur mon sort », dit-elle. C’est ainsi qu’elle s’adonne à plusieurs petits boulots avant la vente de foin. Khadidiatou a beaucoup de projets pour l’avenir. Elle souhaite notamment obtenir un financement de la Délégation générale à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (Der/Fj) pour élargir son activité. « Je souhaite, dans un premier temps, faire du « bay seddo » (c’est-à-dire donner les intrants à des agriculteurs qui lui revendront le foin à moindre coût) », explique-t-elle.
Se remarier ? Elle ne l’exclut pas totalement, « mais ce n’est plus une priorité, encore moins une fixation », répond-elle sans ambages. Aujourd’hui, Khadidiatou Kénémé parvient à subvenir à ses propres besoins et à entretenir sa mère, restée au village, ainsi que ses deux garçons (nés de son premier mariage), dont l’un vit avec elle, l’autre étant avec son père. Elle espère surtout que ces derniers auront plus de chance pour percer dans les études, contrairement à elle qui a dû arrêter l’école avant l’entrée en 6ème à cause de conditions sociales difficiles. « Pourtant je faisais partie des meilleurs élèves de ma classe », se souvient-elle. Elle veut aussi inculquer à ses enfants les valeurs de courage, de dignité et d’abnégation. « J’essaie de leur montrer qu’il faut toujours se battre, de ne jamais baisser les bras parce que tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir. Et la meilleure façon de leur inculquer cela, c’est de l’incarner », explique Khadidiatou. C’est ce qu’on appelle prêcher par l’exemple. Une leçon de vie.
LU BEES AVEC ANTA FALL ET AIDA NIANG
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LE FÉMINISME ET LES PESANTEURS SOCIOCULTURELLES
EXCLUSIF SENEPLUS - Quelle incidence aura la mort annoncée du leader de Boko Haram dans la lutte anti-djihadiste en Afrique ? Retour les conclusions de la récente rencontre entre des générations de féministes au Sénégal
Dans ce nouveau numéro de Lu Bees, Anta Fall s'interroge depuis Paris sur les implications dans le combat contre le djihadisme en Afrique après la mort d'Abubakar Shekau, ancien chef de Boko Haram.
Aida Niang à Dakar revient sur les conclusions issues de la récente rencontre entre trois générations de féministes sénégalaises. Un rendez-vous quia permis de lever sur le voile sur les défis que font naître le combat pour une digne représentativité de la femme dans une société aussi conservatrice que celle du Sénégal.
Lu Bees est un talk hebdomadaire de SenePlus, réalisé et monté par Boubacar Badji.