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4 avril 2025
Femmes
L’ASSOCIATION BALAFON ENVOIE 400 FEMMES A L’ECOLE DE LA TRANSFORMATION
L’objectif est la valorisation des produits locaux qui moisissent en zone de production et dans le même temps, combattre la précarité ambiante qui asphyxie les populations du Diassing
Cette session de formation de 12 jours ouverte hier, mardi 27 juillet à Marsassoum, concerne 400 femmes de la commune de Marsassoum, de Ziguinchor et de Dakar sur les techniques de transformation des fruits et légumes, en savonnerie et en gestion financière. L’objectif est la valorisation des produits locaux qui moisissent en zone de production et dans le même temps, combattre la précarité ambiante qui asphyxie les populations du Diassing. La formation est à l’initiative de la Directrice générale de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (PNA) qui dirige l’association Balafon de Marsassoum, avec l’accompagnement de l’office national de la formation professionnelle (ONFP).
A l’initiative de Dr Annette Seck Ndiaye, la présidente de l’association Balafon de Marsassoum et directrice générale de la Pharmacie nationale d’approvisionnement du Sénégal, 400 femmes des groupements de cette contrée du Diassing subissent une session de formation en techniques de transformation des fruits et légumes et autres produits locaux. Cette session a démarré ce mardi avec l’accompagnement technique de l’ONFP (Office national de la formation professionnelle). Mamadou Doudou Ndaw, le secrétaire général de l’association Balafon de Marsassoum fait savoir que « c’est une cohorte de 40 femmes qui seront formées en 12 jours sur les techniques de transformation des fruits et légumes, en savonnerie, en gestion financière et autres.
Cette formation doit concerner 400 femmes des localités de Marsassoum, Ziguinchor et de Dakar. Les objectifs, c’est surtout de les former afin qu’elles s’impliquent davantage dans le développement local à la base à travers leur autonomisation progressive. Il faut dire que cela a été rendu possible grâce à la fructueuse collaboration avec l’Office national de formation professionnelle ». En sa qualité d’ancien maire de Marsassoum et agent de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Ziguinchor, Alassane Ndiaye s’engage à les accompagner vers la formalisation : « je tiens dans un premier temps à remercier l’initiatrice Dr Annette Seck Ndiaye. Nous irons incessamment nous rapprocher de la Chambre de commerce de Sédhiou, leur faire part de l’engagement et de la formation de ces femmes afin qu’elles disposent de documents formels. Elles se battront pour trouver place au niveau des différentes foires et faire connaitre le label de Marsassoum », promet-il.
DES LIGNES DE FINANCEMENT DEJA DISPONIBLES
Outre cette session de formation, Mamadou Doudou Ndaw le secrétaire général de l’association Balafon de Marsassoum précise que des lignes de financement seront mises à la disposition de ces femmes pour une pratique directe des modules appris : « nous avons signé des conventions avec des structures financières en y injectant un capital qui leur permettra de financer leurs projets », assure-t-il à la fin de cette première journée. Les bénéficiaires ne s’en portent que mieux, l’une d’elles Mme Kébé Fatoumata Gassama explique que « les femmes de Marsassoum étaient utilisées dans des campagnes de mobilisation politique mais ce n’est qu’avec des actions de soutien et d’accompagnement de Dr Annette Seck Ndiaye que nous avons commencé à nous insérer dans des créneaux porteurs de revenus ». Et le formateur Mamadou Keïta de rassurer qu’«une fois ces modules appris, ces femmes pourront valoriser les produits qui, jusqu’ici, continuent de pourrir dans les zones de production ». Cette formation en transformation des fruits et légumes s’offre donc comme une alternative crédible à la valorisation du potentiel local qui pourrit en zone de production. Ce qui permettra de créer des parts de marché jusque dans la sous-région de l’Afrique et même au-delà.
PAR SEYDOU KA
FEMINISME PAR LE BAS
Au lendemain de la Tabaski, beaucoup de femmes, particulièrement celles qui sont émancipées et qui avaient perdu le goût des travaux domestiques, ont eu toutes les peines du monde. Pour cause, les femmes de ménage sont rentrées au village
Au lendemain de la Tabaski, beaucoup de femmes, particulièrement celles qui sont émancipées et qui avaient perdu le goût des travaux domestiques, ont eu toutes les peines du monde. Pour cause, les femmes de ménage, qu’on appelle de façon honteuse «bonnes», sont rentrées au village pour passer la fête avec leurs familles. Du coup, subitement, on se rend compte de l’utilité de ces bonnes dames dont on remarque à peine la présence dans les maisons. Tellement elles se font discrètes. J’allais dire qu’elles sont sommées par les «patronnes» de s’effacer quand un invité arrive.
Certes, le phénomène n’est pas nouveau, et il serait inutile de revenir ici sur les sévices qu’elles subissent dans les maisons. Ce qui est étonnant, c’est que malgré les victoires engrangées par les femmes au niveau politique ces dernières années – loi sur la parité, prise en compte de la dimension genre dans toutes les politiques publiques –, rien ne semble bouger pour les «bonnes». L’écrasante majorité d’entre elles ne perçoivent même pas le smic. Ce qui est encore plus dramatique, c’est que ce sont des femmes qui maltraitent d’autres femmes dont le seul tort est d’être nées pauvres. J’avais toujours pensé, de façon naïve peut-être, qu’une femme était mieux en mesure de «comprendre» une femme. J’ai déchanté en apprenant, par exemple, que les femmes qui accouchent dans nos structures sanitaires publiques subissent toutes sortes d’insultes de la part de certaines sages-femmes qui y travaillent. Avec des quolibets du genre «quand tu le faisais au lit, c’était agréable, tu n’as qu’à assumer». Comment une femme qui a connu les douleurs de la maternité peut parler à une femme de cette manière ? Où est passée la sensibilité féminine qu’aiment vanter nos féministes ? J’avoue qu’il y a quelques choses qui m’échappent. Et je ne suis pas le seul. Un ami me confiait le malaise qu’il éprouve quand il voit comment son épouse traite ses «bonnes» et qu’il était souvent obligé de prendre leur défense.
De tout cela, je tire cette conviction : de la même manière qu’il n’y a d’écologie que celle des pauvres, il n’y a de féminisme que celui des pauvres ! S’il est normal que tout mouvement social, dans sa théorisation, dans sa conceptualisation soit toujours porté par l’élite, il est indispensable de faire un travail de conscientisation et de sensibilisation à la base. Et c’est là que le bât blesse.
Certes, en plus de la recommandation R201 de l’Organisation internationale du travail (Oit), différents arrêtés ministériels régissent, depuis 1968, le travail des domestiques et gens de maison et prévoyant un contrat, un barème salarial, des cotisations sociales, les heures de travail, un congé payé…, mais ces droits ne sont jamais respectés. On peut comprendre que la société, de façon générale, ferme les yeux, compte tenu d’un certain nombre de paramètres (faiblesse des revenus de la classe moyenne, solidarité familiale…), mais, raison de plus, cela doit s’accompagner d’avec un minimum d’humanisme dans la façon dont ces travailleuses précaires sont traitées.
Bref, on peut se demander ce qu’ont fait la moitié des députées de l’Assemblée nationale depuis l’instauration de la loi sur la parité pour leurs consœurs du monde rural, des banlieues ou, de façon globale, la société ? En effet, le principal argument des féministes, c’est de dire qu’un mieux-être de la femme se traduit par un mieux-être de la famille. La récente loi criminalisant le viol aurait pu être considérée comme une grande victoire mais, même au sein du mouvement féministe, on a le sentiment d’un malaise.
Tout ceci donne le sentiment qu’après avoir engrangé les fruits de la lutte des aînées (notamment dans le cadre du mouvement ‘’Yeewu yeewi’’ créé dans les années 1980), le mouvement féministe sénégalais s’est essoufflé, voire s’est perdu dans ses combats. L’une des pionnières, Marie Angélique Savané, dénonçait, à juste titre, dans un entretien qu’elle nous avait accordé en mars 2014, le fait qu’actuellement on ne fait que du «féminisme alimentaire». Ensuite, au-delà du problème générationnel, les féministes sénégalaises et africaines de façon générale semblent avoir été entrainées par leurs consœurs occidentales dans des combats qui parfois ne sont pas les leurs. La récente sortie de la sociologue Fatou Sarr Sow qui, dans un article, procédait à une déconstruction de la notion de genre, sonne ainsi comme une sorte d’aggiornamento.
PAR MALICK SY
LA VOIX DE LA SAGESSE ?
Moustapha Diakhaté, Mame Mbaye Niang et Adama Faye sont les missi dominici anti-troisième mandat au service de Marième Faye Sall. C'est un énorme dos-d’âne sur la route des thuriféraires du président qui roulent pour une candidature de Macky
L'essenteil.sn |
Malick Sy |
Publication 22/07/2021
Marième Faye Sall, Première dame de l’opposition au troisième mandat
Moustapha Diakhaté, Mame Mbaye Niang et Adama Faye sont les missi dominici anti-troisième mandat au service de Marième Faye Sall. C'est un énorme dos-d’âne sur la route des thuriféraires du président qui roulent pour une candidature de Macky
Marième Faye Sall, Première dame de l’opposition au troisième mandat
C’est qu’elle est comme ça Marième Faye Sall. Femme au sommet, mais plus madame tout le monde que Première dame. Du moins jusqu'ici. Et les Sénégalais, dans leur immense majorité, le lui rendent bien. Tant les opinions sont laudatives dès qu’il est question de l’épouse du président. Une beauté et un charme bien sénégalais qui n’ont d’égales que les surenchères hagiographiques qu’elle génère rien qu’à l’évocation de son nom. De quoi rendre envieux son président de mari, empêtré depuis quelques mois, dans un persistant et large mouvement de défiance populaire.
Mais, qu'elle n’est pas que ça non plus la Première dame du Sénégal. Bâtisseuse en taille basse de la carrière politique de son époux avec une simplicité, une élégance et une empathie faites de communication, elle a été le cerveau opérationnel de la machine qui a forgé l’ascension de Macky Sall à la plus haute fonction de l’État. Ce qui fait encore dire que sans elle, lui ne serait peut-être pas président de la République. Discrète, imprévisible, mais très impliquée, la voilà propulsée au cœur du pouvoir après la victoire de son mari en 2012. Marième irradie le Palais. Le Sénégal est sous le charme.
Le collège des « anti troisième mandat » de madame
Empreinte intellectuelle minimale, mais influence politique maximale. L'épouse du président suscite toutes sortes de conjectures quant à son influence sur la marche du pays et sur son président de mari. Chacune de ses rarissimes déclarations est guettée et disséquée, sa moindrissime confidence, analysée et commentée.
Il fallait donc bien s’attendre aux torrents de commentaires suite à la déclaration surprise de Moustapha Diakhaté, proche parmi les proches de Marième Faye Sall, annonçant que « la Première dame n’est pas dans une logique de troisième mandat. » Même si l'auteur de ces propos s’est mis depuis en mode rétropédalage, son brusque revirement n’aura pas suffit à tarir le flot de supputations quant à une possible fracture du couple présidentiel sur la question du troisième mandat.
Les analystes n’avaient pas fini d’épiloguer sur cette spectaculaire annonce que Mame Mbaye Niang, autre membre étoile du tout premier cercle de la Première dame y allait lui aussi de sa vulgate anti-troisième mandat avertissant « qu’il ne soutiendra pas le président dans sa quête d’un autre mandat. » Venant du chef de cabinet du chef de l’État, cela fait quand même un peu désordre. Mais il fallait quand même oser.
Seulement voilà, la quasi-concomitance de ces deux annonces, faites dans deux émissions phares d’un même groupe de presse laissent peu de place à la simple coïncidence. Comme en miroir à la surprise provoquée par les déclarations de ces deux piliers de la galaxie autour de la Première dame, il y eut la tribune au ton pamphlétaire dans laquelle Adama Faye, frère de Marième Faye Sall, étrille le chef de l’État. Un réquisitoire impitoyable contre son beau frère qu’il soupçonne entre les lignes de vouloir briguer un troisième mandat. Un discours d’une rare violence où chaque mot siffle comme une balle. Peu habituel lorsque l’on s’adresse à l’époux de sa sœur dont Adama Faye dénonce « l'excès de pouvoir et le comportement de dictateur ou de monarque qui inquiètent plus d’un. » N’en jetez plus. Le déversoir est plein.
Désordre à tous les étages et suspense étouffant à tous les niveaux
Difficile de croire que ces hommes à tout faire du clan de la Première dame ne parlent pas sur commande. Tout laisse à penser que Moustapha Diakhaté, Mame Mbaye Niang et Adama Faye sont les missi dominici anti-troisième mandat au service de Marième Faye Sall dont il se susurre de plus en plus qu’elle veut mettre son mari en quarantaine de la présidentielle de 2024. Nul doute que les fantassins marron-beige du président ne tarderont pas à ajuster les snipers de la Première dame dans cette guerre des tranchées tout au sommet de l’intimité du Palais.
Une chose est sûre, toute cette saga des « anti-troisième mandat » dont les partisans de la Première dame orchestrent la médiatisation est un énorme dos-d’âne placé sur la route des thuriféraires du président qui roulent plein phare et klaxon bloqué pour une candidature de Macky Sall.
Le Sénégal semble se diriger inexorablement vers un vaste arc de crise qui risque de provoquer un désordre à tous les étages du pays. La question du mandat est en train de crisper le climat politique et d'empester l’ensemble de la sphère publique. Mais jusque là, aucun signe tangible n’est venu du Palais pour en dissiper définitivement l’odeur persistante. C’est un suspense étouffant et anxiogène qui est en train de gagner le pays au fur et à mesure que l’on s’approche de la prochaine échéance présidentielle. Le Sénégal est assis sur un volcan dont les cendres de la dernière éruption explosive de mars dernier n’ont pas encore fini de se dissiper.
En se mettant hors « logique d’un troisième mandat » présenté comme celui du chaos par l’opposition sénégalaise, la Première dame tenterait-elle d’éteindre la mèche qui pourrait déclencher une déflagration dont il est difficile de prédire l’échelle et l’ampleur ? « L’affaire Ousmane Sonko » et les émeutes meurtrières qui s’en sont suivies ont failli emporter le pouvoir de son mari. Le régime de Macky Sall s’était dangereusement approché du précipice. L’obsession d’un mandat additionnel risque-t-elle de le faire tomber dedans ?
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BEAUTÉ ET COSMÉTIQUE : UN VEAU GRAS SNOBÉ PAR LES GOUVERNANTS ET LE PRIVÉ AFRICAIN
L’industrie de la Beauté et de la Cosmétique est une niche à fort potentiel et vivier à emplois. Mais malheureusement le secteur privé africain et les États n’en n’ont pas conscience. La journaliste Aminata Thior nous révèle tous les secrets du secteur
Elle a osé s’attaquer, avec ses propres moyens, à une industrie à haut potentiel économique, mais fortement méconnu par différents acteurs. Il s’agit de l’industrie de la Beauté et la Cosmétique en Afrique francophone. Directrice et fondatrice du magazine spécialisé en ligne Setalmaa, désormais ce secteur n’a plus aucun secret pour Aminata Thior, chroniqueuse de Rfi.
Du potentiel aux profils des consommateurs/trice, en passant par les chiffres-clés, les investisseurs, les défis, elle y a tout découvert après s’être lancée dans une longue enquête avec son équipe. Récemment, Aminata Thior a publié un rapport très documenté de cette enquête, le tout premier sur cette industrie en Afrique francophone. Dans cette entrevue exclusive avec AfricaGlobe tv et AfricaGlobe.net, l’ingénieure télécom, reconvertie en journaliste, nous fait une synthèse de ce riche et dense rapport, consultable sur son site web setalmaa.com.
Après 4 ans d’enquête rigoureuse Aminata Thior est persuadée que si les Etats et les privées investissent dans le secteur de la beauté et de la cosmétique et que les universitaires mettent la main à la pâte en termes de recherche en vue de la transformation, le secteur va générer de millions d’emplois et par conséquent, une bonne solution au chômage sera toute trouvée pour la plupart des pays africains.
Ce rapport se veut être un outil de prise de décision aussi bien pour les investisseurs que les politique. Ce qu’elle a découvert pendant son enquête la pousse à inviter le monde universitaire à s’intéresser aussi à ce secteur.
KEN DERRICK OTIENO
UN MILLION DE FILLES AFRICAINES « POURRAIENT NE JAMAIS RETOURNER A L’ECOLE»
scidev |
Ken Derrick Otieno |
Publication 16/07/2021
Avant la COVID-19, les filles africaines étaient plus susceptibles que les garçons d'abandonner l'école
Mais la pandémie a en outre poussé plus d'un million de filles à abandonner l'école
L'Afrique peut perdre une décennie de progrès en matière de développement si le problème n'est pas résolu
[NAIROBI] D’après un récent rapport, environ un million de filles en Afrique subsaharienne pourraient ne jamais retourner à l’école après être tombées enceintes en raison des fermetures d’écoles liées à la COVID-19. Une situation qui pourrait compromettre la croissance du continent.
Le rapport du Forum Ibrahim met en évidence les défis liés à la COVID-19 auxquels l’Afrique est confrontée, notamment une augmentation de la violence sexuelle et sexiste, une pression sur des services de santé déjà faibles, une instabilité croissante et des difficultés économiques.
Le rapport publié ce mois de juillet souligne que les fermetures d’écoles ont un impact négatif sur la socialisation des filles, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive et aux espaces sûrs.
Il indique que les filles deviennent vulnérables à la violence et à l’exploitation sexuelles, aux mutilations génitales féminines (MGF), au mariage forcé et aux grossesses précoces.
“Le rapport du Forum Ibrahim montre comment les fermetures d’écoles risquent d’élargir les inégalités d’apprentissage existantes”
Camilla Rocca, Fondation Mo Ibrahim
« Le rapport du Forum Ibrahim montre comment les fermetures d’écoles risquent d’élargir les inégalités d’apprentissage existantes », explique Camilla Rocca, responsable de la recherche à la Fondation Mo Ibrahim.
« Déjà en 2019, il y avait un écart de 3,9 points de pourcentage entre le taux de filles et celui de garçons non scolarisés en Afrique subsaharienne », ajoute-t-elle.
Cette analyse, explique Camilla Rocca, est basée sur des données telles que la scolarisation et les taux de grossesse chez les adolescentes.
Les appels à rester à la maison pendant la pandémie ont déclenché une augmentation de la violence contre les femmes et les filles à travers le monde, note la chercheure.
Ajoutant que « cela se produit à un moment où l’accès au soutien et aux services d’urgence pour lutter contre les violences basées sur le genre et le sexe ont diminué en raison de la pandémie et des restrictions qui y sont liées. »Camilla Rocca indique à SciDev.Net que dans une enquête menée auprès de 1 056 femmes au Burkina Faso, au Tchad, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Sénégal, près de 41% des personnes interrogées ont signalé des incidents de violence domestique avant la pandémie, alors que ce chiffre est passé à plus de 52% pendant la COVID-19.
Le rapport présente une feuille de route pour se remettre durablement de la COVID-19 en Afrique, notamment le renforcement de la collaboration, la priorisation des jeunes et la défense de la bonne gouvernance.
Tijani Salami, un médecin défenseur de la santé et des droits sexuels et reproductifs au Nigeria, affirme que les femmes subissent de plein fouet les conséquences socio-économiques de la COVID-19.
« Le mariage des enfants est répandu en Afrique subsaharienne », explique ce dernier qui est un bénéficiaire de la bourse Aspen New Voices.
« Environ 43% des filles au Nigeria se marient avant l’âge de 18 ans. Les impacts de la COVID-19 pourraient aggraver cette pratique avec des conséquences sur leur santé, dit-il.
La bourse New Voices de l’Aspen Institute est un programme non résidentiel d’un an qui offre une formation intensive aux médias et au plaidoyer pour les experts en développement de première ligne.Tammary Esho, directrice du Centre d’excellence d’Amref Health Africa pour mettre fin aux mutilations génitales féminines, affirme que la pandémie a exacerbé les pratiques néfastes consistant à couper ou à blesser délibérément les organes génitaux féminins dans des pays comme l’Éthiopie, le Kenya, le Sénégal et l’Ouganda.
« Les femmes et les filles constituent un énorme capital humain et cela aura un impact négatif sur l’Afrique qui pourrait perdre jusqu’à une décennie de progrès en matière de développement si la question des violences basées sur le genre ne sont pas traitées », dit-elle.
La pandémie appelle à des approches innovantes pour renforcer et soutenir les systèmes sociaux, économiques, de santé et de justice pour la prévention des urgences publiques et la préparation aux interventions, ajoute Tammary Esho.
Elizabeth Anne Bukusi, scientifique principale en recherche clinique à l’Institut de recherche médicale du Kenya, déclare pour sa part que la COVID-19 a démontré le manque d’attention aux services de santé promotionnels et préventifs qui sont essentiels pour atténuer la pandémie.
La reprise nécessitera un accès aux vaccins anti-COVID-19 pour lesquels l’Afrique est en queue de peloton, et un cadre pour aider à augmenter la capacité de la région à faire face aux crises futures, selon cette dernière.
« L’Afrique doit également repenser les priorités et les investissements dans les soins de santé de ses citoyens [et] dans la recherche afin de parvenir à la santé et au bien-être de ses citoyens », ajoute Elizabeth Anne Bukusi.
La version originale de cet article a été produite par l’édition anglophone de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne.
JE SUIS UNE BELLE SYNTHÈSE DU SÉNÉGAL
Référence dans le monde universitaire et du droit, la ‘’Peule-Léboue’’, Amsatou Sow Sidibé, célébrée samedi par la faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Ucad, revient sur son parcours, ainsi que sur certains sujets brûlants de l’actualité
Pouvez-vous nous parler un peu plus de vous, de vos origines, de votre parcours… ?
Amsatou Sow Sidibé est une Sénégalaise née à Dakar. Son père, Aladji Pape Sow, lui-même est né à Dakar. Son grand-père, Djibril Sow, a quitté le Macina et est venu à l’école des fils de chefs de Saint-Louis. Il est descendu à Dakar et fait partie de ceux qui ont créé la Médina jusqu’à l’avenue Faidherbe. Par contre, la mère de mon père, Fatou Hann, est originaire de Pété, dans le Fouta.
Amsatou Sow Sidibé est donc une femme peule-léboue. C’est comme ça qu’on nous appelait. D’ailleurs, mon père porte le nom d’un Lébou de la Médina, en l’occurrence le père de l’honorable députée Adjaratou Arame Diène. Je suis donc une pure Dakaroise. Mon père est né là où se trouve la Société générale, sur l’avenue Faidherbe et était fonctionnaire des chemins de fer.
Ma mère, elle, est née à Thiès ; mais son père est de Guidakhar, dans le Walo, à une trentaine de kilomètres de Richard-Toll. Sa mère est de Ndiagne, dans le Ndiambour. Enfant, nous habitions là où se trouve aujourd’hui le Grand Théâtre. Bien évidemment, ce Dakar n’avait rien à voir avec celui que vous avez connu (rires). C’était un Dakar si calme, si charmant et si accueillant. Aujourd’hui, la ville est agressée, elle est mise sens dessus-dessous…
C’est le moment pour moi de lancer un appel pour une réconciliation de l’humain, de l’homo senegalensis avec son terroir, avec son environnement… Ainsi, je peux dire que je suis du Fouta, du Ndiambour, du Macina, du Cayor, j’ai également des parents à Foundiougne. Mais je suis née à Dakar dans le Cap-Vert. Bref, je suis une belle synthèse du Sénégal (elle sourit).
Qu’en est-il de votre parcours scolaire et universitaire ? Etes-vous de ceux qui se réclament ‘’pur produit de l’école sénégalaise’’ ?
C’est une mission périlleuse, mais puisque vous m’y invitez, je vais essayer. Je peux le revendiquer parce que j’ai fait l’essentiel de mon parcours ici. J’ai fait Berthe Maubert jusqu’à l’entrée en 6e ; ensuite, j’ai débuté le secondaire au petit lycée qui était à côté d’Air France, avant de rejoindre l’alors nouveau lycée John Fitzgerald Kennedy, où j’ai obtenu mon baccalauréat. Ensuite, j’ai rejoint, en 1974, l’université Cheikh Anta Diop, à l’époque université de Dakar. Après la Licence, le professeur Ibrahima Fall (ancien candidat à la Présidentielle) que je salue, à qui j’adresse un témoignage déférent, m’a donné une bourse pour aller poursuivre mon troisième cycle en France.
J’ai alors intégré l’université de Paris II-Sorbonne, où j’ai commencé le troisième cycle en prenant un sujet de thèse, tout en fréquentant la Sorbonne pour préparer le Certificat de droit et économie d’Afrique. J’avais commencé la rédaction de la thèse, mais je suis vite rentrée au Sénégal, parce que j’ai été recrutée à l’université de Dakar. J’ai soutenu ma thèse en 1987, à l’université Paris II Panthéon-Sorbonne sur le pluralisme juridique en Afrique. C’est-à-dire le fait qu’il y ait plusieurs systèmes de droit en Afrique avec les droits moderne, musulman, coutumier… Et j’ai eu la chance d’avoir le prix de thèse de l’université de Paris II. Elle a donc été publiée par la Librairie générale de droit et de jurisprudence (LGDJ) Paris en 1991.
Pour l’Agrégation, c’était en 1991 ou 1992. Je suis devenue par la suite professeure titulaire et enfin professeure titulaire de classe exceptionnelle. J’ai donc essayé de faire le maximum pour être là où je suis.
Depuis 1974, vous n’avez pas quitté cette université qui vous rend aujourd’hui hommage. Qu’avez-vous ressentie quand vous avez été choisie comme marraine de la promotion sortante de la FSJP ?
Cela m’a fait beaucoup plaisir. Je suis très contente de cette marque de reconnaissance. Je remercie infiniment les étudiants et les autorités de l’université. Vous savez, j’ai fait presque 40 ans dans cette université et je resterai toujours disponible pour les étudiants, pour mon pays. Comme vous le savez, j’ai toujours eu une relation assez particulière avec les étudiants. J’avais choisi de m’investir dans ce grand amphi qu’on appelait l’amphi B, où il y avait des milliers d’étudiants. Non seulement, il y avait ceux qui étaient inscrits à la Fac Droit, mais aussi d’autres qui venaient d’autres facultés pour suivre mon cours. J’ai toujours essayé de dispenser ce cours avec générosité, avec cette passion que j’ai pour le droit et l’envie de le faire aimer aux autres. Et je sentais que cette passion, cet amour était bien transmis aux étudiants, pour qui j’étais la maman, la ‘’badiene’’. J’étais sans complaisance, mais je défendais leurs intérêts de façon très juste. C’est peut-être ce qu’ils ont apprécié.
Aujourd’hui, cet espace auquel vous avez consacré 40 ans de votre vie est émaillé de violence. L’actualité est même marquée par ces sanctions infligées à certains étudiants par l’Assemblée de l’université. Votre commentaire sur ces sanctions ?
Moi, je n’aime pas la violence. Je me veux apôtre de la non-violence. J’ai été dans beaucoup d’espaces, aussi bien au Sénégal qu’à l’étranger, pour essayer de régler des conflits. Alors, quand la violence se passe chez moi, surtout dans l’espace universitaire, spécialement celui de Dakar dont la devise est ‘’Lux Mea Lex’’, je suis peinée. Assesseure à la faculté de Droit, ancienne directrice de l’Institut des Droits de l’homme et de la paix, j’ai beaucoup réfléchi avec mes collègues pour voir comment mettre un terme à ces cycles de violence. Des séminaires ont été organisés, des propositions faites, mais on y voit toujours de la violence. Et les causes sont toujours les mêmes, à l’occasion des renouvellements des bureaux des amicales. C’est incompréhensible, c’est inadmissible.
Moi qui vous parle, j’ai eu à me mettre entre des étudiants qui se battaient pour les séparer. C’était risqué, mais je ne pouvais les laisser s’entretuer. Mais malgré tout ce qu’on a fait, les conflits sont toujours là. Quel est le problème ? Je pense qu’il faut davantage impliquer les jeunes dans la prise en charge de cette problématique. Qu’on leur fasse comprendre que la violence ne règle rien du tout. C’est la pire des choses et cela ne fait que les retarder. L’université doit être un espace de réflexion et non un espace où ce sont les biceps et les armes qui règnent. Nous ne sommes pas dans une jungle.
Pensez-vous donc que l’université a bien fait de sanctionner certains étudiants qui sont allés trop loin ?
J’ai été choquée de voir ce niveau de violence. Quand on parle de franchise universitaire, cela veut dire que ce sont les enseignants, les enseignés, le personnel qui doivent évoluer en harmonie pour produire. Ce n’est pas un endroit où on doit être en permanence en inquiétude. Sur la nature des sanctions, c’est l’Assemblée de l’université qui est habilitée et elle a pris sa décision.
Les politiques sont souvent accusés d’être les instigateurs de cette violence. Que pensez-vous d’une telle accusation ?
Allez à l’Assemblée nationale où on se donne maintenant des coups de poing ! C’est tellement vilain. Et c’est ce qui est donné en exemple à notre jeunesse. Si les représentants du peuple se comportent de cette manière, le peuple les regarde et les imite. La violence doit être bannie de notre société et je pense qu’il faut, ensemble, œuvrer pour cela. Dans une société civilisée, la tolérance, la discipline, le respect de l’autre doivent primer. Mais, malheureusement, nous constatons de plus en plus de dérives.
Êtes-vous de ceux qui pensent que la politique doit être bannie de l’espace universitaire ou simplement encadrée ?
Quand on dit ‘’Lux Mea Lex’’, il y a des attitudes à bannir, des activités à encadrer scrupuleusement. L’universitaire a certes le droit d’avoir des positions, d’intervenir dans la politique, qui n’est rien d’autre que l’art de gérer la cité. C’est un droit fondamental. Mais c’est une certaine manière de faire la politique qui n’a pas sa place dans l’espace universitaire.
En tant que juriste qui a travaillé sur le foncier et le pluralisme juridique en Afrique, quelle lecture faites-vous des multiples litiges fonciers au Sénégal ?
Le problème du Sénégal, c’est la boulimie foncière. Les gens s’arrachent les terres comme ils s’arrachent des petits pains ou bien un bol de riz. C’est incroyable. Or, si la loi sur le domaine national avait été bien appliquée, nous n’en serions jamais là. Avec cette loi, le président Léopold Sédar Senghor avait décidé que 99 % des terres du Sénégal appartiennent à la nation. C’est-à-dire que toute personne qui a besoin de la terre peut avoir son lopin pour le travailler. C’était ça la finalité. Aujourd’hui, on a tellement grignoté qu’une grande partie de ces terres n’appartiennent plus à la nation. L’Etat s’en est approprié ; et plus grave, les particuliers s’en sont aussi appropriés. Et cela continue de plus belle. Mieux, on se permet même de dégager des familles qui occupent des terres depuis des siècles pour en faire une appropriation privative. C’est ce qui est à la base de la plupart de ces conflits. Et il faut faire très attention. Partout où il y a des problèmes dans le monde, c’est parce que des groupes ont senti qu’on les a privés de leur droit à la terre, alors que d’autres y ont droit.
Est-ce à dire que vous êtes pour le maintien de la loi sur le domaine national, décriée, jugée parfois ‘’rétrograde’’ et contraire aux exigences du développement dans un monde de plus en plus libéralisé ?
Moi, je suis pour le respect de l’esprit de la loi sur le domaine national tel que cela a été fait par le président Senghor. Malheureusement, dans la pratique, cet esprit a toujours été dévoyé. Pourquoi (elle hausse le ton) est-ce que des personnes doivent devenir des ouvriers agricoles, alors que d’autres peuvent se taper des hectares et des hectares ? C’est injuste. C’est scandaleux dans un Etat démocratique. Chacun a droit à la terre, pour se loger, pour travailler.
Si on veut maintenant privatiser, on doit le faire en tremblant. Ce n’est pas une décision simple qu’on fait aveuglément. Si on le fait, un groupuscule va s’accaparer de toutes les terres au détriment du plus grand nombre. C’est ce qui crée des histoires. Je répète : il faut faire très attention avec la gestion de la terre. Il faut une gestion responsable. Faire en sorte que tout le monde puisse en jouir.
Universitaire reconnue, respectée par tout le monde, pourquoi avez-vous décidé, à un moment, d’entrer en politique ? Qu’est-ce qui a sonné le déclic ?
Justement, c’est pour changer cette façon de faire la politique dans notre pays. Et pour cela, il faut des hommes et des femmes de qualité dans cet espace politique marqué par la politique politicienne. J’ai donc voulu apporter ma touche, cette touche nouvelle, pour qu’enfin on ait une façon civilisée de faire la politique. Notre engagement ne doit être guidé que par la volonté d’être au service de notre peuple, d’être utile à notre pays. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Voilà pourquoi est née Car (Convergence des acteurs pour la défense des valeurs républicaines) Lenen qui n’est rien d’autre que la rupture. Ce que nous voyons dans ce pays n’augure rien de bon. Il faut y remédier et c’est la raison pour laquelle on s’est engagé.
Vous êtes entrée dans le champ politique depuis 2010, mais on ne sent pas trop Car Lenen dans l’espace. Est-ce à dire que votre message n’est pas suffisamment entendu ? Vous arrive-t-il d’avoir des regrets ou de vous décourager ?
Je ne me décourage pas ; je n’ai aucun regret par rapport à cet engagement. Bien au contraire ! Moi, j’observe et je tire des conclusions. Globalement, je pense que nous avons un parcours positif. Au moins, nous ne faisons pas de dégâts et nous posons des actes positifs et utiles pour notre pays, des actes qui inspirent.
Par exemple, en 2012, alors que nous venions juste de créer notre manifeste, avant même le récépissé, on s’est présenté à la présidentielle…
Cela avait fait long feu… ?
Mais c’était très important. A travers cette candidature, nous avons voulu montrer la voie, inviter les femmes à prendre conscience qu’elles doivent participer et qu’elles en ont les moyens et les capacités. Et je pense que sur ce plan, on a réussi. L’initiative a fait des émules et les femmes se sentent de plus en plus concernées.
En 2019, nous avons voulu encore participer, mais on nous a dénié ce droit, sous le prétexte du parrainage, dont on ne maitrise pas les tenants et les aboutissants. Et les juridictions africaines l’ont d’ailleurs sanctionné.
Aujourd’hui, vous vous opposez au régime du président Macky Sall, après avoir cheminé avec lui pendant un moment. En regardant dans le rétroviseur, quel est votre sentiment ?
Je n’ai aucun regret. C’était une bonne occasion pour mettre mes compétences au service de mon pays, dans le domaine des droits humains et de la paix dont j’étais chargée en tant que ministre-conseiller. A ce titre, nous avons beaucoup contribué à l’accalmie du conflit en Casamance, en rencontrant notamment beaucoup de communautés dans cette région sud du pays. Nous avons eu à leur parler avec l’EDVR (Espace, dialogue, vérité et réconciliation) pour la paix définitive en Casamance. Nous discutions, dans ce cadre, avec les communautés, autour des questions qui pouvaient nous mener vers la paix. Nous avons non seulement apporter notre modeste contribution, mais mieux, nous avons laissé des documents de stratégie pour arriver à la paix définitive.
Pouvez-vous rappeler les circonstances de votre départ ? Vous aviez semblé un peu en colère ?
Je n’étais pas en colère, mais un peu désolée, je l’avoue. Par exemple, quand on refusait de me verser un salaire de la présidence ou un salaire de l’université, alors que je travaillais comme tout le monde. Je pense que c’était le minimum. Je suis restée pendant six mois sans aucun salaire et je n’ai pas compris le pourquoi. Mais comme je ne fais pas beaucoup de bruit autour de ces choses, certains en ont profité peut-être. Je profite de l’occasion pour rappeler que le salaire est fondamental et on ne doit pas jouer avec. On doit le respecter, le protéger pour tous les travailleurs.
Le Dialogue politique a aujourd’hui livré ses conclusions, sanctionnées par le vote prochain du projet de loi portant Code électoral. Etes-vous satisfaite des résultats ?
Le dialogue politique est important, mais il y a d’autres aspects du dialogue qui sont déterminants pour tous, surtout pour les jeunes. Et cela me tient à cœur. Maintenant, pour le dialogue politique, puisque vous me le demandez, j’ai essayé de chercher les consensus, mais je dois dire que je n’ai pas vu de résultats significatifs du dialogue politique. Pour la caution qui est importante, je n’ai pas vu de solution. Pour le parrainage, c’est réglé pour les élections territoriales, mais on ne sait pas encore pour les Législatives et la Présidentielle… On constate que cela n’a pas été enlevé dans la loi électorale. Pour moi, ce machin est une catastrophe. Le Sénégal n’est pas prêt pour le parrainage. Il faut d’autres formes de filtre.
Diriez-vous donc que le dialogue n’a pas servi à grand-chose ?
Vous voulez me demander si la montagne a accouché d’une souris ? (Elle éclate de rire) En tout cas, sur ce machin du parrainage, je pense qu’il faut le régler avant d’aller aux Législatives. C’est fondamental pour les Législatives et la Présidentielle. Encore une fois, j’ai beaucoup œuvré pour qu’il y ait un dialogue. Mais dans mon entendement, le dialogue devait être non seulement politique, mais aussi social, économique, éducationnel… Le dialogue politique, seulement, ce n’est pas ce qui fait vivre le pays. C’est pourquoi j’avais fait un document que j’avais envoyé au président de la République pour qu’il s’en inspire. Et je crois qu’il avait tenu compte de mes suggestions. Moi, la conception que j’ai du dialogue, c’est qu’il doit permettre aux Sénégalais de vivre mieux. Sans cela, ce n’est pas la peine. Ne l’ayant pas senti, je n’ai pas voulu déranger. C’est pourquoi je me suis gardée à l’époque de faire du bruit. Je n’ai eu à parler à aucun journaliste. J’ai quitté le dialogue sur la pointe des pieds.
Les élections territoriales arrivent à grands pas. Comment comptez-vous y aller ? Amsatou Sow Sidibé est-elle candidate à la succession de Barthélémy Dias à la mairie de Mermoz-Sacré-Cœur ?
Vous savez, les élections territoriales, c’est une question de proximité. Chaque militant, en fonction des réalités de sa localité, va apprécier et agir en conséquence. Pour ma part, je préfère parler des militantes et militants ; des sympathisantes et sympathisants de Car Lenen. Ce n’est pas ma personne qui importe. Nous allons vers des élections de proximité et nous allons voir le meilleur moyen d’y participer.
Parlons du troisième mandat. Quel est votre commentaire sur ce débat ?
Moi, je ne comprends pas. Il y a tellement de problèmes urgents dans ce pays. Les questions éducatives, de la santé avec la Covid, la jeunesse qui a fait un cri du cœur terrible au mois de mars… C’est pourquoi je ne comprends pas que le président de la République ne mette pas un point final, je dis bien un point final à cette question du mandat. Il sait comment mettre un terme à ce débat. Il est temps qu’on passe à autre chose. Cette question du mandat est devenue ennuyeuse, c’est une question qui m’ennuie. Nous devrions nous concentrer sur les questions brûlantes de l’actualité. C’est pourquoi j’ai vraiment du mal à mêler mon nom à ce débat.
Mais parfois, certains citoyens se sentent abusés à cause des multiples interprétations des spécialistes du droit. Est-ce la discipline qui est aussi aléatoire ou ce sont les hommes et femmes de droit qui posent problème ?
Ce que je peux dire, c’est que le droit est un phénomène social, humain. Mais la règle de droit est une base. Il faut, aujourd’hui, que nous retournions à la règle de droit, sans laquelle il n’y a ni développement ni vie possible en société. En tant que phénomène social et humain, cette règle peut être susceptible d’interprétation, mais cela doit se faire en toute objectivité. Pour ce faire, il y a la volonté du législateur qu’il faut prendre en compte. Que voulait le législateur, celui qui a fait la loi ? Quand on ne tient pas compte de cette volonté, interpréter devient effectivement difficile. Il est donc utile, parfois, de retourner aux travaux préparatoires pour comprendre ce que le législateur a voulu dire.
Par rapport à la question de l’emploi des jeunes, particulièrement ceux issus de votre département, la faculté de Droit. Ne pensez-vous pas qu’il faut davantage ouvrir les professions libérales pour accroitre leurs chances ?
Le problème de l’emploi des jeunes est une question de fond, une question globale. Il faut aider les jeunes à se remettre sur les rails, les accompagner dans le renforcement de leurs capacités. La question de l’école et de la formation est fondamentale. Je pense que ce qu’il faut aux jeunes pour leur insertion, c’est les accompagner dans leur savoir, c’est-à-dire dans leurs connaissances qui doivent être renforcées ; ensuite dans leur savoir-faire, c’est-à-dire en termes d’efficacité dans leurs recherches de la qualité, dans leurs compétences... Il faut aussi les accompagner dans l’exercice de leur savoir-être ; c’est-à-dire qu’ils aient plus conscience de leurs valeurs intrinsèques, qu’ils aient aussi confiance en eux, pour ne pas céder au découragement et à certains phénomènes comme le ‘’barsa wala barsax’’. Notre jeunesse doit certes avoir des emplois, mais elle doit aussi rompre avec la violence dont on parlait tout à l’heure. Elle doit faire partie de la crème de la jeunesse du monde. Elle en est capable et en a les capacités intellectuelles. Il leur manque juste les fondamentaux.
Mais n’y a-t-il pas lieu d’ouvrir également les quelques opportunités qui existent, notamment les professions libérales ?
Il faut ouvrir toutes les opportunités. Mais il y a des préalables qui sont nécessaires à l’épanouissement de cette jeunesse.
par Adrienne Diop
QUAND LE COVID MET À NU LES INÉGALITÉS HOMMES-FEMMES
EXCLUSIF SENEPLUS #SilenceDuTemps - Nos espoirs collectifs post Covid-19 devraient émaner de la prise en charge des impacts de la pandémie sur les femmes au regard du rôle fondamental qu’elles ont joué dans sa gestion
#SilenceDuTemps - Depuis la survenue du Covid-19, notre santé, nos politiques sanitaires, nos économies, nos méthodes de travail, nos relations familiales et amicales, en un mot, nos vies ont été bouleversées de manière profonde et irréversible. Même dans l’espoir que cette pandémie soit maîtrisée et vaincue, nous ne vivrons plus et ne travaillerons plus comme avant. Son étendue géographique, le lourd tribut en vies humaines, l’impact négatif sur les économies de nos États, les bouleversements intervenus dans le système éducatif, les conséquences désastreuses sur certains corps de métier, les répercussions sur la vie en société et la vie privée, font du Covid-19 une pandémie à nulle autre pareille. En effet, le Covid-19 s’est révélé être beaucoup plus qu’un problème sanitaire. La pandémie a non seulement mis à nu la fragilité de nos systèmes sanitaires, mais elle a également déstabilisé nos économies et modifié notre mode de vie.
Le Covid-19 a permis de mettre les projecteurs sur certaines professions essentielles dont le rôle a été fondamental dans la gestion et prise en charge des malades dans les structures sanitaires et sociales. Ces personnels sont pourtant mal rémunérés et rarement appréciés à leur juste valeur.
Ma réflexion sera principalement axée sur un aspect peu évoqué par les gouvernements et les médias durant cette crise sanitaire : son impact différencié selon les genres. En effet, cela a été l’un des enseignements les plus marquants de cette pandémie. Le Covid-19 a impacté de manière inégale les femmes et les hommes. Les femmes, par la centralité de leur rôle dans la communauté et leur position dans la structure de notre économique, ont beaucoup plus souffert que les hommes de la crise sanitaire. Le Covdid-19 a mis en lumière les inégalités et les disparités socio-économiques déjà existantes entre les hommes et les femmes. Avec les plus bas revenus, vivant souvent dans des logements précaires et insalubres et ayant peu d’accès aux soins de santé adéquats, les femmes sont plus exposées aux infections.
Cette pandémie pourrait anéantir les progrès modestes mais importants, acquis en matière d’égalité des genres et des droits des femmes. À cause de la crise sanitaire, les avancées réalisées dans le cadre de l’équité sociale et de l’élimination de la pauvreté sont menacées.
Les conséquences de la crise sanitaire sont nombreuses, mais son impact sur les femmes est considérable et affecte par ricochet tous les autres secteurs. Nos espoirs collectifs post Covid-19 pourraient émaner de leur prise en charge, si l’on considère le rôle fondamental qu’elles ont joué dans sa gestion. Le Covid-19 est une opportunité pour revisiter et redéfinir nos politiques de santé en y renforçant le rôle des femmes et par de-là contribuer à la réduction des inégalités.
Bien qu’ayant été moins affecté que les autres continents si l’on considère le nombre de décès, l’Afrique a le plus souffert des conséquences du Covid-19. Les pays africains ont payé un lourd tribut aux plans sanitaire, économique et sociétal. Le Covid-19 est venu affaiblir des structures sanitaires déjà fragiles, souffrant de politiques de santé souvent inadaptées, de manque d’infrastructures adéquatement équipées, de financement suffisant, de personnels pas toujours bien formés et souvent mal rémunérés. La pandémie a exacerbé les carences de nos systèmes sanitaires.
- Les femmes en première ligne -
L’impact de la majorité des crises (guerre et conflits, climat, économique, chômage) est toujours plus sévère sur les femmes que sur les hommes. Le Covid-19 ne fait pas exception. En raison de leur rôle dans la société et de leur forte présence dans les structures sanitaires et sociales, elles sont sur la ligne de front des intervenants de la lutte contre la pandémie, ce qui qui font d’elles les personnes les plus exposées au Covid-19. En effet, les femmes constituent 75% des infirmières, des aides-soignantes et du personnel de soutien. Il faut ajouter à cela que 86% des assistantes sociales et des aides à domicile sont des femmes.
Au niveau économique également, les femmes ressentent de façon plus prononcée les effets de la pandémie. Elles sont majoritaires dans les secteurs les plus affectés par crise sanitaire comme l’hôtellerie, la coiffure, le commerce et la vente, la restauration et la transformation de produits locaux. Selon les Nations unies, elles constituent également près de 60% des travailleurs qui évoluent dans le secteur informel. L’économie informelle est caractérisée par une certaine précarité, des bas salaires et moins de protection sanitaire. L’OIT informe qu’en 2020 la perte d’emploi des femmes atteint 5% contre 3,9% chez les hommes. Selon ONU Femmes, 75% des Sénégalaises évoluent dans l’économie informelle. Pour atténuer l’impact de la pandémie, le gouvernement sénégalais a soutenu des entreprises. Cependant, seules celles formellement constituées ont le plus bénéficié de cette aide, laissant un grand nombre de femmes livrées à elles-mêmes. Ces dernières sont également désavantagées par l’absence de prise en compte du travail domestique non rémunéré et l’augmentation des soins qu’elles prodiguent à domicile durant la pandémie. En 2020, les femmes représentaient 39% du monde du travail mais ont subi 54% des pertes d’emploi. À cause du Covid-19, près de 50 millions de femmes dans le monde vont basculer dans l’extrême pauvreté.
L’un des effets les plus inattendus et les plus dramatiques de la pandémie est la hausse de la violence domestique. En 2020, une femme sur cinq dans le monde a été victime de comportements violents dans son foyer. Confinement oblige, la situation des victimes de violence conjugale est aggravée par la présence permanente du partenaire en état de stress causé par le Covid-19. Il a été enregistré une hausse de 32% du nombre de plaintes relatives aux violences conjugales. À cette situation, il faut ajouter, les difficultés des services sociaux à répondre à un plus grand nombre de sollicitations dans un contexte de ralentissement économique.
La pandémie est venue nous rappeler que la santé est la chose la plus importante pour un être humain. Le Covid-19 a bouleversé nos vies par la transformation de notre organisation et méthode de travail, l’arrêt des industries, du commerce, des voyages. Nos systèmes d’enseignement ont subi des modifications majeures et la fermeture des hôtels, des restaurants, des lieux de spectacle et de divertissement nous a obligés à changer notre façon de vivre.
Pour faire face à ce défi, il est fondamental de mettre sur pied un système sanitaire performant basé sur des personnels de santé bien formés et bien rémunérés, une infrastructure de dernière génération régulièrement entretenue et des médicaments à suffisance. Ce système repose sur un financement adéquat, de solides politiques sanitaires fondées sur les besoins réels.
Si aucune action n’est prise, la pandémie va creuser l’écart de pauvreté entre les hommes et les femmes d’ici 2030. Les progrès durement acquis pourraient être anéantis par la crise sanitaire si des programmes qui intègrent la dimension genre ne sont pas adoptés. Il est donc important de placer les femmes au centre des mesures sanitaires visant à prévenir et à lutter contre les pandémies.
Le Covid-19 nous donne l’opportunité de revoir et de redéfinir nos politiques de santé à la lumière des enseignements de cette crise en renforçant la contribution des femmes. Elles devraient être impliquées au plus haut niveau lors de la formulation de ces nouvelles politiques de santé et de la prise de décision. La prise en compte de leurs préoccupations et l’identification de mécanismes est indispensable pour atténuer les impacts spécifiques sur les femmes.
- Pour un changement d'approche -
Une nouvelle approche est nécessaire. Elle passe par une volonté individuelle et politique ainsi que par l’implication du secteur privé. Il devrait y avoir des politiques de santé avant et après le Covid-19.
Le volet sanitaire doit être complété par des mesures visant réduire la vulnérabilité financière des femmes. Parmi ces mesures, le soutien des secteurs de l’économie dans lesquelles les femmes évoluent et l’accompagnement de l’économie informelle sont essentiels.
Le renforcement de la résilience économique des femmes passe également par le mentorat des petites et moyennes entreprises dirigées par les femmes, par la facilitation des prêts à taux réduits et par des mesures d’incitation fiscale.
Face à cette pandémie sans précédent, les pays africains ont la formidable opportunité de repenser leurs politiques de développement, de procéder à une redéfinition des objectifs et des moyens pour y parvenir. Nous devons réfléchir sur une politique économique post-Covid qui met l’humain au centre de ses préoccupations. Les hommes, les femmes, les jeunes, le gouvernement, les secteurs privé et informel, les ruraux et les citadins, tous doivent contribuer à l’élaboration de cette nouvelle politique qui devra être solidaire et inclusive
Cette politique passe par le renforcement de notre autonomie pour la satisfaction de certains besoins fondamentaux. Plus que jamais, la nécessité de compter sur nos propres forces pour la production de notre alimentation et pour la maîtrise de notre système sanitaire notamment les médicaments essentiels et le matériel médical. Pour y parvenir, la transformation de nos produits agricoles, halieutiques, d’élevage et miniers est une condition sine qua non. Les nombreux discours et engagements sur cette question ont été, à ce jour, très peu suivis d’actions concrètes.
Au vu des conséquences dramatiques du changement climatique sur nos économies, la protection de notre environnement est l’une des questions qui doit être inscrite au titre des priorités de cette nouvelle vision.
Le numérique s’est imposé comme incontournable durant cette pandémie. Le Covid 19 a eu des répercussions inégales sur les travailleurs et les entreprises. Certains secteurs se prêtent moins au télétravail soit par leur nature soit par manque personnel ayant une bonne maîtrise de l’outil informatique. Seules les sociétés connectées et dotées d’infrastructures et de technologies numériques ont pu continuer à opérer sans trop de dommages. La pandémie a accentué le problème de la fracture numérique. Sans une technologie numérique de pointe, les défis liés au développement et à la croissance économique ne pourront être relevés. Cet élément doit être intégré dans toute nouvelle politique de développement.
Cette pandémie a révélé l’immense potentiel de créativité des Sénégalais, prouvant à suffisance qu’elle ne demande qu’à être stimulée pour éclore. Le potentiel d’innovation des Sénégalais dans les domaines artistique, sanitaire, économique et industriel est immense. L’État a le devoir, par la création d’un environnement favorable à l’innovation et l’esprit d’entreprise, de faire révéler l’ingéniosité, le génie créateur et salvateur présent dans l’imaginaire des citoyens.
Une redéfinition de notre coopération basée un partenariat réellement « gagnant-gagnant » en misant davantage sur nos propres ressources que sur l’assistance étrangère.
L’augmentation des budgets relatifs à la santé, l’éducation, les affaires sociales, l’agriculture et l’infrastructure numérique contribuerait au renforcement de la résilience des populations.
Paradoxalement, cette tragédie que constitue le Covid-19, est une incroyable opportunité à saisir par nos gouvernants pour revisiter notre trajectoire de développement, lui donner une nouvelle direction qui permettrait l’avènement d’une société prospère, solidaire, équitable, inclusive et respectueuse de son environnement.
Adrienne Diop est une journaliste qui a fait ses gammes à la RTS et au magazine Démocratie locale entre autres. Docteure en Sciences de l’information, elle a enseigné au Cesti et à l’IFP Dakar avant d’être nommée ambassadrice du Sénégal en Malaisie entre 2015 et 2018.
par Philippe D'Almaeida
LE VIOL DE TROP
Les Louise se comptent chaque année par milliers au Sénégal : dans la rue, au bureau, dans les champs, sur les routes, dans l’enfer des familles où ce sont les instincts des mâles qui rythment la sexualité des femmes
Le sit-in organisé le samedi 3 juillet sur la place de la Nation, par le Collectif des féministes du Sénégal, a porté un projecteur de plus sur la scène obscure sur laquelle semble, depuis toujours, se jouer la tragédie des violences faites aux femmes au Sénégal, notamment celle du viol.
Certes, il eût fallu un peu plus qu’un sit-in pour éveiller les consciences, volontairement ou inconsciemment, endormies sur le sujet. Une mobilisation de toutes les rues du pays eût été d’un autre effet. Mais ce n’était point gagné d’avance, dans une société qui affiche plus de spontanéité à protéger ses violeurs qu’à les dénoncer.
Alors, la manifestation de samedi était importante à deux titres : elle brise l’omerta de l’hypocrisie qui entoure la question en contraignant victimes et bourreaux à entendre l’obscénité de leur lâcheté et la gravité de leur silence ; elle contraint une société entière à sortir du déni dans lequel elle s’est enfermée et à se contempler dans le miroir, ouvrant aux victimes, la perspective d’un autre choix que celui de l’acceptation et la possibilité de dire ‘’non !’’.
‘’Stop à l’impunité !’’, scandaient la poignée de femmes dans le silence amorphe d’une place qui a su porter d’autres causes avec la ferveur que l’on sait. Car les viols au quotidien sont bien présents dans la société et l’impunité qui les entoure est tout aussi sidérante. Le vote de la loi de décembre 2019 qui criminalise le viol, n’a rien changé à cette pandémie morale qui affecte toutes les couches sociales, qui est souvent suivie de meurtre et qui se joue très souvent à ‘’huis clos’’ dans le silence des arrangements familiaux, derrière les volets de villas cossues ou de chaumières misérables où seul parle le vice, dans le mépris le plus absolu de la femme, déshumanisée, dégradée, insultée et souillée.
Ce qui semble avoir été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est le viol d’une mineure par un jeune lycéen de 19 ans dans un lycée français de Saly. Viol audible et visible parce que perpétré dans un lycée chic par le fils chic d’une famille chic. Ce qui a soulevé l’indignation, c’est l’offense à la fille chic d’une famille chic. On n’offense pas les enfants ‘’bien’’ des familles ‘’bien’’ et ces ‘’petits meurtres entre riches’’ ne sont pas du goût d’un microcosme, généralement à l’abri des saletés d’‘’en bas’’ et qui se croit inatteignable par elles. Et la voilà qui se réveille soudain sous la lumière brutale de la réalité : le mal est partout et il prolifère partout où il n’est pas combattu, et c’est le devoir de tous de le combattre sans concession, sans peur, sans circonlocution.
Et voilà donc ce petit monde dans la rue. Le viol de la petite Louise, de surcroit nargué par son violeur, a réveillé les consciences en même temps que les indignations, mais sans réussir à emballer dans sa majorité, une société réputée patriarcale et qui concède donc aux hommes tous les outrages.
Car les Louise se comptent chaque année par milliers au Sénégal : dans la rue, au bureau, dans les champs, sur les routes, dans l’enfer des familles où ce sont les instincts des mâles qui rythment la sexualité des femmes, dans le style le plus abusif et le plus abject, l’omerta est la règle et la dénonciation une trahison.
L’hyper hypocrisie d’une société qui mutilait sexuellement jusqu’à naguère, dans l’impunité la plus convenue, ses femmes pour les priver de toute jouissance, mais dont les hommes avaient le droit de se ruer sur elles pour en tirer un plaisir expéditif et animal ; les tartufferies d’un peuple prompt à toutes les génuflexions religieuses, à tous les actes ‘’sacrés’’ et qui pratique la sexualité la plus débridée, qui a recours à la force et à la violence pour des coïts expédiés au détriment de femmes vulnérables dont il ne demande pas le consentement. Voilà les plaies les plus secrètes du Sénégal.
En 2020, 414 procédures de viol ont été enclenchées dans 12 des 14 tribunaux de grande instance du pays. Si on les compare avec les années précédentes, le viol, malgré la criminalisation, est en hausse. Et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Les féministes qui, aujourd’hui, prennent d’assaut la place de la Nation, ne nous dirons pas qu’elles découvrent le viol avec l’aventure de Louise… Trop d’années de silence ou d’indifférences (parce que la personne violée n’était pas des nôtres) ont renforcé la ‘’culture du viol’’ et alimenté l’indolence, voire la complicité judiciaire en la matière.
Aucune région sénégalaise n’échappe à cette pandémie du viol, à ce prurit de la bestialité qui semble ne se donner aucun répit. De Dakar à Ziguinchor, en passant par Diourbel, Touba, Thiès ou Matam, le mal est bien là d’une société dont les hommes ont du mal à tenir leur braguette et qui violent à tir larigot dans la complicité d’une réponse judiciaire qui rechigne à appliquer une loi acquise de haute lutte.
L’engagement que nous appelons est autant celui des pouvoirs publics que de la société civile. Campagne de prévention, de dénonciation et autres actes pour libérer la parole et dénoncer le mal, accompagnement juridique et protection : voilà le combat ! Engagement des acteurs judiciaires pour faire prévaloir une vraie justice, sans parti-pris, délestée de la loi du plus fort et des petits arrangements qui protègent les fils des puissants et voue à la honte et au désespoir les filles et les femmes des roturiers, de ceux-là qui ploient au quotidien sous le joug des caprices des nantis et de l’hyperpuissance de leurs appétences.
Samedi, les féministes ou celles qui s’en prévalent ont tiré la sonnette d’alarme, dans l’émotion d’un viol qui les blessait. Il faut qu’elles sortent de cet égoïsme pour dénoncer désormais chaque viol et porter plus haut, chaque jour, l’étendard du refus du viol et de la dénonciation d’une société qui s’est vautrée dans l’hypocrisie de ses faux principes en lâchant la bride de ses instincts.
FACE A LA PROBLEMATIQUE DE L’EMPLOYABILITE ET DE L’ENTREPRENEURIAT FEMININ
Le réseau africain des académies des sciences formule une batterie de recommandations
L’Académie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal (Ansts) a procédé hier à l’ouverture du Colloque international sur le conseil scientifique aux gouvernements en Afrique de l’Ouest et du Centre. Cette rencontre a été l’occasion pour les membres de ce conseil de faire le focus sur les défis de l’employabilité des jeunes et l’entrepreneuriat féminin. Ils ont ainsi formulé une batterie de recommandations parmi lesquelles la mise en place d’une politique de migration et de l’employabilité
La problématique de l’employabilité et l’entreprenariat féminin préoccupe les membres du Réseau africain des académies des sciences. Pour cause, ils ont fait un projet d’études à l’issue duquel ont été dégagées des pistes de solutions dont la mise en place des politiques africaines sur la migration et l’employabilité. «Nous avons diagnostiqué dans l’ensemble des pays en Afrique et nous nous sommes rendus compte que les problèmes de l’employabilité et de l’entreprenariat des filles sont pratiquement identiques», a indiqué le chercheur principal du projet, Pr MadiagneDiallo. C’était lors de l’ouverture du colloque international sur le conseil scientifique aux gouvernements en Afrique de l’Ouest et du Centre.Il préconise aussi la mise en place d’un système d’information efficace du travail au niveau sous-régional.
En plus de ces recommandations, le Pr Madiagne Diallo et son équipe proposent également le développement de l’offre de formation professionnelle en renforçant les structures et en investissant les niches de formation. Mais, il s’agira surtout de développer les programmes de formation et de certification dans les niches concrètes de professionnalisation dans les métiers du numérique, les emplois verts, les métiers des industries sportives, culturelles et récréatives. Outre les recommandations sur la problématique de l’employabilité et l’entrepreneuriat, Pr Madiagne Diallo indique que ce projet consiste à réfléchir sur les moyens de développer le conseil technico-scientifique en Afrique de l’Ouest et du Centre en vue de favoriser sa prise en compte dans la formulation et la mise en œuvre des politiques publiques. «En octobre 2019, avec l’appui du Centre de Recherche pour Développement International (Crdi) du Canada, des Fonds de recherche du Québec, de l’Ansts, du Conseil Economique, Social et Environnemental du Sénégal (CESE) et de l’ensemble des académies mondiales, nous avons mis en place ce projet pour travailler sur le rapprochement entre les scientifiques etles décideurs politiques», a expliqué le chercheur principal.
A l’en croire, l’adoption du projet fait suite à un constat des difficultés rencontrées par les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre dans la mise en œuvre des politiques et programmes. «Il existe des connaissances technico-scientifiques produites localement et dans le monde, et malheureusement auxquelles nos Etats ont difficilement accès. De l’autre côté, nos gouvernants s’efforcent à trouver de bonnes politiques publiques, mais ne savent pas où frapper pour accéder aux données.
Le scientifique, pour sa part n’a pas accès aux politiques publiques et ne comprend pas comment elles sont définies, donc le Colloque permet au scientifique de comprendre comment les politiques sectorielles sont définies, comment les institutions fonctionnent, mais surtout comment collaborer avec les ministères et les instituts de conseils pour leur apporter les connaissances produites au niveau local», renseigne Monsieur Diallo qui poursuit que le projet permet aussi aux décideurs de comprendre que dans les universités, il est produit des informations qui peuvent aider les Etats dans les politiques publiques. «C’est pourquoi, nous sommes en train de promouvoir la recherche de la politique publique, car elle rend beaucoup productif le chercheur. D’autant que l’Etat rencontre au quotidien beaucoup de problèmes nouveaux, donc si les chercheurs s’y orientent, ils augmentent leurs capacités en matière de publications», souligne le chercheur. Il invite ainsi ses collègues chercheurs à orienter leurs travaux de recherches sur cette voie et à mettre les résultats à la disposition de leurs Etats afin d’accélérer l’émergence dans les pays en Afrique de l’Ouest et du Centre.
PAR Hamidou Anne
LE FÉMINISME EST UN HUMANISME
Une nouvelle génération de féministes radicales émerge et celle-ci est rafraîchissante pour le courant progressiste sénégalais. Les égéries de cette offensive féministe savent que les libertés s’arrachent
Le sit-in du samedi 3 juillet dernier, à l’initiative d’un collectif de féministes sénégalaises, a été un acte salutaire. Ce type de manifestations est utile dans un contexte où les questions liées aux droits des femmes ne semblent être la priorité de beaucoup de nos élites politiques. A cela s’ajoute une indifférence du ministère en charge des droits des femmes, plus occupé à mobiliser des militantes pour le parti qu’à être à l’avant-garde pour faire bouger les lignes. L’Etat ne soutient pas assez les femmes dans leur combat pour l’égalité et la fin des discriminations dont elles souffrent dans notre pays. En Suède, en 2015, le gouvernement a distribué à chaque élève âgé de seize ans We should all be feminists, essai féministe mondialement connu de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie. C’est ainsi qu’on éduque toute une jeunesse, qu’on lui fait prendre conscience de la sacralité du principe d’égalité.
C’est à travers la décision politique qu’on fait avancer rapidement les causes progressistes. Mais les pressions des militants, de la société civile et de la presse ont un impact sur les lois qui régissent le fonctionnement des pays. Les manifestations à travers le monde sur le racisme, le climat, les politiques d’austérité, le libre-échange, les violences policières ont reconfiguré la manière de faire la politique dans de nombreux pays et permis des avancées. Chez nous, grâce au travail des années durant de mouvements féministes, l’Assemblée nationale a adopté trois lois majeures. Il y a eu la loi sur la parité de 2010, celle sur la possibilité pour la femme sénégalaise de transmettre sa nationalité à ses enfants ou à son mari en 2013, et celle sur la criminalisation du viol et de la pédophilie en 2020.
Des avancées, par la lutte pour davantage de droits et de libertés, sont possibles ; d’où l’intérêt de poursuivre la pression sur des sujets aussi difficiles que le genre et les questions y afférentes. Les sociétés sont rétives au changement, mais dans le long terme les luttes féministes vont déboucher sur des transformations radicales.
Je suis solidaire de toutes celles qui ont exprimé dans la rue leur colère contre la culture du viol, les violences basées sur le genre et les nombreuses oppressions dont sont victimes les femmes sénégalaises. Une nouvelle génération de féministes radicales émerge, et celle-ci est rafraîchissante pour le courant progressiste sénégalais. Les luttes actuelles pour les droits des femmes incombent à ce féminisme nouveau, qui utilise les codes de son époque malgré les sottes moqueries et les messages haineux qui représentent les spasmes de l’ancien monde et les résistances des hommes pour garder un contrôle sur le corps des femmes. Par une approche inter-sectionnelle des discriminations vis-à-vis des femmes, ces jeunes militantes s’érigent contre l’objectivation et l’infantilisation dans la représentation des femmes par les médias, contre les violences et les oppressions déshumanisantes. Elles ont aussi le rôle de lutter pour que chaque femme dispose librement de son corps et pour une élévation des consciences afin de bâtir une société de l’égalité.
Cette nouvelle génération de féministes est dépositaire d’un héritage issu d’une longue histoire de luttes féministes dans notre pays, avec entre autres Yeewu yewwi, mouvement né à gauche et incubé au sein d’And jef, dans la foulée de l’euphorie provoquée par Mai 68.
Les égéries de cette offensive féministe, Aminata Mbengue, Fatou Warkha Sambe, Maïmouna Yade, Aïcha Awa Ba, Gabrielle Kane, Aïda Niang savent que les libertés s’arrachent, face aux conservatismes et aux discours réactionnaires qui tentent une offensive intellectuelle et militante pour semer une terreur aujourd’hui intellectuelle (demain physique ?) auprès des militants progressistes, voire auprès des républicains.
Samedi, ces jeunes femmes étaient une trentaine, négligées, moquées, insultées par une certaine presse et par des gens biberonnés au patriarcat. Mais demain, ces femmes seront des milliers, des millions et vont bousculer l’ordre patriarcal établi. Elles imposeront une société nouvelle, consacrant la promesse de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui soutient que les êtres humains naissent libres et égaux. Parce qu’elle défend l’égalité, la justice et la dignité, le féminisme est un humanisme.
Avec toutes les initiatives partout dans le monde pour faire avancer la lutte pour les droits des femmes, plus rien ne sera comme avant, et les hommes assis sur leurs privilèges depuis des siècles ne résisteront pas au vent du changement. Pour une fois, les hommes doivent souffrir de se taire et écouter ces femmes prendre la parole.