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22 avril 2025
International
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LE COUP D'ÉTAT DE MACKY SALL ET L'IMPÉRIALISME ÉLECTORAL
Pour Fanny Pigeaud et Ndongo Samba Sylla, l'histoire de la "démocratisation" en Afrique francophone n'est qu'une vaste mascarade électorale pilotée par Paris. Le cas sénégalais n’en est qu’un exemple de plus
C'est un véritable coup de tonnerre à Dakar. À peine un mois avant l'élection présidentielle du 25 février, le président Macky Sall vient d'annoncer son rapport sine die. Officiellement, il invoque un conflit entre l'Assemblée et le Conseil constitutionnel. Mais pour l'opposition, nul doute : il s'agit d'un "coup d'État" constitutionnel. Objectif : se maintenir au pouvoir après la fin de son mandat en avril.
Car le favori de ce examen n'était autre qu'Ousmane Sonko, figure de proue de l'opposition, aujourd'hui emprisonné. Or, Macky Sall semble bien décidé à lui barrer la route du palais présidentiel, quitter à piétiner la démocratie.
Malgré les émeutes des derniers jours, la France observe un silence embarrassé. Normal : l'histoire de la "démocratisation" en Afrique francophone n'est qu'une vaste mascarade électorale pilotée par Paris. Au nom de la "Françafrique", l'Élysée n'a jamais hésité à truquer les votes pour imposer ses candidats.
Alors, le vent du changement qui souffle au Sahel, porté par des militaires rebelles à l'ordre néocolonial, finira-t-il par balayer aussi les vieilles élites de Dakar ? L'histoire est en marche au Sénégal.
LE FORUM CIVIL REJETTE LE DIALOGUE DE MACKY SALL
La section sénégalaise de Transparency International signale son ras-le-bol face aux agissements anticonstitutionnels du pouvoir. Elle appelle aussi à des mesures contre les fossoyeurs de l'Etat de droit
Brice Folarinwa de SenePlus |
Publication 06/02/2024
Le Forum Civil, section sénégalaise de Transparency International, a annoncé qu'il ne participerait pas au "dialogue" convoqué par le président Macky Sall suite au report unilatéral de l'élection présidentielle. Dans une déclaration publiée le 6 février 2024, Abdoul Maliky Bousso, chargé des programmes au Bureau Exécutif du Forum Civil, a indiqué que "pour ce dialogue annoncé, le Forum Civil n'y participera pas".
Il justifie cette décision par le "traitement déshonorant infligé aux députés de l'opposition et le coup de force perpétré par la majorité parlementaire pour faire passer une loi « déconsolidante » et destructrice des fondements de notre démocratie et de l'Etat de droit".
L'organisation dénonce également la décision "d'agression contre la Constitution" prise par Macky Sall le 3 février lorsqu'il a annoncé reporter unilatéralement l'élection présidentielle du 25 février. Elle demande par ailleurs à la communauté internationale de sanctionner "tous les acteurs et partisans de ce coup de force constitutionnel" si le scrutin n'est pas maintenu à la date prévue.
Par ailleurs, l'organisation exige des sanctions de la part de partenaires internationaux comme l'Union africaine, la Cedeao, les États-Unis ou l'Union européenne "à l'encontre de tous les acteurs et partisans de ce coup de force constitutionnel" advenant le non-respect de la date du scrutin.
PAR Ciré Clédor Ly
LE COURRIER D'UN MANDATAIRE
EXCLUSIF SENEPLUS - Le Conseil constitutionnel devrait constater que non seulement les décisions qu’il a rendu s’imposent à tous, mais encore, la fixation d’une date pour la présidentielle n’est pas du domaine du parlement
L'étonnement et l'horreur s'emparent de nombreux Sénégalais, face à l'attitude du chef de l'État, fidèle à sa doctrine de maintien au pouvoir et de pérennisation d'un système marqué par la prédation, la vassalité et la répression. Cette posture s'est clairement dévoilée dans son discours incohérent du 3 juillet 2023, conforté par le soutien de la Cour de Justice de la CEDEAO, qui a légitimé la violence d'État exercée contre un patriote souverainiste et panafricaniste.
Durant deux longues années, sous le joug d'une répression aveugle et d'une arrogance des forces de défense et de sécurité ; le silence complice et intéressé de l'Europe, de l'Amérique, et du syndicat des chefs d'États d'Afrique, notamment ceux de l'Ouest, a prévalu.
Dès 2014, les liens avec l'État de droit et la démocratie ont été rompus. Le mandat à vie, timidement théorisé et planifié à travers le code électoral, a bénéficié de la complicité d'une classe politique se complaisant dans un dialogue politique fallacieux, complotiste au mois d’août 2023,opposé à Ousmane Sonko le choix irréversible du peuple sénégalais et la bête noire des sangsues de l'Afrique.
Le coup d'État institutionnel a commencé avec l'Assemblée nationale, s'empressant en mars 2021, de lever l'immunité de celui pour qui le peuple est toujours prêt à verser jusqu'à la dernière goutte de son sang. Que l'on ne s'y méprenne pas, ce peuple reste fidèle et n'a pas non plus abdiqué, car il est uni à son leader par un amour sincère et pur.
Ousmane Sonko et son peuple sont liés par un programme inébranlable, résistant aux parjures de magistrats, aux abus des fonctionnaires de l'État, et au renforcement des forces de répression, car ils approchent de la fin d'un système en agonie, qui se consume de l'intérieur.
Chaque institution de la défunte première République a joué son rôle dans cette tentative vaine, de liquidation par les compradores de l'idylle entre le peuple sénégalais et, désormais, le peuple africain uni autour d'un idéal africain.
Le pouvoir exécutif, judiciaire, le Conseil constitutionnel – jouant au trapéziste pour écarter mon mandant de la compétition – et le pouvoir législatif, portent tous une responsabilité pleine et entière dans le traumatisme actuel du peuple sénégalais, aspirant seulement à la paix, la démocratie et l'État de droit.
Un décret ne peut différer une échéance ni interrompre un processus électoral fixé par la Constitution et régulé par la loi. L'enquête parlementaire n'est qu'une mascarade de mauvais goût. Pastef demeure vivant, et parler d'ex-Pastef est un abus de langage car, le décret, actuellement contesté devant la chambre administrative de la Cour Suprême, n'a pas encore autorité.
Mon client, Bassirou Diomaye Faye, jouit de la présomption d'innocence avec un casier judiciaire vierge. Aucun prestidigitateur ne pourra invoquer un article de droit interne ou international interdisant à un détenu provisoire d'être candidat à une élection présidentielle.
En définitive, la violation d'un serment constitue une haute trahison et un parjure pour un magistrat de l’ordre judiciaire, tout comme la violation d'un droit ou d'une liberté fondamentale par un fonctionnaire de l'État constitue une forfaiture.
La violence, sous toutes ses formes, exécutée sur ordre manifestement illégal et au mépris de la baïonnette intelligence, engage la responsabilité pénale de son auteur et de son commanditaire.
À l'exception de l'Allemagne, la communauté internationale, par des communiqués laconiques, n'a pas soutenu la démocratie et l'État de droit en exigeant le respect du calendrier électoral. En suggérant qu'une nouvelle date soit « rapidement » fixée, elle a tacitement adhéré au coup d'État institutionnel et s'est abstenue de condamner la violation du sanctuaire des députés.
Le Conseil constitutionnel saisi devrait constater que non seulement les décisions qu’il a rendu sur l’élection présidentielle s’imposent à tous les pouvoirs publics, dans leurs motifs et leurs dispositifs, mais encore, la fixation d’une date pour l’élection présidentielle n’est pas du domaine du parlement.
Tout peut encore être sauvé, le mal conjuré et l’élection présidentielle se tenir dans les 35 jours avant le 2 avril.
Ousmane Sonko reste résolu. La tempête de sable se dissipera, le baobab sera déraciné avec toutes ses racines, et le roseau plié se redressera, stoïque, pour une nouvelle ère. Le pays doit rester une démocratie ouverte et un havre de paix.
par Ndeye Astou Ndiaye et Saliou Ngom
L’ÉTHIQUE EST-ELLE ENCORE POLITIQUE AU SÉNÉGAL ?
Lorsqu’il relève de la politique en Afrique, la ruse et un degré surélevé de machiavélisme suffisent à décrire ceux et celles qui l’incarnent. A contrario, le pouvoir sans éthique dénude l’image d’un État, de ses institutions et de ses socles de cohérence
Ndeye Astou Ndiaye et Saliou Ngom |
Publication 06/02/2024
La récente décision du président Macky Sall de reporter l'élection présidentielle, initialement prévue pour le 25 février 2024, et que plusieurs observateurs ont qualifié de « putsch institutionnel », pose de sérieuses questions quant aux acquis démocratiques du Sénégal.
Cette sortie du chef de l’État engage l’éthique, l’histoire politique et la sociologie politique du Sénégal sans pour autant omettre la part belle du droit, cet instrument fondamental garantissant l’ordre, la justice et le fonctionnement harmonieux d’une société. Au Sénégal, depuis quelques années, il est légitime de se demander où se trouve le droit ? Cette voie sacro-saint, par laquelle passent les normes jusqu’ici, hiérarchisée.
Toute politique devrait reposer sur l’éthique ; ce domaine qui constitue le cadre cruciforme qui explore les fondements moraux et les principes qui sous-tendent l'organisation et la gouvernance des sociétés humaines. À la croisée de la morale et du pouvoir, l'éthique interroge la justice, la légitimité, la responsabilité, la vertu, mais surtout la redevabilité dans la gestion des affaires publiques. Très souvent, lorsqu’il relève de la politique en Afrique, la ruse et un degré surélevé de machiavélisme suffisent à décrire ceux et celles qui l’incarnent. A contrario, le pouvoir sans éthique dénude l’image d’un État, de ses institutions, et de ses socles de cohérence.
Depuis 2012 au Sénégal, et de façon crescendo, le régime en place ne cesse de dégarnir le droit, la science, les libertés individuelles, l’éthique et la justice. Cette gouvernance anti-démocratique se fonde sur le régime de la peur, des intimidations, des menaces et de l’emprisonnement. Ipso facto, deux camps ont fini par se dessiner: celui des pro qui sont à l’abri de toute poursuite, et celui des opposants dont tous les droits sont bafoués. Cette rupture de l’égalité républicaine a fini par affaiblir la confiance aux institutions. Cette volonté de contrôle exclusif de l’espace politique, qui remet en cause le pluralisme, est la caractéristique essentielle qui différencie les régimes autoritaires des régimes démocratiques.
Le pouvoir en place outrepasse toutes les normes, mêmes les plus fondamentales, pour conforter sa position, pour que le président Macky Sall soit l’homme fort, celui que tout le monde craint. L’interdiction systématique des manifestations, la restriction des libertés d’association et d’expression, , des lois votées sans débats au sein de l’Assemblée nationale, symbole du palabre, qui devient un lieu d’aisance des forces de l’ordre et de défense sans compter une presse brimée, sont devenues des modalités courantes d’étouffements de la volonté populaire. Où est donc le droit et l’éthique dans cette façon de gouverner?
Au centre de l'éthique, surtout politique, se trouve la question fondamentale de la manière dont le pouvoir devrait être exercé et réparti dans une société. Le Sénégal s’en éloigne en empruntant la voie de l’injustice, du déséquilibre à outrance, du non-respect du droit international, et de la répression du mouvement social. Ce régime en place, a travaillé à languir de façon ostentatoire, les institutions, partant de la première à savoir la famille jusqu’à la suprême, l’État. L’image que reflète le Sénégal est au plus mal.
Jamais dans son histoire politique, le Sénégal n’a connu autant d’émeutes, de situations de crises qu’entre 2012 et 2024. Jamais la crédibilité des institutions n’a été aussi viciée.
Les populations n’ont jamais été aussi désespérées, tristes, dépressives, même craintives. Il n’est pas besoin de s’interroger sur le départ accru des jeunes même leur violence.
Monsieur le président de « ce qui reste de la République », les Sénégalais souffrent au plus haut point. Vous ne semblez néanmoins pas être ébranlé. Les valeurs et normes qui symbolisaient le Sénégal, anciennement vitrine de stabilité politique et de démocratie en Afrique, se meurent. La morale examinant les obligations des individus envers l'État et envers la société, ainsi que les limites du pouvoir politique et celle de l’autorité envers la société n’a plus d’audience. Où sont donc la justice, l’équité et le respect voué de jure au peuple, seul détenteur de la souveraineté et tant défendu par le contractualiste Rawls. Qu’en est-il de l’empathie qui relève de l’essence d’une gouvernance ? Gilligan la magnifie mais sans doute en n’ayant aucune idée du proverbe wolof qui dit que l’autorité doit se munir de commisération pour être dignement reconnu par les siens.
L’emblème par essence de l’éthique au Sénégal est le trépas ! Elle est morte après avoir reçu les foudres du vote sans débat de la loi sur le parrainage, l’élimination des candidats en 2019, toutes les morts de jeunes activistes lors des différentes manifestations, l’emprisonnement du leader de l’opposition dans des conditions déplorables et encore floues. Les défenseurs des droits n’ont jamais cessé de dénoncer, avec vigueur, les centaines d’ arrestations arbitraires de manifestants, de politiques et de journalistes. C’est le cas de l’un des candidats à la présidentielle dont le processus est malheureusement suspendu contre vents et marrées par la seule volonté d’un groupuscule de Sénégalais. À cela, s’ajoutent des violations flagrantes du droit à l’information avec la coupure de l’Internet mobile et la fermeture de groupes de presse. En 12 ans de gouvernance, la démocratie sénégalaise n’a jamais été aussi bousculée. Elle agonise.
Qui nous avait dit que jamais, il ne toucherait à la date de l’élection présidentielle, inscrite dans la Constitution ? L’annonce d’une suspension du processus électoral fut pourtant faite, ce 3 février 2024, après avoir fait attendre des millions de Sénégalais et de Sénégalaises pendant près de deux heures. Quelle inélégance !
Qui est Karim Meïssa Wade ? Ce Sénégalais si particulier, qui de loin, il arrive à perturber un système déjà à terre et que certain.es ont espoir de reconstruire. L’injustice supposée subie par Karim mérite-t-elle qu’on vous accorde un mandat supplémentaire ? Quelle est cette crise si profonde dont vous parlez et qui justifierait votre décision? Plus obscure que les émeutes et l’année blanche de 1988, que l’assassinat de Maitre Babacar Seye en 1993, la démission du Juge Kéba Mbaye, en mars de la même année ? Convainquez-nous ! La politique n’est pas un jeu, une suite de ruses.
L’absence de concertation, la façon dont la loi a été votée à l’Assemblée nationale avec cette majorité mécanique, comme tout le dispositif policier et de renseignements généraux mis en place pour museler les manifestants, montrent qu’il s’agit d’un véritable coup de force anti-démocratique, un coup d’État , tout bonnement.
Si des changements doivent être apportés à la Constitution, ils doivent être effectués conformément aux procédures prévues par celle-ci. Le respect du texte fondamental implique donc le respect des actions de modification constitutionnelle et le respect des principes de démocratie et de représentativité lors de ce processus.
Toute le monde le sait ! Une loi, jusqu’ici ne supplante pas les dispositions de la Constitution, telle est la logique de la pyramide Kelsenienne. C’est d’autant plus inadmissible que la Constitution ne permet une quelconque modification du mandat présidentiel en cours.
Au-delà de la dimension juridique, c’est surtout une atteinte à l'éthique en politique. Nous sommes témoins d'une triste réalité où les valeurs démocratiques et les principes moraux sont persiflés au nom d'intérêts et de calculs personnels et politiques. Ces actes contournent les règles les plus élémentaires de la démocratie et sapent la confiance du peuple en ses institutions.
Il est temps de reconnaître que nos dirigeants actuels, loin de respecter les valeurs et les coutumes qui ont forgé notre société, ne pensent qu'à servir leurs propres intérêts et leur ego démesuré. Nous devons rester vigilants face à de telles dérives et engager de vraies réflexions et actions pour conserver la primauté du droit et les acquis démocratiques. Les politiques modernes devraient s'inspirer des rois qui ne manquaient pas une occasion d’honorer leur parole. Il leur suffisait juste de jurer sur la ceinture de leur père. Le « ngor » n’a pas besoin d’être dit. Il se prouve et se vit. Souvenons-nous en !
Nous devons nous interroger sur l'avenir de notre démocratie et sur les valeurs que nous voulons défendre en tant que nation. Il est temps de réaffirmer notre engagement en faveur de l'éthique en politique, du respect des normes démocratiques et de la parole donnée. Enfin, ces différentes controverses montrent que quelle que soit la qualité de nos institutions, leur efficacité dépend de la valeur des hommes qui les incarnent.
Ndeye Astou Ndiaye est Maitresse conférences titulaire en science politique.
FSJP/UCAD
Saliou Ngom est chargé de recherche titulaire en sociologie politique.
IFAN/UCAD
UN SÉNATEUR AMÉRICAIN SONNE L'ALERTE SUR LA DÉRIVE AUTORITAIRE AU SÉNÉGAL
Ben Cardin, président de la commission sénatoriale des relations étrangères, estime que "le retard du scrutin place le pays sur une voie dangereuse vers la dictature et ne doit pas être toléré". Il appelle Macky Sall à "annuler cette décision imprudente"
Brice Folarinwa de SenePlus |
Publication 06/02/2024
Le sénateur américain Ben Cardin, président de la commission sénatoriale des relations étrangères, s'est dit inquiet par l'annonce du président sénégalais Macky Sall de reporter les élections présidentielles prévues en février 2024.
Dans une déclaration publiée ce mardi 6 février 2024, le sénateur démocrate du Maryland a estimé que "le retard de l'élection présidentielle au Sénégal place le pays sur une voie dangereuse vers la dictature et ne doit pas être toléré". Selon Cardin, "le mépris flagrant du président Macky Sall pour la constitution sénégalaise et son manque de respect pour le soutien du peuple sénégalais à la démocratie sapent des décennies de progrès depuis l'indépendance dans ce qui était autrefois considéré comme l'une des démocraties les plus fiables et les plus dynamiques d'Afrique."
Le sénateur appelle Macky Sall à "annuler cette décision imprudente et veiller à ce que les élections aient lieu avant la fin de son mandat constitutionnel", soulignant ainsi les inquiétudes à Washington quant au risque de dérive autoritaire au Sénégal.
LE RAPPEL À L'ORDRE DE LA CEDEAO
"Aucune action ou déclaration ne doit contrevenir aux dispositions de la Constitution du pays", met en garde l'instance ouest-africaine. Elle rappelle également aux acteurs leur "responsabilité de maintenir la paix et la stabilité
Brice Folarinwa de SenePlus |
Publication 06/02/2024
La Commission de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) suit avec préoccupation l'évolution de la situation politique au Sénégal. Dans son communiqué n°2 publié le 6 février 2024, elle appelle l'ensemble des acteurs à "shunner la violence" et à respecter les dispositions de la Constitution sénégalaise.
"Aucune action ou déclaration ne doit contrevenir aux dispositions de la Constitution du pays", met en garde l'instance ouest-africaine. Elle rappelle également aux responsables politiques et à la population sénégalaise leur "responsabilité de maintenir la paix et la stabilité". Ces mises en garde interviennent alors que le climat politique se tend ces dernières semaines autour des élections prévues en 2024.
La CEDEAO "encourage vivement la classe politique à prendre d'urgence des mesures pour restaurer le calendrier électoral conformément aux dispositions constitutionnelles". Comme le soulignait Martin Luther King, "l'avenir de la démocratie sénégalaise est aujourd'hui mis à l'épreuve". La Commission régionale appelle ainsi l'ensemble des acteurs "à bannir la violence" et exhorte les forces de l'ordre à "faire preuve de la plus grande retenue" tout en protégeant les droits fondamentaux des citoyens.
Alors que la stabilité démocratique du pays est menacée, la CEDEAO assure qu'elle "continuera de surveiller l'évolution de la situation" afin de "soutenir les efforts du gouvernement et du peuple sénégalais pour préserver leur tradition démocratique".
PAR Massamba Diouf
LE SÉNÉGAL EN SITUATION DE MORT CÉRÉBRALE
Nous avons tous compris que le simulacre de "crise institutionnelle" relève de la ruse. Difficile pour notre pays de recevoir ce cadeau rempli de poison, toute honte bue, pour notre démocratie et notre vivre-ensemble
Huit ans de pouvoir avec l’ancien régime, 12 ans de pouvoir avec son propre régime, soit 20 ans de pouvoir absolu. Comme si cela ne suffisait pas, il est toujours assoiffé de pouvoir. Un vrai « pouvoiriste » qui est prêt à ravaler son engagement moral, à trahir sa parole et travestir son serment constitutionnel pour s’éterniser encore au pouvoir. Diantrement étrange !
Nous avons tous compris que le simulacre de "crise institutionnelle" relève de la ruse. C’est plutôt une démarche machiavélique, longtemps recherchée avec moult provocations du peuple qui a su rester stoïque puisque ne voulant pas tomber dans un piège « prétextogene » pour lui donner l’occasion de justifier un report et poursuivre la destruction de notre cher pays déjà en situation de mort cérébrale. Comment a-t-il osé, impitoyablement, user de son instinct inquisitoire et créer dans son vil esprit une situation qui peut déboucher sur un chaos politique, économique et social ? Un vrai coup de Jarnac ou de tabac qui ne sera pas sans conséquences pour lui-même puisque le peuple en mesurera sans délai la gravité et en apportera indubitablement la réplique.
Difficile pour notre cher pays de recevoir ce cadeau rempli de poison, toute honte bue, pour notre démocratie et notre vivre-ensemble et venant d’un homme qui a tout reçu de ce même peuple.
Tristes nous sommes pour ce beau pays jadis respecté et cité en exemple par la communauté internationale et donné en exemple par les autres pays africains. Qui pourra bomber le torse et se présenter comme Sénégalais lors des rencontres scientifiques internationales ? Nous universitaires, étant par ailleurs ambassadeurs itinérants de notre cher pays, aurons le masque désormais surtout au regard de la situation apocalyptique de notre université qui continue de subir.
L’une des conséquences, évidente et fâcheuse de ce report reste la fermeture prolongée de notre espace de travail qui certainement n’ouvrira pas de si tôt. Autrement, la descente aux enfers de l’université va aller crescendo. Les organisations de défense des intérêts matériels et moraux des PER et PATS sont interpellées. Elles ne resteront probablement pas muettes et sauront prendre leurs responsabilités puisqu’elles sont le peuple.
Qu’Allah sauve le Sénégal !
par Alioune Dione
DE LA DÉMOCRATIE À LA DÉROUTE
L’absence de progrès moral dans la sphère politique sénégalaise entrave tout progrès de justice et de paix dans une société en pleine dégénérescence
Le Sénégal est devenu une nation soumise à la volonté d’un tyran qui n’aspire ni à gouverner par voies et moyens légaux ni à être gouverné par ces derniers. Cette gabegie institutionnelle instaurée au plus haut sommet de l’État pour des intérêts crypto-personnels et politiques sonne le glas de l’agonie d’une démocratie mal en point depuis quelques années.
L’abrogation du Décret n°2023-2283 portant convocation du collège électoral pour l'élection présidentielle du 25 février 2024 est un outrage envers le peuple sénégalais. Dans une société qui aspire à une prétendue démocratie, à une harmonie collective et à la paix sociale, y respecter le calendrier électoral est un principe sacro-saint pour garantir son idéal social.
Comment peut-on concevoir dans une société régie par des lois et règlements définis dans une charte fondamentale qui fixe l'organisation et le fonctionnement du pays qu’un président sortant dépourvu de toute légitimité sociale et politique puisse confisquer la volonté du peuple de choisir son successeur ? Une première pour le Sénégal dixit l’historien Mbaye Thiam. Depuis 1960, aucun président n’a repoussé une élection présidentielle nous révèle le professeur. Cet acte indigne d’un digne souverain marque une régression lamentable du Sénégal dans la quête de son idéal social.
L’absence de progrès moral dans la sphère politique sénégalaise entrave tout progrès de justice et de paix dans une société en pleine dégénérescence. Le nombrilisme des hommes politiques sénégalais est un cancer qui corrode le corps et l’esprit de cette nation jadis vitrine d’un modèle politique et social dans la sous-région. On ne saurait comprendre comment un imbroglio de binationalité et un supposé corruption de magistrats peuvent entraver tout un processus électoral jusqu’à imposer un règne non défini ?
Un chaos faussement instauré pour refuser de faire face à ses opposants sur le terrain politique et qui permet au Président sortant de se maintenir illégalement au pouvoir. La volonté du président sortant de continuer à gouverner un peuple qui ne l’a pas choisi par voie de suffrage est une spoliation du droit le plus élémentaire des citoyens. Gouverner par la force sans le mérite et la légitimité d’être choisi ne rend pas plus puissant un Président de République mais vil à l’égard du peuple souverain.
Chaque action entreprise par ce régime dans sa posture totalitaire montre cette flétrissure que ses partisans essayent de dissimiler sous l’arrogance et la condescende. Montesquieu affirmait dans : De l’esprit deslois : « il vaut mieux dire que le gouvernement le plus conforme à la nature est celui dont la disposition particulière se rapporte mieux à la disposition du peuple pour lequel il est établi », Ce qui traduit que le peuple sénégalais vous a choisi pour deux mandats pas plus, il n’a encore souhaité ni vous réélire ni prolonger votre mandat donc ayez la grandeur de lui rendre son dû. Tripatouiller la loi électorale pour des intérêts éphémères n’est pas digne d’un souverain.
Le mépris que le gouvernement et ses partisans ont à l’égard du peuple sénégalais montre juste leur échec envers une nation qui s’est battue farouchement en 2011 pour leur donner aisance et opulence. Mais, de par l’ingratitude, ils oublient le devoir de mémoire, l’amnésie est le pire ennemi du mnémo. Depuis son instauration, ce régime n’a excellé que dans une chose : la rétrogression des acquis démocratiques. Son irrévérence envers la justice et les justiciers rend impossible la séparation des pouvoirs, indicateur fondamental de la démocratie.
Depuis son vœu d’instaurer l’oppression comme système de gouvernance, l’État est devenu un monstre aliéné dont l’incrédulité se projette dans toutes ses actions et réactions. Sous ce régime, la politique est devenue une arène stratégique où les acteurs les plus rusés et les moins scrupuleux réussissent le mieux.
L’État à travers le président de la République a failli à ses responsabilités car il n’y a d’échec plus abominable pour un souverain que celui qui consiste à se faire avilir par son peuple. Vous avez fait du Sénégal un cimetière où reposent tous les espoirs. « Le Sénégal est plus grand que ma personne », disiez-vous, une expression dont le sens vous fait défaut.
D’ailleurs, une emphase sarcastique qui montre votre écart à adjoindre l’acte à la parole. Cette forfaiture ne manifeste qu’une chose : le peuple sénégalais fait face à un gouvernement qui joue avec la vie de ses citoyens, un conglomérat de suprémacistes qui n’ont cure de l’avenir du pays. Monsieur « le président de la République », renoncer à cette forfaiture avant qu’il ne soit trop tard. Penser aux conséquences de vos actions avant qu’elles soient irréversibles. Référez-vous à l’ouvrage du professeur Boubacar Ly, La morale de l'honneur dans les sociétés Wolof et Halpulaar traditionnelles où il affirme que : « L’homme d’honneur a beaucoup de respect pour lui-même. Le sentiment qu’il a de sa dignité personnelle est puissant. Il craint par-dessus tout, la honte ».
Ne pas craindre la honte pour un souverain conduit au dénouement de Charles VI.
Alioune Dione est socio-anthropologue, auteur : Afrique et Contemporanéité.
par Thierno Alassane Sall
UNE INJURE À L'HISTOIRE DU SÉNÉGAL
Cette révision doit être considérée comme nulle et de nul effet. Le mandat de Macky Sall expire le 2 avril. Au-delà, ce ne serait que par un coup d'État flagrant et par une dictature plus décomplexée que Macky Sall pourrait s'imposer
Le président de la République s'est arrogé des pouvoirs qu'il n'a pas, piétinant la Constitution du Sénégal. Le Parlement vient de violer l'article 103 de la Constitution, qui rend impossible la prolongation du mandat limité à cinq ans par l'article 27. Ces manœuvres criminelles sont une injure à l'histoire du Sénégal.
Cette révision doit être considérée comme nulle et de nul effet. Le mandat de Macky Sall expire le 2 avril. Au-delà, ce ne serait que par un coup d'État flagrant et par une dictature plus décomplexée que Macky Sall pourrait s'imposer.
La CEDEAO et la France, qui dénonçaient hier la conduite du capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso et du colonel Assimi Goïta au Mali, s'accommodent du putsch de Macky Sall. Ce même Macky Sall qui, en 2016, a envoyé nos troupes en Gambie pour soit disant contrer la confiscation des élections par Yaya Jammeh. Aux démocrates, républicains et patriotes de tous bords : nous ne devons pas faire moins que Macky Sall contre Yaya Jammeh !
DERRIERE LE REPORT DE LA PRESIDENTIELLE, LA GUERRE DES CLANS AU SOMMET DE L'ÉTAT
Macky Sall chercherait à écarter son dauphin désigné Amadou Ba, fragilisé ces derniers mois par d'influents conseillers et ministres proches du palais, dont Mame Mbaye Niang, Mahmoud Saleh ou encore Abdoul Aziz Mbaye
Brice Folarinwa de SenePlus |
Publication 06/02/2024
La décision surprise du président sénégalais Macky Sall de reporter la présidentielle prévue le 25 février marque l'épilogue d'une lutte de pouvoir qui agite les hautes sphères du pouvoir depuis des mois. Selon des informations publiées par le site d'information Africa Intelligence, ce report répond avant tout à une logique de règlement de comptes entre le chef de l'État et son Premier ministre Amadou Ba, pourtant désigné comme dauphin en septembre dernier.
"Cette décision constitue une victoire pour une poignée de proches du président", explique Africa Intelligence. Parmi eux, Mame Mbaye Niang, ministre du Tourisme et proche de la première dame Marième Faye Sall, ou encore Mahmoud Saleh et Abdoul Aziz Mbaye, deux influents conseillers à la présidence, qui ont œuvré ces derniers mois à fragiliser Amadou Ba. "Sceptiques quant à ses chances de gagner le scrutin", ces fidèles de Macky Sall espèrent tirer profit du report pour convaincre ce dernier de changer de dauphin.
Ils ne seraient pas seuls dans cette entreprise. L'homme d'affaires Thierno Ba et Abdoulaye Daouda Diallo, président du CESE, qui ambitionnaient aussi de succéder à Macky Sall, auraient participé à cette "opération d'affaiblissement" d'Amadou Ba, selon les informations d'Africa Intelligence. Le média cite également des ministres comme Thérèse Faye Diouf.
Ces fidèles auraient joué un rôle clé dans l'adoption le 31 janvier par l'Assemblée nationale, sur proposition de l'opposition, d'une résolution créant une commission d'enquête sur la validation des candidatures. Cette résolution a été citée comme l'un des motifs du report par Macky Sall.
Selon les informations obtenues par Africa Intelligence, quelques cadres du parti au pouvoir, l'APR, dont l'ancienne ministre de la microfinance Zahra Iyane Thiam ou encore Aliou Sall, le frère du président, ont exprimé leur opposition au report de la présidentielle. En vain. Macky Sall se serait finalement résolu à opter pour ce choix risqué, au grand dam de son Premier ministre Amadou Ba qui n'a cessé de s'y opposer.
Conséquence de ce désaccord, les relations entre les deux hommes, déjà ambivalentes, se seraient brusquement détériorées au cours des dernières semaines, d'après Africa Intelligence. Si Amadou Ba a été convoqué par Macky Sall pour une entrevue au palais présidentiel le 2 février, il aurait brillé par son absence lors du conseil des ministres dix jours plus tôt. Le 28 janvier, il n'est également pas venu saluer le chef de l'État sur le tarmac de l'aéroport comme le veut le protocole, alors que Macky Sall s'apprêtait à s'envoler pour Rome.
Africa Intelligence indique que plusieurs membres de l'entourage d'Amadou Ba lui auraient conseillé de démissionner de lui-même avant que Macky Sall ne le démette de ses fonctions. Certains de ses conseillers l'inviteraient également à prendre discrètement attache avec le camp d'Ousmane Sonko, opposé au report de l'élection.