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4 avril 2025
International
MÉDIATION CEDEAO-AES, DIOMAYE FAYE ANNONCE DES PROGRÈS
Le président sénégalais a affirmé au Forum de Doha des avancées dans sa médiation avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, en passe de quitter la CEDEAO. Il plaide pour une réforme de l’organisation ouest-africaine afin d’éviter sa fragmentation.
iGFM - (Daka) Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a fait état de progrès dans sa mission de médiation en direction du Burkina Faso, du Mali et du Niger dirigés par des militaires et en passe de sortir de la communauté des Etats ouest-africains.
"J'avance dans le cadre de cette mission", a déclaré M. Faye au Forum de Doha, selon une vidéo postée par ses services sur les réseaux sociaux dans la nuit de dimanche à lundi.
M. Faye a envisagé la possibilité d'éviter une "désintégration" de la Cedeao tout en actant l'existence de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) créée par les trois pays en question. M. Faye évoquait le sujet à l'approche d'un sommet de la Cedeao prévu dimanche, selon un responsable de l'organisation.
La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest est ébranlée depuis 2020 par les putschs successifs parmi un certain nombre de ses 15 Etats membres, Mali, Guinée, Burkina Faso, Niger, en contradiction avec les principes de gouvernance de l'organisation.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, pays confrontés au jihadisme et à des crises multidimensionnelles profondes, ont créé une alliance stratégique et annoncé en janvier quitter la Cedeao, qu'ils accusent d'être inféodée à l'ancienne puissance coloniale française et de ne pas les avoir soutenus contre le jihadisme.
Leur départ devient statutairement effectif un an après son annonce, donc en janvier 2025, soutient la Cedeao.
La Cedeao a nommé M. Faye médiateur en juillet pour qu'ils restent dans la Cedeao.
"Rien n'empêche aujourd'hui de maintenir l'Alliance des Etats du Sahel puisqu'elle est déjà là, elle répond à une réalité sécuritaire à laquelle ces pays font particulièrement face. En même temps, cela ne devrait pas de mon point de vue expliquer une désintégration de la Cedeao", a dit M. Faye.
Il a plaidé pour une réforme de l'organisation. Les avancées qu'a permises la Cedeao comme une meilleure circulation des personnes et des biens "ne doivent pas être masquées par des problèmes de gouvernance qui demandent, comme plusieurs institutions multilatérales, une réforme pour les adapter aux défis de notre temps", a dit M. Faye.
M. Faye, élu en mars sur un agenda de rupture, s'est rendu aux Emirats Arabes Unis et au Qatar pour convaincre les partenaires et les investisseurs d'accompagner son plan de transformation systémique de son pays. "Le Sénégal n'est la chasse gardée de personne si ce n'est celle du peuple sénégalais", a-t-il dit.
"Nous sommes ouverts à tous les autres pays", à condition qu'ils respectent la souveraineté du Sénégal et ses "normes sociales", et que les partenariats soient "mutuellement bénéfiques", a-t-il déclaré.
par Abdoul Aziz Diop
IL Y A 13 ANS, LE RÉVEIL DE L’HISTOIRE EN SYRIE
EXCLUSIF SENEPLUS - Pendant qu’un garçon de 35 ans arrivait au pouvoir à Damas, un vieux de 74 ans s’emparait de l’État au Sénégal avec l’idée qu’un pouvoir africain ne tombe que lorsque l’on ne s’en sert pas pour transformer les bâtisses en forteresses
La télévision publique syrienne a annoncé ce week-end la prise du pouvoir par les rebelles en Syrie et la chute de Bachar Al Assad…
Il y a 13 ans, le réveil de l’Histoire en Syrie coïncida avec la révolution citoyenne au Sénégal dont l’épilogue fut la défaite du Sopi et le départ de son pape du pouvoir.
Très nombreux sont les objets d’art qui ont été volés, détruits ou censurés. Pourtant, l’art – « expression d’un idéal de beauté correspondant à un type de civilisation déterminé » - ne s’est jamais affaissé, faisant ainsi preuve d’une extraordinaire capacité de résistance aux assauts les plus ignobles. On peut comprendre cette capacité de l’art à se renouveler continument en dépit de la fragilité des œuvres en distinguant la forteresse – « lieu fortifié » - à la fortification qui est « l’art de fortifier » un lieu, une place, un pays, une nation... La distinction est d’autant plus importante qu’elle permet de scinder l’Histoire – « sale et entremêlée » - en deux séquences successives : le moment où les tyrans s’emparent des forteresses au terme d’une débauche inouïe de violence et le moment (inattendu) où ils trébuchent au contact d’une ou de plusieurs fortifications.
S’assurant le contrôle du Parti Baas syrien à la suite d’un coup d’État, le général Hafez-el-Assad fut l’un des chefs d’État du Proche-Orient qui resta le plus longtemps au pouvoir (1970-2000). A sa mort en juin 2000, son fils Bachar el-Assad hérita de la forteresse (bien gardée) dont il devint le président. Depuis plus de quatre mois maintenant, Bachar el-Assad fait face à une vague de protestations qui ne faiblit pas malgré la répression sauvage des populations insurgées par l’armée syrienne et les réformes en trompe-l’œil du système. En Syrie, la fortification contre laquelle bute le régime syrien contesté se déclame en peu de mots : « Nous ne nous soumettrons qu’à Dieu ! ». Bachar el-Assad n’est pas Dieu. Une évidence déconcertante annonce donc une vérité implacable : dans très peu de temps, la Syrie ne sera plus ce qu’elle est sans doute depuis la création en 1947 à Damas du Parti socialiste arabe Baas, longtemps balloté entre néo-marxisme et nationalisme jusqu’à l’abandon du projet originel d’unification de tous les États arabes face à l’influence occidentale et à Israël.
Pendant qu’un garçon syrien de 35 ans arrivait au pouvoir à Damas, un vieil opposant de 74 ans s’emparait des leviers de l’État au Sénégal avec l’idée – jamais dissimulée - qu’un pouvoir africain ne tombe que lorsque l’on ne s’en sert pas pour transformer les bâtisses – véritables œuvres d’art abritant les institutions - en forteresses imprenables. La présidence de la République, l’Assemblée nationale, les assemblées locales et le Temple de Thémis sont aux mains d’un seul dès le mois de mai 2002. C’est peut-être à ce moment précis que remonte le projet d’une succession arrangée pouvant profiter à n’importe quel heureux élu. C’est peut-être aussi à ce moment précis qu’une dépréciation de l’œuvre du législateur préfigura les vives tensions politiques constatées depuis le 16 juin 2011, date à laquelle le Conseil des ministres adopta en catimini le projet de loi instituant l’élection d’un président et de son colistier au suffrage universel. Mais en érigeant des forteresses, le législateur n’oublia pas les fortifications. Cette précaution explique à elle seule le rapport du citoyen aux bâtisses de la République et aux hommes légitimés à les occuper le temps d’un mandat. En apercevant de loin la façade de chacune des forteresses, le passant se remémore deux choses au moins : le coût de leur entretien par l’effort de tous et la façon dont le budget de la nation est grevé par le traitement de leurs animateurs principaux et subalternes. Ce double abus est supportable aussi longtemps que les fortifications ne cèdent pas sous la pression d’un seul ou de quelques-uns. La plus importante d’entre elles est sans doute aussi celle (péremptoire) qui ne se prête presque jamais aux spéculations des profanes et des savants. « La forme républicaine de l’État ne peut faire l’objet d’une révision ». Ainsi pétrie par le législateur, la fortification édicte une conduite à laquelle un mortel ne déroge sans que le commun des mortels ne lui inflige une correction au moins égale au préjudice subi. C’est ce qui se produisit le jeudi 23 juin 2011, jour de réminiscence des fortifications saccagées. Depuis cette date, deux peuples – le syrien et le sénégalais – dont les destins se sont longtemps croisés au Sinaï sous l’égide des Nations unies hurlent le même refrain tout aussi audible dans les rues des villes syriennes de Lattaquié et de Homs que dans les agglomérations sénégalaises de Saint-Louis, Thiès et Mbour : « Nous ne nous soumettrons pas ! »
A Damas et à Dakar, les forteresses, toutes prenables, sont aux mêmes endroits. Depuis le 23 juin 2011, les fortifications sénégalaises sont passées, elles, des mains sales à celles (propres), des gens du peuple insurgé. Sous peu, chacune des bastilles sera prise et vidée de ses occupants malpropres. Ce moment – le meilleur depuis plus d’un demi- siècle – préfigure le pays nouveau sur lequel anticipèrent les trente-cinq propositions de la Charte de gouvernance démocratique issue des Assises nationales. Pour la première fois, l’expression d’un idéal politique coïncide avec celle d’un idéal social annonciateur d’une nouvelle séquence historique. Aucune débauche de violence ne sera assez grande pour enlever à l’idéal sous-jacent de beauté (artistique) son éclat éblouissant. Ni même celle de légions étrangères à la rescousse de l’apprenti autocrate et de son dernier carré de fidèles.
Abdoul Aziz Diop est ancien porte-parole du Mouvement du 23 juin (M23) et artisan de la République du 23 juin.
AU GHANA JOHN DRAMANI MAHAMA ÉLU NOUVEAU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Le Ghana a une nouvelle fois démontré la vitalité de sa démocratie. Le candidat du pouvoir, Mahamudu Bawumia, a admis sa défaite à l’élection présidentielle tenue samedi, reconnaissant la victoire de John Dramani Mahama, ancien chef de l’État ...
Le Ghana a une nouvelle fois démontré la vitalité de sa démocratie. Le candidat du pouvoir, Mahamudu Bawumia, a admis sa défaite à l’élection présidentielle tenue samedi, reconnaissant la victoire de John Dramani Mahama, ancien chef de l’État et candidat du National Democratic Congress (NDC).
Dans une déclaration à Accra, Mahamudu Bawumia, vice-président et candidat du New Patriotic Party (NPP), a salué le choix des Ghanéens, affirmant : « Le peuple s’est exprimé et a voté pour le changement. » Il a également félicité son adversaire lors d’un entretien téléphonique, marquant un moment fort de respect des institutions et des valeurs démocratiques.
Cette victoire marque un retour au sommet pour John Dramani Mahama, écarté du pouvoir en 2016 après un mandat unique de quatre ans. Sa campagne s’est concentrée sur des promesses de réformes économiques et sociales pour répondre aux préoccupations des citoyens, notamment sur le coût de la vie et l’emploi.
Si les résultats sont officiellement confirmés par la Commission électorale, Mahama reprendra les rênes d’un pays confronté à des défis économiques importants, mais dont les institutions démocratiques restent solides.
Près de 19 millions de Ghanéens étaient inscrits sur les listes électorales pour élire leur président parmi douze candidats et renouveler les 275 sièges du Parlement. Le scrutin s’est déroulé dans le calme, avec une forte participation des électeurs, selon les observateurs nationaux et internationaux.
John Mahama héritera d’une économie sous pression, avec une dette croissante et des défis liés à l’inflation. Son retour au pouvoir pourrait s’appuyer sur un large soutien populaire et une détermination à relever les priorités nationales.
THE ECONOMIST VOIT UN AVENIR DURABLE POUR LES PUTSCHISTES AFRICAINS
Le magazine britannique est formel : pour les aspirants putschistes africains, le message est clair. Non seulement il est possible de s'emparer du pouvoir par la force, mais on peut désormais le conserver sans craindre de véritables représailles
(SenePlus) - L'année 2025 pourrait marquer la consolidation du pouvoir des militaires en Afrique, selon une analyse publiée par The Economist dans son dossier "The World Ahead 2025" (2025, le monde à venir). Le magazine britannique dresse un constat : les juntes militaires qui se sont emparées du pouvoir depuis 2020 sont là pour durer, et ce malgré leurs promesses initiales de transition démocratique.
Ce qui frappe dans l'analyse de The Economist, c'est la facilité avec laquelle les coups d'État se sont succédé, dessinant une "ceinture" ininterrompue de l'Atlantique à la mer Rouge. Du Mali à la Guinée, en passant par le Soudan, le Burkina Faso, le Niger, le Gabon et le Tchad, les militaires ont pris le pouvoir sans rencontrer de résistance internationale durable. Même la pandémie de Covid-19 a servi leurs intérêts, offrant à certains gouvernements, comme celui de l'Éthiopie, un prétexte parfait pour manipuler le processus électoral.
L'hebdomadaire britannique met en lumière la stratégie désormais éprouvée des juntes militaires : promettre une transition démocratique pour mieux se maintenir au pouvoir. En Guinée, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, qui devait initialement quitter le pouvoir en 2024, n'a même pas encore organisé le référendum constitutionnel qui pourrait, ironiquement, lui permettre de se présenter aux élections. Au Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema suit le même schéma, repoussant sans cesse l'échéance démocratique prévue pour août 2025.
Une communauté internationale résignée
The Economist souligne un fait crucial : l'Occident et les organisations régionales ont baissé les bras. La CEDEAO, qui menaçait d'intervenir militairement au Niger, a finalement levé ses sanctions économiques en 2024. Les intérêts économiques et stratégiques priment : la Guinée possède d'immenses réserves de fer et de bauxite, tandis que le Gabon héberge une base militaire française. La France et les États-Unis ont même dû retirer leurs troupes du Niger, affaiblissant leur influence dans la région.
L'Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Niger, le Mali et le Burkina Faso depuis juillet 2024, illustre parfaitement cette nouvelle donne. Selon le magazine britannique, cette confédération, née d'un pacte de défense, s'affirme comme un bloc anti-occidental où la démocratie n'est plus une priorité. Ni le Mali ni le Burkina Faso n'ont tenu les élections promises en 2024, traçant la voie que suivra probablement le Niger.
La conclusion du magazine britannique est sans lapidaire : pour les aspirants putschistes africains, le message est clair. Non seulement il est possible de s'emparer du pouvoir par la force, mais on peut désormais le conserver sans craindre de véritables représailles internationales. Une réalité qui laisse présager la poursuite de cette tendance autoritaire sur le continent africain.
ASSAD FUIT À MOSCOU
Le dirigeant syrien, lâché par ses alliés traditionnels, s'est réfugié en Russie avec sa famille, laissant derrière lui un pays en pleine effervescence. La Syrie s'éveille à une nouvelle ère
(SenePlus) - Dans un développement historique marquant la fin d'un demi-siècle de pouvoir familial en Syrie, le président Bachar el-Assad a fui vers Moscou ce dimanche, selon les agences de presse russes Tass et RIA, citant une source anonyme du Kremlin. Cette fuite survient après une avancée fulgurante des rebelles qui ont pris le contrôle de Damas, la capitale syrienne.
Comme relevé par Associated Press, les événements se sont précipités dimanche matin, lorsque les médias d'État syriens ont diffusé un communiqué rebelle annonçant le renversement d'Assad et la libération de tous les prisonniers. "La Syrie est pour tous, sans exception. La Syrie est pour les Druzes, les Sunnites, les Alaouites et toutes les confessions", a déclaré le commandant rebelle Anas Salkhadi sur la télévision d'État, cherchant à rassurer les minorités du pays.
La prise de pouvoir a déclenché des scènes de liesse dans les rues de Damas. Selon AP, "des foules joyeuses se sont rassemblées sur les places, agitant le drapeau révolutionnaire syrien dans des scènes rappelant les premiers jours du soulèvement du Printemps arabe". Le palais présidentiel a été investi par la population, certains emportant des objets domestiques tandis que d'autres parcouraient simplement les lieux.
Abu Mohammed al-Golani, ancien commandant d'Al-Qaïda qui a rompu avec le groupe il y a plusieurs années, dirige désormais la principale faction rebelle. Lors de sa première apparition publique à la mosquée des Omeyyades, utilisant son nom de naissance Ahmad al-Sharaa, il a qualifié la chute d'Assad de "victoire pour la nation islamique" et accusé l'ancien président d'avoir fait de la Syrie "une ferme pour l'avidité de l'Iran".
L'un des moments les plus symboliques a été la libération de la tristement célèbre prison de Saidnaya, où selon les groupes de défense des droits humains, des milliers de personnes ont été torturées et tuées. Un parent de détenu, Bassam Masr, a exprimé son émotion : "Ce bonheur ne sera pas complet tant que je ne pourrai pas voir mon fils sortir de prison et savoir où il se trouve. Je le cherche depuis deux heures. Il est détenu depuis 13 ans."
La communauté internationale s'organise face à cette transition soudaine. Le Qatar a accueilli une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères de huit pays, dont l'Iran, l'Arabie saoudite, la Russie et la Turquie. Selon Majed al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères rapporté par AP, les participants ont convenu de "la nécessité d'impliquer toutes les parties sur le terrain" pour assurer une "stabilité et une transition sûre".
Les défis restent immenses pour le nouveau pouvoir. Comme le souligne Dareen Khalifa, conseillère principale au sein de l'International Crisis Group : "Golani a fait l'histoire et suscité l'espoir chez des millions de Syriens. Mais lui et les rebelles font maintenant face à un défi redoutable."
L'envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Geir Pedersen, a appelé à des pourparlers urgents à Genève pour garantir une "transition politique ordonnée" dans ce pays déchiré par près de 14 années de guerre civile.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
LES BONS RESSENTIMENTS D’ELGAS OU LES VAGUES ÉMANCIPATRICES DE LA DÉCOLONISATION
EXCLUSIF SENEPLUS - L'auteur produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Un penseur et un écrivain talentueux, humaniste et universel
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Dans l’arrière-pays mental d’Elgas, on peut reconnaître toutes les traces d’un penseur et d’un écrivain talentueux, humaniste et universel.
L’essai littéraire est un terrain fertile pour explorer des idées complexes et qui nécessitent souvent plusieurs tentatives. L’essai, à l’appui d'arguments précis, repose sur la réflexion et l’analyse de faits convoqués pour la circonstance. C’est le genre par excellence qui remet en cause la pensée et oblige le lecteur à reconsidérer son arsenal subjectif. L’essai est un court traité d’idées qui se focalise sur un sujet éclairé à travers un prisme choisi. Cet espace très important de l’expression critique est un élément fondamental de la pensée et de ses contradictions.
Dans son ouvrage, Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, El Hadj Souleymane Gassama, alias Elgas, passe en revue, à travers la littérature, la pensée intellectuelle et les sciences humaines de ces dernières décennies, les causes de l’inconfort africain, pour celui qui, par ses connaissances, son talent, son sens artistique, tente de déjouer tous les pièges de l'œuvre post-coloniale. L’auteur, par des chapitres progressifs, passe au crible tous les méfaits intellectuels et humains qu’a engendrés la colonisation.
Ainsi, il évoque plusieurs thématiques qui s’inscrivent dans cette démarche réflexionnelle. Sans tabou, il décrit les ravages de l’aliénation définie par Cheikh Anta Diop ou Franz Fanon entre autres, et comment une nouvelle ère s’est ouverte pour combattre toute allégeance au centrisme européen. Il dresse le portrait de ceux qu’on a accusés d’être des traîtres à l’identité africaine, des accusations parfois maladroites, car elles peuvent être perçues comme stériles.
De même, Elgas convoque le principe des nouveaux rebelles, défendant le panafricanisme et la renaissance, comme armure contre l’aliénation. Mais cette posture contient des nuances qu’il convient toujours de questionner. Car selon lui, il y aurait d’un côté les Africains du continent et les Africains de la diaspora, déjà façonnés par la culture de l’ailleurs ou plutôt de l’exil et qui n’auraient pas les mêmes perceptions de la tension permanente qui existe entre être africain et se penser en tant que tel et être africain déraciné au contact d’un espace qui fait tout pour enfermer. Car il faut le dire, l’accueil social réservé aux nouveaux immigrés est toujours stigmatisant. Il en va de même pour la jeunesse née en Europe, issue d’Afrique, qui est encore et toujours reléguée au second plan de l’organisation occidentale. Pour résister à l’aliénation identitaire, la littérature a souvent proposé deux visions : l’afro-pessimisme versus l’afro-optimisme. Mais cela ne semble pas suffire, nous dit Elgas. Car il y a notamment la question des langues nationales qui ne sont pas devenues les langues d’écriture. Dans la production scientifique ou littéraire, celles-ci combinent parfois à la langue française une forme de « tropicalisme » qui peut encore s’apparenter à une forme de soumission culturelle.
Ainsi, Elgas fait ici un portrait objectif de la situation de l’ère post-coloniale en Afrique et à travers sa diaspora qui n’en a pas encore terminé avec la justification identitaire. Alors quelle proposition fait Elgas pour remédier à ce trouble encore à l'œuvre ? Une bonne nouvelle, c’est de poursuivre la résistance en tout temps et en tout lieu car il existe toujours une faille dans laquelle toute entreprise de colonisation ne prend pas forme. Le simple refus à toute compromission est absout de toute aliénation et de toute corruption de l’esprit. Accepter le terme de “décolonisation” induit la réussite de l’empire colonial, défend Elgas. Force est d’admettre que nous avons conservé une grande partie de notre civilisation et de notre profondeur culturelle. L’avenir et la modernité sont également des affaires africaines, sans être assujetties à un ordre décolonisé. Il ne s’agit plus pour le continent africain d’entrer ou de sortir de l’espace colonial mais bien d’exister par lui-même et pour lui-même. Le risque étant de perdre trop de temps à discourir sur le désordre post-colonial alors que les Africains sont en mesure de créer un espace qui leur ressemble. Et l’urgence demeure de refuser la pensée unique pour conquérir une forme de liberté qui ne connaîtra aucune contestation.
Elgas produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Les contradictions permanentes, les rancœurs, la maltraitance de soi-même, les haines diverses sont les seuls profits à chercher les causes d’un immobilisme lié à l’histoire coloniale. La frise historique du continent africain est très grande, profondément multiple et plurielle. Le continent africain n’a pas pour seul horizon l’occupation européenne et ses méfaits. Elle a existé et a modifié la trajectoire africaine mais sans la déshabiller de ses fondements originels qui sont toujours actifs dans le monde contemporain. La démarche de la renaissance africaine est nécessaire pour recouvrer une pleine confiance mais le continent n’a pas besoin de sortir de la nuit, comme certains le prétendent, il n’a pas à ressusciter, les lumières sont suffisamment nombreuses. Il s’agit plus certainement d’éduquer à la justice cognitive, de porter les flambeaux d’une civilisation qui doit se saisir d’elle-même, de ses atouts pour contribuer, comme toute culture influente, à la modernisation et à l’avenir de l’Humanité.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, Elgas, éditions Riveneuve, Paris, 2023
Avant de confier leur vie à l'océan Atlantique, de nombreux jeunes Sénégalais confient d'abord leur destin aux marabouts. Ces guérisseurs traditionnels, qui mélangent islam et animisme, promettent une protection divine pour la traversée
(SenePlus) - Le quotidien La Croix révèle dans une récente enquête le rôle méconnu des marabouts dans l'émigration clandestine au Sénégal, où ils proposent des protections mystiques aux candidats au départ vers l'Europe, malgré les risques judiciaires encourus.
Dans le vieux quartier de Mbour, à une centaine de kilomètres de Dakar, un marabout reçoit régulièrement des jeunes rêvant de rejoindre l'Europe. Ce port de pêche est devenu l'un des principaux points de départ des pirogues clandestines vers les îles Canaries, situées à 1 500 kilomètres des côtes sénégalaises.
La pratique, bien qu'interdite par la loi sénégalaise de 2005 contre le trafic de migrants, reste très répandue. Selon La Croix, ces marabouts encourent de cinq à dix ans d'emprisonnement pour leur participation à ces traversées périlleuses. Pourtant, dans un pays où l'islam côtoie les croyances animistes, leur influence demeure considérable.
Le journal décrit les rituels complexes proposés par ces guérisseurs traditionnels. L'un d'eux, qui souhaite rester anonyme, explique : "On ne dort plus dès que le bateau prend la mer, il faut l'accompagner spirituellement avec des prières et des incantations tout du long, c'est très fatigant." Il prépare des "ngaw" (ceintures protectrices) et des bains purificateurs mélangeant traditions ancestrales et versets coraniques.
Ces services ont un prix. Si certains marabouts se contentent d'offrandes symboliques, d'autres monnaient leur "protection" jusqu'à 1 500 euros, dans un pays où la traversée elle-même coûte entre 400 et 600 euros. Cette situation a engendré un marché parallèle d'escrocs, comme en témoigne Gora Diop, un commerçant de 45 ans : "Beaucoup se font avoir, je connais un passeur qui s'était associé à six marabouts et avait fait payer 400 000 francs CFA par passager. C'était une arnaque, ils n'avaient même pas de bateau !"
Le sociologue Doudou Gueye, spécialiste des migrations à l'université de Ziguinchor, replace ce phénomène dans son contexte culturel : "Le parcours maraboutique rassure certains candidats qui baignent dans un univers de croyances. Si en Occident on consulte des voyants, au Sénégal ces pratiques accompagnent les grandes étapes et les épreuves de la vie."
Les conséquences tragiques de ces départs se manifestent régulièrement. L'imam Ibrahima Diouf de la mosquée de Thiocé témoigne de son impuissance : "On ne cesse d'en parler, de dénoncer mais ça ne dissuade pas les jeunes. Le problème ne vient pas seulement de ces 'marabouts' mais aussi de la société qui leur fait croire que la seule façon de réussir leur vie, c'est d'aller en Europe."
Le 8 septembre dernier, un drame est venu illustrer les limites de ces protections mystiques : plusieurs jeunes du quartier ont péri dans le naufrage d'une pirogue au large de Mbour. La Croix rapporte que des gris-gris ont été retrouvés sur les corps échoués sur la plage, témoignage silencieux de croyances qui, face à la mer, ne suffisent pas toujours à protéger ceux qui tentent la traversée.
AL-JOLANI, L'HOMME QUI A FAIT TOMBER ASSAD
Le 6 décembre 2024, le Financial Times dressait le portrait du chef du groupe rebelle syrien Hayat Tahrir al-Sham. Quarante-huit heures plus tard, cet homme de 42 ans allait accomplir ce que personne ne croyait possible : faire chuter le régime Assad
(SenePlus) - Publié par le Financial Times (FT) deux jours avant la chute du régime syrien, ce portrait d'Abu Mohammad al-Jolani prend aujourd'hui une dimension prémonitoire. Le journal britannique dressait le profil de celui qui allait, 48 heures plus tard, provoquer la fuite de Bachar el-Assad.
À 42 ans, le leader du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS) apparaissait déjà, selon le Financial Times, comme l'architecte méticuleux d'une transformation politique majeure en Syrie. Sa récente apparition sur les marches de la citadelle d'Alep, vêtu d'un uniforme kaki et entouré de gardes non armés, illustrait parfaitement sa stratégie. "Jolani sait très intelligemment choisir ses moments et en tirer profit", analysait Aaron Zelin, expert du djihadisme cité par le quotidien britannique. "Il a choisi un lieu symbolique, il n'y avait pas d'armes autour - tout était conçu pour le faire apparaître comme un leader politique sérieux."
Né Ahmed Hussein al-Sharaa en 1982, cet homme éduqué et urbain se démarque par son parcours atypique. Après une enfance en Arabie saoudite et à Damas, il se radicalise lors de la seconde Intifada en 2000. "J'avais 17 ou 18 ans à l'époque, et j'ai commencé à réfléchir à la manière dont je pouvais remplir mes devoirs, défendre un peuple opprimé par des occupants et des envahisseurs", confiait-il en 2021 dans l'une de ses rares interviews avec les médias occidentaux.
Le FT soulignait sa transformation progressive et sa prise de distance avec Al-Qaïda, privilégiant une lutte nationaliste pour la Syrie. "Le destin de Jolani s'écrit en ce moment même. La manière dont il gérera la prochaine phase, si HTS parvient à rester inclusif, déterminera son héritage", prédisait Jerome Drevon, expert au think-tank Crisis Group, deux jours avant la chute d'Assad.
Selon Dareen Khalifa du Crisis Group, qui l'a rencontré à plusieurs reprises depuis 2019, Jolani s'entoure "de personnes très instruites qui comprennent le monde extérieur. Ils n'ont pas une mentalité de bunker." Le journal rapportait que Jolani avait même déclaré à Khalifa que son groupe envisageait de se dissoudre et qu'Alep serait gérée par un organe de transition respectant le tissu social et la diversité de la ville.
Cependant, le Financial Times notait que des obstacles majeurs subsistaient : HTS reste désigné comme organisation terroriste par les États-Unis, qui maintiennent une prime de 10 millions de dollars pour la capture de Jolani. Un défi de taille pour celui qui, deux jours après la publication de ce portrait, allait précipiter la chute historique du régime Assad. Le président syrien aurait, selon plusieurs condordantes, quitté Damas pour une destination inconnue.
ASSAD DÉCHU
En à peine dix jours, l'un des régimes les plus implacables du Moyen-Orient s'est effondré comme un château de cartes. Le président Bachar el-Assad, qui semblait encore intouchable il y a quelques semaines, a fui Damas dans la précipitation
(SenePlus) - D'après l'Associated Press (AP), le régime syrien de Bachar el-Assad s'est effondré ce dimanche dans des circonstances spectaculaires, mettant fin à un demi-siècle de règne de la famille Assad après une offensive éclair des rebelles qui ont atteint la capitale en seulement dix jours.
Selon Rami Abdurrahman, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), le président Bachar el-Assad aurait quitté Damas pour une destination inconnue. La télévision d'État iranienne, citant la chaîne Al Jazeera, a également confirmé le départ du président syrien de la capitale, sans fournir plus de détails.
Dans une tentative apparente de maintenir l'ordre, le Premier ministre Mohammed Ghazi Jalali a déclaré dans un message vidéo : "Je suis dans ma maison et je ne suis pas parti, et cela en raison de mon appartenance à ce pays." Il a annoncé que le gouvernement était prêt à "tendre la main" à l'opposition et à transférer ses fonctions à un gouvernement de transition.
Les rues de Damas ont été le théâtre de scènes de liesse populaire. "Mes sentiments sont indescriptibles", a confié à l'AP Omar Daher, un avocat de 29 ans, dont le père a été tué par les forces de sécurité et dont le frère est en détention. "Après la peur qu'il [Assad] et son père nous ont fait vivre pendant de nombreuses années, et la panique et l'état de terreur dans lequel je vivais, je n'arrive pas à y croire."
Les journalistes de l'AP sur place rapportent avoir vu des postes de contrôle militaires abandonnés et des uniformes jetés au sol. La radio pro-gouvernementale Sham FM a annoncé l'évacuation de l'aéroport de Damas et la suspension de tous les vols.
L'offensive rebelle, menée par le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), a progressé à une vitesse fulgurante depuis le 27 novembre, prenant successivement le contrôle d'Alep, Hama, et Homs, avant d'atteindre la capitale. Les insurgés ont également annoncé avoir pris le contrôle de la tristement célèbre prison militaire de Saidnaya, au nord de Damas.
Face à cette situation, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a appelé à des pourparlers urgents à Genève pour assurer une "transition politique ordonnée". Une réunion des ministres des Affaires étrangères de huit pays clés, dont la Russie, l'Iran et la Turquie, s'est tenue en marge du sommet de Doha pour discuter de la situation.
Les États-Unis, par la voix du président élu Donald Trump, ont indiqué vouloir éviter toute intervention militaire en Syrie, tandis que l'administration Biden a également exclu toute implication directe dans le conflit.
Cette chute brutale du régime Assad intervient alors que ses principaux alliés sont affaiblis : la Russie est engagée en Ukraine, le Hezbollah libanais est enlisé dans un conflit avec Israël, et l'Iran voit ses forces proxy régulièrement ciblées par des frappes israéliennes.
DIOMAYE-WADE, LA POIGNÉE DE MAIN DE DOHA
En visite officielle au Qatar, le président de la République a accordé une audience à Karim Wade. Au menu des discussions selon la présidence : la situation politique, économique et sociale du Sénégal
En déplacement officiel au Qatar, le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a accordé une audience à M. Karim Wade, ancien ministre de la République.
Les deux hommes ont eu des échanges constructifs sur la situation politique, économique et sociale du Sénégal, abordant divers enjeux importants pour l’avenir du pays.
Le chef de l’Etat s’est également entretenu avec M. Fahad Al-Sulaiti, Directeur fénéral du Qatar Fund for Development.
Selon une source officielle, les discussions ont porté sur la qualité exceptionnelle de la coopération entre le Sénégal et le Qatar, qui sera renforcée par un accroissement significatif des investissements qataris dans les secteurs prioritaires de la Vision Sénégal 2050. Une collaboration accrue entre les secteurs privés des deux nations a également été évoquée.
Outre le DG du Qatar Fund for Development, le président Faye a accordé une audience à M. Jared Cohen, président du Goldman Sachs Institute. Les sujets abordés concernaient les opportunités d’investissement au Sénégal, en mettant l’accent sur des projets structurants dans les secteurs clés de la Vision Sénégal 2050.
Ces rencontres traduisent la volonté ferme du chef de l’État de mobiliser des partenaires autour d’investissements stratégiques pour réaliser les ambitions du Sénégal en matière de développement durable et inclusif.