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3 avril 2025
International
LE GAZ SÉNÉGALAIS DANS L'INCERTITUDE
Après plusieurs reports, Grand Tortue Ahmeyim se heurte au refus de BP de poursuivre le projet au-delà de la phase 1, sur fond de tensions avec Dakar et Nouakchott. Le Sénégal aurait exigé des clarifications auprès du géant pétrolier britannique
(SenePlus) - Selon les révélations de Jeune Afrique, le méga-projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), situé à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie, pourrait connaître un nouveau contretemps majeur. Non seulement son démarrage est repoussé au premier semestre 2025, mais sa phase 2 pourrait être compromise.
Le projet, qui a déjà connu plusieurs reports - initialement prévu pour 2022, puis reporté à 2023, avant d'être décalé au second semestre 2024 - fait face à des obstacles techniques significatifs. Un cadre de BP, cité par le magzine, attribue ce nouveau délai aux "difficultés techniques rencontrées dans le développement d'un projet aussi complexe que GTA".
Cette situation intervient dans un contexte particulièrement délicat pour BP, l'opérateur principal qui détient 61% des parts du projet, aux côtés de Kosmos Energy (29%) et des sociétés nationales Petrosen et SMHPM (10%). Le géant britannique, qui a déjà cédé ses découvertes gazières de Yakaar-Teranga au Sénégal en octobre 2023 et de BirAllah en Mauritanie en avril 2024, semble désormais réticent à s'engager dans la phase 2 du projet.
Cette seconde phase, qui devait doubler la production de GNL de 2,5 à 5 millions de tonnes métriques par an, paraît aujourd'hui compromise. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, d'après JA : la volonté de renégociation des contrats exprimée par les présidents Bassirou Diomaye Faye du Sénégal et Mohamed Ould Ghazouani de la Mauritanie, ainsi que des désaccords persistants sur le cost oil - la part de production destinée au remboursement des coûts de développement.
Le climat de tension est palpable entre les parties prenantes. D'après Jeune Afrique, Dakar a récemment exigé des clarifications de BP concernant les nouvelles échéances. Un responsable sénégalais, cité par le magazine, confirme : "Nous attendons une réponse de BP sur la nouvelle date de la mise en exploitation de GTA", précisant que les projections actuelles tablent sur un démarrage "entre fin mars et début avril 2025".
Malgré l'installation en mai dernier d'une unité flottante de production et de stockage de gaz, élément crucial pour l'exploitation, les incertitudes persistent. Cette infrastructure devait assurer le traitement initial du gaz avant son transfert vers une unité de liquéfaction située à environ 10 kilomètres des côtes.
Face à ces développements, BP, dirigé par Murray Auchincloss, maintient une position prudente, privilégiant, selon ses déclarations rapportées par le journal, "le démarrage sûr et efficace de la phase 1". La société n'a pas souhaité répondre aux sollicitations du magazine panafricain concernant ces nouvelles complications.
Ces retards successifs et l'augmentation des coûts du projet ont considérablement affecté la réputation de BP dans la région, mettant en péril l'un des plus importants projets gaziers d'Afrique de l'Ouest, dont les retombées économiques sont attendues avec impatience par les deux pays concernés.
LE RETRAIT DU BURKINA FASO, DU MALI ET DU NIGER ACTE EN JANVIER 2025
La commission de la structure sous régionale a acté leur souhait, ce dimanche, dans un communiqué marquant la fin de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement, tenue à Abuja.
C’est désormais officiel. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso ne vont plus faire partie de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à partir de janvier 2025. La commission de la structure sous régionale a acté leur souhait, ce dimanche, dans un communiqué marquant la fin de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement, tenue à Abuja.
Depuis plus d’un an, le Burkina Faso, le Niger et le Mali avaient fait part de leur souhait de quitter la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à laquelle ils appartenaient. Hier, l’organisation sous régionale a acté cette décision prise par ces trois pays désormais membres de l’Alliance des Etats du Sahel (AES).
Dans un document marquant la fin de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement, les pays membres de la CEDEAO ont donné le feu vert à ces trois pays, qui vont désormais sortir de l’espace communautaire à partir du 25 janvier 2024. ‘’La Conférence des chefs d’État et de Gouvernement prend acte que conformément aux dispositions de l’article 91 du Traité révisé de la CEDAO, les trois pays cesseront officiellement d’être membres de la CEDEAO à compter du 29 janvier 2025’’, a déclaré à la presse Omar Alieu Touray, le président de la Commission de la CEDEAO. Cela implique, selon lui, qu’une période transitoire de six mois va s’ouvrir à partir du retrait officiel de ces trois pays pour gérer la situation des salariés contractuels de la CEDEAO originaire de ces trois pays, préparer le déménagement des différentes agences communautaires dont les sièges sont situés dans ces trois Etats membres fondateurs de la communauté ouest-africaine. Il s’agit aussi, en même temps, de laisser la porte ouverte à un éventuel retour du Mali, du Niger et du Burkina Faso dans la CEDEAO d’ici au 30 juillet 2025 ou à défaut de définir les modalités du retrait et d’explorer de nouveaux cadres de coopération. M. Touray a dans le même temps déclaré que sa commission a été également instruite de lancer les formalités de retrait après la date limite du 29 janvier prochain.
La veille, samedi, les trois pays concernés par ce retrait, et désormais regroupés au sein de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), ont rendu public un communiqué dans lequel ils garantissent la libre circulation des ressortissants de pays membres de la CEDEAO.
Taux de croissance et monnaie unique
Au titre de la performance économique, la Conférence des Présidents a pris note du taux de croissance économique de 3,8% attendu pour 2024, par rapport à celui de 3,6% enregistré en 2023. Elle a également salué la réduction des déficits budgétaire et du compte courant, ainsi que le renforcement du taux de couverture des importations de biens et services par les réserves extérieures brutes dans l’espace CEDEAO.
Toutefois, les Chefs d’État ont exprimé leur préoccupation face à la persistance des pressions inflationnistes ainsi qu’à l’augmentation du taux d’endettement public des Etats membres de la CEDEAO.
La Conférence exhorte les États membres à accélérer les réformes économiques, politiques et stratégiques et à poursuivre la diversification économique par le biais de sources de revenus multiples, en élargissant la gamme des secteurs et des marchés pour des fondations économiques plus solides et plus stables, nécessaires pour soutenir la convergence régionale requise pour la monnaie unique de la CEDEAO.
Sur la monnaie unique de la CEDEAO, la Conférence a félicité le Comité de Haut Niveau sur les Modalités Pratiques pour le lancement de l’ECO pour le travail accompli et pour les importants consensus auxquels ils sont parvenus dans le cadre de la mise en œuvre des instructions de sa 65ème Session ordinaire.
Le Sommet a adopté les critères proposés par le Comité de Haut Niveau Final pour la sélection des Etats membres candidats actuels ou futurs au lancement de l’ECO. Il instruit la Commission, en collaboration avec l’Agence Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) d’assurer l’intégration de ces critères dans le Protocole portant l’Accord de l’Union monétaire de la CEDEAO.
La Conférence a endossé les propositions du Comité de Haut Niveau relatives aux coûts, aux sources et aux modalités de financement de la mise en œuvre des réformes et des institutions nécessaires au lancement de l’ECO. Elle a exhorté les Banques Centrales et les États membres à prendre des mesures nécessaires pour le paiement de leurs contributions financières pour l’opérationnalisation desdites institutions dès que la décision sur la date effective de lancement de la monnaie unique de la CEDEAO est prise.
Les Chefs d’Etats exhortent le Comité de Haut Niveau, en collaboration avec la Commission, à intensifier ses efforts en vue d’assurer le respect des délais impartis pour la mise en place et l’opérationnalisation des institutions nécessaires au lancement de l’ECO.
LA CEDEAO DEPOSE LES ARMES, LE MALI, LE BURKINA FASO ET LE NIGER PRENNENT LE LARGE...
La forte détermination des pays membres de la Confédération de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) aura eu raison de l’attentisme des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO dont l’impuissance se confirme une fois de plus.
La forte détermination des pays membres de la Confédération de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) aura eu raison de l’attentisme des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dont l’impuissance se confirme une fois de plus. Dans le communiqué final de la 66e session ordinaire tenue ce 15 décembre à Abuja, le président de la Commission a officiellement brandi un quitus de sortie du bloc ouest-africain aux gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
« La conférence ordonne au conseil des ministres de convoquer une session extraordinaire au cours du deuxième trimestre de 2025 pour examiner et adopter les modalités de départ et le plan d'urgence portant sur les relations politiques et économiques entre la CEDEAO et les Républiques du Niger, du Mali et du Burkina Faso », rapporte Omar Alieu Touray dans ledit communiqué.
La référence explicite aux trois pays montre que pour les chefs d’Etat, l’AES n’existe pas dans leur jargon officiel.
A toutes fins utiles, la CEDEAO prévoit - au hasard des possibilités de rétraction éventuelle - une transition de 6 mois valable à partir du 29 janvier 2025. Ainsi, le 30 juillet 2025, la communauté ne comptera que douze Etats membres.
Cette situation nouvelle entérine l’échec des médiations officielles et souterraines entreprises par la CEDEAO pour retenir les Etats de l’AES dans le giron de la communauté. En particulier, celle du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et du Togolais Faure Gnassingbè, tous deux lancés dans une mission impossible au regard des orientations politiques et idéologiques « irréversibles » affirmées par la bande des trois.
En deux jours, l’Alliance des Etats du Sahel (AES) a savamment court-circuité certaines décisions que la CEDEAO aurait pu prendre à son encontre lors de ce sommet d’Abuja (Nigeria). Le 14 décembre 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger qui forment la Confédération de l’AES ont décidé d’instaurer la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace AES pour tous les ressortissants des 12 autres pays membres de la CEDEAO. Une stratégie de contournement d’une vraie difficulté politique - la circulation des personnes et des biens - qui confirmait le caractère inéluctable de leur sortie collective de la communauté ouest-africaine en janvier 2025.
Cette mesure d’anticipation, contenue dans une déclaration signée par le Malien Assimi Goïta, président en exercice de la Confédération de l’AES, a coupé l’herbe sous le pied des dirigeants de la CEDEAO. En effet, l’un des arguments choc brandi contre la sécession annoncée concerne justement le principe et les avantages du système sans visa qui fonctionne dans l’espace communautaire depuis 1975. Or, en décrétant dès à présent que ledit principe restera en vigueur pour tous les citoyens des pays de la CEDEAO, l’AES rend la menace sans objet. Surtout, elle prédispose les chefs d’Etat du bloc ouest-africain à une possible surenchère radicale dont les débordements potentiels pourraient envenimer davantage les relations entre les deux parties.
La veille, soit le 13 décembre, une conférence ministérielle tenue à Bamako sous l’égide du chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, jugeait irréversible tout retour en arrière de la part des membres de la Confédération.
Aujourd’hui, sauf miracle improbable qui tiendrait, par exemple, à des changements de régime dans l’AES, la CEDEAO va devoir organiser une sortie en bon ordre de ses rangs trois pays membres fondateurs. Cette séquence est un échec politique de grande ampleur dans le processus d’intégration de la zone ouest-africaine mais elle a l’avantage essentiel d’être un signal fort sur l’urgence de réformes fondamentales dans le fonctionnement de l’institution.
SIX MOIS DE PLUS A L’AES POUR EVITER LA FRACTURE
Lors de son 66ᵉ sommet, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a abordé les défis sécuritaires, politiques et socio-économiques freinant l’intégration régionale. Ils ont décidé d’accorder un délai de 6 mois à l’AES ...
Lors de son 66ᵉ sommet, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a abordé les défis sécuritaires, politiques et socio-économiques freinant l’intégration régionale. Ils ont décidé d’accorder un délai de 6 mois à l’AES pour éviter la fracture. Avec l’engagement renouvelé du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye pour faciliter leur réintégration.
L’instance suprême de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a tenu son 66ᵉ sommet dimanche 15 décembre. Les discussions ont principalement porté sur les enjeux sécuritaires, socio-économiques et politiques entravant l’intégration régionale.
À cette occasion, l’organisation a réaffirmé son engagement en faveur de réformes profondes pour relever ces défis.
Parmi les sujets majeurs abordés, le retrait annoncé des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) a occupé une place centrale. À ce propos, le ministre béninois des Affaires étrangères, Oleshegun Adjadi Bakari, a précisé que « la conférence des chefs d’État de la Cédéao a pris acte de la décision de nos pays frères (de l’AES) et se donne six mois pour organiser la mise en œuvre, avec une possibilité pour eux de revenir pendant cette période. »
Pour poursuivre les négociations avec l’AES, la Cédéao a renouvelé sa confiance au président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, déjà mandaté en juillet 2024 pour mener les discussions. Dans le cadre de cette mission, le président sénégalais effectuera prochainement une visite dans les pays concernés pour encourager leur réintégration. Cette démarche répond également à une requête du Parlement communautaire, qui avait recommandé une prolongation du délai de retrait des pays de l’AES, initialement fixé au 29 janvier 2025.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, regroupés au sein de l’AES, avaient annoncé leur intention de quitter la Cédéao en janvier dernier, dénonçant une organisation qu’ils considèrent sous influence française. Cependant, un signe d’apaisement est apparu samedi 14 décembre, avec l’annonce par ces pays de l’ouverture de leurs frontières aux ressortissants de la Cédéao.
UNE LENTE STRANGULATION DE LA FRANÇAFRIQUE AU SÉNÉGAL
Boubacar Boris Diop décrit un processus d'émancipation qui se distingue par sa subtilité. Cette transition en douceur, explique-t-il, masque une réalité implacable : le "joyau de la couronne" française en Afrique s'est définitivement détaché
L'intellectuel Boubacar Boris Diop n'y est pas allé de main morte concernant les rapports entre le Sénégal et la France. Rehaussant de sa présence la cérémonie de dédicace du livre "De la démocratie en Françafrique, une histoire de l'impérialisme électoral" de la journaliste française Fanny Pigeaud et de l'économiste Ndongo Samba Sylla, l'écrivain sénégalais pense que la France a perdu définitivement le Sénégal. À l'en croire, en effet, l'ambassadeur français est devenu un diplomate parmi d'autres dans le pays.
Pour Boubacar Boris Diop, la Françafrique est en train de perdre un de ses «joyaux» en Afrique. Avec le changement de régime au Sénégal, l'écrivain qui est certainement l'un des penseurs les plus connus souligne l'importance de constater la fin de la Françafrique dans plusieurs pays du continent, à commencer par le Sénégal. Devant une avalanche d'intellectuels et de membres de la société civile du pays, et disséquant l'actualité du livre "De la démocratie en Françafrique, une histoire de l'impérialisme électoral", Boubacar Boris Diop soutient sans ambages : «Le Sénégal était un peu le joyau de la couronne. Et il n'a jamais été question d'accepter de perdre le Sénégal pour la Françafrique. Mais c'est perdu».
Ce qui se passe ici, c'est que ça ne se fait pas de manière spectaculaire, ça se fait avec beaucoup de délicatesse. «Au fond, c'est une lente strangulation de la Françafrique au Sénégal. L'ambassadeur de France est devenu un diplomate parmi tant d'autres», renseigne l'auteur de "Murambi, le livre des ossements". Il a fait savoir en outre qu'en quatre ans, l'Afrique est pratiquement passée dans une autre dimension du temps. «Aujourd'hui le Mali, le Burkina, le Niger ont chassé les français. Il y a quelques jours le Tchad a fait de même», ajoute-t-il.
«Le livre est en realiteune autopsie de Lafrançafrique»
S'exprimant sur le livre, l'écrivain sénégalais trouve que c'est un ouvrage important en ce sens qu'il parle de la Françafrique. «Ce que malheureusement l'on n'a pas fait assez souvent sur le continent africain. Fanny et Ndongo prennent la parole sur des sujets essentiels pour nous. J'ai même envie de dire des sujets existentiels», note-t-il avec satisfaction avant d'ajouter : «Nous nous sommes habitués à cette dimension sanglante de la Françafrique, dimension spectaculaire. Ce que font Ndongo et Fanny, c'est de nous montrer que la Françafrique est aussi un tricotage au quotidien dans les cabinets ministériels. On n'a pas besoin d'avoir du sang à flot, mais on contrôle la situation à travers des élections qui sont truquées, à travers des articles dans telle ou telle constitution».
Indiquant dans la foulée que dans l'ouvrage, il n'y a pas de vociférations, il n'y a pas de véhémence. «C'est écrit de manière clinique. C'est écrit avec beaucoup de précision», déclare le Fondateur de Defuwaxu.com, unique quotidien en ligne en langue wolof du Sénégal. Selon lui, il est possible de voir ce livre comme un diagnostic de la Françafrique. Mais en fait, révèle-t-il, c'est une autopsie de la Françafrique. Néanmoins il se désole du fait que sur le continent, les gens ne semblent pas prendre la mesure de l'événement. Le tournant, d'après lui, constitue le fait que la CEDEAO est en train d'exploser en plein vol le fait que tous ces pays se libèrent. «Cette ébullition-là, nous ne l'analysons pas», s'inquiète-t-il.
Ndongo Samba Sylla :«Bassirou Diomaye est leseul anti françafriquequi soit parvenu au pouvoir via les elections,c'est la seule exception»
Pour sa part, Ndongo Samba Sylla rappelle que de 1960 jusqu'à maintenant, il n'y a jamais eu de dirigeant anti Françafrique, ouvertement anti-Françafrique qui soit parvenu au pouvoir via des élections normales. «La seule exception, c'est l'élection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, c'est la première exception», renseigne le chercheur sénégalais dans son analyse non sans indiquer que les seuls anti Françafrique qui sont parvenus au pouvoir dans l'histoire sont des militaires comme Thomas Sankara. De l'avis de Sylla, il n'y a que les militaires qui ont le niveau d'organisation pour lutter contre l'impérialisme. « Et je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que c'est un recul démocratique. Pour ce qui se passe au Sahel, c'est qu'on est dans une dynamique de libération. Je ne dirais jamais si un coup d'Etat est bon ou mauvais. Tout dépend si on est dans une perspective de libération», explique Ndongo Samba Sy en observant ce qui se passe dans la sous-région actuellement. Rappelons que la journaliste française et l'économiste sénégalais avaient déjà coécrit le livre l'Arme invisible de la Françafrique, une histoire du CFA.
par Patrick Chamoiseau
FAITES SORTIR LES ELFES !
Face à l’inquiétant paysage d’aujourd’hui, nous avons besoin, plus que jamais, des puissances de la narration. Nous pouvons imaginer un autre monde, inspiré par ce que la fiction peut nous apprendre de la danse des lucioles et des visites de la Beauté
Allocution de Patrick Chamoiseau lors de la réception du Prix de l’excellence à vie au Center For Fiction de New York, le 10 décembre 2024.
L’écrivain islandais Thor Vilhjálmsson, me raconta un jour cette très belle histoire. Il admirait beaucoup l’écrivain français Michel Butor, grand partisan du Nouveau Roman. Ce mouvement littéraire avait réussi à élargir les limites de la fiction romanesque, à une époque où celle-ci paraissait ne plus rien comprendre à la complexité du monde.
Thor Vilhjálmsson appela Butor pour l’inviter à donner une conférence dans son petit pays de rochers, de glaciers, de geysers et de volcans. Quand Vilhjálmsson eut Butor au bout du fil, il lui formula l’invitation la plus chaleureuse qui soit. Michel Butor l’écouta poliment mais, peu enclin à voyager vers cette île de mousse grise, il lui bredouilla les excuses que les écrivains utilisent pour échapper à une invitation... Qu’il avait du travail... Qu’il était fatigué... Que les voyages en avion ne lui convenaient pas... et-cætera, et-cætera.
Mais, Thor n’était pas homme à se décourager. Comme il était lui-même un grand romancier, un fils béni de l’art de conter, il eut soudain l’idée qui allait tout changer. Sur un ton mystérieux, il expliqua à Butor que si l’Islande n’était qu’une île de glace et de cailloux, elle détenait malgré tout une vertu extraordinaire qu’il fallait voir absolument. Intrigué, Michel Butor lui demanda : Laquelle ? Nous sommes environ 400 000 habitants, poursuivit Vilhjálmsson, mais la nuit, notre population double pour s’élever à plus de 800 000 âmes !
— Ah bon ? Et ... pourquoi ? s’étrangla Butor.
— C’est parce que la nuit, murmura Vilhjálmsson, les elfes sortent des rochers et viennent vivre parmi nous !
— J’arrive tout de suite ! lui répondit Butor.
Cette petite histoire illustre à merveille l’importance que nous devons accorder à la fiction narrative. Qu’elle passe par la littérature ou par d’autres formes d’expression artistique, son rôle est d’enchanter les ombres qui nous entourent, de faire jaillir des roches et des glaciers, toutes sortes d’éclats et de merveilles. Avant de conquérir la planète, homo sapiens l’avait d’abord imaginée. Plutôt que de se limiter à une vision utilitaire ou prosaïque, il l’avait enveloppée de ses propres narrations. Ce faisant, avant même de peupler une quelconque géographie, il a de tous temps habité son propre imaginaire. Malgré le bruit et la fureur, l’être humain a toujours su rendre la terre désirable en y projetant de grands enchantements. Homo-sapiens est, par essence, un créateur de mondes. Il a su accompagner ses souffrances, ses résistances, ses pensées, ses fondations, de tous les fastes qui remplissaient ses imaginations. C’est au cœur de ses propres utopies narratives qu’il a trouvé moyen d’inventer des chemins, de dégager des solutions, de gravir les montagnes ou de franchir les océans.
Face à l’inquiétant paysage d’aujourd’hui – l’effondrement du vivant, les désordres climatiques, les reculs de la démocratie, les spectres du fascisme, du racisme, de la haine et de la division – nous avons besoin, plus que jamais, des puissances de la narration. Nous devons, nous pouvons, imaginer un autre monde, inspiré par ce que la fiction peut nous apprendre de la danse des lucioles et des visites de la Beauté. Nous avons l’obligation de deviner en nous la vie que nous voulons, de rêver ses contours, et de retrouver, dans cette nuit qui menace, la haute capacité à faire sortir les elfes !
C’est avec le sentiment de cette urgence, et de cette certitude, que je me sens proche de ceux qui m’ont précédé ici : Toni Morrison, Kazuo Ishiguro, Wole Soyinka, Salman Rushdie. Nous avons besoin d’eux, et leurs livres font partie de nos armes pacifiques les plus miraculeuses.
Je pense aussi à ceux qui peuplent mon écriture de leurs présences magiques : à William Faulkner, à Gabriel Garcia Márquez, à Aimé Césaire, à Édouard Glissant, à Frantz Fanon, à Saint-John Perse, à René Char, à Victor Segalen, à James Baldwin, à Zora Neale Hurston... et à tant d’autres !... Je sais que l’on n’écrit pas pour recevoir des distinctions, mais cela fait toujours plaisir de se voir offrir les signes de l’amitié. Des soirées comme celle-ci honorent avant toute chose, les paysages, jusqu’ici invaincus, de nos littératures.
C’est d’abord en leur nom que je vous dis merci !
Merci au Center for Fiction.
Merci à ceux qui le soutiennent et à vous tous qui êtes ici !
Merci à M. Errol Mac Donald pour son amicale fidélité, et merci à tous ceux qui travaillent pour que la lecture se développe, que la poésie vive et que le livre circule.
Et maintenant : libérez les lucioles et faites sortir les elfes !
SIX MOIS POUR ÉVITER L'ÉCLATEMENT DE LA CEDEAO
L'organisation ouvre ce dimanche 15 décembre une dernière fenêtre de négociation en offrant un sursis aux trois pays désireux de partir. Une gageure face à des États qui affirment le caractère "irréversible" de leur décision
(SenePlus) - La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ouvre une nouvelle page dans ses relations avec les États dissidents. Selon Reuters, l'organisation régionale a décidé ce dimanche 15 décembre 2024, d'accorder un délai de grâce de six mois au Mali, au Burkina Faso et au Niger, dans la cadre de leur retrait initialement prévu le 29 janvier prochain.
Cette décision intervient alors que ces trois pays du Sahel central, désormais dirigés par des juntes militaires, avaient annoncé conjointement leur départ il y a un an, marquant un revirement sans précédent dans l'histoire de l'organisation régionale.
"L'objectif est de ramener les trois pays membres au sein de la CEDEAO sans préjudice", a déclaré le président de la commission, Oumar Touray, à l'issue du sommet, comme le rapporte l'agence Reuters. Concrètement, bien que la date officielle de retrait reste fixée au 29 janvier, la période de transition s'étendra jusqu'au 29 juillet 2025.
Cette initiative de la CEDEAO intervient dans un contexte particulièrement tendu. La veille du sommet, les trois États ont réaffirmé le caractère "irréversible" de leur décision de quitter l'organisation. Dans un geste significatif, ils ont néanmoins annoncé le maintien de la libre circulation des citoyens de la CEDEAO sur leurs territoires après leur départ.
Selon Reuters, cette dernière mesure pourrait être interprétée comme une tentative d'apaiser les inquiétudes concernant l'impact de leur retrait sur la liberté de mouvement et le marché commun de 400 millions de personnes que représente la CEDEAO.
Cette crise institutionnelle s'inscrit dans une période tumultueuse pour le Sahel. Depuis 2020, la région a connu une série de coups d'État qui ont porté au pouvoir des autorités militaires. Ces nouveaux dirigeants ont progressivement réorienté leurs alliances, se rapprochant de la Russie au détriment de la France, leur ancien colonisateur, et d'autres partenaires traditionnels.
Les trois pays ont par ailleurs renforcé leur coopération mutuelle, notamment en matière de défense, et envisagent même de quitter l'union monétaire ouest-africaine, rapporte Reuters. Cette évolution marque une recomposition géopolitique majeure dans la région, dont les conséquences restent encore à déterminer.
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LA LOI D'AMNISTIE RESTERA, SELON MOUSSA BOCAR THIAM
L'ancien ministre de Macky Sall affirme que le Pastef n'osera pas abroger ce texte controversé. Une position qu'il justifie par l'implication de nombreux membres du parti au pouvoir dans les événements concernés par sa mise en oeuvre
L'ancien ministre de la Communication, Maître Moussa Bocar Thiam, a livré une analyse approfondie de l'actualité politique nationale lors de son passage ce dimanche 15 décembre 2024 dans l'émission "Grand Jury" de RFM. Au cours de cet entretien, il s'est notamment exprimé sur la question sensible de l'abrogation de la loi d'amnistie, un sujet qui cristallise les tensions dans le pays.
Selon lui, le parti au pouvoir Pastef ne procèdera pas à l'abrogation de cette loi, contrairement à ce qui avait annoncé été. "Ce serait se tirer une balle dans le pied", a-t-il déclaré, car de nombreux membres du parti seraient concernés par les événements couverts par cette amnistie. Il a notamment souligné que certains dossiers impliquaient des partisans du Pastef dans des actes de vandalisme et de violence.
L'invité de Babacar Fall s'est également exprimé sur la radiation controversée de Barthélémy Dias de l'Assemblée nationale et sa révocation de la mairie de Dakar, qualifiant ces décisions d'"illégales". Il a particulièrement évoqué l'intervention musclée de la police à l'hôtel de ville, la définissant comme un retour aux pratiques que le nouveau pouvoir dénonçait lorsqu'il était dans l'opposition.
Concernant la configuration actuelle du pouvoir exécutif, Maître Thiam a évoqué une éventuelle nécessité de réviser la Constitution pour clarifier la répartition des pouvoirs entre le président et le Premier ministre. Il a notamment parlé d'une "déchéance de la fonction présidentielle", le chef de l'État se trouvant selon lui cantonné aux affaires diplomatiques.
Sur le dossier des victimes des violences politiques, l'ancien ministre a commenté le projet gouvernemental de verser 5 milliards de francs CFA aux familles des victimes des événements survenus entre 2021 et 2024. Il a insisté sur l'importance d'établir les responsabilités dans ces drames et d'éviter leur répétition.
Enfin, l'ancien ministre de la Communication s'est montré critique envers la récente publication d'une liste de médias conforme au Code de la presse, dénonçant une approche qu'il juge inadaptée et appelant à une plus grande implication des professionnels du secteur dans toute réforme médiatique.
CEDEAO-PAYS AES : LE RAPPORT DE MEDIATION DE DIOMAYE TRÈS ATTENDU
Le sommet de la CEDEAO, qui se tiendra ce dimanche à Abuja, s’annonce particulièrement difficile. Les tensions internes à l’organisation, exacerbées par les récents coups d’État au Sahel, risquent de fragiliser davantage l’unité régionale
Le sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), prévu ce dimanche 15 décembre à Abuja, se déroulera dans un climat tendu, marqué par l’absence des pays du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ainsi que par des défis liés à la sécurité et à la gouvernance. La médiation du président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, sur les transitions militaires au Sahel constituera un sujet central des discussions.
Le sommet de la CEDEAO, qui se tiendra ce dimanche à Abuja, s’annonce particulièrement difficile. Les tensions internes à l’organisation, exacerbées par les récents coups d’État au Sahel, risquent de fragiliser davantage l’unité régionale. Bien que les ministres des Affaires étrangères aient déjà jeté les bases de cette rencontre, plusieurs questions majeures demeurent.
Des absences remarquables
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres fondateurs de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont à nouveau décliné l’invitation à ce sommet. Leur retrait des instances de la Cedeao, décidé en juillet dernier, continue d’influencer les débats. Les dirigeants de ces pays, qui ont pris le pouvoir par la force, justifient leur absence par leur volonté de se soustraire à ce qu’ils considèrent comme une ingérence dans leurs affaires internes.
Au-delà des relations avec les pays du Sahel, la Cedeao doit faire face à d’autres défis cruciaux. La question de la sécurité reste une priorité, notamment face à l’intensification des attaques terroristes dans la région. La mise en œuvre effective de la force d’attente ouest-africaine sera donc un élément clé des négociations.
Par ailleurs, la question de la bonne gouvernance et du respect de l’État de droit demeure essentielle pour garantir la stabilité de la région. Le cas de la Guinée, en pleine transition militaire, soulève également des inquiétudes parmi les dirigeants de la CEDEAO.
Les enjeux d’une médiation
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, envoyé spécial pour le dialogue avec les autorités militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger, devrait présenter son rapport de médiation au cours du sommet. Les résultats de cette médiation sont particulièrement attendus, surtout avec la date butoir du retrait définitif de ces pays de la Cedeao qui approche.
Les divergences de position entre les membres de l’organisation risquent de compliquer les discussions. Certains pays, comme le Togo, ont exprimé une certaine compréhension envers les dirigeants militaires au pouvoir dans le Sahel, tandis que d’autres, comme la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Nigeria, ont adopté une position plus ferme.
LES REMPARTS MILLÉNAIRES DU ROYAUME DU BÉNIN EN PÉRIL
À Benin City, un ensemble architectural unique au monde, l'Iya, est grignoté jour après jour par l'expansion urbaine. Les archéologues se lancent dans une course contre la montre pour préserver ce témoignage exceptionnel de l'ingéniosité africaine
(SenePlus) - Une course contre la montre s'engage pour sauver l'un des plus impressionnants sites archéologiques d'Afrique. Les fortifications de l'ancien royaume du Bénin, aujourd'hui situées au Nigeria, constituent un chef-d'œuvre architectural menacé de disparition.
Cette structure monumentale, baptisée "Iya", s'étend sur plus de 16 000 kilomètres à travers le territoire. Constituée de remparts massifs et de fossés recouverts de végétation, elle représente le plus vaste ouvrage en terre jamais construit par l'homme. Son édification, achevée avant le XVIe siècle, témoigne d'une prouesse technique remarquable pour l'époque.
L'urgence de la situation pousse aujourd'hui archéologues nigérians et allemands à unir leurs efforts. Leurs observations sont alarmantes : plus de la moitié des structures cartographiées dans les années 1960-1970 ont déjà disparu. L'expansion urbaine de Benin City constitue la principale menace, les habitants utilisant les terres des remparts comme matériaux de construction et aplanissant les reliefs historiques pour bâtir de nouvelles habitations.
Au-delà de la préservation physique du site, les chercheurs espèrent percer les mystères de cette construction exceptionnelle. L'Iya aurait en effet rempli de multiples fonctions essentielles pour la cité : système défensif, régulation des eaux, protection de la faune et délimitation territoriale. Ces fortifications constituent un témoignage unique de l'ingéniosité du royaume du Bénin, avant sa chute face aux troupes britanniques en 1897.
La sauvegarde de ce patrimoine exceptionnel représente désormais un défi majeur pour les autorités nigérianes et la communauté scientifique internationale. Le temps presse pour préserver ce qui reste de ce monument historique, témoin d'une civilisation africaine à son apogée.