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6 avril 2025
Opinions
Par Elimane H. Kane
SOCIETE EN FAILLITE, NOUS DEVONS AGIR, MAINTENANT !
En suivant cette affaire relative au double meurtre d’Abdou Aziz Ba dit Aziz Dabala et son colocataire Boubacar Gano dit Waly depuis deux jours pour essayer de comprendre les raisons de cette violence barbare, je me suis rendu compte...
En suivant cette affaire relative au double meurtre d’Abdou Aziz Ba dit Aziz Dabala et son colocataire Boubacar Gano dit Waly depuis deux jours pour essayer de comprendre les raisons de cette violence barbare, je me suis rendu compte du niveau alarmant de sécurité au Sénégal, mais surtout de déchéance morale dans notre société. A travers les témoignages et autres « lives » de soient disant « influenceurs » dont des bannis de notre société qui délient leurs langues librement, et en toute inconscience des conséquences sur l’enquête en cour, je me suis rendu compte du niveau de délitement de notre société.
L’heure est très grave et je me rends compte que c’est déjà pourri et cette décente vers l’abîme est accélérée par l’absence de régulation dans les réseaux sociaux. N’importe qui diffuse ce qu’il veut dans l’ignorance totale des responsabilités pénales et du respect des droits des autres. La parole est libre et sans limites.
Je me suis rendu compte de mon erreur de ne jamais m’intéresser à ce qui se passe dans la toile en dehors de mes propres centre d’intérêt. Ce que je découvre me dépasse et m’alerte!
Il y a du travail urgent si nous voulons sauver nos enfants et petits-enfants.
Les autorités sont interpellées. Nous sommes tous interpellés. Car je me suis rendu compte que ce dont nous discutons dans nos cercles restreints familiaux et intellectuels est très décalé de ce qu’est le Sénégal réel qui vit au jour le jour pour s’affirmer dans une société sélective et inégalitaire happée par la ruée matérialiste. Par tous les moyens, il faut tekki et pour le peu, la vie d’un être humain peut y passer !
Le type du sénégalais moyen est à redéfinir. J’appelle à cette tâche mes collègues sociologues qui sont dans les universités et centres de recherche. Il y a urgence à expliquer le vrai Sénégalais en perspectives. Ce n’est pas du tout rassurant ! C’est alarmant !
En effet, maintenant je suis convaincu qu’il faut une régulation stricte et même drastique des réseaux sociaux et programmes tv…et surtout renforcer les moyens institutionnels d’action, notamment la brigade des mœurs aussi sur le terrain de la prévention et de la cybercriminalité et de la lutte anti drogues; investir les lieux d’inscription sociaux des jeunes et assainir les endroits de rencontres privées; protéger les familles vulnérables avec des programmes sociaux efficaces; développer l’éducation populaire de proximité !
Je répète : C’est alarmant ce que j’ai vu en cherchant depuis hier seulement à travers les réseaux sociaux.
Il nous faut agir et rapidement !
Par Moussa DRAME
LE LEVIER DU LEVIATHAN ATTENDU POUR EVITER LA JUSTICE POPULAIRE
Montée de la violence extrême au Sénégal - La bonne réputation du Sénégal de pays de l’hospitalité («Teranga») souffre de la montée vertigineuse de la violence inouïe et disproportionnée au sein de la société.
La bonne réputation du Sénégal de pays de l’hospitalité («Teranga») souffre de la montée vertigineuse de la violence inouïe et disproportionnée au sein de la société. Ce qui installe un climat de peur et de terreur ambiante dans presque toutes les Collectivités territoriales du Sénégal. Les dernières scènes de carnage et de justice populaire corroborent la profondeur de ce mal viscéral en l’homme «senegalensis». La pauvreté maladive, le manque d’éducation et l’emprise des drogues sont les forces réactives de cette boucherie humaine. Entre mesures structurelles et retour de la peine capitale, la puissance publique est ardemment attendue sur le sujet pour abréger la hantise des citoyens qui n’arrivent plus à dormir poings fermés.
Ôter la vie à son semblable par voie de décapitation renvoie à une scène d’horreur difficilement admise par l’imaginaire à plus forte raison de poser le regard sur une telle cruauté d’un autre âge. Le constat est choquant et heurte la conscience collective. Et pourtant, cette montée de la violence extrême est devenue banale dans nos sociétés, comme en attestent les descriptifs sur les réseaux sociaux des plus jeunes aux plus âgés. Les derniers épisodes survenus à Thiès et à Pikine Technopole suffisent comme baromètre pour mesurer le degré de méchanceté et de lâcheté d’une société en déliquescence. La contagion ne date pas d’aujourd’hui et traverse toutes les collectivités du pays, sans perspective immédiate d’un éventuel affaiblissement de la tendance. En d’autres termes, le curseur de la paix sociale reste planqué sur la tête de chacun, sous la hantise d’être la prochaine cible. Convenons-en sans naïveté coupable ; l’affaire est grave et écorne l’image du Sénégal dans le concert des nations, avec son étendard de pays de la «Teranga».
Intéressons-nous aux mobiles socio-anthropiques de cette montée de la violence caractérisée. Des sociologues présentent un tableau de pauvreté grandissante, accentuée par les inégalités et injustices sociales ; mais la voie de l’abîme est surtout creusée par l’usage des stupéfiants. Très vite l’emprise de la drogue chance les règles d’une conduite normative et élève le délinquant au rang de superman guidé par le démon du mal à accomplir son forfait sans cœur ni heurt et parfois sous le regard coupables de passant plus enclins à prendre des photos et vidéos plutôt qu’à s’interposer.
Ce chanteur n’a-t-il pas vraiment raison de poser la question de savoir «est-ce que ce monde est sérieux ?» Dans tous les cas, l’Etat doit prendre les choses au sérieux, en faisant tout simplement prévaloir ses obligations de garant de la sécurité publique. La proactivité en amont et les sanctions idoines en aval y compris l’ensemble des mécanismes et instruments de répression apparaissent comme un impératif catégorique au Léviathan.
Ceux qui pensent soigner le mal par le mal prônent déjà le retour à la peine capitale au cas par cas d’un crime capital, étant entendu que celle-ci a été abolie au Sénégal par la loi constitutionnelle du 23 février 2007.
Dans tous les cas, il faut dans l’absolu trouver une solution structurelle donc durable car la paix se définit comme une absence de peur et de besoin dans un pays où tout ou presque se conjugue à l’impératif. A défaut et la nature ayant horreur du vide, c’est une justice populaire qui va s’installer, à l’image du supposé voleur/agresseur lynché à Thiès. Les tenants de l’état de nature, selon la perspective de Thomas Hobbes, qui s’abreuvent à l’offrande de l’anarchie, n’attendent que çà pour déclencher la bataille de chacun contre chacun. Et chacun doit y réfléchir avant que ce ne soit tard car, plus tard, ce sera trop tard et une tare pour la nation.
Par Mademba AAS NDIAYE
PATHÉ DIAGNE, BOOBA AK LÉEGI…
Je n’ai pas la finesse intellectuelle de Alioune Sall «Paloma» que la disparition de son oncle, le 23 aout 2023, a profondément touché.
Je n’ai pas la finesse intellectuelle de Alioune Sall «Paloma» que la disparition de son oncle, le 23 aout 2023, a profondément touché. Il avait su pourtant trouver les mots pour exprimer ce que représente Pathé Diagne pour un intellectuel comme lui et comme tous les universitaires présents, ce jour du 24 aout 2023, pour un dernier hommage à cet immense intellectuel qui, jamais, n’a voulu être sous les feux de la rampe.
Je n’ai pas non plus la capacité de puiser dans l’amour que voue une fille à son père pour, comme Mbisin, chanter son père, au nom de Ngiseli, Bunaama et Penda-Fari : « Diagne Babacar Marianne, Yerim Dieye, Coumba Gaye, Buri Wade, Sokhna Diop, Maram Xoor, Buur bu yaxul Mbiloor, sa jaan wacc na. »
Je n’ai pas la plume de Abdourahmane Cissé, ami de Pathé qui, en 1972, dénonça dans sa Lettre Fermée, “une attitude néocoloniale la plus pernicieuse” qui consiste en la liquidation programmée du linguiste Pathé Diagne, lequel devra grossir bientôt les rangs des interdits d’université́ dont les plus célèbres sont Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Ly et Amady Aly Dieng, tous enseignants africains », comme le rappelait feu Moussa Paye, un autre admirateur de Mame Pathé. Senghor lui en voudra au point d’interdire son journal !
La seule légitimité – imprescriptible cependant - dont je peux me parer, pour renouveler mes prières en ce jour anniversaire du rappel à Allah de Pathé Diagne, provient du fagot - bien moins dense que celui de son neveu Souleymane Bachir - de ma mémoire : Pathé Diagne adorait ses sœurs, dont l’une fut ma mère. Yalla na Yalla yërëm sama nijaay Paate, te xare ka Ajjana. Ayant piqué dedans pour me faire un titre, je me permets de terminer avec ce texte – véritable tagge – écrit le jour anniversaire du décès du Pr Pathé Diagne par Dr. Samba Buri Mbuup :
Bàyyi ginnaaw mbetteel ak wéetaay wu tar ak metiit ak naqar
Ñu di la fàttliku di la sargal di la ñaanal bés ni ki tey, bés ci bés yi bésub Màggal, weeru Safar
Yàlla na suuf wéy di wayaf di sedd ci yaw
Sunu Boroom sàng la malaanum yërmande, saxal la Àjjana
Sa cëslaay di sa jëf ju taaru, dëggu ak sa xol bu rafet
Bàyyi nga nu ak wéetay ak nammeel ak tiis
Waaye gàcce ngaalaama yaw, sunu Sëb gu Law
Guy gi nu daan keral, daan nu dundël laalo ak cifaayu xamxam aki ferñeent aki garab yu nu daan fajoo ka dëgërlóo
Jërëjëf Jaañ sunu sëriñ, sunu doomu-ndey, sunu xarit
Par Vieux SAVANÉ
« YES, SHE CAN ! »
Après le désistement de Joe Biden négocié avec tact et fermeté par les ténors du parti démocrate américain, voilà désormais la vice-présidente Kamala Harris officiellement investie, jeudi dernier, candidate à l’élection présidentielle du 5 novembre 2024
Déroutante tout de même la vie que de voir ainsi l’histoire s’emballer, basculer et changer de trajectoire, avec une dose d’imprévu et de soudaineté dont elle a le secret. Après le désistement de Joe Biden négocié avec tact et fermeté par les ténors du parti démocrate américain, voilà désormais la vice-présidente Kamala Harris officiellement investie, jeudi dernier, candidate à l’élection présidentielle du 5 novembre 2024.
Face à elle l’ex-président Donald Trump, orphelin de son adversaire préféré Joe Biden, qu’il raillait à tout bout champ pour son âge avancé, sa mémoire défaillante et dont le désistement, par un juste retour des choses, met à nu le vieil homme (78 ans) qu’il s’évertuait à masquer sous ses airs de bretteur. C’est désormais d’autant plus criant qu’en face de lui se dresse droitement une femme de 59 ans portée par l’ambition subversive de changer la vie et d’aller à l’assaut de toutes les formes de conservatisme avec un rire conquérant, ravageur, franc et massif. Avec Trump qui ne « savait pas que Kamala était noire », il faudra toutefois s’attendre à tous les coups fourrés. Sauf que l’ancienne procureure générale de Californie est bien parée pour riposter avec la maîtrise et le sang-froid qui siéent à une femme qui s’est construite à la sueur de son front. Sous des tonnerres d’applaudissement Michelle Obama avait d’ailleurs posé avec humour la question de savoir « qui va lui dire (à Trump) que l’emploi qu’il recherche actuellement pourrait bien être l’un des emplois réservés aux Noirs ? », laissant entendre qu’il l’apprendra certainement à ses dépens.
En attendant, il apparaît complètement désarçonné par la tournure des évènements avec le désistement d’un Joe Biden fragilisé qui a pu accuser le coup et faire montre d’un sens élevé du devoir en s’adressant à ses concitoyens en des termes empreints de simplicité et de sincérité. « J’aime le job ( de président), mais j’aime davantage mon pays », leur a-t-il confié. Une manière de signifier que ceci l’oblige, contrairement à un Donald Trump enfermé dans un narcissisme mortifère, incapable de reconnaître une victoire autre que la sienne. Aussi, ne sachant plus sur quel pied danser, Kamala Harris, lui ayant volé la vedette au niveau des médias, ce qui l’insupporte au plus haut point, ayant perdu la boussole, l’injure à la bouche, il verse dans une misogynie abjecte avec une violence qui en dit long sur son désarroi, son absence de tenue et de retenue.
Après s’être moqué de « Kamala la rigolarde « laffin’Kamala »), il la dépeint comme une dangereuse communiste en l’affublant du sobriquet de « Camarade Kamala » quand il ne la traite pas en privé de garce (« bitch »). A son grand désespoir, rien de ses outrances n’accroche, glissant sur sa rivale comme la pluie sur des ailes de canard.
« LA MOITIE DU CIEL »
Qu’on le veuille ou non ce qu’il se passe en ce moment en Amérique est absolument inspirant. Une femme est possiblement en passe de devenir la première femme à présider la première puissance du monde.
Après Barack Obama, natif d’Hawaï, d’une mère blanche du Kansas et d’un père Kenyan qui avait émigré pour ses études, voilà qu’avec Kamala Harris dont les parents ont été deux étudiants étrangers qui se sont rencontrés à l’université de Berkeley en provenance d’Inde et de Jamaïque, ils rendent compte de la complexité du monde et de leurs parcours respectifs qui font d’eux l’incarnation du rêve américain. Qu’elle devienne la prochaine présidente serait un puissant message adressé aux hommes et aux femmes, à savoir une fois pour toute que, hormis leurs différences biologiques, ils sont des êtres humains qui se valent, ayant les mêmes droits et devoirs. Doug Emhoff, le mari de Kamala Harris, l’a d’ailleurs bien compris en l’accompagnant avec ferveur dans son ambition politique. Ainsi n’a-t-il pas hésité après 30 ans de carrière, à démissionner de son cabinet d’avocats pour éviter d’éventuels conflits d’intérêts.
Fier de soutenir la carrière de son épouse (qu’importe laquelle du reste), il l’a suivie à Washington. Aussi, ce qu’il est en train de se jouer devrait-il nous interpeller au Sénégal où souffle avec une tranquillité désarçonnante un vent de régression, relativement à la place des femmes dans les sphères de décision politique. Alors qu’elles brillent à l’école et partout ailleurs dans les sciences et techniques, le management, la gouvernance, le Sénégal opère étrangement une rupture régressive, à rebours de ce mouvement d’émancipation, avec notamment la nomination d’un gouvernement composé de 21 hommes et 4 femmes seulement. Oubliant que rien de grand et de pérenne ne saurait se construire sans la participation massive de cette « moitié du ciel » qui vote depuis 1945*, il persiste dans sa voie et continue de reléguer les femmes en arrière-plan dans les nominations en cours.
Au même moment au Rwanda le nouveau gouvernement du Président Paul Kagame compte onze ministres femmes sur vingt. Et à Madagascar 12 femmes font partie du nouveau gouvernement, soit près de la moitié de la nouvelle équipe gouvernementale du Président Andry Rajoelina.
PROCHAINE ETAPE
Il va donc falloir, comme l’a rappelé Hillary Clinton à propos de l’histoire des femmes dans la politique américaine, continuer de se battre pour approfondir le chemin emprunté avec le droit de vote acquis en 1920, lequel s’est poursuivi par la candidature de Géraldine Ferraro, première femme candidate à la vice-présidence des EtatsUnis en 1984 sur le ticket du démocrate Walter Mondale opposé à Ronald Reagan, celle de Mme Clinton contre Trump et celle de Kamala aujourd’hui, pour emporter la victoire et parachever ce combat pour la gent féminine.
Conscient qu’il s’ouvre une véritable fenêtre d’opportunité, Barack Obama a transformé pour l’occasion « YES, WE CAN ! », son slogan qui avait fait florès, en « YES, SHE CAN ! ». Aujourd’hui en effet tout le parti démocrate est derrière elle jusqu’à quelques dissidents républicains qui, au regard des enjeux, lancent un appel en direction de leur camp. A l’instar de Geoff Ducan, ancien lieutenant-gouverneur de Géorgie, Etat-pivot dans lequel Donald Trump avait tenté d’inverser les résultats de la présidentielle de 2020, qui leur fait savoir qu’à ses yeux, « voter pour Kamala Harris en 2024 ne fait pas de vous un démocrate mais un patriote ». Il s’y ajoute le choix bien inspiré de Tim Walz comme colistier. Issu de milieu populaire et modeste, ancien enseignant, ancien coach de football américain, le gouverneur de Minnesota apporte une nouvelle corde à son arc.
Même si rien n’est gagné, tout étant possible, les crocs en jambes, la survenue d’évènements qui viennent perturber le cours des choses, il se dessine que l’enthousiasme a changé de camp, porté par l’énergie qui enfante l’espoir et ouvre les possibles. Et voilà que Kamala Harris a su saisir son moment, se révélant telle qu’en elle-même : brillante, flamboyante, pugnace. Aussi a-t-elle bouleversé la tonalité de la campagne démocrate qui donnait l’impression d’être partie pour s’embourber durablement sur le terrain glissant des errements de la vieillesse en y injectant de la fraîcheur, de l’enthousiasme, de l’intelligence et de la joie. Ne s’interdisant rien, son ambition en bandoulière, brisant un à un an les plafonds de verre, suivant en cela les conseils de sa mère qui lui disait : « Ne te plains pas d’une injustice, mais fais quelque chose pour y remédier ». Femme elle est. Femme noire. Femme indienne. Femme américaine tout simplement. Première femme Procureure générale de Californie. Première femme vice-présidente. Première femme présidente des Etats-Unis ?
Avec Kamala Harris, il se passe décidément quelque chose qui donne le sentiment de « voir une nation prête à franchir la prochaine étape de l’incroyable aventure qu’est l’Amérique ». Même si la campagne électorale sera brève, livrant son verdict dans moins de 3 mois, elle emporte avec elle un sentiment puissant, comme un slogan qui se décline en énergie triomphante. « YES, SHE CAN ! » car comme souligné par Hillary Clinton, il est certainement venu « le temps de parachever le combat de plusieurs générations. » Et « l’avenir », prévient Kamala Harris, « vaut toujours qu’on se batte ».
*Alors que le droit de vote a été accordé en 1944 aux seules Françaises de souche, les colons prétextant de leur illettrisme pour écarter les femmes sénégalaises, notamment celles issues des Quatre communes. Ces dernières qui étaient citoyennes françaises ont organisé sous la houlette de Ndèye Yalla Fall, Soukeyna Konaré et autres Anta Gaye, Magatte Camara, Touty Samb, des manifestations à Dakar et SaintLouis pour l’extension du droit de vote aux femmes. Des hommes politiques comme Lamine Guèye vont mettre la pression sur le ministre français des Colonies, lequel craignant une tournure violente des manifestations, accepte d’étendre le droit de vote aux femmes sénégalaises. Le 6 juin 1945 un nouveau décret octroyant le droit de vote aux femmes des Quatre Communes est promulgué.
Mme Fatou Sarr Sow note par ailleurs qu’après s’être mobilisées en 1945 pour arracher le droit de vote, les femmes sénégalaises « se sont impliquées dans la lutte pour les indépendances. Certaines femmes membres du premier Parti communiste, le Parti africain pour l’indépendance (PAI), se sont particulièrement illustrées. Leur rôle dans la grève des cheminots de 1947 a été magnifié par l’écrivain et cinéaste Sembène dans un roman intitulé Les Bouts de bois de Dieu, paru en 1960 » (in Loi sur la parité au Sénégal : une expérience « réussie » de luttes féminines.)
par Pascal Bianchini
MOMAR COUMBA DIOP, LE MILITANT DU SAVOIR
EXCLUSIF SENEPLUS - Le consensus ne peut que se faire autour de l’étendue et de la rigueur des études qu'il a coordonnées. Il demeurera comme un auteur éclectique et prolifique pour les sciences sociales au Sénégal
Le 7 juillet dernier, s’est éteint Momar Coumba Diop dans un hôpital parisien, des « suites d’une longue maladie ». Momar Coumba était né le 6 décembre 1950 à Ouarkhokh, dans le département de Linguère. Après avoir suivi des études primaires effectuées dans sa région d’origine, il a effectué ensuite sa scolarité secondaire au lycée Blaise Diagne. En 1971, ll s’est inscrit comme étudiant au département de philosophie à l’université de Dakar. Ayant obtenu sa maîtrise, il est parti en France, en 1976, à Lyon II pour s’inscrire en doctorat de troisième cycle. En 1980, il a soutenu sa thèse intitulée : La confrérie mouride : organisation politique et mode d’implantation urbaine. De retour au Sénégal, après un bref passage au Conseil économique et social, il est recruté en 1981 à l’Université de Dakar, comme enseignant de sociologie au sein du département de philosophie (Remarque : le département de sociologie fermé après 1968 n’a été ré-ouvert qu’à la fin des années 1980). Cependant, à la suite d’une opération chirurgicale très importante, il n’a pu continuer à faire cours et a été affecté à l’IFAN sur un poste de chercheur. En 2015, il est parti à la retraite, dans la plus grande discrétion.
En dépit d’une trajectoire de carrière qu’il faut bien qualifier d’ordinaire, Momar Coumba Diop demeurera comme un auteur éclectique et prolifique pour les sciences sociales au Sénégal. Il a su mettre le doigt sur des questions importantes, en apportant des matériaux empiriques solides tout en ayant lu et assimilé la littérature existante sur les sujets qu’il abordait.
Ainsi, avec sa thèse, il a été le premier à mettre en évidence la dynamique urbaine du mouridisme alors que, jusque dans les années 1970, les études sur la confrérie, se concentraient sur son implantation, dans la région centrale, la ville sainte de Touba et les milieux ruraux alentour, en lien avec la filière arachidière (voir en particulier les travaux de Donal Cruise O’Brien ou Jean Copans). Il a éclairé les ressorts de ce dynamisme urbain, en s’intéressant au rôle des dahiras, qui organisaient des récitations de coran ou des conférences religieuses, susceptibles de créer de nouveaux liens de sociabilité religieuse, notamment en direction de la jeunesse. Dans les années qui ont suivi, il a effectué des enquêtes sur les ouvriers de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) dans le cadre de recherches également novatrices sur les classes ouvrières en Afrique initiées par Jean Copans.
Puis avec la parution de l’ouvrage le Sénégal sous Abdou Diouf co-écrit avec Mamadou Diouf (paru chez Karthala en 1990), il s’est livré à une analyse socio-politique de la succession de Senghor, avec les tentatives de réformes de l’Etat découlant notamment de la nécessité de trouver des réponses à la contestation sociale sous-tendue par les forces contre-hégémoniques issues de la gauche clandestine mais également quelques années plus tard sous la contrainte des exigences de l’ajustement structurel imposé par les bailleurs de fonds comme le FMI et la Banque mondiale. Cet ouvrage fondé sur un savoir empirique détaillé intégrait et dépassait un certain nombre d’hypothèses théoriques (clientélisme, révolution passive, construction hégémonique, etc.) forgées par des auteurs non sénégalais, en montrant bien les interactions entre le jeu des gouvernants (ici l’Etat-PS) et le développement des mouvements sociaux. La publication du Sénégal sous Abdou Diouf a constitué un moment-clé dans l’histoire des sciences sociales au Sénégal : alors que jusqu’alors, c’étaient des auteurs occidentaux qui dominaient le champ académique, désormais il n’en a plus été ainsi : les auteurs occidentaux ont eu aussi, à leur tour, à se mettre à l’école de leurs confrères sénégalais.
Enfin, au cours de la décennie 1990 puis la suivante, Momar va s’investir dans ce qui sera certainement le plus important – et le plus exténuant ! - pour lui, dans sa contribution aux sciences sociales au Sénégal. Durant toutes ces années, il s’est attelé à la coordination de plus d’une dizaine d’ouvrages collectifs. Il serait trop long ici de les citer de manière exhaustive mais on peut rappeler le premier volume (Sénégal trajectoires d’un Etat, 1992) ainsi que les deux derniers volumes (Le Sénégal sous Abdoulaye Wade et Le Sénégal 2000-2012 ; Les institutions et politiques publiques à l'épreuve d'une gouvernance libérale, 2013) de cette longue série. À la fin de sa vie, il travaillait encore à une nouvelle version d'un ouvrage publié en 1994, Le Sénégal et ses voisins. Il avait également en projet, un autre ouvrage important sur l'histoire de l'Université de Dakar. Il est encore tôt pour savoir si ces projets pourront faire l’objet de publications même partielles mais on peut au moins se féliciter qu’un ouvrage qui lui rend hommage ait pu être publié l’an dernier, toujours chez Karthala (Comprendre le Sénégal et l’Afrique aujourd’hui).
Même si l’objectivité et l’exhaustivité constituent pour les chercheurs en sciences sociales, des horizons que, par définition, on ne peut jamais atteindre, le consensus ne peut que se faire autour de l’étendue et de la rigueur des études que Momar Coumba Diop a coordonnées. Pour ne citer que les principales thématiques traitées dans ces ouvrages, on mentionnera : le système politique sénégalais, les relations internationales, les politiques économiques, les politiques culturelles, les mouvements sociaux, les syndicats, les associations, le secteur de l’information, l’éducation, les transports, etc. Momar Coumba Diop n’a pas traité nécessairement lui-même de ses sujets mais à force de lire les travaux des autres, il était en mesure d’avoir un niveau appréciable de connaissances sur un grand nombre de thématiques. Certains, dans les hommages récemment parus, l’ont qualifié de Diderot sénégalais, ce qui reflète effectivement la nature encyclopédique de sa démarche mais il était aussi une sorte de chef d’orchestre, capable de conduire une symphonie où jouaient leurs partitions, des sociologues, des historiens, des philosophes, des économistes, des juristes, des politistes, et ici encore la liste n’est pas close.
Momar a voué son existence aux sciences sociales dans le cadre du Sénégal, voire au-delà à l’échelle du continent africain, à travers son implication dans la mise en œuvre de programmes de recherche comme Sénégal 2000, la création et le développement d’institutions comme le Centre de recherche sur les politiques sociales (CREPOS) ou encore à travers sa participation au CODESRIA. Il n'était pas un activiste idéologique. Il se méfiait généralement des politiciens et n’était guère enclin à ajouter son nom au bas d’une pétition. Son engagement était différent. On pourrait le qualifier de « militant du savoir » : sa préoccupation majeure était d'ouvrir la voie à un système indépendant de production de connaissances au Sénégal et, au-delà, en Afrique sans pour autant se fermer aux chercheurs venus d’autres continents.
Cependant, Momar pouvait avoir aussi des convictions politiques et dans des circonstances particulières, assumer des responsabilités du même ordre, comme ce fut le cas en 2008, lorsqu'il a joué un rôle-clé lors des Assises nationales qui avaient pour objectif de refondre les institutions politiques pour renforcer la démocratisation et la reddition des comptes, en réaction à la dérive autoritaire du régime du président Wade. Il comptait également des amis proches parmi l'intelligentsia marxiste, comme Amady Aly Dieng (1932-2015) ou Abdoulaye Bathily.
Pour ma part, j'ai rencontré Momar en 1994 après avoir lu un chapitre qu'il avait écrit sur le mouvement étudiant publié dans Sénégal : Trajectoires d'un Etat (1992). Il m'a fourni des documents pour mes propres recherches sur ce sujet. Un peu plus tard, il m'a demandé d'écrire un chapitre sur le mouvement étudiant pour l'un de ses volumes édités, Le Sénégal entre le local et le global (2002). Cette anecdote personnelle illustre bien cette logique du don et du contre-don, sans calcul d’intérêt si ce n’est celui du progrès des connaissances, qui permettait à Momar d’établir des relations saines et durables, avec un grand nombre de chercheurs qui devenaient parfois ses amis.
Comme tous ceux qui l’ont fréquenté, j’ai toujours constaté que, durant toute ces années, malgré sa notoriété, il est resté modeste. Fuyant les mondanités, il était néanmoins toujours élégamment vêtu avec un gilet ou une chemise en pagne tissé. Ces dernières années, nous étions voisins dans le quartier des Mamelles, où nous avions souvent l'occasion de nous retrouver. Cependant, même si je savais qu'il avait des problèmes de santé, la nouvelle de sa mort a été un choc pour moi car il n’abordait que très rarement cette question dans nos conversations. Je me souviendrai toujours de Momar Coumba Diop comme d'un homme courtois mais jamais superficiel, toujours ponctuel lorsqu'il vous donnait un rendez-vous et qui vous accueillait avec un grand sourire à la fois bienveillant et espiègle.
Pascal Bianchini est sociologue indépendant.
par Thierno Alassane Sall
LE LUXE CHOQUANT DE MACKY SALL
Le Sénégal, classé parmi les pays les plus pauvres, peut-il rester indifférent face au faste insolent et ostentatoire de son ancien président, installé royalement à Marrakech et à qui l’on prête la propriété d’un Falcon 7X ?
L’ancien président Macky Sall, désormais VRP de la France, aurait effectué un déplacement de 3 jours à Abidjan à bord d’un jet privé.
Il m’est arrivé à plusieurs reprises de croiser d’anciens chefs d’État africains voyageant sur des lignes commerciales, comme Thabo Mbeki ou Pierre Buyoya.
À une époque où les anciens chefs d’État de grandes puissances mondiales comme la France, le Royaume-Uni ou l’Allemagne privilégient les vols commerciaux, cette extravagance soulève des questions. Le Sénégal, classé parmi les pays les plus pauvres, peut-il rester indifférent face au faste insolent et ostentatoire de son ancien président, installé royalement à Marrakech et à qui l’on prête la propriété d’un Falcon 7X ?
Ce déménagement au Maroc, réalisé sans inventaire et qui n’aurait pas concerné uniquement les albums photos de ses deux mandats, serait-il conforme aux termes du Protocole du Cap Manuel ?
VIDEO
GOUVERNER PLUS ET MIEUX SOUS LE CONTROLE DU CITOYEN
Engagement politique, citoyen et moral, avec le Pacte, le citoyen doit être plus actif et ne pas subir les turpitudes et les desideratas des politiques. Il doit prendre conscience de ce qu’il est lui-même un pouvoir qui doit pouvoir arrêter le pouvoir
Membre de la société civile sénégalaise et partie prenante du mouvement altermondialiste, Mamadou Mignane Diouf est le coordonnateur du Forum social sénégalais. Son association travaille sur les questions de gouvernance, de citoyenneté, des droits humains ... Mignane Diouf a participé aux différentes étapes de l'élaboration du Pacte national de bonne gouvernance démocratique.
Dans cette entrevue, M. Diouf nous parle de cet outil de gouvernance que les nouvelles autorités avaient pris l'engagement de mettre en application. Le Pacte devrait s'il est mis en oeuvre améliorer la gouvernance, approfondir la démocartie et renforcer la citoyenneté au Sénégal même si à l'échelle de la planète la gouvernance pose question et invite à l'introspection. Le Sénégal bel et bien se démarquer gâce au Pacte.
Le monde moderne malgré ses avancées technologiques sur tous les plans, demeure un monde mal gouvernée, injuste, violent à tout point de vue. Les inégalités sociales persistent, les conflits et les guerres éclatent par endroits sur la planète, la faim, et même la soif sévissent dans certains endroits du globe. Certains de ces maux dont souffrent la planète auraient dû être évités si la justice sociale, la bonne gouvernance et le respect du citoyen étaient érigés en règle. Mais tel n’est pas le cas. Il est temps de poser les actes afin de solutionner ces problèmes.
Au Sénégal, des citoyens ont pris l’initiative de trouver une solution au mode de gouvernance inefficace, solitaire et exclusif qui depuis les indépendances, écarte le citoyen. C’est tout comme si on pouvait faire démocratie sans citoyens alors même que c’est ce même citoyen qui élit périodiquement les dirigeants. Mais force est de constater que les dirigeants ne se font pas le devoir de lui rendre compte de leur gestion.
Prenant conscience de cette situation et sur la base des conclusions des Assises nationales et du Rapport de la Commission nationale de la réforme des institutions (CNRI), il a été élaboré le pacte national de bonne gouvernance démocratique appelé le Pacte national de bonne gouvernance démocratique.
La finalité ? Renforcer la démocratie, l’Etat de droit, proportionner les super pouvoir du président de la République en faveur du citoyen et d’autres institution comme l’Assemblée nationale.
Cet outil de gouvernance est un engagement politique, moral, citoyen visant à changer le mode gouvernance solitaire et exclusif des gouvernants. Le pacte promeut une gouvernance fondée sur la participation et la reddition des comptes, la distribution équitable des ressources, la méritocratie.
Nioxor Tine
LES FOSSOYEURS
Malgré quelques signaux encourageants, les citoyens ont l’impression que les vainqueurs de la présidentielle de mars 2024 feraient plus et mieux. Certaines décisions censées acter la mort du parti-Etat traduisent une certaine naïveté politique
Après la cuisante défaite de la coalition Benno Bokk Yakaar et l’éclatante victoire de la coalition Diomaye Président, le peuple sénégalais reste sur sa faim. Certes, il comprend que le Pastef et ses alliés ne puissent pas faire de miracles, surtout au vu de la désastreuse situation économique dont ils ont hérité. Mais malgré quelques signaux encourageants qu’ils ont eu à lancer, les citoyens sénégalais ont l’impression que les vainqueurs de l’élection présidentielle du 24 mars 2024 feraient plus et mieux, en faisant confiance aux couches populaires et en les responsabilisant davantage.
Bonne foi et candeur des nouvelles autorités
Les actes les plus significatifs, à mon sens, sont la lutte contre la prédation foncière, surtout celle du domaine privé maritime, la publication des rapports des organes de contrôle (Cour des comptes, OFNAC…) et le lancement d’audits dans certaines sociétés ou établissements publics. On peut également citer un effort de réduction du train de vie de l’Etat, par la rationalisation de la taille du gouvernement, la publication de la liste des navires pêchant dans les eaux sous juridiction sénégalaise, des mesures symboliques de baisse des prix des denrées de première nécessité…
Il y a aussi des mesures fortes tendant à inverser la dynamique outrancièrement pro-occidentale (et pro-impérialiste) des précédents régimes ayant présidé aux destinées de notre Nation, même si certains panafricanistes radicaux les trouvent encore insuffisantes.
Néanmoins, certaines autres décisions censées acter la mort du parti-Etat comme la démission du président Diomaye de son poste de secrétaire général du Pastef, l’interdiction de cumul de mandats, le fait de confier des ministères de souveraineté à des personnalités non membres de la mouvance Pastef, uniquement choisies en tenant compte de leurs profils et expériences traduisent une certaine naïveté politique. C’est cette même candeur, qui explique ces fameuses « Assises de la Justice », tenues sous la férule d’une magistrature, dont le moins qu’on puisse dire, est qu’elle n’a pas opposé une résistance farouche –sauf l’invalidation du putsch électoral du 3 février 2024 - aux dérives liberticides et autres procès truqués de nos gouvernants, ces dernières années.
Cette innocence nous change, bien sûr, du cynisme froid et calculateur auxquels nous avaient habitué les hommes politiques (socialistes et libéraux) de notre pays, qui explique la déliquescence de nos mœurs politiques, observée ces dernières décennies, accentuée après la dictature senghorienne, qui ne misait, elle, que sur la force brutale.
Dans le même ordre d’idées, les cris d’orfraie de certains néo-opposants en mal de repères, prétendument soucieux du respect scrupuleux de dispositions légales obsolètes et ayant prouvé leur inefficacité pour sauvegarder l’Etat de droit, depuis plusieurs décennies, ne font qu’ajouter à la confusion ambiante.
Il appartient aux nouvelles autorités, qui ont clamé haut et fort leur volonté de détruire le système néocolonial en vigueur et que les précédentes alternances ont préservé, de trancher dans le vif, c’est-à-dire de mettre en œuvre les gros moyens pour un changement véritable et irréversible.
Alternance ou alternative ? Réforme ou révolution ?
C’est connu ! Au cours de toutes les révolutions, il y a toujours eu des fossoyeurs ou des restaurateurs, nostalgiques de l’ordre ancien.
Dans le passé, au cours des révolutions, française de 1789 ou russe de 1917 et de plusieurs autres, on est allé jusqu’à les appeler « ennemis du peuple » et à les brimer, avec des excès regrettables. Pensons aux exécutions de figures révolutionnaires comme Danton en France et Béria en URSS, à tel point que c’est devenu classique de dire qu’une révolution dévore presque toujours ses enfants !
Par ailleurs, une des raisons à l’effondrement du camp socialiste, après la chute du mur de Berlin, a été l’hypertrophie incompréhensible, pour des Républiques censées être l’émanation de la volonté populaire, des services de police, en charge de la sécurité intérieure, ayant perdu tout sens du discernement et comme atteints de paranoïa d’Etat.
Une des leçons à en tirer est précisément ce devoir impérieux pour tout régime se réclamant des principes de transformation sociale au profit des couches populaires, de se donner les moyens politiques de sa noble ambition et de mettre en œuvre des mécanismes de démocratie participative, de mobilisation populaire et de co-construction citoyenne.
Cela impose de ne pas privilégier les procédés coercitifs injustifiés dans la gestion des affaires de la cité, même s’il est vrai que tout Etat est au service de classes ou couches sociales déterminées, qu’elles en soient conscientes ou non. En l’occurrence, la tâche de l’heure est d’évincer cette caste bureaucratique des arcanes de l’appareil d’Etat.
Une bourgeoisie bureaucratique à neutraliser
Depuis l’accession de notre pays à l’indépendance formelle, c’est la bourgeoisie bureaucratique, qui est aux affaires. Seydou Cissokho, dirigeant historique du PIT et membre fondateur du PAI-Sénégal disait d’elle, que tant qu’elle « sera au pouvoir, le développement de notre pays ne serait pas garanti ».
Force est de constater que cette bourgeoisie parasitaire, fondé de pouvoir de l’ancienne puissance coloniale, a surtout aidé la bourgeoisie française à perpétuer sa domination économique sur notre pays, en s’adaptant aux réalités du terrain et aux aléas de la géopolitique mondiale.
C’est ainsi qu’après le monopartisme en vigueur durant les toutes premières années de notre indépendance formelle, il a fallu s’exercer au multipartisme de façade et aux cirques électoraux, qui débouchaient le plus souvent, sur des alternances factices, ne mettant jamais en cause le funeste ordre néocolonial. Hormis la tentative avortée du président Mamadou DIA d’échapper aux serres de la pieuvre impérialiste, notre pays a vécu, jusqu’au 24 mars dernier, dans ce carcan néocolonial et les fruits de nos deux premières alternances n’ont pas tenu la promesse des fleurs exposées par les politiciens libéraux puis néolibéraux.
La principale raison pour cet état de fait est que la bourgeoisie bureaucratique a su s’adapter et se redéployer au niveau des nouveaux appareils politiques issus des alternances de 2000 et 2012, pour perpétuer la même vieille politique de clientélisme et de prédation.
Une fois, l’euphorie de la victoire électorale passée, il importe de réaliser que les nouvelles forces politiques ayant accédé au pouvoir présentent des caractéristiques sociologiques très similaires à celles qu’elles viennent de remplacer, même si elles ne partagent pas les mêmes convictions politiques.
Il est donc indispensable, qu’au-delà des quelques mesures symboliques et effets d’annonce laissant augurer de nouvelles pratiques politiques vertueuses, on pose de véritables actes de rupture, dont le premier serait de refonder, de fond en comble, par une nouvelle Constitution, cet Etat néocolonial failli.
Dans cet exercice, l’héritage réactualisé des Assises nationales sera d’un apport précieux.
POURQUOI CENT JOURNÉES SANS PRESSE RISQUENT DE NE POINT PESER
EXCLUSIF SENEPLUS - Chers patrons de la presse, "gagner le cœur du public" reste plutôt la solution, la seule voie. C'est en ce moment-là d'ailleurs et seulement en ce moment que votre absence ou disparition lui ferait de la peine
Je crois qu'il est bon de préciser avant tout que je ne suis d'aucun parti. Cette réflexion reste juste l'opinion d'un professionnel qui évolue dans les secteurs du cinéma et de l'audiovisuel depuis plus d'une vingtaine d'années maintenant.
En évaluant la "journée sans presse" du mardi 13 août 2024, le patronat de la presse au Sénégal s'est beaucoup glorifié du fait que le mot d'ordre a été largement suivi. Soit ! Mais, il serait tout aussi intéressant, pertinent, de ne pas occulter l'impact de cette initiative chez les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs ou internautes ? Ces derniers l'ont-ils vraiment ressentie ? Ont-ils applaudi ou accompagné significativement ce mouvement ? Des questions, à mon avis, qui méritent d'être posées pour mieux apprécier la réussite ou le succès de cette journée ?
Sans risque de me tromper et en attendant de voir un document scientifique me prouvant le contraire, je considère que les conséquences de cette initiative chez les populations demeurent très négligeables. Ce qui démontre et prouve à suffisance qu'il y a énormément de travail à faire encore. J'ai même envie de dire à ces patrons ou à la presse en général, que le véritable combat, en réalité celui qui mérite d'être gagné se situe ailleurs. Et le gagner vous affranchira éventuellement de vos déboires fiscaux et de toute dépendance financière.
Nous le savons et ne cesserons de le soutenir: ce qui est attendu d'abord et fondamentalement des médias, c'est essentiellement du (des) contenu(s) répondant aux besoins ou aspirations des populations et suivant la marche par essence dynamique de la société.
Or que remarque-t-on aujourd'hui dans nos presses écrite, parlée, télévisuelle et digitale ? C'est regrettable de le dire, mais le vide est total. On note une absence effarante de créativité, un manque sérieux d'imagination, d'inspiration. Survolons très brièvement ce qui se fait actuellement secteur par secteur :
- Au niveau des radios (aussi bien thématiques que généralistes), non seulement les soi-disant grilles sont identiques mais les programmes constitués de diffusion de musiques, d'infos, de pub et de communiqués restent les mêmes et passent généralement les mêmes jours aux mêmes heures.
- Idem au niveau des chaînes de TV où les programmes sont extrêmement dominés par du flux. Les contenus de stock sont quasi inexistants. Du matin au soir désormais les gens sont là autour d'une table ou dans un salon en train de palabrer comme à la radio. Soyons d'accord au moins sur ce plan, le propre de la télé est plus de proposer à voir, à découvrir. Ceci est d'autant plus vrai que quand on assiste aujourd'hui au développement de ce que certains nomment "radio vision" (émissions radio filmées dans des studios équipés de caméras), réinventer sa manière de faire de la télévision s'impose.
- Ces observations restent valables pour le secteur de la presse écrite. Parcourons les journaux chaque jour que Dieu fait. A quelques exceptions près, ils sont tous dans le même registre : "actualités et faits divers"! Tous parlent presque de la même manière, de la même chose qui tourne généralement et ..... malheureusement autour de la matière politique.
- Au niveau du Digital qui se développe de plus en plus, les concepts y perdent tout leur sens. On y voit du tout et du n'importe quoi. Certains par exemple, parce qu'ils manipulent de la vidéo, considèrent qu'ils font aussi de la télé en disant "WebTv" qui n'est en réalité que de "grand-places" filmées ou du "Waax sa xalat". Là je n'ai pas besoin de m'arrêter sur les aspects technico-artistiques, les profils des présentateurs ou pseudo chroniqueurs qui pullulent et sortent d'on ne sait où ?
Tout ceci m'amène à insister encore une fois sur le fait que le challenge, chers patrons de presse, va au-delà d'une simple imposition, réduite ou effacée, que vous continuerez de payer quel que soit alpha à toute époque. Il s'agit d'ores et déjà de se départir de cette fausse idée qui est de considérer que ce que vous faites du matin et soir, constitue une demande du public. "Li la sénégalais yi beug" entend-on en général.
Du respect quand même ! les Sénégalais, comme ils le sont du reste avec les politiques, ont une bonne longueur d'avance sur leur presse en général. Et là pour s'en rendre davantage compte, suffit juste d'analyser dans le champs audiovisuel comment Canal+ est entré dans les cœurs ou habitudes des populations, comment les choix des IPTV à Dakar ou des antennes paraboles dans les villages les plus lointains du pays se développent maintenant voire comment les ciels de nos quartiers sont couverts de "toiles d'araignée" avec les fils des câblodistributeurs (informels). En voilà des matières qui renseignent sur l'énormité du gap, ou plutôt du chantier.
Le constat est partagé. On note dans tous les secteurs de la presse aujourd'hui, peu ou pas de contenus portant sur l'Économie, la Culture (qu'elle résume à la musique), la Santé, la Technologie (qui est devenue partie intégrante de nos vies), l'environnement, la Société, l'Éducation......qui connaissent des mutations impressionnantes au Sénégal et dans le monde. Vu sous cet angle, on se rend compte qu'aujourd'hui donc, cette presse qui pourrait effectuer une "journée sans presse" très réussie serait celle-là justement qui se détachera du lot, celle-là qui prendrait le soin d'accompagner les populations, de marcher avec elles, les écouter, les comprendre en vue de mieux traduire ses préoccupations (qui ne se limitent naturellement pas qu'à la politique). D'ailleurs, pourquoi doit-on faire de la presse et ignorer tous ces secteurs névralgiques qui rythment la vie des citoyens, les domaines dans lesquels évoluent même la majorité de la population ?
Chers patrons de la presse, "gagner le cœur du public" reste plutôt la solution, la seule voie ! Celle qui pourrait d'ailleurs vous faire gagner en même temps beaucoup d'argent car existent ici et ailleurs des entités publiques comme privées crédibles qui n'attendent que des opportunités à travers vos propositions pour vous accompagner, nouer des partenariats juteux en vue d'atteindre leurs cibles. C'est clair, vous n'entreprenez point par philanthropie contrairement à ce que prétend l'un d'entre vous. Faire des bénéfices vous intéresse au plus haut point.
Or, c'est possible car la demande est bien là. L'exemple tout près de Canal+ dans le domaine télévisuel nous le prouve. Ce ne sont certes pas les mêmes histoires, les mêmes dimensions mais au moins on comprend à travers cela que le Sénégalais intelligent qu'il est, sait ce qu'il veut et où le trouver. Même s'il vous arrive de coder, crypter, élever vos prix, il peut être prêt à payer le coût qu'il faut tant que vous participez à la satisfaction de ses besoins en la matière. C'est en ce moment-là d'ailleurs et seulement en ce moment que votre absence ou disparition lui ferait de la peine.
Mamadou Ndiaye est Scénariste - Monteur - Réalisateur
Formateur - Prix meilleure série FESPACO 2011.
par Sidy Dieye
QUELLES REFORMES POUR SAUVER L’IPRES ET LA CSS ?
Un milliard ici, quelques millions là : les scandales financiers s'enchaînent dans ces structures, piliers de la sécurité sociale sénégalaise. Ces institutions, censées protéger les travailleurs, semblent devenues le terrain de jeu d'intérêts particuliers
Le récent scandale survenu à la Caisse de Sécurité Sociale (C.S.S.) portant sur 1,8 milliard de francs CFA (relayé par les sites seneweb.com le 6 juillet 2024, Dakaractu.com le 9 juillet 2024 et senego.com le 12 juillet 2024), doit provoquer un déclic pour le contrôle effectif de cette institution par l’Etat.
L’on se rappelle la révélation du site leral.net datée du 03 décembre 2021 sur un scandale de 6 milliards 500 millions FCFA pour l’achat d’un logiciel pour fusionner les deux entités (CSS et IPRES) afin d’avoir un système d’informatique unique et simplifié. A l’époque, le Secrétariat exécutif de l’UNSAS avait exigé « l’audit des deux institutions et un contrôle de la Cour des comptes afin de faire la lumière sur le financement du système d’information et les investissements dans l’immobilier. »
En 2018, les retraités avaient dénoncé un détournement de 572 millions de francs CFA au niveau de l’IPRES et demandé au Président de la République d’alors de protéger l’institution en prenant des mesures fortes (relayé par senenews le 08/10/2020).
Nous remarquons que malgré ces manquements récurrents et les alertes répétées des bénéficiaires et parties prenantes, l’administration de ces deux institutions reste préoccupante. La pression syndicale semble l’emporter, comme c’est malheureusement souvent le cas, quand il s’agit d’exigences de transparence et de reddition des comptes.
Les textes de la CSS et de l’IPRES
La CSS et l’IPRES sont régies par la loi N° 75-50 du 03 Avril 1975 relative aux institutions de prévoyance sociale.
En 1991, suite à l’adoption de la loi 91-33 du 26 Juin 1991, la Caisse de Sécurité Sociale change de statut et devient une institution de prévoyance sociale donc un organisme de droit privé chargé d'une mission de service public. Les statuts de la CSS ont été adoptés le 13 février 1992.
Les statuts de l’IPRES eux, ont été adoptés le 26 juillet 1977. A mon avis, ces textes sont complètement en déphasage avec les réalités actuelles en matière de bonne gouvernance, de pilotage des activités, de stratégie et d’instauration de critères de performance dans la gestion de ces institutions.
Il y a lieu de rappeler qu’un comité de pilotage chargé de formuler les orientations stratégiques et politiques du projet de réforme du cadre juridique de la sécurité sociale a été mis en place en 2015 par le ministère du Travail. Il s’agissait, entre autres, « d’innovations en matière de gouvernance des Institutions de Prévoyance sociale, de gestion technique et financière des branches et d’extension de la protection sociale aux travailleurs jusque-là non couverts ».
Les réformes attendues ne sont toujours pas réalisées.
La composition et le fonctionnement du Conseil d’Administration
L’IPRES est administrée par un Conseil d'Administration paritaire composé de vingt-deux (22) membres comprenant des représentants des membres participants et des représentants des membres adhérents.
Au niveau de la CSS, c’est la même configuration qui est retenue en termes de nombre (22) et de représentants.
Il faut noter que l’état employeur a quatre représentants au Conseil d’Administration de chaque institution au titre de la délégation des membres adhérents. Donc, les organisations syndicales ont un contrôle exclusif sur la gestion de ces institutions, notamment sur :
la nature des prestations ;
✓ les modifications du taux des cotisations ;
✓ la désignation des personnes chargées du fonctionnement de l'institution ;
✓ la gestion des ressources en matière d’investissements et de placement.
Le renouvellement des dirigeants, notamment du Président du Conseil d’Administration et des administrateurs n est pas systématique.
Pourtant, l’Etat, à travers la loi citée ci-dessus, notamment dans ses articles 21, 22 et 23, peut prendre des dispositions spécifiques pour garantir une gestion transparente et efficace de ces institutions afin d’éviter un risque systémique en cas de mauvaise gestion.
3. Les réformes
Les textes de ces institutions doivent évoluer pour permettre une bonne gouvernance avec la mise en place d’organes solides et de principes de transparence et d’éthique. Il s’agira de modifier le fonctionnement, la composition de l’Assemblée Générale et du Conseil d’Administration et de mettre en place des Comités spécialisés avec des compétences et expertises diversifiées, notamment :
Comité d’Ethique et de déontologie ;
❑ Comité d’Audit ;
❑ Comité de Sélection et de Rémunérations ;
❑ Comité d’Investissements.
En outre, un système d’évaluation des dirigeants et du Conseil d’Administration doit être mis en place et assuré par un organe indépendant.
Les réformes de ces institutions doivent toucher notamment :
✓ les conditions d’une protection sociale solide aux profits des travailleurs ;
✓ les modes d'admission et d'exclusion des membres ;
les obligations de toutes les parties prenantes ;
✓ le mode de constitution de l'assemblée générale et les conditions de vote ;
✓ la composition et le fonctionnement du conseil d'administration (mode de cooptation, renouvellement, durée, pouvoirs etc.) ;
✓ les pouvoirs de l’exécutif et le mode de sélection ;
✓ le mode de constitution et de calcul des prestations ;
✓ la constitution et l'emploi des ressources ;
✓ le mode de placement et de retrait des fonds ;
✓ les possibilités d’investissements ;
L’Etat pourrait prendre des dispositions appropriées et urgentes pour assainir et contrôler ces deux institutions avec les décisions majeures ci-après :
L’audit approfondi sur les cinq dernières années, avec un accent particulier sur les acquisitions immobilières, les placements, l’investissement dans les nouvelles technologies, la gestion des ressources humaines etc. ;
La suspension des organes délibérants ;
La mise en place d’une Administration Provisoire ;
La refonte des statuts et règlements intérieurs ;
La revue de la gouvernance : composition, fonctionnement et pouvoirs de l’Assemblée Générale et du Conseil d’Administration, mise en place de Comités spécialisés (Audit, Ethique et Déontologie, Sélection & Rémunérations, Investissements etc.)
Sidy Dieye est spécialiste en gouvernance et stratégie des organisations, Directeur Associé de Axley Bankers Afrique de l’Ouest, ancien Directeur Général de la Banque Islamique de Guinée, membre du MONCAP et Membre fondateur de l’Initiative 2FC.