SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
3 avril 2025
Opinions
Par Kaccoor Bi - Le Temoin
IL FAUT LES «TUER » !
Vous n’avez pas le sentiment qu’ils sont en train de narguer le nouveau pouvoir qui aurait dû leur fermer définitivement la gueule depuis longtemps ? Par exemple, créer la peur dans leur cartel de brigands en les faisant défiler devant les enquêteurs
Vous n’avez pas le sentiment qu’ils sont en train de narguer le nouveau pouvoir qui aurait dû leur fermer définitivement la gueule depuis longtemps ? Par exemple, créer la peur dans leur cartel de brigands en les faisant défiler devant les enquêteurs de la DIC ou les juges d’instruction du Pool judiciaire financier.
Avec tout le mal qu’ils ont fait subir à ce peuple, en termes de meurtres, d’arrestations et de tortures de manifestants, sans compter le dépeçage ordonné de l’économie, il ne se trouverait personne à se morfondre sur leur funeste sort, tellement leur braconnage au niveau de tous les secteurs demeure flagrant.
Mais plutôt que de les voir trembler devant le sort peu enviable qui les attend, voilà que nos larrons et gredins se sentent suffisamment forts et confiants au point de défier le nouveau pouvoir avec leur Livre Blanc souillé du sang de centaines de jeunes morts sans compter ceux dont la vie a été bousillée en prison. Ils auraient dû l’intituler « Livre Rouge » d’ailleurs… Un livre dans lequel ne figure curieusement pas le bilan immatériel du Chef marqué par des meurtres, des emprisonnements, des actes de torture, des restrictions de libertés...
Avec de tels gens, point de compassion. Il faut la méthode forte et une implacable rigueur dans les sanctions. La plus grande erreur du nouveau pouvoir, c’est d’avoir tardé à mettre en œuvre la reddition des comptes qui devait précéder la suppression de ces institutions inutiles et budgétivores que sont le Cese et le Hcct. Ce qui s’est passé depuis plus de cinq ans dans ce pays relève d’un crime organisé.
L’émergence que l’on nous promettait n’a servi qu’à rendre riches des copains et des coquins. Et c’est là où l’on attend le nouveau pouvoir qui tarde à ordonner la reddition des comptes par les tenants de l’ancien régime. Ce qui aurait permis de « tuer » toutes ces grandes gueules qui commencent à reprendre confiance.
Quand des énergumènes qui ont participé au braconnage de Galsen se permettent de tirer la langue au pouvoir de BDF jusqu’à se mesurer à lui tout en lui promettant la mort, il faudrait que l’Etat leur montre toute sa puissance. A moins que le peuple ne se charge de le faire lui-même. Comme au Kenya où les jeunes avaient lancé il y a quelques semaines l’opération « Occupy Parliament » et envahi l’Assemblée nationale de ce pays-là qu’ils ont brûlée partiellement.
Oui, il faut que les jeunes Sénégalais envahissent Place Soweto et foutent dehors tous ces députés inutiles de Benno qui nous emmerdent ! Les mêmes qui parlent d’une situation de crise alors qu’ils sont les vils artisans de la situation économique dramatique de ce pays. De tels individus, il faut les prendre à la gorge plutôt que de les laisser s’organiser avec leurs rapines. Les laisser s’organiser, ce serait le plus grand danger qui guette le nouveau pouvoir qui a en face de lui des crapules milliardaires. Qui ne reculeront devant rien pour défendre leurs biens mal acquis !
Par Fadel DIA
MULTIPLE PHOTOS
QUAND LES VAINCUS ÉCRIRONT L’HISTOIRE
La commémoration de Thiaroye 44 doit être l’occasion d’une prise de parole pour bien signifier que « le temps de nous-mêmes » est arrivé, celui de nous réapproprier notre passé colonial, sans en occulter les zones d’ombre
«L’Histoire est écrite par les vainqueurs », aurait dit Winston Churchill, et quand le vainqueur a le monopole de ses sources, le risque est énorme qu’elle ne soit pas écrite par les faits. Les hommes et les femmes de ma génération avaient appris à l’école coloniale plus de choses sur le passé de ce qu’on appelait alors la Métropole que sur celui de leur propre pays et ce qu’ils savaient de celui-ci n’avait rien de glorieux.
Samory Touré était un bandit des grands chemins, El hadj Omar un fanatique et l’empreinte de cet enseignement était si prégnante que bien après notre indépendance, il y avait des Sénégalais pour encenser Faidherbe, l’affubler affectueusement du patronyme Ndiaye ou s’offusquer qu’Iba Der Thiam ait décidé de débaptiser le lycée qui portait son nom. Je ne crois pas pourtant qu’il y ait un « Lycée Bismarck » en France et la Place Waterloo est, à ma connaissance, sise au quartier Saint James à Londres et non au cœur des Champs Elysées à Paris.
C’est pour ces raisons que la décision des autorités sénégalaises de rendre hommage aux victimes de Thiaroye, sans solliciter l’aval, le soutien ou l’appui logistique de l’ancienne métropole, marque un tournant dans nos relations. La dernière fois qu’une cérémonie s’était tenue sur les mêmes lieux et à ce niveau de représentation c’était il y a dix ans, et comme c’était la règle, le représentant de la France était commis aux discours et aux grandes annonces, tandis que le rôle de la partie sénégalaise s’était limité à « potemkiniser » le site pour qu’il ne donne pas l’impression d’inaugurer un champ de pommes de terre. Nous avons toujours été les spectateurs de notre histoire coloniale, c’est l’ancien colonisateur qui donnait le ton, fixait le calendrier, proclamait les vérités, choisissait les héros et distribuait les hommages. Nous l’avons vu « cristalliser » les pensions qu’elle devait aux soldats africains qui avaient combattu dans ses armées, puis décider de les dégeler, avec une pointe de mesquinerie, sans jamais lui demander quel usage elle avait fait des retenues opérées sur les salaires et les primes des mutins de Thiaroye. Elle décerne à une poignée de Tirailleurs le titre glorieux de « mort pour la France », sans se donner la peine de nous dire pour qui étaient morts les dizaines de milliers de nos compatriotes qui gisent, dans des sépultures souvent anonymes, sur son sol ou en Syrie, en Lybie ou dans les Dardanelles. Elle vient seulement de décider d’accorder à ceux d’entre eux qui avaient servi sous son drapeau et qui sont encore en vie, tous plus qu’octogénaires, ce qu’elle présente comme un suprême privilège : ils pourront finir leurs jours près de leurs familles, alors qu’ils étaient jusque-là contraints de séjourner sur son territoire une partie de l’année, dans la solitude et l’ennui, sous peine de perdre le bénéfice de leurs pensions. C’est elle qui décide à quel évènement de notre histoire commune peuvent prendre part nos dirigeants et quelle y sera leur place. Ils ont été exclus de la commémoration du débarquement en Normandie et sont surreprésentés à celle, presque confidentielle, du débarquement en Provence. Si l’argument est que les soldats originaires d’Afrique subsaharienne et du Maghreb étaient absents en Normandie alors qu’ils constituaient plus de la moitié des forces françaises débarquées en Provence, qu’on nous explique la présence à Omaha Beach de tous ces chefs d’Etat, rois et reines de pays européens qui n’avaient pas non plus participé au débarquement du 6 juin1944 et celle de l’Allemagne, invitée de marque à la cérémonie, alors qu’elle était de l’autre bord puisque l’ennemi c’était elle !
Cet impérialisme du troisième type n’est évidemment pas une marque française, il est dans la nature de toutes les anciennes puissances coloniales européennes. C’est sur la base de critères et de dates arrêtés par leurs soins qu’elles soldent leur passé colonial, en décidant de se contenter de « reconnaitre » les crimes et les horreurs qu’elles ont commis (François Hollande, en 2012, pour les « souffrances » subies par le peuple algérien ), ou de se résoudre à les « regretter » ( le roi des Belges, en 2022, pour « le rôle » de son pays dans la colonisation du Congo ), ou de concéder des « excuses » en bonne et due forme (le gouvernement des Pays-Bas, en 2018, pour leur « siècle d’or » de colonisation et d’esclavage, ou le Premier ministre belge, en 2022, pour l’assassinat de Lumumba etc.) On aura remarqué que ce sont encore elles qui, une fois déterminé le degré de leur compassion, choisissent l’autorité à laquelle incombe cette insupportable mission : le gouvernement (par une simple et anonyme déclaration), le Parlement, un ministre ou le chef du gouvernement, ou plus rarement, le président ou le roi. Il est en revanche totalement exclu de se prêter à une humiliante repentance, tout comme il est exclu - (à une exception près : l’Allemagne pour le génocide des Hereros) - de promettre des réparations…
Ce qui s’est passé à Thiaroye, il y a 80 ans, n’est pas qu’une banale insurrection de soldats floués, c’est l’acte fondateur de toutes les révoltes qui devaient nous conduire à nous libérer du joug colonial. Sa célébration par ses victimes doit être l’occasion d’une prise de parole pour bien signifier que « le temps de nous-mêmes » est arrivé, celui de nous réapproprier notre passé colonial, sans en occulter les zones d’ombre. On notera au passage que c’est déjà perceptible dans la sémantique : Il y a dix ans François Hollande parlait de « répression sanglante » alors que le communiqué du gouvernement sénégalais évoque un « massacre », ce qui implique un grand nombre de victimes dans l’impossibilité de se défendre.
Cette célébration ne peut pas, ne doit pas, être une commémoration à l’échelle d’un seul Etat, mais en communion avec tous les pays d’où étaient issus les Tirailleurs, qui étaient loin d’être majoritairement Sénégalais et dont même, disait-on, « la langue officielle » était le bambara !
On nous annonce la présence d’Emmanuel Macron ? Chiche ! Mais seulement s’il a la courtoisie d’attendre qu’on l’y invite, au lieu de forcer notre porte comme le font tous les présidents français chaque fois qu’ils sont élus. S’il ne cherche pas à faire de la com et à dénaturer la cérémonie en tirant la couverture sur lui. S’il a du nouveau à apporter, qui soit grand, désintéressé et généreux. S’il est prêt, éventuellement, à y côtoyer les chefs des juntes qui gouvernent le Mali ou le Burkina, sans distribuer des leçons, en spectateur repentant et respectueux des autres, et non plus en maître des cérémonies…
Mais qu’il soit présent ou non la cérémonie nous laisserait sur notre faim si elle n’était pas l’occasion d’affirmer, solennellement, notre volonté de ne plus laisser aux anciens colonisateurs le monopole de nous apprendre notre passé partagé en recourant à des experts et à des commissions dont ils déterminent les objectifs et dont les travaux sont soumis à leur seule appréciation. Ce serait une belle occasion d’affirmer que nous mettrons désormais en place nos propres instances d’investigation, avec le concours de spécialistes reconnus du monde entier, mais surtout avec nos propres experts, et pas seulement des historiens, qui s’appuieraient sur le vécu de nos populations et sur les archives qu’ils devront bien nous ouvrir ou nous restituer.
Alors l’histoire sera aussi écrite par les vaincus…
MEDIAS, RESEAUX SOCIAUX ET JUSTICE : QUI VIOLE LA PRESOMPTION D’INNOCENCE ?
Dans le cadre de la préservation de l’ordre public et de la protection des droits fondamentaux, le rôle du procureur de la République revêt une importance cruciale, en particulier lorsqu’il s’agit de communication publique.
Dans le cadre de la préservation de l’ordre public et de la protection des droits fondamentaux, le rôle du procureur de la République revêt une importance cruciale, en particulier lorsqu’il s’agit de communication publique.
Face à la prolifération d’informations inexactes ou incomplètes qui peuvent compromettre le bon déroulement des enquêtes ou semer la confusion au sein de l’opinion publique, il est parfois nécessaire pour le procureur d’intervenir afin de rétablir une information claire et objective. Toutefois, cette intervention doit être rigoureusement encadrée pour ne pas porter atteinte à la présomption d’innocence, un principe fondamental du droit pénal.
Malheureusement, les chefs de parquets n’ont pas recours de manière systématique aux points de presse, bien que l’article 11 alinéa 3 du Code de procédure pénale les autorise à le faire dans certaines circonstances, notamment pour prévenir la propagation de rumeurs ou apaiser des tensions susceptibles de troubler l’ordre public.
En concertation avec sa hiérarchie, le procureur peut rendre publics certains éléments d'une procédure judiciaire en cours, à condition que cette communication soit strictement limitée aux faits objectifs et qu’elle n’émette aucun jugement sur la culpabilité ou l’innocence des personnes concernées. L’objectif est de fournir une information transparente tout en respectant les droits des personnes impliquées et en préservant l’intégrité de l’enquête. Cette pratique, bien que délicate, vise à concilier la nécessité d'informer le public avec le respect des principes fondamentaux du droit.
La communication du parquet est essentielle, car elle protège l’intégrité de la procédure judiciaire tout en répondant aux besoins d’information du public, notamment lorsque l’ordre public est menacé par des rumeurs ou des informations incorrectes. Elle contribue également à maintenir la confiance du public dans le système judiciaire en assurant une certaine transparence, tout en respectant les droits des personnes concernées. Bien que le procureur ne soit pas tenu de communiquer systématiquement, il peut le faire lorsque cela est nécessaire pour préserver l’ordre public et éviter des perturbations supplémentaires.
I. Consécration et Protection de la Présomption d’Innocence La présomption d’innocence est un principe fondamental du droit pénal, reconnu par de nombreux textes internationaux et nationaux. Selon ce principe, toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit légalement prouvée. Ce principe est protégé par des textes tels que :
A. Les Sources Internationales
• Article 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 : «Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.»
• Article 9 du Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP) : Ce texte réaffirme également la protection de ce principe.
B. Les Sources Nationales
1. En droit français : La violation de la présomption d’innocence est encadrée par l’article 9-1 du Code civil, qui permet à toute personne de demander réparation lorsque ce principe a été violé, par exemple, par la diffusion publique d’informations laissant entendre qu’elle est coupable avant un jugement définitif. Cette infraction peut également être punie pénalement, notamment si elle se manifeste par la diffamation ou l’atteinte à l’honneur, comme le prévoit l’article 226- 10 du Code pénal qui sanctionne la dénonciation calomnieuse.
2. En droit sénégalais : La présomption d’innocence est un droit fondamental protégé par la Constitution ainsi que par les conventions internationales ratifiées par le Sénégal. Ce principe stipule qu’une personne accusée d’un crime ou d’un délit est considérée comme innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit légalement établie. Toute atteinte à ce droit peut entraîner des sanctions civiles et pénales, notamment lorsque cette atteinte nuit à l’honneur ou à la réputation de l’individu concerné. La diffamation, régie par le Code pénal sénégalais, fournit un cadre juridique pour sanctionner les atteintes à la présomption d’innocence lorsqu'elles prennent la forme de déclarations fausses ou malveillantes qui portent préjudice à une personne. Les peines encourues pour diffamation peuvent inclure des amendes et, dans certains cas, des peines d’emprisonnement.
Ainsi, la garantie de la présomption d’innocence, renforcée par les sanctions prévues en cas de diffamation, est essentielle pour le respect des droits fondamentaux et pour la protection de la dignité humaine dans le cadre juridique sénégalais.
II. Les Sanctions de la Violation de la Présomption d’Innocence
Les conséquences juridiques de la violation de la présomption d'innocence peuvent inclure :
1. Sanctions civiles : Dommages et intérêts pour réparer le préjudice moral subi par la personne concernée.
2. Sanctions pénales : Lorsque la violation prend la forme de diffamation ou de dénonciation calomnieuse.
Exemples Jurisprudentiels en Droit Français :
• Affaire «Outreau» (2004) : Cette affaire a mis en lumière les dangers d’une atteinte à la présomption d’innocence en raison de la médiatisation excessive. Plusieurs médias ont été condamnés pour avoir présenté les accusés comme coupables avant le jugement définitif.
• Cass. civ. 2ème, 16 juillet 1992, n° 91-12.897 : La Cour de cassation a confirmé la condamnation d'un journal pour avoir publié un article laissant entendre qu’une personne était coupable de fraude fiscale avant toute condamnation judiciaire.
• Affaire «Le Pen c. France» (2005) : La Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné la France pour violation de la présomption d'innocence à la suite de déclarations publiques des autorités judiciaires contre Jean-Marie Le Pen.
Exemples Jurisprudentiels en Droit Sénégalais : Bien que les exemples de jurisprudence sénégalaise concernant la violation de la présomption d’innocence ne soient pas aussi documentés que ceux en droit français, le droit sénégalais prévoit des sanctions similaires.
• Affaire Karim Wade (2015) : Avant son jugement pour corruption et enrichissement illicite, Karim Wade a fait l'’objet de déclarations publiques et d’articles de presse laissant entendre sa culpabilité, soulevant des questions sur le respect de la présomption d’innocence.
• Affaire Cheikh Yérim Seck (2012) : Accusé de viol, Cheikh Yérim Seck a été présenté comme coupable par certains médias avant son procès, soulevant des discussions sur les limites de la presse dans le respect de la présomption d'innocence.
III. Recommandations pour mieux Protéger la Présomption d’Innocence ; Pour prévenir les violations de la présomption d’innocence, les autorités peuvent adopter une approche combinant des mesures législatives, judiciaires et médiatiques :
1. Renforcement du cadre législatif et encadrement de la communication judiciaire : Il est possible de renforcer les lois contre la violation de la présomption d'innocence en introduisant de nouvelles incriminations dans le Code pénal pour sanctionner les auteurs, y compris les médias. Les autorités judiciaires peuvent communiquer sur les affaires en cours, mais cette communication doit être encadrée pour éviter toute atteinte à la présomption d’innocence. Par exemple, les procureurs peuvent rendre publics certains éléments de la procédure pour éclairer le public tout en s’abstenant de tout commentaire sur la culpabilité ou l’innocence des personnes concernées.
2. Encadrement de la communication publique : Les autorités doivent mettre en place des protocoles stricts pour les déclarations publiques sur les affaires en cours, afin d'éviter tout commentaire préjudiciable.
3. Régulation des médias : La conciliation entre le droit à l’information et la protection de la présomption d’innocence est un exercice délicat qui nécessite un équilibre soigneusement mesuré. D’une part, le droit à l’information est un pilier fondamental de toute démocratie, permettant aux citoyens d’accéder à des informations cruciales, notamment en matière de justice, afin de garantir la transparence et le contrôle citoyen des institutions. D’autre part, la présomption d’innocence est un droit fondamental qui protège les individus accusés d’un crime de toute atteinte à leur dignité et à leur réputation avant qu’une culpabilité ne soit établie par une décision de justice définitive. Les autorités de régulation de la presse doivent imposer des sanctions contre les médias qui violent la présomption d’innocence et promouvoir des pratiques journalistiques éthiques.
4. Responsabilité des réseaux sociaux et éducation du public :
La présomption d’innocence est un pilier essentiel de tout système judiciaire équitable, garantissant que toute personne accusée bénéficie d’un traitement juste et impartial jusqu’à ce que sa culpabilité soit prouvée. La violation de ce principe, que ce soit par les médias, les réseaux sociaux ou des communications judiciaires non encadrées, peut avoir des conséquences graves non seulement pour les individus concernés mais aussi pour la crédibilité du système judiciaire dans son ensemble. Il est donc impératif de renforcer les dispositifs législatifs et réglementaires pour protéger ce droit fondamental, en veillant à ce que la communication publique et médiatique respecte scrupuleusement les limites nécessaires pour ne pas porter atteinte à la présomption d'innocence. Les autorités doivent non seulement encadrer la communication judiciaire mais aussi sensibiliser les médias et le public sur l’importance de ce principe, afin de prévenir les dérapages et de garantir une information responsable et équilibrée.
At last but not least, la protection de la présomption d’innocence est un enjeu crucial pour le maintien de la justice et de la dignité humaine. Elle nécessite un engagement collectif, tant des acteurs institutionnels que des médias et du grand public, pour assurer un équilibre entre le droit à l’information et le respect des droits fondamentaux.
El Amath THIIAM
Juriste-Consultant Président, «Justice Sans Frontière»
Courriel : justice100f@gmail.com
Par Diagne Fodé Roland
QUESTION NATIONALE PANAFRICAINE : LE CAS DE LA MAURITANIE
Les impérialistes n’ont jamais cessé d’instrumentaliser les contradictions réelles mais secondaires entre panarabisme, voire panislamisme et panafricanisme et/ou panurgisme pour diviser et régner sur tous.
Le racisme subi par les candidats d’Afrique noire à l’émigration vers l’Europe forteresse raciste dans les pays du Maghreb, l’éclatement du Soudan en deux États, les tensions aux frontières nord et nord-ouest du Mali depuis la libération de Kidal et le racisme d’État en Mauritanie sont à analyser dans le contexte de l’actuelle seconde phase de libération nationale en Afrique du point de vue des processus internes aux États multinationaux et de la solidarité panafricaine.
Les impérialistes n’ont jamais cessé d’instrumentaliser les contradictions réelles mais secondaires entre panarabisme, voire panislamisme et panafricanisme et/ou panégrisme pour diviser et régner sur tous. Ainsi face à la montée des critiques et exigences des réparations contre les crimes contre l’humanité que sont la traite des noirs, l’esclavage transatlantique du capitalisme impérialiste françafricain, eurafricain et usafricain, voilà que pullulent et sont médiatisés des ouvrages, des études académiques sur « la traite et l’esclavage transsaharien ».
Les années 79/80 avaient vu pulluler et médiatiser les « Moudjahids Afghans » contre le Communisme soviétique puis l’apologie du « tourisme du désert » avec le « Paris-Dakar » et les enturbannés « hommes bleus de désert » avant le revirement à 180 degrés vers la « lutte contre le terrorisme » en application des théories « du choc, des guerres des religions, des cultures, des civilisations » dans un contexte d’application mondialisée de la pensée unique libérale résumée par la formule « there is no alternativ ».
Comment éviter dans cette seconde phase de libération les pièges diviseurs de l’impérialisme et régler les contradictions réelles mais secondaires au sein du front de libération nationale, panafricain et internationaliste des luttes des peuples d’Afrique ?
Comme l’explique les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM), « c’est en novembre 1946 que commence la construction politique… Les Mauritaniens sont appelés à voter pour élire leurs représentants : un député à l’Assemblée nationale française, un sénateur et un conseiller au Grand Conseil de l’Union de l’Afrique de l’Ouest. Ces élections symbolisaient le début d’une individualisation politique et territoriale par rapport au Sénégal » (Site des FLAM). En effet, « En 1945, l’annonce des prochaines élections avait suscité des hostilités entre Maures et Noirs. Les documents d’archives (Sous – série 2 G 45 : 134, Archives Nationales du Sénégal) indiquent cette unanimité chez les Maures que « le représentant de la Mauritanie ne saurait être un Noir »; et qu’ils commençaient à manifester une volonté de renouer avec le monde Arabe, évoquant un « éveil de la race Maure …… et le désir d’être rattachés de fait au Maroc ». Les Noirs de la vallée du Fleuve Sénégal et du Hodh, qui se sentaient très attachés à leurs frères de sang du Sénégal et du Soudan (actuel Mali), estimaient que « seule une candidature européenne pourrait partager les voix en Mauritanie » (idem).
La Mauritanie est donc une création coloniale française pour éviter « un grand Makhzen marocain » qui s’étendrait jusqu’à la frontière avec la colonie du Sénégal. Création coloniale d’un État tampon soutenue par l’élite politique néocoloniale sénégalaise attestée par le fait que « Horma Ould Babana, interprète, engagé en politique en 1944 en adhérant au Bloc Africain de Lamine Guèye et L.S. Senghor. Ce parti, affilié à la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO)... A l’occasion de la campagne électorale d’août 1946, Lamine Guèye et Senghor parcoururent toute la vallée, et partout ils présentèrent Horma comme un chérif, un descendant du Prophète à qui devrait revenir de fait la députation d’un territoire dont les habitants sont des musulmans » (idem).
C’est ainsi qu’en 1960 naissait l’État Mauritanien rassemblant trois grandes nationalités : au nord les Maures Beydanes, les Haratines des noirs esclaves des Maures arabo-berbères et au sud les Puulars, les Soninkés, les Wolofs et les Mandés. Ainsi « Le 28 novembre 1960, notre pays accède à l’indépendance nationale avec d’importantes réserves de cuivre et de fer surtout. Le minerai de fer de Fort – Gouraud (Zouerate) était estimé à 100 millions de tonnes d’un minerai titrant de 63 à 67% de fer, exploité par la société Française des Mines de Fer de Mauritanie (MIFERMA) dont l’État Français était actionnaire principal depuis juin 1952. Quant au cuivre d’Akjoujt, il est exploité par la Société Française des Mines de cuivre d’Akjoujt (MICUMA) depuis 1953 » (idem).
Cet État néocolonial s’est très vite érigé en État Beydane oppresseur des autres nationalités mauritaniennes par le maintien du statut d’esclaves des Haratines noirs et par l’arabisation forcée imposée aux noirs du sud.
Consécutive à l’intégration renforcée de la néo-colonie mauritanienne dans la « mondialisation libérale » par le biais des recettes libérales du FMI et de la Banque mondiale est lancée la « réforme foncière » de 1983 dont les FLAM disent : « Après avoir accaparé le pouvoir politique (voir Manifeste du négro-mauritanien opprimé) et étendu sa domination sur le plan culturel (arabisation presque totale du pays au mépris de l’identité culturelle des Négro-africains), il ne lui restait plus, compte tenu des perspectives alléchantes de l’après barrage, qu’à exproprier les paysans noirs de la vallée de leurs terres. C’est à cette fin qu’à été édictée l’ordonnance 83 127 du 5 juin 1983 » (idem). En effet, « Derrière ces motivations apparemment pertinentes, se cache un objectif, déjà appréhendé par le Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé d’avril 1986 : – Procurer aux hommes d’affaires Beydanes du Système une nouvelle source d’enrichissement, confortant ainsi leur emprise sur tous les secteurs de la vie économique et, corrélativement, empêcher l’émergence d’une bourgeoisie agraire noire dont la puissance financière aurait remis en cause la suprématie politique des maures blancs. – Susciter des contradictions au sein de la communauté noire du pays en orientant les revendications économiques et sociales des Harmonies, par ailleurs légitimes, vers les terres du waalo. Ce dernier objectif a d’ailleurs été provisoirement atteint par la déportation au Sénégal et au Mali de villages entiers de la vallée et le remplacement, sur ces mêmes villages, des paysans Haal-pulaar, Soninké et Wolof par des Haratines » (idem).
Cette réforme foncière a été engendrée par les besoins de la bourgeoisie bureaucratique Beydane de se convertir en propriétaires terriens le long du fleuve Sénégal utilisant comme main d’œuvre taillable et corvéable à merci des Haratines Maures noirs sous prétexte de la « mise en valeur individualisée de terres mortes, vacantes, etc du waalo (terres de décrues) ou du jeeri (hautes terres éloignées) ». L’appropriation étatique du foncier est ainsi un moyen d’expropriation et de redistribution raciste des terres agricoles du sud.
L’oppression raciste de l’État Beydane a été aussi combattue par les Haratines organisés dans un mouvement anti-esclavagiste dénommé El Hor (Liberté) qui, à l’occasion de ses 40 ans, déclarait : « Oui, il y a plus de quarante ans que les pères fondateurs de la lutte inlassable et juste contre le plus vil et le plus abject des maux qu’ait connu l’humanité toute entière ont mis sur pied EL HOR, ce cadre pacifique mais ferme et courageux... De la fameuse loi dite loi Haidalla, avec ses défauts et ses insuffisances, cette première reconnaissance officielle et sans ambages de la pratique de l’esclavage, ... pour arriver à la célèbre et courageuse loi discriminant et pénalisant l’esclavage en 2007 et puis celle de 2015 complétant cette dernière et caractérisant davantage le délit et le portant au degré de crime contre l’humanité, des progrès ont été réalisés, comme la création de département au sommet de la pyramide étatique, des institutions publiques et judiciaires auxquelles il a été confié le traitement de ce mal…
Quand au XXIème siècle encore, on se garde d’appeler le chat par son nom pour se donner bonne conscience, en tournant le dos à ses engagements envers ses partenaires, militants des droits de l’homme nationaux et envers la communauté internationale, il nous est permis de douter de la sincérité de nos dirigeants à s’adonner à une réelle lutte contre le phénomène. Les lois élaborées, la feuille de route largement diffusée puis corrigée et adoptée, la volonté politique affichée et criée sur tous les toits, si tout cela se résume à de la poudre aux yeux, l’avenir de la Mauritanie ne peut qu’être sombre et précaire…
Nous militants d’EL HOR, auteurs de cette déclaration, exprimons à l’occasion de cette auguste et mémorable journée :
- notre regret par rapport à certaines attitudes négationnistes, réactionnaires et réfractaires à toutes actions visant à faire avancer notre pays dans la solution du phénomène anachronique de l’esclavage et autres maux sociaux gangrenant notre tissu social d’où qu’elles viennent ;
- notre rejet énergique de l’hypocrisie érigée en méthodes et moyens d’anéantir toutes tentatives internes ou externes d’éradiquer cette tare d’un autre temps ;
- notre peur de voir la lutte pacifique que nous avions toujours menée supplantée par une autre aux contours et contenus imprévisibles du fait de la gestion très en-deçà et parfois en contradiction parfaite avec nos attentes et celles de toutes les victimes et défenseurs des droits de l’homme ;
- notre volonté sans faille de collaborer avec toutes les volontés soucieuses d’œuvrer en vue de dépasser de façon juste, constructive et patriotique cette tare dans les faits, gestes, paroles et mentalités.
Que vive EL HOR et ses vaillants militants et militantes ! Que vive la Mauritanie, comme pays de droit, démocratique, unie et indivisible dans la paix, la prospérité, la concorde, la complémentarité et la compréhension bénéfiques entre ses diverses et riches composantes ! Qui sème le vent ne récolte que la tempête mais qui sème le bien ne récolte que l’amour ! » (Déclaration d’El Hor, 5 mars 2019).
De la période coloniale à l’actuelle période néocoloniale, le peuple Mauritanien a lutté pour l’indépendance puis pour l’égalité des droits entre toutes les nationalités qui composent ce pays né, comme les autres États, de la double balkanisation de l’Afrique : le partage de Berlin de 1884/85 et la « loi cadre » de 1956 qui a porté un coup diviseur décisif au projet initial d’indépendance dans l’unité de l’ex-AOF du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) puis du Parti Africain de l’Indépendance (PAI).
La Mauritanie tout comme le Soudan sont des pays trait d’union entre les deux Afriques du nord et du sud. Il en est de même du Tchad, du Mali et du Niger.
La question nationale est au fond une question agraire, donc une question paysanne (au sens de la campagne, de la ruralité) qui pose la question fondamentale de l’égalité citoyenne entre toutes les nationalités des États multinationaux.
En Mauritanie, c’est l’unité des nationalités opprimées Haratines, Pulaars, Soninkés, Wolofs, Mandés soutenue par les démocrates Beydanes qui est la clef pour ouvrir la porte d’une Mauritanie dé-esclavagisée et dé-racisée et d’un panafricanisme fondé sur l’union libre des peuples libres du nord au sud et de l’est à l’ouest de notre cher continent berceau de l’humanité.
31/08/24
Par Cheikh Oumar TALL
L’HISTOIRE DE L’ECOLE PUBLIQUE D’ENSEIGNEMENT FRANÇAIS A DIOURBEL
L’interdiction de l’implantation d’écoles publiques françaises à Touba doit être revue. Du point de vue de la loi, cette interdiction est illégale car Touba est une portion du territoire national ...
L’interdiction de l’implantation d’écoles publiques françaises à Touba doit être revue. Du point de vue de la loi, cette interdiction est illégale car Touba est une portion du territoire national et devrait bénéficier comme toutes les autres ville du Sénégal de toutes sortes d’infrastructures sociales, hospitalières, routières, sanitaires, scolaires, d’assainissement etc. D’ailleurs, c’est ce défaut d’assainissement qui cause chaque année d’énormes inondations dans la vie de Touba. Les populations de cette localité ont les mêmes droits que celles des autres villes. Ainsi, l’école d’enseignement en langue française n’est pas mauvaise en soi, elle ne fait pas du musulman un mécréant et ne l’empêche pas de connaître et de maîtriser sa religion, l’islam. De même, apprendre la langue arabe ou être Arabe ne fait pas forcément un musulman ou maîtriser l’islam.
Certes Dieu a révélé le coran en langue arabe en vertu de son pouvoir discrétionnaire, mais toutes les langues émanent de lui et sont d’égale fonction de communication. Abou Lahab était un Arabe et il comprenait bien le message que véhicule le coran. Et pourtant, Dieu l’a maudit. La culture arabe et la civilisation islamique sont différentes. L’islam est une science et un mode de vie à part. Avant la révélation de l’islam, les Arabes enterraient leurs filles vivantes. Heureusement, cette tradition criminelle arabe a été combattue par la civilisation islamique.
La population musulmane mondiale fait actuellement 2 milliards et les Arabes musulmans ne représentent que 10%. Au Liban, il y a plus d’Arabes chrétiens que de musulmans. En Syrie et en Irak, il y a aussi beaucoup d’Arabes chrétiens. Le ministre irakien des Affaires étrangères, Tarek Aziz, était un arabe chrétien. Mais avant de mourir, il s’était converti à l’islam. Pareil pour l’ancien ministre égyptien des Affaires étrangères, Pierre Boutros Ghali, il était chrétien copte.
De toutes ces considérations, on en déduit qu’être Arabe ou parler la langue arabe ne fait pas forcément un musulman ou un érudit musulman. De la même manière, apprendre le français ne fait pas un chrétien ou ignorer l’islam. A travers le monde, des intellectuels francophones ont fait des productions que les arabisants n’ont pas faites.
Prenons l’exemple de Roger Garaudy, c’était un grand homme qui a beaucoup œuvré pour défendre l’islam et étendre son expansion en se servant de la philosophie. C’est aussi le cas de Maurice Bucaille, médecin français converti à l’islam. Dans son ouvrage la bible, le coran et la science, il a beaucoup fait à partir de la science pour défendre et argumenter les thèses défendues par l’islam. De même pour Ahmed Deeda, un Sud-Africain d’origine indienne. Comparé à eux, il n’y a pas un seul arabisant ou arabophone qui ait fait autant.
Donc, laissons ouvrir des écoles publiques en langue française à Touba. Je suis un natif de Diourbel. Et pourtant, à côté de la grande maison de Serigne Touba à Diourbel, appelée Keur gou mak, il y avait un établissement dénommé école franco-mouride dans les années 1910. Elle a été rebaptisée Massourang Sourang, dans les années 90 par le président Abdou Diouf. C’est en hommage aux efforts fournis par Massourang Sourang, car c’est lui qui était allé en France s’occuper du titre foncier des 400 hectares pour la construction de la grande mosquée de Touba.
Serigne Bassirou Mbacké, fils de Cheikh Ahmadou Bamba et père de l’actuel khalife des mourides Serigne Mountakha Mbacké, a cohabité avec cette école franco-mouride jusqu’à sa mort. Mieux et toujours à Diourbel, non loin de la grande maison – Keur gou mak – de Cheikh Ahmadou Bamba, il y avait et il y a encore une école privée catholique en langue française et une église catholique. Serigne Bamba n’avait jamais interdit l’ouverture et l’implantation de l’école franco-mouride qui faisait un enseignement en langue française.
Même si Touba est un titre foncier, cela ne concerne que les 400 hectares de l’espace occupé par la grande mosquée. Au-delà, c’est le domaine national.
Des produits de l’école en langue française, devenus des médecins, sont affectés dans les hôpitaux et centres de santé de Touba. Bref, ceux qui s’opposent à l’implantation des écoles publiques françaises doivent être conséquents. Qu’ils sachent qu’il y a de grands intellectuels Mbacké-Mbacké à l’instar de beaucoup de fils de Serigne Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma, devenus de hauts cadres. Il y en a des banquiers, des notaires, des médecins etc. Moussa Mbacké est un grand notaire à Thiès, Serigne Abdou Fata Mbacké, fils de Serigne Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma, a aussi fait tout son cursus scolaire à l’école française jusqu’à l’université de Dakar (Ucad).
Donc, il ne faut pas faire la confusion entre l’enseignement général en langue française et le catéchisme. Autant il y a des écoles publiques françaises à Saint Louis, Diourbel, Kaolack etc., autant il devrait y en avoir à Touba. D’ailleurs, beaucoup d’élèves de Touba parcourent plusieurs kilomètres pour aller étudier dans des écoles françaises à Mbacké. Qu’on leur permettre d’étudier l’enseignement en langue française chez eux, à Touba.
MOSQUÉE DE TOUBA / Le Khalife Général des Mourides sur les lieux en compagnie de son porte-parole
La grande mosquée de Touba et ses environs
Parmi les toutes premières écoles publiques d’enseignement en langue française implantées à Diourbel, on a l’école régionale sise à côté de la maison où Cheikh Ahmadou Bamba a été assigné en résidence surveillée. Cheikh Anta Diop, homonyme d’un grand dignitaire mouride, a étudié dans cette école et il est cité parmi les plus grands penseurs africains.
L’autre école est celle franco-mouride, mitoyenne à la grande maison keur gou mak de Serigne Touba où il a vécu pendant 15 ans et où il a rendu l’âme, mitoyenne aussi à la maison de la mère de Serigne Saliou qui, chaque année, passait tout le mois de ramadan à Diourbel. Cette école a produit beaucoup de cadres mourides comme feu Seyni Ndiaye qui fut un fervent mouride et directeur national de la Bceao. Même l’ancien ministre, Mamadou Diop Decroix, a fait ses humanités à l’école franco-mouride.
L’école franco-mouride était la maison d’un grand dignitaire mouride du nom de Serigne Mame Mor Diarra Mbacké. Il l’avait cédée à l’autorité coloniale française pour qu’on y ouvre une école d’enseignement public en langue française.
Enfin, pour montrer que l’école publique française n’a jamais été interdite dans le milieu mouride, quand on étudiait à l’école franco-mouride, après les cours, on faisait obligatoirement des cours d’arabe. En conséquence, les dignitaires mourides ne se sont jamais opposés à l’école française. D’ailleurs, il y a des écoles privées françaises à Touba Darou Khoudoss, fief de Serigne Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma, non loin de la grande mosquée.
Ceux qui refusent l’ouverture d’une école publique en langue française à Touba croient que c’est une école de Nassarane, ce qui n’est pas le cas. C’est le wolof qui a déformé le mot et l’a lié au christianisme. Le mot vient de Nazareth, la ville natale de Jésus Christ. C’est pourquoi on parle de Jésus de Nazareth. C’est pareil pour tant d’autres mots déformés, comme e mot charité devenu serithieu ou le nom Mourtada, devenu Mor Talla. A cause de cette déformation, dès qu’on parle d’école publique d’enseignement français, on fait allusion aux Nassaranes et au christianisme. La vérité est que dans les écoles publiques d’enseignement français, on n’y enseigne pas la religion, a fortiori le christianisme. Il est bon de lever cette équivoque pour que Touba sache que le programme enseigné par l’école publique de langue française n’a rien à voir avec la religion chrétienne.
Par Abdoulaye THIAM
FAUT-IL CONTINUER À ENTRETENIR LES ANCIENS CHEFS D’ÉTAT ?
Bénéficiant d'avantages financiers conséquents, ils choisissent pourtant l'exil doré plutôt que l'engagement pour leur pays. Leur mutisme face aux crises que traverse le Sénégal contraste fortement avec l'implication d'anciens dirigeants d'autres nations
Le Sénégal vient d’étrenner sa souveraineté spatiale. Le pari était loin d’être gagné : un peu plus d’une chance sur deux. Car, le taux de réussite des premiers essais d’un nouveau lanceur, quel qu’il soit, n’atteindrait péniblement que 53 %. «Well done», dirait Trump. «A la différence des satellites, les institutions demeurent rarement sur l’orbite où leur créateur avait entendu les placer», notait par contre la fameuse formule de Jean Rivero, Laurent Fabius, alors président du Conseil constitutionnel français, qui souhaitait supprimer le droit à vie des anciens présidents de la République à siéger parmi les Sages (Conseil constitutionnel), comme le prévoit l’alinéa 2 de l’article 56 de la loi fondamentale française. En l’évoquant ici, nous envisageons de poser le débat relatif aux privilèges des anciens présidents de la République. Pour cela, quittons le ciel pour revenir sur le plancher des vaches.
Les dernières élections législatives françaises devraient nous parler, à nous Sénégalais. Celles, présidentielles, des Etats-Unis prévues au mois de novembre prochain entre Donald Trump et Kamala Harris aussi. Ces joutes devraient plus encore parler à nos anciens chefs d’État à qui notre pays a tout donné et qu’il continue encore d’entretenir alors qu’ils ont préféré aller payer des impôts directs ou indirects en France, pour Feu Leopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ; et au Maroc pour Macky Sall.
Le 24 juin dernier, la France toute entière a tremblé, mais comme une seule voix, les Français ont su dire NON à l’arrivée du Front National au pouvoir, le 7 juillet dernier. Les Français ont voté contre le racisme, la xénophobie, l’islamophobie, bref toutes les formes de phobie visant à diviser les Français. La France a opté pour l’ouverture et l’enracinement, pour l’Europe dont elle est une des locomotives à côté de l’Allemagne. La 5eme puissance mondiale a préféré garder sa grandeur légendaire que lui avaient léguée Napoléon, Jean Jaurès, Charles De Gaulle, Simone Veil, Jeanne d’Arc, etc.
En première ligne, on a vu l’ancien président, François Hollande. «A situation exceptionnelle, décision exceptionnelle», avait déclaré l’ancien chef de l’Etat pour justifier son soutien à la nouvelle alliance des partis de Gauche afin d’empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir, alors même qu’il était l’une des voix critiques de la Nupes, en 2022. Sans être aussi offensif que son successeur, Nicolas Sarkozy est aussi entré en scène en qualifiant l’accord entre LR-RN «d’absorption». «Être le supplétif du RN n’est pas une ambition mais un constat de renoncement». Et de mettre en garde LR dans les médias français en ces termes : «S’allier au Rassemblement national aujourd’hui consiste à se mettre dans les roues d’un jeune homme de 28 ans (Jordan Bardella, Ndlr) qui, s’il réussit, ne vous laissera pas la place, et s’il échoue, vous emportera avec lui»
Aux Etats-Unis, pour empêcher le retour au pouvoir de Donald Trump, Joe Biden accepte l’évidence d’une défaite inévitable et cède sa place à sa vice-présidente Kamala Harris. Mais ce qui a encore frappé les esprits, c’est cette fusion, cette coalition des anciens présidents républicains. Barack Obama et Bill Clinton se succédant au pupitre, après un discours mémorable de Michele Obama, pour éviter que l’Amérique ne revienne en arrière avec le Trumpisme qui avait balafré l’une des démocraties les plus respectées au monde.
Au Ghana voisin, l’ancien président Jerry Rawlings (aujourd’hui décédé), retiré de la vie politique en 2001 après deux mandats électifs, était resté actif dans son pays comme en Afrique. Le soutien qu’il apporta à son dauphin et viceprésident, John Atta-Mills, ne lui permit pas d’emporter l’élection face à John Kufuor, le candidat du parti d’opposition New Patriotic Party (NPP).
Autre pays, autre environnement, c’est tout le contraire au Sénégal où les anciens Chefs d’Etat «abandonnent» tout bonnement leur peuple, ou à tout le moins, s’enferment dans un mutisme profond, une fois les lambris dorés du palais recouverts, se réfugiant derrière le fallacieux prétexte : «Je ne veux pas gêner mon prédécesseur».
Diouf s’emmure dans un silence coupable
El Hadji Mansour Mbaye avait l’habitude de rappeler qu’Abdou Diouf a été gouverneur à 25 ans, Premier ministre à 35 ans et Président de la République à 45 ans. L’un des plus grands paroliers de la musique sénégalaise, Feu Thione Balago Seck a même publié un album intitulé « numéro 10 » en hommage à l’ancien président de la République qui a dirigé le Sénégal de 1981 à 2000. Pour cet honneur, il sera désigné Secrétaire de la Francophonie. Mais depuis qu’il a quitté le Palais pour aller s’installer en France, il semble tourner le dos à ce pays qui lui a tout donné et qui continue encore de l’entretenir. Ni les lois scélérates votées sous le régime de Wade (lois Sada Ndiaye, Ezan) et autres révisions de la constitution ayant débouché aux émeutes du 23 juin 2011, suivies de celles de l’électricité, ne parviendront à faire sortir l’ancien Chef de l’Etat de son silence coupable. Son parti pouvait finir en lambeaux, cela le laissait de marbre. Pas un seul mot. La seule fois qu’il sortira de sa torpeur, c’est dans une lettre conjointe qu’il aurait co-signée avec Me Abdoulaye Wade avant de se raviser sous la bronca de l’opinion. Pour le reste, il se contentera d’apprécier des honneurs qui lui sont faits avec notamment le CICAD (Centre International de Conférences Abdou Diouf).
Karim, la raison d’être de Wade
Quant à Maitre Abdoulaye Wade, il reste dans le jeu politique non pas par amour pour le pays qu’il a dirigé pendant 12 ans (2000 -2012) et qui a mis fin à ses «ennuis financiers». Mais plutôt pour veiller sur son fils Karim Meissa Wade dont il prédit un destin présidentiel à partir de son exil doré à Doha au Qatar. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il traitera Macky Sall de tous les noms d’oiseaux. Toutefois, quand le pays a failli sombrer à cause des douloureux évènements du mars 2021 et de juin 2023, Abdoulaye Wade qui avait fini de fumer le calumet de la paix avec son ancien Premier ministre, ne se fera pas remarquer. Comme Abdou Diouf, il va s’engouffrer lui aussi dans un silence complice pendant que des jeunes sénégalais tombaient comme des mouches lors des manifestations. A la place, ce sont des joueurs de football qui sont montés au créneau pour dire « Stop ».
Macky sall, un livre-blanc en attendant…
Si Diouf et Wade ont choisi la France pour leur retraite, Macky Sall, lui, a déposé ses valises dans la ville ocre du Royaume chérifien où il a construit un palace digne d’un prince ou d’un émir à Marrakech. En tant qu’Envoyé spécial du 4P (Pacte de Paris pour les peuples et la Planète), il sillonne le monde tout en contrôlant les faits et gestes des tenants du nouveau régime. Mais comme ses devanciers, il se garde de toute déclaration sur la vie politique sénégalaise. Toutefois, il continue à veiller sur son œuvre comme en témoigne la publication récente d’un «livre blanc» retraçant ses 12 ans de règne, dans lequel le curseur est mis sur son bilan matériel à la limite titanesque, mais pas un seul mot sur le bilan immatériel qui l’aurait privé de troisième mandat.
Caisse noire suivie d’une retraite dorée
Malgré tout, ils ne se plaignent pas, nos Excellences, loin s’en faut. Le décret numéro 2013- 125 du 17 janvier 2013 leur attribue un traitement mensuel de 5 000 000 francs CFA, en plus de l’octroi d’une assurance maladie étendue au conjoint ; de deux véhicules, d’un téléphone fixe, d’un logement et du mobilier d’ameublement. En cas de renoncement au logement affecté, tout ancien Président de la République perçoit une indemnité compensatrice d’un montant mensuel net de 4 500 000 francs CFA
Le contribuable sénégalais prend également en charge à hauteur de 40 000 000 francs CFA, par an, le coût des billets d’avions de chaque ancien Président de la République et de son (ses) conjoint(s). Tout ancien Chef de l’Etat qui décide de s’établir hors du Sénégal (ce qui est le cas pour tous nos anciens Chefs d’Etat) peut s’attacher les services de quatre collaborateurs de son choix. Ces derniers sont rémunérés dans les mêmes conditions que les personnels affectés dans les postes diplomatiques et consulaires du Sénégal.
Enfin, s’agissant des personnels mis à la disposition de tout ancien Président de la République, l’Etat fournit les catégories suivantes: un aide de camp dont le grade n’est pas supérieur à celui de Commandant et qui remplit sa mission exclusivement à l’intérieur du territoire national ; des gendarmes pour assurer la protection du logement ; deux agents de sécurité pour assurer la protection de sa personne ; un agent du protocole ; deux assistants ; un standardiste ; un cuisinier ; une lingère ; un jardinier ; deux chauffeurs. Pis, précise l’édit, l’application de ces dispositions ne souffre aucune restriction.
Une pension de retraite supérieure à celle que perçoivent les anciens chefs d’Etat français, qui reçoivent 6000 euros par mois soit 3.935.742 F CFA. (...)”. Quant aux anciens Chefs d’Etat des Etats-Unis, selon lesechos.fr (21 janv. 2021), « Jusqu’à la fin des années cinquante, les ex-présidents repartaient les mains dans les poches après avoir quitté la Maison Blanche. Le Congrès a remédié à cette situation, devant l’embarras causé par Harry Truman et ses maigres revenus après avoir quitté la fonction suprême. En 1958, le «Former Présidents Act» (la loi sur les anciens présidents en VF) fixait la rente présidentielle à 25.000 dollars par an.
A l’heure actuelle, elle est calquée sur le salaire d’un ministre, soit environ 221.000 dollars annuels».
En réalité, ce sont moins les avantages et privilèges accordés aux anciens chefs de l’Etat sénégalais que l’incurie qui les caractérise qui interroge. En d’autres termes, ce n’est pas tant ce qu’ils coûtent au contribuable, car après tout, si un ancien président du Sénégal a droit à 5 millions de FCFA, son homologue de Côte d’Ivoire touche 9,6 millions de FCFA, celui Tunisie, 7,9 millions de FCFA, etc.
Ailleurs dans le monde, la comparaison des salaires et des autres avantages en nature d’un ancien président sénégalais avec ceux des pays développés révèle que, si le Sénégal est certes devant la France (3 millions), il reste loin derrière les Etats-Unis (7,8 millions) et l’Allemagne (11,6 millions de francs). C’est juste, même lorsque le feu couve au Sénégal, ils n’en ont cure !
Par Babacar MBAYE
LE SÉNÉGAL, LA CEDEAO ET L’EUROPE FACE AU TERRORISME
Dakar certes veut s’ouvrir à tout le monde mais en maintenant voire en renforçant ses alliances traditionnelles.
La semaine dernière, Yassine Fall, ministre de l'Intégration africaine et des Affaires étrangères du Sénégal, effectuait une visite d’État en Russie. Durant le face-à-face avec la presse, Mme Fall et son homologue Serguei Lavrov, ont réaffirmé leur engagement à œuvre ensemble contre le terrorisme au Sahel. M. Lavrov a souligné : « La Russie est prête à fournir une assistance substantielle au Sénégal ainsi qu’à d’autres pays africains, en vue de renforcer leurs capacités de défense et d’améliorer la préparation de leurs forces armées et de leurs services spéciaux face aux risques terroristes ».
La Russie déroule le tapis rouge à une autorité sénégalaise du nouveau régime dont les discours nationalistes et souverainistes ont dû attirer la bienveillance de Moscou. Surtout que dans les flancs de la majorité, s’est arrimé le Mouvement « France Dégage » de l’activiste Guy Marius Sagna.
Les ambitions de Moscou dans la zone sahélienne sont réelles mais elles se heurteront fatalement au mur du Sénégal pour plusieurs raisons. L’hégémonie russe arrive toujours au chevet de régimes militaires ou autoritaires ; ce qui tranche avec la tradition démocratique et d’économie libérale du Sénégal. Au Palais de l’avenue Senghor, vient de s’installer un nouveau président, issu de l’opposition et élu au premier tour d’une élection libre, transparente et inclusive. Le Sénégal s’ancre irrémédiablement dans la démocratie loin des illusions dictatoriales du voisinage immédiat pro-Kremlin.
Alors qu’au Mali, en Guinée, au Burkina ou encore au Niger, l’armée a arbitré les conflits politiques, le Sénégal a lui une armée républicaine éloignée de la tambouille politique et restée disciplinée dans les casernes. Les Forces de défenses et de sécurité au Sénégal n’ont jamais montré la moindre appétence pour s’emparer du pouvoir ou bien pour se mêler à la chose politicienne. Ceux qui pensent qu’un schéma d’importation d’une milice privée est possible au Sénégal se trompent lourdement. Surtout que le Sénégal sous Macky Sall a consenti à doter son armée en équipements modernes. Déjà disciplinée et surentrainée, les militaires sénégalais ne se mêlent jamais du jeu politique. Enfin, les exercices conjoints entre les Jambaars et les Éléments français du Sénégal sont récurrents et témoignent d’une vitalité de la coopération militaire entre les deux pays, là où les manœuvres avec l’armée russe sont inexistantes.
Exit donc l’hypothèse de l’Africa Corps ou des groupes paramilitaires de la Brigade Bear sur le sol sénégalais.
L’autre aspect qui refroidit les prétentions russes concerne le besoin massif d’investissement du nouveau régime dans la foulée du précédent. Le pays a lancé ces vingt dernières années un plan ambitieux de rattrapage infrastructurel, qui nécessite un volume massif d’investissements. Or, l’argent ne peut venir que des bailleurs traditionnels occidentaux. Car la Russie, n’est pas connue comme un grand investisseur en Afrique. Son économie en pleine crise, surtout depuis la guerre en Ukraine, éloigne en plus le schéma d’un afflux massif de liquidités venant de Moscou.
Traditionnellement, la Russie contribue pour moins de 1 % aux investissements directs étrangers en Afrique. Selon le ministère sénégalais du Commerce, « Les engagements économiques de la Russie en Afrique sont plutôt fondés sur le commerce qui est lui aussi modeste puisqu’il ne représente que 14 milliards de dollars. « En guise de comparaison, la valeur du commerce africain avec l’UE, la Chine et les États-Unis est respectivement de 295 milliards, 254 milliards et 65 milliards de dollars ». En comparaison, pour un pays comme le Sénégal, la France est le 1er investisseur, avec 43 % du stock d’IDE, en plus des vieux liens d’amitié et de coopération.
Les attentes et les agitations des militants pseudo-panafricanistes des réseaux sociaux, tendant à attirer le Sénégal sous le giron russe sont vouées à l’échec. Dakar certes veut s’ouvrir à tout le monde mais en maintenant voire en renforçant ses alliances traditionnelles. Bassirou Diomaye Faye s’est rendu deux fois en France depuis son élection, et il recevra Emmanuel Macron à Dakar en décembre prochain, signe d’une relation dans la continuité des régimes précédents dans les deux pays.
Pour confirmer l’orientation prise par le Président Faye, il y a sa déclaration, lorsqu’il a reçu, jeudi 29 août, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Il dit : « La situation au Sahel face au terrorisme nécessite une mobilisation globale de la communauté internationale, et surtout de l’Europe, aux côtés des pays concernés, car il est connu que les continents africains et européens ont un destin sécuritaire lié ». Cette déclaration est largement commentée dans les cercles diplomatiques. Et pour cause, elle tranche avec le choix des pays de l’AES d’exiger le départ des troupes françaises de leur sol. Elle n’est pas non plus dans la même tonalité que celles critiques vis-à-vis de la France de son Premier ministre et de l’option France-dégagiste de l‘agitateur Guy Marius Sagna.
Diomaye Faye semble lui n’avoir pas oublié les morts sénégalais, français et autres sur le sol malien dans la guerre contre le terrorisme. Du côté des États de la Cedeao, il faut se rendre à l’évidence et sortir des postures puériles. C’est dans la conjonction des forces que le terrorisme sera vaincu.
Aux occidentaux de saisir la balle au rebond. Leurs armées sont équipées et disposent de moyens qui peuvent contribuer significativement à combattre le terrorisme dans le Sahel. Mais le travail ne sera guère simple, car selon le spécialiste de la géopolitique ivoirien « Les Occidentaux étaient aux côtés des pays du Sahel. Ce sont les putschistes qui ont chassé tout le monde et remplacé par Wagner. Malheureusement pour nous la situation s’est aggravée. On va devoir se débrouiller. Je ne vois plus de soldats français venir mourir pour nous »
par Yoro Dia
ÉMERGENCE DE LA GOUVERNANCE WALAKAANA
Ce n’est pas avec les économies d’épicier faites sur les machines à café qu’on va se développer. Les législatives sont une bonne occasion pour faire demi-tour et limiter les dégâts des conséquences économiques de Pastef qui se trompe de route
Quand on se rend compte qu’on a pris la mauvaise route, il faut avoir le courage de faire demi-tour. Il est évident que ce n’est pas un Premier ministre qui a tous les pouvoirs mais aucune vision, qui ne sait pas où il va, qui se cherche au point de s’occuper de détails comme des imprimantes, des machines à café ou des micro-ondes, qui va accélérer notre marche vers l’émergence. « Christophe Colomb fut le premier socialiste : il ne savait pas où il allait, il ignorait où il se trouvait... et il faisait tout ça aux frais du contribuable. », disait Churchill. Le Premier ministre Sonko est dans la même situation que Colomb. Par chance Colomb découvrit l’Amérique mais l’émergence ne se joue pas sur un coup de chance mais sur une vision, une stratégie et une méthode mais surtout sur une grande ambition pour son pays qui est l’antithèse de la gouvernance Walakaana.
C’est parce que Sonko est dans la même situation que Colomb qu’il ruse avec les institutions pour ne pas faire sa DPG. L’émergence c’est le culte de la grandeur qui est consubstantiel à la création de richesses. Le culte de la grandeur fait les grandes nations mais pas le misérabilisme. Donc concomitamment à l’inquisition fiscale, le duo Diomaye-Sonko doit s’atteler à la création de richesse ou au moins l’encourager. Ce n’est pas avec les économies d’épicier faites sur les imprimantes et les machines à café qu’on va construire les plus grandes tours ou les plus grands mall d’Afrique de l’Ouest.
Wade qui avait le sens de la grandeur a lancé la marche vers l’émergence en ouvrant la boite de pandore de l’hubris. Wade a posé les jalons de l’Emergence et Macky Sall a accéléré la cadence mais cette gouvernance Walakaana, au lieu de nous faire gagner 5 ans dans notre marche vers l’Emergence grâce au pétrole et au gaz va nous faire perdre 5 ans sauf si on fait demi-tour aux législatives qui va être un « mortal combat » démocratique entre des experts qui ont accéléré en 12 ans la marche vers l’émergence et les stagiaires qui en 5 mois ont montré toutes leurs limites.
Quand les Egyptiens ont commis l’erreur de confier démocratiquement leur pays aux stagiaires « frères musulmans », ils ont payé le prix en acceptant de faire demi-tour avec le bonapartisme du Maréchal Sissi. Le Sénégal étant une vielle democratie, le demi-tour ne peut être que démocratique et les prochaines législatives en seront l’occasion. Les législatives sont une bonne occasion pour faire demi-tour et limiter les dégâts des conséquences économiques de Pastef qui se trompe de route.
On voulait aller à Dubai et Sonko avec sa gouvernance Walakaana nous achemine vers le Venezuela immensément pauvre malgré son immense potentiel pétrolier. A la grande différence de l’Egypte, les conséquences du règne des stagiaires de Pastef seront plus économiques que politiques car Pastef est soluble dans nos institutions comme Trump l’a été aux Etats Unis. C’est pourquoi le patriotisme doit aussi être institutionnel. Nous devons être fiers de la solidité de nos institutions qui sont le fondement de l’exception sénégalaise.
Nous sommes le seul pays d’Afrique de l’ouest à n’avoir jamais connu de rupture anticonstitutionnelle. Donc notre Premier ministre doit d’arrêter de donner l’impression qu’il regrette que l’insurrection n’ait pas réussi avec cette instrumentalisation de la question des martyrs qui rappelle le culte nazi du drapeau de sang, le fameux drapeau taché du sang d’un nazi mort lors de la tentative de coup d’Etat de Munich. Les nazis ont toujours gardé le drapeau taché de sang au siège de leur parti jamais à la chancellerie du Reich.
Qui est plus martyres que les deux filles calcinées dans le bus Tata ? Si les grecs qui ont inventé la democratie, ont aussi inventé l’amnistie, c’est pour éviter la comptabilité et la concurrence entre martyrs. N’est pas Mandela qui veut. Dieu aime bien le Sénégal.
Tout le monde constate que c’est Sonko qui gouverne et qu’il est donc comptable de cet échec flagrant. Le mythe s’effondre, la bulle se dégonfle et son ambition présidentielle devient chaque jour un peu plus une « illusion au passé » pour le plus grand intérêt du Sénégal.
par Ousseynou Nar Gueye
PREMIER MINISTRE SONKO, VOTRE CAP EST HASARDEUX ?
Alimenter tous les édifices publics au solaire : oui. Mais fliquer les machines à espresso des fonctionnaires : non. De même, le chef du gouvernement n'a pas à aller dans une manif anti-Israël, comme il l'a fait samedi
Je suis assez effaré que le Premier ministre sénégalais parle de machines à café et de micro-ondes dans les bureaux, et fasse des circulaires aux ministres pour ça.
Populiste ? démago ? : J'aurais tendance à le penser et à le dire, vous m'en excuserez.
Le gain d'économies sur les dépenses publiques devrait être sans impact notable, avec ce qu'il faut bien appeler une "mesurette". Mais on ne peut plus critiquer le Premier ministre en public, sans se faire agonir d'insultes.
Alimenter tous les édifices publics au solaire : oui. Mais fliquer les machines à espresso des fonctionnaires : non.
De même, le Premier ministre n'a pas à aller dans une manif anti-Israël, comme il l'a fait samedi. Le Premier ministre qui, aujourd'hui, a accusé "les pays arabes" de ne pas soutenir la Palestine, préférant investir "dans des coupes du monde de football", des "championnats de football" et des "banques juives" (?!!!). Ceci n'est pas bon pour notre coopération économique multilatérale et bilatérale. Si le Premier ministre veut s'exprimer sur le conflit Israël-Palestine contre Israël, qu'il fasse convoquer l'ambassadeur de ce pays par sa ministre en charge des Affaires étrangères. La diplomatie, la "diplomatie économique" - et même la guerre diplomatique - ne se font pas dans la rue.
À ce propos, il peut être utile de rappeler que "Palestine", étymologiquement vient de "Phillistins", ainsi que l'empereur antique Hadrien nommait les juifs et "Palestine", étymologiquement, signifie..."pays des juifs". Donc, Israël versus Palestine, c'est une affaire plus compliquée que cela, pour laquelle on doit éviter de verser dans le manichéisme.
Premier ministre Ousmane Sonko, votre cap économique et diplomatique est, à tout le moins, ....hasardeux ?
Ousseynou Nar Gueye est fondateur-éditeur du site d'information Tract.sn et communicant.
Par Oumar Dieng
CONTRIBUTION AU DEBAT SUR LES LANGUES NATIONALES
Sur la question si délicate du choix d'une seconde langue officielle à côté du français, je pense pouvoir apporter ma modeste contribution dans le débat en cours, pour avoir sillonné le pays de long en large et expérimenté quasiment toutes les réalités...
Sur la question si délicate du choix d'une seconde langue officielle à côté du français, je pense pouvoir apporter ma modeste contribution dans le débat en cours, pour avoir sillonné le pays de long en large et expérimenté quasiment toutes les réalités culturelles du pays. Fort de cette expérience, je crois devoir légitimement conseiller d'adopter une approche très prudente du sujet. En effet, l'attitude la plus réfléchie, à mon avis, doit être observée chaque fois qu'on est amené à prendre une décision de nature à engendrer un bouleversement dans le cours des choses auxquelles les populations sont habituées.
Personnellement, je pense que les partisans de l'option consistant à élever une seule langue nationale, en l'occurrence le wolof, au rang de seconde langue officielle à côté du français, ne semblent pas mesurer la complexité et le sérieux de la question qui ne sera sûrement pas sans effets imprévisibles. C'est pourquoi je considère qu'il serait hasardeux de décider de la chose, sans tenir compte de la réalité de ce pays multilingue et sans hiérarchisation entre les différentes langues pratiquées notamment de façon principale dans les zones de peuplement respectives de chaque ethnie et, accessoirement, dans le reste du Sénégal au sein des centaines de milliers de familles qui vivent dans l'ancrage de leurs cultures propres et communiquent dans leur langue.
La région de Dakar en est un exemple concret car, malgré la pratique très répandue et plus large du wolof dans l'espace public, elle est aussi un creuset de toutes les cultures et langues du pays. Ce scénario est observable également dans tous les grands centres urbains du pays où le wolof cohabite avec les autres langues utilisées généralement dans l'espace familial.
Ce qui est loin d'être la règle en milieu rural où les populations, selon leur appartenance ethnique, parlent leurs langues respectives. Les arguments développés par monsieur Boubou Senghote et ses appréhensions doivent être pris très au sérieux, d'autant plus qu'ils corroborent ceux très pertinents avancés par les Pr. Samba Diouldé Thiam et Souleymane Bachir Diagne dont on connaît le sérieux et la rigueur dans leurs analyses qui doivent inviter à la réflexion, aux fins d'écarter toute précipitation avant de décider non pas sous une quelconque pression populaire, mais juste sous celle exercée par quelques intellectuels ou non qui ont eu à émettre leurs avis et vœux personnels sur la question. Une poignée d'intellectuels, malgré leur qualité reconnue, ne doit pas pouvoir ébranler les fondements ou les structures étatiques. Un Etat, c'est plus sérieux et plus responsable que ça.
Malheureusement, comme cela a été déploré, l'autorité politique de la décennie écoulée semble avoir donné son onction à cette demande ou à cette revendication, sans prendre soin au préalable d'examiner de façon approfondie toutes ses implications possibles dans l'immédiat et dans le futur. La question des langues est très sérieuse, délicate, complexe et même dangereuse quand on manque de tact, quand on ne sait pas s'y prendre avec lucidité et responsabilité. Car une multitude de paramètres et de considérations sont à prendre en compte avant toute décision, s'il n'y a vraiment pas une autre alternative.
C'est pourquoi, j'estime qu'un choix aussi sérieux, une décision si lourde de conséquence, gagnerait à être discutée et confiée à un panel de scientifiques et de spécialistes de la question, notamment des ethnologues, des linguistes, des sociologues, des anthropologues, des historiens, des géographes, en sus d'autres personnalités reconnues pour leur compétence et leur sagesse, sans compter les associations de langues qui auront à s'y pencher au besoin, même pendant plusieurs années, avant de soumettre leurs conclusions aux gouvernants.
Mais voilà qu'au lieu de cette démarche plus raisonnable, on semble se précipiter pour élire une seule langue sur la base de l’unique critère du plus grand nombre de locuteurs du point de vue statistique, occultant ainsi le fait que les statistiques cachent toujours des disparités qu'on doit savoir interpréter, pour éviter des erreurs dans l'application pratique sur le terrain.
Par exemple, même si l'on considère que le wolof est une langue comprise par plus de la moitié de la population, il serait tout de même hasardeux d'en tirer une conclusion dont l'application contiendrait les germes d'une tension sociale qui n'est pas souhaitable pour le pays. Car, il ne faudrait pas l'occulter, dans un certain nombre de zones géographiques et culturelles du pays, le wolof est minoritaire à tous points de vue. C'est le cas, par exemple :
- de la Casamance dans ses trois régions administratives (Kolda, Sédhiou et Ziguinchor) ;
- du Sénégal Oriental dans ses deux régions administratives (Kédougou et Tambacounda) ;
- du bassin du Fleuve notamment le Fouta dans la région administrative de Matam et dans le département de Podor (région de Saint-Louis) ;
- de la région de Louga notamment le Ferlo dans le département de Linguère et dans une partie du département de Louga ;
- de la région de Saint-Louis dans le département de Podor comme je l'ai déjà indiqué et une bonne partie du département de Dagana ;
- de la région de Fatick notamment dans les départements de Fatick et de Foundiougne et, dans une moindre mesure, dans le département de Gossas.
Pense-t-on aux populations des autres groupes ethniques de ces régions, de ces entités géographiques et culturelles très denses qui se verraient obligées d'adopter une autre langue que la leur simplement parce qu'on a un souci d'uniformisation ? Je pense que non et qu'il est possible de chercher à la rigueur à intégrer le maximum de langues possibles, au lieu de reproduire la mauvaise leçon de la langue coloniale imposée à tous au lendemain des indépendances, parce que les nôtres qui n'avaient pas droit de cité étaient perçues comme étant de simples patois baragouinés par des sujets pour lesquels les colons et leurs substituts formatés à leur image, n'avaient que mépris.
En conclusion, je pense que s'obliger à prendre une décision en écartant toute attitude prudente comme l'ont fait les anciens Présidents Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, pourrait se révéler problématique à l'avenir, puisque cette impréparation et ce manque de vision ne manqueront pas de révéler des goulots extrêmement complexes, précisément des résistances de la part des populations des régions concernées où les langues locales sont particulièrement dynamiques.
À mon avis, s'il faut vraiment décider, et je trouve que rien n'oblige à le faire dans la précipitation, il faudrait militer pour l'option d'un choix plus large de groupe de langues en tenant compte, dans un premier temps, des six premières à avoir été codifiées. Une telle option serait, de mon point de vue, plus logique, plus juste et plus compréhensible au regard du travail accompli dans le cadre de la valorisation de ces langues dotées d'un système alphabétique qui a coûté une somme colossale en termes de temps, d'efforts et d'énergie pour les rendre plus attrayantes auprès des populations et ce, pendant de longues années. D'ailleurs, comme l'a rappelé quelqu'un, ce système plurilinguistique existe effectivement dans un certain nombre de pays en Afrique et au-delà.
Enfin, ce choix devra tenir compte de la nécessité absolue d'envisager, dans le futur, la possibilité d'une extension aux autres langues codifiées en fixant, par exemple, un seuil limite d'au moins 200 000 locuteurs pour être éligibles à l'officialisation. Et cela, tout en développant, de façon connexe, une politique soutenue de promotion et de valorisation des langues minoritaires qui ne seraient pas incluses dans la liste pour des raisons liées au fait que ce sont des langues purement locales rayonnant dans un groupe de villages ou dans une zone spécifique de moindre envergure.